פירוש ספר ישעיהו
Commentaire sur Isaïe
Isaac Abravanel (1437-1508)
Trad. Olry Terquem (1838)
Chapitre 34
קִרְב֤וּ גוֹיִם֙ לִשְׁמֹ֔עַ וּלְאֻמִּ֖ים הַקְשִׁ֑יבוּ תִּשְׁמַ֤ע הָאָ֙רֶץ֙ וּמְלֹאָ֔הּ תֵּבֵ֖ל וְכׇל־צֶאֱצָאֶֽיהָ׃
34:1Nations, approchez pour entendre ; peuples, soyez attentifs ; qu’elle écoute, la terre avec ce qui la remplit, l’univers et ses productions.
כִּ֣י קֶ֤צֶף לַֽיהֹוָה֙ עַל־כׇּל־הַגּוֹיִ֔ם וְחֵמָ֖ה עַל־כׇּל־צְבָאָ֑ם הֶחֱרִימָ֖ם נְתָנָ֥ם לַטָּֽבַח׃
34:2Car la colère de Iehovah est sur tous les peuples, sa fureur sur toutes leurs armées ; il les voue à la destruction, les livre au carnage.
כי קצף ה״ על כל הגוים Car la colère de Iehovah est sur tous les peuples : parce que ces peuples se sont perdus par leurs croyances, parce qu’ils ont ruiné Israël par l’excès du butin et des captifs qu’ils ont faits ; aussi dans son arrêt suprême : החרימם נתנם לטבח il les voue à la destruction, les livre au carnage ; la quantité des victimes sera si grande, au point que :
וְחַלְלֵיהֶ֣ם יֻשְׁלָ֔כוּ וּפִגְרֵיהֶ֖ם יַעֲלֶ֣ה בׇאְשָׁ֑ם וְנָמַ֥סּוּ הָרִ֖ים מִדָּמָֽם׃
34:3Leurs morts sont précipités, de leurs cadavres s’élève une odeur infecte ; les montagnes se fondent dans leur sang.
וחלליהם ישלכו Leurs morts seront précipités, c’est-à-dire, jetés sur la terre, sans sépulture, ופגריהם יעלה באשם de leurs cadavres s’élève une odeur infecte ; trop grande puanteur des cadavres, qui seront tellement entassés, que ונמסו הרים מדמם les montagnes se fondent dans leur sang, par hyperbole ; il sortira tant de sang], assez pour fondre les montagnes.
וְנָמַ֙קּוּ֙ כׇּל־צְבָ֣א הַשָּׁמַ֔יִם וְנָגֹ֥לּוּ כַסֵּ֖פֶר הַשָּׁמָ֑יִם וְכׇל־צְבָאָ֣ם יִבּ֔וֹל כִּנְבֹ֤ל עָלֶה֙ מִגֶּ֔פֶן וּכְנֹבֶ֖לֶת מִתְּאֵנָֽה׃
34:4Toute l’armée céleste se dissout, les cieux se roulent comme un livre, toute leur armée se flétrit comme se flétrissent les feuilles de la vigne et les feuilles desséchées du figuier.
ונמקו כל צבא השמים Toute l’armée céleste se dissout ; pour nous dire que, bien que les signes (astrologiques) supérieurs puissent annoncer du bien ou du succès à l’une de ces nations, Dieu détruira l’arrêt et la force de ces signes ; les génies (tutélaires) supérieurs ne seront d’aucun secours aux nations, n’auront sur elles aucune influence ; c’est dans ce sens qu’on lit aussi, Nomb. 33, 4 : ובאלהיהם עשה ה״ שפטים sur leurs dieux Iehovah exerça des châtiments. Nos maîtres, (que leur souvenir soit béni !) disent : Dieu ne punit une nation qu’après avoir puni ses dieux, non pas qu’il arrive à ces êtres supérieurs quelque mal, quelque dommage, mais seulement leur intention bienveillante, leur protection spéciale est anéantie. C’est pourquoi le prophète dit ici : ונגלו כספר השמים les cieux se roulent comme un livre ; cela veut dire : Que les influences bienfaisantes de ces êtres supérieurs sont détruites ou transportées à une autre nation que Dieu aime, ainsi que fait un homme en lisant un volume qu’il roule, d’un chapitre à un autre, à sa volonté. וכל צבאם יבול כנבל עלה מגפן Toute leur armée se flétrit, comme se flétrissent les feuilles de la vigne, peut-être que cela s’applique aux nations dont il a été question ci-dessus. וחמה על כל צבאם Sa fureur sur toutes leurs armées ; ces hordes de peuples tomberont d’elles-mêmes, quand viendra leur temps ; ou bien ceci peut s’entendre de צבא השמים l’armée céleste ; c’est-à-dire que les intentions sont détruites et non pas ceux qui les ont, comme je viens de dire. Mais quelle est donc cette ruine qui doit atteindre toutes les nations ? J’ai déjà fait connaître cette croyance : À la fin de l’exil, les enfants d’Édom s’élèveront pour aller conquérir Jérusalem, afin d’en faire la capitale de leur culte. Ils conquerront l’Égypte et les pays environnants. Alors viendront les enfants d’Aschour et toute la terre d’Orient pour la guerre ; soit pour venger ceux que les enfants d’Édom auront tués en Égypte et dans la Palestine, soit aussi pour secourir les Ismaélites, car pour ceux-ci Jérusalem et le temple sont aussi des lieux saints, les portes du ciel ; tous se réuniront pour les reprendre des mains des Nazaréens ; il y aura outre cela de grands désastres, et chez les enfants d’Édom et aussi chez leurs adversaires, car les Assyriens ont dévasté le pays d’Israël une première fois ; et les Romains (Édom) une seconde fois. C’est donc un décret de Dieu qu’ils viennent chacun une seconde fois, pour s’y livrer à de mauvais déportements, et recevoir leur punition ; la vengeance de Dieu sera sur eux, et la terre ne sera pardonnée du sang d’Israël qui y a été répandu, que par le sang des assassins ; le lieu du crime doit être le lieu de la justice. C’est pourquoi le prophète commence par mentionner la vengeance contre nos ennemis, d’abord en général, et ensuite il mentionne en particulier la ruine d’Édom, qui fera partie de cette vengeance. De même Ézéchiel (36, 5) mentionne cette guerre en général, et en particulier celle contre Édom. Chacun des prophètes a prévu la généralité de l’action, mais la chute d’Aschour a été plus particulièrement révélée à Ézéchiel, et celle d’Édom à Isaïe ; il dit :
כִּֽי־רִוְּתָ֥ה בַשָּׁמַ֖יִם חַרְבִּ֑י הִנֵּה֙ עַל־אֱד֣וֹם תֵּרֵ֔ד וְעַל־עַ֥ם חֶרְמִ֖י לְמִשְׁפָּֽט׃
34:5Car mon glaive dans le ciel est ivre ; voici qu’il descend sur Édome et sur le peuple voué à la destruction, pour le châtiment.
