הקדמה לפירוש תרי עשר
Préface au commentaire sur les Douze petits prophètes
Isaac Abravanel (1437-1508)
Trad. Olry Terquem (1843)
Avertissement du traducteur
Nous avons successivement donné la traduction des préfaces d’Abarbanel[1] sur Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, et nous donnons ici sa préface du livre des Douze Prophètes. Nous avons cru qu’il ne serait pas hors de propos de dire ici quelques mots sur ce commentateur, qui est évidemment l’un des docteurs les plus remarquables dans la théologie israélite, science à créer ou plutôt à restaurer parmi nous, car les études rabbiniques, telles que les derniers siècles les ont faites, constituent plutôt une casuistique qu’une théologie ; elle a plutôt pour objet les cas de conscience quant à la pratique ou à l’abstinence, que le haut enseignement du dogme, dont Bechaï, le livre Ikarim, et surtout le grand Maïmonide, nous offrent tant et de si beaux exemples ; Abarbanel appartient à cette école. Si nous ne l’avons pas plus souvent cité dans les notes qui accompagnent notre traduction de la Bible, c’est qu’avec tout le charme de sa diction et la magie de son style, dont on ne regrette même pas la fréquente prolixité, nous avons dû nous rappeler que nous n’avions pas pris l’engagement de publier un commentaire théologique. Qui n’admire la justesse de ses questions, surtout sur le Pentateuque ? Si l’on ne peut pas toujours en dire autant de ses réponses, si quelques explications offrent des passages qui manquent de clarté, s’il y a chez lui un merveilleux qui ne le cède pas aux miracles racontés dans les textes de la Bible, on se rappellera que sa manière est celle du Moyen Âge. Mais c’est cette manière même qui donne, nous le pensons du moins, de l’intérêt à ses travaux. Et sur ce point même, à quelle distance ne se place-t-il pas de la scolastique de son temps et des travaux rabbiniques qui ont succédé à l’école de Saadia et de Maïmonide !
Abarbanel aime à se répéter, c’est un chanteur qui s’écoute. Il se répète non seulement dans ses attaques contre les chrétiens (le motif de cette haine est indiqué, t. 9, Commentaire d’Abarbanel, p. 58), mais dans certaines explications. En voici un exemple : Dans un endroit de son commentaire que nous avons rapporté, il dit que Jérusalem n’est plus aujourd’hui à l’endroit même où cette ville se trouvait à l’époque de Jésus-Christ, et la preuve, dit-il, c’est que le Christ ayant dû être enterré hors de la ville, son tombeau se trouve néanmoins maintenant dans l’intérieur de la ville[2]. Il répète cela dans son commentaire sur Zacharie, ch. 12, p. 293 b. (éd. d’Amsterdam), et il le répète ch. 14, p. 296 a, presque dans les mêmes termes.
L’on ne peut disconvenir que la division qu’il adopte pour les prophéties, quoique un peu trop fractionnée, ne soit bien plus rationnelle que la division par chapitres.
On sait qu’une de ses idées favorites est sa descendance de la famille de David. Voici ce qu’il dit à ce sujet, Zacharie, chap. 12, verset 5 : Après avoir rapporté les paroles d’Aben Esra au sujet des descendants de David à Bagdad, il cite un R. Iits’hak Ben Guiath, d’après lequel deux familles de la maison de David sont venues en Espagne, après la destruction du premier temple ; l’une, celle des Beni Daoud (בני דאוד) qui s’est établie à Alsouna (באלסונה)[3], et la famille des fils d’Abarbanel qui s’est établie à Séville, dont ma pauvre tribu. ומשפחת בני אבירבנאל שנתישבה בשביליא וממני אלפי הדל.
On a déjà remarqué qu’il affecte certains nombres comme points de division de son travail ; c’est généralement le nombre sept, comme dans la préface qu’on va lire. Cela tient aux idées qui avaient alors cours, et dont il ne put ou ne voulut pas s’affranchir. Au résumé, c’est un commentateur qu’on aime toujours à lire, lors même qu’on n’admet pas ses explications surnaturelles ; et le nombre des adeptes de cette partie de la littérature hébraïque allant en diminuant, nous espérons que l’on nous saura gré d’avoir rendu accessibles à un plus grand nombre de personnes les travaux bibliques du plus élégant des commentateurs hébreux.
Les sept examens d’Abravanel
Isaac Abarbanel dit : Avant de commencer le commentaire des Douze Prophètes, j’ai pensé devoir faire à ce sujet quelques recherches (חקירות) ; ces recherches ou examens nous fixeront sur l’époque de ces prophètes, sur le degré de leurs prophéties et autres circonstances.
Premier examen : l’ordre des livres
Le premier examen a pour objet l’ordre de ces prophéties l’une après l’autre : si cet ordre est basé sur l’époque où elles ont eu lieu, il y a d’abord une difficulté : Obadiah, selon nos maîtres, a prophétisé du temps d’A’hab ; sa prophétie est donc antérieure à celle de Hoschéa, de Ioël et d’Amos ; pourquoi alors sa prophétie se trouve-t-elle rangée après celle de ces prophètes ? De plus, si Hoschéa, Amos et Michah ont prophétisé à la même époque, comme nos maîtres l’ont dit dans le Seder Olam, dans le Talmud Pessa’him, et comme le texte (הכתוב) le dit, pourquoi leurs prophéties ne sont-elles pas rapprochées l’une de l’autre, et pourquoi a-t-on placé, entre celle de Hoschéa et celle d’Amos, les prophéties de Ioël, et entre celle d’Amos et celle de Michah, les prophéties d’Obadiah et de Ionah ? Et cela est d’autant plus étrange, que d’après les paroles de nos maîtres, susmentionnées, de même que Hoschéa, Amos et Michah ont prophétisé à la même époque, de même aussi Ioël, Na’houm et ‘Habakkouk ont prophétisé du temps de Menasché ; l’ordre des douze prophètes aurait donc dû être le suivant : d’abord Obadiah, puis Ionah, ensuite Hoschéa, Amos et Michah, et après Ioël, Na’houm et ‘Habakkouk, lesquels ont existé du temps de Menasché ; puis Tsephaniah, qui a prophétisé du temps de Ioschia, et après lui ‘Haggaï, Zechariah et Maleachi, qui lui ont succédé. Peut-être le savant rabbin Aben Esra a-t-il senti cette difficulté en disant dans son commentaire sur Obadiah que ce n’est pas le prophète de ce nom mentionné du temps d’A’hab, et les sages Nazaréens disent que les Septante ont rangé pour Ptolémée les douze prophètes dans cet ordre : Hoschéa, Amos, Michah, Ioël, Obadiah, Ionah, ‘Habakkouk, Tsephaniah, ‘Haggaï, Zechariah et Maleachi, et quoique, dans l’ordre qu’ils ont adopté, ils aient rapproché Hoschéa, Amos et Michah dont les prophéties ont été contemporaines, comme je l’ai dit, restent néanmoins les autres difficultés que j’ai signalées[4]. Mais Jérôme, traducteur nazaréen, dit dans sa préface au livre d’Amos, que Ioël, Na’houm, Hoschéa et Ieschaïahou (Isaïe) ont prophétisé à la même époque ; je ne sais d’où il a su cela, quant à Ioël et Na’houm, pourquoi ne mentionne-t-il pas également Amos et Michah, puisque le texte dit qu’ils ont prophétisé au temps des rois sous lesquels ont prophétisé Ieschaïahou et Hoschéa.
Pour lever cette difficulté, il me semble probable que quelques-uns de ces prophètes ont existé avant la destruction du temple, d’autres pendant la destruction et d’autres après ; Ieschaïahou a prophétisé avant la destruction du temple, au temps d’Ouziahou, Iotham, A’haz et ‘Hizkiahou, rois de Iehouda (Isaïe, 1, 1). Comme ses prophéties sont nombreuses, on les a réunies en un seul livre à part ; de même Hoschéa, qui a également prophétisé sous ces quatre rois, a été placé en tête des douze prophètes, dont les prophéties, à cause de leur exiguïté, ont été réunies en un seul livre, comme cela est expliqué dans le Talmud Baba Bathra. Ensuite on a placé Ioël, parce qu’il a prophétisé du temps de Hoschéa, avant Amos. C’est pourquoi Amos commence sa prophétie par où finit celle de Ioël : ה״ מציון ישאג (Amos, 12), comme cela est expliqué dans la prophétie d’Amos. Déjà les sages Nazaréens ont dit que dans Ioël l’époque de sa prophétie n’est pas indiquée, parce qu’elle est rapprochée de celle de la prophétie de Hoschéa ; car tous les deux étaient contemporains. Il est certain que Ioël a eu une longue existence comme prophète, car il a aussi prophétisé du temps de Menasché, comme il est dit dans le Seder Olam. Peut-être que sa prophétie finale והיה אחרי כן אשפוך את רוחי על כל בשר (Ioël, 3, 1), a eu lieu du temps de Menasché.
Amos est placé après Ioël, car Amos aussi a prophétisé du temps d’Ouziahou ; puis sa prophétie a cessé, et il n’a pas continué de prophétiser du temps des autres rois. Ainsi ces trois prophètes, savoir : Hoschéa, Ioël et Amos, sont rangés dans ce lieu d’après l’ordre de leurs prophéties ; toutefois la prophétie d’Obadiah ne vient pas immédiatement après, par la raison qu’elle les suit dans l’ordre du temps, mais par la parité de ces diverses prophéties : Ioël, à la fin de ses prophéties, a parlé de la ruine d’Édome et de la délivrance d’Israël (Ioël, 5, 11, 12). Amos, de même, à la fin de ses prophéties, parle d’Édome (Amos, 9, 12). C’est pourquoi l’éditeur de ces prophètes, après avoir placé les prophéties de Ioël et d’Amos, place ensuite celle d’Obadiah, qui leur est antérieur dans l’ordre chronologique, parce que Obadiah a d’abord prophétisé la ruine d’Édome et la délivrance future d’Israël, comme pour nous faire savoir par cet ordre qu’Obadiah était le premier des prophètes qui a prophétisé de cette manière sur Édome. De son verset 10 מחמס אחיך etc., Ioël a pris מחמס בני יהודה etc. (Ioël, 5, 11), et du verset 15 d’Obadiah כי קרוב יום ה״, Ioël a pris le sien כי בא etc. (Ioël, 2, 1 à la fin) ; il dit aussi (4, 12) כי שם אשב[5] לשפט את כל הגוים. De ce que Obadiah dit : ובהר ציון תהיה פליטה (verset 17), Amos a appris à dire למען יירשו etc. (Amos, 9, 12).
La prophétie d’Obadiah a donc été placée après celles de Ioël et d’Amos, afin d’indiquer que c’est lui qui leur a servi de modèle pour la prophétie sur la ruine d’Édome et la délivrance d’Israël. On n’a pas placé la prophétie d’Obadiah avant celles de Hoschéa, Ioël et Amos, car celui qui a mis en ordre ces prophéties a voulu placer Hoschéa en tête du recueil, parce qu’il avait été contemporain d’Isaïe, comme pour rapprocher leurs livres, et l’ordre que respectivement ils ont suivi. Il n’a pas voulu placer Obadiah, qui était prosélyte (גר), avant les prophètes d’Israël et de Juda, qui sont une descendance bénie de Dieu, mais il l’a placé selon son contenu, près d’eux et en rapport avec eux. Après avoir placé Obadiah par le motif que je viens d’indiquer concernant les prophéties, il a placé les autres prophètes dans leur ordre chronologique, ordre qu’il avait d’abord adopté. Vient d’abord la prophétie de Ionah, qui a exercé du temps de Ierobeam, fils de Ioasch, comme il est dit : הוא השיב את גבול ישראל מלבוא חמת עד ים הערבה כדבר ה״ אשר דבר ביד עבדו יונה בן אמתי הנביא c’est lui qui a rétabli les limites d’Israël depuis l’entrée de ‘Hemath jusqu’à la mer de la plaine, selon la parole que l’Éternel, Dieu d’Israël, avait proférée par l’organe de son serviteur Ionah, fils d’Amithaï, le prophète (2 Rois, 14, 25). De là nous apprenons que Ionah a prophétisé au temps d’Amos. Après la prophétie de Ionah vient celle de Michah de Morescheth, parce qu’il a prophétisé après la mort de Ierobeam, fils de Ioasch, car ce dernier est mort du temps d’Ouzia, et Michah n’a prophétisé que du temps de Iotham, fils d’Ouzia, jusqu’au temps de ‘Hizkia. Ensuite viennent les prophéties de Na’houm et de ‘Habakkouk, qui tous les deux ont prophétisé au temps de Menasché, fils de ‘Hizkia, comme il est dit dans le Seder Olam ; leurs prophéties se trouvent ainsi après celle de Michah. Ces deux prophètes sont égaux et semblables dans leurs prophéties, car Na’houm a prophétisé la ruine de Ninive, métropole (ראש) du royaume d’Aschour (Assyrie), et la ruine des rois qui ont anéanti et exilé les dix tribus et le royaume d’Israël. ‘Habakkouk a prophétisé la ruine de Babel, métropole du royaume des Chaldéens, et la ruine et la destruction des descendants de Nebouchadnetsar, qui a anéanti et réduit à l’exil le royaume de Iehouda et de Jérusalem. Quant à Tsephaniah, sa prophétie vient ensuite, parce qu’il a prophétisé après tous ces prophètes au temps de Ioschia, roi de Iehouda. Ainsi, il est clair que tous les prophètes que je viens de mentionner ont prophétisé avant la ruine du temple ; mais pendant la ruine ont prophétisé Jérémie, Ie’hezkel, comme on le voit par leurs prophéties, tandis que ‘Haggaï, Zechariah et Maleachi ont tous les trois prophétisé après la ruine du premier temple et au moment où l’on s’occupait de la construction du second, ainsi qu’on le voit par leurs prophéties.
