מילות הגיון לרמב״ם
Traité de Logique de Maïmonide
Texte édité et traduit de l’hébreu par Moïse Ventura (1935)
Présentation
Traité de logique
Le Traité de logique (Milot ha-Higayon) est un ouvrage introductif consacré aux principes de la logique aristotélicienne, traditionnellement attribué à Maïmonide qui l’aurait composé dans sa jeunesse, vers 1158. Rédigé en judéo-arabe sous le titre de Maqāla fī ṣināʿat al-manṭiq (« Traité sur l’art de la logique »), il vise à fournir au lecteur les outils intellectuels nécessaires pour structurer sa pensée et comprendre les arguments philosophiques et talmudiques. Il emprunte largement au philosophe musulman Al-Farabi (mort en 950).
L’ouvrage définit les termes logiques fondamentaux — la proposition, les catégories, les cinq universaux —, expose les figures et les modes du syllogisme, et distingue les types de raisonnement selon la nature de leurs prémisses : démonstratif, dialectique, rhétorique, sophistique et poétique. Maïmonide y montre comment la logique permet de distinguer le vrai du faux. Bien que concis, ce traité illustre une approche rationnelle de l’étude et s’inscrit dans le projet plus large d’harmonisation entre la philosophie et la tradition juive.
Dans sa version hébraïque, l’ouvrage fut, jusqu’au début de la période moderne, le texte classique d’initiation à la logique aristotélicienne pour les jeunes philosophes juifs ; Moïse Mendelssohn lui consacra au XVIIIᵉ siècle un commentaire important. Le texte original judéo-arabe fut traduit en hébreu à plusieurs reprises au Moyen Âge ; la version la plus répandue, celle que reproduit la présente édition, est due à Moïse, fils de Samuel Ibn Tibbon, qui lui donna le titre de Milot ha-Higayon.
La traduction française présentée ici est celle de Moïse Ventura, docteur ès lettres, parue à Paris à la Librairie Lipschutz en 1935, à l’occasion du huit-centième anniversaire de Maïmonide, sous le titre Maïmonide. Makala fi sana’at al-mantik — Terminologie logique. Il s’agit, selon sa page de titre, d’une « édition critique du texte hébreu traduit et commenté en français, avec introduction et lexique hébreu, arabe, grec, latin, allemand, anglais et français » — et de l’édition de l’original arabe pour les chapitres conservés. Établie en regard du texte hébreu d’Ibn Tibbon, elle se distingue par un riche appareil de notes qui éclaire le vocabulaire technique de la logique et confronte le texte à ses sources et à sa postérité : les écrits d’Al-Farabi, le Guide des égarés dans la traduction de Salomon Munk, les gloses de Moïse Mendelssohn, divers manuscrits hébraïques, ainsi que la terminologie de la scolastique latine. Un appendice consacré à « la logique au service du Talmud » illustre enfin l’application des catégories logiques au raisonnement herméneutique juif.
Le traducteur : le grand-rabbin Moïse Ventura (1893-1978)
Moïse (Moché) Ventura naît en août 1893 à Salihli, près de Smyrne, dans l’Empire ottoman. Il fait ses études à l’école de l’Alliance israélite universelle de Casaba, puis au séminaire rabbinique d’Istanbul dirigé par Abraham Danon, où il reçoit sa formation religieuse et son ordination rabbinique. Après la Première Guerre mondiale, il se consacre d’emblée à l’enseignement : il dirige le Talmud Tora de Bagdad — où il compose dès 1919 la première de ses nombreuses méthodes d’hébreu —, puis l’école hébraïque de Beyrouth.
En 1922, il s’établit à Paris, où il vivra une quinzaine d’années. Tout en enseignant l’hébreu et l’histoire juive, notamment à l’École Maïmonide et à l’École rabbinique, il poursuit des études de philosophie et de psychologie à la Sorbonne. Licencié ès lettres en 1926, il y est reçu docteur ès lettres en mars 1935 : sa thèse principale porte sur La philosophie de Saadia Gaon, sa thèse complémentaire sur le Kuzari de Juda Hallévi (publiée sous le titre Le Kalâm et le péripatétisme d’après le Kuzari). C’est de cette période parisienne, et de la même année 1935, que date son édition de la Terminologie logique de Maïmonide.
En décembre 1937, il devient grand-rabbin d’Alexandrie, fonction qu’il exerce durant dix ans — la période qu’il tiendra pour la plus accomplie de sa vie. Chef spirituel respecté, il y fonde en 1945 une école Maïmonide et œuvre à l’éducation de la jeunesse. Le jour même de la proclamation de l’État d’Israël, il est expulsé d’Égypte en raison de ses sympathies sionistes.
Suivent des années d’enseignement dans la diaspora — professeur de philosophie juive à la Yeshiva University de New York, puis directeur du séminaire rabbinique du Montefiore College à Ramsgate, en Angleterre. En 1955, il accomplit son aliyah et se consacre en Israël à l’éducation, refusant plusieurs postes de grand-rabbin (en Argentine, en Turquie, et jusqu’au grand-rabbinat de Tel-Aviv) pour rester éducateur. Il enseigne enfin la philosophie juive à l’université Bar-Ilan jusqu’en 1971. Auteur d’une œuvre abondante en hébreu et en français — une vingtaine d’ouvrages, dont son maître-livre sur Saadia Gaon —, il meurt à Tel-Aviv en 1978, à l’âge de 87 ans. Il avait redonné en 1969, à l’Institut Rav Kook, une seconde édition de sa Terminologie logique de Maïmonide.
D’après É. Gabbay, « Petite biographie du grand rabbin Moïse Ventura », et A. Dotan, « Le grand rabbin Moïse Ventura » (trad. R. Dotan, d’après Hatsofé, 27 octobre 1978), dans Nahar Misraïm — Bulletin de l’Association pour la sauvegarde du patrimoine culturel des juifs d’Égypte (ASPCJE), n° 39, 3ᵉ trimestre 2009.
Sommaire
Sources — Maïmonide. Makala Fi Sana’at Al-Mantik. מילות הגיון. Terminologie Logique. Édition critique par Moïse Ventura. Librairie Lipschutz, Paris, 1935. [Version numérisée : AIU].