تفسير كتاب المبادئ
Commentaire du Sefer Yeṣira — Livre de la Création
Saadia Gaon (882-942)
Trad. Mayer Lambert (1891)
Chapitre 5 — الفصل الהׄ[139]
[אׄ] המליך את אלף ברוח וקשר לו כתר *וצרפן זה עם זה[140] וצר[141] בו אויר בעולם *ורויה בשנה[142] וגויה בנפש[143] זכר ונקבה זכר באמש ותקבה באשם
5:1
Il a fait régner l’alef (א) dans l’air, il lui a attaché une couronne et a combiné une (lettre) avec l’autre, et il a créé avec lui l’atmosphère dans le monde, la demi-saison dans l’année et le tronc dans la personne : mâle et femelle, mâle avec émesch et la femelle avec ascham.
Il a fait régner le mem (מ) sur l’eau, il lui a attaché une couronne et il les a mélangés l’un avec l’autre, et il a formé avec lui la terre dans le monde et l’hiver dans l’année et le ventre dans la personne.
גׄ המליך את שין באש וקשר לו כתר וצרפן זה עם זה וצר[141] בו שמים בעולם וחום בשנה וראש בנפש[145] זכר ונקבה כאיזה צד צרפן אמש אשם משא מאש שאם שמא שמים אש אויר רום ארץ מים ראשו *של אדם אש לבו רוח בטנו מים[146]
5:3
Il a fait régner le schin (ש) dans le feu, et il lui a attaché une couronne et il les a mêlés l’un avec l’autre, et il a créé avec lui le ciel dans le monde, l’été dans l’année, la tête dans la personne, mâle et femelle. De quelle façon les a-t-il mêlés ? Alef (א), mem (מ), schin (ש) ; alef (א), schin (ש), mem (מ) ; mem (מ), schin (ש), alef (א) ; mem (מ), alef (א), schin (ש) ; schin (ש), alef (א), mem (מ) ; schin (ש), mem (מ), alef (א). Le ciel est du feu, l’atmosphère est de l’air, la terre est de l’eau. La tête de l’homme est du feu, son cœur est de l’air, son ventre est de l’eau.
Sept lettres doubles, b, g, d, k, p, r, t ; il les a tracées, taillées, mélangées, équilibrées et permutées ; il a créé avec elles les planètes, les jours et les ouvertures.
Il a fait régner le bet (ב) et il lui a attaché une couronne, et les a combinés l’un avec l’autre et il a créé avec lui Saturne dans le monde, le sabbat dans l’année, et la bouche dans la personne.
וׄ המליך את גימל וקשר לו כתר *וצרפן זה עם זה[151] וצר בו צדק בעולם ואחד בשבת בשנה ועין ימין בנפש[152]
5:6
Il a fait régner le guimel (ג), il lui a attaché une couronne et les a mélangés l’un avec l’autre, il a créé avec lui Jupiter dans le monde, dimanche dans l’année, l’œil droit dans la personne.
זׄ המליך את דלת וקשר לו *כתר וצרפן זה עם זה[153] וצר בו מאדים בעולם ושני בשבת בשנה ועין שמאל בנפש[154]
5:7
Il a fait régner le dalet (ד), il lui a attaché une couronne, il les a mélangés l’un avec l’autre, et il a créé avec lui Mars dans le monde, le lundi dans l’année et l’œil gauche dans la personne.
חׄ המליך את כף וקשר לו כתר *וצרפן זה עם זה[155] וצר בו חמה בעולם ושלישי בשבת בשנה ואף ימין בנפש[156]
5:8
Il a fait régner le kaf (כ), il lui a attaché une couronne, et les a mêlés l’un avec l’autre, et a créé avec lui le soleil dans le monde, le mardi dans l’année, la narine droite dans la personne.
טׄ המליך את פי וקשר לו כתר *וצרפן זה עם זה[157] וצר בו נוגה בעולם ורביעי בשבת בשנה ואף שמאל בנפש[158]
5:9
Il a fait régner le pé (פ) et il lui a attaché une couronne, il les a mêlés l’un avec l’autre, et a créé avec lui Vénus dans le monde, le mercredi dans l’année, la narine gauche dans la personne.
