רבי תנחום הירושלמי על ספר חבקוק
R. Tanḥoum de Jérusalem sur Ḥabaqqouq
Trad. S. Munk (1843)
R. Tan’houm de Jérusalem sur ‘Habaqqouq
בְּשֵׁם אֵל עוֹלָם
Au nom du Dieu éternel.
סֵפֶר חֲבַקּוּק
Livre d’Habakkouk
Chapitre 1
הַמַּשָּׂא֙ אֲשֶׁ֣ר חָזָ֔ה חֲבַקּ֖וּק הַנָּבִֽיא׃
1:1L’oracle que le prophète Habacuc perçut dans une vision :
עַד־אָ֧נָה יְהֹוָ֛ה שִׁוַּ֖עְתִּי וְלֹ֣א תִשְׁמָ֑ע אֶזְעַ֥ק אֵלֶ֛יךָ חָמָ֖ס וְלֹ֥א תוֹשִֽׁיעַ׃
1:2Jusques à quand, ô Seigneur, t’implorerai-je sans que tu entendes mon appel ? Crierai-je vers toi : violence ! sans que tu prêtes secours ?
עד אנה וג״ Il commence par des supplications, en parlant au nom d’Israël, en implorant le Très-Haut contre l’oppression que les Chaldéens faisaient peser sur eux (les Israélites) et en le suppliant de ne pas pousser plus loin l’indulgence qu’il leur accordait tout en connaissant leur tyrannie. Tel est le sens de ces mots :
לָ֣מָּה תַרְאֵ֤נִי אָ֙וֶן֙ וְעָמָ֣ל תַּבִּ֔יט וְשֹׁ֥ד וְחָמָ֖ס לְנֶגְדִּ֑י וַיְהִ֧י רִ֦יב וּמָד֖וֹן יִשָּֽׂא׃
1:3Pourquoi me laisses-tu voir l’iniquité et restes-tu témoin de l’injustice ? L’oppression et la violence triomphent sous mes yeux ; partout éclatent des disputes et sévit la discorde !
למה וג״ Pourquoi me fais-tu voir, etc., c’est-à-dire : pourquoi, tout en sachant cela, leur permets-tu d’y persévérer ? — Le mot יִשָּׂא est pris ici dans le sens (neutre) de s’élever, et il a la valeur de יִנָשֵׂא ou de ישׂא ראשׁ (La querelle et la dispute s’élèvent ou lèvent la tête). Il y en a qui disent que la valeur est : L’homme de querelle et de dispute lève la tête ; comment se fait-il (dit le prophète) que le méchant arrive à une position élevée, puisque tu pénètres ses actions ?
עַל־כֵּן֙ תָּפ֣וּג תּוֹרָ֔ה וְלֹא־יֵצֵ֥א לָנֶ֖צַח מִשְׁפָּ֑ט כִּ֤י רָשָׁע֙ מַכְתִּ֣יר אֶת־הַצַּדִּ֔יק עַל־כֵּ֛ן יֵצֵ֥א מִשְׁפָּ֖ט מְעֻקָּֽל׃
1:4Aussi la loi est-elle paralysée et le droit ne se manifeste-t-il plus jamais. Oui, le méchant circonvient le juste, aussi ne rend-on que des sentences perverses.
על כן תפוג וג״ Le mot תפוג signifie elle se relâche, c’est-à-dire, sa force s’affaiblit ; il a un sens analogue à פּוּגַת (Lamentations, ch. 2, v. 18). — מכתיר את הצדיק il environne le juste, c’est-à-dire, il l’assiège, et s’empare de lui ; מַכְתִּיר est employé dans le même sens que כִּתְּרוּנִי (Ps. 22, vers. 13), qui est d’une autre conjugaison lourde. Ce verbe est dérivé de כֶּתֶר couronne, car la couronne environne la tête. יצא a ici le sens d’apparaître. מעקל signifie tortu, opposé à ישר droit ; de là vient קלקלות (Juges, ch. 5, vers. 6). Il veut dire : par cette grande patience (que Dieu montre) pour l’impie, quoique celui-ci se rende maître du juste et qu’il l’opprime, il paraîtrait comme si la justice n’était pas debout, quoique, en réalité, il n’en soit pas ainsi. Il y en a qui expliquent מכתיר par il le domine, il s’impose sur sa tête comme une couronne, le faisant venir également de כֶּתֶר ; mais le premier sens est plus convenable.
רְא֤וּ בַגּוֹיִם֙ וְֽהַבִּ֔יטוּ וְהִֽתַּמְּה֖וּ תְּמָ֑הוּ כִּי־פֹ֙עַל֙ פֹּעֵ֣ל בִּימֵיכֶ֔ם לֹ֥א תַאֲמִ֖ינוּ כִּ֥י יְסֻפָּֽר׃
1:5Jetez les yeux sur les peuples, regardez, soyez étonnés, stupéfaits ! Car il [Dieu] va, en votre temps, accomplir une œuvre… vous n’y croiriez pas si on vous la racontait.
ראו וג״ Ceci est l’allégation des paroles que le Très-Haut adresse à Israël ; le prophète, par son attitude, semble dire : Comment, ô Seigneur, patientes-tu malgré cela et nous dis-tu : ראו בגוים וג׳ voyez ce qui arrive aux nations et vous serez étonnés ? Le mot התמהו est au Hithpaël ; le ת du Hithpaël est inséré dans la première radicale ; תמהו est l’impératif du verbe léger (Kal), et la répétition du verbe est pour donner de l’énergie. Peut-être a-t-il voulu (exprimer) par l’un des deux verbes l’étonnement et par l’autre la stupéfaction ; cette racine — je veux dire תמה — renferme les deux sens, qui s’approchent l’un de l’autre ; car celui qui s’étonne d’une chose en est stupéfait. Il en est ainsi dans ויתמהו (Genèse, 43, 33). — Dans les mots כִּי־פֹעַל פֹּעֵל, il faut suppléer אני, ou הנני, ou autre chose semblable, ainsi qu’il dit ci-après :
כִּֽי־הִנְנִ֤י מֵקִים֙ אֶת־הַכַּשְׂדִּ֔ים הַגּ֖וֹי הַמַּ֣ר וְהַנִּמְהָ֑ר הַהוֹלֵךְ֙ לְמֶרְחֲבֵי־אֶ֔רֶץ לָרֶ֖שֶׁת מִשְׁכָּנ֥וֹת לֹּא־לֽוֹ׃
1:6Oui, je vais susciter les Chaldéens, ce peuple féroce et emporté, qui parcourt les vastes espaces de la terre, pour conquérir des demeures qui ne sont pas à lui.
כי הנני מקים וג״ voici je fais lever les Chaldéens, etc. Il appelle ce peuple מר amer, à cause du grand mal qu’il faisait. נמהר a ici le sens de être léger, agir précipitamment, sans considération ni intelligence. On le traduit aussi par rapide, du sens de מְהֵרָה. Enfin on l’explique aussi par stupide, comme נמהרי לב (Isaïe, 35, 4).
אָיֹ֥ם וְנוֹרָ֖א ה֑וּא מִמֶּ֕נּוּ מִשְׁפָּט֥וֹ וּשְׂאֵת֖וֹ יֵצֵֽא׃
1:7Peuple terrible et redoutable ! De lui seul il tire son droit et son orgueil.
ממנו משפטו ושאתו יצא de lui-même émane son autorité et son élévation ; c’est-à-dire, suivant son opinion.
וְקַלּ֨וּ מִנְּמֵרִ֜ים סוּסָ֗יו וְחַדּוּ֙ מִזְּאֵ֣בֵי עֶ֔רֶב וּפָ֖שׁוּ פָּרָשָׁ֑יו וּפָֽרָשָׁיו֙ מֵרָח֣וֹק יָבֹ֔אוּ יָעֻ֕פוּ כְּנֶ֖שֶׁר חָ֥שׁ לֶאֱכֽוֹל׃
1:8Ses chevaux sont plus légers que des panthères, plus rapides que les loups du soir, et ses cavaliers se répandent de toutes parts. Ils viennent de loin, ses cavaliers, ils volent comme un aigle qui se hâte de dévorer.
וחדו signifie : ils sont aigus ou véhéments. Quant aux mots זאבי ערב, on les explique par loups du désert, comme זאב ערבות (Jérémie, 5, 6). D’autres disent loups du soir ou de la nuit. — וּפָשׁוּ a été expliqué de différentes manières : on lui a donné le sens de פוץ (ses cavaliers se répandront) ; on l’a aussi expliqué dans le sens de danser, sauter ; enfin on a dit qu’il est analogue au mot du Targum qui rend פרו ורבו par פושו וסגו (Onqelos).
כֻּלֹּה֙ לְחָמָ֣ס יָב֔וֹא מְגַמַּ֥ת פְּנֵיהֶ֖ם קָדִ֑ימָה וַיֶּאֱסֹ֥ף כַּח֖וֹל שֶֽׁבִי׃
1:9Tous viennent pour la rapine, leur passion les porte toujours en avant. Ils amassent des captifs comme du sable.
מגמת פניהם La meilleure traduction qu’on ait donnée de ces mots est : la direction de leurs visages. C’est l’opinion du maître Aboulwalîd ; le mot מְגַמָּת vient, selon lui, d’une racine à deux lettres pareilles (גמם). Aboulwalîd y trouve de l’analogie avec la racine arabe חמם, qui s’emploie dans le sens de se diriger. Il se peut qu’il ait voulu désigner la direction qu’ils prenaient en retournant dans leur pays avec le butin. Si le prophète dit קדימה, quoiqu’ils vinssent de l’Orient et qu’ils se dirigeassent vers l’Occident — [car Jérusalem, l’Égypte et, en général, les pays qu’ils envahissaient étaient situés pour eux à l’Occident] — il y en a qui disent que ce mot a la valeur de כקדימה et qu’il signifie comme le vent d’est ; c’est une image qui représente la rapidité de leur arrivée à l’endroit vers lequel ils se dirigent. Le ה dans קדימה serait alors paragogique, comme celui de לשאולה (Ps. 9, v. 18). Il se peut aussi qu’il ait voulu désigner la direction qu’ils prenaient en retournant dans leur pays ; le sens serait alors qu’ils font des irruptions et qu’ils pillent, ayant pour but de retourner, avec le butin, à leur pays ; c’est pourquoi il dit après : Et ils ramassent le butin comme le sable.
וְהוּא֙ בַּמְּלָכִ֣ים יִתְקַלָּ֔ס וְרֹזְנִ֖ים מִשְׂחָ֣ק ל֑וֹ ה֚וּא לְכׇל־מִבְצָ֣ר יִשְׂחָ֔ק וַיִּצְבֹּ֥ר עָפָ֖ר וַֽיִּלְכְּדָֽהּ׃
1:10Et ce peuple se moque des rois, les princes lui sont un objet de risée ; il se joue de toutes les forteresses, amoncelle un peu de terre et les prend d’assaut.
והוא במלכים יתקלס il méprise les rois, il se moque d’eux, comme וקלסה לכל הארצות (un objet de mépris pour tous les pays, Ézéchiel, 22, 4). — ויצבר עפר וילכדה : Le pronom suffixe dans וילכדה se rapporte à מבצר, comme si on sous-entendait עיר ville (du féminin). Le sens est que, vu le grand nombre de ses troupes, il méprise toute ville forte ; il n’a qu’à ramasser de la terre pour en couvrir la ville et pour la conquérir.
אָ֣ז חָלַ֥ף ר֛וּחַ וַֽיַּעֲבֹ֖ר וְאָשֵׁ֑ם ז֥וּ כֹח֖וֹ לֵאלֹהֽוֹ׃
1:11Ainsi il passe comme une tempête, et sur son passage il commet des méfaits, lui qui tient sa force pour son dieu !
אז חלף רוח וג״ Il faut sous-entendre כ, comme s’il y avait חלף כרוח (il passe comme le vent). On le compare au vent, par rapport à la rapidité du mouvement et parce qu’il arrive sans obstacle en tout endroit ; ensuite on ajoute que cette faculté le porte au péché et à l’infidélité (envers Dieu), parce qu’il en attribue la cause à l’objet de son culte ; tel est le sens de ces mots : ואשם זו כחו לאלהו — [זו a le sens de אשר, comme dans עם זו, Isaïe, 43, 21] — comme s’il disait : Il pèche en disant que sa force (doit être attribuée) à son Dieu. On se sert du mot אלהו, au singulier, pour rabaisser (ce dieu), parce qu’on veut parler d’un faux dieu. S’il est vrai qu’on dit aussi אלהים אחרים, ce n’est pas là un pluriel de majesté, mais un véritable pluriel, quoique, dans plusieurs endroits, ce pluriel s’emploie aussi comme terme de magnificence, (en parlant) selon l’opinion de ceux qui adorent ces dieux, comme, par exemple, לכמוש אלהי מואב à Camôs, dieu de Moab (I Rois, 11, 33), et autres expressions semblables. On peut, en effet, s’exprimer des deux manières (au singulier et au pluriel).
הֲל֧וֹא אַתָּ֣ה מִקֶּ֗דֶם יְהֹוָ֧ה אֱלֹהַ֛י קְדֹשִׁ֖י לֹ֣א נָמ֑וּת יְהֹוָה֙ לְמִשְׁפָּ֣ט שַׂמְתּ֔וֹ וְצ֖וּר לְהוֹכִ֥יחַ יְסַדְתּֽוֹ׃
1:12N’es-tu pas, de toute éternité, ô Seigneur, mon Dieu, mon Saint ? Non, nous ne mourrons pas ! L’Éternel, c’est pour faire justice que tu as commis ce peuple ! ô mon Rocher, c’est pour châtier que tu l’as établi !
הלוא אתה Après avoir fini de réciter les paroles de Dieu, il (le prophète) continue : « Mais toi, ô Seigneur, n’es-tu pas notre Dieu, depuis le commencement de notre naissance ? Nous te prions donc de ne pas nous négliger, car nous mourrions sous la main de cet ennemi ; » c’est là ce qu’il exprime par les mots הלא…לא נמות. Ensuite il ajoute : « N’es-tu pas le Seigneur, toi, qui l’as revêtu de l’autorité ? toi, le Tout-Puissant, qui l’as érigé, afin de punir par lui les pécheurs ? » ce qu’il exprime par les mots יי למשפט…יסדתו qu’il faut compléter ainsi : הלא אתה ה׳ אשר למשפט שמתו והצור אשר להוכיח יסדתו ; car les mots הלא אתה, au commencement du verset, se rapportent aussi au second membre de la phrase. Peut-être aussi le sens de אלהי קדשי לא נמות est-il : Tu es notre guide ; ainsi nous ne mourrons pas et nous ne périrons pas — une parenthèse qui serait une épithète de Dieu, exprimant le soin particulier qu’il prend des Israélites, afin qu’ils ne périssent pas.
