דלאלה̈ אלחאירין

Le Guide des égarés

Première partie — אלגׄז אלאול

R. Moïse ben Maïmoun — Maïmonide (1138-1204)

Manuscrit judéo-arabe édité et traduit par S. Munk (1856-1866)

Introduction. Lettre de l’auteur a son disciple. — But de cet ouvrage: 1° explication des mots homonymes, métaphoriques et amphibologiques qui se présentent dans les livres prophétiques ; 2° explication des allégories dont se servent les prophètes. — Les hommes sont plus ou moins aptes les uns que les autres à comprendre les mystères divins. — Pourquoi ces mystères ont été présentés sous la forme d’allégories. — Différentes espèces d’allégories. — Recommandation au lecteur de cet ouvrage: il ne suffit pas de saisir l’ensemble de chaque chapitre, mais il faut chercher a se rendre compte de tous les détails et combiner ensemble les différents chapitres pour en comprendre la liaison.— Observation préliminaire: les contradictions qu’on rencontre dans certains ouvrages dérivent de sept causes différentes

Introduction[1] — צדר

דעי הולך לנחות דרך ישר לסלול את מסלולה :
חוי כל תועה בשדה תורה סורה ודרוך יד מעגלה :
טמא וכסיל לא יעבור בה דרך קדש יקרא לה :

Poème

Trad. Munk — Poème

Ma pensée va vous guider dans le chemin du vrai, et en aplanir la voie.
Venez, marchez le long de son sentier, ô vous tous qui errez dans le champ de la religion !
L’impur et l’ignorant n’y passeront point ; on l’appellera le chemin sacré.


בשם י״י אל עולם

Inv.

Trad. Munk — Invocation

Au nom de l’Éternel, Dieu de l’univers[2].


כُנת איّהא אלתלמידׄ אלעזיז ר׳ יוסף ש״צ ב״ר יהודה נ״ע למא מתׄלת ענדי וקצדת מן אקאצי ﭏבלאד ללקראה̈ עליّ עטׄם שאנך ענדי לשדّה̈ חרצך עלי אלטלב ולِמא ראיתה פי אשעארך מן שדה̈ ﭏאשתיאק ללאמור ﭏנטׄריה̈ וכאן דׄלך מנדׄ וצלתני רסאילך ומקאמאתך מן ﭏאסכנדריה̈ קבל אן אמתחן תצוُّרך

§1

Trad. Munk — §1

Lorsque[3], mon cher disciple Rabbi Joseph[4], fils de R. Iehouda [qu’il repose dans le paradis !], tu te présentas chez moi, étant venu d’un pays lointain[5] pour suivre mes leçons, tu étais déjà très haut placé dans mon estime à cause de ta grande passion pour l’étude, et parce que j’avais reconnu dans tes poésies un amour très prononcé pour les choses spéculatives, et cela depuis que tes opuscules et tes Makâmât[6] me furent parvenus d’Alexandrie, et avant que je pusse (par moi-même) éprouver ta conception.


וקُלת לעל שוקה אקוי מן אדראכה פלמא קראת עליّ מא קד קראתה מן עלם אלהיאה̈ ומא תקדّם לך ממא לא בُדّ מנה תוטיה̈ להא מן אלתעאלים זِדْת בך גבטה̈ לגׄודה̈ דׄהנך וסרעה̈ תצוّרך וראית שוקך ללתעאלים עטׄימא פתרכתך ללארתיאץׄ פיהא לעלמי במאٓלך

§2

Trad. Munk — §2

Je me disais (d’abord) : Peut-être son désir est-il plus fort que sa compréhension ; mais quand tu eus fait, sous ma direction, tes études de l’astronomie et des sciences mathématiques que tu avais abordées auparavant et qui doivent nécessairement lui servir de préparation, je ressentis à ton égard une joie bien plus grande à cause de l’excellence de ton esprit et de la promptitude de ta conception ; et, voyant que tu avais un grand amour pour les mathématiques, je te laissais libre de t’y exercer, sachant quel devait être ton avenir[7].


פלמא קראת עליّ מא קד קראתה מן צנאעה̈ אלמנטק תעלקת אٓמאלי בך וראיתך אהלא לתُכשף לך אסראר אלכתב אלנבויה̈ חתי תטّלע מנהא עלי מא ינבגי אן יטّלע עליה אלכאמלון

§3

Trad. Munk — §3

Et quand tu eus fait sous moi tes études de logique, mon espérance s’attachait à toi et je te jugeais digne de te révéler les mystères des livres prophétiques, afin que tu en comprisses ce que doivent comprendre les hommes parfaits.


פאכׄדׄת אן אלוّח לך תלויחאת ואשיר לך באשאראת פראיתך תטלב מני אלאזדיאד וסُמْתני אן אביّן לך אשיא מן אלאמור אלאלאהיה̈ ואן אכׄברך בהדׄה מקאצד אלמתכלמין והל תלך אלטרק ברהאניה̈ ואן לם תכן פמן אי צנאעה̈ הי

§4

Trad. Munk — §4

Je commençai donc à te faire entrevoir les choses et à te donner certaines indications ; mais je te voyais me demander davantage, et tu insistais pour que je t’expliquasse des sujets appartenant à la métaphysique et que je te fisse connaître à cet égard à quoi visaient les Motécallemîn[8], et si leurs méthodes étaient basées sur la démonstration, ou, dans le cas contraire, à quel art elles appartenaient.


וראיתך קד שדَוْת שיא מן דׄלך עלי גירי ואנת חאיר קד בדّׄתך אלדהשה̈ ונפסך אלשריפה̈ תטאלבך למצא דברי חפץ פלם אזَלْ אדפעך ען דׄלך ואٓמרך אן תאכׄדׄ אלאשיא עלי תרתיב קצדאً מני אן יצחّ לך אלחקّ בטרקה לא אן יקע אליקין בﭏערץ

§5

Trad. Munk — §5

Je voyais que tu avais déjà un peu étudié cette matière sous d’autres (maîtres) ; mais tu étais agité et saisi de troubles[9], et ta noble âme te stimulait afin de trouver les objets de ton désir[10]. Je ne cessais de te détourner de cette voie et je te recommandais de prendre les choses par ordre ; car mon but était (de faire) que la vérité s’établît pour toi méthodiquement et que la certitude ne t’arrivât pas comme par hasard.


ולם אמתנע טול אגׄתמאעך בי אדׄא מא דُׄכר פסוק או נץ מן נצוץ אלחכמים פיה תנביה עלי מעני גריב מן תביין דׄלך לך פלמא קדר אללה באלאפתראק ותוגّׄהת אלי חיתׄ תוגّׄהת אתׄארת מני תלך אלאגׄתמאעאת עזימה̈ קד כאנת פתרת וחרכתני גיבתך לוצׄע הדׄה אלמקאלה̈ אלתי וצׄעתהא לך ולאמתׄאלך וקלילאً מא הם וגׄעלתהא פצולא מנתׄורה̈ וכל מא אנכתב מנהא פהו יצלך אוّלא אוّלא חיתׄ כנת ואנת סאלם :

§6

Trad. Munk — §6

Tant que tu étais avec moi, je ne me refusais pas, quand il était question d’un verset ou d’un des textes des docteurs appelant l’attention sur quelque sujet curieux, à t’en donner l’explication ; mais lorsque Dieu décréta la séparation et que tu t’en allas d’un autre côté, ces conférences firent renaître dans moi une (ancienne) résolution qui s’était déjà affaiblie, et ton absence m’engagea à composer ce traité que j’ai fait pour toi et pour tes semblables, quelque peu nombreux qu’ils soient. J’en ai fait des chapitres détachés, et tout ce qui en aura été mis par écrit te parviendra successivement là où tu seras. Porte-toi bien.


הודיעני דרך זו אלך כי אליך נשאתי נפשי.

Psaumes 143, 8

Trad. Munk — Psaumes 143, 8

Fais-moi connaître le chemin que je suivrai, car c’est vers toi que j’ai élevé mon âme (Ps. CXLIII, v. 8).


אליכם אישים אקרא וקולי אל בני אדם.

Proverbes 8, 4

Trad. Munk — Proverbes 8, 4

C’est vous, hommes, que j’appelle, et ma voix (s’adresse) aux fils d’Adam (Prov. VIII, 4).


הט אזנך ושמע לדברי חכמים ולבך תשית לדעתי.

Proverbes 22, 17

Trad. Munk — Proverbes 22, 17

Prête l’oreille, et écoute les paroles des sages, et applique ton cœur à ma science (Prov. XXII, 17).


הדׄה אלמקאלה̈ גרצׄהא אלאול תביין מעאני אסמא גׄאת פי כתב אלנבוה̈ מן תלך אלאסמא אסמא משתרכה̈ פחמלהא אלגׄהאל עלי בעץׄ אלמעאני אלתי יקאל עליהא דׄלך אלאסם אלמשתרך ומנהא מסתעארה̈ פחמלוהא איצׄא עלי אלמעני אלאול אלדׄי אסתעירת מנה ומנהא משכّכה̈ פתארה̈ יُטَןّ בהא אנהא תקאל בתואטוٔ ותארה̈ יטׄןّ בהא אנהא משתרכה̈

§7

Trad. Munk — §7

Ce traité a d’abord pour but d’expliquer le sens de certains noms[11] qui se présentent dans les livres prophétiques. Parmi ces noms il y en a qui sont homonymes, mais que les ignorants prennent dans l’un des sens dans lesquels l’homonyme est employé ; d’autres sont métaphoriques, et on les prend dans le sens primitif dont la métaphore est empruntée ; d’autres enfin sont amphibologiques, de sorte que tantôt on croit qu’ils sont employés comme noms appellatifs[12] et tantôt on se figure qu’ils sont homonymes[13].


וליס אלגרץׄ בהדׄה אלמקאלה̈ תפהים גׄמלתהא ללגׄמהור ולא ללמבתדיין באלנטׄר ולא תעלים מן לם ינטׄר גיר פי עלם אלשריעה̈ אעני פקההא אדׄ גרץׄ הדׄה אלמקאלה̈ כלהא וכל מא הו מן נמטהא הו עלם אלשריעה̈ עלי אלחקיקה̈ בל גרץׄ הדׄה אלמקאלה̈ תנביה רגׄל דיّן קד אתّצׄע פי נפסה וחצל פי אעתקאדה צחה̈ שריעתנא והו כאמל פי דינה וכׄלקה ונטׄר פי עלום אלפלאספה̈ ועלם מעאניהא וגׄדׄבה אלעקל אלאנסאני וקאדה ליחלّה פי מחלّה ועאקתה טׄואהר אלשריעה̈ ומא לם יזל יפהמה או יُפَהَّם איאה מן מעאני תלך אלאסמא אלמשתרכה̈ או אלמסתעארה̈ או אלמשכّכה̈ פיבקי פי חירה̈ ודהשה̈

§8

Trad. Munk — §8

Le but de ce traité n’est point de faire comprendre tous ces noms au commun des hommes ou à ceux qui commencent à étudier, ni d’instruire celui qui n’a étudié que la science de la Loi, je veux dire son interprétation traditionnelle[14] ; car le but de ce traité tout entier et de tout ce qui est de la même espèce[15] est la science de la Loi dans sa réalité, ou plutôt il a pour but de donner l’éveil à l’homme religieux chez lequel la vérité de notre Loi est établie dans l’âme et devenue un objet de croyance, qui est parfait dans sa religion et dans ses mœurs, qui a étudié les sciences des philosophes et en connaît les divers sujets, et que la raison humaine a attiré et guidé pour le faire entrer sur son domaine, mais qui est embarrassé par le sens extérieur (littéral) de la Loi et par ce qu’il a toujours compris ou qu’on lui a fait comprendre du sens de ces noms homonymes, ou métaphoriques, ou amphibologiques, de sorte qu’il reste dans l’agitation et dans le trouble.