La place qu’occupent les douze prophètes dans cette collection est donc basée sur l’ordre chronologique des prophéties, quoique la prophétie d’Obadiah occupe une place que par l’ordre chronologique elle ne devrait pas occuper ; mais j’ai indiqué le motif de ce classement ; voilà le premier examen.
Deuxième examen : la mention des rois
Le second examen a pour objet d’expliquer le grand changement qu’on remarque au commencement de ces douze prophètes ; pour six, on dit sous quels rois ils ont prophétisé, soit sous les rois de Iehouda seuls, soit sous ceux-ci et les rois d’Israël en même temps, soit sous les rois de Perse. Voyez Hoschéa, 1, 1 ; Amos, 1, 1 ; Michah, 1, 1 ; Tsephaniah, 1, 1 ; ‘Haggaï, 1, 1 ; Zechariah, 1, 1[6]. Ainsi, pour ces six prophètes, Hoschéa, Amos, Michah, Tsephaniah, Haggaï et Zechariah, on mentionne en tête de leurs prophéties les rois sous lesquels ils ont exercé leur ministère, tandis que pour Ioël, Obadiah, Ionah, Na’houm, ‘Habakkouk et Maleachi, on n’indique ni le temps de leurs prophéties, ni sous quels rois ils ont prophétisé. Il est évident qu’ils ont existé sous un ou plusieurs rois. D’où vient donc cette différence entre ces six prophètes et les six autres ? Si la mention du nom du prophète, l’indication de sa ville et de son époque au commencement de son livre, sont l’effet de l’Esprit saint (רוח הקדש), par la raison que chacun d’eux l’a écrit sous l’inspiration divine, laquelle l’a porté à désigner sa qualité (יוהסו) et son époque, alors, puisque toutes les prophéties y ont une même origine[7], le commencement de leurs livres aurait dû être identique. Est-ce, comme le croient quelques sages[8], parce que Esra a écrit ces commencements de prophéties ? pourquoi ne l’a-t-il pas fait pour tous les douze ? Les commentateurs ne se sont pas occupés de cette difficulté. Voici ce que je pense : il n’est pas nécessaire qu’on indique l’époque d’une prophétie, ni sous quel roi elle a eu lieu, car la transcription des prophéties a l’un de ces trois buts ou tous les trois ensemble : le premier, de faire connaître la prophétie et la science divine dont l’objet est d’annoncer les choses avant leur existence, comme il est dit : כי לא יעשה ה״ אלהים דבר כי אם גלה סודו אל עבדיו הנביאים (Amos, 3, 7). En voyant les prophéties bonnes ou mauvaises s’effectuer et s’accomplir, nous apprenons à connaître l’immensité de la sagesse divine, les choses avant leur existence, et nous apprenons aussi que Dieu parle à l’homme, et qu’il se trouve un homme sur la terre qui a eu entrée au conseil de Dieu, et qui nous en fait connaître la décision.
Le second but de la transcription est de prendre conseil et de recevoir la morale des prophètes ; car en voyant leurs remontrances et leurs sentences morales, comme on sait que celui qui leur obéit demeure paisible et tranquille, tandis que celui qui est rebelle à leurs paroles sera l’objet du châtiment de Dieu, ceux qui sont dociles aux prophètes diront : Craignons l’Éternel notre Dieu, afin que le malheur ne nous atteigne pas, comme les prophètes l’annoncent. Ils auront donc dans les prophètes comme un miroir qui reflète leurs défauts, et ils se corrigeront.
Le troisième but des prophéties est de faire germer dans notre cœur la confiance et l’espérance dans la récompense de Dieu et son secours. Car, qui pourrait croire qu’un peuple, honni et méprisé comme nous sommes aujourd’hui, livré comme esclave à ses oppresseurs, leur échappera, deviendra fort et dominera sur eux ? que les morts ressusciteront, et d’autres consolations de l’avenir que les prophètes ont consignées dans leurs prophéties ? Tout cela, quoique peu vraisemblable (חוץ מן ההיקש), nous le croyons néanmoins, et nous en espérons la réalisation, parce que les prophètes l’ont assuré. Il y a donc dans les prophéties une utilité pour le passé, le présent et l’avenir, selon les buts divers que nous venons de mentionner. Qu’avons-nous alors besoin de savoir à quelle époque, sous lequel des rois telle prophétie a été dite, puisque le temps n’y fait rien, et qu’il n’en résulte pas de différence pour le contenu et le but de la prophétie ? Si dans quelques prophètes le temps est indiqué, ce n’est pas pour nous faire savoir à quelle époque a existé tel prophète, mais pour le contenu et l’objet de la prophétie même. Cette indication s’explique par la circonstance que quelques prophéties ayant rapport à certains rois, il était nécessaire de faire savoir au commencement de ces prophéties sous quel roi elles ont eu lieu. Ainsi, Hoschéa a prophétisé le malheur particulièrement pour la maison de Iehou et le royaume d’Israël, et le bonheur et le retour de l’exil à l’époque du second temple, pour celui de Juda, comme il est dit : ופקדתי את דמי ישראל, etc. לא אוסיף עוד ארחם את בית ישראל ואת בית יהודה ארחם (Hoschéa, 1, 4, 6, 7) ; il fallait indiquer, au commencement de la prophétie, qu’il a prophétisé du temps d’Ouzia, Iotham, A’haz, Ie’hizkia, rois de Iehouda, pour annoncer qu’il a prophétisé du bien sur le royaume de Iehouda à cause du mérite de ‘Hizkia. On indique aussi qu’il a prophétisé au temps de Ierobeam, fils de Ioasch, de la maison de Iehou, car c’est à cause de l’impiété de ce roi qu’il lui a prophétisé des malheurs.
De même dans Amos, parce qu’il a prophétisé la ruine de Schomrone, et que dans sa prophétie il mentionne ce que Amatsia, cohène de Beth-El, a fait dire contre lui à Ierobeam (Amos, 7, 10), il a fallu indiquer au commencement de la prophétie qu’elle a eu lieu du temps de Ierobeam, fils de Ioasch ; et à cause de la prophétie en particulier sur le royaume de Iehouda, comme on le verra dans sa prophétie, on a mis en tête qu’elle a eu lieu du temps d’Ouzia, roi de Iehouda.
Michah était de la tribu de Iehouda ; comme on le voit dans sa prophétie, il a prophétisé en particulier et nominativement la ruine des villes de Iehouda, comme il est dit : כי באה עד יהודה נגע etc. (Michah, 1, 9) ; il donne le nom des villes כי חלה לטוב (ibid. verset 12), mentionne dans les trois versets suivants, Lachisch la Considérable, Achzib, Morescha et les autres villes de Iehouda ; aussi, au commencement de sa prophétie il est dit qu’il a prophétisé au temps de Iotham, A’haz, ‘Hizkia, rois de Iehouda.
Tsephaniah a particulièrement prophétisé sur Ierouschalaïme, comme il est dit : והיה בעת ההיא אחפש (Tsephaniah, 1, 13), et הוי מוראה ונגאלה (Ibid. 3, 1), et רני ושמחי בת ציון (Tsephaniah, 3, 14, nous lisons : רני בת ציון הריעו ישראל שמחי) ; c’est pourquoi au commencement de sa prophétie on dit qu’il a prophétisé du temps de Ioschia, fils d’Amone, roi de Iehouda. Les prophéties de ces quatre prophètes se rapportant à ces rois et à leur règne, ils devaient y être mentionnés.
‘Haggaï a prophétisé sur la reconstruction du temple au temps où Darius, roi de Perse, donna aux Israélites la permission de cette reconstruction ; sa prophétie devait donc être inscrite comme ayant eu lieu du temps de Darius. Enfin Zechariah a prophétisé la ruine du royaume de Perse par les Grecs ; de là en tête de sa prophétie la mention de Darius, roi des Perses, vaincu par Alexandre le Macédonien, roi des Grecs. Voilà la raison pour laquelle dans la prophétie de ces six prophètes on mentionne les rois du temps desquels ils ont prophétisé. Mais dans Ioël, Obadiah, Ionah, Na’houm, ‘Habakkouk et Maleachi, on ne trouve aucune mention d’un roi en particulier, ni aucune prophétie spéciale, soit pour Israël seul, soit pour Iehouda seul. Par cette raison, les prophéties de ces six prophètes ne sont pas placées sous les années du règne des rois, car que Ioël ait prédit la famine, comme le prétendent les commentateurs, ou qu’il ait prophétisé sur la domination des quatre empires, comme je l’expliquerai en son lieu, sa prophétie ne se rapporte pas plutôt au royaume de Iehouda qu’à celui d’Israël ; aussi le nom de ces rois ne s’y trouve pas. De même Obadiah qui a prédit la ruine d’Édome et la délivrance d’Israël en général, Ionah et Na’houm, qui ont tous les deux prophétisé sur la ville de Ninvé (Ninive), et ‘Habakkouk qui a prédit l’anéantissement de Nebouchadnetsar, leurs prophéties ne sont désignées ni sous les rois de Iehouda, ni sous ceux d’Israël. Enfin pour Maleachi, qui a prophétisé à l’époque du second temple sur le peuple en général, sa prophétie aussi n’a été placée sous aucun roi, car elle n’était pas plus particulière à un roi qu’à un autre. Ainsi les choses s’expliquent toutes convenablement à l’égard des prophéties ; c’est là le deuxième examen. Toutefois, au commencement du livre de Zechariah, je dirai pourquoi on a mentionné dans la prophétie de ‘Haggaï et de Zechariah l’année du roi, le mois et le jour où cette prophétie a eu lieu[9].
Troisième examen : les formules du langage prophétique
Le troisième examen a pour objet la différence qu’on remarque dans le langage au commencement de chaque prophète ; ainsi, quand nous examinons le commencement de ces prophètes, nous trouvons qu’ils débutent par l’une des six manières suivantes :
1° Parole de Dieu à un tel. דבר ה״ אשר היה אל הושע (Hoschéa, 1, 1) ; דבר ה״ אשר היה אל יואל (Ioël, 1, 1) ; דבר ה״ אשר היה אל מיכה (Michah, 1, 1) ; דבר ה״ אשר היה אל צפניה (Tsephaniah, 1, 1). Ces quatre prophètes commencent par דבר ה״.
2° La parole de Dieu fut à… etc. C’est ainsi que commence le livre de Ionah ; et dans les autres prophètes nous trouvons cette formule dans les prophéties particulières, au milieu de leurs livres.
3° La prophétie commence par Vision…, dans Obadiah, Na’houm, comme au commencement d’Isaïe.
4° Elle commence par Paroles, comme dans Amos et Jérémie ;
5° Elle commence par Massa מַשָׂא, comme Na’houm, ‘Habakkouk et Maleachi. Dans les autres prophètes on trouve aussi plusieurs fois au milieu de leurs livres מַשָּׂא dans des prophéties spéciales comme Isaïe, 13, 1, משא בבל ; 19, 1, משא מצרים ; 23, 1, משא צור etc., et dans Zechariah, 9, 1, et 12, 1.
6° Au commencement, indication du temps d’un roi sous lequel la prophétie a eu lieu, comme ‘Haggaï, Zechariah et Ie’hezkel.
Sans doute que cette différence n’est pas l’effet du hasard, ou d’un motif futile[10], et que toute prophétie est la parole de Dieu. Pourquoi alors toutes les prophéties ne commencent-elles pas par parole de Dieu, selon la première manière, ou par la parole de Dieu fut, selon la seconde ? Toutes sont des paroles de prophètes par lesquelles ceux-ci dirent à leurs contemporains ce qu’ils ont vu et ce que Dieu leur a dit ; pourquoi alors toutes les prophéties ne commencent-elles pas par Paroles du prophète un tel, selon la quatrième manière ? Toutes étaient dans une vision, dans une vue ou dans un songe ; pourquoi ne dit-on donc pas au commencement de chacune d’elles que c’est une vision, une vue ou un songe, selon la troisième manière ? Chacune des prophéties était un massa, selon que le sujet est un massa, ce qui veut dire prophétie et émanation que le prophète a reçue et portée de la part de Dieu, béni soit-il ! comme le disent les commentateurs et le Targoum ; alors, pourquoi toutes ne portent-elles pas au commencement le mot massa, selon la cinquième manière ? Chaque prophétie a eu également lieu sous un roi, soit d’Israël, soit de Iehouda, soit de Perse ; pourquoi alors toutes les prophéties ne commencent-elles pas par la mention du roi sous lequel elles ont eu lieu ?