טְה֤וֹר עֵינַ֙יִם֙ מֵרְא֣וֹת רָ֔ע וְהַבִּ֥יט אֶל־עָמָ֖ל לֹ֣א תוּכָ֑ל לָ֤מָּה תַבִּיט֙ בּֽוֹגְדִ֔ים תַּחֲרִ֕ישׁ בְּבַלַּ֥ע רָשָׁ֖ע צַדִּ֥יק מִמֶּֽנּוּ׃
1:13Ô toi qui as les yeux trop purs pour voir le mal, et qui ne peux regarder l’iniquité, pourquoi regardes-tu ces perfides, gardes-tu le silence quand le méchant dévore plus juste que lui ?
טהור עינים וג״ Ceci est encore sous la dépendance des mots הלא אתה et fait suite à ce qui précède. Le sens est : Tu ne veux pas le mal et ton équité ne demande pas l’injustice ; comment alors se fait-il que tu prennes patience avec l’inique, malgré son iniquité envers celui qui est plus juste que lui ? C’est ce qu’il exprime par les mots למה תביט… צדיק ממנו ; par ces derniers mots il veut dire : quoiqu’il ne soit pas juste dans le sens absolu, il l’est toujours en comparaison de l’impie qui le domine.
וַתַּעֲשֶׂ֥ה אָדָ֖ם כִּדְגֵ֣י הַיָּ֑ם כְּרֶ֖מֶשׂ לֹא־מֹשֵׁ֥ל בּֽוֹ׃
1:14Pourquoi as-tu rendu les hommes pareils aux poissons de la mer, aux reptiles qui n’ont point de maître ?
כֻּלֹּה֙ בְּחַכָּ֣ה הֵֽעֲלָ֔ה יְגֹרֵ֣הוּ בְחֶרְמ֔וֹ וְיַאַסְפֵ֖הוּ בְּמִכְמַרְתּ֑וֹ עַל־כֵּ֖ן יִשְׂמַ֥ח וְיָגִֽיל׃
1:15Il [l’ennemi] les prend tous avec l’hameçon, il les tire à lui avec son filet et les jette ensemble dans sa nasse ; aussi est-il content et joyeux.
חכה est l’hameçon, comme dans Isaïe, ch. 19, v. 8. — יְגֹרֵהוּ il le rassemble, comme יגורו עלי עזים (Ps. 49, vers. 4) ; mais ce dernier est un verbe neutre, tandis que celui-là est transitif. — חרמו veut dire son filet, de même que מכמרתו ; (ce sont deux espèces de filets) qui diffèrent dans la forme ; ainsi les expressions יאספהו במכמרתו et יגרהו בחרמו sont synonymes. Le sujet dans les verbes העלה, יגרהו et יאספהו est l’ennemi mentionné plus haut.
עַל־כֵּן֙ יְזַבֵּ֣חַ לְחֶרְמ֔וֹ וִֽיקַטֵּ֖ר לְמִכְמַרְתּ֑וֹ כִּ֤י בָהֵ֙מָּה֙ שָׁמֵ֣ן חֶלְק֔וֹ וּמַאֲכָל֖וֹ בְּרִאָֽה׃
1:16Aussi offre-t-il des sacrifices à son filet et brûle-t-il de l’encens à sa nasse, car il leur doit une prise abondante et d’exquises victuailles.
שמן חלקו : Le mot שָׁמֵן est ici un adjectif, gras, et on aurait dû mettre שמן חלקו, comme le prouvent les mots ומאכלו בריאה. Ce dernier mot (sain) s’emploie aussi dans le sens de gras, comme dans בריאות וטובות (Genèse, 41, 5). Le ה dans בריאה est paragogique, comme dans האהלה (Genèse, 18, 6 et passim), dans נחלה מצרים (Nombres, 34, 5) et dans d’autres mots semblables ; ce ne saurait être ici le ה du féminin, car מאכלו est du masculin. Il y en a qui disent que בריאה est le qualificatif d’un substantif (féminin) omis, et qu’il faut sous-entendre שה, ou un autre mot semblable.
הַ֥עַל כֵּ֖ן יָרִ֣יק חֶרְמ֑וֹ וְתָמִ֛יד לַהֲרֹ֥ג גּוֹיִ֖ם לֹ֥א יַחְמֽוֹל׃
1:17Est-ce une raison pour qu’il vide toujours son filet et recommence sans cesse à égorger des peuples, sans pitié ?
העל כן יריק חרמו : Il se peut que יריק ait ici le sens de tirer dehors, faire sortir, comme אריק חרבי (Exode, 15, 9) ; il veut dire par là étendre le filet, c’est-à-dire le jeter dans l’eau. Le ה dans העל est pour אשר ; le sens est : à cause de cela, c’est-à-dire parce qu’il trouve sa part grasse, etc., il tire son filet, etc. D’autres donnent au ה la valeur de הֲלֹא (n’est-ce pas que ?). Il y en a qui prennent יריק pour un verbe neutre dont le sujet est חרם et qui a le sens de יעלה ריקם ; c’est-à-dire : Est-ce que, avec un tel pouvoir, son filet pourrait remonter vide ? Le ו dans ותמיד aurait alors le sens de au contraire, comme dans ואחלצה (Ps. 7, vers. 5).
Chapitre 2
עַל־מִשְׁמַרְתִּ֣י אֶֽעֱמֹ֔דָה וְאֶֽתְיַצְּבָ֖ה עַל־מָצ֑וֹר וַאֲצַפֶּ֗ה לִרְאוֹת֙ מַה־יְדַבֶּר־בִּ֔י וּמָ֥ה אָשִׁ֖יב עַל־תּוֹכַחְתִּֽי׃
2:1Je veux me tenir à mon poste d’observation, je veux me placer sur le fort [du guetteur] pour regarder [au loin] et voir ce que Dieu me dira et ce que je pourrai répliquer au sujet de ma récrimination.
על־משמרתי אעמדה Ceci est une métaphore pour dire qu’il attend la révélation et qu’il espère entendre la réponse (de Dieu), comme c’est l’usage des gardes et des sentinelles de se placer sur les forts, pour observer ceux qui viennent de loin ; c’est pourquoi il dit : ואתיצבה על־מצור (et je me place sur une forteresse), ce qu’il explique ensuite par les mots pour voir, etc. Par ומה אשיב על־תוכחתי il veut dire : ce que je dois répondre et opposer aux reproches qui me sont adressés à moi-même dans ce sens. Le prophète s’attribue le reproche (en disant mon reproche) en ce sens qu’il en est l’objet de la part des autres ; (le suffixe dans ותוכחתי est objectif) comme dans ותוכחתי לבקרים (Ps. 7, vers. 14), et non pas (subjectif) comme dans ותוכחתי לא אביתם (Prov. 1, 25) ; car, dans ce dernier passage, celui qui parle est lui-même l’agent, c’est-à-dire celui qui adresse le reproche aux autres. Ensuite le prophète fait connaître la réponse qui lui est venue (de Dieu), et qui l’a instruit sur l’issue du règne des Chaldéens et sur leur fin, et il dit : Et Dieu me répondit, etc.
וַיַּעֲנֵ֤נִי יְהֹוָה֙ וַיֹּ֔אמֶר כְּתֹ֣ב חָז֔וֹן וּבָאֵ֖ר עַל־הַלֻּח֑וֹת לְמַ֥עַן יָר֖וּץ ק֥וֹרֵא בֽוֹ׃
2:2Le Seigneur me répondit et dit : « Mets par écrit la vision, grave-la distinctement sur les tablettes, afin qu’on puisse la lire couramment.
כִּ֣י ע֤וֹד חָזוֹן֙ לַמּוֹעֵ֔ד וְיָפֵ֥חַ לַקֵּ֖ץ וְלֹ֣א יְכַזֵּ֑ב אִם־יִתְמַהְמָהּ֙ חַכֵּה־ל֔וֹ כִּי־בֹ֥א יָבֹ֖א לֹ֥א יְאַחֵֽר׃
2:3Car encore que cette vision ne doive s’accomplir qu’au temps fixé, elle se hâte [4] vers son terme, et elle ne mentira pas ; si elle diffère, attends-la avec confiance, car certes elle se réalisera sans trop tarder.
[4] Selon d’autres : « Elle annonce son échéance. »
כי עוד חזון למועד On a dit que c’est une expression elliptique pour כי עוד יקום זה החזון למועד ; mais peut-être y a-t-il transposition, pour כי עוד מועד לחזון. Le sens est : il reste encore un certain temps pour cette prophétie (avant qu’elle s’accomplisse) ; ensuite elle se vérifiera et se manifestera. Le sens de ויפח לקץ est : elle parle de la fin, comme יפיח כזבים (Prov. 6, 19) ; le pronom dans elle parle (וְיָפֵחַ) se rapporte à la prophétie (חזון). Ensuite il ajoute : Quoiqu’il doive se passer encore un certain temps, pendant lequel la chose (annoncée) sera retardée ou empêchée, tu dois pourtant l’espérer ; car elle arrivera prochainement et elle n’est pas éloignée. C’est là ce qu’il veut dire par les mots אם יתמהמה וג״.
הִנֵּ֣ה עֻפְּלָ֔ה לֹא־יָשְׁרָ֥ה נַפְשׁ֖וֹ בּ֑וֹ וְצַדִּ֖יק בֶּאֱמוּנָת֥וֹ יִֽחְיֶֽה׃
2:4Vois ! elle est enflée d’orgueil, son âme [5] ; elle n’a aucune droiture, mais le juste vivra par sa ferme loyauté !
[5] Celle du Chaldéen.
הנה עפלה וג״ On explique עֻפְּלָה dans le sens de s’enorgueillir, s’élever : (c’est-à-dire son âme s’est enorgueillie,) c’est pourquoi elle ne se maintient pas debout, mais elle est courbée. עפלה vient de עֹפֶל ובחן (Isaïe, 32, 14), qui signifie le sommet d’une haute montagne. C’est comme s’il avait dit : הנה עפלה נפשו בו על כן לא ישרה ; le pronom dans נפשו se rapporte à l’impie, dont il a été parlé précédemment, et qui est Nabuchodnêçar. — Il ajoute ensuite : Quant au juste opprimé, c’est-à-dire Israël, il sera sauvé à cause de la confiance qu’il met dans la providence de son Dieu, et il survivra ; tel est le sens des mots וצדיק באמונתו יחיה. — Selon d’autres עפלה veut dire elle se désole, elle se tord (de douleur) ; ce serait une transposition de (la racine עֹפֶל, d’où vient) ויתעלף, comme nous l’avons expliqué dans le livre de Ionah (ch. 4, vers. 8), ou, si vous voulez, comme on a expliqué les mots בניך עֲלָפוּ (Isaïe, 51, 20) : le sens est qu’il (l’ennemi) a péri et que le châtiment l’a atteint. — D’autres, tout en faisant venir עפלה de עֹפֶל, disent qu’il veut parler de cette prophétie ; c’est-à-dire, comme elle est éloignée et que le terme (de son accomplissement) est retardé, — [semblable au עֹפֶל (sommet élevé), auquel on parvient difficilement, à cause de son élévation et de sa roideur] — les âmes ne sauraient y croire fermement ; mais le juste vivra par sa croyance et par sa foi. Mais ceci est une interprétation forcée et très-peu en rapport avec la suite du discours.
וְאַף֙ כִּֽי־הַיַּ֣יִן בֹּגֵ֔ד גֶּ֥בֶר יָהִ֖יר וְלֹ֣א יִנְוֶ֑ה אֲשֶׁר֩ הִרְחִ֨יב כִּשְׁא֜וֹל נַפְשׁ֗וֹ וְה֤וּא כַמָּ֙וֶת֙ וְלֹ֣א יִשְׂבָּ֔ע וַיֶּאֱסֹ֤ף אֵלָיו֙ כׇּל־הַגּוֹיִ֔ם וַיִּקְבֹּ֥ץ אֵלָ֖יו כׇּל־הָעַמִּֽים׃
2:5En vérité, comme le vin est perfide, ainsi l’homme arrogant qui ne demeure point en repos [6] ; qui ouvre une bouche large comme le Cheol et, comme la mort, n’est jamais rassasié. Autour de lui, il agglomère tous les peuples, il rassemble toutes les nations.
[6] Sens incertain.
ואף כי־היין בוגד וג״ Il y en a qui disent que ce verset fait suite au précédent, et qu’il en complète le sens : Celui dont l’âme est orgueilleuse ne se maintient pas dans son état… — la négation לא, qui précède le verbe ישרה, agirait donc également sur יחיה, comme si on lisait : הנה אשר עפלה נפשו לא ישרה בו וצדיק באמונתו לא יחיה ואף כי היין בוגד וג׳. — Ces derniers mots signifieraient : à plus forte raison l’homme (enivré) de vin (איש היין), le perfide, et le sens serait conforme à ce verset (des Proverbes, 11, 31) : Certes, le juste lui-même est payé ici-bas ; à plus forte raison l’impie et le pêcheur. — איש serait sous-entendu (avec היין), comme dans אל תהי מרי (Éz., 2, 8), pour איש מרי. — Ce serait donc un argument pour le châtiment qui doit frapper l’ennemi en question, et le prophète aurait dit : Si celui qui est plus juste que lui n’est pas sauvé, comment le serait-il lui-même, qui est de telle et telle nature ? Le verset se complèterait ainsi : ואף כי איש היין הבוגד אשר הוא גבר יהיר ולא ינוה ; par איש היין on aurait voulu désigner l’homme submergé dans le vin de l’ignorance, enivré d’orgueil et d’amour-propre. — Selon la première interprétation que nous avons donnée au verset précédent, le vin serait une image pour le châtiment qui atteindra l’ennemi, désigné par l’épithète de גבר יהיר ; j’expliquerais donc ainsi : « Et, en outre, le vin qu’il a fait boire aux autres (je veux dire le châtiment qu’il leur a infligé), sera perfide envers lui, c’est-à-dire, se retournera contre lui-même et l’enivrera. » בוגד signifie perfide, comme כל בוגדי בגד (Jérémie, 12, 1) ; יהיר est l’homme obstiné qui persévère dans la rébellion, comme זד יהיר (Prov., 21, 24) ; les Arabes aussi appellent l’obstination יהר, prononcez yahr. ולא ינוה signifie : il ne reste pas établi et fixé dans sa demeure et il ne s’y retire pas — [de נוה, demeure (Jérém., 33, 12 et passim.)] — à cause de sa forte cupidité et de son avidité à rechercher la fortune et la domination ; comme il dit (en continuant) אשר הרחיב כשאול נפשו.
הֲלוֹא־אֵ֣לֶּה כֻלָּ֗ם עָלָיו֙ מָשָׁ֣ל יִשָּׂ֔אוּ וּמְלִיצָ֖ה חִיד֣וֹת ל֑וֹ וְיֹאמַ֗ר ה֚וֹי הַמַּרְבֶּ֣ה לֹּא־ל֔וֹ עַד־מָתַ֕י וּמַכְבִּ֥יד עָלָ֖יו עַבְטִֽיט׃
2:6Eh bien ! ceux-ci, tous ensemble, ne feront-ils pas des satires contre lui, des épigrammes et des énigmes piquantes à son adresse ? On dira : « Malheur à qui accapare le bien d’autrui ! (jusques à quand ?) Malheur à qui accumule sur sa tête le poids de gages usuraires [7] !
