רבי תנחום הירושלמי על ספר חבקוק

R. Tan’houm de Jérusalem sur ‘Habaqqouq

Trad. S. Munk (1843)

בְּשֵׁם אֵל עוֹלָם

Au nom du Dieu éternel.

סֵפֶר חֲבַקּוּק

Livre d’Habakkouk


Chapitre 1

הַמַּשָּׂא֙ אֲשֶׁ֣ר חָזָ֔ה חֲבַקּ֖וּק הַנָּבִֽיא׃

1:1
Rabbinat français — 1:1

L’oracle que le prophète Habacuc perçut dans une vision :

Tan’hum de Jérusalem — 1:1

המשׂא וג״ Vous savez déjà qu’on appelle la révélation משׂא. — De ce prophète encore, on ne saurait préciser ni l’époque, ni la généalogie, car on ne nous donne là-dessus aucune explication. Dans cette prophétie on avertit que la domination des Chaldéens s’étendra, mais qu’ensuite elle cessera et que le règne de la maison de Nebouchadnéçar sera détruit.


עַד־אָ֧נָה יְהֹוָ֛ה שִׁוַּ֖עְתִּי וְלֹ֣א תִשְׁמָ֑ע אֶזְעַ֥ק אֵלֶ֛יךָ חָמָ֖ס וְלֹ֥א תוֹשִֽׁיעַ׃

1:2
Rabbinat français — 1:2

Jusques à quand, ô Seigneur, t’implorerai-je sans que tu entendes mon appel ? Crierai-je vers toi : violence ! sans que tu prêtes secours ?

Tan’hum de Jérusalem — 1:2

עד אנה וג״ Il commence par des supplications, en parlant au nom d’Israël, en implorant le Très-Haut contre l’oppression que les Chaldéens faisaient peser sur eux (les Israélites) et en le suppliant de ne pas pousser plus loin l’indulgence qu’il leur accordait tout en connaissant leur tyrannie. Tel est le sens de ces mots :


לָ֣מָּה תַרְאֵ֤נִי אָ֙וֶן֙ וְעָמָ֣ל תַּבִּ֔יט וְשֹׁ֥ד וְחָמָ֖ס לְנֶגְדִּ֑י וַיְהִ֧י רִ֦יב וּמָד֖וֹן יִשָּֽׂא׃

1:3
Rabbinat français — 1:3

Pourquoi me laisses-tu voir l’iniquité et restes-tu témoin de l’injustice ? L’oppression et la violence triomphent sous mes yeux ; partout éclatent des disputes et sévit la discorde !

Tan’hum de Jérusalem — 1:3

למה וג״ Pourquoi me fais-tu voir, etc., c’est-à-dire : pourquoi, tout en sachant cela, leur permets-tu d’y persévérer ? — Le mot יִשָּׂא est pris ici dans le sens (neutre) de s’élever, et il a la valeur de יִנָשֵׂא ou de ישׂא ראשׁ (La querelle et la dispute s’élèvent ou lèvent la tête). Il y en a qui disent que la valeur est : L’homme de querelle et de dispute lève la tête ; comment se fait-il (dit le prophète) que le méchant arrive à une position élevée, puisque tu pénètres ses actions ?


עַל־כֵּן֙ תָּפ֣וּג תּוֹרָ֔ה וְלֹא־יֵצֵ֥א לָנֶ֖צַח מִשְׁפָּ֑ט כִּ֤י רָשָׁע֙ מַכְתִּ֣יר אֶת־הַצַּדִּ֔יק עַל־כֵּ֛ן יֵצֵ֥א מִשְׁפָּ֖ט מְעֻקָּֽל׃

1:4
Rabbinat français — 1:4

Aussi la loi est-elle paralysée et le droit ne se manifeste-t-il plus jamais. Oui, le méchant circonvient le juste, aussi ne rend-on que des sentences perverses.

