תמאניה פצול לרמב״ם

Les Huit Chapitres de Maïmonide

Traduit du judéo-arabe par M. Wolff (1912)

Chapitre 6 : De la distinction [à établir] entre l’homme vertueux[1] et celui qui domine ses penchants[2] [et s’abstient du mal] — אלפצל אלסאדס : פי אלפרק בין אלפאצׄל ואלצׄאבט לנפסה

Les philosophes disent de celui qui se maîtrise, que, quoiqu’il accomplisse les actes vertueux, il fait le bien, tout en aspirant aux actions mauvaises[3] ; qu’il souhaite [de les accomplir], mais qu’il lutte contre son inclination et s’oppose par sa conduite [aux actes] vers lesquels le poussent sa force[4], sa passion et la disposition de son âme, et que, s’il fait le bien, il en souffre [intérieurement[5]], tandis que l’homme [foncièrement] vertueux[6] se conforme dans sa conduite aux actes auxquels le portent son désir et sa disposition [naturelle], qu’il fait le bien auquel il aspire et qu’il désire. Et les philosophes s’accordent pour dire que l’homme vertueux l’emporte en excellence et en perfection sur l’homme qui se maîtrise ; toutefois, ils reconnaissent que, en bien des points, celui-ci est l’égal de l’homme vertueux, quoique nécessairement il lui soit d’un degré inférieur, puisqu’il aspire à l’action du méchant, tout en ne l’accomplissant pas, mais cette inclination au mal est une disposition mauvaise de l’âme. Salomon[7] (l’auteur du livre des Proverbes) a dit quelque chose d’analogue en ces termes : « l’âme du méchant désire le mal » (Prov. 21 : 10)[8]. Et au sujet de la joie qu’éprouve l’homme [foncièrement] vertueux à faire[9] le bien et de la peine que ressent celui qui n’est pas vertueux à s’abstenir du mal[10], il s’est exprimé ainsi : « C’est un bonheur pour le juste d’exercer la justice et un objet d’épouvante pour les artisans d’iniquité (Prov. 21 : 15.) ». Voilà ce qui ressort clairement des paroles des Ecritures[11] et en concordance avec ce que disent les philosophes. — Cependant, lorsque nous examinons les paroles des sages[12] [se rapportant] à ce sujet, nous constatons que, pour eux, celui qui désire se livrer aux transgressions [de la loi] et qui y aspire, [mais sait se dominer], l’emporte[13] en excellence et en perfection sur celui qui n’éprouve pas ce désir et ne ressent aucune peine à éviter [les péchés], de sorte qu’ils disent que la vertu et la perfection d’un homme sont en raison directe de la puissance de son penchant pour les transgressions et de la peine qu’il éprouve à les éviter, et, sur ce point, ils (les sages) produisent plusieurs passages[14]. Ils disent [d’abord] : « Plus l’homme est grand, plus ses passions sont grandes[15]. » Bien plus[16], ils affirment même que la récompense de l’homme qui est maître de soi est en raison de la peine qu’il ressent à se contenir, ainsi ils disent : « La récompense sera proportionnée à la peine[17] ; » mais, ce qu’il y a de plus fort, c’est qu’ils recommandent à l’homme de se maîtriser[18] et lui défendent de dire : « Certes, je ne suis pas porté naturellement à commettre cette transgression, même si la loi [de Dieu] ne l’avait interdite ». Ils disent en effet : « R. Siméon, fils de Gamaliel, dit : On [l’Israélite] ne doit pas dire: «Je ne voudrais pas manger, [même si la loi ne me l’avait interdit], d’un mélange de viande et de laitage, ni porter un vêtement hétérogène (tissé avec de la laine et du lin) ; ni épouser une proche parente dont le mariage est prohibé par la loi] ; mais je le voudrais, et, si pourtant je m’interdis ces actes[19], c’est uniquement parce que mon Père qui est dans les cieux me les défend[20] ». Or, d’après le sens apparent de ces deux assertions[21], au premier abord, il semble qu’elles soient contradictoires, mais il n’en