אמא אן ינקאד מע עקלה ויטרח מא עלמה מן תלך אלאסמא פיטׄןّ אנה אטרח קואעד אלשרע או יבקי מע מא פהמה מנהא ולא ינגׄדׄב מע עקלה פיכון קד אסתדבר עקלה ויערץׄ ענה וירי מע דׄלך אנה גלב עליה אדׄיّה̈ ופסאד פי דינה ויבקי מע תלך אלאעתקאדאת אלכׄיאליה̈ והו מנהא עלי וגׄל ווכׄשה̈ פלא יזאל פי אלם קלב וחירה̈ שדידה̈

§9

Trad. Munk — §9

Se laissera-t-il guider par sa raison et rejettera-t-il ce qu’il a appris en fait de ces noms ? Il croira alors avoir rejeté les fondements de la Loi. Ou bien s’en tiendra-t-il à ce qu’il en a compris[16] sans se laisser entraîner par sa raison ? Il aura donc tourné le dos à la raison et il s’en sera éloigné, croyant néanmoins avoir subi un dommage et une perte dans sa religion, et persistant dans ces opinions imaginaires par lesquelles il se sentira inquiété et oppressé, de sorte qu’il ne cessera d’éprouver des souffrances dans le cœur et un trouble violent.


ותצׄמّנת הדׄה אלמקאלה̈ גרצׄא תׄאניא והו תביין אמתׄאל כׄפיّה̈ גׄדא גׄאת פי כתב אלאנביא ולם יצרَّח באנהא מתׄל בל יבדו ללגׄאהל ואלדׄאהל אנהא עלי טׄאהרהא ולא באטן פיהא פאדׄא תאמّלהא אלעאלם באלחקיקה̈ וחמלהא עלי טׄאהרהא חדתׄת לה איצׄא חירה̈ שדידה̈ פאדׄא ביّנّא לה דׄלך אלמתׄל או נבّהנאה עלי כונה מתׄלא אהתדי ותכׄלّץ מן תלך אלחירה̈ ולדׄלך סמّית הדׄה אלמקאלה̈ דלאלה̈ אלחאירין.

§10

Trad. Munk — §10

Ce traité a encore un deuxième but : c’est celui d’expliquer des allégories très obscures qu’on rencontre dans les livres des prophètes sans qu’il soit bien clair que ce sont des allégories, et qu’au contraire l’ignorant et l’étourdi prennent dans leur sens extérieur sans y voir un sens ésotérique. Cependant, si un homme véritablement instruit les examine, il en résulte également pour lui un trouble violent lorsqu’il les prend dans leur sens extérieur ; mais quand nous lui aurons expliqué (le sens de) l’allégorie ou que nous l’aurons averti que c’est une allégorie, il sera mis sur la voie et sauvé de ce trouble. C’est donc pour cela que j’ai appelé ce traité Dalâlat al-‘Hâyirîn (le guide de ceux qui sont indécis ou égarés).


ולסת אקול אן הדׄה אלמקאלה̈ דאפעה̈ לכל אשכאל למן פהמהא בל אקול אנהא דאפעה̈ לאכתׄר אלמשכלאת ואעטׄמהא ולא יטלבני אלנביה ולא תתעלק אٓמאלה באנّא אדׄא דׄכרנא גרצׄא מא אנّא נתמّמה או אדׄא שרענא פי תביין מעני מתׄל מן אלאמתׄאל אנّא נסתופי גׄמיע מא קיל פי דׄלך ﭏמתׄל הדׄא לא ימכן עאקלא פעלה בלסאנה למן יחאורה פכיף אן יצׄעה פי כתאב לאן לא יציר הדפא לכל גׄאהל יטׄןّ בה אלעלם ירמי סהאם גׄהלה נחוה.

§11

Trad. Munk — §11

Je ne dis pas que ce traité écartera, pour celui qui l’aura compris, toute espèce de doute, mais je dis qu’il écartera la plupart des obscurités, et les plus graves. L’homme attentif ne me demandera pas ni n’espérera, lorsque nous aurons parlé d’un certain sujet, que nous l’achevions, ou, lorsque nous aurons commencé l’explication du sens d’une certaine allégorie, que nous épuisions tout ce qui a été dit au sujet de cette allégorie : ceci, un homme intelligent ne pourrait le faire de vive voix, dans une conversation[17], et comment pourrait-il le consigner dans un livre sans s’exposer à être un point de mire pour tout ignorant prétendant à la science, et qui lancerait vers lui les flèches de son ignorance.


וקד ביّנّא פי תואליפנא אלפקהיה̈ גׄמל מן הדׄא אלפן ונבّהנא עלי מעאני כתׄירה̈ ודׄכרנא פיהא אן מעשה בראשית הו אלעלם אלטביעי ומעשה מרכבה הו אלעלם אלאלאהי וביّנّא קולהם ולא במרכבה ביחיד אלא אם כן היה חכם ומבין מדעתו מוסרין לו ראשי הפרקים פלא תטלבני הנא גיר בראשי הפרקים

§12

Trad. Munk — §12

Nous avons déjà donné dans nos ouvrages talmudiques[18] plusieurs explications sommaires de cette espèce et éveillé l’attention sur beaucoup de sujets, et nous y avons fait remarquer que le Ma’asé beréschîth (récit de la création) est la science physique et le Ma’asé mercabâ (récit du char céleste) la science métaphysique[19], et nous avons expliqué cette sentence[20] : « Ni (on n’interprétera) la mercabâ, même à un (élève) seul, à moins que ce ne soit un homme sage comprenant par sa propre intelligence, (et dans ce cas) on lui en transmettra seulement les premiers éléments. » Tu ne me demanderas donc ici autre chose que les premiers éléments.


ולו תלך אלבדאٓת ליסת הי פי הדׄה אלמקאלה̈ מרתّבה̈ ולא מטרדה̈ בל מבדדה̈ מכׄתלטה̈ פי אגראץׄ אכׄרי ממא יראם תביינה אדׄ גרצׄי אן תכון אלחקאיק תלוח מנהא תׄם תכׄפי חתי לא יקאוَם אלגרץׄ אלאלאהי אלדׄי לא ימכן מקאומתה אלדׄי גׄעל אלחקאיק אלכׄציצה̈ באדראכה כׄפיה̈ ען גׄמהור אלנאס קאל סוד י״י ליראיו.

§13

Trad. Munk — §13

Ces éléments mêmes ne se trouvent pas, dans le présent traité, rangés par ordre et d’une manière suivie, mais, au contraire, disséminés et mêlés à d’autres sujets qu’on voulait expliquer ; car mon but est (de faire en sorte) que les vérités y soient entrevues, et qu’ensuite elles se dérobent, afin de ne pas être en opposition avec le but divin, auquel d’ailleurs il serait impossible de s’opposer, et qui a fait que les vérités qui ont particulièrement pour objet de faire comprendre Dieu fussent dérobées au commun des hommes, comme a dit (le psalmiste) : Le mystère de l’Éternel est pour ceux qui le craignent (Ps. XXV, 14).


ואעלם אן אלאמור אלטביעיה̈ איצׄא לא ימכן אלתצריח בתעלים בעץׄ מבאדיהא עלי מא הי עליה וקד עלמת קולהם ז״ל ולא במעשה בראשית בשנים ולו ביّן אחד תלך אלאמור כלהא פי כתאב לכאן קד דרש לאלאף מן אלנאס

§14

Trad. Munk — §14

Pour ce qui concerne les choses de la physique, il faut savoir qu’il y a là des principes qui ne peuvent pas non plus être enseignés clairement[21] tels qu’ils sont en réalité. Tu connais ce que disent les docteurs[22] : « Ni (on n’interprétera) le Ma’asé beréschîth devant deux personnes » ; or, si quelqu’un expliquait toutes ces choses dans un livre, il les interpréterait à des milliers de personnes.


ולדׄלך גׄאת תלך אלמעאני איצׄא פי כתב אלנבוה̈ באמתׄאל ותכלמוא פיהא איצׄא אלחכמים ז״ל באלגאז ואמתׄאל אקתפאאً לאתׄר ﭏכתב לאנהא אמור בינהא ובין אלעלם אלאלאהי ארתבאט עטׄים והי איצׄא אסראר מן אסראר אלעלם אלאלאהי

§15

Trad. Munk — §15

C’est pourquoi ces sujets aussi se présentent dans les livres prophétiques par des allégories, et les docteurs aussi en ont parlé par des énigmes et des allégories, en suivant la trace des livres (sacrés), parce que ce sont des choses qui ont un rapport intime avec la science métaphysique, et qui font également partie des mystères de la métaphysique.


ולא תטׄן אן תלך אלסודות אלעטׄימה̈ מעלומה̈ אלי גאיתהא ונהאיתהא ענד אחד מנא לא בל תארה̈ ילוח לנא אלחק חתי נטׄנה נהארא תׄם תכׄפיה אלמואדّ ואלעאדאת חתי נעוד פי ליל מבהם קריב ממא כנא אולא פנכון כמן יברק עליה אלברק מרה̈ בעד מרה̈ והו פי לילה̈ שדידה̈ אלטׄלאם

§16

Trad. Munk — §16

Il ne faut pas croire qu’il y en ait un seul parmi nous qui connaisse ces graves mystères dans toute leur étendue[23]. Il n’en est pas ainsi ; mais, au contraire, la vérité tantôt nous apparaît de manière à nous sembler (claire comme) le jour, tantôt elle est cachée par les choses matérielles et usuelles[24], de sorte que nous retombons dans une nuit profonde à peu près comme nous étions auparavant, et nous sommes alors comme l’homme qui, se trouvant dans une nuit profondément obscure, y voit parfois briller un éclair.


פמנא מן יברק לה אלברק אלמרה̈ בעד אלמרה̈ חתי כאנה פי צׄו דאימא לא יברח פיציר אלליל ענדה כאלנהאר והדׄה הי דרגׄה̈ עטׄים אלנביין אלדׄי קיל לה ואתה פה עמוד עמדי וקיל פיה כי קרן עור פניו וכו׳ ומנהם מן ברק לה מרה̈ ואחדה̈ פי לילתה כלהא והי דרגׄה̈ מן קיל פיהם ויתנבאו ולא יספו ומנהם מן יכון בין אלברק ואלברק פתראת כתׄירה̈ וקלילה̈

§17

Trad. Munk — §17

Il y en a parmi nous à qui l’éclair brille coup sur coup[25], de sorte que, pour ainsi dire, ils sont constamment et sans discontinuer entourés de lumière, et que la nuit devient pour eux comme le jour, et c’est là le degré du plus grand des prophètes, auquel il fut dit : Et toi, reste ici auprès de moi (Deutéron., V, 28), et dont il a été dit : Car la peau de son visage rayonnait, etc. (Exod., XXXIV, 29)[26]. Il y en a d’autres à qui (l’éclair) brille une seule fois dans toute leur nuit, et c’est là le degré de ceux dont il a été dit : Et ils prophétisèrent et ne continuèrent pas (Nombres, XI, 25). Pour d’autres enfin il y a entre chaque éclair des intervalles plus ou moins longs.


ותׄם מן לא ינתהי לדרגׄה̈ יצׄו טׄלאמה בברק בל בגׄסם סקיל או נחוה מן אלחגׄארה̈ וגירהא אלתי תצׄי פי טׄלמאת אלליל ולו דׄלך אלצׄו אליסיר איצא אלדׄי ישרק עלינא ליס הו דאימא בל ילוח ויכׄפי כאנה להט החרב המתהפכת ובחסב הדׄה אלאחואל תכׄתלף דרגׄאת אלכאמלין.