Il faut élargir cet examen en regardant de près le langage des prophéties et leur objet, afin de parvenir à la vérité à cet égard, et comme aucun des commentateurs ne se joint à moi dans cette recherche, mes yeux se portent vers Dieu, qui m’inspirera une réponse.
Toutes ces six manières, dirons-nous, peuvent, avec quelque attention, être placées sous trois rubriques du langage prophétique : 1° Parole de Dieu ; 2° Vision ; 3° Massa.
La première, parole de Dieu, comprend la première et la deuxième manière de la précédente division, car il n’y a d’autre différence entre elles que le mot ויהי dont l’objet est d’indiquer une relation de l’objet avec ce qui le précède, comme ויהי השמש לבוא (Genèse, 15, 12), ויהי הם קוברים איש (2, Rois, 13, 20) ou c’est l’expression de la douleur, comme disent nos sages dans Bereschith Raba. Ce Midrasch (enseignement) est revenu avec nous de l’exil, partout où il y a ויהי c’est une détresse, car ils ont fait venir le mot ויהי de וי et הי qui tous les deux signifient complainte ; ainsi disent-ils pour Ionah, à cause de sa détresse quand on l’a jeté à la mer, et qu’il est entré dans les entrailles du poisson, on a ajouté au commencement de sa prophétie ויהי. Dans cette catégorie entre aussi la sixième manière, la mention du roi de cette époque au commencement de la prophétie, comme cela se trouve dans ‘Haggaï et Zechariah ; car, immédiatement après la mention de ce roi, il y a היה דבר ה״ ביד חגי הנביא — היה דבר ה״ אל זכריה : ils se trouvent ainsi compris sous la rubrique דבר ה״, car il n’y a pas de différence entre דבר ה״ אשר היה אל הושע etc., et le verset qui commence ‘Haggaï et Zechariah : בשנת שתים לדריוש etc., puisque dans tous se trouve la mention du roi d’alors, et דבר ה״ avant ou après ; cela vient de ce que deux prophètes ne prophétisent pas dans la même forme, car chacun a sa manière particulière d’exposer ses paroles, et comme chaque prophète a écrit son livre, il n’y a rien qui empêche que l’on dise : Parole de Dieu qui a été (révélée) à un tel au temps d’un tel roi ; un autre s’exprimera ainsi : Au temps d’un tel roi la parole de Dieu a été (révélée) à un tel ; toutes les deux manières sont bien, puisqu’il y a un même sens ; ainsi il est clair que sous la rubrique דבר ה״ sont comprises les première, deuxième et sixième manières, et toutes sont réelles et vraies.
La seconde rubrique, vision, comprend la troisième manière : vision d’Isaïe, vision d’Obadiah, etc. ; elle comprend aussi la quatrième manière, les prophètes commençant par paroles, comme : paroles d’Amos, parce que immédiatement après cette locution il y a qu’il a vu sur Israël, ce qui explique que cette prophétie était en une vision, tandis que paroles de Yirmiah, fils de ‘Hilkiahou, locution suivie de que la parole fut adressée à lui, il est certain que cela est compris dans la première rubrique : parole de Dieu.
Toutefois, pourquoi y a-t-il au commencement de ces livres paroles d’Amos, paroles de Yirmiahou, puisque tous les livres prophétiques sont des paroles des prophètes ? Dans le Siphri on dit que c’est parce que dans les deux livres cités ce sont des paroles de remontrance ; mais cette raison est insuffisante, puisque Isaïe, Hoschéa et les autres prophètes, même Maleachi le dernier d’entre eux, ont tous prononcé beaucoup de remontrances ; pourquoi alors chacun de ces livres ne commence-t-il pas par paroles ? La raison du mot דברי paroles, placé en tête de certains prophètes, est que dans le livre d’Amos et dans celui de Jérémie, il y a, outre les prophéties, des circonstances et des événements des prophètes eux-mêmes. Ainsi dans Jérémie, on voit ce qui lui est arrivé avec Amatsia, cohène de Beth-El ; voilà pourquoi au commencement de leurs livres il y a paroles d’Amos, paroles de Jérémie, à cause des choses personnelles qui se trouvent dans leurs livres. Mais les autres livres, exclusivement prophétiques, sont attribués à celui qui les a inspirés, béni soit-il ! ils commencent seulement par paroles de Dieu, vision, massa (prophétie) et non paroles de tel ou tel prophète.
La troisième rubrique comprend le massa ; c’est la cinquième manière que j’ai mentionnée. Et maintenant sache que quelquefois les livres commencent par une des trois rubriques à part, soit parole de Dieu, comme Hoschéa et Ioël, etc. ; soit vision, comme Obadiah et Isaïe ; soit massa, comme massa Mitsraïm, massa Babel, etc., quelquefois deux de ces locutions se trouvent ensemble ; parole de Dieu se trouve avec vision, comme Genèse, 15, 1 ; parole de Dieu se trouve aussi avec massa, comme Maleachi, 1, 1. On trouve aussi vision avec massa, comme Na’hum, 1, 1 ; Isaïe, 13, 1 ; ‘Habakkouk, 1, 1, mais l’on ne trouve dans aucun livre prophétique les trois locutions ensemble. Les six manières qu’on trouve dans ces douze prophètes et dans les autres prophètes peuvent donc entrer dans les trois rubriques que j’ai mentionnées, et qui sont parole de Dieu, vision et massa.
Nos maîtres ont dit dans Bereschith Rabba sur חזות קשה הוגד לי une vision dure m’a été annoncée (Isaïe, 21, 2) : on la nomme par dix locutions נבואה חזון הטפה דבור אמירה צווי משא משל חידה מליצה etc. ; חזון vision c’est la plus dure, et ils renvoient au verset 2 du chapitre 21 d’Isaïe qui se trouve ici. Rabbi Io’hanane dit que c’est דבור parole, qui est le plus dur, et ils renvoient à la Genèse, 42, 30 ; les rabanan (maîtres) disent que c’est massa, comme Psaumes, 38, 5, משא כבד יכבדו ממני ils sont trop lourds pour moi comme un pesant fardeau.
Ce passage a fait naître en moi quatre doutes : 1° si les locutions de la prophétie sont au nombre de dix, comme le disent nos maîtres, selon ses parties et ses degrés, la classification en trois rubriques, parole de Dieu, vision et massa, n’est donc pas exacte, puisqu’il y a encore sept autres locutions.
2° Les dix locutions qu’ils indiquent sont-elles des substantifs (שמות נפרדים) pouvant s’appliquer chacun à une seule chose, ou des adjectifs (שמות נבדלים) de significations diverses s’appliquant à un sujet (ענין) ou à une situation (בחינה) différente ? Sont-ce des synonymes (שמות נרדפים) ? alors que signifie cette question : quelle est la plus forte ? puisqu’au propre elles ont toutes la même signification et la même force ? Y a-t-il des acceptions diverses, qui me les fera connaître ?
3° Quelle est la différence qu’ils ont trouvée entre דבור parole et אמירה dicton, puisqu’ils signifient la même chose, car nous trouvons toujours וידבר ה״ אל משה לאמר Dieu parla à Moïse pour dire ? Puis, quelle est la différence entre maschal (parabole) et חידה ‘hida (énigme), puisque chaque ‘hida est un maschal, et ce qui est plus difficile, ils ont compté נבואה prophétie, parmi les dix locutions, comme si les neuf autres n’étaient pas des prophéties ; comment peut-on compter les espèces parmi les genres, la collection parmi les individus ?
4° Pourquoi n’ont-ils pas compris dans ces locutions d’autres, telles que 1° יד ה״ la main (force) de Dieu, comme Ézéchiel, 33, 23 ; 2° הגדה hagada, comme Isaïe, 21, 2 ; 3° קריאה appel, comme ויקרא אל משה il appela Mosché (fréquemment dans le Pentateuque) ; 4° נאם maintes fois dans Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, Hoschéa, etc. ; 5° שמיעה entendre, comme Isaïe, 6, 8 ; 6° ראייה vue, comme Amos, 9, 1 ; דמוי ressemblance, comme Hoschéa, 12, 11, ainsi que חלום, מראה et ידע qui sont tous des locutions prophétiques, comme nous lisons (Nombres, 12, 6), במראה אליו אתודע בחלום אדבר בו je me fais connaître à lui dans une vision, je lui parle en songe ; voilà donc dix autres locutions prophétiques que nos maîtres n’ont pas mentionnées. Pourquoi pas ces dix aussi bien que les autres dix ?
On peut expliquer cela, il me semble, par les trois rubriques ou catégories que j’ai établies dans les locutions de la prophétie, et qui sont parole de Dieu, vision et massa. La nature du sujet indique que cette division est incontestable (אמת בלי ספק). Cependant ce que nos maîtres ont dit de dix locutions prophétiques n’est pas moins vrai, et je ne m’implique pas en contradiction avec eux. Voici l’explication : trois choses doivent être prises en considération dans une prophétie, le don de l’émanation ou inspiration (נתינת השפע) ; la réception de l’émanation (קבלת השפע), et l’objet de l’émanation même (ענין השפע עצמו), selon son sujet, c’est-à-dire le peuple ou l’homme objet de la prophétie appelée parole de Dieu, d’après celui qui donne ou de qui émane la prophétie, car c’est sa parole et son émanation. Peu importe qu’il montre au prophète des images indiquant l’objet, ou qu’il lui adresse des paroles distinctes ; sous le rapport de celui qui donne l’émanation, c’est la parole de Dieu. Quand on considère la prophétie par rapport au prophète qui reçoit l’émanation, c’est une vision, car il voit ce que Dieu fait et ce qui sera à l’avenir. Sous ce rapport, le prophète est un voyant (חוזה רואה) : peu importe qu’il voie des images ressemblantes (צורות מדומות) ou qu’il entende des paroles distinctes, tout cela s’appelle vision (חזון), en général. Ainsi, quand nous lisons Gen. 15, 1, היה דבר ה״ אל אברם במחזה c’est une vision. Il n’y a pas non plus de différence que la communication vienne au prophète pendant qu’il dort, ce qui alors produit un songe prophétique (חלום נבואי), ou quand il est réveillé, ce que Maïmonide appelle particulièrement מראה vue ou מחזה vision. L’Écriture appelle toute révélation חזון vision ou מראה vue, comme il est dit בחלום חזון לילה dans un songe, vision de nuit, et ויאמר אלהים לישראל במראות הלילה Dieu dit à Israël dans une vue de nuit ; car le songe s’appelle aussi חזון vision et מראה vue, à moins que l’Écriture ne dise clairement si elle a eu lieu le jour ou la nuit.
Considère-t-on l’émanation prophétique en elle-même, sans égard pour celui de qui elle vient, seulement l’objet en lui-même, savoir : à qui s’applique la prophétie, c’est un massa, mot qui ne signifie pas ici fardeau, ce que le prophète porte et reçoit de l’émanation de Dieu, béni soit-il ! comme les commentateurs l’ont entendu, mais ce que le peuple ou la nation, ou l’homme emporte ou reçoit de Dieu. Cela revient à ויה׳ נשא עליו את המשל הזה Dieu porta sur lui ce משל (parabole), comme si le mot משא désignait celui qui porte cette prophétie.
Ainsi l’émanation est la parole de Dieu, par rapport à celui qui la donne, vision par rapport au prophète qui la reçoit, et massa par rapport à l’objet de la prophétie : Dieu, le prophète, le peuple ou l’homme, objet de la prophétie. Le prophète est l’intermédiaire. C’est pourquoi il est dit parole de Dieu, parce que Dieu donne l’émanation ; mais l’on ne dit pas vision de Dieu, car Dieu n’est pas le voyant ou le prophète ; on ne dit pas non plus massa de Dieu. Peut-être que c’est pour cela aussi que Jérémie dit : והנביא והכהן והעם אשר יאמר משא יהוה ופקדתי על האיש ההוא ועל ביתו וכו׳ et le prophète, le cohène ou le peuple qui dira massa de Iehovah, etc. (Jérémie, 23, 34, 35, 36). Et lorsque trois de ces manières de parler se trouvent ensemble comme parole de Dieu avec vision, cela signifie que ce prophète a vu (שחזה) cette parole de Dieu ; quand il y a parole de Dieu et massa, cela veut dire que la parole de Dieu et son émanation lui est venue comme massa sur un peuple ou un individu ; la réunion de vision et massa signifie que le prophète a vu ce massa. Mais pourquoi ces expressions se trouvent-elles quelquefois séparées et quelquefois réunies ? Cela provient de la nature de la prophétie et de la chose à faire connaître ; c’est elle qui détermine l’assemblage ou l’isolement de ces locutions.