כי רותה בשמים חרבי הנה על אדום תרד Car mon glaive dans le ciel est ivre, voici qu’il descend sur Édom. Les commentateurs disent que c’est ici une allusion au décret, que ce glaive saturé tournera contre Édom ; cela s’applique beaucoup mieux à ce qui a été dit ci-dessus : ונמקו כל צבא השמים ainsi lorsque mon glaive se sera exercé et rassasié contre les génies tutélaires des nations, alors il tombera sur Édom. Il appelle Édom עם חרמי le peuple de mon piège, de mon lacet ; parce que Dieu a pris le peuple dans ses lacets pour en faire justice, et c’est de cette vengeance que le prophète dit, v. 6 : חרב לה״ מלאה דם הדשנה מחלב מדם כרים Le glaive de Iehovah est plein de sang, recouvert de graisse, du sang des agneaux ; son glaive est plein du sang des taureaux et des boucs, cela veut dire des chefs, des rois ; non seulement sur le champ de bataille, mais encore dans la cité forte, בבצרה dans Botsrah, dans la grande cité du pays romain. כי זבח לה״ בבצרה וטבח גדול בארץ אדום Car c’est une boucherie de Iehovah à Botsrah, une grande tuerie dans le pays d’Édom. Après la grande guerre près de Jérusalem et la grande vengeance exercée là sur les nations, les Ismaélites, les Turcs (תורגמים), établis dans la Grèce, et les Arabes au-delà de la mer en Afrique, feront une invasion, s’étendront sur Rome et la ruineront. Il compare les rois d’Édom aux béliers, parce qu’ils sont devenus gros et gras par la prospérité dont ils ont joui pendant tant d’années. שלא הורקו מכלי אל כלי וריחם לא נמר Ils n’ont pas été transvasés, et leur odeur ne s’est pas altérée, ensuite :
חֶ֣רֶב לַיהֹוָ֞ה מָלְאָ֥ה דָם֙ הֻדַּ֣שְׁנָה מֵחֵ֔לֶב מִדַּ֤ם כָּרִים֙ וְעַתּוּדִ֔ים מֵחֵ֖לֶב כִּלְי֣וֹת אֵילִ֑ים כִּ֣י זֶ֤בַח לַֽיהֹוָה֙ בְּבׇצְרָ֔ה וְטֶ֥בַח גָּד֖וֹל בְּאֶ֥רֶץ אֱדֽוֹם׃
34:6Le glaive de Iehovah est plein de sang, recouvert de graisse, du sang des agneaux et des boucs, de la graisse des reins des béliers, car c’est une boucherie de Iehovah à Botsra, une grande tuerie dans le pays d’Édome.
וְיָרְד֤וּ רְאֵמִים֙ עִמָּ֔ם וּפָרִ֖ים עִם־אַבִּירִ֑ים וְרִוְּתָ֤ה אַרְצָם֙ מִדָּ֔ם וַעֲפָרָ֖ם מֵחֵ֥לֶב יְדֻשָּֽׁן׃
34:7Les buffles tombent avec eux, les génisses avec les taureaux ; leur pays est imprégné de sang ; les champs sont fumés de graisse.
וירדו ראמים עמם ופרים עם אבירים Les buffles tombent avec eux, les génisses avec les taureaux ; beaucoup d’autres rois se sont joints à Édom pour le secourir ; aidés et aidants tomberont ensemble. ורותה ארצם מדם Leur pays est imprégné de sang, à cause de la grande quantité d’hommes tués ; ועפרם מחלב ידשן leurs champs sont fumés de graisse. La poussière du pays sera grasse de la graisse que la chaleur du soleil fera sortir des cadavres. Et pourquoi tout cela ?
כִּ֛י י֥וֹם נָקָ֖ם לַֽיהֹוָ֑ה שְׁנַ֥ת שִׁלּוּמִ֖ים לְרִ֥יב צִיּֽוֹן׃
34:8Car c’est un jour de vengeance pour Iehovah, l’année de rémunération pour le tort fait à Tsione.
כי יום נקם לה״ שנת שלומים לריב ציון Car c’est un jour de vengeance pour Iehovah, l’année de rémunération pour le tort fait à Tsione ; c’est une vengeance de Dieu, parce que son nom a été profané entre les nations ; c’est aussi une année de rémunération, parce qu’elles ont détruit Jérusalem et le sanctuaire de Dieu. C’est avec intention qu’il dit : jour de vengeance. יום נקם Car Moïse, notre maître (que la paix soit avec lui !) : a dit en mêmes termes : לי נקם ושלם לעת תמוט רגלם כי קרוב יום אידם À moi est la vengeance et la rémunération au temps où leur pied glissera, car il est prochain le jour de leur malheur (Deut. 32, 35). Outre le glaive de la guerre, Dieu combattra du ciel contre ces nations et contre cette cité ; la poix et le sel dévasteront toute cette terre, à l’instar de la dévastation de Sodome et d’Amoré ; c’est pourquoi il dit :
וְנֶהֶפְכ֤וּ נְחָלֶ֙יהָ֙ לְזֶ֔פֶת וַעֲפָרָ֖הּ לְגׇפְרִ֑ית וְהָיְתָ֣ה אַרְצָ֔הּ לְזֶ֖פֶת בֹּעֵרָֽה׃
34:9Les torrents se changent en poix, la poussière en soufre, et le pays deviendra de la poix en combustion.