§18

Trad. Munk — §18

Mais il y en a aussi qui n’arrivent point à un degré (assez élevé) pour que leurs ténèbres soient illuminées par un éclair ; (elles ne le sont,) au contraire, que comme par un corps poli ou autre chose semblable, comme des pierreries, etc. qui brillent dans les ténèbres de la nuit. Et même ce peu de lumière qui brille pour nous[27] n’est pas continuel ; mais il apparaît et se cache comme s’il était l’éclat du glaive qui tourne (Genèse, III, 24). C’est donc selon ces circonstances que varient les degrés des hommes parfaits.


אמא אלדׄין לם ירוא צׄוא יומא קט בל הם פי לילתהם יכׄבטון והם אלדׄין קיל פיהם לא ידעו ולא יבינו בחשכה יתהלכו וכׄפי ענהם אלחק גׄמלה מע שדה̈ טׄהורה כמא קאל פיהם ועתה לא ראו אור בהיר הוא בשחקים והם גׄמהור אלעאמה̈ פלא מדכׄל לדׄכרהם הנא פי הדׄה אלמקאלה̈.

§19

Trad. Munk — §19

Quant à ceux qui ne voient jamais la lumière, mais qui errent dans la nuit, ceux dont il a été dit : Ils ne connaissent rien et ne comprennent rien, ils marchent dans les ténèbres (Ps. LXXXII, 5) ; ceux à qui la vérité est entièrement cachée, quelque distinctement qu’elle apparaisse, ainsi qu’on a dit d’eux : Et maintenant ils ne voient pas la lumière qui brille dans les cieux (Job, XXXVII, 21), et c’est le commun des hommes ; (quant à ceux-là, dis-je,) il n’y a point lieu de les mentionner ici dans ce traité.


ואעלם אן מתי אראד אחד אלכאמלין בחסב דרגׄה̈ כמאלה אן ידׄכר שיא ממא פהם מן הדׄה אלסודות אמא בפמה או בקלמה פלא יסתטיע אן יוצׄח ולו אלקדר אלדׄי אדרכה איצׄאחא כאמלא בתרתיב כמא יפעל פי סאיר אלעלום אלמשהור תעלימהא בל ידרכה פי תעלים גירה מא אצאבה פי תעלמה נפסה אעני מן כון אלאמר יבדו וילוח תׄם יכׄפי כאןّ טביעה̈ הדׄא אלאמר עטׄימה ונזרה הכדׄא הי

§20

Trad. Munk — §20

Il faut savoir que, lorsqu’un des hommes parfaits désire, selon le degré de sa perfection, se prononcer, soit verbalement, ou par écrit, sur quelque chose qu’il a compris en fait de ces mystères, il ne lui est pas possible d’exposer même ce qu’il en a saisi avec une clarté parfaite et par ordre, comme il le ferait pour les autres sciences dont l’enseignement est répandu. Au contraire, il lui arrivera pour l’enseignement des autres ce qui lui est arrivé dans ses propres études ; je veux dire que la chose apparaîtra et se fera entrevoir, et qu’ensuite elle se dérobera ; car on dirait que telle est la nature de cette chose, qu’il s’agisse de beaucoup ou de peu.


ולדׄלך למא קצד כל חכים אלאהי רבאני דׄו חקיקה̈ לתעלים שי מן הדׄא אלפן לם יתכלם פיה אלא באלאמתׄאל ואלאלגאז וכתׄרוא אלאמתׄאל וגׄעלוהא מכׄתלפה̈ באלנוע בל באלגׄנס וגׄעלוא אכתׄרהא יכון אלגרץׄ אלמקצוד תפהימה פי אול אלמתׄל או פי וסטה או פי אכׄרה אדׄא לם יוגׄד מתׄאל יטאבק אלאמר אלמקצוד מן אולה אלי אכׄרה

§21

Trad. Munk — §21

C’est pourquoi tous les savants métaphysiciens et théologiens[28], amis de la vérité, quand ils voulaient enseigner quelque chose de ce genre, n’en parlaient que par des allégories et des énigmes, et, multipliant les allégories, ils en employaient de différentes espèces et même de différents genres ; ils en formaient la plupart de manière à faire comprendre le sujet qu’on avait en vue, ou au commencement de l’allégorie, ou au milieu, ou à la fin, à moins qu’on ne pût trouver une image qui s’appliquât à la chose en question depuis le commencement jusqu’à la fin.


וגׄעל אלמעני אלדׄי יקצד אעלאמה למן יעלמה ואן כאן הו מעני ואחד בעינה מפרקא פי אמתׄאל כתׄירה̈ מתבאעדה̈ ואגמץׄ מן הדׄא כון ﭏמתׄל אלואחד בעינה מתׄלא למעאני שתי יטאבק אול ﭏמתׄל מעני ויטאבק אכׄרה מעני אכׄר וקד יכון כלה מתׄלא למעניין מתקארבין פי נוע דׄלך אלעלם

§22

Trad. Munk — §22

(Quelquefois) aussi le sujet qu’on avait pour but d’enseigner à l’étudiant, quoique ce fût un sujet essentiellement un, on le divisait, en le mettant dans plusieurs allégories éloignées les unes des autres ; mais ce qui est encore plus obscur, c’est lorsqu’une seule et même allégorie s’emploie pour divers sujets, de manière que le commencement de l’allégorie s’applique à un certain sujet et la fin à un autre. Parfois aussi toute l’allégorie s’emploie pour deux sujets analogues[29] dans ce genre de science.


חתי אן אלדׄי אראד אן יעלם דון תמתׄיל ולא אלגאז גׄא פי כלאמה מן אלאגמאץׄ ואלאיגׄאז מא נאב ען אלתמתׄיל ואלאלגאז כאןّ אלעלמא ואלחכמא מנקאדון נחו הדׄא אלגרץׄ באלאראדה̈ אלאלאהיה̈ כמא תקודהם אחואלהם אלטביעיה̈

§23

Trad. Munk — §23

Enfin quand quelqu’un voulait enseigner sans l’emploi d’allégories et d’énigmes, il y avait dans ses paroles une obscurité et une brièveté qui tenaient lieu de l’emploi des allégories et des énigmes. On dirait que les savants et les docteurs sont guidés sous ce rapport par la volonté divine, de même que leurs dispositions physiques les guident (sous d’autres rapports).


אלא תרי אן אללה תע׳ דׄכרה למא אראד תכמילנא ואצלאח אחואל אגׄתמאעאתנא בשראיעה אלעמליה̈ אלתי לא יצח דׄלך אלא בעד אעתקאדאת עקליה̈ אולהא אדראכה תעאלי חסב קדרתנא אלדׄי לא יצח דׄלך אלא באלעלם אלאלאהי ולא יחצל דׄלך אלעלם אלאלאהי אלא בעד אלעלם אלטביעי אדׄ אלעלם אלטביעי מתאכׄם ללעלם אלאלאהי ומתקדם לה בזמאן אלתעלים כמא תבין למן נטׄר פי דׄלך פלדׄלך גׄעל אפתתאח כתאבה תעאלי במעשה בראשית אלדׄי הו אלעלם אלטביעי כמא ביّנّא

§24

Trad. Munk — §24

Ne vois-tu pas d’ailleurs que Dieu le Très-Haut voulant nous perfectionner et améliorer l’état de nos sociétés par ses lois pratiques — [ce qui ne peut se faire qu’après (l’établissement de) certains dogmes rationnels dont la première condition est de comprendre la divinité selon notre faculté, chose qui ne peut avoir lieu qu’au moyen de la science métaphysique, laquelle à son tour ne peut venir qu’à la suite de la science physique ; car celle-ci est limitrophe[30] de la métaphysique et la précède dans l’enseignement, ce qui est clair pour celui qui a fait ces études] — (ne vois-tu pas, dis-je,) qu’il a placé à l’ouverture de son livre le récit de la création, qui est la science physique comme nous l’avons expliqué ?


ולעטׄם אלאמר וגׄלאלתה וכון קדרתנא מקצרה̈ מן אדראך אעטׄם אלאמור עלי מא הו עליה כׄוטבנא פי אלאמור אלגאמצׄה̈ אלתי דעת צׄרורה̈ אלחכמה̈ אלאלאהיה̈ למכׄאטבתנא פיהא באלאמתׄאל ואלאלגאז ובאמור מבהמה̈ גׄדא כמא קאלוא ז״ל להגיד כח מעשה בראשית לבשר ודם אי אפשר לפיכך סתם לך הכתוב בראשית ברא אלהים וכו׳ פקד נבהוך עלי כון הדׄה אלאשיא אלמדׄכורה̈ סתומות

§25

Trad. Munk — §25

Mais à cause de la gravité et de l’importance de cette chose, et parce que notre faculté est insuffisante pour comprendre le plus grave des sujets dans toute sa réalité[31], on a choisi, pour nous parler des sujets profonds dont la sagesse divine jugeait nécessaire de nous entretenir, les allégories, les énigmes et des paroles extrêmement obscures, comme l’ont dit (les docteurs) : « Exposer la puissance de l’œuvre de la création à des mortels est chose impossible ; c’est pourquoi l’Écriture t’a dit d’une manière obscure : Au commencement Dieu créa, etc. » Ils t’ont donc averti que les choses mentionnées sont obscures.


וקד עלמת קול שלמה רחוק מה שהיה ועמוק עמוק מי ימצאנו וגׄעל אלכלאם פי גׄמיע דׄלך באלאסמא אלמשתרכה̈ ליחמלהא אלגׄמהור עלי מעני עלי קדר פהמהם וצׄעף תצורהם ויחמלהא אלכאמל אלדׄי קד עלם עלי מעני אכׄר

§26

Trad. Munk — §26

Tu connais aussi ces paroles de Salomon : Ce qui existe est loin (de notre conception) ; ce très profond, qui peut le trouver (Ecclésiaste, VII, 25) ? Pour parler de tous ces sujets on s’est servi de mots homonymes, afin que les hommes vulgaires pussent les prendre dans un certain sens selon la mesure de leur intelligence et la faiblesse de leur conception, et que l’homme parfait qui a reçu de l’instruction pût les prendre dans un autre sens.


וקד כנّא ועדנא פי שרח אלמשנה באנא נביّן מעאני גריבה̈ פי כתאב אלנבוה̈ ופי כתאב אלמטאבקה̈ והו כתאב ועדנא אן נביّן פיה משכלאת אלדרשות כלהא אלתי טׄואהרהא מנאפיה̈ גׄדא ללחק כׄארגׄה̈ ען אלמעקול והי כלהא אמתׄאל

§27

Trad. Munk — §27

Nous avions promis dans le commentaire de la Mischnâ[32] d’expliquer certains sujets difficiles dans (deux ouvrages intitulés) : le Livre de la Prophétie et le Livre de l’Harmonie ; ce dernier était un livre dans lequel nous avions promis d’expliquer les obscurités de toutes les Deraschôth[33], dont les paroles extérieures sont dans un grand désaccord avec la vérité et s’écartent du raisonnable, et qui toutes sont des allégories.


פלמא שרענא מנדׄ סנין עדידה̈ פי תלך אלכתב ואלפנא מנהא שיא לם יחסן ענדנא מא נאשבנא תביינה עלי תלך אלטריקה̈ לאנא ראינא אנא אן בקינא עלי אלתמתׄיל ואלאכׄפא למא ינבגי אכׄפאוה פמא נכון כׄרגׄנא ען אלגרץׄ אלאול וכאנّא בדלנא שכׄצא בשכׄץ מן נוע ואחד ואן בינא מא ינבגי תביינה פדׄלך לא יליק בגׄמהור אלנאס ונחן אנמא רמנא אן נבין מעאני אלדרשות וטׄואהר אלנבוה̈ ללגׄמהור

§28

Trad. Munk — §28

Mais lorsque, il y a un nombre d’années, nous eûmes commencé ces livres et que nous en eûmes rédigé une partie, les explications dans lesquelles nous nous étions engagé, selon cette méthode, ne nous plurent point ; car il nous semblait qu’en procédant nous-même par voie d’allégorie et en cachant ce qui doit rester caché, nous ne nous serions pas écarté du but primitif (des Deraschôth), et nous n’aurions fait pour ainsi dire que substituer un individu à un autre individu de la même espèce ; mais qu’en expliquant ce qui a besoin d’explication, cela ne conviendrait pas au commun des hommes, et cependant nous ne désirions autre chose si ce n’est d’expliquer au vulgaire le sens des Deraschôth et les paroles extérieures des prophéties.