[7] Selon d’autres : « un monceau de boue épaisse. »
הלוא אלה כלם עליו וג״ Il veut dire que toutes ces nations qu’il a rassemblées feront des proverbes (des satires) sur lui, lorsque le châtiment l’atteindra, et emploieront l’éloquence pour composer sur lui des discours ingénieux ; ce que le prophète exprime par ces mots : ומליצה חידות לו, comme להבין משל ומליצה (Prov. 1, 6), d’où vient מליץ (Genèse, 42, 23). Le mot ויאמר est pour ויאמרו (au pluriel) comme ישאו. — Il rapporte ensuite textuellement ce qu’on dira, savoir : הוי המרבה לא לו, ce qui veut dire : Malheur à celui qui rassemble ce qui ne lui restera pas, mais ce qu’il laissera à d’autres ; ainsi il se fatigue à porter de l’argile, c’est-à-dire, il travaille à la construction des forts et des châteaux, ce qui est exprimé par les mots ומכביד עליו עבטיט. (Quant au mot עבטיט) on l’explique par l’épais de l’argile, de sorte que ce mot serait composé de deux mots, de עב épais, comme בעב הענן (Exode, 19, 9), et de טיט argile, comme רפש וטיט (Isaïe, 57, 20), היון בטיט (Ps. 40, 3). D’autres disent qu’il faut traduire l’argile grosse ou épaisse, et que l’adjectif précède ici le substantif, comme dans כל רבים עמים (Ps. 89, 51).
הֲל֣וֹא פֶ֗תַע יָק֙וּמוּ֙ נֹֽשְׁכֶ֔יךָ וְיִקְצ֖וּ מְזַעְזְעֶ֑יךָ וְהָיִ֥יתָ לִמְשִׁסּ֖וֹת לָֽמוֹ׃
2:7Ah ! ne se lèveront-ils pas soudain, tes créanciers ! Ne se réveilleront-ils pas, tes bourreaux ? A ton tour, tu seras leur proie !
ויקצו מזעזעיך R. Iehouda ‘Hayyoudj dit que dans ויקצו on pause sur le yod (c’est-à-dire le yod a un métheg, et on lit וְיִק־צוּ), pour indiquer le yod (omis) qui est la première radicale ; car ce mot signifie ils s’éveilleront, de יקץ, comme וייקץ נח (Genèse, 9, 24). Mais Aboulwalîd dit : « Nous ne l’avons trouvé dans les exemplaires corrects qu’avec une voyelle brève, sans pause (c’est-à-dire וְיִק־צוּ sans métheg) ; de plus la Masora dit sur ce mot : לית דכותיה חטוף (il n’y en a pas de semblable avec une voyelle brève). » C’est ainsi que nous l’avons trouvé nous-mêmes dans les exemplaires que nous possédons ; c’est donc un mot irrégulier, car on devrait le lire comme le dit Abou-Zacariyya ‘Hayyoudj. Cependant, comme il n’a pas de métheg, le maître Aboulwalîd a pensé qu’il serait permis de le prendre pour le kal d’un verbe ל״ה (קצה), dans le sens de לְקַצּוֹת (II Rois, 10, 32), qui est l’équivalent du verbe arabe couper les extrémités. On trouve dans le même sens l’infinitif kal קְצוֹת, comme nous allons l’expliquer tout-à-l’heure (verset 10). Le sens est donc, dit Aboulwalîd, ceux qui t’agiteront (tes ennemis) te couperont en pièces. — Mais moi je dis que le premier sens (de יקץ s’éveiller) est plus convenable, puisque ויקצו n’a pas de pronom régime (suffixe), et qu’il se rattache à יקומו נשכיך ; il doit donc avoir un sens analogue (à יקומו). — מזעזעיך est une forme redoublée de (זוע, d’où vient) שיזעו (Kohéleth, 12, 3) ולא זע (Esther, 5, 9) : il indique le mouvement violent et l’agitation, de même que le verbe זעזע en arabe. Par נשכיך et מזעזעיך on veut désigner les ennemis qui le perdront, c’est-à-dire l’armée des Mèdes et des Perses.
כִּֽי־אַתָּ֤ה שַׁלּ֙וֹתָ֙ גּוֹיִ֣ם רַבִּ֔ים יְשׇׁלּ֖וּךָ כׇּל־יֶ֣תֶר עַמִּ֑ים מִדְּמֵ֤י אָדָם֙ וַֽחֲמַס־אֶ֔רֶץ קִרְיָ֖ה וְכׇל־יֹ֥שְׁבֵי בָֽהּ׃
2:8Car de même que tu as dépouillé, toi, des peuples nombreux, toutes les autres nations te dépouilleront — à cause du sang humain que tu as versé, des cruautés qu’ont subies les pays, les cités et ceux qui les habitent.
שַׁלּוֹתָ tu as pillé, de שלל ; le daghesch indique l’insertion de la lettre pareille. Il en est de même de יְשׇׁלּוּךָ, qui est un verbe lourd de la conjugaison poël ; car régulièrement on aurait dû dire יְשׁוֹלְלוּךָ, et le qamets est changé du ḥolem. — מדמי אדם וחמס־ארץ Le מ agit sur les deux mots, car le sens est ובחמס ארץ ; le מ signifie ici à cause de, pour cela, comme dans מחטאות נביאיה (Lament., 4, 13).
ה֗וֹי בֹּצֵ֛עַ בֶּ֥צַע רָ֖ע לְבֵית֑וֹ לָשׂ֤וּם בַּמָּרוֹם֙ קִנּ֔וֹ לְהִנָּצֵ֖ל מִכַּף־רָֽע׃
2:9Malheur à qui amasse pour sa maison un bien mal acquis, et rêve d’établir son nid sur les hauteurs, pour échapper aux coups de l’adversité !
יָעַ֥צְתָּ בֹּ֖שֶׁת לְבֵיתֶ֑ךָ קְצוֹת־עַמִּ֥ים רַבִּ֖ים וְחוֹטֵ֥א נַפְשֶֽׁךָ׃
2:10Tu as décrété la honte de ta maison ! En fauchant des peuples nombreux, tu t’es condamné toi-même.
קצות עמים רבים וחוטא נפשך Le sens de קצות est rogner, couper avec le glaive ; c’est un infinitif kal dans le sens de לְקַצוֹת, qui est du Piël. Cette phrase est, en quelque sorte, le commentaire des mots יעצת בושת לביתך, dont le sens est : Ta délibération et le conseil que tu as pris ont causé la honte à ta maison et à ta famille ; on veut dire par là que les peuples triompheront (du malheur) de ses enfants, lorsque le règne de sa maison aura cessé. C’est aussi le sens de ce qui est dit dans le verset précédent : הוי בוצע בצע רע לביתו. Cette délibération, dit-il, c’est d’avoir voulu faire du mal à beaucoup de peuples, ce qu’il exprime par les mots קצות עמים רבים ; ensuite il ajoute : Et tu as péché par là contre toi-même, comme s’il y avait ותהיה חוטא על נפשך.
כִּי־אֶ֖בֶן מִקִּ֣יר תִּזְעָ֑ק וְכָפִ֖יס מֵעֵ֥ץ יַעֲנֶֽנָּה׃
2:11Oui, la pierre dans le mur crie [contre toi], et le chevron, dans la charpente, lui donne la réplique.
וכפיס מעץ יעננה On explique כפיס par brique, du langage de la Mischnah : כפיסים לבנים (des demi-briques et des briques entières). מֵעֵץ veut dire du milieu du bois ; car, dans certains bâtiments, on place les briques au milieu, entre des morceaux de bois entrelacés tout autour. Le sens serait donc à peu près le même que celui des mots כי אבן מקיר תזעק ; car אבן est la pierre taillée et כפיס la brique cuite. — C’est une locution exagérée et hyperbolique, pour dire que sa tyrannie est universelle, de sorte que tous les hommes se récrient contre lui, et que les choses inanimées elles-mêmes, qui n’ont pas l’usage de la parole, se plaignent de lui. — Selon d’autres, on veut dire par là qu’il est avide de bâtir et d’élever des forts avec ce qu’il a obtenu par l’oppression et le pillage, mais que (ces constructions) ne lui seront d’aucune utilité et ne le sauveront pas au temps de la punition ; c’est comme si les pierres, avec lesquelles on bâtit, lui adressaient la parole, dans leur langage muet, et lui disaient :
ה֛וֹי בֹּנֶ֥ה עִ֖יר בְּדָמִ֑ים וְכוֹנֵ֥ן קִרְיָ֖ה בְּעַוְלָֽה׃
2:12Malheur à qui bâtit une ville avec le sang, et fonde une cité sur l’iniquité !
הוי בונה וג״ Malheur à celui qui bâtit une ville avec du sang et qui établit une cité avec l’iniquité. דמים sang désigne les péchés ; nous l’avons déjà rencontré dans cette acception. Quant au mot כונן, si c’est une forme redoublée (Po’lel) d’une racine ע״ו, on aurait dû dire מכונן, car c’est un participe comme בונה ; le redoublement (du נ) en fait une forme lourde (ou dérivée), et le participe des formes lourdes a un מ. Mais il est possible que ce soit le participe Kal, d’une autre racine de deux lettres pareilles (des כפולים), ayant le même sens.
הֲל֣וֹא הִנֵּ֔ה מֵאֵ֖ת יְהֹוָ֣ה צְבָא֑וֹת וְיִֽיגְע֤וּ עַמִּים֙ בְּדֵי־אֵ֔שׁ וּלְאֻמִּ֖ים בְּדֵי־רִ֥יק יִעָֽפוּ׃
2:13Ah ! voici, cela émane de l’Éternel-Cebaot : que les peuples travaillent pour le feu et les nations s’éteignent au profit du néant [8] !
[8] Jérémie, 51, 58.
הלוא הנה וג״ Le sens est : Ceci est un décret de Dieu, que les nations se donnent du mal pour ce que le feu dévorera, et que les peuples se fatiguent pour ce qui est frivole et vain. Il veut parler du travail des prisonniers qu’on emploie pour faire des édifices et des constructions que les ennemis ordinairement brûlent et dévastent. וייגעו à la valeur de שייגעו. — On dit que le mot דִּי (dans בְּדֵי) est ici explétif, ainsi qu’on a l’habitude de l’employer d’une manière pléonastique dans le discours ; c’est ainsi qu’on dit בדי שופר (Job, 39, 25) pour בשופר. C’est de la même manière qu’on ajoute מו au ב, et qu’on dit, par exemple, במו אש (Isaïe, 43, 2) pour באש. Cela peut bien être vrai dans בדי ריק, qu’on peut prendre dans le sens de בריק, mais non pas dans בדי אש ; car quand même on aurait dit וייגעו עמים באש, cela n’offrirait pas non plus un sens parfait. Il vaut mieux admettre que בְּדֵי est ici dans le sens de la particule ל seule, savoir : ייגעו לאשׁ וייעפו לריק. Il se peut aussi que בדי ait le sens de באשר et que le ל soit sous-entendu ; la valeur (de בדי אש) serait donc באשר לאש, et cela serait analogue au syriaque qui dit דִּי en place de אשר, comme, par exemple, ולמן די יצבא יתננה (Daniel, 4, 14), et comme l’a dit Aboulwalîd au sujet de ובדמשק ערש (Amos, 3, 12), ainsi que nous l’avons expliqué.
כִּ֚י תִּמָּלֵ֣א הָאָ֔רֶץ לָדַ֖עַת אֶת־כְּב֣וֹד יְהֹוָ֑ה כַּמַּ֖יִם יְכַסּ֥וּ עַל־יָֽם׃
2:14Car la terre sera pleine de la connaissance de la gloire de Dieu, comme l’eau abonde dans le lit des mers [9].
[9] Isaïe, 11, 9.
כי תמלא הארץ לדעת וג״ Le ל dans לדעת a le sens de מן, (remplie de connaissance), comme כי מלאה הארץ דעה וג״ (Isaïe, 11, 10) ; à כמים יכסו il faut suppléer אֲשָׁר. Ceci indique le motif de ce qui a été dit dans le verset précédent, savoir que c’est là la volonté du Très-Haut ; c’est-à-dire : Il fait cela afin que sa grandeur et sa connaissance se répandent chez les nations du monde ; c’est comme s’il avait dit בעבור כי תמלא, ou bien למען תמלא, ou autre chose semblable.
ה֚וֹי מַשְׁקֵ֣ה רֵעֵ֔הוּ מְסַפֵּ֥חַ חֲמָתְךָ֖ וְאַ֣ף שַׁכֵּ֑ר לְמַ֥עַן הַבִּ֖יט עַל־מְעוֹרֵיהֶֽם׃
2:15Malheur à toi qui forces tes semblables à boire, qui leur verses des rasades de vin et provoques leur ivresse, pour pouvoir contempler leur nudité !
הוי משקה רעהו וג״ Voici comment on a traduit ce verset : Ô toi, qui fais boire ton prochain et qui lui présentes ton outre, pour l’enivrer et pour regarder sa nudité. On dit que רעהו est ici un pluriel (pour רעיו) comme dans בהתפללו בעד רעהו (Job, 42, 10), et on cite pour preuve le mot מעוריהם (leurs nudités). Il y en a qui entendent מעוריהם de la totalité et רעהו de chacun d’eux ; mais c’est une opinion faible. Nous avons déjà mentionné un cas semblable dans le livre de Na’houm (2, 4) aux mots מגן גבורהו מאדם. D’autres enfin donnent à מעוריהם la valeur de מעורו (sa nudité), comme dans la traduction que nous avons citée. — Ces paroles s’adressent à Nebouchadnéçar, et on veut parler de l’avilissement et du mépris qu’il a fait subir à ses compagnons, c’est-à-dire, à ses semblables parmi les rois de la terre. — Le mot מְסַפֵּחַ est un verbe lourd dans le même sens que (le kal) סְפָחֵנִי נא (I Sam., 2, 36) ; ce verbe qui signifie joindre, est ici emprunté dans le sens de présenter, car la chose présentée est jointe à celui qui la porte. — Quant à חֲמָתְךָ, s’il vient de חֵמַת מים (Genèse, 21, 14), comme on l’a traduit (ton outre), il est irrégulier dans sa flexion, car חֵמַת est de la classe de אֶרֶץ et on devrait le décliner comme אַרְצְךָ, סִפְרְךָ ; c’est pour cela aussi que d’autres le font venir de חֵמָה, et le sens serait, qu’il leur fait boire le vin de sa colère, comme וחמתו בערה בו (Esther, 1, 12). — מְסַפֵּחַ a besoin du ו copulatif ; שַׁכֵּר est l’infinitif en place du participe ; la phrase est donc virtuellement celle-ci : הוי משקה רעהו ומספח חמתו ואף משכר. Peut-être מספח a-t-il le sens du verbe arabe traiter, régaler, qui a de l’affinité avec le verbe se joindre ; c’est comme s’il eût dit ומספחו בחמתו ou bien ובמספחם בחמתו il les régale avec son outre, et il les enivre. — מעוריהם est une dénomination des parties honteuses, comme on l’a vu précédemment dans והראיתי גוים מערך (Na’houm, 3, 5) ; seulement nous avons ici une autre forme, d’une racine ו״ע.
