R. Tan’hum de Jérusalem sur Habacuc
רבי תנחום הירושלמי על ספר חבקוק
R. Tan’hum de Jérusalem sur Habacuc
Trad. S. Munk (1843)
Chapitre 3
תְּפִלָּ֖ה לַחֲבַקּ֣וּק הַנָּבִ֑יא עַ֖ל שִׁגְיֹנֽוֹת׃
3:1Prière du prophète Habacuc, sur le mode des Chighionot.
[10] Sens douteux ; peut-être : « Dithyrambes. »
יְהֹוָ֗ה שָׁמַ֣עְתִּי שִׁמְעֲךָ֮ יָרֵ֒אתִי֒ יְהֹוָ֗ה פׇּֽעׇלְךָ֙ בְּקֶ֤רֶב שָׁנִים֙ חַיֵּ֔יהוּ בְּקֶ֥רֶב שָׁנִ֖ים תּוֹדִ֑יעַ בְּרֹ֖גֶז רַחֵ֥ם תִּזְכּֽוֹר׃
3:2« Seigneur, j’ai entendu ton message et j’ai été pris de crainte ; l’œuvre que tu as projetée, Seigneur, fais-la surgir au cours des années, — au cours des années, fais-la connaître ! Mais au milieu de la colère, souviens-toi de la clémence.
י״י שמעתי שמעך יראתי Il veut dire : Ce qui nous est parvenu, au sujet de ce que tu faisais autrefois pour nous, est grandiose, redoutable ; nous te prions donc d’en faire revivre les traces déjà effacées et d’agir encore de la sorte avec nous. C’est là ce qu’il exprime par les mots י״י פעלך בקרב שנים חייהו, au milieu des années, pour les années passées ; après פעלך il faut sous-entendre אשר פעלת (ce que tu as fait dans les années passées, fais-le revivre). Les mots בקרב שנים תודיע font suite au premier hémistiche : publie-le, manifeste-le, et fais-le connaître aux peuples de l’univers. Ensuite il demande que la miséricorde descende à l’époque du châtiment, qu’il désigne par le mot רוגז qui veut dire colère — car le Thargoum du mot אף est רוגזא — ; il dit donc : Dans la colère rappelle-toi la miséricorde, dans le même sens que זכר רחמיך יהוה (Ps. 25, vers. 6). — Selon d’autres, le pronom dans חייהו se rapporterait à Israël, c’est-à-dire : Fais revivre leur puissance et agis avec eux comme autrefois ; mais cette interprétation s’éloigne du contexte, et le premier sens est plus convenable.
אֱל֙וֹהַּ֙ מִתֵּימָ֣ן יָב֔וֹא וְקָד֥וֹשׁ מֵהַר־פָּארָ֖ן סֶ֑לָה כִּסָּ֤ה שָׁמַ֙יִם֙ הוֹד֔וֹ וּתְהִלָּת֖וֹ מָלְאָ֥ה הָאָֽרֶץ׃
3:3L’Éternel s’avance du Témân ; le Saint, du mont Parân, Sélah ! Sa splendeur se répand sur les cieux, et sa gloire remplit la terre.
אלוה מתימן יבוא En rapportant ces actes glorieux, il commence par la révélation sur le Sinaï, qui en est le plus magnifique et le plus énergique. Il parle de la lumière qui resplendit du Sinaï sur les montagnes qui l’entouraient, et il désigne la montagne par (le nom de) Thémân qui est une tribu des fils d’Ésaü, ses habitants, et qui est appelée אלוף תימן (Genèse, 36, 11). Le mot יבוא est en place de בא, et ces paroles sont analogues à ce que Dieu dit : L’Éternel vint du Sinaï, et leur apparut de Séïr ; il resplendit du mont Parân, etc. (Deut., 33, 2). Ensuite il fait allusion, selon le sens exotérique, à l’effusion des lumières et aux éclairs sur la surface de la terre, et il dit : Son éclat couvrit les cieux, etc. הודו veut dire son éclat, et תהלתו sa splendeur et sa brillante lumière, de בהלו (Job, 29, 3). Il y a en qui disent que תהלתו signifie sa louange ; le sens serait, que les habitants de la terre le louèrent alors et publièrent sa grandeur. Mais le premier sens est plus expressif et plus convenable.
