מילות הגיון
Traité de Logique
R. Moïse ben Maïmoun — Maïmonide (1138-1204)
Texte édité et traduit de l’hébreu par Moïse Ventura (1935)
Chapitre 11 — שער י״א
כל מה שימצא לדבר מה, תמיד, כירידת האבן למטה, וחיוב מות לבעלי החיים, נקראהו בעצמות. וכן כל מה שימצא על הרוב, נאמר שהוא עצמותי גם כן, כאמרנו: כל אדם בעל חמש אצבעות, ואף על פי שפעמים ימצא בעל שש אצבעות. וכן כל מה שימצא על הרוב בזמן, כמציאות הקור בזמן הסתיו, והחום בזמן הקיץ, הנה זה גם כן יאמר בעצמות.
11:1
Tout attribut qui est constamment lié à un sujet — tel le fait de la chute, pour la pierre, le fait de la mort, pour l’animal — se dit être par essence. De même, nous appelons essentiel tout attribut qui apparaît dans la majorité des cas. Ex. pour l’homme, le fait d’avoir cinq doigts dans chaque main ; bien que parfois il y en ait qui possèdent six doigts. Il en est de même d’un phénomène fréquent dans telle saison. Ex. C’est par essence qu’il fait froid en hiver et chaud en été.
ובכלל העניינים הטבעיים כלם, אם היו על הרוב, הנה הם עצמותיים. וכל מה שמציאותו על המעט, יאמר שהוא במקרה, כמי שיחפור יסוד וימצא מטמון. ובכלל העניינים המקריים כלם שאינם מכוונים, היו מן האדם או מזולת האדם, נאמר על כל מה שימצא מהם שהוא היה במקרה. הנה זה ענין מה שבעצמות וענין מה שבמקרה.
11:2
D’une manière générale, tous les phénomènes naturels sont dits être essentiels[1]. Par contre, tout phénomène rare est dit être par accident. Tel est, par exemple, le cas du maçon qui trouve un trésor en creusant les fondements d’un édifice. D’une manière générale, tous les faits du hasard, non intentionnés, qu’ils aient pour cause l’homme ou tout autre sujet, sont dits être par accident[2]. Voilà ce qu’il faut entendre par les termes par essence et par accident.
וכל תאר יתואר בו דבר מה, והתאר ההוא נמצא בדבר ההוא בעת שיתאר אותו, הנה נאמר בתאר ההוא שהוא נמצא בפועל. וכאשר יתואר הדבר בתאר בלתי נמצא בו עתה, אבל הוא מוכן ומזומן שיגיע לו התאר ההוא, הנה אנחנו נאמר כי התאר ההוא בכח. המשל בזה: אמרנו בחתיכת הברזל שהוא סיף, כי הוא מזומן שיהיה סיף, הנה הוא סיף בכח. ואין חתיכת הלבד והעור כן. ויש הבדל גדול בין העדר ענין הסיף מחתיכת הברזל ובין העדר ענין הסיף מחתיכת העור.
11:3
Toute qualité attribuée à un certain sujet qui la possède effectivement est dite être en acte. Par contre, si le sujet ne possède pas la qualité qu’on lui attribue, mais il est destiné à la posséder ; elle est dite être en puissance. Par exemple, lorsque nous affirmons d’un morceau de fer, destiné à devenir une épée, qu’il est une épée, cela n’est qu’en puissance. On ne pourrait en affirmer autant d’un morceau de feutre ou d’un morceau de cuir. Il y a, en effet, une différence notable entre l’absence de l’idée d’épée, en parlant du morceau de fer, et l’absence de la même idée en parlant du morceau de cuir.
כן אמרנו בילד כאשר נולד: זה כותב, ענינו שהוא כותב בכח רחוק. ואמרנו בנער קודם שיתחיל בלמוד, שהוא כותב בכח, הנה הוא כח קרוב לענין יותר מן הראשון. ואמרנו בו בעת למודו שהוא כותב בכח, הנה הכח הזה יותר קרוב ממה שלפניו. ואמרנו במי שיתעסק בכתיבה בעת שהוא ישן, שהוא כותב בכח, הנה זה יותר קרוב מן הראשונים. ואמרנו בו כשהוא ער, ולפניו הקולמוס והדיו והקלף, שהוא כותב בכח, אבל הוא כח קרוב מאד. ולא נקראהו כותב בפועל כי אם בעת שיכתוב. וכן כל מה שדומה לזה.