שָׂבַ֤עְתָּ קָלוֹן֙ מִכָּב֔וֹד שְׁתֵ֥ה גַם־אַ֖תָּה וְהֵעָרֵ֑ל תִּסּ֣וֹב עָלֶ֗יךָ כּ֚וֹס יְמִ֣ין יְהֹוָ֔ה וְקִיקָל֖וֹן עַל־כְּבוֹדֶֽךָ׃
2:16Tu seras gorgé, toi, de plus d’ignominie que d’honneur. A ton tour de boire et de dévoiler ta honte ! Le calice de la droite de l’Éternel va passer à toi : ce sera un amas d’infamie recouvrant ta gloire.
שבעת קלון מכבוד Le מ dans מכבוד signifie plus que, comme dans שמן ששון מחברך (Ps. 45, vers. 8) ; le sens est : « Tu seras rassasié de mépris, plus que tu n’as obtenu d’honneur » ; c’est-à-dire : puisque tu as fait boire les autres et que tu as découvert leur nudité, tu boiras aussi toi-même et tu seras découvert, comme il le dit : שתה גם־אתה והערל. Avec cela le mot והערל pourrait aussi signifier sois étourdi, soit qu’on le considère comme transposé de (רעל, d’où vient) כוס התרעלה (Isaïe, 51, 17 et 22), סֵף רְעַל (Zach., 12, 2), mots qui signifient étourdissement, ou bien (qu’on le prenne pour) un autre mot ayant le même sens. — קיקלון est la même chose que קלון (honte) ; la première radicale est redoublée, comme on l’a dit au sujet de בבת עינו (Zach., 2, 12) et de כִּכַּר הירדן (Genèse, 13, 10, etc.) ; mais il se peut aussi que ce soient tous des mots à part (sans redoublement). Il y en a qui disent que קיקלון est un mot composé de קיא (crachât) — comme קיא צואה (Isaïe, 28, 8) — en état construit avec קלון, pour faire ressortir la honte avec plus d’énergie. Dans la composition le א est tombé de l’écriture, parce qu’il est toujours omis dans la prononciation. Le sens est ותקח קיקלון על כבודך : tu recevras la honte pour ta gloire, c’est-à-dire, parce que tu t’es glorifié et que tu as aimé l’honneur et l’orgueil.
כִּ֣י חֲמַ֤ס לְבָנוֹן֙ יְכַסֶּ֔ךָּ וְשֹׁ֥ד בְּהֵמ֖וֹת יְחִיתַ֑ן מִדְּמֵ֤י אָדָם֙ וַחֲמַס־אֶ֔רֶץ קִרְיָ֖ה וְכׇל־יֹ֥שְׁבֵי בָֽהּ׃
2:17Oui, tu seras enveloppé par la violence [des hôtes] du Liban et terrifié par la férocité des fauves – à cause du sang humain [que tu as versé] des cruautés qu’ont subies les pays, les cités et ceux qui les habitent.
כי חמס לבנון יכסך Ceci est une allégorie faite sur lui (Nébouchadnéçar), savoir, qu’il est semblable aux bêtes féroces qui assaillent les animaux dans leurs gîtes ; on mentionne le Liban parce qu’il y a là une multitude d’animaux. Le prophète dit : Ta violence contre les habitants du Liban t’enveloppera (toi-même). Les mots ושוד בהמות יחיתן signifient : et la rapacité des animaux les brise (les perd eux-mêmes) ; יחיתן a le même sens que וְחַתּוּ (Obadiah, vers. 9), et il y en a même qui disent qu’il est de la même racine, c’est-à-dire ayant deux lettres pareilles (חתת), mais que le daghesch a été remplacé par une lettre quiescente et douce (נח נסתר). D’autres disent que c’est une autre racine du même sens, mais ayant pour deuxième radicale une lettre faible. Le sens est : De même que les animaux très-malfaisants donnent lieu, par leurs fréquentes irruptions, à ce qu’on s’assemble contre eux et qu’on les tue, de même ta trop grande persévérance à opprimer et à exercer des hostilités sera la cause qu’on se hâtera de tirer vengeance de toi. — Ensuite il explique l’allégorie par les mots מדמי אדם וחמס־ארץ que nous avons déjà expliqués (vers. 8). — Il y en a qui disent que les mots ושוד בהמות יחיתן ont la valeur de ושודך הבהמות אשר יחיתן, et qu’ils sont la répétition et l’explication des mots חמס לבנון ; mais le premier sens est meilleur.
מָה־הוֹעִ֣יל פֶּ֗סֶל כִּ֤י פְסָלוֹ֙ יֹֽצְר֔וֹ מַסֵּכָ֖ה וּמ֣וֹרֶה שָּׁ֑קֶר כִּ֣י בָטַ֞ח יֹצֵ֤ר יִצְרוֹ֙ עָלָ֔יו לַעֲשׂ֖וֹת אֱלִילִ֥ים אִלְּמִֽים׃
2:18Quel profit attendre de l’image sculptée par l’artisan ? de la statue de fonte, de ces guides mensongers ? Comment leur auteur peut-il assez mettre sa confiance en eux pour fabriquer des dieux muets ?
מה־הועיל פסל וג״ C’est pour lui reprocher d’avoir adopté les idoles qui n’ont aucune utilité, comme, par exemple, l’idole qu’érigea Nebouchadnéçar et qu’il voulait qu’on adorât. Par פסל on entend ce qui a été taillé de la pierre ; le mot כי a ici le sens de אשר, comme s’il y avait אשר יצרו יוצרו. Le sens est : (l’idole) que son sculpteur a façonnée, quoique le sens de créer soit aussi dérivé de ce verbe (יצר). De là aussi on appelle le potier יוצר, comme, par exemple, הנה כחמר ביד היוצר (Jérémie, 18, 6), parce qu’il façonne les vases de l’argile. Dans מסכה on a omis le ו copulatif ; car ce mot fait suite à מה־הועיל פסל, et on aurait dû mettre ומסכה, c’est-à-dire ומה הועילה מסכה ; il en est de même des mots ומורה שקר (où il faut également sous-entendre ומה הועיל). Par מסכה on entend ce qui est pris des matières fusibles ; mais, par une licence, on met ces deux noms (פסל et מסכה) l’un pour l’autre. — ומורה שקר (et qui enseigne le mensonge) est l’image des prêtres de l’idolâtrie, des prophètes de Baal, etc. — La particule כי, dans כי בטח, a le sens de pour que : quelle est l’utilité qu’a cette idole, pour que celui qui la fait et qui façonne son image y mette sa confiance ? — יצרו veut dire ici son image, sa création ; de même l’idée, que la pensée de l’homme forme, est appelée יֵצֶר לב האדם (Genèse, 8, 21). — Le sens primitif de אלילים est faussetés, mensonges, pluriel de אליל (Job, 13, 4) ; ensuite on l’a employé pour les idoles, comme terme injurieux. On leur donne ici l’épithète de אלמים (muets), dans le sens de ce passage : Ils ont une bouche et ne parlent pas (Ps., 115, 5).
ה֣וֹי אֹמֵ֤ר לָעֵץ֙ הָקִ֔יצָה ע֖וּרִי לְאֶ֣בֶן דּוּמָ֑ם ה֣וּא יוֹרֶ֔ה הִנֵּה־ה֗וּא תָּפוּשׂ֙ זָהָ֣ב וָכֶ֔סֶף וְכׇל־ר֖וּחַ אֵ֥ין בְּקִרְבּֽוֹ׃
2:19Malheur à celui qui dit à un morceau de bois : « Éveille-toi ! » à la pierre inerte : « Lève-toi ! » Sont-ce là des guides ? Vois ! L’idole est plaquée d’or et d’argent, mais aucun souffle n’est en elle !
הוי אומר וג״ Il rapporte ici ce qu’ils disent aux objets de leur culte, lorsqu’ils implorent leur secours, savoir, qu’ils leur demandent de s’éveiller, tout en sachant que ce sont des êtres inanimés, morts, qui n’ont pas de mouvement. Le mot אומר agit en même temps sur הקיצה et sur עורי, comme s’il y avait ואומר עורי. — דומם est un adjectif ayant le sens du verbe (דום ,דמם) se taire. — Il met עורי au féminin, parce que אֶבֶן est un mot féminin ; par exemple, והאבן גדולה (Genèse, 29, 2). — Ce passage ressemble à celui-ci : Ils disent au bois : tu es mon père ; et à la pierre : tu m’as enfanté (Jérémie, 2, 27). — Il ajoute ensuite : הוא יורה celui-là (cet objet de culte) montre par lui-même que ce qu’on lui attribue est faux ; car il est couvert et entouré d’or et d’argent, et, dans son intérieur, il n’y a point d’esprit qui donne le mouvement ; tel est le sens des mots הנה הוא תפוש וג״. Le simple sens de תפוש est saisi ; c’est comme s’il avait dit תפוש בזהב וכסף (il est saisi par l’or et l’argent). Ici ce verbe a le sens d’entourer ; car ce qui entoure une chose la saisit, en quelque sorte, de tous côtés.
וַיהֹוָ֖ה בְּהֵיכַ֣ל קׇדְשׁ֑וֹ הַ֥ס מִפָּנָ֖יו כׇּל־הָאָֽרֶץ׃
2:20Quant à l’Éternel, il trône dans son saint Palais : que toute la terre fasse silence devant lui !
וי״י בהיכל קדשו Après avoir dit que les objets de leur culte sont dépourvus d’utilité, puisqu’ils n’ont pas d’action, il ajoute : Mais notre maître — qu’il soit loué et exalté ! — est sur l’extrême degré de la perfection ; car sa lumière est dans son temple saint, et son action arrive jusqu’à la limite extrême des choses créées, dans tout l’univers. Tous les êtres subsistent par l’émanation de sa bonté ; il porte, en quelque sorte, la parole [allégoriquement parlant], et tous lui prêtent l’oreille pour profiter du sens de son discours. C’est là ce que le prophète exprime par ces mots : הס מפניו כל־הארץ, comme il le dit allégoriquement dans ces mots mêmes. Suivant cette interprétation, il faudrait entendre par les mots son temple saint, le monde de la simplicité pure, au plus haut degré duquel se trouve Dieu, qui est l’être nécessaire par lui-même, duquel émane l’existence de tout être. Selon le sens exotérique, il veut dire, par son temple saint, le sanctuaire ou Jérusalem, et, par toute la terre, les hommes de la terre, c’est-à-dire les royaumes de toute la terre habitée. Le sens est, qu’il manifeste sa lumière, que sa providence repose sur les Israélites et qu’il décrète le châtiment de leurs ennemis, en sorte que toutes les nations de la terre, ainsi que leurs rois, sont stupéfaits et troublés devant lui. — Le mot הס est employé ici pour la stupéfaction — quoique son sens primitif soit se taire, de ויהס כלב (Nombres, 13, 30) — parce que celui qui se tait et qui écoute est stupéfait, en entendant le discours. Ce mot, du reste, est étrange dans sa flexion ; il ne suit absolument ni la règle du nom ni celle du verbe, et il ressemble au mot דָּהֵשׁ. Ce sens (du mot הס) est aussi adopté par l’auteur du Thargoum, qui traduit : « Toutes les idoles de la terre se consumeront devant lui. »
Chapitre 3
תְּפִלָּ֖ה לַחֲבַקּ֣וּק הַנָּבִ֑יא עַ֖ל שִׁגְיֹנֽוֹת׃
3:1Prière du prophète Habacuc, sur le mode des Chighionot.
[10] Sens douteux ; peut-être : « Dithyrambes. »
תפלה לחבקוק הנביא וג״ Le mot תפלה, partout où il se présente, signifie invocation, prière. Cette prière est (composée) à la manière des cantiques, par rapport à la concision, et en ce que les sujets y sont seulement indiqués, sans qu’on s’exprime clairement. Il en est ainsi dans le cantique de Déborah, dans le poème écrit par Hiskiah (Is., 38, 9), et dans plusieurs psaumes, comme par exemple le psaume יֹשֵׁב בְּסֵתֶר עֶלְיוֹן (Ps. 91), et d’autres semblables, où l’on rencontre souvent la concision, l’obscurité, la licence dans la variation des pronoms, et les métaphores. En outre, ce morceau renferme, en partie, des louanges où l’on décrit le temps passé, et, en partie, des prophéties pour l’avenir, exprimées sous forme de prières et de supplications, comme dans le cantique de la mer (Exode, ch. 15) et dans celui de הַאֲזִינוּ (Deut. ch. 32). C’est pourquoi il est difficile d’en comprendre parfaitement le sens, et les opinions varient beaucoup sur l’interprétation des textes et sur ce qu’il faut y sous-entendre. Nous nous bornerons, sous ce rapport, à ce que nous avons lu de meilleur dans les paroles des commentateurs. Ils tombent tous d’accord, que le prophète a décrit d’abord les miracles passés que le Très-Haut a faits pour Israël. — Quant à la (seconde) partie où, au moyen d’une sainte inspiration, on annonce (l’avenir), au sujet duquel le prophète prend l’attitude d’un homme priant pour eux (les Israélites), il y en a qui supposent qu’il s’agit là de la domination que les ennemis exerceront sur les Israélites, de la victoire que ceux-ci remporteront ensuite, de la vengeance qu’ils tireront de leurs ennemis, de l’anéantissement des peuples qui les auront tyrannisés, et ainsi de suite. D’autres disent que le prophète prédit une famine et une disette, qui auront lieu, dans le pays des Israélites, en même temps que l’ennemi se mettra en mouvement contre eux, de sorte qu’ils seront incapables d’aller à sa rencontre, et à cause de cela le prophète prie pour eux ; ensuite il leur promet à la fin que tout cela cessera. Ceux qui professent l’une ou l’autre de ces deux opinions trouvent, dans le texte, des preuves dont ils invoquent le témoignage, en faveur de leur interprétation respective, ainsi que nous l’expliquerons dans la suite du texte. — Par les mots על שגיונות il veut dire que cette prière est dite sur un certain rythme, conforme à une mélodie particulière qui porte ce nom, comme on l’expliquera dans le livre des Psaumes, aux mots שִׁגָּיוֹן לְדָוִד (Ps. 7, 1) ; ou bien c’est un instrument de musique, connu chez eux sous ce nom. Il y en a qui disent que le sens de על שגיונות est : pendant sa gaieté et son plaisir, et on a donné le même sens à שגיון, comme on l’expliquera en cet endroit. Enfin on a dit aussi que, par שגיונות, il veut dire les erreurs, comme שְׁגִיאוֹת (Ps., 19, 13), ou bien les préoccupations, de שגה dans le sens de s’occuper, se préoccuper, comme וְלָמָּה תִשְׁגֶּה בְנִי (Prov. 5, 20) ; le sens serait alors : qu’il prie pour eux à cause de leur erreur et parce qu’ils négligent le culte de Dieu en s’occupant de choses vaines, ce qui leur cause le châtiment. — Ce verset est l’épigraphe de la prière, dont le commencement est :
יְהֹוָ֗ה שָׁמַ֣עְתִּי שִׁמְעֲךָ֮ יָרֵ֒אתִי֒ יְהֹוָ֗ה פׇּֽעׇלְךָ֙ בְּקֶ֤רֶב שָׁנִים֙ חַיֵּ֔יהוּ בְּקֶ֥רֶב שָׁנִ֖ים תּוֹדִ֑יעַ בְּרֹ֖גֶז רַחֵ֥ם תִּזְכּֽוֹר׃
3:2« Seigneur, j’ai entendu ton message et j’ai été pris de crainte ; l’œuvre que tu as projetée, Seigneur, fais-la surgir au cours des années, — au cours des années, fais-la connaître ! Mais au milieu de la colère, souviens-toi de la clémence.