וְנֹ֙גַהּ֙ כָּא֣וֹר תִּֽהְיֶ֔ה קַרְנַ֥יִם מִיָּד֖וֹ ל֑וֹ וְשָׁ֖ם חֶבְי֥וֹן עֻזֹּֽה׃
3:4C’est un éclat éblouissant comme la lumière, des rayons jaillissent de ses côtés et servent de voile à sa grandeur.
תהיה est pour היה ; קרנים exprime la lueur et le rayonnement, de קרן rayonner (Exode, 34, 29). ידו est ici sa puissance, et חביון עזו la tente de sa gloire et de sa force, dérivé de חבי (Isaïe, 26, 20) ; la racine est חבה (se cacher), de même que חזיון vient de חזה, et רשיון de רשה. C’est une description de la marche de la colonne de nuée et de la colonne de feu devant le camp des Israélites, et de sa tente de gloire descendant parmi eux, c’est-à-dire, du Tabernacle. D’autres disent que par חביון עזו, il veut dire l’arche sainte et les tables qu’elle renfermait et dans lesquelles étaient déposés ses mystères qui indiquaient la grandeur de sa puissance.
לְפָנָ֖יו יֵ֣לֶךְ דָּ֑בֶר וְיֵצֵ֥א רֶ֖שֶׁף לְרַגְלָֽיו׃
3:5Devant lui marche la peste, et la fièvre brûlante suit ses pas.
דבר signifie la peste et la mortalité, et רשף les étincelles du feu, comme רשפיה רשפי אש (Cant., 8, 6). Il y en a qui disent que רשף veut dire ici les flèches, que l’on compare aux étincelles, comme, par exemple, רשפי קשת (Ps. 76, 4). D’autres disent que רשף a le même sens que דבר. Quoi qu’il en soit, on veut parler ici des châtiments qui atteignirent les impies et les ennemis qui s’opposèrent à Israël, comme, par exemple, Amalek. Le pronom dans לפניו et dans רגליו se rapporte à Dieu ; le sens de לרגליו est : dans sa marche, car on emploie métaphoriquement רגלים (pieds) pour course, comme, par exemple, נר לרגלי דברך (Ps. 119, 105).
עָמַ֣ד וַיְמֹ֣דֶד אֶ֗רֶץ רָאָה֙ וַיַּתֵּ֣ר גּוֹיִ֔ם וַיִּתְפֹּֽצְצוּ֙ הַרְרֵי־עַ֔ד שַׁח֖וּ גִּבְע֣וֹת עוֹלָ֑ם הֲלִיכ֥וֹת עוֹלָ֖ם לֽוֹ׃
3:6Il se lève et la terre vacille, il regarde et fait sursauter les peuples ; les antiques montagnes éclatent, les collines éternelles s’affaissent — [montagnes et collines] qui sont ses routes séculaires.
עמד, qui signifie être debout, est une métaphore, par rapport à Dieu, et désigne la victoire qu’il donne à Israël. וימדד ארץ : il veut dire, que le Très-Haut a distribué la terre aux tribus ; car la distribution de la terre se fait habituellement par le mesurage. Le sens de ראה ויתר גוים est celui-ci : Il a vu qu’ils l’ont méritée (cette terre), par la promesse qu’il a faite à leurs ancêtres, et il en a expulsé les peuples et les en a retranchés. — Quant au mot ויתר, il est dérivé de נתר (Lévit., 11, 24) qui veut dire sauter, s’élancer : Il a fait sauter les peuples, fugitifs et expulsés de leurs demeures, pour que les Israélites en prissent possession. — ויתפצצו a le sens de se séparer, se rompre. Par la rupture des montagnes et l’abaissement des collines, il veut dire que les royaumes puissants ont été brisés devant eux, et que les peuples se sont soumis à eux. — Les mots הליכות עולם לו veulent dire : que ces montagnes et ces collines ont été brisées et abaissées, en sorte qu’elles sont devenues pour lui, c’est-à-dire devant lui, comme les chemins aplanis et battus dès les temps anciens. Mais le contexte, si on le considère attentivement, fait pencher pour l’analyse que nous avons donnée d’abord.