En examinant le passage cité de nos maîtres, on verra qu’il s’accorde avec la règle que je viens de poser, avec la seule différence que dans leur sagesse ils ont placé ces catégories selon leur espèce, car eux aussi ils ont établi dans la prophétie les trois catégories de locutions que j’ai mentionnées : Dieu, celui de qui vient l’émanation, le prophète, et le peuple ou l’homme objet de la prophétie. En examinant le prophète, on trouvera trois espèces de perfections qui lui sont propres :
1° Son attachement à Dieu par suite de ses dispositions ou de son isolement, et par là je n’entends pas des dispositions naturelles ou acquises (הטבעיות והלמודיות), obligations pour acquérir la prophétie selon Maïmonide, dans son Moré, car, d’après l’opinion du docteur (הדעת התורני), elles ne sont en réalité pas obligatoires pour l’acquérir ; mais j’entends les préparatifs que fait le prophète pour se rendre apte à recevoir l’émanation divine, comme par exemple le naziréat (abstinence), la piété (חסידות), comme disent nos maîtres : חסידות מביא לידי רוח הקדש la piété amène l’Esprit saint ; et en général l’isolement de la pensée, c’est cela qu’ils ont dit en parlant de la dénomination de la prophétie, qu’elle est un indice du prophète ; c’est ce que signifie : והמה מתנבאים ils prophétisaient (Nomb. 11, 27) ; ויתנבאו בתוך הבית ils prophétisaient dans la maison (I Samuel, 18, 10) ; והתנבית עמהם tu prophétiseras avec eux (ibid. 10, 7). L’isolement, c’est l’effort que fait le prophète pour attirer et faire venir sur lui l’inspiration d’en haut.
2° Ils ont mentionné une autre perfection du prophète, c’est la vision, savoir : après s’être isolé et attaché à Dieu, il apercevra et verra les mystères divins et les choses futures, soit qu’il les voie en image ou qu’il les apprenne par paroles distinctes, tout cela est compris dans la vision, comme je l’ai mentionné.
La troisième perfection du prophète est quand il parle au peuple sur ce qu’il a aperçu ou vu, soit comme objet d’enseignement, soit comme remontrance ; c’est ce qu’on comprend par l’expression הטפה distiller, comme Job, 29, 22 : ועלימו תטוף מלתי sur lui coulera ma parole ; voy. aussi Amos, 7, 16 ; Michah, 2, 6. Là, le prophète se sert toujours de הטפה en parlant au peuple.
Ces trois expressions de la prophétie, נבואה prophétie, חזון vision, et הטפה distiller, qui, d’après nos maîtres, comprennent les perfections du prophète et ses actions sont indiquées dans l’ordre de leur existence. Nos maîtres ont encore mentionné, eu égard à Dieu, trois autres expressions, qui sont דבור parole, אמירה dire, et צווי commandement. Lorsque l’émanation vient de Dieu au prophète, ce sont des paroles distinctes qu’il lui adresse ; c’était le degré auquel avait atteint notre maître Moïse. C’est pour cela qu’il y a toujours וידבר ה״ אל משה Dieu parla à Moïse, expression qui n’est employée à l’égard d’aucun autre prophète ; elle indique l’arrivée de paroles distinctes de Dieu à lui, la paix sur lui ! sans intermédiaire (אמצעי). Mais autre chose est ויהי דבר ה״ la parole de Dieu fut, ou seulement parole de Dieu, dont on se sert à l’égard des autres prophètes, car דבר ה״ Dieu parla, montre que Dieu parle sans intermédiaire, tandis que pour les autres prophètes il y avait un intermédiaire, comme je l’ai expliqué en parlant de la prophétie de Moïse. Quelquefois Dieu fait connaître au prophète sa volonté par une communication intellectuelle (התודעות שכלי), c’est ce qui est appelé אמירה dire. C’est pourquoi les prophètes disaient : ainsi dit Iehovah. On trouve : Dieu dit à Hoschéa, à Ieschaïahou ; non qu’il leur ait dit chaque parole distinctement, comme la Tora a été dite à notre maître Mosché ; mais Dieu leur faisait connaître sa volonté, son désir, son décret par une communication à leur âme (בהתודעות מגיע לנפשם) ; et comme l’émanation arrivait à Mosché de deux manières ensemble, ou par une voix distincte à l’oreille, comme וישמע את הקול מדבר אליו il entendit la voix qui lui parlait (Nomb. 7, 8), ou par une communication de l’intelligence ; c’est pourquoi avec דבור parole, il y a אמירה dire, comme וידבר ה״ אל משה לאמר Dieu parla à Mosché, disant (Nomb. 1, 1 et passim.). לאמר ne signifie pas pour dire aux autres, comme disent nos sages, puisque la parole est transmise au moyen d’une émission de sons arrivant à l’oreille de celui qui les entend, tandis que אמירה dire c’est l’objet même de la parole. Le commandement est comme les dix paroles qu’Israël a entendues au Sinaï ; car bien qu’Israël ait entendu par ses oreilles cette voix distincte (נביא) qui lui prescrivait ces commandements, il n’était pas au degré de Mosché, parce que la communication prophétique de l’intelligence ne lui parvenait pas, ce n’était que l’audition d’une voix distincte, ainsi que l’indique Maïmonide dans le Moré, en parlant des six manières (בשתוף שש פנים). דבור indique donc la supériorité de Mosché, et אמירה le degré des autres prophètes ; le commandement (צווי) désigne le haut degré d’Israël.
Comme ces trois manières sont des espèces d’inspirations que Dieu dispense à ses saints, toutes les trois se trouvent à l’égard du dispensateur, et nos sages n’ont pas dit que אמירה (dire) ne signifie pas un commandement, mais dans ces trois locutions ils ont eu égard aux trois degrés de l’inspiration divine, selon la manière que Dieu veut inspirer ; et nos sages ont dit que les expressions de la prophétie sont selon le peuple qui en est l’objet, selon les paroles que le prophète lui adresse, et ils ont mentionné quatre locutions : massa, maschal, énigme (חידה), poésie (מליצה), parce que le prophète prononce tantôt devant le peuple le massa (fardeau) que Dieu, béni soit-il ! a porté et fixé sur lui ; cette espèce s’appelle massa, c’est l’ordre de Dieu tel qu’il est, sans figure, sans énigme, sans enjolivement de parole par une tournure ironique ; tantôt il adresse au peuple des paroles claires, distinctes, comme Isaïe lorsqu’il dit : ואראה את ה״ יושב על כסא je vis le Seigneur assis sur le trône, etc. (Isaïe, 6, 1) ; il parle ensuite des séraphins et autres choses ; l’explication de cette parabole est claire, et on l’appelle particulièrement maschal.
Quelquefois c’est une énigme, ce sont des choses mystérieuses et cachées, pour l’intelligence desquelles il faut un esprit fin et une profonde réflexion, comme le Mercaba d’Ézéchiel et les visions de Zechariah ; l’intelligence en est très difficile ; on appelle cela énigme, à cause de l’acuité d’esprit qui est nécessaire pour la comprendre. D’autres fois, ce n’est ni un maschal, ni une énigme, mais un langage clair, revêtu d’un style fleuri, avec des expressions choisies, comme David dans ses prières, Salomon dans sa Sagesse et Isaïe dans ses prophéties. Cette espèce s’appelle melitsa (poésie), de מה נמלצו לחכי אמרתך que tes paroles sont agréables à mon palais ! (Psaumes 119, 103.)
Ainsi les trois locutions de la prophétie, נבואה prophétie, חזון vision, הטפה distiller, sont par rapport au prophète ; les trois autres, דבור parole, אמירה dire, צווי commandement, sont par rapport à Dieu, qui donne l’inspiration ; et les quatre dernières, משא fardeau, משל parabole, חידה énigme, et מליצה poésie, sont par rapport au peuple qui écoute.
Par là, je ne prétends pas dire que le משל ou le חידה ne puissent pas être dans un langage agréable, במליצת הלשון, ou le משא avec un משל ou un חידה ou מליצה ; seulement nos sages ont mentionné ces locutions pour indiquer les espèces : le משא ne se dit que d’un décret positif de Dieu ; le משל et le חידה sont employés par le prophète pour faire comprendre quelque chose au peuple, comme dans Ézéchiel חוד חידה ומשול משל לבני ישראל compose une énigme et propose une parabole aux enfants d’Israël (Ézéch. 17, 2, il y a אל בית ישראל à la maison d’Israël). Et comme ces locutions se trouvent comprises sous les trois genres que j’ai mentionnés, les plus parfaits d’entre les sages ont examiné laquelle de ces expressions est la plus forte. Ils n’ont mentionné de ces locutions que חזון, דבור et משא, parce que ce sont des rubriques générales qui comprennent les autres. Et outre ce qu’on voit dans leurs paroles, dans les divisions, qu’après des recherches ils ont établies sur le degré de force dans חזון, דבר ה״ et משא, nous pouvons admettre que leur examen avait aussi pour objet de découvrir quelle est, par rapport à l’intelligence humaine, l’expression la plus dure. Le premier interlocuteur (תנא) d’entre eux, pensait que c’était חזון, parce qu’il est dur et très étrange d’admettre que l’homme ait une force de vue qui lui permette de voir les choses futures, divines et cachées, car qui a assisté au conseil de Iehovah (Jérém. 23, 18) pour connaître sa volonté ? Rabbi Io’hanane pensait que דבור était plus dur, c’est-à-dire que Dieu parle et inspire son secret et sa volonté, comme il est dit : היום הזה ראינו כי ידבר אלהים את האדם וחי aujourd’hui nous avons vu que Dieu parle à l’homme, et il reste en vie (Deut. 5, 2). Mais les rabbanim (maîtres) disent que משא est le plus dur, car il n’est pas admirable que l’intelligence humaine perçoive l’inspiration spirituelle (שפע הנבדל), c’est dans sa nature ; il n’est pas étonnant non plus que Dieu inspire ses prophètes, car Dieu n’est pas avare (אין כלות לפניו) ; mais le dur, le difficile est que le Saint, béni soit-il ! fasse connaître au prophète des choses spéciales d’une certaine nature ou d’un certain individu, car pour lui, qui est séparé des autres (הנבדל), ses connaissances sont générales. C’est pourquoi le משא qui fait connaître des choses individuelles, limitées, est le plus difficile.
Il résulte de tout ceci que le principe que j’ai établi est vrai, que les genres de locutions prophétiques sont au nombre de trois : דבר ה״ parole de Dieu, חזון vision, et משא massa ; ainsi sont levés les quatre doutes (difficultés) dont j’ai parlé :
1° Leurs paroles ne contredisent pas le principe que j’ai établi ; au contraire, elles le confirment et le détaillent avec une grande sagesse.
2° Les dix locutions de la prophétie diffèrent par leur signification, mais concordent avec les trois genres que j’ai mentionnés ;
3° Dans les dix locutions qu’ils citent, le mot נבואה (prophétie) n’est pas appliqué à l’inspiration prophétique en général, telle que Maïmonide l’a fixée, mais à l’isolement du prophète, à sa préparation par laquelle il amène et attire sur lui l’inspiration, et que דבור, אמירה et צווי sont différenciés dans le degré de l’inspiration ; car bien que chaque commandement implique l’action de dire, et que quand on dit quelque chose on fait entendre une parole, ils ne peuvent néanmoins pas être confondus (littéralement renversés יתהפכו), et nos sages se sont servi de ces noms pour fixer les gradations. Par משל, חידה, et מליצה, ils n’entendaient pas la même chose non plus, mais différentes manières des prophètes à l’égard du peuple.
4° יד ה״ main de Dieu est synonyme à l’inspiration prophétique qui arrive au prophète ; c’est pourquoi Ionathan rend partout יד ה״ par נבואה מן קדם ה״ prophétie venant de Dieu ; et comme cette expression est un nom générique de l’inspiration, elle n’aurait pas dû être comptée parmi les genres, et aussi ils n’ont pas mentionné קריאה crier, הגדה annoncer, שמיעה entendre et נאם parler, parce que là il s’agit de paroles et de l’action de dire, et qu’ils sont compris dans דבור, אמירה et צווי ; ils n’ont pas mentionné non plus ראייה, מראה (vue), חלום songe, et דמוי comparaison ; compris dans חזון (vision) qui les comprend tous, qu’ils aient lieu le jour ou la nuit, comme je l’ai rappelé, car il n’y a pas de comparaison sans images qu’on peut comparer, que le prophète voit, comme il est dit ואנכי חזון הרביתי וביד הנביאים אדמה (Hoschéa, 12, 10). Ils n’ont pas compté non plus la connaissance (לשון התודעות), parce qu’elle n’arrive au prophète qu’à la vue des figures ; ceci est compris dans חזון ou les choses expliquées comprises dans דבור (parole). Voilà ce qui me paraît le plus juste pour l’explication de ce passage.
On peut l’expliquer encore d’une autre manière : nos sages ont voulu par ces dix locutions de la prophétie, indiquer la matière de la prophétie, non pas par rapport à celui qui la donne, par rapport à celui qui en est l’objet, ni enfin par rapport au prophète qui est l’intermédiaire entre eux, mais par rapport à la prophétie elle-même et à son objet. Or, les sages ont considéré dans les prophéties un de ces dix points :
1° La prophétie fait connaître au prophète sa qualité de prophète, et que Dieu l’a consacré (שמשחו) comme tel, comme la première prophétie qui est venue à notre maître Mosché, et la première prophétie de Jérémie. Cette inspiration, on l’a appelée, d’après son objet, prophétie, parce qu’il s’agit de la consécration et de la mission du prophète.