ונהפכו נחליה לזפת Ses torrents se changent en poix. Ces rivières sont le Tibre et le Terracine[2] (טארסינים), qu’on trouve sur les côtes d’Italie (רומי). Le Targum Jonathan dit aussi que ces rivières sont celles de Rome, et que la ville forte (בצרה) Botsrah, c’est Rome, ainsi que je l’ai expliqué. Il est vrai que nous trouvons une autre בצרה Botsrah dans le royaume de Moab (מואב) ; elle est peut-être ainsi appelée, parce qu’elle était en effet une ville forte ; rien n’empêche que Rome ne porte la même dénomination. Qui sait ? les prophètes (sur eux la paix !) ont peut-être cette intention, en nommant Rome Botsrah בצרה ; numériquement évalué, ce mot représente 292 (le ר pour 200, le צ pour 90, et le ב pour 2), ensuite le ה peut représenter 500 ; de sorte que c’est une prédiction qu’en 5292 du monde[3], s’accomplira la ruine de Rome. J’ai déjà fait connaître dans mes ouvrages intitulés : מעיני ישועה les sources du salut, et ישועת משיחו le salut de son Messie[4], ce qu’ils (les Chrétiens) rapportent ; voici l’endroit : « Dans un manuscrit qui se trouve dans les dépôts de Rome, on lit que la ville sera détruite en 5291 de la création ; c’est une tradition chez eux ; par cette raison, Rome est nommée בצרה, mot qui donne ce nombre.
לַ֤יְלָה וְיוֹמָם֙ לֹ֣א תִכְבֶּ֔ה לְעוֹלָ֖ם יַעֲלֶ֣ה עֲשָׁנָ֑הּ מִדּ֤וֹר לָדוֹר֙ תֶּחֱרָ֔ב לְנֵ֣צַח נְצָחִ֔ים אֵ֥ין עֹבֵ֖ר בָּֽהּ׃
34:10Ni le jour ni la nuit il ne s’éteindra pas, éternellement la fumée s’en élèvera ; de génération en génération il restera détruit, à tout jamais nul n’y passera.
לילה ויומם לא תכבה לעולם יעלה עשנה Ni le jour, ni la nuit, il ne s’éteindra pas ; éternellement la fumée s’en élèvera. Sa subversion sera comme celle de Sodome et d’Amoré et aussi comme celle de Babylone, parce que cette grande et forte ville (Rome) a trompé le monde par ses croyances ; elle a été le siège des cardinaux, des évêques, chefs de leur croyance, il était donc de toute justice que cette ville fût détruite à tout jamais. תחרב לנצח נצחים אין עבר בה De génération en génération il restera détruit à tout jamais, nul n’y passera ; et au lieu de ses cardinaux et évêques,
וִירֵשׁ֙וּהָ֙ קָאַ֣ת וְקִפּ֔וֹד וְיַנְשׁ֥וֹף וְעֹרֵ֖ב יִשְׁכְּנוּ־בָ֑הּ וְנָטָ֥ה עָלֶ֛יהָ קַֽו־תֹֿ֖הוּ וְאַבְנֵי־בֹֽהוּ׃
34:11Le pélican et le hérisson l’habiteront, le héron et le corbeau y demeureront, on y placera le fil à plomb de Tohou et les pierres de Bohou.
וירשוה קאת וקפוד וינשוף וערב ישכנו בה le pélican et le hérisson l’habiteront, le héron et le corbeau y demeureront. Ce sont des animaux et des oiseaux malfaisants et maudits. ונטה עליה קו תהו ואבני בהו On y placera le fil à plomb de Tohou et les pierres de Bohou, pour ôter, détruire, démolir, et non pour construire.
חֹרֶ֥יהָ וְאֵֽין־שָׁ֖ם מְלוּכָ֣ה יִקְרָ֑אוּ וְכׇל־שָׂרֶ֖יהָ יִ֥הְיוּ אָֽפֶס׃
34:12Des affranchis sont convoqués, mais point de gouvernement ; tous ses princes seront anéantis.
חוריה ואין שם מלכה יקראו Des affranchis sont convoqués, mais point de gouvernement. Cela se rapporte aussi à la ville de Botsrah mentionnée, et on pense qu’il s’agit de Rome ; il y a là des nobles qui sont les chefs, ce sont les cardinaux, les évêques avec le pape[5], il n’y a là ni roi, ni royaume. וכל שריה יהיו אפס Tous les princes seront anéantis, et au lieu de ces palais habités par ses nobles et ses chefs,
וְעָלְתָ֤ה אַרְמְנֹתֶ֙יהָ֙ סִירִ֔ים קִמּ֥וֹשׂ וָח֖וֹחַ בְּמִבְצָרֶ֑יהָ וְהָֽיְתָה֙ נְוֵ֣ה תַנִּ֔ים חָצִ֖יר לִבְנ֥וֹת יַעֲנָֽה׃
34:13Les épines couvriront les palais, les ronces et les chardons seront dans ses forteresses ; ce sera la demeure des chacals, le pâturage des autruches.
ועלתה ארמנתיה סירים קמוש וחוח במבצריה והיתה נוה תנים חציר לבנות יענה Les épines couvriront ses palais, les ronces et les chardons seront dans ses forteresses ; ce sera la demeure des chacals, le pâturage des autruches ; tous ses palais seront déserts, sans habitants ; des ronces, des épines y pousseront, comme dans le désert ; les bestiaux n’y paîtront pas ; mais ce sera la demeure des scorpions et des autruches.
וּפָגְשׁ֤וּ צִיִּים֙ אֶת־אִיִּ֔ים וְשָׂעִ֖יר עַל־רֵעֵ֣הוּ יִקְרָ֑א אַךְ־שָׁם֙ הִרְגִּ֣יעָה לִּילִ֔ית וּמָצְאָ֥ה לָ֖הּ מָנֽוֹחַ׃
34:14Les tsiime (martres) y rencontreront les chats sauvages, les diables s’y appelleront les uns les autres ; là seulement Lilith trouvera du répit, là elle trouvera du repos.
ופגשו ציים את איים Les Tsiime (martres) y rencontreront les chats sauvages, espèce d’animaux malfaisants. ושעיר אל רעהו יקרא Les diables s’y appelleront les uns les autres ; le mot שעיר est une épithète pour les Sedime (mauvais génies, démons) ; c’est dans le même sens qu’on lit, Lév. 17, 7 : ולא יזבחו עוד את זבחיהם לשעירים qu’ils n’égorgent plus de victimes aux Seïrime. אך שם הרגיעה לילית ומצאה לה מנוח Là seulement Lilith trouvera du répit, là elle trouvera du repos. C’est là le démon femelle que nos maîtres appellent Lilith[6], et le Targum Jonathan traduit de même ; démon mâle et femelle. Il y a ici justice distributive ; Rome a été le sanctuaire des dieux d’Édom et de ses idoles, maintenant elle devient le séjour des démons et des mauvais esprits. Il y en a qui disent que שעירים sont des animaux qui naissent dans le désert, et Lilith est un oiseau qui crie la nuit.