Tan’hum de Jérusalem — 1:4

על כן תפוג וג״ Le mot תפוג signifie elle se relâche, c’est-à-dire, sa force s’affaiblit ; il a un sens analogue à פּוּגַת (Lamentations, ch. 2, v. 18). — מכתיר את הצדיק il environne le juste, c’est-à-dire, il l’assiège, et s’empare de lui ; מַכְתִּיר est employé dans le même sens que כִּתְּרוּנִי (Ps. 22, v. 13). Ce verbe est dérivé de כֶּתֶר couronne, car la couronne environne la tête. Il y en a qui expliquent מכתיר par il le domine, il s’impose sur sa tête comme une couronne ; mais le premier sens est plus convenable.


רְא֤וּ בַגּוֹיִם֙ וְֽהַבִּ֔יטוּ וְהִֽתַּמְּה֖וּ תְּמָ֑הוּ כִּי־פֹ֙עַל֙ פֹּעֵ֣ל בִּימֵיכֶ֔ם לֹ֥א תַאֲמִ֖ינוּ כִּ֥י יְסֻפָּֽר׃

1:5
Rabbinat français — 1:5

Jetez les yeux sur les peuples, regardez, soyez étonnés, stupéfaits ! Car il [Dieu] va, en votre temps, accomplir une œuvre… vous n’y croiriez pas si on vous la racontait.

Tan’hum de Jérusalem — 1:5

ראו וג״ Ceci est l’allégation des paroles que le Très-Haut adresse à Israël. Le mot התמהו est au Hithpaël ; le ת du Hithpaël est inséré dans la première radicale ; תמהו est l’impératif du verbe léger (Kal), et la répétition du verbe est pour donner de l’énergie. Dans les mots כִּי־פֹעַל פֹּעֵל, il faut suppléer אני, ou הנני, ou autre chose semblable, ainsi qu’il dit ci-après :


כִּֽי־הִנְנִ֤י מֵקִים֙ אֶת־הַכַּשְׂדִּ֔ים הַגּ֖וֹי הַמַּ֣ר וְהַנִּמְהָ֑ר הַהוֹלֵךְ֙ לְמֶרְחֲבֵי־אֶ֔רֶץ לָרֶ֖שֶׁת מִשְׁכָּנ֥וֹת לֹּא־לֽוֹ׃

1:6
Rabbinat français — 1:6

Oui, je vais susciter les Chaldéens, ce peuple féroce et emporté, qui parcourt les vastes espaces de la terre, pour conquérir des demeures qui ne sont pas à lui.

Tan’hum de Jérusalem — 1:6

כי הנני מקים וג״ voici je fais lever les Chaldéens, etc. Il appelle ce peuple מר amer, à cause du grand mal qu’il faisait. נמהר a ici le sens de être léger, agir précipitamment, sans considération ni intelligence. On le traduit aussi par rapide, du sens de מְהֵרָה. Enfin on l’explique aussi par stupide, comme נמהרי לב (Isaïe, 35, 4).


אָיֹ֥ם וְנוֹרָ֖א ה֑וּא מִמֶּ֕נּוּ מִשְׁפָּט֥וֹ וּשְׂאֵת֖וֹ יֵצֵֽא׃

1:7
Rabbinat français — 1:7

Peuple terrible et redoutable ! De lui seul il tire son droit et son orgueil.

Tan’hum de Jérusalem — 1:7

ממנו משפטו ושאתו יצא de lui-même émane son autorité et son élévation ; c’est-à-dire, suivant son opinion.


וְקַלּ֨וּ מִנְּמֵרִ֜ים סוּסָ֗יו וְחַדּוּ֙ מִזְּאֵ֣בֵי עֶ֔רֶב וּפָ֖שׁוּ פָּרָשָׁ֑יו וּפָֽרָשָׁיו֙ מֵרָח֣וֹק יָבֹ֔אוּ יָעֻ֕פוּ כְּנֶ֖שֶׁר חָ֥שׁ לֶאֱכֽוֹל׃

1:8
Rabbinat français — 1:8

Ses chevaux sont plus légers que des panthères, plus rapides que les loups du soir, et ses cavaliers se répandent de toutes parts. Ils viennent de loin, ses cavaliers, ils volent comme un aigle qui se hâte de dévorer.