2° La prophétie montre au prophète, en des images ressemblantes, ce qui sera, soit en bien, soit en mal ; cette espèce de prophétie s’appelle חזון (vision), c’est-à-dire des images montrant les choses futures, car la vue se dit des images qu’on voit, comme l’ouïe se dit de la parole qu’on entend.
3° La prophétie ayant pour objet de corriger le peuple pour le ramener au bon chemin ; cette espèce s’appelle הטפה (distiller), expression d’abord appliquée à la correction du peuple par le prophète, comme on le voit par les versets que j’ai cités, où il y a le mot הטפה.
4° La prophétie raconte des choses passées, comme la création et la succession des générations, ainsi que les rapporte notre maître Mosché, la paix sur lui ! Comme ce ne sont que des choses parvenant à ses oreilles tout expliquées, ainsi qu’il est dit : Il entendit la voix qui lui parlait, aussi cette prophétie narrative est appelée דבור (parole). C’est pour cela qu’il est dit : ויתן אל משה ככלותו לדבר אתו il donna à Mosché lorsqu’il eut fini de lui parler (Exode, 31, 18), car pendant qu’il se tenait sur la montagne, Dieu, béni soit-il ! lui a raconté tout ce qui s’est fait depuis la création du monde, et quand cette parole et ce récit furent finis, Dieu lui donna les deux tables de pierre.
5° L’objet de la parole et de l’inspiration, est que Dieu annonce ses décrets, sa volonté et son désir, au prophète, de ce qu’il fera en son temps, comme lorsque Dieu dit à Noé d’entrer dans l’arche, à Abraham de s’en aller, à Jacob d’aller à Beth-El, à Moïse d’aller chez Pharaon, ou de monter sur la montagne d’Abarim, et d’autres où Dieu dit ce qu’il fera de suite, non plus tard ; cette espèce s’appelle en particulier (אמירה) dire.
6° Il s’agit d’un commandement pour ce qui à l’avenir doit se faire toujours (מצוה תדירה נצחי לדורות), comme les préceptes sur les sacrifices, etc. Cette espèce de prophétie s’appelle צווי (commandement), car s’il y a des commandements annoncés sous le nom de אמירה, les noms des prophéties sont néanmoins appliqués aux prophéties d’une manière appropriée à leur but.
7° Ce n’est pas une remontrance (הטפה), ni une narration (דבור), ni une chose qui doit avoir lieu (אמירה), ni un commandement (צווי), mais une annonce de l’avenir, en termes clairs ; on appelle cette espèce משא ; car, comme l’annonce de l’avenir par des images est appelée חזון, on appelle משא l’annonce par paroles distinctes, de וה״ נשא עליו את המשא הזה Dieu porta sur lui ce massa (II Rois, 9, 25).
8° Les paroles divines sont revêtues de paraboles, comme la vision d’Isaïe que j’ai rapportée ; c’est le maschal (משל).
9° La communication prophétique a pour objet de rendre sage le prophète (להחכים לנביא), mais cela d’une manière profonde ; cette espèce s’appelle חידה (énigme), parce qu’il faut une grande perspicacité pour la comprendre.
10° C’est aussi une communication, non un maschal ou une énigme, mais dans un style élégant ; c’est une מליצה (interprétation), de כי המליץ בינותם car il y avait un interprète parmi eux. Gen. 42, 29.
De cette manière, il n’y a pas non plus contradiction avec les paroles des maîtres au sujet des genres de locutions prophétiques que j’ai établis ; eux, ils ont eu égard à la matière (חמרי) de la prophétie et à son objet. Ainsi sont résolues également les quatre difficultés que j’ai indiquées. Mais la première explication me paraît préférable. Au résumé, le commencement des livres prophétiques est d’après les trois genres de locutions prophétiques ; c’est là l’objet du troisième examen.
Quatrième examen : la généalogie des prophètes
Quatrième examen. Qu’est-ce que ces douze prophètes ? Les uns ont une généalogie (נתיחסו לאבותיהם) ; ils sont au nombre de cinq : Hoschéa, fils de Beeri ; Ioël, fils de Petouel ; Ionah, fils d’Amithaï ; Tsephaniah, fils de Couschi, et Zechariah, fils de Berachia ; les sept autres n’ont pas de généalogie : Amos, Obadiah, Michah, Na’houm, ‘Habakkouk, ‘Haggaï et Maleachi. Pourquoi ne nomme-t-on pas leurs pères ? On peut répondre à cela par induction (סברא), ou par la tradition des sages, bénie soit leur mémoire ! Par induction : on nomme leurs pères, non pas pour les faire connaître dans les temps à venir, mais comme leurs pères ne seraient pas plus connus et plus célèbres qu’eux, il est clair que ceux qui ont une généalogie avaient pour pères des hommes distingués, gens de bien, craignant Dieu, et hommes véridiques ; c’est pour l’honneur du prophète, qui était lui-même homme de bien, qu’on nomme son père, pour faire ressortir sa supériorité. Ceux dont les pères n’étaient pas des hommes distingués n’ont pas de généalogie, parce qu’une généalogie n’est pas obligatoire, nécessaire à la prophétie, mais uniquement pour l’honneur du prophète ; car la couronne de la Tora et de la prophétie n’est pas comme la couronne du cohenat (sacrificature) et de la royauté, qui ne convient qu’à une tribu particulière et à une famille déterminée, mais la parole de Dieu et sa prophétie sont le partage de celui qui se conduit bien, quelles que soient la tribu et la famille dont il est issu.
Peut-être y a-t-il aussi parmi les noms des pères mentionnés quelques indications des perfections du prophète, d’après la signification accessoire (שתופי אותם השמות) de ces noms : Hoschéa s’appelle fils de בארי pour dire que son père était un puits de science (באר הידיעה), un puits de sagesse, une source d’eau vive dans la loi ; déjà les sages, d’heureuse mémoire, l’ont entendu ainsi, comme cela est expliqué. Ioël est appelé fils de פתואל parce qu’il a prophétisé sur le blé, dans sa prophétie divine, comme si c’était son pain (פתו). Ionah, fils de אמתי, parce que ses prophéties sont vraies, rien n’a manqué d’arriver ; il s’appelle aussi fils de אמתי à cause de ce qui est arrivé à Ninvé. Tsephaniah est appelé ainsi parce qu’il connaissait les choses cachées (מצפוני) et les mystères de Dieu, et de ce que le nom de son père (כושי) ne donne pas une indication honorable, on remonte plus haut dans sa généalogie : fils de Guedalia, fils d’Amaria, fils de ‘Hizkia, pour désigner la grandeur de sa conception, la sainteté de ses paroles et la force de sa prophétie. Zechariah a pour père ברכיה (Berechia), parce que la bénédiction de Dieu (ברכת ה״), son inspiration était sur lui. Mais chez les autres prophètes, les noms de leurs pères n’offrent pas ces bonnes indications qui puissent les honorer, et on ne les nomme pas. Voilà ce qu’on peut savoir par l’induction. Toutefois, nos sages, de bienheureuse mémoire, ont reçu par tradition que quand les pères et les grands-pères sont indiqués, c’est qu’ils étaient aussi prophètes ; ceux, au contraire, dont les pères ne sont pas indiqués n’avaient pas pour pères des prophètes. C’est pourquoi les sages ont dit que Pétouel c’est Schemouel ; mais c’est tiré de loin, comme je l’expliquerai. Peut-être est-ce pour cela que Amos dit : Je ne suis ni prophète, ni fils de prophète (Amos, 7, 14), pour dire qu’il n’a pas, comme les autres prophètes dont les pères sont nommés, hérité de la prophétie de ses pères. Il ne se préparait pas non plus à la prophétie en s’y concentrant (ומתבודד בה), mais il était toujours occupé de son travail. Dieu fit choix de lui et le consacra prophète, comme cela sera expliqué.
On peut dire aussi que dans le siècle de Hoschéa il y avait un autre homme du même nom. Ce cas n’ayant pas eu lieu chez les autres prophètes, on n’indique pas leur père. Assez sur ce quatrième examen.
Cinquième examen : la patrie des prophètes
Cinquième examen. Dans trois des douze prophètes, on indique de quel pays ils étaient : Amos, né à Nokdim de Tekoa, Michah de Morescha, et Na’houm Elkouschi, de la ville d’Elkosch, d’après le Chaldéen ; mais chez les autres prophètes, nulle mention de leur pays, de leur ville. De même pour Isaïe et Ézéchiel, leur pays n’est pas indiqué, tandis que de Jérémie on dit qu’il descendait des cohenime qui étaient à Anathoth, au pays de Biniamine (Jérémie, 1, 1).
Si pour Amos, Michah, Na’houm, Jérémie, on indique les villes pour connaître de quelles tribus ils étaient, reste toujours la question : pourquoi n’indique-t-on pas également leurs tribus et leur héritage ? Encore, dans Jérémie, on n’a pas besoin d’indiquer qu’il était d’Anathoth pour faire connaître sa tribu ; on n’avait qu’à dire qu’il était cohène, comme il est dit d’Ézéchiel, fils de Bouzi, le cohène ; de même pour Na’houm, quoique le texte dise qu’il était d’Elkosch, nous ne connaissons ni sa tribu, ni de quelle partie de tribu était cet Elkoschite, comme nous savons de Morescha qu’il était dans le partage des fils de Iehouda. Quant à Amos, le texte ne dit pas qu’il était Tekoïte, comme on dit de Michah qu’il était Moreschite, et de Na’houm qu’il était Elkoschite, on dit seulement qu’il était berger, parmi les bergers de Tekoa, ville dans le partage d’Aschère.
Pour lever cette difficulté, il y a trois réponses :
1° Il y avait peut-être du temps d’Amos un autre homme du même nom, et ainsi de Michah et de Na’houm ; en mentionnant leurs prophéties sans mentionner leurs pères pour les rapporter à eux, il fallait indiquer leurs villes pour les distinguer des autres hommes du même nom ; aussi ne trouve-t-on d’indication de pays que là où il n’y a pas l’indication du père, à l’exception de Jérémie, où il y a l’un et l’autre pour le motif qui sera indiqué.
2° La mention du pays était motivée par le contenu de la prophétie, car pour Amos, parce qu’Amatsia, cohène de Beth-El, le voyant, lui avait dit : Lève-toi, fuis vers le pays de Iehouda, mange là du pain et prophétise là, et qu’il lui avait répondu : Je ne suis ni prophète, ni fils de prophète, mais je suis fils de bouvier, etc. (Amos, 7, 12, 14), ce texte dit au commencement de sa prophétie qu’il était parmi les bergers, ce qui était d’accord avec ce qu’il dit qu’il était bouvier. Le texte dit de plus qu’il était de Tekoa, ville dans le partage d’Aschère, c’est pourquoi Amatsia lui dit : Réfugie-toi au pays de Iehouda, c’est-à-dire chez une autre tribu. Si Amos avait été de Iehouda, il n’était pas nécessaire de lui dire : Réfugie-toi au pays de Iehouda. Déjà nos sages ont dit que Tekoa était une ville de sagesse, à cause de l’usage qu’on y faisait de l’huile, et que c’est pour cela que Ioab y a envoyé chercher une femme sage au sujet d’Abschalom (II Samuel, 14, 2). Il paraît que cette ville était située sur une montagne, comme il est dit : À Tekoa, sonnez de la trompette (Jérémie, 6, 11), parce que ordinairement le garde chargé de sonner de la trompette se place sur une hauteur pour voir et se faire entendre au loin ; les naturalistes (אנשי הטבע) disent que les montagnards sont des gens plus intelligents que les autres, comme nous le voyons par Amos et sa réponse à Amatsia. À cause de tout cela on dit qu’Amos était de Tekoa, non pas pour le rapporter à une tribu, car il n’est pas décidé dans quel partage se trouvait cette ville, qui, selon l’Ephod, était dans le partage de Benjamin, et non dans celui d’Aschère. Les sages nazaréens disent aussi que Tekoa était à six milles de Beth-Le’hem en Iehouda ; le but de cette annonce n’est donc que pour dire qu’il avait l’esprit de son pays : intelligent et éclairé.
Quant à Michah, le texte dit qu’il était de la ville de Morescheth, qui était dans le partage de Iehouda. Cette mention est nécessaire, parce qu’il a fait une complainte sur chacune des villes de Iehouda nominativement (Voy. Michah, chap. 1).
Et comme il a beaucoup prophétisé sur toutes les villes de son pays, nominativement, le texte nous fait connaître au commencement de sa prophétie, qu’il était de Morescha ; sa pensée était préoccupée de la ruine de son pays ; aussi en fait-il fréquemment l’objet de ses prophéties.
