שולחן ערוך — יורה דעה
Shoul’han aroukh — Yoré Déa
Trad. de Pavly & Neviasky (1898)
Introduction des traducteurs : Du sang הלכות דם
Aucun précepte négatif n’est recommandé dans l’Écriture avec autant d’insistance et exprimé en des termes aussi énergiques que celui relatif au sang. Nourrissez-vous de tout ce qui a vie et mouvement ; je vous ai abandonné toutes ces choses comme les légumes et les herbes de la campagne. J’excepte seulement la chair mêlée avec le sang dont je vous défends de manger (Gen., IX, 4). Vous ne prendrez point non plus pour nourriture du sang d’aucun animal, tant des oiseaux que des troupeaux. Toute personne qui aura mangé du sang périra au milieu de son peuple (Lévit., VII, 27). Et ailleurs (Deutér., XII, 23–25) : Gardez-vous seulement de manger du sang des bêtes ; car le sang est la vie, et ainsi vous ne devez manger avec la chair ce qui constitue la vie. Mais vous répandrez ce sang sur la terre comme de l’eau, afin que vous soyez heureux, vous, et vos enfants après vous, ayant fait ce qui est agréable au Seigneur. Aussi le sang inspire-t-il au juif une horreur proportionnée à la vigueur avec laquelle l’Écriture l’a défendu : aucun aliment défendu ne lui répugne autant que le sang. Il répand du sel sur la viande avant la cuisson pour favoriser l’évacuation du sang ; il extrait toutes les veines où le sang coule d’ordinaire en abondance pendant la vie de l’animal, et même le point sanguin, ou le germe embryogénique, trouvé dans l’œuf est déjà considéré, par la loi, comme du sang. Le Talmud (traité Keritot, 21a) permet cependant le sang des poissons et des sauterelles[1].
Quand on songe que de toutes les religions connues celle des Israélites est la seule qui considère l’usage du sang comme le plus grand forfait, on reste frappé d’étonnement de voir précisément les adeptes de cette religion accusés de se servir de sang humain dans leur culte ! À la suite de quelle aberration cette monstrueuse accusation a-t-elle pu prendre naissance ? À la faveur de quel égarement d’esprit pareille absurdité a-t-elle réussi à s’accréditer ? Quelles que soient les causes efficientes de cette erreur grossière, il est certain que la défectuosité du langage des codes juifs et l’ignorance de quelques demi-savants n’y sont pas étrangères. La plupart des ouvrages de théologie juive sont rédigés dans un jargon formé d’éléments des langues hébraïque, chaldaïque et syriaque. Une véritable anarchie règne dans ces livres dépourvus de syntaxe et de méthode. De nombreuses expressions néologiques et une riche et obscure terminologie en rendent la lecture encore plus difficile. Quelque demi-savant ayant lu (Talmud, traité Keritot, 21b et 22a) דַּם הוֹלְכֵי שְׁתַּיִם מוּתָּר, il a traduit : Le sang des bipèdes est permis ; de même la phrase dans le Rituel (§ 66, art. 10, Glose) דַּם הָאָדָם מִדִּינָא שָׁרֵי a été traduite : Le sang humain est permis d’après la loi. Or, il suffit de savoir déchiffrer deux lignes de ces ouvrages pour se convaincre que le Talmud aussi bien que le Rituel ne parlent que du sang écoulé des gencives ; quand un saignement se produit aux gencives, disent-ils, on peut sucer le sang et l’avaler. Voilà le passage auquel l’ignorance a prêté le sens d’un soi-disant meurtre rituel ! Quel bonheur pour les Israélites que le commentateur Peri ‘Hadash n’ait été lu par leurs détracteurs, sans quoi ceux-ci les auraient aussi accusés de cannibalisme. Ce commentateur ayant écrit (§ 65, art. 8, et § 79, art. 5) : בְּשַׂר אָדָם מוּתָּר, l’ignorance n’aurait manqué de traduire ce passage avec : la chair humaine est permise, et d’y trouver ainsi l’approbation de l’anthropophagie. Pourtant, en l’étudiant de près, il est très facile de reconnaître que le commentateur Peri ‘Hadash également ne parle que d’un lambeau détaché des gencives, qu’on peut avaler ; mais au lieu d’écrire בְּשַׂר אָדָם שֶׁבֵּין הַשִּׁנַּיִם, il s’est contenté d’écrire בְּשַׂר אָדָם, sans réfléchir que ce laconisme aurait pu un jour devenir fatal à ses coreligionnaires !
Quand donc les rabbins se décideront-ils à imiter l’illustre Maïmonide[2] et à rédiger leurs ouvrages théologiques soit en hébreu pur et classique, soit en une langue vivante ? Certes, le travail serait plus long et les ouvrages deviendraient plus volumineux. Mais le résultat n’en vaudrait-il pas le prix ? Combien de maux aurait-on prévenus, si le Rituel du Judaïsme eût été rédigé en une langue moderne ! Quelques heures supplémentaires de travail auraient préservé les Juifs de tant de siècles de misères et de persécutions ; quelques gouttes d’encre en plus leur auraient évité tant de flots de sang.
Sources — Rituel du judaïsme, traduit pour la première fois sur l’original chaldéo-rabbinique et accompagné de notes et remarques de tous les commentateurs, par Jean de Pavly avec le concours de M. A. Neviasky. Troisième traité : Des morceaux de viande percevables par les prêtres. Orléans, 1898 [archive.org, domaine public].