שָׁ֣מָּה קִנְּנָ֤ה קִפּוֹז֙ וַתְּמַלֵּ֔ט וּבָקְעָ֖ה וְדָגְרָ֣ה בְצִלָּ֑הּ אַךְ־שָׁ֛ם נִקְבְּצ֥וּ דַיּ֖וֹת אִשָּׁ֥ה רְעוּתָֽהּ׃
34:15Là le serpent fera son nid et déposera ses œufs, les recueillera et les couvera à l’ombre ; là seulement les milans se trouveront ensemble.
שמה קננה קפוז ותמלט ובקעה ודגרה בצלה Là le serpent fera son nid et déposera ses œufs, les recueillera et les couvera à l’ombre. קפוז Est le même animal que le קפוד ci-dessus mentionné ; il fera sa demeure dans Botsrah, pour la détruire, le mot תמלט est dans le même sens que והמליטה זכר, מליטה c’est la ponte, ובקעה, ce sont les œufs d’où sortent les poussins, comme font les oiseaux ; דגרה est pris dans le sens de דגר ולא ילד ; là elle pondra les œufs, les couvera, les réunira, et les poussins sortiront sans qu’aucun passant l’en empêche, tant le lieu sera en ruines. שנם קבצו דיות Là les milans se trouveront ensemble. דיות Dans le sens de הדיה למינה (Deut. 14, 13). Comme cette prophétie ne doit s’accomplir qu’après un très long temps, c’est pourquoi le prophète dit : Ne désespérez pas, n’allez pas croire que c’est une chose impossible, en considérant la position des nations, leurs prospérités et la grandeur de Rome, mais
דִּרְשׁ֨וּ מֵעַל־סֵ֤פֶר יְהֹוָה֙ וּֽקְרָ֔אוּ אַחַ֤ת מֵהֵ֙נָּה֙ לֹ֣א נֶעְדָּ֔רָה אִשָּׁ֥ה רְעוּתָ֖הּ לֹ֣א פָקָ֑דוּ כִּי־פִי֙ ה֣וּא צִוָּ֔ה וְרוּח֖וֹ ה֥וּא קִבְּצָֽן׃
34:16Examinez dans le livre de Iehovah, et lisez-y ; rien de (tout) cela ne faillira ; aucun ne manquera l’autre, car ma bouche l’a commandé ; son souffle les rassemble.
דרשו מעל ספר ה״ Examinez dans le livre de Iehovah ; ce sont les livres des prophètes donnés par un seul pasteur ; c’est pourquoi on dit : ספר ה״ le livre de Dieu. Toutes les promesses, toutes les prophéties s’accompliront, pas une seule ne manquera d’arriver. אחת מהנה לא נעדרה אשה רעותה לא פקדו Rien de (tout) cela ne faillira, aucun ne manquera à l’autre. Aucune de ces prophéties, elles ne manqueront pas ; pourquoi ? כי פי הוא צוה ורוחו הוא קבצן, car ma bouche l’a commandé, son souffle les rassemble.
וְהֽוּא־הִפִּ֤יל לָהֶן֙ גּוֹרָ֔ל וְיָד֛וֹ חִלְּקַ֥תָּה לָהֶ֖ם בַּקָּ֑ו עַד־עוֹלָם֙ יִֽירָשׁ֔וּהָ לְד֥וֹר וָד֖וֹר יִשְׁכְּנוּ־בָֽהּ׃ {ס}
34:17Il leur jette le sort, sa main le leur partage au cordeau ; ils l’habiteront pour toujours ; de génération en génération ils y demeureront.
הפיל להן גורל C’est Dieu qui tire au sort les oiseaux, les animaux, pour qu’ils habitent Botsrah. וידו חלקתה להם בקו Sa main le leur partage au cordeau. Il leur a distribué Botsrah au cordeau ; manière allégorique de parler, comme un homme qui distribue des terres à des laboureurs ou des maisons à des particuliers pour y demeurer. עד עולם יירשוה לדור ודור ישכנו בה Ils l’habiteront pour toujours, de génération en génération ils y demeureront. Quand cette ruine, cette chute de Botsrah et de tout le pays d’Édom seront arrivées, alors
Chapitre 35
יְשֻׂשׂ֥וּם מִדְבָּ֖ר וְצִיָּ֑ה וְתָגֵ֧ל עֲרָבָ֛ה וְתִפְרַ֖ח כַּחֲבַצָּֽלֶת׃
35:1Le désert et le pays desséché s’en réjouiront ; la solitude triomphe et fleurit comme une narcisse.
ישושום מדבר וציה Le désert et le pays desséché s’en réjouiront. C’est-à-dire les cités du pays d’Israël se réjouiront ; car ישושום vient de ששון joie. ותגל ערבה ותפרח כחבצלת La solitude triomphe et fleurit comme une narcisse. Cette terre qui était une plage desséchée (ערבה), refleurira comme un lis ; puisqu’il a rappelé deux objets au sujet du pays d’Israël, savoir : la joie et la floraison, il les explique toutes deux.
פָּרֹ֨חַ תִּפְרַ֜ח וְתָגֵ֗ל אַ֚ף גִּילַ֣ת וְרַנֵּ֔ן כְּב֤וֹד הַלְּבָנוֹן֙ נִתַּן־לָ֔הּ הֲדַ֥ר הַכַּרְמֶ֖ל וְהַשָּׁר֑וֹן הֵ֛מָּה יִרְא֥וּ כְבוֹד־יְהֹוָ֖ה הֲדַ֥ר אֱלֹהֵֽינוּ׃ {פ}
Elle poussera des fleurs et triomphera avec joie et allégresse ; la gloire du Libanône (Liban) lui est donnée, la magnificence du Carmel et du Scharone (Saron) ; c’est eux qui verront la gloire de Iehovah, la majesté de notre Dieu.