וראינא איצׄא אן תלך אלדרשות אן נטׄרהא גׄאהל מן גׄמהור אלרבאנין פלא יצעב עליה מנהא שי אדׄ לא יסתבעד אלגׄאהל אלגבי אלערי ען מערפה̈ טביעה̈ אלוגׄוד אלממתנעאת ואן נטׄרהא כאמל פאצׄל פלא יכׄלו מן אחד אמרין אמא אן יחמלהא עלי טׄאהרהא פיכון קד אסא אלטׄנה̈ באלקאיל ואסתגׄהלה וליס פי דׄלך הדّ לקואעד אלאעתקאד ואמא אן יגׄעל להא באטנא פקד תכׄלץ וחסן אלטׄנה̈ באלקאיל תבין לה באטן דׄלך אלקול או לם יתבין.

§29

Trad. Munk — §29

Il nous semblait aussi qu’un ignorant du vulgaire des rabbins, en étudiant ces Deraschôth, n’y trouverait aucune difficulté : car celui qui est ignorant, indolent et dénué de connaissance relativement à la nature de l’Être, ne trouve pas invraisemblables même les choses impossibles ; que si, au contraire, c’était un homme parfait et distingué qui les étudiât, il arriverait nécessairement de deux choses l’une : ou bien il les prendrait dans le sens extérieur, et alors il aurait une mauvaise opinion de l’auteur et le prendrait pour un ignorant, mais il n’y aurait en cela rien qui pût renverser les bases de la foi ; ou bien il leur prêterait un sens ésotérique, et alors il s’en tirerait bien et aurait une bonne opinion de l’auteur, n’importe que le (véritable) sens intérieur des paroles fût clair pour lui ou qu’il ne le fût pas.


ואמא מעני אלנבוה̈ ותביין מראתבהא ואיצׄאח אמתׄאל כתבהא פפי הדׄה אלמקאלה̈ יתבין בנחו אכׄר מן אלתביין פלאגׄל הדׄה אלאגראץׄ אצׄרבנא ען תאליף דׄינך אלכתאבין עלי מא כאנא עליה ואקתצרנא מן דׄכר קואעד אלאעתקאד וגׄמל אלחקאיק באיגׄאז ותלויח יקארב אלתצריח עלי מא דׄכרנאה פי תאליף אלפקה אלכביר משנה תורה.

§30

Trad. Munk — §30

Pour ce qui concerne d’ailleurs la signification de la Prophétie, l’exposition de ses divers degrés et l’interprétation des allégories de ses livres, tout cela sera expliqué d’une autre manière dans le présent traité. Par tous ces motifs donc nous avons renoncé à composer ces deux ouvrages tels qu’ils avaient été (conçus) ; et nous nous sommes borné, — pour parler des bases de la Foi et des vérités générales avec brièveté et en faisant entrevoir (les choses) d’une manière qui s’approche de l’exposition claire —, à ce que nous en avons dit dans le grand ouvrage talmudique Mischné Torâ.


אמא הדׄה אלמקאלה̈ פכלאמי פיהא מע מן תפלסף כמא דׄכרת ועלם עלומא חקיקה̈ והו מעתקד ללאמור אלשרעיה̈ חאיר פי מעאניהא אלתי חיّרת פיהא אלאסמא אלמשכלה̈ ואלאמתׄאל וקד נאתי בפצול פי הדׄה אלמקאלה̈ לא יכון פיהא דٍׄכר אסם משתרך

§31

Trad. Munk — §31

Quant au présent traité, j’y adresse la parole, ainsi que je l’ai dit, à celui qui a étudié la philosophie et qui a acquis des sciences véritables, mais qui, croyant aux choses religieuses, est troublé au sujet de leur sens, à l’égard duquel les noms obscurs et les allégories[34] laissent de l’incertitude. Nous donnerons aussi dans ce traité des chapitres dans lesquels il ne sera question d’aucun mot homonyme.[35]


לכן יכון דׄלך אלפצל תוטיה̈ לגירה או יכון דׄלך ﭏפצל מנבהא עלי מעני מן מעאני אסם משתרך לא אריד אלתצריח בדׄכר דׄלך אלאסם פי דׄלך אלמוצׄע או יכון אלפצל מבינא מתׄלא מן אלאמתׄאל או מנבהא עלי קצה̈ מא אנהא מתׄל או יכון אלפצל מצׄמנא מעאני גריבה̈ קד יעתקד פיהא כׄלאף אלחק מן אגׄל אשתראך אסמא או מן אגׄל חמל אלמתׄל מחמל אלממתׄול או חמל אלממתׄול מחמל אלמתׄל.

§32

Trad. Munk — §32

Mais tel chapitre servira de préparation à un autre ou appellera l’attention sur l’un des sens d’un mot homonyme dont je ne voudrai pas parler expressément dans cet endroit ; tel autre chapitre expliquera quelque allégorie ou avertira que tel sujet est une allégorie ; tel autre encore renfermera des sujets difficiles, à l’égard desquels on croit quelquefois le contraire de ce qui est vrai, soit à cause de certaines homonymies, soit parce qu’on confond l’image avec la chose qu’elle doit représenter ou qu’on prend la chose représentée pour une image[36].


ואדׄ דׄכרת אלאמתׄאל פלנקדם מקדמה̈ והי הדׄה אעלם אן מפתאח פהם גׄמיע מא קאלתה אלאנביא ע״אס ומערפה̈ חקיקתה הו פהם אלאמתׄאל ומענאהא ותאויל אלפאטׄהא

§33

Trad. Munk — §33

Et puisque j’ai parlé des allégories, nous allons énoncer une proposition qui est celle-ci : « Il faut savoir que la clef pour comprendre tout ce que les prophètes ont dit et pour le connaître dans toute sa réalité, c’est de comprendre les allégories et leur sens et d’en savoir interpréter les paroles. »


קד עלמת קולה תעאלי וביד הנביאים אדמה ועלמת קולה חוד חידה ומשול משל ועלמת אן מן כתׄרה̈ אסתעמאל אלנביין אלאמתׄאל קאל אלנבי המה אומרים לי הלא ממשל משלים הוא וקד עלמת מא אפתתח בה שלמה להבין משל ומליצה דברי חכמים וחידותם

§34

Trad. Munk — §34

Tu sais ce que le Très-Haut a dit : Et par les prophètes je fais des similitudes (Hos., XII, 11) ; et tu connais aussi cet autre passage : Propose une énigme et fais une parabole (Ézéch., XVII, 2). Tu sais aussi que c’est à cause du fréquent emploi des allégories par les prophètes que le prophète a dit : Ils disent de moi : N’est-il pas un faiseur d’allégories (Ib., XXI, 5) ? Tu sais enfin comment Salomon a commencé (son livre) : Pour comprendre l’allégorie et le discours éloquent, les paroles des sages et leurs énigmes (Prov., I, 6).


קיל פי אלמדרש למה היו דברי תורה דומים עד שלא עמד שלמה לבאר שהיו מימיה עמוקים וצוננים ולא היה אדם יכול לשתות מהן מה עשה פקח אחד ספק חבל בחבל ומשיחה למשיחה ודלה ושתה כך היה שלמה ממשל למשל ומדבר לדבר עד שעמד על דברי תורה הדׄא נצהם.

§35

Trad. Munk — §35

Et dans le Midrasch[37] on dit : « À quoi ressemblaient les paroles de la Torâ avant que Salomon eût apparu ? À un puits dont l’eau froide était située dans la profondeur, de sorte que personne ne pouvait en boire. Que fit alors un homme intelligent ? Il attacha des cordes les unes aux autres et des fils les uns aux autres, et ensuite il puisa et but. C’est ainsi que Salomon passa[38] d’une allégorie à une autre et d’un discours à un autre jusqu’à ce qu’il approfondît les paroles de la Torâ. » Telles sont les paroles textuelles.


ומא ארי אן אחדא מן אלסאלמי אלקראיח יתכׄיל אן דברי תורה אלמשאר אליהא הנא אלתי תחיّל פי פהמהא בפהם מעאני אלאמתׄאל הי אחכאם עמל אלסוכה ואללולב ודין ארבעה שומרים בל אלקצד הנא פהם אלגואמץׄ בלא שך

§36

Trad. Munk — §36

Je ne pense pas que parmi les hommes doués de bon sens il y en ait un seul qui se figure que les paroles de la Torâ auxquelles on fait ici allusion et qu’on a cherché à comprendre par l’intelligence (préalable) du sens des allégories soient les préceptes concernant la confection des cabanes, les branches de palmier et le droit relatif aux quatre gardiens[39] ; bien au contraire, on avait ici pour but, sans doute, l’intelligence des choses profondes.


והנאך קיל רבנן אמרי זה שהוא מאבד סלע או מרגלית בתוך ביתו עד שהוא מדליק פתילה באיסר מוצא את המרגלית כך המשל הזה אינו כלום ועל ידי המשל אתה רואה את דברי תורה הדׄא נצהם איצׄא

§37

Trad. Munk — §37

Il est dit au même endroit (du Midrasch) : « Les rabbins disent : Si quelqu’un perd un sicle ou une perle dans sa maison, il n’a qu’à allumer une mèche (de la valeur) d’une obole pour trouver la perle ; de même l’allégorie en elle-même n’est rien, mais au moyen de l’allégorie tu comprends les paroles de la Torâ. » Telles sont encore leurs paroles textuelles.


פתאמל תצריחהם ז״ל באן בואטן דברי תורה הי אלמרגלית וטׄאהר כל מתׄל אינו כלום ותשביההם כׄפי אלמעני אלממתׄול פי טׄאהר אלמתׄל במן סקטת מנה לולוה̈ פי ביתה והו בית מטׄלם כתׄיר אלדבש פתלך אללולוה̈ חאצלה̈ לכנה לא יראהא ולא יעלם בהא פכאנהא כׄארגׄה̈ ען מלכה אדׄ אמתנע וגׄה אלנפע בהא חתי יסרגׄ אלסראגׄ כמא דׄכר אלדׄי נטׄירה פהם מעני אלמתׄל.

§38

Trad. Munk — §38

Et fais bien attention qu’ils disent clairement que l’intérieur des paroles de la Torâ est la perle et que le sens extérieur de toute allégorie n’est rien, et qu’ils comparent le sens caché et représenté dans les paroles extérieures de l’allégorie à une perle que quelqu’un a perdue dans sa maison, laquelle est sombre et remplie de meubles. Cette perle existe, mais il ne la voit pas et il ne sait pas où elle est : c’est donc comme si elle était sortie de sa possession, puisqu’il n’a aucun moyen d’en tirer profit jusqu’à ce qu’il allume la lampe comme il a été dit ; et c’est à celle-ci que ressemble l’intelligence du sens de l’allégorie.


קאל אלחכים תפוחי זהב במשכיות כסף דבר דבור על אפניו

§39

Trad. Munk — §39

Le sage a dit : Comme des pommes d’or dans des filets (Maskiyyôth) d’argent, telle est une parole dite selon ses différentes faces (Prov., XXV, 11)[40].