Tan’hum de Jérusalem — 1:8

וחדו signifie : ils sont aigus ou véhéments. Quant aux mots זאבי ערב, on les explique par loups du désert, comme זאב ערבות (Jérémie, 5, 6). D’autres disent loups du soir ou de la nuit. — וּפָשׁוּ a été expliqué de différentes manières : on lui a donné le sens de פוץ (ses cavaliers se répandront) ; on l’a aussi expliqué dans le sens de danser, sauter ; enfin on a dit qu’il est analogue au mot du Targum qui rend פרו ורבו par פושו וסגו (Onqelos).


כֻּלֹּה֙ לְחָמָ֣ס יָב֔וֹא מְגַמַּ֥ת פְּנֵיהֶ֖ם קָדִ֑ימָה וַיֶּאֱסֹ֥ף כַּח֖וֹל שֶֽׁבִי׃

1:9
Rabbinat français — 1:9

Tous viennent pour la rapine, leur passion les porte toujours en avant. Ils amassent des captifs comme du sable.

Tan’hum de Jérusalem — 1:9

מגמת פניהם La meilleure traduction qu’on ait donnée de ces mots est : la direction de leurs visages. C’est l’opinion du maître Aboulwalîd ; le mot מְגַמָּת vient, selon lui, d’une racine à deux lettres pareilles (גמם). Aboulwalîd y trouve de l’analogie avec la racine arabe חמם, qui s’emploie dans le sens de se diriger. Il se peut qu’il ait voulu désigner la direction qu’ils prenaient en retournant dans leur pays avec le butin.


וְהוּא֙ בַּמְּלָכִ֣ים יִתְקַלָּ֔ס וְרֹזְנִ֖ים מִשְׂחָ֣ק ל֑וֹ ה֚וּא לְכׇל־מִבְצָ֣ר יִשְׂחָ֔ק וַיִּצְבֹּ֥ר עָפָ֖ר וַֽיִּלְכְּדָֽהּ׃

1:10
Rabbinat français — 1:10

Et ce peuple se moque des rois, les princes lui sont un objet de risée ; il se joue de toutes les forteresses, amoncelle un peu de terre et les prend d’assaut.

Tan’hum de Jérusalem — 1:10

והוא במלכים יתקלס il méprise les rois, il se moque d’eux, comme וקלסה לכל הארצות (un objet de mépris pour tous les pays, Ézéchiel, 22, 4). — ויצבר עפר וילכדה : Le pronom suffixe dans וילכדה se rapporte à מבצר, comme si on sous-entendait עיר ville (du féminin). Il n’a qu’à ramasser de la terre pour en couvrir la ville et pour la conquérir.


אָ֣ז חָלַ֥ף ר֛וּחַ וַֽיַּעֲבֹ֖ר וְאָשֵׁ֑ם ז֥וּ כֹח֖וֹ לֵאלֹהֽוֹ׃

1:11
Rabbinat français — 1:11

Ainsi il passe comme une tempête, et sur son passage il commet des méfaits, lui qui tient sa force pour son dieu !

Tan’hum de Jérusalem — 1:11

אז חלף רוח וג״ Il faut sous-entendre כ, comme s’il y avait חלף כרוח (il passe comme le vent). Tel est le sens de ואשם זו כחו לאלהו — [זו a le sens de אשר, comme dans עם זו, Isaïe, 43, 21]. On se sert du mot אלהו, au singulier, pour rabaisser (ce dieu), parce qu’on veut parler d’un faux dieu.


הֲל֧וֹא אַתָּ֣ה מִקֶּ֗דֶם יְהֹוָ֧ה אֱלֹהַ֛י קְדֹשִׁ֖י לֹ֣א נָמ֑וּת יְהֹוָה֙ לְמִשְׁפָּ֣ט שַׂמְתּ֔וֹ וְצ֖וּר לְהוֹכִ֥יחַ יְסַדְתּֽוֹ׃

1:12
Rabbinat français — 1:12

N’es-tu pas, de toute éternité, ô Seigneur, mon Dieu, mon Saint ? Non, nous ne mourrons pas ! L’Éternel, c’est pour faire justice que tu as commis ce peuple ! ô mon Rocher, c’est pour châtier que tu l’as établi !