תַּ֣חַת אָ֔וֶן רָאִ֖יתִי אׇהֳלֵ֣י כוּשָׁ֑ן יִרְגְּז֕וּן יְרִיע֖וֹת אֶ֥רֶץ מִדְיָֽן׃
3:7Je vois les huttes de Couchân ployer sous le malheur et frissonner les tentes du pays de Madian.
תחת און veut dire sous leur tyrannie et leur injustice, c’est-à-dire, leur tyrannie précédente est retombée sur eux-mêmes, et ils ont été écrasés dessous. Il fait ici allusion à l’expédition entreprise par les Israélites contre les Midianites, à cause de l’hostilité que ces derniers avaient exercée contre eux d’abord. כושן est aussi un des noms des Midianites, ou bien une de leurs tribus ; on dit aussi כוש en parlant des Midianites, et de là vient l’adjectif relatif כושית dans אשה כשית לקח (Nombres, 12, 1), comme l’ont expliqué les docteurs, qui disent que c’est Tsippora, car elle descendait de Midian. Les expressions אהלי כושן et יריעות ארץ מדין seraient donc synonymes. יריעות s’explique par : Ils (les pavillons) tremblèrent et furent agités de la peur ; le futur est en place du prétérit רגזו.
הֲבִנְהָרִים֙ חָרָ֣ה יְהֹוָ֔ה אִ֤ם בַּנְּהָרִים֙ אַפֶּ֔ךָ אִם־בַּיָּ֖ם עֶבְרָתֶ֑ךָ כִּ֤י תִרְכַּב֙ עַל־סוּסֶ֔יךָ מַרְכְּבֹתֶ֖יךָ יְשׁוּעָֽה׃
3:8Est-ce contre les fleuves que s’irrite l’Éternel, aux fleuves qu’en veut ta colère ? Est-ce à la mer que ton courroux s’adresse, quand tu t’avances avec tes coursiers, sur tes chars de victoire ?
הבנהרים חרה ה׳ Ceux qui adoptent la première opinion interprètent ce verset sur la séparation du Jourdain par Josué, et sur la séparation de la mer de Souph par notre maître Moïse. Le prophète dit donc, en exprimant son étonnement sur la séparation du Jourdain : הבנהרים חרה ה׳ — est-ce que la colère de l’Éternel s’est enflammée contre les fleuves ? Puis il répète la même idée et dit : אם בנהרים אפך. Ensuite il mentionne la séparation de la mer de Souph : אם בים עברתך. Le sens est : Cela arrive par ton ordre, car c’est toi qui les fais couler, et ils s’enfuient devant toi. Enfin il rapporte ce qui a occasionné tout cela : la cause en est que Dieu, par sa puissance, remporte la victoire pour les Israélites et devient par là leur secours ; il exprime cela par le verbe רכב, employant métaphoriquement le mot סוס cheval. — Quant à ceux qui adoptent la seconde opinion, ils disent que le prophète, après avoir décrit les actes anciens du Très-Haut, commence ici à parler de la calamité au sujet de laquelle il intercède auprès de Dieu, savoir, de la famine, de la disette, du manque de pluies et du dessèchement des eaux.
עֶרְיָ֤ה תֵעוֹר֙ קַשְׁתֶּ֔ךָ שְׁבֻע֥וֹת מַטּ֖וֹת אֹ֣מֶר סֶ֑לָה נְהָר֖וֹת תְּבַקַּע־אָֽרֶץ׃
3:9Ton arc se montre à nu, tes serments sont des traits lancés par ton verbe [11] Membre de phrase très obscur., Sélah ! La terre, s’ouvrant, livre passage à des fleuves.