ואסמע תביין הדׄא אלמעני אלדׄי דׄכרה משכיות הי אלנקוש אלמשבّכה̈ אעני אלתי פיהא מואצׄע מפתוחה̈ דקיקה̈ אלאעיُן גׄדא מתׄל אעמאל אלצאגה̈ תסמת בדׄלך לאנהא ינפדׄהא אלנטׄר תרגום וישקף ואסתכי פקאל אן מתׄל תפאחה̈ דׄהב פי שבכה̈ פצׄה̈ דקיקה̈ אלכׄרום גׄדא הו אלכלאם אלדׄי קיל עלי וגׄהَיْהِ

§40

Trad. Munk — §40

Écoute l’explication du sujet dont il parle : Maskiyyôth sont des ciselures réticulaires, je veux dire où il y a des ouvertures (formées) de mailles extrêmement fines, comme les ouvrages des orfèvres ; on les appelle ainsi parce que le regard y pénètre, car la version chaldaïque de וַיַּשְׁקֵף (il regarda) est we-istekhi[41]. Il dit donc : Comme une pomme d’or dans un filet d’argent à ouvertures très fines, telle est la parole dite selon ses deux faces.


פארי מא אעגׄב הדׄא אלקול פי וצף אלמתׄל אלמחכם ודׄלך אנה יקול אן אלכלאם אלדׄי הו דׄו וגׄהין יעני לה טׄאהר ובאטן ינבגי אן יכון טׄאהרה חסנא כאלפצׄה̈ וינבגי אן יכון באטנה אחסן מן טׄאהרה חתי יכון באטנה באלאצׄאפה̈ לטׄאהרה כאלדׄהב ענד אלפצׄה̈ וינבגי אן יכון פי טׄאהרה מא ידל אלמתאמל עלי מא פי באטנה מתׄל הדׄה אלתפאחה̈ אלדׄהב אלתי אכסית שבכה̈ דקיקה̈ אלעיון גׄדא מן פצׄה̈ פאדׄא רُאِיَתْ עלי בُעד או עלי גיר תאמُّל באלג טُׄן בהא אנהא תפאחה̈ פצׄה̈ פאדׄא תאמלהא אלחדיד אלבצר תאמّלא גׄיّדא באן לה מא דאכׄלהא ועלם אנהא דׄהב

§41

Trad. Munk — §41

Et vois[42] comme cette sentence s’applique à merveille à l’allégorie en règle ; car il dit que le discours qui a deux faces, c’est-à-dire qui a un (sens) extérieur et intérieur, doit avoir l’extérieur beau comme l’argent, mais son intérieur doit être encore plus beau que son extérieur, de manière que son intérieur sera, en comparaison de son extérieur, comme l’or est à côté de l’argent. Il faut aussi qu’il y ait dans son extérieur quelque chose qui puisse indiquer à celui qui l’examine ce qui est dans son intérieur, comme il en est de cette pomme d’or qui a été couverte d’un filet d’argent à mailles extrêmement fines : car, si on la voit de loin ou sans l’examiner attentivement, on croit que c’est une pomme d’argent ; mais si l’homme à l’œil pénétrant l’examine bien attentivement, ce qui est en dedans se montre à lui, et il reconnaît que c’est de l’or.


והכדׄא הי אמתׄאל אלאנביא ע״אס טׄואהרהא חכמה̈ מפידה̈ פי אשיא כתׄירה̈ מן גׄמלתהא צלאח אחואל אלאגׄתמאעאת אלאנסאניה̈ כמא יבדו מן טׄואהר משלי ומא אשבה דׄלך מן אלאקאויל ובאטנהא חכמה̈ מפידה̈ פי אעתקאדאת אלחק עלי חקיקתה.

§42

Trad. Munk — §42

Et il en est de même des allégories des prophètes : leurs paroles extérieures (renferment) une sagesse utile pour beaucoup de choses, et entre autres pour l’amélioration de l’état des sociétés humaines, comme cela apparaît dans les paroles extérieures des Proverbes (de Salomon) et d’autres discours semblables ; mais leur (sens) intérieur est une sagesse utile pour les croyances ayant pour objet le vrai dans toute sa réalité.


ואעלם אן אלאמתׄאל אלנבויה̈ פיהא טריקתאן מנהא אמתׄאל כל כלמה̈ פי דׄלך אלמתׄל תקתצׄי מעני ומנהא מא יכון גׄמלה̈ אלמתׄל ינבי ען גׄמלה̈ אלמעני אלממתׄול ותגׄי פי דׄלך אלמתׄל כלמאת כתׄירה̈ גׄדא ליס כל כלמה̈ מנהא תזיד מעני פי דׄלך אלמעני אלממתׄול בל הי לתחסין אלמתׄל ותרתיב אלקול פיה או ללמבאלגה̈ פי אכׄפא אלמעני אלממתׄול פיטרד אלקול בחסב כל מא ילזם פי טׄאהר דׄלך אלמתׄל פאפהם הדׄא גׄדא.

§43

Trad. Munk — §43

Sache aussi que les allégories prophétiques sont faites de deux manières : il y en a où chaque mot de l’allégorie veut (qu’on y trouve) un sens (particulier) ; et il y en a d’autres où l’ensemble de l’allégorie révèle l’ensemble du sujet représenté, mais où il se trouve aussi des mots en grand nombre qui n’ajoutent pas chacun quelque chose à ce sujet représenté, et qui servent seulement à l’embellissement de l’allégorie et à la symétrie du discours, ou bien à dérober avec plus de soin le sujet représenté, de sorte que le discours est constamment conçu tel qu’il doit l’être selon le sens extérieur de l’allégorie. Il faut bien comprendre cela.


אמא מתׄאל אלנוע אלאול מן אלאמתׄאל אלנבויה̈ פקולה והנה סלם מצב ארצה וכו׳ פאן קולה סלם ידל עלי מעני מא וקולה מצב ארצה ידל עלי מעני תׄאן וקולה וראשו מגיע השמימה ידל עלי מעני תׄאלתׄ וקולה והנה מלאכי אלהים ידל עלי מעני ראבע וקולה עולים ידל עלי מעני כׄאמס וקולה ויורדים ידל עלי מעני סאדס וקולה והנה י״י נצב עליו ידל עלי מעני סאבע פכל לפטׄה̈ גׄאת פי הדׄא אלמתׄל הי למעני זאיד פי אלגׄמלה̈ אלממתׄולה̈.

§44

Trad. Munk — §44

Un exemple de la première espèce des allégories prophétiques se trouve dans ce passage : Et voici, une échelle était placée à terre, etc. (Genèse, XXVIII, 12) ; car le mot échelle indique un certain sujet, les mots était placée à terre en indiquent un second, les mots et sa tête atteignait le ciel en indiquent un troisième, les mots et voici, les anges de Dieu, en indiquent un quatrième, le mot montaient en indique un cinquième, les mots et descendaient en indiquent un sixième, et les mots et voici, l’Éternel se tenait au-dessus, en indiquent un septième, de sorte que chaque mot qui se présente dans cette allégorie ajoute quelque chose à l’ensemble du sujet représenté.


ואמא מתׄאל אלנוע אלתׄאני מן אלאמתׄאל אלנבויה̈ פקולה כי בחלון ביתי בעד אשנבי נשקפתי וארא בפתאים אבינה בבנים נער חסר לב עובר בשוק אצל פנה ודרך ביתה יצעד בנשף בערב יום באישון לילה ואפלה והנה אשה לקראתו שית זונה ונצורת לב הומיה היא וסוררת וגו׳ פעם בחוץ פעם ברחובות וגו׳ והחזיקה בו וגו׳ זבחי שלמים עלי וגו׳ על כן יצאתי לקראתך וגו׳ מרבדים רבדתי וגו׳ נפתי משכבי וגו׳ לכה נרוה דודים וגו׳ כי אין האיש בביתו וגו׳ צרור הכסף וגו׳ הטתו ברוב לקחה בחלק שפתיה תדיחנו

§45

Trad. Munk — §45

Un exemple de la seconde espèce des allégories prophétiques se trouve dans le passage suivant (Prov., VII, 6 et suiv.) : Car par la fenêtre de ma maison, à travers mon treillis je regardais, et je vis parmi les simples, je distinguai parmi les jeunes gens un enfant dépourvu d’intelligence, qui, passant sur la place publique près d’un angle, s’avançait vers la maison (où elle demeurait). Pendant le crépuscule, quand le jour disparaissait, dans l’obscurité de la nuit et dans les ténèbres. Et voilà qu’une femme vient au-devant de lui dans l’appareil d’une courtisane et le cœur rusé. Elle est bruyante, indomptée, etc. Tantôt dans la rue, tantôt sur les places, etc. Elle le saisit, etc. Je devais des sacrifices de paix, etc. C’est pourquoi je suis sortie au-devant de toi, etc. J’ai couvert de tapis, etc. J’ai parfumé ma couche, etc. Viens, enivrons-nous d’amour, etc. Car l’époux n’est pas à la maison, etc. Il a pris la bourse contenant l’argent, etc. Elle le séduit par l’abondance de sa parole, elle l’entraîne par ses lèvres fallacieuses.


פחאצל הדׄה אלגׄמלה̈ הו אלתחדׄיר מן תבע לדׄאת אלאבדאן ושהואתהא פשבה אלמאדה̈ אלתי הי סבב הדׄה אלשהואת אלבדניה̈ כלהא באשה זונה והי אשת איש איצׄא ועלי הדׄא אלמתׄל בני כתאבה כלה

§46

Trad. Munk — §46

Tout ce discours a pour but d’avertir qu’on ne doit pas suivre les plaisirs et les passions du corps ; il compare donc la matière qui est la cause de toutes ces passions corporelles à une courtisane qui en même temps est une femme mariée, et c’est sur cette allégorie qu’il a bâti tout son livre.


וסנבין פי פצול מן הדׄה אלמקאלה̈ חכמתה פי תשביהה אלמאדה̈ באשת איש זונה ונבין כיף כׄתם כתאבה הדׄא במדח אלאשה אדׄא לם תכן זונה בל מקתצרה̈ עלי צלאח ביתהא וחאל בעלהא וגׄמיע הדׄה אלעואיק אלתי תעוק אלאנסאן ען כמאלה אלאכׄיר וכל נקיצה̈ תלחק אלאנסאן וכל מעציה̈ פאנמא תלחקה מן גׄהה̈ מאדתה פקט כמא סנבין פי הדׄה אלמקאלה̈.

§47

Trad. Munk — §47

Dans quelques chapitres de ce traité nous montrerons ce qu’il y avait de sage de sa part à comparer la matière à une femme mariée infidèle, et nous ferons remarquer comme il a fini son livre par l’éloge de la femme qui n’est pas infidèle, mais qui ne s’occupe que du bon ordre de sa maison et de la position de son mari. (On verra aussi que) tous les obstacles qui empêchent l’homme d’arriver à sa perfection finale, tout vice et tout péché qui s’attachent à l’homme, n’arrivent que du côté de la matière seule, comme nous l’expliquerons dans ce traité.


פהדׄה אלגׄמלה̈ הי אלמפהומה̈ מן גׄמיע הדׄא אלמתׄל אעני אן לא יכון אלאנסאן תאבעא בהימיّתה פקט אעני מאדתה אדׄ מאדה̈ אלאנסאן אלקריבה̈ הי מאדה̈ סאיר אלחיואן אלקריבה̈.

§48

Trad. Munk — §48

C’est donc cette doctrine générale qui forme le contenu de toute cette allégorie, je veux dire que l’homme ne doit pas suivre sa seule nature animale, c’est-à-dire sa matière ; car la matière immédiate de l’homme est aussi la matière immédiate des autres animaux[43].


