Dissertation homilétique sur le Décalogue par Saadia Gaon
Préambule de Saadia Gaon
Trad. R. Isaac Morali (1913)
Les premières paroles
אוול אבתדא כלמנא / al-ʾulay al-kalimāt
Lorsque le Souverain Créateur promulgua ses dix commandements, sa voix retentissante ébranla l’Univers entier. Le tonnerre gronda, le feu et les flammes embrasèrent l’espace, les nuages furent déchirés par la fulgurante lueur des éclairs. Les anges furent saisis d’épouvante, les cieux tressaillirent, la terre trembla, les montagnes vacillèrent, les vagues s’arrêtèrent brusquement au milieu des mers, les fleuves se détournèrent de leur cours. Le soleil, la lune et les étoiles suspendirent leurs mouvements. Les palais s’écroulèrent ; les bêtes fauves et les animaux domestiques furent frappés de terreur. La voix du Très-Haut simultanément exprimée en soixante-dix langues[1] fendit successivement les sept cieux et embauma l’atmosphère des plus suaves parfums qui s’exhalent du Paradis : tels que ceux du musc, de l’ambre, du camphre, du bois d’aloès et des meilleures plantes aromatiques, tandis qu’une éblouissante lumière brillait dans le monde.
Dès que les sons puissants de la parole divine furent perçus, l’Unité absolue de l’Être suprême fut solennellement proclamée, ainsi qu’il est écrit dans la sainte et vraie Thora.
Au commencement, notre parole a débuté
אוול אבתדא כלמנא / ʾawwal abtada kalāmanā
Avant de développer ces commandements, il est de notre devoir de consacrer les premières expressions de notre bouche, et les premiers mots de notre langue, à la louange et à la glorification de notre Maître, l’Éternel, qui créa le monde en lui disant : « sois ! » et il fut, étendit les cieux par sa seule parole, et appela le néant à l’existence.
« Je suis le premier, je suis le dernier, nous dit-il, par l’organe du prophète Isaïe, (que la paix soit sur lui !), hors moi, point de Dieu. »[2] Ma Majesté réside dans les cieux, et ma force se manifeste au-dessous et au-dessus des eaux. Je suis l’Éternel qui ai choisi les fils d’Israël, parmi toutes les nations ; je les ai appelés « mes élus ». Je les ai fait transporter sur des ailes d’aigles, je les ai dirigés vers le Mont-Sinaï, je les ai dotés de mes Lois, je les ai distingués des autres peuples. C’est pour cela que nous devons glorifier et exalter notre Dieu, qui nous a fait sortir de l’Égypte, et nous a affranchis de la servitude de Pharaon ; qui a précipité nos ennemis dans les flots de la Mer Rouge ; qui nous a conduits au pied du Mont-Sinaï ; qui nous a nourris de manne et de cailles ; qui nous a attribué la prééminence religieuse sur l’humanité, et nous a gratifiés de sa Thôra et de ses commandements.
Que l’Éternel, Dieu de nos pères, nous multiplie mille fois, plus que nous sommes, et qu’il nous bénisse suivant cette promesse qu’il nous a faite[3].
ה׳ אלהי אבותיכם יוסף עליכם ככם אלף פעמים
ויברך אתכם כאשר דבר לכם
[1] V. Talmud traité Schabbath, f. 88.
[2] Cf. Isaïe 44:6.
[3] Cf. Deutéronome 1:11.
Source : Dissertation homilétique sur le Décalogue, récitée dans les synagogues d’Algérie le premier jour de Pentecôte. Œuvre de R. Saadia Gaôn. Traduite par Isaac Morali (rabbin). Alger, Imprimerie Franck et Solal. 1913. [Version numérisée : Bibliothèque numérique de l’AIU]