Tan’hum de Jérusalem — 1:12

הלוא אתה Après avoir fini de réciter les paroles de Dieu, il (le prophète) continue : « Mais toi, ô Seigneur, n’es-tu pas notre Dieu, depuis le commencement de notre naissance ? Nous te prions donc de ne pas nous négliger, car nous mourrions sous la main de cet ennemi ; » c’est là ce qu’il exprime par les mots הלא…..לא נמות. Peut-être aussi le sens de אלהי קדשי לא נמות est-il : Tu es notre guide ; ainsi nous ne mourrons pas et nous ne périrons pas — une parenthèse qui serait une épithète de Dieu, exprimant le soin particulier qu’il prend des Israélites.


טְה֤וֹר עֵינַ֙יִם֙ מֵרְא֣וֹת רָ֔ע וְהַבִּ֥יט אֶל־עָמָ֖ל לֹ֣א תוּכָ֑ל לָ֤מָּה תַבִּיט֙ בּֽוֹגְדִ֔ים תַּחֲרִ֕ישׁ בְּבַלַּ֥ע רָשָׁ֖ע צַדִּ֥יק מִמֶּֽנּוּ׃

1:13
Rabbinat français — 1:13

Ô toi qui as les yeux trop purs pour voir le mal, et qui ne peux regarder l’iniquité, pourquoi regardes-tu ces perfides, gardes-tu le silence quand le méchant dévore plus juste que lui ?

Tan’hum de Jérusalem — 1:13

טהור עינים וג״ Ceci est encore sous la dépendance des mots הלא אתה. Le sens est : Tu ne veux pas le mal ; comment alors se fait-il que tu prennes patience avec l’iniquité ? Par les mots למה….. צדיק ממנו il veut dire : quoiqu’il ne soit pas juste dans le sens absolu, il l’est toujours en comparaison de l’impie qui le domine.


וַתַּעֲשֶׂ֥ה אָדָ֖ם כִּדְגֵ֣י הַיָּ֑ם כְּרֶ֖מֶשׂ לֹא־מֹשֵׁ֥ל בּֽוֹ׃

1:14
Rabbinat français — 1:14

Pourquoi as-tu rendu les hommes pareils aux poissons de la mer, aux reptiles qui n’ont point de maître ?


כֻּלֹּה֙ בְּחַכָּ֣ה הֵֽעֲלָ֔ה יְגֹרֵ֣הוּ בְחֶרְמ֔וֹ וְיַאַסְפֵ֖הוּ בְּמִכְמַרְתּ֑וֹ עַל־כֵּ֖ן יִשְׂמַ֥ח וְיָגִֽיל׃

1:15
Rabbinat français — 1:15

Il [l’ennemi] les prend tous avec l’hameçon, il les tire à lui avec son filet et les jette ensemble dans sa nasse ; aussi est-il content et joyeux.

Tan’hum de Jérusalem — 1:15

חכה est l’hameçon, comme dans Isaïe, ch. 19, v. 8. — יְגֹרֵהוּ il le rassemble, comme יגורו עלי עזים (Ps. 59, v. 4). — חרמו veut dire son filet, de même que מכמרתו ; ce sont deux espèces de filets qui diffèrent dans la forme.


עַל־כֵּן֙ יְזַבֵּ֣חַ לְחֶרְמ֔וֹ וִֽיקַטֵּ֖ר לְמִכְמַרְתּ֑וֹ כִּ֤י בָהֵ֙מָּה֙ שָׁמֵ֣ן חֶלְק֔וֹ וּמַאֲכָל֖וֹ בְּרִאָֽה׃

1:16
Rabbinat français — 1:16

Aussi offre-t-il des sacrifices à son filet et brûle-t-il de l’encens à sa nasse, car il leur doit une prise abondante et d’exquises victuailles.