פאדׄ ובינّת לך הדׄא וכשפת לך סר הדׄא אלמתׄל לא תעלק אמאלך באן תקול אَיْש תחת קולה זבחי שלמים עלי היום שלמתי נדרי ואי מעני יתצׄמן קולה מרבדים רבדתי ערשי ואי מעני זאד פי הדׄה אלגׄמלה̈ קולה כי אין האיש בביתו וכדׄלך סאיר מא גׄא פי הדׄה אלפרשה פאן הדׄא כלה טרד כלאם עלי טׄאהר אלמתׄל אדׄ הדׄה אלאחואל אלתי דׄכר הי נוע חאל אלזנאה̈ וכדׄלך הדׄה אלאקאויל ונחוהא הי נוע אקאויל אלזאנין בעצׄהם לבעץׄ

§49

Trad. Munk — §49

Après t’avoir donné cette explication et t’avoir révélé le mystère de cette allégorie, tu n’espéreras plus[44] pouvoir me demander ce qu’il y a (de caché) sous les mots : Je devais des sacrifices de paix, aujourd’hui j’ai accompli mes vœux ; quel sens renferment les mots : J’ai couvert de tapis mon lit ; ou ce qu’ajoutent au sens général les mots : Car l’époux n’est pas à la maison, ainsi que tout ce qui suit dans ce chapitre. Tout cela n’est qu’une suite de phrases se rapportant au sens extérieur de l’allégorie ; car les détails qu’il a décrits sont de l’espèce de ceux (qui se rapportent) aux fornicateurs, et de même ces paroles et d’autres semblables sont de l’espèce de celles que les adultères s’adressent mutuellement.


פאפהם הדׄא ענّי גׄדא פהו אצל כביר עטׄים פי מא אריד תביינה

§50

Trad. Munk — §50

Il faut bien comprendre ce que je dis, car c’est un principe très important pour ce que je me propose d’expliquer.


פאדׄא וגׄדתני פי פצל מן פצול הדׄה אלמקאלה̈ קד ביّנת מעני מתׄל מן אלאמתׄאל ונבהתך עלי אלגׄמלה̈ אלממתׄולה̈ מא הי לא תטלב כל גׄזאיאת אלמעאני אלתי גׄאת פי דׄלך אלמתׄל ותריד אן תגׄד להא מטאבקה̈ פי אלשי אלממתׄול לאן הדׄא יכׄרגׄך לאחד אמרין אמא ליחידך ען אלגרץׄ ﭏמקצוד באﭏמתׄל או לתכליפך תאויל אמור לא תאויל להא ולא וُצׄעת לתתאול פתחצל מן דׄלך אלתכלף עלי מתׄל הדׄא ﭏהדׄיאן אלעטׄים אלדׄי יהדׄיה ויולף פיה אכתׄר פרק אלעאלם פי זמאננא הדׄא לכונהם יריד כל מנהם אן יוגׄד מעאני מא לאקאויל לם יקצד בהא קאילהא שיא ממא ירידונה הם

§51

Trad. Munk — §51

Si donc dans un chapitre de ce traité tu me vois expliquer le sens d’une certaine allégorie et que j’appelle ton attention sur l’ensemble de la chose représentée, tu ne me demanderas pas (l’explication de) tous les sujets particuliers qui se rencontrent dans cette allégorie, et tu ne chercheras pas à en trouver l’analogue dans la chose représentée ; car cela te conduirait à l’une de deux choses, ou bien à te faire perdre de vue le sujet qu’on avait pour but dans l’allégorie, ou bien à t’imposer la tâche d’interpréter (allégoriquement) des paroles qui ne sont pas sujettes à interprétation et qui n’ont pas été écrites pour être interprétées. Et en t’imposant cette tâche tu tomberais dans cette grande folie dont la plupart des écoles du monde sont atteintes de nos jours et qui se révèle dans leurs écrits[45] ; car chacun de ces gens cherche à trouver un sens à des paroles par lesquelles l’auteur n’a visé à rien de ce qu’ils veulent (y trouver) eux-mêmes.


בל יכון אבדא גרצׄך פי אכתׄר אלאמתׄאל מערפה̈ אלגׄמלה̈ ﭏמקצוד מערפתהא ויכפיך פי בעץׄ אלאשיא אן תפהם מן כלאמי אן אלקצה̈ אלפלאניה̈ מתׄל ואן לם נבין שיא זאידא פאנך אדׄא עלמת אנה מתׄל תבין לך לחינך לאי שי הו מתׄל ויכון קולי אנה מתׄל כמן אזאל אלשי אלחאיל בין אלבצר ואלמבצר :

§52

Trad. Munk — §52

Tu dois, au contraire, avoir toujours pour but dans la plupart des allégories de connaître l’ensemble de la chose qu’on a voulu faire connaître, et dans certaines choses il doit te suffire de comprendre par mes paroles que tel sujet est une allégorie, quand même je ne t’expliquerai rien de plus ; car quand tu auras su que c’est une allégorie, tu comprendras aussitôt quel en est l’objet, et en te disant que c’est une allégorie, j’aurai, pour ainsi dire, enlevé ce qui s’interposait (comme obstacle) entre la vue et l’objet vu.


Recommandation au sujet de ce traité — וציה̈ הדׄה אלמקאלה̈

וציה̈ הדׄה אלמקאלה̈. אדׄא ארדת אן תחצל עלי גׄמלה̈ מא תצׄמנתה חתי לא יגאדרך מנהא שי פרדד פצולהא בעצׄהא עלי בעץׄ ולא יכון גרצׄך מן אלפצל פהם גׄמלה̈ מענאה פקט אלא ותחציל כל לפטׄה̈ גׄאת פיה פי מערץׄ אלקול ואן לם תכן מן גרץׄ אלפצל

§53

Trad. Munk — §53

Si tu veux comprendre tout ce que (ce traité) renferme, de manière à ce qu’il ne t’en échappe rien, il faut combiner ses chapitres les uns avec les autres, et en lisant un chapitre il ne faut pas seulement avoir pour but de comprendre l’ensemble de son sujet, mais aussi de saisir chaque parole qui s’y présente dans la suite du discours, quand même elle ne ferait pas partie du sujet (principal) du chapitre.


לאן הדׄה אלמקאלה̈ מא וקע אלכלאם פיהא כיף אתפק אלא בתחריר כתׄיר וצׄבט זאיד ותחפטׄ מן אלאכׄלאל בתביין משכל ומא מן שי קיל פיהא פי גיר מוצׄעה אלא לתביין אמר מא פי מוצׄעה

§54

Trad. Munk — §54

Car dans ce traité il ne m’est jamais arrivé de parler comme par hasard, mais (tout a été dit) avec une grande exactitude et avec beaucoup de précision, et en ayant soin de n’y laisser manquer l’explication d’aucune obscurité ; et si on y a dit (çà et là) quelque chose qui n’est pas à sa place, ce n’a été que pour expliquer quelque autre chose à sa véritable place.


ולא תתבעהא באוהאמך פתאדׄיני ולא תנפע נפסך בל ינבגי לך אן תתעלם כל מא ינבגי תעלמה ואנטׄר פיהא דאימא פהי תُביّן לך מעטׄם משכלאת אלשריעה̈ אלתי תשכל עלי כל עאקל

§55

Trad. Munk — §55

Il ne faut donc pas l’aborder avec tes opinions préconçues, car tu me ferais du tort sans en profiter toi-même ; mais il faut, au contraire, que tu apprennes d’abord tout ce qu’il est nécessaire d’apprendre. Tu en feras l’objet continuel de tes études, car il t’expliquera les plus graves obscurités de la Loi, qui sont difficiles même pour tout homme intelligent.


ואנא אחלף באללה תעאלי לכל מן קרא מקאלתי הדׄה אן לא ישרח מנהא ולא כלמה̈ ואחדה̈ ולא יביّן לגירה מנהא אלא מא הו ביّן משרוח פי כלאם מן תקדמני מן עלמא שריעתנא אלמשאהר אמא מא יפהם מנהא ממא לם יקלה גירי מן משאהרנא פלא יביّנה לגירה ולא יתהאפת ללרד לאנה קד יכון מא פהמה מן כלאמי כׄלאף מא ארדתה פיצׄרני גׄזאאً לארדתי נפעה פיכון משלם רעה תחת טובה

§56

Trad. Munk — §56

J’en conjure par Dieu le Très-Haut tous ceux qui auront lu le présent traité de ne pas en commenter un seul mot et de n’en rien expliquer aux autres, si ce n’est ce qui est déjà clairement expliqué dans les paroles de ceux qui m’ont précédé d’entre les célèbres docteurs de notre Loi. Mais (le lecteur) qui en aura compris quelque chose de ce que d’autres de nos hommes célèbres n’ont pas dit ne devra pas l’expliquer à d’autres ; il ne devra pas non plus se presser de me réfuter[46] ; car il se pourrait que ce qu’il aura compris dans mes paroles fût le contraire de ce que j’ai voulu dire, et alors il me ferait du tort en retour de ce que moi j’ai voulu lui être utile, et il paierait le bien par le mal.


בל יתאמלהא כל מן סקטת אלי ידה פאן שפת לה גלילא ולו פי אמר מא מן גׄמלה̈ מא ישכל פישכר אללה ויקנע במא פהם

§57

Trad. Munk — §57

Il faut, au contraire, que celui à qui (ce traité) tombera entre les mains l’étudie avec soin, et s’il y trouve de quoi satisfaire son désir[47], ne fût-ce que sur un seul point de tout ce qui est obscur, il doit remercier Dieu et se contenter de ce qu’il en a compris.


ואן לם יגׄד פיהא שיא ינפעה בוגׄה פיחסבהא כאנהא מא אُלפת ואן טׄהר לה פיהא פסאד מא בחסב טׄנונה פיתאולה וידין לכף זכות ולו באבעד תאויל כמא פُרץׄ עלינא פי חק גׄמהורנא פכיף פי חק עלמאינא וחמלה̈ שריעתנא ﭏמגׄתהדין פי אפאדתנא אלחק חסב אדראכהם.

§58

Trad. Munk — §58

S’il n’y trouve absolument rien qui lui soit utile, il doit le considérer comme s’il n’avait jamais été composé ; mais s’il lui semble en résulter un dommage par rapport à ses opinions, il doit interpréter (mes paroles) de manière à me juger favorablement (ידין לכף זכות), fût-ce même par l’interprétation la plus recherchée, comme cela nous a été prescrit à l’égard de nos gens du vulgaire et à plus forte raison à l’égard de nos savants et des soutiens de notre Loi, qui s’efforcent de nous enseigner la vérité selon leur faculté.


ואנא אעלם אן כל מבתדٍ מן אלנאס ליס ענדה שי מן אלנטׄר פאנה סיסתנפע בבעץׄ פצול הדׄה אלמקאלה̈ פאמא אלכאמל מן אלנאס אלמתשרע אלמתחיר כמא דׄכרת פיסתנפע בגׄמיע פצולהא ומא אשר אנתבאטה בהא ומא אלדّׄהא עלי סמעה.

§59

Trad. Munk — §59

Je sais que tous les commençants qui n’ont encore fait aucune étude spéculative tireront profit de certains chapitres de ce traité ; mais les hommes parfaits, imbus de l’étude de la Loi et qui sont troublés, comme je l’ai dit, profiteront de tous ses chapitres, et combien ils en seront joyeux et avec quel plaisir ils en écouteront (la lecture) !