י״י שמעתי שמעך יראתי Il veut dire : Ce qui nous est parvenu, au sujet de ce que tu faisais autrefois pour nous, est grandiose, redoutable ; nous te prions donc d’en faire revivre les traces déjà effacées et d’agir encore de la sorte avec nous. C’est là ce qu’il exprime par les mots י״י פעלך בקרב שנים חייהו, au milieu des années, pour les années passées ; après פעלך il faut sous-entendre אשר פעלת (ce que tu as fait dans les années passées, fais-le revivre). Les mots בקרב שנים תודיע font suite au premier hémistiche, comme s’il avait dit : ופעלך בקרב שנים תודיע ; le sens de תודיע est : publie-le, manifeste-le, et fais-le connaître aux peuples de l’univers. Ensuite il demande que la miséricorde descende à l’époque du châtiment, qu’il désigne par le mot רוגז qui veut dire colère — car le Thargoum du mot אף est רוֹגְזָא — ; il dit donc : Dans la colère rappelle-toi la miséricorde, dans le même sens que זְכֹר רַחֲמֶיךָ יְהֹוָה (Ps. 25, vers. 6). — Selon d’autres, le pronom dans חַיֵּיהוּ se rapporterait à Israël, c’est-à-dire : Fais revivre leur puissance et agis avec eux comme autrefois ; תודיע aurait, comme וַיּוֹדַע (Juges, 8, 16), le sens de punir, c’est-à-dire : hâte le châtiment de leurs ennemis, comme tu as agi envers leurs ennemis d’autrefois. Mais cette interprétation s’éloigne du contexte, et le premier sens est plus convenable.
אֱל֙וֹהַּ֙ מִתֵּימָ֣ן יָב֔וֹא וְקָד֥וֹשׁ מֵהַר־פָּארָ֖ן סֶ֑לָה כִּסָּ֤ה שָׁמַ֙יִם֙ הוֹד֔וֹ וּתְהִלָּת֖וֹ מָלְאָ֥ה הָאָֽרֶץ׃
3:3L’Éternel s’avance du Témân ; le Saint, du mont Parân, Sélah ! Sa splendeur se répand sur les cieux, et sa gloire remplit la terre.
אלוה מתימן יבוא En rapportant ces actes glorieux, il commence par la révélation sur le Sinaï, qui en est le plus magnifique et le plus énergique. Il parle de la lumière qui resplendit du Sinaï sur les montagnes qui l’entouraient, et il désigne la montagne par (le nom de) Thémân qui est une tribu des fils d’Ésaü, ses habitants, et qui est appelée אַלּוּף תֵּימָן (Genèse, 36, 15). Le mot יָבוֹא est en place de בָּא, et ces paroles sont analogues à ce que Dieu dit : L’Éternel vint du Sinaï, et leur apparut de Séïr ; il resplendit du mont Parân, etc. (Deut., 33, 2). Ensuite il fait allusion, selon le sens exotérique, à l’effusion des lumières et aux éclairs (qui se répandirent) sur la surface de la terre, et, selon le sens ésotérique, aux lumières de la vérité qui brillèrent d’en haut sur les âmes qui régissent les corps, et il dit : Son éclat couvrit les cieux, etc. הוֹדוֹ veut dire son éclat, et תְּהִלָּתוֹ sa splendeur et sa brillante lumière, de בְּהִלּוֹ (Job, 29, 3). Il y a en qui disent que תְּהִלָּתוֹ signifie sa louange ; le sens serait, que les habitants de la terre le louèrent alors et publièrent sa grandeur. Mais le premier sens est plus expressif et plus convenable.
וְנֹ֙גַהּ֙ כָּא֣וֹר תִּֽהְיֶ֔ה קַרְנַ֥יִם מִיָּד֖וֹ ל֑וֹ וְשָׁ֖ם חֶבְי֥וֹן עֻזֹּֽה׃
3:4C’est un éclat éblouissant comme la lumière, des rayons jaillissent de ses côtés et servent de voile à sa grandeur.
תהיה est pour הָיָה ; קַרְנַיִם exprime la lueur et le rayonnement, de קָרַן rayonner (Exode, 34, 29). יָדוֹ est ici sa puissance, et חֶבְיוֹן עֻזּוֹ la tente de sa gloire et de sa force, dérivé de חֲבִי (Isaïe, 26, 20) ; la racine est חָבָה (se cacher), de même que חָזְיוֹן vient de חָזָה, et רָשָׁיוֹן de רָשָׁה. C’est une description de la marche de la colonne de nuée et de la colonne de feu devant le camp des Israélites, et de sa tente de gloire descendant parmi eux, c’est-à-dire, du Tabernacle. D’autres disent que par חֶבְיוֹן עֻזּוֹ, il veut dire l’arche sainte et les tables qu’elle renfermait et dans lesquelles étaient déposés ses mystères qui indiquaient la grandeur de sa puissance.
לְפָנָ֖יו יֵ֣לֶךְ דָּ֑בֶר וְיֵצֵ֥א רֶ֖שֶׁף לְרַגְלָֽיו׃
3:5Devant lui marche la peste, et la fièvre brûlante suit ses pas.
דבר signifie la peste et la mortalité, et רֶשֶׁף les étincelles du feu, comme רְשָׁפֶיהָ רִשְׁפֵּי אֵשׁ (Cant., 8, 6). Il y en a qui disent que רֶשֶׁף veut dire ici les flèches, que l’on compare aux étincelles, comme, par exemple, רִשְׁפֵּי קָשֶׁת (Ps. 76, 4). D’autres disent que רֶשֶׁף a le même sens que דֶּבֶר, et qu’il en est de même dans בּוֹזֵי רָעָב וְלַחֻמֵי רֶשֶׁף (Deut., 32, 24). Quoi qu’il en soit, on veut parler ici des châtiments qui atteignirent les impies et les ennemis qui s’opposèrent à Israël, comme, par exemple, Amalek. Le pronom dans לְפָנָיו et dans רַגְלָיו se rapporte à Dieu, ou bien à חֶבְיוֹן עֻזּוֹ, selon l’une des deux interprétations ; le sens de לְרַגְלָיו est : dans sa marche, car on emploie métaphoriquement רַגְלַיִם (pieds) pour course, comme, par exemple, נֵר לְרַגְלִי דְבָרֶךָ (Ps. 119, 105).
עָמַ֣ד וַיְמֹ֣דֶד אֶ֗רֶץ רָאָה֙ וַיַּתֵּ֣ר גּוֹיִ֔ם וַיִּתְפֹּֽצְצוּ֙ הַרְרֵי־עַ֔ד שַׁח֖וּ גִּבְע֣וֹת עוֹלָ֑ם הֲלִיכ֥וֹת עוֹלָ֖ם לֽוֹ׃
3:6Il se lève et la terre vacille, il regarde et fait sursauter les peuples ; les antiques montagnes éclatent, les collines éternelles s’affaissent — [montagnes et collines] qui sont ses routes séculaires.
עמד, qui signifie être debout, est une métaphore, par rapport à Dieu, et désigne la victoire qu’il donne à Israël. וַיְמֹדֶד אֶרֶץ (en arabe אלארץ מסח, c’est-à-dire : il a mesuré la terre, comme וּמַדֹּתֶם (Nombres, 35, 5)) ; mais וַיְמֹדֶד est un verbe lourd (Poël), dont le prétérit est מֹדֵד. Il veut dire, que le Très-Haut a distribué la terre aux tribus ; car la distribution de la terre se fait habituellement par le mesurage. Le sens de רָאָה וַיַּתֵּר גּוֹיִם est celui-ci : Il a vu qu’ils l’ont méritée (cette terre), par la promesse qu’il a faite à leurs ancêtres, et il en a expulsé les peuples et les en a retranchés. — Quant au mot וַיַּתֵּר, il est dérivé de נָתֵר (Lévit., 11, 21) qui veut dire sauter, s’élancer : Il a fait sauter les peuples, fugitifs et expulsés de leurs demeures, pour que les Israélites en prissent possession. — וַיִּתְפֹּצְצוּ a le sens de se séparer, se rompre ; c’est le Hithpaël de יָפוּץ (Jérém., 23, 29). Par la rupture des montagnes et l’abaissement des collines, il veut dire que les royaumes puissants ont été brisés devant eux, et que les peuples se sont soumis à eux. — Les mots הֲלִיכוֹת עוֹלָם לוֹ veulent dire : que ces montagnes et ces collines ont été brisées et abaissées, en sorte qu’elles sont devenues pour lui, c’est-à-dire devant lui, comme les chemins aplanis et battus dès les temps anciens. — On a aussi traduit הֲלִיכוֹת עוֹלָם par le changement des temps et la variation des âges, tout en prenant לוֹ pour לָהֶם ; mais ce pronom se rapporterait alors aux ennemis, comparés aux montagnes et aux collines, et le sens serait : Les vicissitudes du siècle et les singularités du temps leur sont arrivées. — Selon d’autres enfin, toujours en donnant à לוֹ la valeur de לָהֶם, le sens serait, que les voies de la ruine qui les a atteints sont des voies éternelles pour eux, c’est-à-dire, ils y marcheront tout le reste du temps, et ils n’en pourront jamais échapper. — Il y en a qui disent que les mots וַיַּתֵּר גּוֹיִם signifient : il a dissous leurs conseils et dispersé leurs réunions, de הַתֵּיר (délier, comme) ה׳ מַתִּיר אֲסוּרִים (Ps. 146, 7). — Mais le contexte, si on le considère attentivement, fait pencher pour l’analyse que nous avons donnée d’abord.
תַּ֣חַת אָ֔וֶן רָאִ֖יתִי אׇהֳלֵ֣י כוּשָׁ֑ן יִרְגְּז֕וּן יְרִיע֖וֹת אֶ֥רֶץ מִדְיָֽן׃
3:7Je vois les huttes de Couchân ployer sous le malheur et frissonner les tentes du pays de Madian.
תחת און veut dire sous leur tyrannie et leur injustice, c’est-à-dire, leur tyrannie précédente est retombée sur eux-mêmes, et ils ont été écrasés dessous. Il fait ici allusion à l’expédition entreprise par les Israélites contre les Midianites, à cause de l’hostilité que ces derniers avaient exercée contre eux d’abord, et du mal qu’ils leur avaient causé. כּוּשָׁן est aussi un des noms des Midianites, ou bien une de leurs tribus ; on dit aussi כּוּשׁ en parlant des Midianites, et de là vient l’adjectif relatif כּוּשִׁית dans אִשָּׁה כּוּשִׁית לָקַח (Nombres, 12, 1), comme l’ont expliqué les docteurs, qui disent que c’est Tsippora, car elle descendait de Midian. Les expressions אׇהֳלֵי כוּשָׁן et יְרִיעוֹת אֶרֶץ מִדְיָן seraient donc synonymes. יִרְגְּזוּן s’explique (en arabe) par ils (les pavillons) tremblèrent et furent agités de la peur ; le futur est en place du prétérit רָגְזוּ. On trouve dans le même sens : מוֹסְדוֹת הַשָּׁמַיִם יִרְגָּזוּ (II Sam. 22, 8).
הֲבִנְהָרִים֙ חָרָ֣ה יְהֹוָ֔ה אִ֤ם בַּנְּהָרִים֙ אַפֶּ֔ךָ אִם־בַּיָּ֖ם עֶבְרָתֶ֑ךָ כִּ֤י תִרְכַּב֙ עַל־סוּסֶ֔יךָ מַרְכְּבֹתֶ֖יךָ יְשׁוּעָֽה׃
3:8Est-ce contre les fleuves que s’irrite l’Éternel, aux fleuves qu’en veut ta colère ? Est-ce à la mer que ton courroux s’adresse, quand tu t’avances avec tes coursiers, sur tes chars de victoire ?
הַבִּנְהָרִים חָרָה ה׳ Ceux qui adoptent la première opinion interprètent ce verset sur la séparation du Jourdain par Josué, et sur la séparation de la mer de Souph par notre maître Moïse. Le prophète dit donc, en exprimant son étonnement sur la séparation du Jourdain : הֲבִנְהָרִים חָרָה ה׳ — en sous-entendant אַף — est-ce que la colère de l’Éternel s’est enflammée contre les fleuves ? Puis il répète la même idée pour la corroborer, et il dit : אִם בַּנְּהָרִים אַפֶּךָ, en sous-entendant חָרָה. Ensuite il mentionne la séparation de la mer de Souph, et il dit de même : אִם בַּיָּם עֶבְרָתֶךָ ; car עֶבְרָה est aussi un des noms de la colère. Le sens est : Cela arrive par ton ordre, car c’est toi qui les fais couler (les fleuves et les mers), et ils s’enfuient devant toi. On trouve dans le même sens : Il menace la mer et la met à sec (Na’houm, 1, 4) ; de même : La mer le vit et s’enfuit (Ps. 114, 3). Enfin il rapporte ce qui a occasionné tout cela : la cause en est, dit-il, que Dieu, par sa puissance, remporte la victoire pour les Israélites et devient par là leur secours ; il exprime cela par le verbe רָכַב, employant métaphoriquement le mot סוּס cheval, dans le sens des mots רֹכֵב שָׁמַיִם בְּעֶזְרֶךָ (Deut., 33, 25) et d’autres pareils. C’est dans ce sens qu’il dit : Car tu montes sur tes chevaux, tes chars (portent) la victoire. — S’il mentionne la séparation du Jourdain avant celle de la mer de Souph, quoique cette dernière soit plus importante et plus ancienne, c’est que, après avoir conduit son discours jusqu’à la conquête de Midian, il décrit d’abord ce qui l’a suivie, et il mentionne la séparation du Jourdain ; ensuite il passe de là à ce qui est (un miracle) dans le même genre, mais plus grand, savoir la séparation de la mer de Souph. — Il y en a qui pensent que les mers et les fleuves sont ici une métaphore, pour désigner les peuples et les armées qui prirent la fuite devant Moïse et les enfants d’Israël, savoir, les armées de Si’hon et de Og ; c’est pourquoi il les mentionne à côté de Midian dont la conquête, par les Israélites, tombe également dans ce temps. — Quant à ceux qui adoptent la seconde opinion, ils disent que le prophète, après avoir décrit les actes anciens du Très-Haut, commence ici à parler de la calamité au sujet de laquelle il intercède (auprès de Dieu), savoir, de la famine, de la disette, du manque de pluies et du dessèchement des eaux, et il dit avec étonnement : l’Éternel est-il en colère contre les fleuves ! voulant parler des fleuves de la terre d’Israël. Il mentionne aussi la mer, parce que c’est d’elle que montent les vapeurs dont se forment les nuages ; il nomme ceux-ci métaphoriquement chevaux et chars, qu’il attribue à Dieu, comme dans ce passage : Voici l’Éternel est monté sur un nuage léger, etc. (Isaïe, 19, 1) ; et dans cet autre : Il fait des nuages son char (Ps. 104, 3). Le sens serait, qu’il accourt avec ces nuages pour nous secourir, ce qu’il exprime par ces mots : Car tu montes sur tes chevaux ; tes chars (portent) le secours.