Nahoum est appelé Elkoschi, non pas à cause de son pays et de sa ville, car dans Josué il n’y a pas de ville du nom d’Elkosch, mais ce mot vient de לקש qui signifie retard, empêchement, comme disent les grammairiens. C’est pour cela qu’on appelle מלקוש la pluie tardive. Déjà Ionathan (le Chaldéen), dit que Na’houm a prophétisé sur Ninvé la même prophétie qu’a prononcé sur elle Ionah, fils d’Amithaï, comme nous le verrons dans sa prophétie. Nahoum ayant fait cette prophétie après Ionah, il est appelé אלקושי (Elkoschi Tardif).
Pour ce qui concerne Jérémie, le texte fait connaître sa sainteté, tant en disant qu’il était fils de ‘Hilkiahou, le cohène principal, homme craignant Dieu, et très docile à ses commandements, qui a trouvé le livre de la loi, qu’en disant qu’il était des cohenime d’Anathoth, qui étaient voisins de Jérusalem et servaient toujours dans le temple, car le pays de Biniamine était près de Jérusalem, et c’est pourquoi il lui dit : בטרם אצרך בבטן avant que je t’eusse formé, etc. (Jérémie, 1, 5). Le texte ne fait donc connaître chez aucun prophète son pays et son lieu natal pour le rapporter à une tribu, mais pour le besoin et l’objet de la prophétie.
3° Nos sages ont dit dans le Talmud Meguila : Tout prophète dont la ville n’est pas mentionnée, est de Ierouschalaïme, et le texte en fait foi, que de Tsion vient la doctrine, et la parole de Dieu et sa prophétie de Ierouschalaïme, parce que la Schechina (présence divine) était dans le temple ; c’est elle qui est la source de l’inspiration pour tous les prophètes. C’est pourquoi le texte dit que la plupart des prophètes étaient de Jérusalem, puisque le nom de leur ville n’est pas mentionné ; les prophètes qui étaient d’une autre ville étaient en petit nombre, un enfant pouvait les écrire ; par exemple : Amos, Michah ; pas d’autres, car Jérémie était d’entre les cohenime de Dieu, servant dans la maison de son Dieu ; il demeurait toujours à Jérusalem, là il a prophétisé.
Mais voici à ce sujet une difficulté : la ville de Hoschéa n’est pas mentionnée, et pourtant nous ne pouvons pas dire qu’il était de Jérusalem, car il était fils de Beeri, prince de Reoubène, comme disent nos sages dans la Pesikta, et comme cela sera expliqué ; la ville de Ionah n’est pas indiquée non plus, et pourtant il n’était pas de Jérusalem, car il était de Gath ‘Hepher, dans le partage de Zebouloune. Voici ce qui lève cette difficulté : ils n’étaient pas de Jérusalem, mais ils y étaient établis, et parce qu’ils y demeuraient, l’Esprit saint est descendu sur eux ; c’était donc comme s’ils avaient été de Jérusalem, quoique originaires d’autres tribus que de celle de Jehouda.
Au résumé, pour un petit nombre de prophètes, on n’a pas mentionné le nom de leur ville pour faire connaître de quelle tribu ils étaient, car nous n’avons pas besoin de le savoir, pourvu que nous sachions que tous étaient les fils du Dieu vivant ; mais la mention, quand elle a lieu, n’est que pour le besoin de leur prophétie ou pour indiquer la supériorité de Jérusalem. C’est là le cinquième examen.
Sixième examen : le titre de prophète
Sixième examen. Pourquoi parmi ces douze prophètes la qualité de prophète n’est-elle donnée au commencement de leur livre qu’à trois d’entre eux : ‘Habakkouk, ‘Haggaï et Zechariah ? Si le mot prophète qui se trouve à la fin du verset 1 du chap. 1, se rapporte à Iddo, il n’y en aurait même que deux, ‘Habakkouk et ‘Haggaï, qui auraient cette qualification, et les dix autres, ainsi que Isaïe, Jérémie et Ézéchiel, qui étaient tous prophètes de Dieu, le texte ne les qualifie pas de prophètes. Quel peut en être le motif ? je l’ai vainement cherché chez les sages et les commentateurs, qui ne donnent aucune explication à ce sujet. Je pense qu’on a donné cette qualification à ‘Habakkouk, parce qu’on aurait pu croire que sa prophétie est du degré de l’Esprit saint dont parle Maïmonide, qui n’est pas une prophétie parfaite, parce qu’il n’y a pas parole de Dieu qui fut à ‘Habakkouk, ou bien la parole de Dieu fut, etc., comme c’est l’usage pour les autres prophéties. Il n’y a pas non plus, ainsi dit Dieu, ni Dieu dit, langage habituel chez les prophètes, pour témoigner que ce qu’ils disent est la parole de Dieu ; ensuite les autres prophètes, pour indiquer que leurs paroles sont de Dieu, parlent en son nom ; les paroles dites en son nom témoignent que c’est une prophétie vraie. Rien de tout cela dans ‘Habakkouk ; toutes ses paroles sont au nom de lui, ‘Habakkouk, toutes jusqu’à עד אנה ה״ שועתי (‘Hab. 1, 2) ; et les autres versets sont comme s’il racontait ses propres paroles, comme un homme qui se plaint et qui se lamente de la prospérité de Nebouchadnetsar et de la ruine d’Israël. C’est comme le Psaume 73, composé par Assaph, אך טוב לישראל אלהים ah ! Dieu est bon pour Israël, etc. Par ce même langage, il se lamente de la prospérité des impies. Si ‘Habakkouk dit : על משמרתי אעמודה — מה ידבר בי etc., et ויענני ה״ ויאמר etc., il n’en résulte pas que ses paroles sont une prophétie complète, mais seulement qu’il a fait une plainte et qu’il y a répondu selon la manière et la mesure de Dieu : que, bien que Nebouchadnetsar prospère dans ce moment, sa fin est prochaine ; c’est comme David dit dans les Psaumes מה גדלו מעשיך ה״ que tes œuvres sont grandes, ô mon Dieu, etc., איש בער לא ידע l’homme ignorant ne sait pas, etc., בפרוח רשעים — להשמדם עדי עד si les impies prospèrent… pour les détruire pour toujours, etc. (Ps. 92, 5, 6, 7). Ces paroles ne signifient pas que son oreille a entendu la prophétie de Dieu et sa parole, mais que c’était une chose apprise des prophètes. Ainsi dans le Psaume 85 il dit : אשמעה מה ידבר האל ה״ j’entendrai ce que Dieu le Seigneur dira, etc. On ne dit pas pour cela que David était prophète, mais il parlait par l’inspiration sainte. Aussi son livre est-il parmi les Ketoubime (écrits) et non parmi les prophètes, comme dit Maïmonide dans le Moré, deuxième partie, chap. 45. On pouvait donc dire que les paroles de ‘Habakkouk étaient du degré de la sainte inspiration dont parle Maïmonide, et non du degré de la prophétie. Donc pour détruire cette opinion fausse, le texte dit au commencement de son livre המשא אשר חזה חבקוק הנביא comme pour témoigner que les paroles de ‘Habakkouk étaient une prophétie qu’il a vue sur Nebouchadnetsar, et qu’il était réellement un prophète, quoique ses paroles soient comme une lamentation, comme un homme qui se plaint. À la fin (de ses prophéties) c’est une prière sur les erreurs (שגיונות) ; comme ce sont des prophètes sur le degré d’une prophétie parfaite, il n’était pas nécessaire de dire que c’étaient des prophètes[11].
Quant à Haggaï, je dis que si le texte ne dit pas qu’il était prophète, ce n’est pas par le motif que j’ai indiqué pour ‘Habakkouk, mais pour un autre motif[12], c’est comme dit le Cosri : La prophétie ne vient aux prophètes que dans le pays d’Israël, car la prophétie et l’attachement (à Dieu הדביקות) y étaient par ordre (ממשפט) du Dieu de la terre. C’est pourquoi notre maître Mosché dans le chant de האזינו (Deut. 32), raconte les bontés de Dieu pour son peuple, que, durant leur séjour dans la Terre sainte (בארץ), sa Providence (השגחתו) et sa prophétie se sont attachées à eux ; il n’était pas convenable qu’il en fût ainsi hors de la Terre sainte (חוצה לארץ), comme il est dit au Deut. 32, 10 : ימצאהו בארץ מדבר il l’a trouvé dans un pays désert, etc., etc.
Déjà nos sages, de bienheureuse mémoire, ont trouvé étrange qu’Ézéchiel ait prophétisé hors de la Palestine. Il y a : היה היה דבר ה״ אל יחזקאל elle fut, elle fut la parole de Dieu à Ie’hezkel, etc. Explication : Il fut ce qui fut déjà, parce qu’il a commencé à prophétiser dans la Terre sainte, il a continué à prophétiser après. Il en est de même de Jérémie, comme il a prophétisé dans la Terre sainte, il a prophétisé ensuite aux exilés. Les commentateurs postérieurs ont expliqué cela[13] ; c’est que, quand l’arche de l’alliance divine et les tables du témoignage étaient dans le temple de Jérusalem, la שכינה (présence divine) s’y trouvait, et là était une source ouverte pour faire descendre l’inspiration prophétique sur les hommes qui en étaient dignes ; là, on voyait la science, l’intelligence et la prophétie de tout voyant[14], comme cela est indiqué par ces paroles : ודברתי אתך מעל הכפרת מבין שני הכרובים je parlerai avec toi de dessus le propitiatoire d’entre les chérubins (Exode, 25, 21) ; car de là venait l’inspiration prophétique, tellement que la plupart des prophètes étaient des gens de Jérusalem, comme je l’ai expliqué dans le sixième examen[15]. Mais après que le temple fut détruit, que la שכינה se fut éloignée d’eux, s’est éloignée d’eux la consolation, pour apaiser leur âme ; c’est pour cela que ses prophètes n’ont plus trouvé de vision ; car, quoique dans les premiers siècles il y eût des prophètes, tels que Noa’h, Schème et Eber, l’inspiration ne leur venait que pour qu’ils se perfectionnassent ; mais ce n’étaient pas des prophètes envoyés pour perfectionner le peuple, pour faire un appel aux hommes et les ramener au droit chemin ; car, comme l’observe Maïmonide dans le Moré, deuxième partie, chap. 38 et 40, l’inspiration prophétique des premiers était peu considérable et courte, seulement pour les perfectionner ; et ensuite quand le maître des prophètes est venu, il a ouvert dans la prophétie et dans l’inspiration une grande porte et une puissante attraction (המשכה) ; de là les prophètes ont tous été à un plus haut degré d’inspiration, tellement que tous (le peuple) les prophètes ont été des envoyés de Dieu à son peuple, pour appeler tous au nom de Dieu et le servir unanimement. Ce degré de prophétie et de vision n’était répandu sur eux qu’auprès de l’arche et des chérubins, et la שכינה qui était au milieu d’eux. C’est pourquoi il n’y avait pas de prophétie au temps du second temple, parce que l’arche n’était pas au milieu d’eux, et que la שכינה n’est pas revenue à sa place.
Et quand Dieu a voulu favoriser les gens du second temple, il leur a donné temporairement trois prophètes pour les fortifier dans la construction du temple, et pour leur faire savoir ce qui sera après, comme cela sera expliqué. Il fallait donc pour le premier d’entre eux, ‘Haggaï, faire savoir qu’il était prophète, c’est pourquoi on trouve dans ses paroles, non pas seulement une fois, mais cinq fois, que ‘Haggaï était prophète, parce que cette circonstance était un grand prodige, qu’un homme prophétisât lorsque l’arche et la שכינה étaient enlevées du milieu d’eux. Il fallait donc que le texte répétât plusieurs fois que c’était un prophète, que l’esprit de Dieu parlait en lui, et que la parole de Dieu était sur sa langue. On lit aussi dans ‘Haggaï : ויאמר חגי מלאך ה״ במלאכות ה״ לעם לאמר אני אתכם נאם ה״ (‘Haggaï, 1, 13). Toutes ces annonces, tous ces avertissements signifient que c’était un prophète parfait.
S’il est vrai ce que dit Josèphe, fils de Gourion, que lorsque Daniel a été jeté dans la fosse aux lions Dieu dit à ‘Habakkouk, qui portait à manger aux ouvriers qui étaient dans sa vigne, de donner à manger à Daniel ; que par un miracle il le porta de la Terre sainte à Babel, et qu’il le ramena en Palestine dans sa vigne dans l’espace d’une heure, ‘Habakkouk a donc été au temps de Daniel après la destruction du temple ; que c’est pour cela qu’il a déploré (la prospérité de) Nebouchadnetsar ; et comme il a prophétisé après la destruction, nous pouvons dire qu’il a fallu que le texte dise qu’il était prophète, parce qu’il est difficile à croire que la prophétie lui soit venue de nouveau après la ruine du temple.
Cette opinion de Josèphe me paraît peu probable, comme cela sera expliqué en son endroit.
Quant à Zechariah et Maleachi, nous pouvons dire que le motif que nous avons indiqués pour ‘Haggaï s’applique aussi à eux, savoir : leur prophétie après la ruine du temple, la disparition de l’arche, le départ de la שכינה, chose que l’esprit humain a peine à admettre, a obligé la mention qu’eux aussi étaient prophètes, car après avoir dit fils de Berechia, fils de Iddo, on applique à Zechariah le mot prophète, pour dire que Zechariah aussi a prophétisé alors ; mais Maleachi n’est pas nommé prophète, car on dit qu’il était un מלאך (envoyé, ange), synonyme à prophète ; tout prophète est un ange, comme dit Maïmonide ; ainsi on dit ויאמר חגי מלאך ה״ במלאכות ה״, c’est pourquoi il s’appelle מלאכי, comme s’il disait mon envoyé ou mon prophète.