פרח תפרח ותגל אף גילת ורנן Elle poussera des fleurs et triomphera avec joie et allégresse. Cela aura lieu à cause des perfections matérielles dont ils jouiront alors. כבוד הלבנון נתן לה הדר הכרמל והשרון La gloire du Liban lui est donnée, la magnificence du Carmel et du Saron. Le sol d’Israël aura honneur et gloire ; le sens est que les constructions dans la terre d’Israël seront faites avec splendeur, avec des bois tirés du Liban, comme c’était au temps de Salomon, et encore davantage. Il en sera de même pour les perfections de l’esprit, c’est pourquoi il dit : המה יראו כבוד ה״ הדר אלהינו C’est eux qui verront la gloire de Iehovah, notre Dieu, en esprit ; pour les biens matériels, il a dit : כבוד הלבנון ; et pour les biens spirituels, il dit יראו כבוד אלהים en esprit, pour dire qu’il y a que les biens du corps sont en regard des biens de l’esprit ; après que le prophète a annoncé cette importante prophétie, il dit :
חַזְּק֖וּ יָדַ֣יִם רָפ֑וֹת וּבִרְכַּ֥יִם כֹּשְׁל֖וֹת אַמֵּֽצוּ׃
35:3Fortifiez les mains faibles et affermissez les genoux tremblants.
חזקו ידים רפות וברכים כשלות אמצו Fortifiez les mains faibles et fortifiez les genoux tremblants. C’est un ordre donné aux sages et aux grands d’Israël, dans toute génération. Si par la longue durée de l’exil il survient des peines, des angoisses, c’est à eux à renforcer les bras de ceux qui sont affaiblis dans la croyance, et à soutenir les genoux de ceux qui chancellent par excès de tribulations, de ceux qui forment le vulgaire des enfants de l’exil, hommes manquant d’intelligence, afin qu’ils ne désespèrent pas.
אִמְרוּ֙ לְנִמְהֲרֵי־לֵ֔ב חִזְק֖וּ אַל־תִּירָ֑אוּ הִנֵּ֤ה אֱלֹֽהֵיכֶם֙ נָקָ֣ם יָב֔וֹא גְּמ֣וּל אֱלֹהִ֔ים ה֥וּא יָב֖וֹא וְיֹשַׁעֲכֶֽם׃
35:4Dites aux cœurs chancelants : « Soyez forts, ne craignez point ; voici, votre Dieu vient en vengeur, le Dieu de la rémunération, il vient et vous sauvera. »
אמרו לנמהרי לב חזקו אל תיראו הנה אלהיכם נקם יבא Dites aux cœurs chancelants : Soyez forts, ne craignez point, voici, votre Dieu vient en vengeur. Dans l’avenir, votre Dieu viendra avec une grande vengeance, et parce que vous avez supporté le joug de l’exil, גמול אלהים הוא יבוא וישמיעכם le Dieu de la rémunération, vient et vous sauvera. Et alors par son secours :
אָ֥ז תִּפָּקַ֖חְנָה עֵינֵ֣י עִוְרִ֑ים וְאׇזְנֵ֥י חֵרְשִׁ֖ים תִּפָּתַֽחְנָה׃
35:5Alors s’ouvriront les yeux des aveugles, et les oreilles des sourds auront l’ouïe.
אז תפקחנה עיני עורים Alors s’ouvriront les yeux des aveugles. Les yeux des Israélites aveuglés par l’excès de leurs peines. ואזני חרשים תפקחנה Et les oreilles des sourds auront l’ouïe ; et les pieds qui chancelaient dans l’exil, sauteront.
אָ֣ז יְדַלֵּ֤ג כָּֽאַיָּל֙ פִּסֵּ֔חַ וְתָרֹ֖ן לְשׁ֣וֹן אִלֵּ֑ם כִּֽי־נִבְקְע֤וּ בַמִּדְבָּר֙ מַ֔יִם וּנְחָלִ֖ים בָּעֲרָבָֽה׃
35:6Alors le boiteux sera agile comme le cerf, et la langue du muet sera déliée, car dans le désert jailliront des eaux et dans la solitude couleront des ruisseaux.
אז ידלג כאיל פסח Alors le boiteux sera agile comme le cerf. Par le travail, ils ont été réduits au mutisme ; ils n’avaient point de bien à dire, mais maintenant : ותרן לשון אלם la langue du muet sera déliée ; נבקעו במדבר מים ונחלים בערבה dans le désert jailliront des eaux et dans la solitude couleront des ruisseaux.
וְהָיָ֤ה הַשָּׁרָב֙ לַאֲגַ֔ם וְצִמָּא֖וֹן לְמַבּ֣וּעֵי מָ֑יִם בִּנְוֵ֤ה תַנִּים֙ רִבְצָ֔הּ חָצִ֖יר לְקָנֶ֥ה וָגֹֽמֶא׃
35:7Le mirage deviendra un (vrai) étang, l’aridité, des sources d’eau ; dans la tanière des chacals s’élèvera l’herbe, roseau et jonc.
והיה השרב לאגם Le mirage deviendra un vrai étang. C’est-à-dire, la faim et la soif qu’ils ont supportées dans l’exil seront changées en satiété. Il compare le bien à une abondance d’eau qui survient à un homme altéré, dans le désert ou dans une plaine aride. Par suite de cette abondance d’eau, בנוה תנים רבצה חציר dans la tanière des chacals s’élèvera l’herbe. Les serpents habitent des endroits secs et arides ; eh bien ! là il y aura de l’herbage, il y aura une végétation dans ces endroits déserts où il n’y a point de voyageurs ; là
וְהָיָה־שָׁ֞ם מַסְל֣וּל וָדֶ֗רֶךְ וְדֶ֤רֶךְ הַקֹּ֙דֶשׁ֙ יִקָּ֣רֵא לָ֔הּ לֹא־יַעַבְרֶ֥נּוּ טָמֵ֖א וְהוּא־לָ֑מוֹ הֹלֵ֥ךְ דֶּ֛רֶךְ וֶאֱוִילִ֖ים לֹ֥א יִתְעֽוּ׃
35:8Il y aura là un chemin et une voie qu’on appellera la voie Sainte ; aucun impur n’y passera ; elle sera pour eux seuls ; ni le voyageur accoutumé ni les inexpérimentés ne s’y égareront.