עריה est un nom (d’action) ou un infinitif d’un verbe dont le lamed est une lettre faible (ל״ה), comme ערו ערו (Ps. 137, 7), et הערה (Lévit., 20, 18), qui sont de la même racine et ont le même sens, c’est-à-dire découvrir. תעור, de même, a le sens de être découvert ; c’est le Niphal d’une racine עור ayant le ‘ayin faible (ע״ו). Selon la première opinion, le prophète veut parler de la puissance divine qui se manifesta sur les Cananéens dans la victoire des Israélites. — Par les mots שבעות מטות אמר סלה, il veut dire que Dieu a confirmé par là les serments qu’il avait faits aux patriarches, et la promesse qu’il leur avait donnée de faire le bien à leurs enfants, les tribus d’Israël ; car ces promesses se sont accomplies quand ils ont pris possession des pays. — Ensuite il décrit le bien qui se répandait sur eux, la fertilité des pays qui furent abreuvés par les pluies, et il dit : נהרות תבקע־ארץ — tu fendis la terre par les fleuves.
רָא֤וּךָ יָחִ֙ילוּ֙ הָרִ֔ים זֶ֥רֶם מַ֖יִם עָבָ֑ר נָתַ֤ן תְּהוֹם֙ קוֹל֔וֹ ר֖וֹם יָדֵ֥יהוּ נָשָֽׂא׃
3:10A ton aspect, elles tremblent, les montagnes, les eaux roulent impétueuses, l’Abîme fait retenir sa voix, élève ses vagues jusqu’au ciel.
יחילו Ce verbe signifie primitivement : être dans les douleurs de l’enfantement, de חיל כיולדה (Jérém., 6, 24 ; Ps. 48, 7) ; mais on l’emprunte pour (exprimer) la peur et l’agitation, et on l’applique aux montagnes, par métaphore, pour désigner leur ébranlement. — זרם est le courant des eaux et leur entraînement violent, c’est-à-dire, leur impétuosité ; de là vient le verbe זורמו (Ps. 77, 18). — תהום est le nom de l’Océan et l’abîme des eaux élémentaires ; קולו signifie : son bruit retentissant et son mugissement produit par les vagues qui s’entrechoquent dans lui. — רום est le ciel, ou la hauteur ; la traduction simple des mots רום ידיהו נשא est : Au ciel il a levé sa main, voulant dire qu’il a élevé ses vagues, comparées métaphoriquement aux mains. Selon d’autres, on veut dire par là qu’il (l’Océan) a levé les mains au ciel, jurant qu’il ne dépasserait pas sa limite ; ce qui serait conforme au sens de ces mots : Car je lève ma main au ciel (Deut., 32, 40).
שֶׁ֥מֶשׁ יָרֵ֖חַ עָ֣מַד זְבֻ֑לָה לְא֤וֹר חִצֶּ֙יךָ֙ יְהַלֵּ֔כוּ לְנֹ֖גַהּ בְּרַ֥ק חֲנִיתֶֽךָ׃
3:11Le soleil, la lune s’arrêtent dans leur orbite, à la lumière de tes traits qui volent, à la clarté fulgurante de ta lance.
שמש ירח עמד זבלה Ici le ו copulatif a été omis, car le sens est : le soleil et la lune. Le mot זבול s’applique primitivement à la demeure, comme par exemple בית זבול (I Rois, 8, 13) ; ensuite on l’emploie métaphoriquement pour le ciel. עמד (s’arrêta) est pour עמדו (s’arrêtèrent). Selon la première opinion, cette phrase aurait le sens qui a été expliqué dans le livre de Josué, aux mots : Et le soleil s’arrêta et la lune resta immobile (Jos., 10, 13). — Les mots לאור חציך יהלכו se rapportent aux Israélites ; par חצים et חנית il désigne, métaphoriquement, la Providence qui les protégeait et qui les secourait contre les ennemis, comme le font les armes de guerre. Il y en a qui disent que, si le prophète fait précéder ces derniers mots par la phrase : Le soleil et la lune s’arrêtèrent au ciel, il veut dire par là qu’ils ne furent pas guidés par eux, se trouvant suffisamment éclairés par la lumière de Dieu : Ils marchaient à la lumière de tes flèches, à la lueur de l’éclair de ta lance.