Dans cette prophétie on explique que c’est pour cela qu’il est dit הנני שלח מלאכי (Mal. 3, 1) c’est-à-dire le prophète lui-même appelé מלאכי, et comme ce mot indique la prophétie, puisqu’il s’appelle particulièrement ange de Dieu comme dernier des prophètes, il n’était pas nécessaire de lui appliquer le mot prophète.
Dans cette prophétie j’expliquerai que selon nos sages מלאכי est Esra, et selon d’autres c’est Mordechaï (Mardochée). Selon eux il ne s’appelle מלאכי qu’à cause de sa prophétie. Quant à l’opinion de celui qui pense que מלאכי est un nom propre, et que l’appellation de prophète qui se trouve avec Zechariah se rapporte à Esra, non à Zechariah lui-même, on peut dire que ‘Haggaï ayant été le premier des prophètes du second temple, il fallait dire qu’il était prophète, parce que sa prophétie était contre les principes prophétiques, comme je l’ai dit ; il était donc inutile de le mentionner encore une fois avec Zechariah et Maleachi, car le prodige ayant eu lieu une fois, a eu ensuite lieu d’autres fois par la volonté de Dieu. Ceci a déjà été dit dans Samuel ויסף ה״ להראה בשילה Dieu se montra de nouveau à Schilo, etc. (I Sam. 3, 21), comme je l’ai expliqué en cet endroit. Le sens est que comme précédemment du temps d’Élie, la parole de Dieu était rare, la prophétie n’était pas alors répandue, quand Samuel fut devenu grand et que Dieu était avec lui, Dieu se montra de nouveau à Schilo, aux autres prophètes, savoir : sa parole et sa prophétie revinrent, parce qu’il s’était déjà manifesté à Samuel. Il en était ainsi de ‘Haggaï : la parole de Dieu lui ayant été révélée depuis la destruction du temple, époque difficile pour l’inspiration chez un homme quelconque, puisque pour cela la mention qu’il était prophète était nécessaire, la prophétie étant également le partage de Zechariah et de Maleachi, il n’était pas nécessaire de faire cette mention, comme pour le premier.
Ainsi s’explique pourquoi chez ces prophètes il y a particulièrement la mention qu’ils étaient prophètes ; voici le sixième examen.
Septième examen : le mot « livre » dans Na’houm
Septième examen. Pourquoi, dans tous ces douze prophètes n’appelle-t-on ספר (Sepher, livre) que la prophétie de Na’houm qui a prononcé le משא sur Ninvé : ספר חזון נחום האלקושי (Na’houm, 1, 1) ? On sait que les prophéties des autres prophètes étaient tous des livres à part, quoique à cause de leur exiguïté on les ait réunies pour en faire un seul livre ; cependant, le livre de Na’houm est un des plus petits, pourquoi seul l’appelle-t-on Sepher, et pas les autres qui sont plus grands ?
Je pense que cela provient de ce que les autres prophètes ont raconté leurs prophéties comme ils les ont vues, et on les a rédigées comme on les a entendues de leur bouche. Ionah, qui a prophétisé sur Ninvé, y est allé et a fait lecture de sa prophétie verbalement ; mais Na’houm n’y est pas allé et n’y a pas lu sa prophétie, mais il l’a mise par écrit dans un livre qu’il y a envoyé. C’est par ce livre qu’on connaît sa prophétie, et parce qu’on l’a trouvée dans un livre, le texte dit : משא נינוה ספר חזון נחום parce que c’est dans un livre qu’on a trouvé sa prophétie ; voilà le septième examen.
Les vingt-quatre livres
Nos maîtres ont compté les livres saints au nombre de vingt-quatre, et ils ont dit : Comme la fiancée se pare de vingt-quatre parures, il faut qu’un disciple sage (תלמיד חכם) soit versé dans les vingt-quatre livres. Ce qu’il y a de difficile, c’est que pour trouver ce nombre, ils ont compté le Pentateuque pour cinq, selon sa division dans la Tora[16], et ils ne permettent pas qu’on fasse d’un seul un rouleau[17] pour un livre, et ils ont été obligés de compter les douze prophètes pour un livre. Si c’est parce qu’ils sont petits, et que l’un d’eux aurait pu se perdre, comme dit le Talmud dans le premier chapitre de Baba-Basra, ils auraient dû compter également par le même motif les cinq Meguiloth pour un livre, puisqu’ils sont petits ; car Hoschéa, Amos, Michah et Zechariah sont plus grands que Ruth, le Cantique des cantiques et les Lamentations ; pourquoi comptent-ils les Meguiloth pour cinq livres et les douze prophètes pour un seul ?
Voici selon moi la réponse : Dans leur sagesse ils ont été guidés dans la distribution de ces livres soit d’après les auteurs de ces livres, soit d’après le contenu de ces livres mêmes ; Isaïe est distinct du livre de Jérémie et des autres prophètes, selon les auteurs et les rédacteurs de ces livres ; il en est ainsi des autres livres. Mais pour la Tora, qui a un seul rédacteur, ils ont, d’après leurs recherches, admis entre les cinq livres une différence essentielle : Le premier livre traite de la création et de la succession des générations ; le second traite de la sortie d’Israël de l’Égypte, de la réception de la Tora et de la construction du tabernacle. Le troisième livre traite de la doctrine des cohenime (תורת כהנים), du service des sacrifices, général et éternel pour la nation (כוללת ונצחיית לאומה). Le quatrième, de ce qui est arrivé aux Israélites dans le désert, et le cinquième enfin contient ce que Moïse a dit et fait à l’époque de sa mort. Comme le contenu de ces livres est différent, ils en ont fait cinq livres ; mais ils n’ont pas voulu qu’on lût publiquement (בצבור) dans un de ces livres à part sans que les autres y fussent, à cause de la sainteté des cinq livres ensemble, et pour l’honneur de l’assemblée (כבוד הצבור). Mais pour les cinq Meguiloth ils ont remarqué deux différences à la fois, soit quant à l’auteur, comme par exemple, Salomon a fait le Cantique des cantiques, et Jérémie les Lamentations, soit quant à l’explication (הדרוש) : car le contenu du Cantique des cantiques n’est pas comme celui des Lamentations ; Koheleth non plus n’est pas, quant à son explication et à son contenu, comme le Cantique des cantiques, quoique tous les deux soient du même auteur. Ruth n’est pas non plus de la nature des autres Meguiloth ; c’est un récit des temps des schophetime (juges) ; il en est de même d’A’haschverousch (livre d’Esther). Mais des écrits des douze prophètes, quoique de différents auteurs, ils ont fait un seul livre, car tous ont le même objet : des prophéties de l’avenir, de la délivrance d’Israël et sa vengeance de ses ennemis, joints à la morale et au redressement du peuple ; il n’y a pas d’opposition de contenu comme dans les cinq Meguiloth : car איכה (Thrènes) est pour le contenu le contraire du Cantique des cantiques ; il aurait donc été juste par ce motif que tous ces livres prophétiques ne fissent qu’un seul livre, c’est-à-dire, Isaïe, Jérémie, Ézéchiel et les douze prophètes. Mais comme les prophéties d’Isaïe, celles de Jérémie et celles d’Ézéchiel sont nombreuses, on a fait de chacun d’eux un livre à part, de même que les prophètes auteurs de ces livres étaient séparés l’un de l’autre ; tandis que les douze prophètes, dont les prophéties sont peu étendues, qui auraient pu facilement se perdre, et dont le contenu se ressemble, le récit de l’avenir, nos sages en ont pour cette raison fait un seul livre.
Après toutes ces paroles et la vérité que j’ai exposée devant toi, lecteur[18], je vais t’expliquer les prophéties des douze prophètes. Tu sais que j’en ai déjà expliqué des chapitres (פרשיות) dans mon livre intitulé משמיע ישועה[19] ; mais ici je les expliquerai plus complètement ; là les paroles ont été dites pour répondre à l’épicurien, et il est convenable d’expliquer et d’élaborer les choses chacune à sa place.
J’ai fixé les prophéties dans chacun des livres de ces prophètes, selon son contenu, bien que pour quelques-unes de ces prophéties j’aie fait ici quelques changements à l’ordre que j’ai fixé dans le משמיע ישועה, où cela était conforme au sujet traité. Dans cette ville, Dieu m’a fait trouver le commentaire d’Aben Esra sur ce livre ; malgré sa brièveté, je m’en suis réjoui, car on ne le trouve pas dans mon pays natal, vu qu’il l’a composé dans une ville méridionale (בעיר דרום), et il n’est pas parvenu à mon pays, qui est à l’extrémité occidentale ; et j’ai vu que les meilleurs commentaires cités par R. David Kim’hi, il les a pris à Aben Esra, quoiqu’il ne l’ait pas cité nominativement. Mais moi j’attribuerai chaque parole à celui qui l’a dite, de peur d’être de ceux qui volent des paroles (ממגנבי דברים). Je ne puis éviter d’être très étendu dans le commentaire de ces prophéties, car le contenu en est grave, et la diction en est très difficile. Voici un principe que je te donne en main, il sera une clef utile pour l’intelligence de ces prophéties : c’est que la plupart de ces prophètes ont prophétisé la délivrance future ; et comme à cause de son éloignement et la longueur de l’exil les hommes pourraient en désespérer, Dieu a dû susciter plusieurs prophètes qui rendent témoignage de cette délivrance et en donnent l’assurance.
Tu trouveras aussi que plusieurs prophètes ont vu dans leurs prophéties la domination des quatre empires. Et même tu trouveras que les prophètes qui ont annoncé le second temple, ont prédit aussi l’exil qui le suit immédiatement et la délivrance future. Quand cette annonce n’était pas du contenu de ces prophéties, ils ont par à propos (אגב גררא) prédit cet avenir, et cela pour fortifier cette confiance et faire disparaître tout doute.
Et après que Dieu t’a fait connaître tout cela, j’arrive à la fixation de prophéties et à leur explication par le secours de Celui qui donne par sa bouche la sagesse, la connaissance et l’intelligence.
Les prophéties des douze prophètes
Hoschéa
Il y a dans ce livre cinq prophéties :
Première prophétie
Chapitres I et II, se compose de quatre divisions (פרשיות)[20].
Sommaire. L’exil de Iehouda et de Jérusalem, construction du second temple, et la délivrance future.
| Section | Chapitre | Verset |
|---|---|---|
| 1re | 1 | |
| 2 | 2 | 1 |
| 3 | 2 | 18 |
| 4 | 2 | 23 |
Deuxième prophétie
Chapitre III, fait une division.
Sommaire. Ce qui arrivera aux Israélites dans l’exil : quoique dans le pays de leurs ennemis, la Providence divine ne les abandonne pas ; eux, de leur côté, dans l’exil n’adoreront pas de dieux étrangers. À la fin de l’exil ils rechercheront de nouveau Dieu, et David leur roi.
Troisième prophétie
Du chapitre IV au chapitre V, 1 à 8, se compose de deux divisions.
Sommaire. Admonition adressée aux enfants d’Israël et au royaume d’Éphraïme sur leurs péchés entre eux, et sur ceux envers Dieu, par l’idolâtrie. Admonition aussi à leurs cohenime et à leurs faux prophètes ; annonce du châtiment qui les atteindra.
| Section | Chapitre | Verset |
|---|---|---|
| 1re | 4 | |
| 2 | 5 | 1 |
Quatrième prophétie
Du chapitre V, verset 8, au chapitre IX, verset 10 ; se compose de quatre divisions.
Sommaire. Admonition à Israël et à Iehouda sur leurs péchés : libertinage, assassinat et idolâtrie. Les misères avant, pendant et après l’exil.
| Section | Chapitre | Verset |
|---|---|---|
| 1re | 5 | [8] |
| 2 | 7 | 1 |
| 3 | 7 | 13 |
| 4 | 9 | 1 |
Cinquième prophétie
Du chapitre IX, verset 10, à la fin du livre, se compose de cinq divisions.
Sommaire. Admonition au royaume d’Éphraïme sur l’adultère, sur les veaux qu’on adorait ; châtiment qui atteindra les Éphraïmites, qui seront privés de leurs enfants ; ils tomberont aux mains de leurs ennemis, dont ils ont invoqué le secours.
| Section | Chapitre | Verset |
|---|---|---|
| 1re | 9 | 10 |
| 2 | 10 | 1 |
| 3 | 12 | 1 |
| 4 | 13 | 12 |
| 5 | 14 | 2 |
Ioël
Il y a deux prophéties :
Première prophétie
Du chapitre I au chapitre III, verset 1, se compose de quatre divisions.