11:4
Il en est de même lorsque nous affirmons d’un nouveau-né qu’il est un sujet écrivant, il ne l’est qu’en puissance lointaine. Lorsqu’on affirme le même attribut d’un adolescent avant qu’il ait appris à écrire, ce jeune homme est écrivant en puissance plus proche que dans le premier cas. Lorsqu’on affirme le même attribut du même adolescent pendant la période de ses études, celui-ci est un sujet écrivant en puissance plus proche que dans le cas précédent. La même affirmation, appliquée à celui qui s’occupe des écritures mais qui, au moment de l’affirmation, est en état de sommeil, signifie que le sujet est écrivant en puissance plus proche encore que dans les cas précédents. La même affirmation appliquée au même sujet au moment où il est en état d’éveil et en présence de la plume, de l’encre et du parchemin, signifie aussi que le sujet est écrivant en puissance, mais en puissance très prochaine. Enfin le sujet n’est écrivant en acte qu’au moment où il écrit. Il en est de même de tout autre cas analogue à celui-ci[3].
ואולם הארכנו לבאר זה הענין, בעבור שהפילוסופים אמרו כי כל מי שלא יבדיל בין מה שבכח ובין מה שבפועל, ובין מה שבעצמות ובין מה שבמקרה, ובין הענינים המלאכותיים, ובין הענינים הטבעיים, ובין הענין הכללי והפרטי; הנה הוא בלתי יודע לדבר.
11:5
Nous nous sommes longuement arrêtés à cette question, parce que les philosophes ont affirmé ceci : Quiconque ne sait pas distinguer entre ce qui est en puissance et ce qui est en acte, entre ce qui est par essence et ce qui est par accident, entre les choses artificielles et les choses naturelles, entre ce qui est général et ce qui est particulier, celui-là ne sait pas parler[4].
וכל שני דברים שהם, כאשר נמצא אחד מהם, הסתלק מציאות האחר, נקראים ההפכיים, כחום והקור, והלחות והיובש.
11:6
Deux choses dont la présence de l’une exclut celle de l’autre sont dites contraires. Ex. le chaud et le froid, le frais et le sec.
ומן הדברים ההפכיים מה שביניהם אמצעי, כחום והקור, כי ביניהם הפושר. ומהם מה שאין אמצעי ביניהם, כזוג והנפרד במספר, כי כל מספר אם זוג ואם נפרד.
11:7
Parmi les choses contraires les unes peuvent comporter un terme intermédiaire. Ex. : le chaud et le froid qui ont le tiède comme milieu entre eux.
D’autres ne comportent pas de terme intermédiaire ; tels, pour le nombre, le pair et l’impair, étant donné qu’un nombre ne peut être que pair ou impair.
וכאשר היו שני דברים אי אפשר התחברם יחד במקום אחד, אבל כי אחד מהם מציאות דבר מה, והאחר הסתלקות אותו המציאות והעדרו, כעורון והראות, הנה אנחנו נאמר כי הראות קנין, והעורון העדר. ולא נאמר בהם שהם הפכיים כמו שנאמר בחום והקור, כי החום והקור חלקם במציאות שוה, ואין החום אפשר המציאות יותר מן הקור, ולא הקור אפשר המציאות יותר מן החום, ואין כן הראות והעורון. ובזה יובדל בין ההעדר והקנין ובין שני ההפכיים. וכן אמרנו החכמה והסכלות נאמר: החכמה קנין, והעדר הקנין ההוא סכלות. וכן העושר והעוני, ומציאות השער בראש והקרחות, ומציאות השנים בפה והעדרם, והדבור והאלמות; כל אלה נקראים קנין והעדר.
11:8
Lorsque deux choses ne peuvent pas coexister dans le même sujet, parce que l’une signifie l’affirmation d’une qualité ; l’autre, la négation de cette même qualité : telles la vue et la cécité, nous disons que la vue est une propriété ; la cécité, une privation. Toutefois, nous ne dirons pas que la vue et la cécité sont des contraires à même titre que le chaud et le froid ; car ces deux derniers phénomènes ont la même part dans l’existence : la chaleur n’a pas plus de possibilité d’existence que le froid et vice-versa[5]. Tel n’est pas le cas de la vue par rapport à la cécité. C’est par ce trait que l’on distingue le cas de deux contraires de celui d’une propriété, par rapport à sa privation. Il en est de même de la science et de l’ignorance. La science est une propriété ; l’ignorance, une privation. On peut dire autant de la richesse et de l’indigence, du fait d’avoir des cheveux sur la tête et de celui d’être chauve ; du fait d’avoir des dents dans la bouche et de celui d’être édenté ; de la faculté de la parole et du mutisme. Dans tous ces cas, les premiers termes représentent des propriétés ; les autres, des privations.
ולא יתואר בשם ההעדר, כי אם מה שבטבעו שימצא לו הקנין הנכחי להעדר ההוא, כי אנחנו לא נאמר בכתל שהוא סכל, ולא עור, ולא אלם. הנה זה ענין הקנין וההעדר בהסכמתנו.
11:9
Une privation n’est attribuable à un sujet que si la propriété correspondante à cette privation lui est attribuable. Ainsi, on ne peut pas affirmer du mur qu’il est ignorant, aveugle, ou muet. Telle est l’acception que nous donnons aux termes de propriété et de privation[6].