ואמא ﭏמכׄתלטון אלדׄין קד אתّסכׄת אדמגתהם באלארא אלגיר צחיחה̈ ובאלטרק אלממוّהה̈ ויטׄנון דׄלך עלומא צחיחה̈ ויזעמון אנהם אהל נטׄר ולא עלם להם אצלא בשי יסמי עלמא באלתחקיק פאנהם סינפרון מן פצול כתׄירה̈ מנהא ומא אעטׄמהא עליהם לכונהם לא ידרכון להא מעני ולאן יבין מנהא איצׄא תזייף אלבהרגׄ אלדׄי באידיהם אלדׄי הו דׄכׄירתהם ומאלהם אלמעד לשדאידהם.

§60

Trad. Munk — §60

Mais quant aux gens embrouillés dont le cerveau est troublé par des opinions contraires à la vérité et par de fausses méthodes, et qui croient cependant que ce sont là des sciences vraies et prétendent être des hommes d’études spéculatives, tandis qu’ils ne connaissent absolument rien qui puisse en réalité s’appeler science, — quant à ceux-là, (dis-je,) ils se détourneront d’un grand nombre de ses chapitres, et ils en éprouveront une grande répugnance, parce qu’ils n’en saisiront pas le sens, et aussi parce qu’on reconnaîtra par là la fausseté de la mauvaise monnaie qu’ils ont dans leurs mains et qui est leur trésor et la fortune mise en réserve pour leur détresse[48].


ואללה תעאלי יעלם אני לם אזל אסתהיב כתׄירא גׄדא וצׄע אלאשיא אלתי אריד וצׄעהא פי הדׄה אלמקאלה̈ לאנהא אמור מסתורה̈ לם יוצׄע פיהא קט כתאב פי אלמלה̈ פי הדׄה אזמאן אלגלות אלתי ענדנא מא אלף פיהא פכיף אבתדע אנא בדעה̈ ואצׄע פיהא

§61

Trad. Munk — §61

Dieu le Très-Haut le sait que j’ai toujours éprouvé une très grande crainte de mettre par écrit les choses que je veux déposer dans ce traité ; car ce sont des choses cachées et sur lesquelles on n’a jamais composé un livre parmi nos coreligionnaires dans ce temps de la captivité dont nous possédons encore les ouvrages[49]. Et comment donc pourrai-je, moi, créer quelque chose de nouveau et le mettre par écrit !


לכני אעתמדת עלי מקדמתין אלואחדה̈ קולהם פי נטׄיר הדׄא אלמעני עת לעשות לי״י וכו׳ ואלתׄאניה̈ קולהם וכל מעשיך יהיו לשם שמים פעלי האתין אלמקדמתין אעתמדת פימא וצׄעת פי בעץׄ פצול הדׄה אלמקאלה̈.

§62

Trad. Munk — §62

Cependant je me suis appuyé sur deux principes : d’abord sur ce que (les rabbins) ont dit au sujet de choses analogues : Lorsque c’est le moment d’agir pour Dieu, etc.[50] ; ensuite, sur ce qu’ils ont dit encore : Que toutes tes œuvres se fassent au nom du ciel. C’est donc sur ces deux principes que je me suis appuyé pour ce que j’ai écrit dans certains chapitres de ce traité.


ובאלגׄמלה̈ פאני אלרגׄל אלדׄי אדׄא אנחצר בה אלאמר וצׄאק בה אלמגׄאל ולא אגׄד חילה̈ פי אפאדה̈ חק תברהן אלא באן יואפק דׄלך פאצׄלא ואחדא ולא יואפק עשרה̈ אלאף גׄאהלא פאני אותׄר קולה לנפסה ולא אבאלי בדׄם דׄלך אלכׄלק אלכתׄיר ואדّעי תכׄליץ דׄלך אלפאצׄל אלואחד ממא תנשב פיה ואדל חירתה חתי יכמל ויסתריח :

§63

Trad. Munk — §63

Enfin je suis l’homme lequel, se voyant serré dans une arène étroite et ne trouvant pas le moyen d’enseigner une vérité bien démontrée, si ce n’est d’une manière qui convienne à un seul homme distingué et qui déplaise à dix mille ignorants, préfère parler pour cette seule personne, sans faire attention au blâme de la grande multitude, et prétend tirer ce seul homme distingué de l’embarras dans lequel il est tombé et lui montrer la voie (pour sortir) de son égarement afin de devenir parfait et d’obtenir le repos.


Observation préliminaire — מקדמה̈

מקדמה̈. אסבאב אלתנאקץׄ או אלתצׄאדّ אלמוגׄוד פי כתאב מן אלכתב או פי תאליף מן אלתואליף אחד סבעה̈ אסבאב.

§64

Trad. Munk — §64

Les causes de la contradiction ou de l’opposition qu’on trouve dans un livre ou dans un écrit quelconque sont au nombre de sept.


אלסבב אלאול הו אן יכון אלמולף גׄמע אקאויל אלנאס ולהם ארא מכׄתלפה̈ וחדׄף אלסנד ולם ינסב כל קול לקאילה פיוגׄד פי דׄלך אלתאליף תנאקץׄ או תצׄאד לכון אחדי אלקצׄיתין מדׄהב שכׄץ ואלקצׄיה̈ אלאכׄרי מדׄהב שכׄץ אכׄר.

§65

Trad. Munk — §65

Première cause : Quand l’auteur a rassemblé les paroles de gens d’opinions différentes en omettant (de citer) les autorités et d’attribuer chaque parole à son auteur. On trouve alors dans son ouvrage des contradictions ou des assertions opposées, parce que l’une des deux propositions est l’opinion d’un individu, et l’autre l’opinion d’un autre individu.


ואלסבב אלתׄאני כון צאחב דׄלך אלכתאב כאן לה ראי מא תׄם רגׄע ענה ודُוّנת אקאוילה אלאולי ואלתׄאניה̈.

§66

Trad. Munk — §66

Deuxième cause : Quand l’auteur du livre a professé d’abord une certaine opinion dont il est revenu ensuite, et qu’on a recueilli à la fois ce qu’il avait dit d’abord et ce qu’il a dit ensuite.


ואלסבב אלתׄאלתׄ כון תלך אלאקאויל ליסת כלהא עלי טׄאהרהא בל יכון בעצׄהא עלי טׄאהרה ובעצׄהא מתׄלא פיכון לה באטן או תכון אלקציתאן גׄמיעא ﭏמתנאקצׄתא אלטׄאהר אמתׄאלא פאדׄא חמלת עלי טׄואהרהא כאנת מתנאקצׄה̈ או מתצׄאדّה̈.

§67

Trad. Munk — §67

Troisième cause : Lorsque les paroles (de l’auteur) ne sont pas toutes (prises) dans leur sens extérieur (littéral) ; mais que les unes conservent leur sens littéral et que les autres sont une image et ont un sens figuré, ou bien que les deux propositions, contradictoires selon leur sens littéral, sont des allégories, et que, prises dans leur sens littéral, elles paraissent contradictoires ou opposées entre elles.


ואלסבב אלראבע אן תכון תׄם שריטה̈ מא לם יצרח בהא פי מוצׄעהא לצׄרורה̈ מא או יכון אלמוצׄועאן מכׄתלפין ולם יבין אחדהמא פי מוצׄעה פיטׄהר תנאקץׄ פי אלקול וליס תׄם תנאקץׄ.

§68

Trad. Munk — §68

Quatrième cause : Lorsqu’il existe une certaine condition[51] qui, par un motif quelconque, n’est pas expressément indiquée à l’endroit même, ou bien lorsque les deux sujets sont différents[52] et qu’aucun des deux n’est clairement désigné à l’endroit même, de sorte qu’il paraît y avoir une contradiction dans le discours sans qu’il y en ait réellement.


ואלסבב אלכׄאמס צׄרורה̈ אלתעלים ואלתפהים ודׄלך אן יכון תׄם מעני מא גאמץׄ עסר אלתצור ילתגׄי לדׄכרה או לאّכׄאדׄה מקדמה̈ פי תביין מעני סהל אלתצור ינבגי אן יקדם פי אלתעלים עלי דׄלך אלאול לכון אלבדאה̈ אבדא באלאסהל

§69

Trad. Munk — §69

Cinquième cause : La nécessité (à laquelle on est quelquefois réduit) pour enseigner et faire comprendre (certaine chose) ; c’est-à-dire lorsqu’il y a un certain sujet obscur et difficile à concevoir qu’on a besoin de mentionner ou de prendre pour prémisses, afin d’expliquer un sujet facile à concevoir et qui dans l’enseignement devrait précéder ce premier sujet, parce qu’on commence toujours par le plus facile[53].


פילתגׄי אלמעלם אן יתסאמח פי תפהים דׄלך אלמעני אלאול עלי אי וגׄה אתפק ובגׄליל אלנטׄר ולא יאכׄדׄ פי תחריר חקיקתה בל יתרכה בחסב כׄיאל אלסאמע חתי יפהם מא יראד בה אלאן פהמה ובעד דׄלך יחרר דׄלך אלמעני אלגאמץׄ ותבין חקיקתה פי אלמוצׄע אללאיק בה.

§70

Trad. Munk — §70

Il faut alors que celui qui enseigne se mette à l’aise[54] pour faire comprendre ce premier sujet, de quelque manière que ce soit, en l’examinant en gros sans entreprendre d’en exposer exactement toute la réalité, et le laissant, au contraire, à la portée de l’imagination de l’auditeur, afin que celui-ci puisse comprendre ce qu’on veut qu’il comprenne en ce moment, sauf à exposer ensuite plus exactement ce sujet obscur qui se manifestera dans sa réalité à l’endroit convenable[55].


ואלסבב אלסאדס כׄפא אלתנאקץׄ וכונה לא יתבין אלא בעד מקדמאת כתׄירה̈ וכלמא אחתיגׄ אלי אטׄהארה אלי מקדמאת אכתׄר כאן אכׄפי פימר דׄלך עלי אלמולף ויטׄן אן אלקצׄיתין אלאוליין לא תנאקץׄ בינהמא פאדׄא אכׄדׄת כל קצׄיה̈ מנהמא ואצׄיף אליהא מקדמה̈ צאדקה̈ ונתגׄ מא ילזם וכדׄלך יפעל בכל נתיגׄה̈ יצׄאף אליהא מקדמה̈ צאדקה̈ וינתגׄ מא ילזם ינתהי אלאמר בעד עדה̈ מקאים אלי תנאקץׄ בין ﭏנתיגׄתין ﭏאכׄירתין או תצׄאד

§71

Trad. Munk — §71

Sixième cause : Lorsque la contradiction se dérobe et ne se manifeste qu’après plusieurs prémisses. Plus il faudra de prémisses pour la manifester et plus elle sera cachée, de manière à échapper à l’auteur, qui croira qu’il n’y a pas de contradictions entre les deux premières propositions. Cependant, en prenant chacune des deux propositions à part et en y joignant une prémisse vraie, de manière qu’il en sorte une conclusion nécessaire, et en faisant de même de chaque conclusion, (je veux dire) en y joignant une prémisse vraie de manière à en faire sortir une conclusion nécessaire, on arrivera après une série de syllogismes à trouver une contradiction ou une opposition entre les deux dernières conclusions.


ומתׄל הדׄא הו אלדׄי ימר עלי אלעלמא אלמולפין אמא אן תכון אלקצׄיתאן אלאוליאן טׄאהרתי אלתנאקץׄ גיר אנה נסי אלאולי ענד תדוינה אלאכׄרי פי מוצׄע אכׄר מן אלתאליף פאן הדׄא אנחטאט עטׄים גׄדא ולא יעדׄ הדׄא פי עדאד מן תעתבר אקאוילה.

§72

Trad. Munk — §72

C’est là ce qui arrive même à de savants auteurs ; mais si les deux premières propositions étaient manifestement contradictoires et que l’auteur eût seulement oublié la première en écrivant l’autre dans un autre endroit de son ouvrage, ce serait là (révéler) une infériorité très grande, et un tel homme ne saurait être compté au nombre de ceux dont les paroles méritent de l’attention.