est rien ; toutes deux sont, au contraire, justes, et il n’existe absolument aucune divergence entre elles. Et voici pourquoi : C’est que les actions mauvaises qui, selon les philosophes, appartiennent à la catégorie de celles dont ils disent que l’homme qui n’éprouve pas le désir de les accomplir est supérieur à celui qui a ce désir, mais le maîtrise, ce sont les actions réputées mauvaises de tous les hommes ; telles que l’effusion du sang (= l’assassinat), le vol, la spoliation, la fraude, le tort causé à celui qui n’a pas fait de mal, le mal rendu[22] pour le bien, le mépris des parents et d’autres actes semblables ; ces lois sont celles dont les sages (que la paix soit sur eux !) disent que, si elles n’avaient pas été inscrites [dans la Bible], elles eussent mérité de l’être ; ce sont aussi ces préceptes que quelques savants modernes[23], atteints de la maladie des Moutacallimoun[24], désignent sous le nom de préceptes rationnels. Il est certain, en effet[25], que l’âme qui désire [accomplir] une de ces actions et y aspire est une âme vicieuse[26], et que l’âme [foncièrement] vertueuse n’a absolument aucune envie de ces mauvaises actions et ne ressent aucune peine à les éviter. — Quant aux actions à propos desquelles les sages disent que celui qui se maîtrise pour ne pas les accomplir est le plus vertueux, et que sa récompense est la plus grande, ce sont celles qui ont trait aux « Lois révélées[27] », et cela est vrai ; car sans les prophètes[28], elles[29] ne seraient pas [tenues pour] mauvaises en aucune manière. C’est pourquoi ils (les docteurs de la loi) disent aussi que l’homme doit garder en son âme l’amour de ces choses [défendues par la loi] et qu’il n’aurait pas à s’en abstenir, sans les prophètes[30]. — Considère cette sage[31] pensée des docteurs (que la paix soit sur eux !) et les exemples par lesquels ils l’ont figurée[32], car ils ne disent pas[33] : « On ne doit pas dire : je ne serais pas naturellement porté à tuer un être humain, à dérober, à mentir, mais j’aimerais pouvoir le faire, seulement[34], etc., » non, ils n’ont cité [comme exemples] que des prescriptions cérémonielles [= de la loi révélée à Moïse] : le mélange de la viande et du laitage, le port d’un vêtement hétérogène (tissé de laine et de lin), les unions prohibées ; or, ces lois et d’autres analogues sont celles que Dieu désigne par : « mes statuts[35] », c’est-à-dire, d’après la parole[36] des sages, les préceptes que je t’ai prescrits et que tu n’as pas le droit de scruter[37], contre lesquels les autres peuples [païens] élèvent des objections et que Satan[38] attaque, des prescriptions comme la vache rousse[39] le bouc émissaire[40], etc. — Quant à ces lois que les auteurs[41] modernes appellent rationnelles, elles sont désignées généralement sous le terme de מצות (micvauth) « préceptes » [tout court], d’après l’explication des sages. — De tout ce que nous avons dit, on voit donc clairement quels sont les péchés au sujet desquels l’homme, qui n’est pas enclin [à les commettre], l’emporte en excellence sur celui qui a cette inclination et la maîtrise[42], et quels sont ceux pour lesquels c’est l’inverse. Voilà donc un aperçu[43] original et une admirable[44] conciliation des deux assertions[45] et dont la teneur prouve la vérité de notre explication. Le sujet de ce chapitre est achevé.

SourcesLes Huit Chapitres de Maïmonide ou Introduction à la Mishna d’Aboth. Maximes des Pères (de la Synagogue). Traduits de l’arabe par Jules Wolff. Rabbin de la Communauté israélite de Chaux-de-Fonds. Lausanne-Paris, 1912. [Version numérisée : Alliance israélite universelle].

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