בְּזַ֖עַם תִּצְעַד־אָ֑רֶץ בְּאַ֖ף תָּד֥וּשׁ גּוֹיִֽם׃
3:12Dans ta fureur tu piétines la terre, dans ton courroux tu broies les nations.
בזעם תצעד־ארץ וג״ Le verbe צעד signifie faire des pas, comme dans ויהי כי צעדו (II Sam., 6, 13) ; ארץ a la valeur de בארץ, ou על הארץ. Par rapport à Dieu, c’est une expression figurée et métaphorique, pour dire qu’il fasse tomber le châtiment sur les royaumes de la terre, rebelles à son culte ; ensuite le prophète en explique lui-même le sens, en disant באף תדוש גוים, ce qui signifie littéralement : tu les fouleras, mais il veut parler de leur défaite et de leur ruine. Selon la première opinion, c’est une prière par laquelle Habakkouk prie contre les ennemis qui dominent sur Israël ; il semble dire : Ces grands exploits que tu as faits contre les ennemis d’autrefois, fais-les de nouveau contre ceux-ci.
יָצָ֙אתָ֙ לְיֵ֣שַׁע עַמֶּ֔ךָ לְיֵ֖שַׁע אֶת־מְשִׁיחֶ֑ךָ מָחַ֤צְתָּ רֹּאשׁ֙ מִבֵּ֣ית רָשָׁ֔ע עָר֛וֹת יְס֥וֹד עַד־צַוָּ֖אר סֶֽלָה׃
3:13Tu marches au secours de ton peuple, au secours de ton élu ; tu abats les sommités dans la maison du méchant, de la base au faîte tu la démolis, Sélah !
יצאת לישע עמך Le verbe יצא appliqué à Dieu signifie la manifestation de sa puissance et de sa providence, comme, par exemple, י״י כגבור יצא (Isaïe, 42, 13), ויצא י״י ונלחם (Zachar., 14, 3). Ceci est également une prière exprimée par le prétérit. — Il paraît clair que le prophète fait allusion par là à la grandeur que Dieu manifesta en détruisant l’armée de San’hérib qui assiégeait Jérusalem, comme il est dit : Un ange de l’Éternel sortit et frappa, dans le camp des Assyriens, cent quatre-vingt-cinq mille hommes (II Rois, 19, 35). Ainsi le mot משיחך désigne ici Hizkiah, roi de Juda, et c’est de San’hérib qu’il dit : מחצת ראש מבית רשע. — Les mots ערות יסוד עד־צואר סלה signifient que Dieu les a découverts depuis le bas jusqu’au cou, à perpétuité. ערות est l’infinitif de ערו ערו (Ps. 137, 7) ; יסוד, opposé à צואר (cou), signifie ici le bas, et est une dénomination des parties honteuses. Le sens est qu’il a déchiré le vêtement de leur gloire et a fait cesser la fortune qui cachait leurs vices. — Il y en a qui voient ici une promesse pour le temps futur, au sujet du Messie que nous attendons — puisse-t-il apparaître bientôt ! — et de la vengeance qu’on tirera des peuples qui oppriment Israël dans l’exil.
נָקַ֤בְתָּ בְמַטָּיו֙ רֹ֣אשׁ פְּרָזָ֔ו יִסְעֲר֖וּ לַהֲפִיצֵ֑נִי עֲלִ֣יצֻתָ֔ם כְּמוֹ־לֶאֱכֹ֥ל עָנִ֖י בַּמִּסְתָּֽר׃
3:14Tu transperces avec leurs propres traits ses premiers dignitaires, qui s’élancent comme l’ouragan pour me perdre. Ils triomphent déjà, comptant dévorer le faible dans l’ombre.