והיה שם מסלול ודרך Il y aura là un chemin et une voie. Ce chemin sera si bon que דרך הקדש יקרא לה on l’appellera la voie sainte. Chemin saint, parce qu’Israël, et Dieu en avant, y passe. ולא יעברנו טמא Un impur n’y passera pas, c’est-à-dire, aucune des nations n’y passera, impures qu’elles sont ; et comment passeront-elles sur un chemin sacré ? Ce qu’il y a de plus sûr est qu’il s’agit ici des impies Israélites qui périront dans les tribulations aux temps du Messie, et n’auront pas la grâce de monter en terre sainte, qui est réservée seulement aux justes, comme il est dit ci-dessus, 26, 2, ויבא גוי צדיק שומר אמונים qu’un peuple juste y entre, celui qui garde la foi. Et des impies, il est dit : ולא יעברנו טמא aucun impur n’y passera. Tout ce passage a trait à la sortie des Israélites de l’exil, lorsqu’ils écouteront la voix de Dieu, et s’attacheront à sa loi. והוא למו Elle sera pour eux seuls. Les interprètes appliquent ceci à Israël ; ce chemin sacré sera pour lui seul ; il sera tellement frayé que הלך דרך ואוילים לא יתעו ni le voyageur accoutumé, ni les inexpérimentés ne s’y égareront, les fous et les simples ne s’y égareront pas ; le mot אויל est pris ici pour פתי simple ; comme dans ce verset : גם אויל מחריש חכם יחשב un insensé qui se tait est regardé comme un sage (Prov. 17, 28). Mais on peut aussi appliquer ce verset à Dieu, c’est lui qui conduira les Israélites et ira devant eux le jour pour les diriger, pour que les Israélites, qui sont des hommes simples, ne s’égarent pas ; c’est lui qui rectifiera leur marche, mettra devant eux leur roi et Dieu à la tête.
לֹא־יִהְיֶ֨ה שָׁ֜ם אַרְיֵ֗ה וּפְרִ֤יץ חַיּוֹת֙ בַּֽל־יַעֲלֶ֔נָּה לֹ֥א תִמָּצֵ֖א שָׁ֑ם וְהָלְכ֖וּ גְּאוּלִֽים׃
35:9Il n’y aura point de lion, aucun animal féroce n’y entrera ni ne s’y trouvera ; des (hommes) délivrés y marcheront.
לא יהיה שם אריה ופריץ חיות בל יעלנה Il n’y aura point de lion, aucun animal féroce n’y entrera. C’est une allusion aux rois des nations, ennemis des Israélites, ils n’arrêteront point leur marche au sortir de l’exil ; et dans ce chemin iront les délivrés.
וּפְדוּיֵ֨י יְהֹוָ֜ה יְשֻׁב֗וּן וּבָ֤אוּ צִיּוֹן֙ בְּרִנָּ֔ה וְשִׂמְחַ֥ת עוֹלָ֖ם עַל־רֹאשָׁ֑ם שָׂשׂ֤וֹן וְשִׂמְחָה֙ יַשִּׂ֔יגוּ וְנָ֖סוּ יָג֥וֹן וַאֲנָחָֽה׃ {ס}
35:10Rachetés de Iehovah, ils retourneront et viendront à Tsione (Sion) avec allégresse ; une joie éternelle (couronnera) leur tête ; ils atteindront la joie et le plaisir ; la douleur et le gémissement auront fui.
והלכו גאולים ופדויי ה׳ ישובון Des (hommes) délivrés y marcheront, rachetés de Iehovah, ils retourneront. Ceux qui seront revenus de l’exil seront de nouveau les affranchis de Dieu, comme anciennement lorsqu’il les a délivrés des Égyptiens ; par là il veut dire aussi que ce retour à Jérusalem ne sera pas comme le retour de Babylone, qui a eu lieu par la permission de Cyrus, roi de Perse ; ce seront des affranchis de Dieu et non des affranchis d’un mortel. ובאו ציון ברנה ושמחת עולם על ראשם ששון ושמחה ישיגו Et ils viendront à Sion avec allégresse, une joie éternelle (couronnera) leur tête ; ils atteindront la joie et le plaisir. Il y a là trois expressions relatives à la joie ; c’est pour nous apprendre qu’à l’arrivée du Rédempteur, ces trois espèces de joie seront réunies ; la joie רנה qui avait lieu au temple de Salomon, ainsi qu’il est dit : לשמוע אל הרנה ואל התפלה pour écouter la louange et la prière (I Rois, 8, 28) ; il y aura la joie qui avait lieu au second temple, qui était une joie mondaine, c’est-à-dire, matérielle, en honneur et supériorité ; c’est cette joie qu’il désigne par שמחת עולם ; mais il y aura une troisième joie qui n’existait pas au temps des deux temples, car alors elles étaient mélangées d’inquiétudes, de peines, de guerres ; il n’en sera pas ainsi dans la rédemption à venir, alors il n’y aura que joie et transport, ונסו יגון ואנחה la douleur et le gémissement auront fui. Ainsi tout ce chapitre se trouve expliqué ; son contenu est la ruine des nations, la chute d’Édom et la dévastation de Botsrah, qui est Rome ; ce qui n’a été accompli ni au premier, ni au second temple, et s’accomplira dans l’avenir, au temps du Messie.
Certes, la base de tout ce raisonnement et le fondement de cette prophétie, ainsi que des prophéties qu’on rencontre chez d’autres prophètes, est ceci : Rome, les Italiens, et en général tous les Nazaréens, sont des enfants d’Édom[7]. Cette proposition est familière chez nos maîtres, et le Thalmud et tous nos Midraschim y sont conformes, sans aucune discussion, sans aucune divergence d’opinion. Les maîtres ont même été jusqu’à dire que les Romains descendent de l’Alouf Magdiel (מגדיאל), un des Aloufs descendants d’Ésaü, qui est Édom (Gén. 36, 43) ; ils ont ainsi interprété la bénédiction qu’Isaac donne à son fils : הנה משמני הארץ יהיה מושבך ta demeure sera dans un pays gras (Gén. 27, 39). Le mot מושב ou séjour désigne l’Italie de Javan (Ionie), et dans le traité de Meguilah (מגילה), on lit : Le Rabbi Abba dit que l’Italie de Javan c’est Rome ; et dans le chapitre du Thalmud (פרק אלו הן הגולין … מכות) ils disent que זבח לה״ בבצרה boucherie de Iehovah à Botsrah, désigne Rome. Resch Lakisch dit : Le chef de Rome commettra par la suite trois erreurs, etc.[8].