יׄ המליך את ריש וקשר לו כתר *וצרפן זה עם זה[159] וצר בו כוכב חמה בעולם וחמשי בשבת בשנה ואזן ימין בנפש[160]
5:10
Il a fait régner le resch (ר), il lui a attaché une couronne et les a multipliés l’un avec l’autre, et a créé avec lui Mercure dans le monde, le jeudi dans l’année, l’oreille droite dans la personne.
יׄאׄ המליך את תיו וקשר לו כתר *וצרפן זה עם זה[161] וצר בו לבנה בעולם וששי בשבת ואזן שמאל בנפש[162]
5:11
Il a fait régner le tav (ת), il lui a attaché une couronne, il les a multipliés l’un avec l’autre, et a créé avec lui la lune dans le monde, le vendredi dans l’année, l’oreille gauche dans la personne.
יׄבׄ חיצה את העדים והעמידן אחד אחד לבדו עולם לבדו ושנה לבדה ונפש לבדה[163] ∗
5:12
Il a séparé les témoins et les a placés chacun à part, le monde à part, l’année à part et la personne à part.
Notes de M. Lambert sur le texte hébraïque
[139] A., III, 5 b ; IV, 3 a ; B., III, 8 b ; IV, 3 d ; C., p. 224, 239 ; D., p. 47-48, 52, 56-57.
[140] D. : וחקקן בראש התיבה הוא הדבור וצרף את האותיות זו בזו ועשאן שני דבורים וכנה את האחד אמש ואת השני אשם וצר רוח מרוחו.
[141] A., C. : וחתם.
[142] A., C. : חיה בשמה !
[143] D. ajoute : וכל דבר שהוא מאלה.
[144] Les éditions ont respectivement le même texte que dans le paragraphe précédent avec מאש et משא.
[145] D., même formule avec משא et שאם.
[146] A., C. omettent (v. S., III, 2) ; D. le développe.
[147] M. : והימירן.
[148] A., C., D. : כוכבים בעולם ימין בשנה ושערים בנפש. — A. ajoute זמהן חקק שבעה ורקיעים ושבע אדמות ושבע שבתות לפיכך חובב שביעי תחת כל השמים. — B., C., D. ajoutent שבעה שבעה. (D. ajoute וכלן בכח זכר ונקבה).
[149] D. : וחקקו בראש הדבור וצרף את שבע האותיות האלה זו בזו ועשאן דבור וככה בגד כפרת.
[150] D. ajoute : וחיים ותמורתו מות. B. ajoute : זכר ונקבה.
[151] D., même formule avec גבד כפרת.
[152] D. ajoute : ושלום ותמורתו מלחמה ; B. ajoute : ז׳ ונ׳.
[153] D., même formule avec דגב כפרת.
[154] D. ajoute : וחכמה ותמורתה אולת ; B. ajoute : ונ׳.
[155] D. item avec כדג בפרת.
[156] D. ajoute : ועושר ותמורתו עוני ; B. ajoute : ז׳ ונ׳.
[157] D. item avec פגד בכרת.
[158] D. ajoute : וזרע ותמורתו שממון ; B. ajoute : ז׳ ונ׳.
[159] D. item avec רפכד כבת.
[160] D. ajoute : וממשלה ותמורתה עבדות ; B. ajoute : ז׳ ונ׳.
[161] D. item avec תרפכ דגב.
[162] D. ajoute : וחן ותמורתו כיעור ; B. ajoute : ז׳ ונ׳.
[163] A., C. omettent. — Edd. ajoutent : ואלו הן* כוכבים בעולם שבעה חמה נוגה כוכב לבנה שבתאי צדק מאדים ואלו הן ימין בשנה שבעה ימי בראשית ושבעה שערים בנפש** שתי עינים שתי אזנים והפה ושני נקבי האף ובהן נחקקו שבעה רקיעים ושבע ארצות ושבע שעות לפיכך חבב שביעי לכל חפץ תחת השמים. — B. ajoute : ושבעה רקיעים וילון רקיע שחקים זבול מעון מכון ערבות שבע ארצות אדמה תבל נשיה ציה חלד ארץ גיא.
* D. ajoute ומהן נחקקו ונוצרו
** B. ajoute זכר ונקבה
Notes de M. Lambert sur le commentaire de Saadia Gaon
[1] Pour l’énoncé de ce chapitre et des suivants, voyez notre traduction p. 6-10.