נקבת וג״ Le pronom dans במטיו et dans פרזיו se rapporte à l’ennemi en question, dont il a été dit מבית רשע. — מטיו veut dire ses bâtons, et פרזיו ses gîtes (ou ses demeures). ראש a ici la valeur du pluriel, comme si on lisait ראשי פרזיו ; ce sont les chefs qui dominent sur les pays. Or, comme il les appelle ראשים (têtes), il désigne métaphoriquement leur ruine et leur destruction, en disant qu’ils ont été percés avec le bâton. Les bâtons sont ici attribués à ceux-là mêmes qu’ils servent à châtier, pour dire que leur châtiment s’exécute avec leurs propres instruments. — Les mots יסערו להפיצני signifient : Ceux qui s’agitent, c’est-à-dire, qui se hâtent dans leur mouvement, pour nous séparer et nous disperser ; יסערו est dérivé de la racine סער, qui s’applique à la mer orageuse, par exemple כי הים הולך וסער (Jona, 1, 4). עליצותם vient de עלץ (I Sam. 2, 1) ; par עני il veut désigner le peuple faible, c’est-à-dire les Israélites, par rapport à l’état dans lequel ils se trouvaient alors.
דָּרַ֥כְתָּ בַיָּ֖ם סוּסֶ֑יךָ חֹ֖מֶר מַ֥יִם רַבִּֽים׃
3:15Tu foules la mer avec tes chevaux, les grandes vagues amoncelées.
דרכת veut dire tu as marché (tu t’es avancé), comme דרך כוכב מיעקב (Nombres, 24, 17). Les mots חמר מים רבים sont l’appositif de ים (mer), et se trouvent également sous la dépendance du ב dans בים : tu as marché dans la mer et dans les monceaux des eaux abondantes. — חמר est ici le singulier de חֳמָרִם (Exode, 8, 10), qui signifie des monceaux ; il veut parler des eaux qui s’amoncelaient. — Il y en a qui disent que דרכת a le sens de fouler, écraser, et que les chevaux sont ceux de Pharaon et de son armée ; on les attribue à Dieu (en disant tes chevaux), parce qu’il manifesta sa puissance et sa grandeur en les submergeant. Le prophète veut ici parler également de la défaite des troupes de l’ennemi comparé à la mer et aux eaux abondantes.
שָׁמַ֣עְתִּי ׀ וַתִּרְגַּ֣ז בִּטְנִ֗י לְקוֹל֙ צָלְל֣וּ שְׂפָתַ֔י יָב֥וֹא רָקָ֛ב בַּעֲצָמַ֖י וְתַחְתַּ֣י אֶרְגָּ֑ז אֲשֶׁ֤ר אָנ֙וּחַ֙ לְי֣וֹם צָרָ֔ה לַעֲל֖וֹת לְעַ֥ם יְגוּדֶֽנּוּ׃
3:16J’ai entendu… et mon sein en frémit ; à cette nouvelle mes lèvres s’entrechoquent. Une langueur s’empare de mes os, je m’affaisse sur moi-même. Puis-je en effet rester calme devant ce jour de malheur qui va se lever sur un peuple pour le décimer ?
שמעתי Par ותרגז בטני il veut parler de l’agitation et du tremblement des entrailles par la forte peur, comme nous l’avons dit au sujet des mots ירגזון יריעות ארץ מדין (ci-dessus, vers. 7). — Le ל dans לקול a le sens du מ : c’est comme s’il avait dit ומן הקול צללו שפתי. — צללו signifie elles bourdonnent, comme תצלינה (I Sam. 3, 41) ; le sens est que, par la forte peur qu’il éprouvait, ses lèvres tremblaient en parlant et proféraient leurs paroles avec un son tremblant, comme si c’était un bourdonnement. — רקב est la vermoulure qui atteint les ossements après la mort ; si on l’emploie en parlant des vivants, c’est une métaphore pour peindre la forte frayeur et la tristesse, comme il est dit : un esprit abattu dessèche les os (Prov. 17, 22). — ותחתי veut dire à ma place. — יגודנו exprime l’attroupement des armées, car les troupes s’appellent גדוד, par exemple בא מהגדוד (II Sam. 3, 22) ; le même verbe se trouve dans גד גדוד יגודנו (Gen. 49, 19).