Dans l’ouvrage intitulé Ielamdenou[9] ילמדנו, tout le chapitre d’Isaïe est appliqué à Rome, et le נחליה לזפת au Tibre et au Tarsinès, comme j’ai rapporté ci-dessus dans l’ouvrage ויקרא רבא. Ils appliquent le verset ונטה עליה קו תהו ואבני בהו à la grande ville de l’empire romain. Dans les פרקי ר״אליעזר tout ce chapitre est expliqué dans le même sens ; on trouve dans leurs écrits une quantité innombrable de passages semblables. Parce qu’il était reçu et évident chez eux que Rome et toute l’Italie a été peuplée par les enfants d’Édom ; cela même a été admis par des interprètes chrétiens de l’Écriture sainte. Nicolas[10], célèbre interprète chrétien, dit à l’endroit de Magdiel, que les Romains en descendent ; et sur la prophétie d’Obadiah (ch. 1, 21) : ועלו מושיעים בהר ציון לשפט את הר עשו les libérateurs monteront sur la montagne de Sion pour juger la montagne d’Ésaü, il dit que הר עשו c’est là Rome et les envoyés qui y viendront de Sion, pour enseigner la croyance aux Romains. Mais il n’y a pas longtemps, un savant espagnol, nommé Salomon Halevi, a renoncé à notre croyance et est devenu grand et puissant chez les Chrétiens, sous le nom du seigneur Borjiness (בורגינשש)[11] ; afin de se confirmer dans sa nouvelle croyance, il a entrepris de combattre tout ce qui précède, et s’est efforcé de le nier, pour échapper aux prophéties d’Isaïe, de Jérémie et d’Obadiah, dirigées contre Édom, et il s’est arrangé pour prouver que Rome n’était pas peuplée d’Édomites, que les Juifs ont inventé cela par haine contre les Chrétiens. Voici ses arguments, que j’ai plutôt renforcés qu’affaiblis, et auxquels j’ai donné un ordre méthodique : Rome ne pourrait être Édom à cause : 1° du sol, 2° des habitants, 3° de la croyance, or il est impossible que ce soit le sol ; car on sait qu’Édom est le même que le pays de Séir habité par les descendants d’Ésaü, pays qui est tout près de la Palestine. Ainsi Édom est en Asie, et Rome est en Europe. Quant aux habitants, il est reconnu qu’Ésaü est un descendant de Sem, fils de Noé ; or les Romains et tous les Italiens descendent de Japhet. Car les כיתים Chithim sont fils de Javan, fils de Japhet ; or les כיתים sont les Romains et les Italiens, comme le dit l’interprète Jonathan ; donc Édom et Rome ne sont pas de même extraction. Pour la croyance, les Édomites participent aux abominations des Chananéens, et les Chrétiens n’ont rien de commun avec les Chananéens, ni par la croyance, ni par les actions. Mais l’apostat ne s’arrête pas là, il blasphème et a l’effronterie de dire que l’Édom des prophètes n’est autre qu’Israël même ; par nos péchés et nos crimes, nous sommes devenus des Édomites ; il dit même qu’un de nos maîtres, le rabbi Maïer, était un prosélyte des Édomites, et comme nous adoptons ses principes, les prophètes nous ont donné l’épithète d’Édomites ; de même le Botsrah du prophète désigne la communion israélite ; florissant, le prophète le compare à une vigne, mais quand elle aura été vendangée, elle sera nommée Botsrah.
[Abrabanel après avoir donné à cet apostat les épithètes les plus injurieuses, se met à réfuter ses arguments, à sa manière, avec une grande prolixité. Nous abrégeons considérablement.]
Il est reconnu et admis par tous nos maîtres anciens et modernes que l’Édom des prophètes n’est pas celui qui est près de la Terre sainte. Quel est donc cet Édom ? C’est Rome et tous ceux qui adhèrent à sa croyance ; ainsi l’ont entendu le Ramban (Mosé fils de Nachman), le Ran (rabenou Nissim) et le Rdak (D. Kimchi) ; ils disent que les Romains ont reçu le christianisme d’un prêtre édomite, mais ils l’avancent sans preuve ; c’est pourquoi j’ai cherché à y suppléer, parce que, à la longue, l’origine des Romains ayant été oubliée et n’ayant pas été mentionnée par leurs historiens, il ne faut pas pour cela accuser nos maîtres d’avoir inventé des mensonges. Car même un ancien écrivain du nom d’Isidore Suidas (אישידור), dans un ouvrage intitulé Étymologicon (טימולוגיאס), dit : « Il ne faut pas trop en vouloir aux historiens quand ils tergiversent en parlant de l’origine des nations, car la longueur des temps fait naître beaucoup d’erreurs, et donne cours à beaucoup de mensonges ; ainsi Salluste fait venir les Romains des Troyens ; Virgile, des compagnons d’Évandre ; d’autres, des compagnons de Romulus ; cela vient aussi de ce que les nations sont toujours dans un mouvement continuel ; ainsi l’Italie était au temps du déluge habitée par des Kithim, fils de Javan ; cela n’empêche pas qu’ensuite des Édomites ne soient venus s’y établir… Voici, à l’appui, ce qu’écrit Joseph, fils de Gorion :
Lorsque Joseph et ses frères se rendirent d’Égypte en Palestine pour enterrer Jacob leur père, ils furent attaqués par des Édomites ; Joseph remporta une victoire sur eux, et fit prisonnier Tspoh, petit-fils d’Ésaü, et le mena avec toute sa suite en Égypte ; mais celui-ci parvint à se sauver, et se retira chez Énée (אגניאס), roi de Carthage et d’Afrique, qui le reçut très bien, et le mit à la tête de son armée. Énée était alors en guerre contre les Kithim, habitants de l’Italie. Tspoh déserta Énée et alla rejoindre les Kithim, qui l’accueillirent avec joie. Il les aida à repousser les Africains, et par reconnaissance, les Kithim le choisirent pour roi et changèrent son nom en celui de Javan, ce qui est synonyme à Saturne ; car les Kithim étaient alors adorateurs de ce dieu. Il a régné cinquante ans dans la Campanie, et a fondé les villes de Gênes et de Palerme, en Sicile. Son fils lui a succédé, et ensuite d’autres rois, tous de la même famille. L’un d’entre eux était Magdiel, selon la tradition de nos maîtres ; il s’est établi dans le territoire de Rome, longtemps avant Romulus, qui a bâti la ville. Il n’y a pas de doute que beaucoup d’Édomites ne se soient transportés en Italie et ne s’y soient considérablement multipliés ; ce sont eux qui ont bâti Rome. Les historiens parlent aussi de l’arrivée de Saturne, qui n’est autre que Javan, en Italie ; il vint, disent-ils, de l’Orient, mais sans rien nous apprendre ni de son pays, ni de sa nation, ce qui prouve bien la véracité du Gorionide. Voici encore une autre preuve ; c’est que Saturne arriva en Italie quinze cents ans avant la naissance du Nazaréen, ce qui répond à six années après la mort de Jacob, et à la guerre de Joseph contre les descendants d’Ésaü. Je crois même que Latinus était un Édomite, car nous trouvons parmi les chefs Édomites un Alouf Lautan (לוטן).