[2] Menaḥot, 29b.
[3] Publié par M. l’abbé Bargès. Paris, 1866. V. J. Derenbourg, Notes épigraphiques, p. 134-155.
[4] Nombres, xxii, 32.
[5] Baba Qama, i, 2.
[6] P. 82.
Sources — Commentaire sur le Séfer Yeṣira ou Livre de la Création par le Gaon Saadya Gaon de Fayyoum. Publié et traduit par Mayer Lambert. Paris, 1891. [Version numérisée : Google].
Ce qu’il dit à propos de chaque lettre[1] : (Dieu) lui a attaché une couronne, est (conforme à) un principe des anciens — d’heureuse mémoire ! — car une de leurs traditions est que les lettres ont été révélées avec des ornements et des couronnes, comme ils disent : Sept lettres exigent chacune trois ornements, à savoir : schin, ‘ayin, ṭet, nun, zayin, guimel, ṣadé[2], il en est de même pour chaque lettre. Et parfois il est des lettres chez lesquelles (ces ornements) augmentent ou restreignent les déductions qu’on en tire, comme cela est expliqué dans le Livre des couronnes[3]. (Les anciens) ont aussi cette tradition que lorsqu’on n’a pas écrit soigneusement les couronnes dans un livre de la loi, il n’est pas permis de prononcer sur lui la bénédiction, ni d’y lire en public. Et ils disent que pour cela, celui qui expédie rapidement (un livre de la loi) ne vivra pas. Les anciens faiseurs d’amulettes disaient que si elles n’ont pas été écrites avec leurs couronnes, elles ne servent à rien. De même l’auteur de ce livre dit qu’il n’y a pas moyen de faire avec la lettre le corps triangulaire, carré, replié ou formé en chaîne ou convexe qu’elle était destinée (à produire), à moins qu’elle n’ait sa couronne, c’est pourquoi il dit : Il lui a attaché sa couronne. S’il dit pour chaque (lettre) : Il les a multipliées l’une avec l’autre, c’est que s’il l’avait laissée isolée, il n’en serait résulté aucun composé ; il n’en est résulté de composé que par son mélange avec une autre (lettre). Si (tel acte) est attribué à cette lettre toute seule, c’est qu’elle est la plus forte et la plus fine, ou qu’elle est répétée deux fois ou davantage ; ainsi nous savons que dans la pluie chaude il y a du froid, et que dans (la pluie) froide il y a de la chaleur, seulement nous qualifions (la pluie) d’après la qualité dominante. De même nous constatons que le juste n’est pas exempt de péchés et que le méchant forcément agit bien un jour ; mais nous les nommons d’après la majorité de leurs actes.
(L’auteur) dit à propos de chaque lettre : veṣar bô ; il veut dire par là veyaṣar bô (et il a formé avec elle) ; mais le yod est supprimé, à l’instar d’autres aphérèses qui ont lieu dans la Bible ; par exemple : naḥnu (pour anaḥnu)[4], et dans la Mischna comme il est dit : ḥab[5] au lieu de ḥayyab. Et dans la langue des poètes on dit : rad pour yarad ; on emploie ‘aṣ pour ya‘aṣ et aussi rasch pour yarasch et beaucoup de mots semblables. En arabe, de même, on dit yâ ṣaḥ pour yâ ṣaḥib ; on dit : faïn yaku pour faïn yakun.
Par le mot : mâle et femelle, comment les a-t-il multipliés ? (l’auteur) entend que l’élément qui achève la procréation détermine le sexe masculin ou féminin, comme nous l’avons dit plus haut[6]. De même, il détermine la force ou la faiblesse dans les autres êtres.
Et (l’auteur) nous aide dans le chapitre de la multiplication, (en nous montrant) qu’il faut multiplier en procédant du plus rapproché (au plus éloigné) ; or le plus proche d’après l’ordre des mots c’est ’ascham qui se rapproche plus de ’émésch, puis maschscha’ qui est l’inverse de émèsch, puis mê’êsch qui en est le plus près, puis schèim qui est l’inverse (de mê’êsch), puis schemma’ qui en est le plus près. Et nous suivrons ce procédé à l’égard des mots de quatre lettres, de cinq lettres et d’autant (de lettres) que les mots peuvent en avoir.
Énoncé du Sixième chapitre.