כִּֽי־תְאֵנָ֣ה לֹֽא־תִפְרָ֗ח וְאֵ֤ין יְבוּל֙ בַּגְּפָנִ֔ים כִּחֵשׁ֙ מַֽעֲשֵׂה־זַ֔יִת וּשְׁדֵמ֖וֹת לֹא־עָ֣שָׂה אֹ֑כֶל גָּזַ֤ר מִמִּכְלָה֙ צֹ֔אן וְאֵ֥ין בָּקָ֖ר בָּרְפָתִֽים׃
3:17Car le figuier ne fleurira pas, ni les vignes ne donneront des fruits ; l’olivier refusera son produit et les champs leur tribut nourricier ; plus de brebis au bercail, plus de bœufs dans les étables !
כי־תאנה לא־תפרח וג״ Le nom de יבול désigne les fruits ; il dérive de הוביל, faire venir, amener, produire. — כִּחֵשׁ appliqué au produit de l’olivier, signifie il a été coupé, il a manqué ; ce sens est dérivé (au figuré) de celui de mentir, comme dans cette autre locution אשר לא־יכזבו מימיו (Isaïe, 58, 11). — Quant à שדמות, on dit que ce sont les ceps ; cependant la phrase n’est pas une répétition des mots ואין יבול בגפנים, car ce qui distingue les deux (plantes), c’est que la גפן est couchée sur la terre, et la שדמה est élevée au-dessus d’elle. — מִכְלָה est le nom de l’endroit où l’on enferme les troupeaux, savoir l’étable. — גזר est ici un verbe neutre, ayant le sens de être retranché, manquer. רפתים signifie les parcs de bœufs ; ce mot est très-usité dans le langage des anciens (docteurs), qui disent au singulier רפת בקר. — Tout ce discours, selon la première opinion, renferme une image pour représenter la ruine des nations ennemies. Selon la seconde opinion, c’est un avertissement clair et sans allégorie de l’arrivée de la stérilité, qui sera telle que les plantes se dessécheront, que les fruits manqueront et que les animaux périront faute de fourrage.
וַאֲנִ֖י בַּיהֹוָ֣ה אֶעְל֑וֹזָה אָגִ֖ילָה בֵּאלֹהֵ֥י יִשְׁעִֽי׃
3:18Et cependant moi, grâce à l’Éternel, je retrouverai le bonheur, je me délecterai en Dieu qui me protège.
ואני בי״י אעלוזה Après avoir parlé de la satisfaction que Dieu tirera des ennemis par les malheurs qui les frapperont, ou bien, selon la seconde interprétation, de la détresse qui arrivera à Israël, il dit, en annonçant le salut à Israël : Mais nous, nous serons réjouis après cela par le secours de Dieu et parce que ce sera lui qui nous secourra et nous aidera. Ensuite il ajoute : C’est parce que la force et la puissance nous viendront par sa providence, car c’est lui qui est la source de notre force et de notre puissance par lesquelles nous remporterons la victoire sur les ennemis. C’est là ce qu’il exprime par ces mots qui suivent.
יֱהֹוִ֤ה אֲדֹנָי֙ חֵילִ֔י וַיָּ֤שֶׂם רַגְלַי֙ כָּאַיָּל֔וֹת וְעַ֥ל בָּמוֹתַ֖י יַדְרִכֵ֑נִי לַמְנַצֵּ֖חַ בִּנְגִינוֹתָֽי׃
3:19Dieu, mon Seigneur, est ma force ; il rend mes pieds agiles comme ceux des biches, et il me fait cheminer sur les hauteurs ! — Au chorège qui dirige l’exécution de mes chants [12] Voir les Psaumes.