עֶרְיָ֤ה תֵעוֹר֙ קַשְׁתֶּ֔ךָ שְׁבֻע֥וֹת מַטּ֖וֹת אֹ֣מֶר סֶ֑לָה נְהָר֖וֹת תְּבַקַּע־אָֽרֶץ׃
3:9Ton arc se montre à nu, tes serments sont des traits lancés par ton verbe [11] Membre de phrase très obscur., Sélah ! La terre, s’ouvrant, livre passage à des fleuves.
עֶרְיָה est un nom (d’action) ou un infinitif d’un verbe dont le lamed est une lettre faible (ל״ה), comme עָרוּ עָרוּ (Ps. 137, 7), et הַעֵרָה (Lévit., 20, 18), qui sont de la même racine et ont le même sens, c’est-à-dire découvrir. תֵּעוֹר, de même, a le sens de être découvert ; c’est le Niphal d’une racine עוּר ayant le ‘ayin faible (ע״ו) et employée dans le même sens (que עָרָה). Il est de la même forme que תִּכּוֹן, et il devrait avoir un daghesch (dans la première radicale), si ce n’était la lettre ע ; le sujet de ce verbe est קֶשֶׁת, et la traduction de la phrase est : Denudando denudabitur arcus tuus. Selon la première opinion, le prophète veut parler de la puissance divine qui se manifesta sur les Cananéens dans la victoire des Israélites ; תֵּעוֹר serait donc ici un futur en place du prétérit. — Par les mots שְׁבֻעוֹת מַטּוֹת אֹמֶר סֶלָה, il veut dire que Dieu a confirmé par là les serments qu’il avait faits aux patriarches, et la promesse qu’il leur avait donnée de faire le bien à leurs enfants, les tribus d’Israël ; car ces promesses se sont accomplies quand ils ont pris possession des pays. — Ensuite il décrit le bien qui se répandait sur eux, la fertilité des pays qui furent abreuvés par les pluies, et il dit : נְהָרוֹת תְּבַקַּע־אָרֶץ — tu fendis la terre par les fleuves ; le pronom, qui est le sujet dans תְּבַקַּע, est de la seconde personne et se rapporte à Dieu, et la terre est le régime. D’après cela le mot תְּבַקַּע est également un futur tenant lieu de prétérit. — Il y en a qui disent que ce verset est le commencement de la prière qu’il adresse à Dieu, pour délivrer les Israélites de leurs ennemis ; ce serait alors une phrase énonciative pour exprimer la prière (c’est-à-dire un indicatif employé comme subjonctif ou optatif). Par les mots עֶרְיָה תֵעוֹר קַשְׁתֶּךָ, il aurait demandé que Dieu manifestât sa puissance sur eux (les ennemis) ; il aurait emprunté pour cela le mot קֶשֶׁת qui, dans le langage (hébreu), désigne une des armes par lesquelles on obtient la victoire, et ce serait une métaphore, dans le sens de ces paroles de David : Tire la lance, etc. (Ps. 35, 3). Il continue ensuite : Et confirme-nous tes promesses que tu as faites aux tribus d’Israël, par tous tes prophètes ; c’est là ce qu’il exprime par les mots שְׁבֻעוֹת מַטּוֹת אֹמֶר סֶלָה. Puis il ajoute : Et défais les royaumes et les armées qui s’élèvent contre nous, en les désignant métaphoriquement par le mot fleuves, et leur défaite par la division et le dessèchement, ce qu’il exprime par les mots נְהָרוֹת תְּבַקַּע אָרֶץ ; il faut sous-entendre, avant אָרֶץ, le mot וְיִהְיוּ, ou וְתָשִׂימֵם, c’est-à-dire que, par le dessèchement de leur eau, (les fleuves) se divisent et se séparent et deviennent comme la terre sèche. D’autres disent que le sens est : תְּבַקַּע נְהָרוֹת וָאָרֶץ (divise les fleuves et la terre), que, par les fleuves, il désigne les armées et les troupes, et par la terre, le vulgaire des nations. — Selon la seconde opinion, ce serait également une prière pour (que Dieu fasse) monter les nuages avec les pluies ; par les mots עֶרְיָה תֵעוֹר קַשְׁתֶּךָ il aurait voulu parler de l’apparition de l’arc-en-ciel, qui a lieu dans le temps des nuages et des pluies, comme l’a dit le Très-Haut : J’ai placé mon arc dans le nuage (Genèse, 9, 13) ; quand je ferai monter le nuage sur la terre, l’arc se montrera dans le nuage (Ib. vers. 14) ; et comme l’a dit le prophète : Comme la vue de l’arc, qui est dans le nuage au jour de la pluie (Ézech., 1, 28). Par les mots שְׁבֻעוֹת מַטּוֹת, dit-on, il veut parler des flammes et des éclairs ; il les appelle מַטּוֹת (bâtons), par métaphore, de même que, dans le verset suivant, il les appelle flèches et lances, en disant לְאוֹר חִצֶּיךָ וְג׳, toujours d’après cette (seconde) interprétation. Le sens est : Ils (les éclairs) ont juré, en quelque sorte, de ne pas désobéir à ta volonté, en arrosant la terre par les pluies, ainsi confirme par là leurs serments. — Mais on pourrait avec cela (même selon la seconde opinion) expliquer les mots שְׁבֻעוֹת מַטּוֹת comme nous l’avons fait dans la première interprétation. — Enfin il implore l’abondance des pluies, afin qu’elles abreuvent la terre et que les eaux y coulent comme des fleuves, ce qu’il exprime par les mots נְהָרוֹת תְּבַקַּע אָרֶץ.
רָא֤וּךָ יָחִ֙ילוּ֙ הָרִ֔ים זֶ֥רֶם מַ֖יִם עָבָ֑ר נָתַ֤ן תְּהוֹם֙ קוֹל֔וֹ ר֖וֹם יָדֵ֥יהוּ נָשָֽׂא׃
3:10A ton aspect, elles tremblent, les montagnes, les eaux roulent impétueuses, l’Abîme fait retenir sa voix, élève ses vagues jusqu’au ciel.
יָחִילוּ Ce verbe signifie primitivement : être dans les douleurs de l’enfantement, de חִיל כַּיּוֹלֵדָה (Jérém., 6, 24 ; Ps. 48, 7) ; mais on l’emprunte pour (exprimer) la peur et l’agitation, et on l’applique aux montagnes, par métaphore, pour désigner leur ébranlement. — זֶרֶם est le courant des eaux et leur entraînement violent, c’est-à-dire, leur impétuosité ; de là vient le verbe זוֹרְמוּ (Ps. 77, 18). — תְּהוֹם est le nom de l’Océan et l’abîme des eaux élémentaires ; קוֹלוֹ signifie : son bruit retentissant et son mugissement produit par les vagues qui s’entrechoquent dans lui. — רוֹם est le ciel, ou la hauteur ; la traduction simple des mots רוֹם יָדֵיהוּ נָשָׂא est : Au ciel il a levé sa main, voulant dire qu’il a élevé ses vagues, comparées métaphoriquement aux mains ; ainsi le pronom (de la troisième personne) dans נָשָׂא et dans יָדֵיהוּ se rapporte à תְּהוֹם. Selon d’autres, on veut dire par là qu’il (l’Océan) a levé ses mains au ciel, jurant qu’il ne dépasserait pas sa limite ; ce serait conforme au sens de ces mots : Car je lève ma main au ciel (Deut., 32, 40). Ou bien, (il lève les mains) en suppliant, pour demander une retraite et un refuge, parce qu’il ne peut dépasser l’endroit qui lui a été fixé ; ce qui serait dans le sens de ce passage : J’ai placé le sable comme limite à la mer, borne éternelle qu’elle ne saurait dépasser (Jérém., 5, 22). Ceci est l’explication littérale de la phrase. Quant à l’interprétation du sens, ce serait, selon la première opinion, encore une description de la défaite des ennemis et de leur fuite devant Israël ; il les compare aux montagnes et aux abîmes, selon la manière métaphorique déjà connue. Peut-être veut-il désigner, par les montagnes, les rois, et par les eaux, leurs armées et leurs troupes. יָחִילוּ est, selon cette explication, un futur en place du prétérit ; il faut aussi, pour que le sens soit clair, admettre une transposition, savoir רָאוּךָ הָרִים וַיָּחִילוּ. Il y en a qui disent qu’il décrit ici de nouveau le jour de la station du mont Sinaï, par le tremblement des montagnes et l’agitation des mers, faisant allusion aux miracles contraires à la nature qui se manifestèrent en ce jour. D’autres disent que, par les mots רָאוּךָ יָחִילוּ הָרִים, il fait allusion, en effet, à la station du mont Sinaï, comme le dit Dieu (dans la Thorah) : Et toute la montagne fut fortement ébranlée (Exode, 19, 18) ; mais les mots זֶרֶם מַיִם עָבָר se rapportent aux pluies qui tombèrent alors, comme l’a dit Déborah : La terre trembla et les cieux dégoutèrent, et les nues distillèrent de l’eau (Juges, 5, 4). En outre, il y aurait dans cela une allusion allégorique sur l’inspiration, comparée à l’eau, qui descendit du monde intellectuel, et par laquelle eut lieu la conception des vérités de la création que l’on comprit dans ce lieu. Enfin les mots נָתַן תְּהוֹם קוֹלוֹ se rapporteraient à la séparation de la mer de Souph et au choc de ses vagues, lors de la submersion de Pharaon et de son armée. Ce serait donc une nouvelle description de ce qu’il a déjà décrit auparavant. — Selon la seconde opinion, tout le verset est une prière et une invocation présentée sous la forme énonciative ; רָאוּךָ et les autres verbes devraient donc être au futur, puisque c’est une prière, mais c’est de la même manière qu’on trouve, dans le Cantique de la mer, נָחִיתָ et נָהַלְתָּ (Exode, 15, 13) dans le sens de נְחֵה et נַהֵל. Je vous ai déjà fait connaître, sous ce rapport et sous d’autres analogues, l’usage suivi dans les prophéties. Quant au sens des mots יָחִילוּ הָרִים, ils se rapportent (selon cette seconde interprétation) aux tremblements de terre qui arrivent par l’accumulation des vapeurs cherchant à monter ; c’est-là aussi une des causes de la formation des nuages et des pluies, et du jaillissement des sources. Ensuite il parle du choc des vagues de la mer causé par le mouvement des vents ; car tout cela est la suite nécessaire des vapeurs qui s’élèvent, et par lesquelles les nuages se forment et les pluies descendent. Tel est aussi le sens de ces mots : Il appelle les eaux de la mer et il les verse sur la surface de la terre (Amos, 5, 8), et c’est dans ce sens qu’il dit ici נָתַן תְּהוֹם קוֹלוֹ. Il y en a qui, suivant cette (seconde) interprétation, ont expliqué les mots רוֹם יָדֵיהוּ נָשָׂא d’une autre manière, en faisant rapporter le pronom dans יָדֵיהוּ à רוֹם qui serait aussi le sujet de נָשָׂא ; le sens serait alors, que les cieux ont étendu la main sur la mer, c’est-à-dire, qu’ils ont manifesté leur action sur elle, en attirant les vapeurs, afin de faire naître les phénomènes célestes ; car les causes de tout cela descendent du ciel par ordre de son créateur.
שֶׁ֥מֶשׁ יָרֵ֖חַ עָ֣מַד זְבֻ֑לָה לְא֤וֹר חִצֶּ֙יךָ֙ יְהַלֵּ֔כוּ לְנֹ֖גַהּ בְּרַ֥ק חֲנִיתֶֽךָ׃
3:11Le soleil, la lune s’arrêtent dans leur orbite, à la lumière de tes traits qui volent, à la clarté fulgurante de ta lance.
שֶׁמֶשׁ יָרֵחַ עָמַד זְבֻלָה Ici le ו copulatif a été omis, car le sens est : le soleil et la lune. Le mot זְבוּל s’applique primitivement à la demeure, comme par exemple בֵּית זְבוּל (I Rois, 8, 13) ; de là vient le verbe יִזְבְּלֵנִי (Genèse, 30, 20 : il demeurera avec moi) ; ensuite on l’emploie métaphoriquement pour le ciel, comme on emploie, dans le même sens, le mot מָעוֹן. Le ה (dans זְבֻלָה) est ajouté pour la magnificence (c’est-à-dire, pour rendre le mot plus sonore). עָמַד (s’arrêta) est pour עָמְדוּ (s’arrêtèrent) ; mais on peut dire aussi que le sens est : Chacun des deux s’arrêta. Il faut nécessairement sous-entendre la préposition בְּ, pour que la phrase soit complète ; c’est comme s’il avait dit : שֶׁמֶשׁ וְיָרֵחַ עָמְדוּ בִּזְבוּל, c’est-à-dire, (le soleil et la lune s’arrêtèrent) au ciel. — Selon la première opinion, cette phrase aurait le sens qui a été expliqué dans le livre de Josué, aux mots : Et le soleil s’arrêta et la lune resta immobile (Jos., 10, 13). — Les mots לְאוֹר חִצֶּיךָ יְהַלֵּכוּ se rapportent aux Israélites ; par חִצִּים et חֲנִית il désigne, métaphoriquement, la Providence qui les protégeait et qui les secourait contre les ennemis, comme le font les armes de guerre. Il y en a qui disent que, si le prophète fait précéder ces derniers mots par la phrase : Le soleil et la lune s’arrêtèrent au ciel, il veut dire par là — en parlant hyperboliquement — qu’ils ne furent pas guidés par eux (par le soleil et la lune), se trouvant suffisamment éclairés par la lumière de Dieu qui les guidait ; c’est donc comme si ces luminaires, par rapport à eux, s’étaient arrêtés dans leur mouvement, car eux, ils marchaient par la seule lumière de la Providence. Tel est le sens de ces mots : לְאוֹר חִצֶּיךָ יְהַלֵּכוּ וְג׳ (Ils marchaient à la lumière de tes flèches, à la lueur de l’éclair de ta lance) ; c’est, comme vous voyez, une interprétation allégorique, conforme à cette promesse du Très-Haut : Le soleil ne te servira plus de lumière le jour, la lune ne t’éclairera plus de sa clarté, mais Dieu sera pour toi une lumière éternelle (Isaïe, 60, 19). — Selon la seconde opinion, cette phrase a également le sens optatif, exprimé par le prétérit ; voici ce que le prophète aurait voulu dire : « Cache la lumière du soleil et de la lune, par les nuages qui s’amoncellent, afin que ceux-ci planent entre nous et ces luminaires, et que ces derniers n’apparaissant pas, semblent s’être arrêtés dans leur mouvement et ne plus se lever de l’Orient, puisqu’ils ne se montreront pas à la vue ; et remplace leur lumière par celle des flammes et des éclairs, faisant partie aussi des phénomènes célestes qui accompagnent généralement les nuages et les pluies. » — Il aurait donc dit métaphoriquement, que les deux luminaires s’arrêtent, pour dire qu’ils soient voilés, et de même il aurait désigné les flammes et les éclairs, par les mots flèches et lances ; et dans ce sens il aurait dit : לְאוֹר חִצֶּיךָ וְג׳ (Puissent-ils marcher à la lumière de tes flèches, à la lueur de l’éclair de ta lance).