ומן השמות שכאשר תשמע אותם יובנו לך עניניהם אשר יורו עליו בלשון ההוא מבלי שתצטרך אל הקשה בין הענין ההוא ובין דבר אחר, כאמרנו: הברזל, והנחושת, והמאכל, והמשתה, והעמידה, ומה שדומה להם.
11:10
Il y a des termes dont l’énoncé seul suffit à évoquer dans l’esprit le sens des idées qu’ils expriment et cela sans recourir à un rapprochement de ces idées à d’autres. Tels les termes : le fer, l’airain, l’action de manger, l’action de boire, l’action de se tenir debout, etc…
ומן השמות מה שלא יגיע לך הענין ההוא שיורו בשם ההוא, כי אם בהקשה בינו ובין דבר אחר, כאמרנו: הארוך והקצר, הנה לא יגיע בשכל ענין היות זה ארוך, כי אם בהקשה במה שהוא יותר קצר ממנו, ולא יצויר שזה קצר עד שיגיע בשכלנו יותר ארוך ממנו. הנה זה היחס אשר בין הארוך והקצר ומה שדומה להם, נקראהו אנחנו: ההצטרפות, ונקרא כל אחד מהם: המצטרף, ונקרא שניהם יחד: המצטרפים. וכן המעלה והמטה, והחצי והכפל, והקודם והמתאחר, והמתחלף והשוה, והאוהב והשונא, והאב והבן, והעבד והאדון; כל אלו והדומה להם נקרא כל אחד מהם: המצטרף, כי לא יגיע ענינו בשכל, כי אם בשעור ובהקשה בינו ובין דבר אחר. והיחס ההוא אשר ביניהם הוא אשר נקרא ההצטרפות.
11:11
Par contre, il est d’autres termes dont les idées exprimées ne prennent un sens qu’à la suite de leur rapprochement à d’autres. Tels sont les termes long, court, etc… L’attribut long affirmé d’un sujet n’a de sens que si l’on compare ce dernier à un sujet qui est relativement court. De même, l’attribut court affirmé d’un sujet n’a de sens que par rapport à un autre sujet relativement long. Ce rapport qui lie l’idée de long à l’idée de court, nous l’appelons relation. Chacun de ces termes est un relatif. Les deux termes ensemble s’intitulent : les corrélatifs. Il en est de même des termes : le haut et le bas, la moitié et le double, l’antérieur et le postérieur, l’inégal et l’égal, l’ami et l’ennemi, le père et le fils, l’esclave et le maître. Tous ces termes et ceux qui leur ressemblent sont respectivement relatifs. Aussi chacun d’eux est-il intitulé relatif en tant qu’il n’a de sens précis que par rapport à un autre terme. Le rapport qui règne entre eux s’appelle : relation.
ואולם הענין אשר יקרא אותו מדקדק הערב: הסמוך, כנער ראובן, ופתח הבית; הנה אנחנו נקראהו: השם הנוטה. וכמו שנאמר בשוללת והמחייבת: המתנגדים, כמו שקדם, כן נאמר בכל העדר וקנין, ובכל שני הפכים, ובכל מצטרפים, שהם מתנגדים.
11:12
Quant à ce que le grammairien arabe appelle le dépendant (d’un nom), par exemple : l’enfant de Ruben ou la porte de la maison, nous l’appelons, le nom décliné.
De même que, en parlant de deux propositions (ayant même sujet et même attribut) dont l’une est affirmative, l’autre, négative, nous les avons qualifiées d’opposées[7], de même une privation et la propriété correspondante, deux termes contraires et deux termes corrélatifs sont dits être opposés[8].
כלל השמות שעניניהם מפורשים בזה השער ששה עשר, והם:
11:13
Les termes interprétés dans ce chapitre sont au nombre de seize :
מה שבעצמות, מה שבמקרה, העניינים העצמותיים, העניינים המקריים, מה שבכח, מה שבפועל, הכח הקרוב, הכח הרחוק, ההפכיים אשר ביניהם אמצעי, ההפכיים אשר אין ביניהם אמצעי, הקנין, ההעדר, ההצטרפות, המצטרף, המצטרפים, המתנגדים.
11:14
Ce qui est par essence, ce qui est par accident, les choses essentielles, les choses accidentelles, ce qui est en puissance, ce qui est en acte, la puissance prochaine, la puissance lointaine, les contraires qui comportent un intermédiaire, les contraires qui ne comportent pas d’intermédiaire, la propriété, la privation, la relation, le relatif, les corrélatifs, les opposés.
Sources — Maïmonide. Makala Fi Sana’at Al-Mantik. מילות הגיון. Terminologie Logique. Édition critique par Moïse Ventura. Librairie Lipschutz, Paris, 1935. [Version numérisée : AIU].