ואלסבב אלסאבע צׄרורה̈ אלכלאם פי אמור גאמצׄה̈ גׄדא ינבגי אכׄפא בעץׄ מעאניהא ואטׄהאר בעץׄ פקד תדעו אלצׄרורה̈ בחסב קולה̈ מא ליגׄרי אלכלאם פיהא עלי תקריר מקדמה̈ מא ותדעו אלצׄרורה̈ פי מוצׄע אכׄר ליגׄרי אלכלאם פיהא עלי תקריר מקדמה̈ מנאקצׄה̈ לתלך וינבגי אן לא ישער אלגׄמהור בוגׄה במוצׄע אלתנאקץׄ בינהמא וקד יתחיל אלמולף פי אכׄפא דׄלך בכל וגׄה.

§73

Trad. Munk — §73

Septième cause : La nécessité du discours, quand il s’agit de choses très obscures dont les détails doivent être en partie dérobés et en partie révélés. Car quelquefois on se voit forcé, en émettant une opinion, de s’exprimer de manière à affirmer une certaine proposition, tandis que dans un autre endroit on se voit forcé de s’exprimer de manière à affirmer une proposition qui se trouve en contradiction avec la première. Le vulgaire ne doit d’aucune manière s’apercevoir de l’endroit où existe la contradiction, et l’auteur quelquefois cherche toute sorte d’expédients pour la dérober[56].


אמא אלתנאקץׄ אלמוגׄוד פי אלמשנה ואלבריתות פהו בחסב אלסבב אלאול כמא תגׄדהם דאימא יקולון קשיא רישא אסיפא פיכון אלגׄואב רישא ר׳ פלוני וסיפא ר׳ פלוני וכדׄלך תגׄדהם יקולון ראה רבי דבריו של ר׳ פלוני בכך וכך וסתם לן כותיה וראה דבריו של ר׳ פלוני בכך וכך וסתם לן כותיה וכתׄירא מא תגׄדהם יקולון סתמא מני ר׳ פלוני היא מתניתן מני ר׳ פלוני היא והדׄא אכתׄר מן אן יُחצَי.

§74

Trad. Munk — §74

Quant aux contradictions qu’on trouve dans la Mischnâ et dans les Baraïthôth, elles émanent de la première cause. Ainsi tu trouveras continuellement qu’on dit (dans le Talmud) : « Le commencement (du chapitre) est en contradiction avec la fin », et qu’on ajoute cette réponse : « Le commencement émane de tel docteur et la fin de tel autre docteur. » Tu y trouveras de même ces paroles : « Rabbi[57] a approuvé les paroles de tel docteur dans tel cas et en a simplement reproduit l’opinion (sans le nommer), et dans tel autre cas il a approuvé les paroles de tel autre docteur et en a simplement reproduit l’opinion. » Souvent aussi tu y trouveras cette formule : « À qui appartient cette assertion anonyme ? Elle appartient à tel docteur. — À qui appartient notre (paragraphe de la) Mischnâ ? Il appartient à tel docteur. » Ces exemples sont innombrables.


פאמא אלתנאקץׄ או אלאכׄתלאף אלמוגׄוד פי אלתלמוד פהו בחסב אלסבב אלאול ואלתׄאני כמא תגׄדהם דאימא יקולון בכך וכך סבר לה כר׳ פלוני ובכך וכך סבר לה כר׳ פלוני ויקולון איצׄא סבר לה כותיה בחדא ופליג עליה בחדא ויקולון תרי אמוראי אליבא דר׳ פלוני והדׄא אלנחו כלה הו ינחו נחו אלסבב אלאול

§75

Trad. Munk — §75

Quant aux contradictions et aux divergences qu’on trouve dans le Talmud (ou la Guemarâ), elles émanent de la première et de la deuxième cause. Ainsi tu y trouveras toujours ces paroles : « À tel sujet il a adopté l’opinion de tel docteur et à tel autre sujet l’opinion de tel autre docteur. » On dit encore : « Il a adopté l’opinion d’un tel dans un cas et il s’en est écarté dans un autre cas. » On dit enfin : « Ce sont deux Amoraïm[58] (qui diffèrent) sur l’opinion de tel docteur. » Tous les exemples de ce genre sont conformes à la première cause.


ואמא בחסב אלסבב אלתׄאני פהו קולהם בביאן הדר ביה רב מההיא הדר ביה רבא מההיא ויבחתׄ ען אי אלקולין הו אלמתאכׄר וכדׄלך קולהם מהדורא קמא דרב אשי אמר לן כך וכך ומהדורא בתרא אמר לן כך וכך.

§76

Trad. Munk — §76

Relativement à la deuxième cause, ils (les talmudistes) disent expressément : Râb est revenu de telle opinion, ou Rabâ est revenu de telle opinion[59], et (en pareil cas) on discute pour savoir laquelle des deux opinions est la dernière. On peut encore citer les paroles suivantes : « Selon la première rédaction de Rabbi Asché[60] il s’est prononcé dans tel sens, et selon la seconde rédaction il s’est prononcé dans tel autre sens. »


ואמא אלתנאקץׄ או אלתצׄאד אלדׄי יבדו פי טׄאהר אלאמר פי בעץׄ מואצׄע מן אלכתב אלנבויה̈ כלהא פהו בחסב אלסבב אלתׄאלתׄ ואלראבע ונחו הדׄא אלמעני כאן מסאק הדׄה אלמקדמה̈ כלהא

§77

Trad. Munk — §77

Pour ce qui concerne la contradiction ou l’opposition qui se montre dans le sens extérieur de certains passages de tous les livres prophétiques, elle émane de la troisième et de la quatrième cause, et c’est surtout ce sujet qui était le but de toute cette observation préliminaire.


וקד עלמת כתׄרה̈ קולהם ז״ל כתוב אחד אומר כך וכתוב אחד אומר כך ויתׄבתון טׄהור אלתנאקץׄ תׄם יבינון אן אלאמר נאקץ שריטה̈ או מכׄתלף אלמוצׄוע מתׄל קולהם שלמה לא דייך שדבריך סותרין דברי אביך אלא שהן סותרין זה את זה וכו׳ והדׄא כתׄיר פי כלאם אלחכמים ז״ל לכן אכתׄר מא יענון באקאויל נבויה̈ מתעלקה̈ באחכאם או באדאב

§78

Trad. Munk — §78

Tu sais que (les docteurs) répètent souvent ces paroles : « Un texte s’exprime de telle manière et un autre texte de telle autre manière. » Ils établissent d’abord la contradiction apparente, puis ils expliquent qu’il y a là une condition qui manque (dans le texte), ou qu’il est question de deux sujets différents. Ainsi, par exemple, ils disent : « Salomon, n’est-il pas assez que tes paroles contredisent celles de ton père ? faut-il encore qu’elles se contredisent entre elles-mêmes, etc. ?[61] » Les docteurs parlent souvent dans ce sens ; mais la plupart du temps ils s’occupent de discours prophétiques se rattachant à des préceptes (religieux) ou à la morale.


ונחן אנמא כאן גרצׄנא פי אלתנביה עלי פסוקים פיהא תנאקץׄ פי אלטׄאהר פי ארא ואעתקאדאת וסיבין מן דׄלך טרף פי בעץׄ פצול הדׄה אלמקאלה̈ לאן הדׄא אלמעני איצׄא מן סתרי תורה.

§79

Trad. Munk — §79

Quant à nous, nous n’avions pour but que d’appeler l’attention sur des versets qui, pris dans leur sens littéral, renferment des contradictions au sujet de certaines opinions et croyances ; il en sera expliqué une partie dans divers chapitres de ce traité ; car ce sujet fait partie aussi des Mystères de la Loi.


ואמא הל יוגׄד פי כתב אלאנביא תנאקץׄ בחסב אלסבב אלסאבע פפיה מוצׄע נטׄר ובחתׄ וינבגי אן לא יגׄזף פי דׄלך.

§80

Trad. Munk — §80

Quant à la question de savoir s’il existe dans les livres des prophètes des contradictions émanant de la septième cause, c’est là une chose qu’il y a lieu d’examiner et de discuter, et qu’il ne faut pas décider au hasard[62].


ואמא אלאכׄתלאף אלדׄי פי כתב אלפלאספה̈ אלמחקקין מנהם פהו בחסב אלסבב אלכׄאמס. ואמא אלתנאקץׄ אלדׄי יוגׄד פי אכתׄר כתב אלמולפין ואלשארחין גיר מן דׄכרנא פהו בחסב אלסבב אלסאדס וכדׄלך יוגׄד פי אלמדרשות ואלהגדות תנאקץׄ עטׄים בחסב הדׄא אלסבב ולדׄלך יקולון אין מקשין בהגדה ויוגׄד פיהא איצׄא תנאקץׄ בחסב אלסבב אלסאבע.

§81

Trad. Munk — §81

Quant à la divergence qu’on trouve dans les livres des philosophes véritables, elle émane de la cinquième cause. Pour ce qui est des contradictions qu’on trouve dans la plupart des ouvrages des auteurs et des commentateurs autres que ceux dont nous avons parlé, elles émanent de la sixième cause. De même, dans les Midraschôth et dans les Haggadôth il existe des contradictions graves émanant de cette même cause ; c’est pourquoi (les rabbins) disent : « On ne relève pas des contradictions dans les Haggadôth. » On y trouve aussi des contradictions émanant de la septième cause.


פאמא אלדׄי יוגׄד פי הדׄה אלמקאלה̈ מן אלאכׄתלאף פהו בחסב אלסבב אלכׄאמס ואלסאבע פאעלם דׄלך ותחקקה ותדׄכרה גׄדא כי לא תתחיّר פי בעץׄ פצולהא.

§82

Trad. Munk — §82

Enfin les divergences qui peuvent exister dans le présent traité émanent de la cinquième et de la septième cause[63]. Il faut que tu saches cela, que tu t’en pénètres et que tu te le rappelles bien, afin de ne pas être troublé au sujet de plusieurs de ces chapitres.


ובעד הדׄה אלמקדמאת אٓכׄדׄ פי דׄכר אלאסמא אלתי ינבגי אלתנביה עלי חקיקה̈ מענאהא אלמקצוד פי כל מוצׄע בחסבה פיכון דׄלך מפתאחא לדכול מואצׄע גלקת דונהא אלאבואב פאדׄא פתחת תלך אלאבואב ודכׄלת תלך אלמואצׄע סכנת פיהא אלאנפס ואסתלדׄת אלאעין ואסתראחת אלאגׄסאם מן תעבהא ונצבהא :

§83

Trad. Munk — §83

Après ces préliminaires je commence à parler des noms dont il faut faire ressortir le véritable sens qu’on a eu en vue dans chaque endroit selon le sujet (qui y est traité), et ce sera là une clef pour entrer dans des lieux dont les portes sont fermées. Et quand ces portes auront été ouvertes et qu’on sera entré dans ces lieux, les âmes y trouveront le repos, les yeux se délecteront et les corps se délasseront de leur peine et de leur fatigue.


Sources — Le Guide des égarés. Traité de théologie et de philosophie par Moïse ben Maïmoun dit Maïmonide. Publié pour la première fois dans l’original arabe et accompagné d’une traduction française et de notes critiques, littéraires et explicatives par S. Munk. Paris, Librairie A. Franck, tome premier, 1856. [Version numérisée de la traduction : Bayerische Staatsbibliothek]. Texte judéo-arabe : דלאלה̈ אלחאירין, Paris, 1856 [Google Books] ; réimpression photomécanique, Osnabrück, Otto Zeller, 1964 [Gallica]. Polices judéo-arabe créées pour cette édition : Munk Texte (SIL Open Font License 1.1) et Munk Manuscrit (SIL Open Font License 1.1).

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