בְּזַ֖עַם תִּצְעַד־אָ֑רֶץ בְּאַ֖ף תָּד֥וּשׁ גּוֹיִֽם׃
3:12Dans ta fureur tu piétines la terre, dans ton courroux tu broies les nations.
בְּזַעַם תִּצְעַד־אָרֶץ וג״ Le verbe צָעַד signifie faire des pas, comme dans וַיְהִי כִּי צָעֲדוּ (II Sam., 6, 13) ; אָרֶץ a la valeur de בְּאָרֶץ, ou עַל הָאָרֶץ. Par rapport à Dieu, c’est une expression figurée et métaphorique, pour dire qu’il fasse tomber le châtiment sur les royaumes de la terre, rebelles à son culte ; ensuite le prophète en explique lui-même le sens, en disant בְּאַף תָּדוּשׁ גּוֹיִם, ce qui signifie littéralement : tu les fouleras, mais il veut parler de leur défaite et de leur ruine. Selon la première opinion, c’est une prière par laquelle ‘Habakkouk prie contre les ennemis qui dominent sur Israël, tels que les rois d’Assyrie, Nebouchadnéçar, etc. ; il semble dire : Ces grands exploits que tu as faits contre les ennemis d’autrefois, fais-les de nouveau contre ceux-ci. Selon la seconde opinion, le sens est absolument le même.
יָצָ֙אתָ֙ לְיֵ֣שַׁע עַמֶּ֔ךָ לְיֵ֖שַׁע אֶת־מְשִׁיחֶ֑ךָ מָחַ֤צְתָּ רֹּאשׁ֙ מִבֵּ֣ית רָשָׁ֔ע עָר֛וֹת יְס֥וֹד עַד־צַוָּ֖אר סֶֽלָה׃
3:13Tu marches au secours de ton peuple, au secours de ton élu ; tu abats les sommités dans la maison du méchant, de la base au faîte tu la démolis, Sélah !
יָצָאתָ לִישַׁע עַמֶּךָ Le verbe יָצָא appliqué à Dieu signifie la manifestation de sa puissance et de sa providence, comme, par exemple, י״י כַּגִּבּוֹר יֵצֵא (Isaïe, 42, 13), וְיָצָא י״י וְנִלְחַם (Zachar., 14, 3). Ceci est également une prière exprimée par le prétérit, de même que מָחַצְתָּ ; car le sens est צֵא et מְחַץ. — La particule אֶת dans לְיֵשַׁע אֶת מְשִׁיחֶךָ est superflue et on n’en a pas besoin, car le sens (ne demande que) לִישַׁע מְשִׁיחֶךָ, conformément à לִישַׁע עַמֶּךָ ; seulement il faut faire précéder les mots לִישַׁע מְשִׁיחֶךָ par le ו copulatif ; mais on aurait pu se passer de la particule אֶת, à moins que לְיֵשַׁע ne soit ici en place de l’infinitif, comme s’il avait dit לְהוֹשִׁיעַ אֶת מְשִׁיחֶךָ. — Il paraît clair que le prophète fait allusion par là à la grandeur que Dieu manifesta en détruisant l’armée de San’hérib qui assiégeait Jérusalem, comme il est dit : Un ange de l’Éternel sortit et frappa, dans le camp des Assyriens, cent quatre-vingt-cinq mille hommes (II Rois, 19, 35). Ainsi le mot מְשִׁיחֶךָ désigne ici Hizkiah, roi de Juda, et c’est de San’hérib qu’il dit : מָחַצְתָּ רֹּאשׁ מִבֵּית רָשָׁע (tu as brisé la tête de la maison de l’impie), c’est-à-dire qu’il a fait périr les chefs de son armée ; ou bien qu’il l’a fait périr lui-même dans son pays, après sa fuite, de sorte que ces mots auraient la valeur de מָחַצְתָּ רֹּאשׁ רָשָׁע בְּבֵיתוֹ. — Les mots עָרוֹת יְסוֹד עַד־צַוָּאר סֶלָה signifient que Dieu les a découverts depuis le bas jusqu’au cou, à perpétuité. עָרוֹת est l’infinitif de עָרוּ עָרוּ (Ps. 137, 7) ; יְסוֹד, opposé à צַוָּאר (cou), signifie ici le bas, et est une dénomination des parties honteuses. Le sens est qu’il a déchiré le vêtement de leur gloire, qu’il a fait paraître leur honte dans leurs œuvres et qu’il a fait cesser la fortune qui cachait leurs vices. C’est dans le même sens qu’on trouve וְהֶרְאֵיתִי גוֹיִם מֶרְוָתֵךְ (Na’houm, 3, 5), de même לְמַעַן הַבִּיט אֶל מְעוֹרֵיהֶם (ci-dessus, 2, 15) et d’autres expressions semblables. — Il se peut aussi que le prophète ait voulu parler ici de la ruine de Nebouchadnéçar et de son règne, et de la sortie de Ioïachîn de sa prison, ou bien de la ruine totale de l’empire des Chaldéens, du triomphe que les Israélites obtiendraient depuis par Coresh, et du gouvernement de Zeroubabel, fils de Schealthiël, au commencement du second Temple ; ce serait de lui qu’il aurait dit לְיֵשַׁע אֶת מְשִׁיחֶךָ. — Il y en a qui disent que tout ceci, ainsi que le verset précédent, est un complément de la description des actes passés, et que le prophète veut parler de l’apparition du règne de David, de l’humiliation que les rois des nations subirent devant lui, des pays dont il fit la conquête, et ainsi de suite. — Enfin il y en a qui y voient une promesse pour le temps futur, au sujet du Messie que nous attendons — puisse-t-il apparaître bientôt ! — et de la vengeance (qu’on tirera) des peuples qui oppriment Israël dans l’exil. — Le texte, comme vous voyez, supporte (plusieurs interprétations) ; mais la fin du discours et le contexte indiquent celle que nous avons rapportée en premier lieu.
נָקַ֤בְתָּ בְמַטָּיו֙ רֹ֣אשׁ פְּרָזָ֔ו יִסְעֲר֖וּ לַהֲפִיצֵ֑נִי עֲלִ֣יצֻתָ֔ם כְּמוֹ־לֶאֱכֹ֥ל עָנִ֖י בַּמִּסְתָּֽר׃
3:14Tu transperces avec leurs propres traits ses premiers dignitaires, qui s’élancent comme l’ouragan pour me perdre. Ils triomphent déjà, comptant dévorer le faible dans l’ombre.
נָקַבְתָּ וג״ Le pronom dans בְמַטָּיו et dans פְּרָזָיו se rapporte à l’ennemi en question, dont il a été dit מִבֵּית רָשָׁע. — מַטָּיו veut dire ses bâtons, et פְּרָזָיו ses gîtes (ou ses demeures). רֹּאשׁ a ici la valeur du pluriel, comme si on lisait רָאשֵׁי פְּרָזָיו ; ce sont les chefs qui dominent sur les pays. Or, comme il les appelle רָאשִׁים (têtes), il désigne métaphoriquement leur ruine et leur destruction, en disant qu’ils ont été percés avec le bâton. Les bâtons sont ici attribués à ceux-là mêmes qu’ils servent à châtier, pour dire que leur châtiment (s’exécute) avec leurs propres instruments, savoir, avec ce qu’ils avaient préparé pour châtier les autres ; il veut dire par là qu’ils ont été châtiés comme ils le méritaient par leurs propres œuvres. C’est là l’explication qui conviendrait le mieux, si on suppose qu’il est ici question de San’hérib et de sa suite ; car leur châtiment n’eut lieu que par la parole divine et non pas par une arme visible. Si on admet une des autres interprétations (données au verset précédent), il est encore possible (d’expliquer celui-ci) de la même manière ; mais alors il se pourrait aussi que le pronom dans בְמַטָּיו se rapportât à celui qui est mentionné (sous le nom de) מָשִׁיחַ et le pronom dans פְּרָזָיו à l’ennemi. — Quant au mot פְּרָזָיו, on a pensé aussi qu’on pourrait le comparer à ferzan, mot qui, dans la langue persane, s’emploie pour un vézir (ou un homme de distinction) ; on traduirait alors : les têtes de ses vézirs, ou bien, en donnant (à ces deux mots) la valeur de רָאשָׁיו וּפְרָזָיו, (on traduirait) ses rois et ses vézirs. Mais cela est invraisemblable. — Les mots יִסְעֲרוּ לַהֲפִיצֵנִי signifient : Ceux qui s’agitent, c’est-à-dire, qui se hâtent dans leur mouvement, pour nous séparer et nous disperser ; יִסְעֲרוּ est dérivé de la racine סָעַר, qui s’applique à la mer orageuse, par exemple כִּי הַיָּם הוֹלֵךְ וְסֹעֵר (Jona, 1, 11) et d’où vient aussi רוּחַ סְעָרָה (Ps. 107, 25). לַהֲפִיצֵנִי est dérivé de (הֵפִיץ, disperser, p.e.) וַיָּפֶץ י׳ אוֹתָם (Gen., 11, 8). עֲלִיצֻתָם vient de עָלַץ (I Sam. 2, 1) ; par עָנִי il veut désigner le peuple faible, c’est-à-dire les Israélites, par rapport à l’état dans lequel ils se trouvaient alors. Le sens est : Inflige-leur le châtiment, en revanche des actions qu’ils commettent contre nous. — Par rapport à la seconde opinion, on explique les mots עֲלִיצֻתָם כְּמוֹ לֶאֱכֹל עָנִי בַּמִּסְתָּר dans un autre sens, savoir : Puissent-ils être punis pour la joie qu’ils éprouvent de ce que l’indigent parmi nous prend sa nourriture à la dérobée, craignant, à cause de sa grande faim, qu’on ne la lui ravisse.
דָּרַ֥כְתָּ בַיָּ֖ם סוּסֶ֑יךָ חֹ֖מֶר מַ֥יִם רַבִּֽים׃
3:15Tu foules la mer avec tes chevaux, les grandes vagues amoncelées.
דָּרַכְתָּ veut dire tu as marché (tu t’es avancé), comme דָּרַךְ כּוֹכָב מִיַּעֲקֹב (Nombres, 24, 17) ; de là le chemin est appelé דֶּרֶךְ. Comme c’est un verbe neutre, il aurait fallu joindre le בְּ instrumental à סוּסֶיךָ, qui a valeur de בְּסוּסֶיךָ. — Les mots חֹמֶר מַיִם רַבִּים sont l’appositif ou le conjoint de יָם mer, et se trouvent également sous la dépendance du בְּ dans בַיָּם ; c’est comme s’il avait dit : דָּרַכְתָּ בַיָּם סוּסֶיךָ וּבְחֹמֶר מַיִם רַבִּים. — חֹמֶר est ici le singulier de חֳמָרִים (Exode, 8, 10), qui signifie des monceaux ; il veut parler des eaux qui s’amoncelaient. — Si on prend דָּרַכְתָּ pour un verbe transitif ayant pour régime סוּסִים, bien qu’il soit au Kal, on n’a pas besoin de sous-entendre le בְּ avec סוּסֶיךָ ; car ce serait alors comme s’il avait dit הִדְרַכְתָּ בַיָּם סוּסֶיךָ tu as fait marcher tes chevaux dans la mer. — Il se peut que דָּרַכְתָּ signifie tu as écrasé, foulé, comme וְאַדְרְכֵם בְּאַפִּי (Isaïe, 63, 3), et que חֹמֶר מַיִם רַבִּים en soit le régime ; la traduction serait alors : Tu as foulé avec tes chevaux, dans la mer, les monceaux des eaux abondantes. — Il y en a qui expliquent ici חֹמֶר par argile, boue, comme כַּחֹמֶר בְּיַד הַיּוֹצֵר (Jérémie, 18, 6) ; mais la première explication me paraît plus convenable. Le prophète veut ici parler également de la défaite des troupes de l’ennemi en question, qui est comparé à la mer et aux eaux abondantes ; par סוּסִים il veut désigner la Providence qui accomplit ces actions, car le mot סוּסִים (chevaux), dans notre langage, (désigne) aussi des instruments de la victoire et du triomphe. — Mais le contexte répugne à tout cela, et il est plus convenable que ce (verset) soit la suite de ce qui précède, comme nous l’avons dit d’abord.
שָׁמַ֣עְתִּי ׀ וַתִּרְגַּ֣ז בִּטְנִ֗י לְקוֹל֙ צָלְל֣וּ שְׂפָתַ֔י יָב֥וֹא רָקָ֛ב בַּעֲצָמַ֖י וְתַחְתַּ֣י אֶרְגָּ֑ז אֲשֶׁ֤ר אָנ֙וּחַ֙ לְי֣וֹם צָרָ֔ה לַעֲל֖וֹת לְעַ֥ם יְגוּדֶֽנּוּ׃
3:16J’ai entendu… et mon sein en frémit ; à cette nouvelle mes lèvres s’entrechoquent. Une langueur s’empare de mes os, je m’affaisse sur moi-même. Puis-je en effet rester calme devant ce jour de malheur qui va se lever sur un peuple pour le décimer ?