אלהים י״י חילי וג״ dont le sens est : En lui est ma force et ma puissance. Les mots וישם רגלי כאילות sont une image de la rapidité de leur arrivée et de leur victoire sur les ennemis, semblable à la rapidité et à la légèreté des gazelles. Par במותי il veut dire les hauteurs de mes ennemis, comme במותימו (Deut., 33, 29). במות signifie primitivement les sommets des hautes montagnes ; ensuite on l’emploie métaphoriquement pour désigner les plus grands d’entre les chefs. — Dans le mot למנצח le מ est superflu, et peut-être aussi ce mot a-t-il la valeur de להיות מנצח. Cette expression (נַצֵּחַ) signifie primitivement vaincre, dominer ; mais on l’emploie métaphoriquement pour chanter des louanges, comme nous l’expliquerons dans le livre des Psaumes. נגינות sont les mélodies musicales et les mots chantés par ces mélodies. — Il y en a qui disent que ואני בי״י אעלוזה et ce qui suit est le discours du prophète parlant en son propre nom, pour annoncer que lui, par la confiance qu’il a en Dieu, ne s’inquiète pas de ces circonstances qu’il vient de décrire. Mais il me semble qu’il vaut mieux entendre ces mots de tout Israël ; car la vérité est, qu’après avoir dit en parlant au nom de tous יסערו להפיצני et ensuite אשר אנוח ליום צרה וג״, il dit aussi pour leur annoncer le salut : ואני ביהוה אעלוזה אגילה באלהי ישעי יהוה אדני חילי וג״.
כמל שרח ספר חבקוק
Fin du commentaire du Livre de ‘Habakkouk
ברוך העוזר ברחמיו
Béni soit celui qui nous aide par sa miséricorde
Sources — Commentaire : S. Munk, in S. Cahen, La Bible, t. XII, Paris, 1843 [Google Books — archive.org] · Texte hébreu : Miqra according to the Mesorah / Sefaria [CC-BY-SA] · Traduction : Rabbinat français, dir. Z. Kahn, Paris, 1899 [NLI]
תפלה לחבקוק הנביא וג״ Le mot תפלה, partout où il se présente, signifie invocation, prière. Cette prière est (composée) à la manière des cantiques, par rapport à la concision, et en ce que les sujets y sont seulement indiqués, sans qu’on s’exprime clairement. Il en est ainsi dans le cantique de Déborah, dans le poème écrit par Hiskiah (Is., 38, 9), et dans plusieurs psaumes, comme par exemple le psaume ישב בסתר עליון (Ps. 91), et d’autres semblables, où l’on rencontre souvent la concision, l’obscurité, la licence dans la variation des pronoms, et les métaphores. En outre, ce morceau renferme, en partie, des louanges où l’on décrit le temps passé, et, en partie, des prophéties pour l’avenir, exprimées sous forme de prières et de supplications, comme dans le cantique de la mer (Exode, ch. 15) et dans celui de האזינו (Deut. ch. 32). C’est pourquoi il est difficile d’en comprendre parfaitement le sens, et les opinions varient beaucoup sur l’interprétation des textes. Ils tombent tous d’accord, que le prophète a décrit d’abord les miracles passés que le Très-Haut a faits pour Israël. — Par les mots על שגיונות il veut dire que cette prière est dite sur un certain rythme, conforme à une mélodie particulière qui porte ce nom, comme on l’expliquera dans le livre des Psaumes, aux mots שגיון לדוד (Ps. 7, 1) ; ou bien c’est un instrument de musique, connu chez eux sous ce nom. Il y en a qui disent que le sens de על שגיונות est : pendant sa gaité et son plaisir. Enfin on a dit aussi que, par שגיונות, il veut dire les erreurs, comme שגיאות (Ps., 19, 13) ; le sens serait alors : qu’il prie pour eux à cause de leur erreur et parce qu’ils négligent le culte de Dieu en s’occupant de choses vaines, ce qui leur cause le châtiment. — Ce verset est l’épigraphe de la prière.