Sommaire. Annonce de la domination des quatre royaumes qui ont maltraité Israël, qui ont été maîtres de Jérusalem, et invitation de déplorer ce malheur.
| Section | Chapitre | Verset |
|---|---|---|
| 1re | 1 | 1 |
| 2 | 1 | [13] |
| 3 | 2 | 1 |
| 4 | 2 | 15 |
Deuxième prophétie
Du chapitre III jusqu’à la fin du livre, se compose de trois divisions.
Sommaire. Annonce de la délivrance future, le retour de l’exil, sur cela douze annonces.
| Section | Chapitre | Verset |
|---|---|---|
| 1re | 3 | 1 |
| 2 | 5 | 1 |
| 3 | 5 | 10 |
Amos
Il y a quatre prophéties :
Première prophétie
Du chapitre I au chapitre IV, se compose de onze divisions.
Sommaire. La ruine des dix tribus et leur exil. Il prend à partie les autres peuples, comme cela sera expliqué.
| Section | Chapitre | Verset |
|---|---|---|
| 1re | 1 | 1 |
| 2 | 1 | [3] |
| 3 | 1 | 6 |
| 4 | 1 | 9 |
| 5 | 1 | 11 |
| 6 | 1 | 13 |
| 7 | 2 | 1 |
| 8 | 2 | 4 |
| 9 | 2 | [6] |
| 10 | [3] | 1 |
| 11 | 3 | 11 |
Deuxième prophétie
Du chapitre IV au chapitre VII, se compose de huit divisions.
Sommaire. Admonition aux Éphraïmites, annonces des châtiments pour eux à part, et pour ceux de Juda à part. Mention des avertissements que Dieu leur a donnés, et qu’ils n’ont pas écoutés.
| Section | Chapitre | Verset |
|---|---|---|
| 1re | 4 | 1 |
| 2 | 4 | 12 |
| 3 | 5 | 1 |
| 4 | 5 | 4 |
| 5 | 5 | 16 |
| 6 | 5 | 18 |
| 7 | 6 | 1 |
| 8 | 6 | 11 |
Troisième prophétie
Du chapitre VII au chapitre IX, se compose de onze divisions :
Sommaire. Dieu a averti Israël en lui envoyant de terribles châtiments ; mais les Israélites n’ont pas obéi, ils ne sont pas revenus vers lui, et ont méprisé ses prophètes, c’est pourquoi il leur annonce la ruine.
| Section | Chapitre | Verset |
|---|---|---|
| 1re | 7 | 1 |
| 2 | 7 | 4 |
| 3 | 7 | 10 |
| 4 | 7 | 12 |
| 5 | 7 | 14 |
| 6 | 7 | 17 |
| 7 | 8 | 1 |
| 8 | 8 | 4 |
| 9 | 8 | 9 |
| 10 | 8 | 11 |
| 11 | 9 | 1 |
Quatrième prophétie
Du chapitre IX, verset 7, à la fin du livre, se compose de deux divisions.
Sommaire. Avantage des Israélites sur les autres peuples ; même dans les châtiments qui leur sont infligés à cause de leurs péchés, ils ne renient pas Dieu complètement comme les autres peuples.
| Section | Chapitre | Verset |
|---|---|---|
| 1re | 9 | 7 |
| 2 | 9 | 13 |
Obadiah
Une prophétie, une seule division, du commencement du livre jusqu’à la fin.
Sommaire. Ruine future d’Édome.
Ionah
Il y a deux prophéties :
Première prophétie
Du chapitre I au chapitre III, se compose de deux divisions.
Sommaire. Histoire de Ionah : on le jette à la mer ; le poisson engloutit Ionah ; le prodige dont il fut l’objet dans les entrailles du poisson ; sa prière.
| Section | Chapitre | Verset |
|---|---|---|
| 1re | 1 | 1 |
| 2 | 2 | 11 |
Deuxième prophétie
Du chapitre III à la fin du livre, se compose de deux divisions.
Sommaire. Pénitence des Ninivites ; ce qui arriva à Ionah avec le kikaïone, et ce qui lui fut dit à ce sujet.
| Section | Chapitre | Verset |
|---|---|---|
| 1re | 3 | 1 |
| 2 | 4 | 4 |
Michah
Il y a trois prophéties :
Première prophétie
Du chapitre I, verset 1, au chapitre IV, verset 1, se compose de six divisions.
Sommaire. Avertissement pour les fils d’Israël et de Iehouda ensemble, de revenir de leurs mauvaises voies, afin que Dieu ne retire pas sa présence d’entre eux, qu’il ne détruise pas les petits avec les grands. Annonce générale de la ruine de Schomrone (Samarie), des villes isolées de Iehouda.
| Section | Chapitre | Verset |
|---|---|---|
| 1re | 1 | 1 |
| 2 | 2 | 1 |
| 3 | 2 | 3 |
| 4 | 3 | 1 |
| 5 | 3 | 5 |
| 6 | 3 | 9 |
Deuxième prophétie
Du chapitre IV, verset 1, au chapitre VI, verset 1, se compose de quatre divisions.
Sommaire. Annonce de la délivrance future, supériorité qu’aura alors le temple ; union de la nation, renouvellement du royaume de Iehouda dans cette nation.
| Section | Chapitre | Verset |
|---|---|---|
| 1re | 4 | 1 |
| 2 | 4 | 8 |
| 3 | 5 | 1 |
| 4 | 5 | 6 |
Troisième prophétie
Du chapitre VI, verset 1, se compose de cinq divisions.
Sommaire. Dieu a toujours eu de bonnes intentions pour les Israélites. Même pendant leurs péchés il leur a fait beaucoup de bien ; aussi, quoique condamnés à l’exil, il ne les y exterminera pas ; il aura de nouveau compassion d’eux, et les agréera comme un père son fils.
| Section | Chapitre | Verset |
|---|---|---|
| 1re | 6 | 1 |
| 2 | 6 | 9 |
| 3 | 7 | 1 |
| 4 | 7 | 9 |
| 5 | 7 | 14 |
Na’houm
C’est une seule prophétie, qui a quatre divisions.
Sommaire. Annonce de la ruine de Ninvé, métropole du royaume d’Aschour ; ruine de San’hérib, de ses guerriers et de ses cavaliers, parce qu’ils ont détruit les tribus d’Israël et leur pays.
| Section | Chapitre | Verset |
|---|---|---|
| 1re | 1 | 1 |
| 2 | 1 | 12 |
| 3 | 2 | 1 |
| 4 | 3 | 1 |
‘Habakkouk
C’est une seule prophétie ; elle a neuf divisions.
Sommaire. Annonce que la postérité de Nebouchadnetsar sera anéantie et détruite, parce qu’il a détruit le temple de Dieu à Jérusalem. Annonce de la construction du second temple ; mais ce ne sera pas alors là l’extrémité des temps et la fin de la fureur, qui n’aura lieu que plusieurs années après ; c’est là l’objet de sa prière.
| Section | Chapitre | Verset |
|---|---|---|
| 1re | 1 | 1 |
| 2 | 2 | 1 |
| 3 | 2 | 9 |
| 4 | 2 | 12 |
| 5 | 2 | 15 |
| 6 | [2] | 18 |
| 7 | 2 | 19 |
| 8 | 3 | 1 |
| 9 | 3 | 8 |
Tsephaniah
C’est une seule prophétie, qui a huit divisions.
Sommaire. Ruine du premier temple, exil des fils de Iehouda ; il y aura également après cela un grand exil pour toutes les nations qui ont effrayé ceux de Iehouda. Annonce du second temple ; le grand exil qui le suivra, la délivrance future à la fin ; alors toutes les nations prendront la croyance de Dieu, béni soit-il !
| Section | Chapitre | Verset |
|---|---|---|
| 1re | 1 | 1 |
| 2 | 1 | 8 |
| 3 | 1 | 10 |
| 4 | 1 | 12 |
| 5 | 2 | 5 |
| 6 | 3 | 1 |
| 7 | 3 | 14 |
| 8 | 3 | 16 |
‘Haggaï
Il y a cinq prophéties, qui ont huit divisions.
(Ici les prophéties ne sont pas détaillées.)
Sommaire de toutes les prophéties. Corriger le peuple de sa négligence à bâtir le temple, l’y exciter, lui faire savoir avec cela qu’il y aura un troisième temple plus magnifique que tous ; annonce de la prospérité des descendants de Zeroubabel.
| Section | Chapitre | Verset |
|---|---|---|
| 1re | 1 | 1 |
| 2 | 1 | [3] |
| 3 | 1 | 7 |
| 4 | 1 | 12 |
| 5 | 1 | 15 |
| 6 | 2 | 6 |
| 7 | 2 | 14 |
| 8 | 2 | 20 |
Zechariah
Il y a quatre prophéties :
Première prophétie
Du chapitre I, verset 7, une seule division.
Sommaire. Parole cordiale adressée aux Israélites ; Dieu veut leur gloire ; s’il a infligé à leurs pères l’exil et la ruine, c’était pour leurs mauvaises actions. Dieu les a fait sortir de l’exil de Babel afin de les bien préparer pour le temps quand ils seront dans leur pays, afin qu’ils servent Dieu et lui soient attachés, de manière que la שכינה revienne résider parmi eux.
Deuxième prophétie
Du chapitre I, verset 7, au chapitre VII, verset 1, se compose de dix divisions.
Sommaire. Annonce de ce qui aura lieu dans Iehouda et Ierouschalaïme à l’époque du second temple par suite des dominations étrangères, et ce qui arrivera aussi à ces empires. Récompense de Iehoschoua, cohène principal ; Antiochus et les Asmonéens, et la délivrance à la fin des temps.
| Section | Chapitre | Verset |
|---|---|---|
| 1re | 1 | 7 |
| 2 | 1 | 16 |
| 3 | 2 | 1 |
| 4 | 2 | 5 |
| 5 | 2 | 12 |
| 6 | [2] | 14 |
| 7 | 4 | 8 |
| 8 | 5 | 9 |
| 9 | 6 | 1 |
| 10 | 6 | 9 |
Troisième prophétie
Du chapitre VII, verset 1, au chapitre XII, verset 1, se compose de vingt et une divisions.
Sommaire. Les princes de Iehouda captifs à Babel, envoient demander aux cohenime et aux lévites captifs à Jérusalem, s’ils doivent pleurer dans le cinquième mois ; ordre de Dieu sur la réponse à leur faire ; annonces et prophéties se rapportant à cette réponse ; en même temps il fait savoir au prophète ce qui aura lieu au second temple au milieu des Israélites ; leur domination et leur supériorité (שררות).
| Section | Chapitre | Verset |
|---|---|---|
| 1re | 7 | 1 |
| 2 | 7 | 4 |
| 3 | 7 | 8 |
| 4 | 8 | 1 |
| 5 | 8 | [3] |
| 6 | 8 | 4 |
| 7 | 8 | 6 |
| 8 | 8 | 7 |
| 9 | 8 | 9 |
| 10 | 8 | 14 |
| 11 | 8 | 16 |
| 12 | 8 | [18] |
| 13 | 8 | 20 |
| 14 | 8 | 23 |
| 15 | 9 | 1 |
| 16 | 9 | [9] |
| 17 | 10 | 3 |
| 18 | 11 | 1 |
| 19 | 11 | 4 |
| 20 | 11 | 12 |
| 21 | 11 | 15 |
Quatrième prophétie
Du chapitre XII, verset 1, jusqu’à la fin du livre ; se compose de six divisions.
Sommaire. Ce qui arrivera à la fin de l’exil ; la dernière fureur par suite de la vengeance exercée sur les peuples près de Jérusalem. Dans cette guerre tombera le général des Israélites ; on fera un deuil pour lui. Dieu purifiera Israël comme on purifie les métaux. Quand les malheurs étendront sur eux leurs ténèbres, Dieu fera briller sur eux la lumière de son salut. Depuis lors Jérusalem sera toujours en sécurité.
| Section | Chapitre | Verset |
|---|---|---|
| 1re | 12 | 1 |
| 2 | 12 | 8 |
| 3 | 13 | 7 |
| 4 | 14 | 1 |
| 5 | 14 | 12 |
| 6 | 14 | 16 |
Maleachi
C’est une seule prophétie, qui a huit divisions.
Sommaire. Admonition adressée aux contemporains du second temple sur leurs mauvaises actions, soit en offrant dans le temple des animaux défectueux, du pain souillé, soit en prenant avec leurs premières femmes des femmes étrangères. Annonce qu’ils seront obligés de rendre compte de leurs actions en justice, soit dans cette vie, soit dans la vie à venir, au temps du Messie et de la résurrection des morts.
| Section | Chapitre | Verset |
|---|---|---|
| 1re | 1 | 1 |
| 2 | 1 | 12 |
| 3 | 2 | 13 |
| 4 | 2 | 17 |
| 5 | 3 | 13 |
| 6 | 3 | 16 |
| 7 | 3 | 19 |
| 8 | 3 | 22 |
Sources —Préface d’Abrabanel sur les Douze petits prophètes. [Traduction d’Olry Terquem]. Dans : La Bible : traduction nouvelle avec l’hébreu en regard, par S. Cahen, tome XII, Les Douze petits prophètes. Paris, chez l’auteur, 1843. [Version numérisée : Google Books].