שָׁמַעְתִּי Par וַתִּרְגַּז בִּטְנִי il veut parler de l’agitation et du tremblement des entrailles par la forte peur, comme nous l’avons dit au sujet des mots יִרְגְּזוּן יְרִיעוֹת אֶרֶץ מִדְיָן (ci-dessus, vers. 7) ; il en est de même de וְתַחְתַּי אֶרְגָּז. — Le לְ dans לְקוֹל a le sens du מ : c’est comme s’il avait dit וּמִן הַקּוֹל צָלְלוּ שְׂפָתַי. — צָלְלוּ signifie elles bourdonnent, comme תְּצַלֶּינָה (I Sam. 3, 11) ; le sens est que, par la forte peur qu’il éprouvait de ce bruit qu’il entendait, ses lèvres tremblaient en parlant et proféraient leurs paroles avec un son tremblant, comme si c’était un bourdonnement. — רָקָב est la vermoulure qui atteint les ossements après la mort ; si on l’emploie en parlant des vivants, c’est une métaphore pour peindre la forte frayeur et la tristesse, comme il est dit (dans les Proverbes, 15, 30) : Une bonne nouvelle rend moelleux les os, et, au contraire (Prov. 17, 22) : un esprit abattu dessèche les os. — וְתַחְתַּי veut dire à ma place, comme וַיֵּשְׁבוּ תַחְתָּם (Deut., 2, 12 et suiv.) pour בִּמְקוֹמָם (à leur place). — יְגוּדֶנּוּ exprime l’attroupement des armées, car les troupes s’appellent גְּדוּד, par exemple בָּא מֵהַגְּדוּד (II Sam. 3, 22) ; le même verbe se trouve dans גָּד גְּדוּד יְגוּדֶנּוּ (Gen. 49, 19), la lettre quiescente (le ו) remplaçant le redoublement (du ד) qui devait avoir lieu à cause de l’insertion de la lettre pareille. — Le sens de tout ce verset, conformément à la suite et à la liaison mutuelle des textes, est, selon la première opinion, celui-ci : savoir, que c’est une relation faite par le prophète de ce que diront ces ennemis qui faisaient des expéditions contre Israël, tels que les Assyriens, les Chaldéens, etc., lorsque le châtiment les atteindra ; ils diront, à cause de la frayeur qui les saisira : שָׁמַעְתִּי וַתִּרְגַּז בִּטְנִי וְג׳. Quant à ces mots : אֲשֶׁר אָנוּחַ לְיוֹם צָרָה וְג׳, il est possible qu’ils soient la suite de la phrase, et le sens serait : Nous étions tranquilles et à couvert jusqu’à l’époque du châtiment et du malheur, et jusqu’à ce que montât le peuple qui nous fit la guerre et qui s’attroupa contre nous. Le ד de יְגוּדֶנּוּ devrait alors avoir un céré au lieu du segol ; le נ devrait perdre le daghesch, et le לְ dans לְעָם serait superflu pour le sens, car la valeur (de ces derniers mots) serait : וְלַעֲלוֹת הָעָם אֲשֶׁר יָגוּד אוֹתָנוּ. Mais il se peut aussi que ce soit la relation du discours des Israélites ; le sens serait alors : Nous serons tranquilles et nous resterons là à attendre le jour de leur malheur et l’époque où l’ennemi rangé en bataille marchera contre eux et leur fera la guerre. Le לְ dans לְעָם serait également superflu et la valeur (des mots) serait וְלַעֲלוֹת הָעָם אֲשֶׁר יָגוּד אוֹתָם. — On a dit aussi que c’est la relation de ce que disaient les Cananéens et leurs semblables en apprenant la nouvelle de la sortie d’Égypte, ainsi que l’a dit (Moïse) : Les peuples l’entendirent et ils tremblèrent (Ex., 15, 14) ; et cela serait conforme à ce qui a été rapporté plus haut, savoir, que les mots דָּרַכְתָּ בַיָּם סוּסֶיךָ se rapportent à la séparation de la mer de Souph. Je vous ai déjà fait savoir que le contexte ne s’accorde pas bien avec cette interprétation ; si cependant quelqu’un la préfère, il n’y a pas de mal à cela. — Quant au sens (qu’aurait le verset) selon la seconde opinion, le prophète, dans ce verset et dans celui qui suit, se prononcerait enfin clairement au sujet de l’avertissement (qu’il a donné) sur la famine qui devait avoir lieu à l’époque où l’ennemi s’avancerait, et avant son arrivée, et il dirait, en continuant et en exprimant toute la gravité de la chose, que la frayeur l’a saisi à cause de cet événement, dès qu’il en a eu connaissance, parce qu’il craignait pour Israël. Tel serait le sens de ces mots שָׁמַעְתִּי וַתִּרְגַּז בִּטְנִי וְג׳. — On dit qu’il mentionne le ventre, parce que c’est là que se fait sentir la douleur de la faim, et les lèvres, parce que c’est par là qu’entre la nourriture. Avant les mots אֲשֶׁר אָנוּחַ il faut sous-entendre כִּי אָמַרְתִּי. Le sens serait : Nous avions pensé que nous serions tranquilles et en repos jusqu’à l’époque de l’adversité et de l’invasion de l’ennemi — [ainsi que nous avons expliqué la valeur (des mots) selon la première interprétation] — mais il n’en fut pas ainsi ; au contraire, il arriva à cette époque ce qu’il va décrire dans le verset suivant, en disant :
כִּֽי־תְאֵנָ֣ה לֹֽא־תִפְרָ֗ח וְאֵ֤ין יְבוּל֙ בַּגְּפָנִ֔ים כִּחֵשׁ֙ מַֽעֲשֵׂה־זַ֔יִת וּשְׁדֵמ֖וֹת לֹא־עָ֣שָׂה אֹ֑כֶל גָּזַ֤ר מִמִּכְלָה֙ צֹ֔אן וְאֵ֥ין בָּקָ֖ר בָּרְפָתִֽים׃
3:17Car le figuier ne fleurira pas, ni les vignes ne donneront des fruits ; l’olivier refusera son produit et les champs leur tribut nourricier ; plus de brebis au bercail, plus de bœufs dans les étables !
כִּי־תְאֵנָה לֹא־תִפְרָח וג״ Le nom de יְבוּל désigne les fruits ; il dérive de הוֹבִיל, faire venir, amener, produire, par exemple הוּבְלְנָה בִּשְׂמָחוֹת (Ps. 45, vers. 16). (On appelle ainsi les fruits) parce qu’ils proviennent à une époque connue, de même qu’on appelle le blé תְּבוּאָה (proventus) de בּוֹא venir. Quelquefois on appelle par ce nom (יבול) en général tout ce que la terre fait germer, comme p. e. וְנָתַן עֵץ הַשָּׂדֶה אֶת פִּרְיוֹ וְהָאָרֶץ תִּתֵּן אֶת יְבוּלָהּ (l’arbre du champ donnera son fruit, et la terre donnera son produit, Ézech., 34, 27). — כִּחֵשׁ appliqué au produit de l’olivier, signifie il a été coupé, il a manqué ; ce sens est dérivé (au figuré) de celui de mentir, comme dans cette autre locution אֲשֶׁר לֹא יְכַזְּבוּ מֵימָיו (Isaïe, 58, 11). Nous avons déjà donné une explication semblable aux mots וְתִירוֹשׁ יְכַחֵשׁ בָּהּ (Hos., 9, 2). — Quant à שְׁדֵמוֹת, on dit que ce sont les ceps ; cependant la phrase וּשְׁדֵמוֹת לֹא עָשָׂה אֹכֶל n’est pas une répétition des mots וְאֵין יְבוּל בַּגְּפָנִים, car ce qui distingue les deux (plantes), c’est que la גֶּפֶן est couchée sur la terre, et la שְׁדֵמָה est élevée au-dessus d’elle. Il en est de même dans le passage כִּי מִגֶּפֶן סְדֹם גַּפְנָם וּמִשַּׁדְמֹת עֲמֹרָה (Deut., 32, 32). — D’autres disent que שְׁדֵמָה est ici la semence, comme p. e. וּשְׁדֵמָה לִפְנֵי קָמָה (Isaïe, 37, 27) ce qui signifie la semence imparfaite qui n’est pas encore parvenue à la maturité, et avant de former l’épi qui est debout et mûr, et qu’on appelle קָמָה. Il y en a cependant qui disent que dans ce dernier passage שְׁדֵמָה a le même sens que שְׁדוּפוֹת קָדִים (Genèse, 41, 6 et 23), le פ étant changé en מ (car les deux lettres sont) de la classe בומ״ף ; le sens serait alors la semence corrompue et vide, opposée à קָמָה qui est le (blé) parfait et mûr. — מִכְלָה est le nom de l’endroit où l’on enferme les troupeaux, savoir l’étable ; מִכְלְאוֹת צֹאן (Ps. 78, 10) est la même chose, quoiqu’il soit écrit avec א. Ce mot est dérivé de בֵּית הַכֶּלֶא prison. — גָּזַר est ici un verbe neutre, ayant le sens de être retranché, manquer. רְפָתִים signifie les parcs de bœufs ; ce mot est très-usité dans le langage des anciens (docteurs), qui disent au singulier רֶפֶת בָּקָר. — Tout ce discours, selon la première opinion, renferme une image pour représenter la ruine des nations ennemies, de leur armée, leur bas peuple, leurs chefs, leurs gouverneurs, leurs rois, leurs héros ; de même, on les représente dans le cantique de הַאֲזִינוּ par les mots חֶמְאַת בָּקָר וְג׳ la crème des vaches, etc. (Deut. 32, 14), comme l’a expliqué le traducteur (chaldaïque) en disant : Il leur a donné le butin de leurs rois et de leurs souverains, etc. — Selon la seconde opinion, c’est un avertissement clair et sans allégorie de l’arrivée de la stérilité, (qui sera telle) que les plantes se dessécheront, que les fruits manqueront et que les animaux périront faute de fourrage, et parce que les hommes les prendront pour leur seule nourriture, ne trouvant, à cause de la grande sécheresse, ni blé, ni fruits, ni herbes. — Ce verset est la preuve la plus forte dont s’appuie cette (seconde) opinion ; nous avons montré qu’elle est admissible, mais Dieu seul connaît (la vérité).
וַאֲנִ֖י בַּיהֹוָ֣ה אֶעְל֑וֹזָה אָגִ֖ילָה בֵּאלֹהֵ֥י יִשְׁעִֽי׃
3:18Et cependant moi, grâce à l’Éternel, je retrouverai le bonheur, je me délecterai en Dieu qui me protège.
וַאֲנִי בַּי״י אֶעְלוֹזָה Après avoir parlé de la satisfaction que Dieu tirera des ennemis par les malheurs qui les frapperont, ou bien, selon la seconde interprétation, de la détresse qui arrivera à Israël, il dit, en annonçant le salut à Israël : Mais nous, nous serons réjouis après cela par le secours de Dieu et parce que ce sera lui qui nous secourra et nous aidera. Ensuite il ajoute : C’est parce que la force et la puissance nous viendront par sa providence, car c’est lui qui est la source de notre force et de notre puissance par lesquelles nous remporterons la victoire sur les ennemis. C’est là ce qu’il exprime par ces mots qui suivent.
יֱהֹוִ֤ה אֲדֹנָי֙ חֵילִ֔י וַיָּ֤שֶׂם רַגְלַי֙ כָּאַיָּל֔וֹת וְעַ֥ל בָּמוֹתַ֖י יַדְרִכֵ֑נִי לַמְנַצֵּ֖חַ בִּנְגִינוֹתָֽי׃
3:19Dieu, mon Seigneur, est ma force ; il rend mes pieds agiles comme ceux des biches, et il me fait cheminer sur les hauteurs ! — Au chorège qui dirige l’exécution de mes chants [12] Voir les Psaumes.
אֱלֹהִים י״י חֵילִי וג״ dont le sens est : En lui est ma force et ma puissance. Les mots וַיָּשֶׂם רַגְלַי כָּאַיָּלוֹת sont une image de la rapidité de leur arrivée et de leur victoire sur les ennemis, semblable à la rapidité et à la légèreté des gazelles. Par בָּמוֹתַי il veut dire les hauteurs de mes ennemis, comme בָּמוֹתֵימוֹ (Deut., 33, 29). בָּמוֹת signifie primitivement les sommets des hautes montagnes ; ensuite on l’emploie métaphoriquement, dans ce passage et dans d’autres, pour désigner les plus grands d’entre les chefs. — Peut-être aussi veut-il désigner par בָּמוֹתַי les montagnes et les forteresses de la terre d’Israël — [comme on l’a dit au sujet de עַל בָּמוֹתֶיךָ חָלָל (II Sam., 1, 19)] — savoir qu’il nous les fera posséder depuis, et qu’il nous fera marcher sur elles ; mais le premier sens est plus solide, quoiqu’il faille suppléer (בָּמוֹת אוֹיְבַי). — Dans le mot לַמְנַצֵּחַ le מ est superflu, et on aurait dû écrire לָנֶצַח, savoir qu’il fera cela pour que nous l’exaltions et que nous le glorifions par nos louanges mélodieuses ; peut-être aussi ce mot a-t-il la valeur de לִהְיוֹת מְנַצֵּחַ. Cette expression (נַצֵּחַ) signifie primitivement vaincre, dominer ; mais on l’emploie métaphoriquement pour chanter des louanges, comme nous l’expliquerons dans le livre des Psaumes. נְגִינוֹת sont les mélodies musicales et les mots chantés par ces mélodies ; de là vient cette expression קְחוּ לִי מְנַגֵּן וְג׳ (II Rois, 3, 15). Les anciens (docteurs) appellent le chant נָגוֹן et le chanteur מְנַגֵּן. — Il y en a qui disent que וַאֲנִי בַּי״י אֶעְלוֹזָה et ce qui suit est le discours du prophète parlant en son propre nom, pour annoncer que lui, par la confiance qu’il a en Dieu, ne s’inquiète pas de ces circonstances qu’il vient de décrire. Mais il me semble qu’il vaut mieux entendre ces mots de tout Israël ; car on ne voit pas pourquoi le prophète dirait cela de lui-même et pourquoi il nous en parlerait. La vérité est, qu’après avoir dit en parlant au nom de tous יִסְעֲרוּ לַהֲפִיצֵנִי et ensuite אֲשֶׁר אָנוּחַ לְיוֹם צָרָה וְג״, il dit aussi pour leur annoncer le salut : וַאֲנִי בַּיהֹוָה אֶעְלוֹזָה אָגִילָה בֵּאלֹהֵי יִשְׁעִי יְהֹוָה אֲדֹנָי חֵילִי וְג״.
כמל שרח ספר חבקוק
Fin du commentaire du Livre de ‘Habakkouk
ברוך העוזר ברחמיו
Béni soit celui qui nous aide par sa miséricorde
Sources — Commentaire : S. Munk, in S. Cahen, La Bible, t. XII, Paris, 1843 [Google Books — archive.org] · Texte hébreu : Miqra according to the Mesorah / Sefaria [CC-BY-SA] · Traduction : Rabbinat français, dir. Z. Kahn, Paris, 1899 [NLI]
המשׂא וג״ Vous savez déjà qu’on appelle la révélation משׂא. — De ce prophète encore, on ne saurait préciser ni l’époque, ni la généalogie, car on ne nous donne là-dessus aucune explication. Dans cette prophétie on avertit que la domination des Chaldéens s’étendra, mais qu’ensuite elle cessera et que le règne de la maison de Nebouchadnécar sera détruit.