[Abrabanel se met ensuite à prouver par des citations talmudiques, que sous le rapport du sol, Rome doit aussi être assimilée à Édome, comme lui étant donnée en propriété ; il vient après à la croyance, et s’efforce de montrer que sous ce rapport, les Romains et les Israélites sont entre eux comme Ésaü et Jacob.] En effet : 1° de même que Jacob et Ésaü avaient même père, de même les uns et les autres adorent un seul Dieu, cause première, et repoussent l’adoration des étoiles, des idoles, etc., et tous les deux admettent la vérité de la loi de Moïse. 2° Ésaü servait son père avec astuce, car il est dit : כי ציד בפיו — ויעקב איש תם dont le gibier le nourrissait ; Jacob fut un homme simple (Gén. 25, 27, 28). Il en est de même des peuples chrétiens ; ils servent Dieu avec astuce, non selon le culte véritable auquel les Israélites sont restés attachés. 3° Ésaü a pris des femmes étrangères, sujet de chagrin pour ses parents, de même les Romains ont attiré des populations étrangères, etc. ; 4° dans la bénédiction paternelle, Ésaü a eu les biens temporels, matériels, et Jacob les biens spirituels, éternels ; de même les Romains et les Israélites. 5° Ésaü a été l’ennemi de Jacob, de même les Romains ont toujours persécuté les Israélites, et les ont tourmentés de toute manière. Enfin est-il nécessaire d’en dire davantage ? Nos maîtres nous ont appris que l’âme d’Ésaü a transmigré dans celle de Jésus[12], qui était un homme violent, aimant les disputes, vivant dans les champs, les déserts ; c’est peut-être pourquoi il est appelé Jésus (ישוע) ; ce sont les mêmes lettres que celles du mot Ésaü (עשיו) ; aussi tous ceux qui ont adopté sa loi méritent d’être appelés enfants d’Édom, car Jésus est Ésaü, et Ésaü c’est Édom. On lit dans le Midrasch de Bereschit Rabah (בראשית רבה), il est écrit : ויצא הראשון אדמוני Le premier sortit rouge, (Gén. 25, 25) ; pourquoi rouge ? Parce que 1° dans Édom, le vêtement est rouge, car on lit : אנשי חיל מתולעים ; 2° sa nourriture est rouge, on lit : הלעיטני נא מן האדם fais-moi goûter de ce rouge (Gén. 25, 30) ; 3° ses héros sont rouges, on lit מגן גבורהו מאדם les boucliers de ses héros sont rouges (Nah. 2, 4) ; 4° sa chevelure est rouge, on lit דודי צח ואדם, mon bien-aimé est reluisant de rouge (Cant. des cant. 5, 10) ; 5° son pays est rouge, on lit : ארצה שעיר שדה אדום au pays de Séir, au champ d’Édom (Gén. 32, 4). Ils ont encore émis l’opinion qu’Ésaü est appelé Édom, parce qu’il est gouverné par la planète de Mars (מאדים) qui est rouge ; cette couleur était celle des empereurs romains et des rois d’Italie, et c’est encore celle qui est en usage à Rome. Jésus même est né sous l’influence de cet astre ; c’est pourquoi lui, ses apôtres et une foule de ses adhérents, ont subi la peine capitale. Le Nachmanide prouve de cette manière que la croyance de Rome est celle des Édomites ; car, voisins de la Terre sainte, les Édomites ont adopté les premiers la loi de Jésus ; ils étaient circoncis depuis le temps de Hyrcan. C’est chez eux que les apôtres et les disciples de Jésus se sont sauvés et y ont introduit leur doctrine, qui de là a été transmise aux Romains. Ceci n’est pas une invention de Nachmanide ; mais depuis plus de quinze siècles c’est admis chez nous tous que Rome, l’Italie et tous les pays habités par des Nazaréens sont compris dans la dénomination d’Édom.
Conclusion de Terquem
Nous finissons ici cette dégoûtante diatribe contre les peuples civilisés, contre la partie la plus intéressante du genre humain. Nous l’avons traduite, parce qu’elle renferme une excellente leçon de morale. Nous voyons à quels honteux égarements peuvent être conduits les esprits les plus élevés, des Abrabanel, lorsqu’ils jugent les peuples et les événements avec des passions nationales, avec des haines héréditaires, et lorsqu’ils puisent leurs arguments dans un cœur ulcéré par l’injustice et la persécution. Plaignons Abrabanel d’avoir cherché dans l’exégèse biblique un instrument de vengeance, mais ayons de l’indulgence ; faisons la part des circonstances. Abrabanel après avoir rendu de grands services au Portugal, sa patrie, en est chassé, au nom de la religion catholique romaine ; après avoir rendu de grands services à la Castille, sa patrie de refuge, il en est chassé, lui, sa famille et sa nation, au nom de la religion catholique romaine ; il se sauve en Italie, et y rencontre un Alexandre VI pour chef de la religion catholique romaine ; un César Borgia, évêque et cardinal dans la religion catholique romaine. En conscience, Abrabanel, le diplomate Abrabanel, pouvait-il aimer la religion catholique romaine ?
Sources —Commentaire d’Abrabanel sur les chapitres 34 et 35 d’Isaïe, traduction d’Olry Terquem. Dans : La Bible : traduction nouvelle avec l’hébreu en regard, par S. Cahen, tome IX, Ieschaïahou (Isaïe). Paris, chez l’auteur, 1838. [Version numérisée : Gallica].
קרבו גוים לשמוע וכו״ Nations, approchez pour entendre[1], etc. Le commencement de cette prophétie nous montre son élévation et l’importance des événements qu’elle prédit ; car ces dernières paroles : Approchez, peuples, pour entendre, sont pour nous apprendre que cette prophétie ne concerne ni Israël, ni Juda, ni Jérusalem, ainsi qu’il en est dans les prophéties précédentes ; mais qu’elle s’applique seulement aux nations qui tourmentent Israël dans son exil ; c’est pourquoi on les appelle toutes pour entendre le décret suprême que Dieu (béni soit-il !) a rendu contre eux ; et parce que cet arrêt n’est pas approprié à un seul royaume, mais à tous les royaumes de la terre, c’est pourquoi il est dit : תשמע הארץ ומלאה תבל וכל צאצאיה Qu’elle écoute, la terre avec ce qui la remplit ; pour qu’ils sachent et reconnaissent qu’il s’agit de l’arrêt des cités, et il dit :