Tan’hum de Jérusalem — 1:16

שמן חלקו : Le mot שָׁמֵן est ici un adjectif, gras. Ce dernier mot (sain) s’emploie aussi dans le sens de gras, comme dans בריאות וטובות (Genèse, 41, 5). Le ה dans בריאה est paragogique ; ce ne saurait être ici le ה du féminin, car מאכלו est du masculin.


הַ֥עַל כֵּ֖ן יָרִ֣יק חֶרְמ֑וֹ וְתָמִ֛יד לַהֲרֹ֥ג גּוֹיִ֖ם לֹ֥א יַחְמֽוֹל׃

1:17
Rabbinat français — 1:17

Est-ce une raison pour qu’il vide toujours son filet et recommence sans cesse à égorger des peuples, sans pitié ?

Tan’hum de Jérusalem — 1:17

העל כן יריק חרמו : Il se peut que יריק ait ici le sens de tirer dehors, faire sortir, comme אריק חרבי (Exode, 15, 9) ; il veut dire par là étendre le filet. Le ה dans העל est pour אשר ; le sens est : à cause de cela, c’est-à-dire parce qu’il trouve sa part grasse, etc., il tire son filet. D’autres donnent au ה la valeur de הֲלֹא (n’est-ce pas que ?). Il y en a qui prennent יריק pour un verbe neutre : Est-ce que, avec un tel pouvoir, son filet pourrait remonter vide ?

Chapitre 2

עַל־מִשְׁמַרְתִּ֣י אֶֽעֱמֹ֔דָה וְאֶֽתְיַצְּבָ֖ה עַל־מָצ֑וֹר וַאֲצַפֶּ֗ה לִרְאוֹת֙ מַה־יְדַבֶּר־בִּ֔י וּמָ֥ה אָשִׁ֖יב עַל־תּוֹכַחְתִּֽי׃

2:1
Rabbinat français — 2:1

Je veux me tenir à mon poste d’observation, je veux me placer sur le fort [du guetteur] pour regarder [au loin] et voir ce que Dieu me dira et ce que je pourrai répliquer au sujet de ma récrimination.

Tan’hum de Jérusalem — 2:1

על־משמרתי אעמדה Ceci est une métaphore pour dire qu’il attend la révélation et qu’il espère entendre la réponse (de Dieu), comme c’est l’usage des gardes et des sentinelles de se placer sur les forts, pour observer ceux qui viennent de loin ; c’est pourquoi il dit : ואתיצבה על־מצור (et je me place sur une forteresse), ce qu’il explique ensuite par les mots pour voir, etc. Par ומה אשיב על־תוכחתי il veut dire : ce que je dois répondre et opposer aux reproches qui me sont adressés à moi-même dans ce sens. Le prophète s’attribue le reproche (en disant mon reproche) en ce sens qu’il en est l’objet de la part des autres ; (le suffixe dans ותוכחתי est objectif) comme dans ותוכחתי לבקרים (Ps. 73, vers. 14), et non pas (subjectif) comme dans ותוכחתי לא אביתם (Prov. 1, 25) ; car, dans ce dernier passage, celui qui parle est lui-même l’agent, c’est-à-dire celui qui adresse le reproche aux autres. Ensuite le prophète fait connaître la réponse qui lui est venue (de Dieu), et qui l’a instruit sur l’issue du règne des Chaldéens et sur leur fin, et il dit : Et Dieu me répondit, etc.


וַיַּעֲנֵ֤נִי יְהֹוָה֙ וַיֹּ֔אמֶר כְּתֹ֣ב חָז֔וֹן וּבָאֵ֖ר עַל־הַלֻּח֑וֹת לְמַ֥עַן יָר֖וּץ ק֥וֹרֵא בֽוֹ׃

2:2
Rabbinat français — 2:2

Le Seigneur me répondit et dit : « Mets par écrit la vision, grave-la distinctement sur les tablettes, afin qu’on puisse la lire couramment.


