תמאניה פצול לרמב״ם
Les Huit Chapitres de Maïmonide
Traduit du judéo-arabe par M. Wolff (1912)
Chapitre 2 : Des transgressions[1] que commettent certaines facultés de l’âme et de la connaissance de la partie qui renferme en premier lieu les vertus et les vices — אלפצל אלתאני : פי מעאצי קוי אלנפס ופי מערפה אלגז אלדי פיה אולא תוגד אלפצׄאיל ואלרדׄאיל.
Sache que transgresser ou accomplir la loi[2] (de Moïse) n’est possible que pour deux des différentes parties de l’âme, pour la partie sensitive et la partie attractive[3]. C’est par ces deux parties que se produisent toutes les transgressions et les actes de piété. Quant à la partie nutritive et à l’imaginative, elles ne sont susceptibles ni d’acte de piété, ni de péché, puisque ni la pensée, ni le libre arbitre n’ont d’action sur elles, et que l’homme, par l’effort de sa pensée, n’est capable ni de suspendre leur activité, ni de la restreindre en un point quelconque. La preuve, c’est que ces deux parties de l’âme, je veux dire la nutritive et l’imaginative, seules de toutes les facultés de l’âme, agissent même pendant le sommeil.
Quant à la partie intellectuelle, il y a doute à cet égard ; mais je prétends que pour cette faculté également l’acte de piété et le péché sont possibles, lorsqu’on admet une opinion fausse ou une opinion vraie. Cependant aucun acte (de cette faculté) ne peut être qualifié acte de piété ou de péché. C’est pour ce motif que j’ai dit au commencement que les transgressions et les accomplissements (de la loi mosaïque) relèvent des deux parties susmentionnées de l’âme. — En ce qui regarde les vertus, elles sont de deux sortes[4] : les vertus morales et les vertus rationnelles, auxquelles s’opposent aussi deux sortes de vices.
Les qualités rationnelles appartiennent à la partie intellectuelle (de l’âme) ; telles sont la sagesse, qui est la science des causes éloignées et prochaines d’un fait dont on connaît déjà l’existence et dont on cherche les causes ; ensuite la raison, qui comprend la raison spéculative, laquelle nous est innée, j’entends par là (toutes) les notions premières[5], et l’intellect acquis[6], dont ce n’est pas ici le lieu de parler ; puis la sagacité, la vivacité d’esprit qui consiste à saisir rapidement une chose[7] sans aucun délai ou dans un temps très rapproché. Les défauts de cette faculté sont l’inverse de ces qualités ou leurs contraires. — Les qualités morales (vertus) ne se rencontrent que dans la partie attractive (de l’âme) ; la partie sensitive (la sensibilité) n’étant à cet égard qu’au service de la partie attractive. Les qualités de cette partie sont très nombreuses, telles sont la continence[8], la générosité, l’honnêteté, la mansuétude, l’humilité (modestie), le contentement[9], le courage[10] et d’autres encore ; les vices de cette partie (de l’âme) consistent dans le défaut ou l’excès de ces qualités.
Quant aux parties nutritive et imaginative (de l’âme), on ne peut employer, à leur égard, ni le terme de vertu, ni celui de vice ; on dit seulement qu’elles se comportent[11] bien ou mal ; c’est ainsi qu’on dit : un tel digère bien ou mal ; son imagination est défectueuse ou s’exerce normalement ; mais dans tout cela, il n’y a ni vertu, ni vice.
Voilà ce que nous nous sommes proposé d’indiquer dans ce chapitre.
Sources — Les Huit Chapitres de Maïmonide ou Introduction à la Mishna d’Aboth. Maximes des Pères (de la Synagogue). Traduits de l’arabe par Jules Wolff. Rabbin de la Communauté israélite de Chaux-de-Fonds. Lausanne-Paris, 1912. [Version numérisée : Alliance israélite universelle].