כִּ֣י ע֤וֹד חָזוֹן֙ לַמּוֹעֵ֔ד וְיָפֵ֥חַ לַקֵּ֖ץ וְלֹ֣א יְכַזֵּ֑ב אִם־יִתְמַהְמָהּ֙ חַכֵּה־ל֔וֹ כִּי־בֹ֥א יָבֹ֖א לֹ֥א יְאַחֵֽר׃

2:3
Rabbinat français — 2:3

Car encore que cette vision ne doive s’accomplir qu’au temps fixé, elle se hâte [4] vers son terme, et elle ne mentira pas ; si elle diffère, attends-la avec confiance, car certes elle se réalisera sans trop tarder.
[4] Selon d’autres : « Elle annonce son échéance. »

Tan’hum de Jérusalem — 2:3

כי עוד חזון למועד On a dit que c’est une expression elliptique pour כי עוד יקום זה החזון למועד ; mais peut-être y a-t-il transposition, pour כי עיד מועד לחזון. Le sens est : il reste encore un certain temps pour cette prophétie (avant qu’elle s’accomplisse) ; ensuite elle se vérifiera et se manifestera. Le sens de ויפח לקץ est : elle parle de la fin, comme יפיח כזבים (Prov. 6, 19) ; le pronom dans elle parle (וְיָפֵחַ) se rapporte à la prophétie (חזון). Ensuite il ajoute : Quoique’il doive se passer encore un certain temps, pendant lequel la chose (annoncée) sera retardée ou empêchée, tu dois pourtant l’espérer ; car elle arrivera prochainement et elle n’est pas éloignée. C’est là ce qu’il veut dire par les mots אם יתמהמה וג״.


הִנֵּ֣ה עֻפְּלָ֔ה לֹא־יָשְׁרָ֥ה נַפְשׁ֖וֹ בּ֑וֹ וְצַדִּ֖יק בֶּאֱמוּנָת֥וֹ יִֽחְיֶֽה׃

2:4
Rabbinat français — 2:4

Vois ! elle est enflée d’orgueil, son âme [5] ; elle n’a aucune droiture, mais le juste vivra par sa ferme loyauté !
[5] Celle du Chaldéen.

Tan’hum de Jérusalem — 2:4

הנה עפלה וג״ On explique עֻפְּלָה dans le sens de s’enorgueillir, s’élever : (c’est-à-dire son âme s’est enorgueillie,) c’est pourquoi elle ne se maintient pas debout, mais elle est courbée. עפלה vient de עֹפֶל ובחן (Isaïe, 32, 14), qui signifie le sommet d’une haute montagne. C’est comme s’il avait dit : הנה עפלה נפשו בו על כן לא ישרה ; le pronom dans נפשו se rapporte à l’impie, dont il a été parlé précédemment, et qui est Nabuchodnêçar. — Il ajoute ensuite : Quant au juste opprimé, c’est-à-dire Israël, il sera sauvé à cause de la confiance qu’il met dans la providence de son Dieu, et il survivra ; tel est le sens des mots וצדיק באמונתו יחיה. — Selon d’autres עפלה veut dire elle se désole, elle se tord (de douleur) ; ce serait une transposition de (la racine עֹפֶל, d’où vient) ויתעלף, comme nous l’avons expliqué dans le livre de Ionah (ch. 4, vers. 8), ou, si vous voulez, comme on a expliqué les mots בניך עֲלָפוּ (Isaïe, 51, 20) : le sens est qu’il (l’ennemi) a péri et que le châtiment l’a atteint. — D’autres, tout en faisant venir עפלה de עֹפֶל, disent qu’il veut parler de cette prophétie ; c’est-à-dire, comme elle est éloignée et que le terme (de son accomplissement) est retardé, les âmes ne sauraient y croire fermement ; mais le juste vivra par sa croyance et par sa foi. Mais ceci est une interprétation forcée et très-peu en rapport avec la suite du discours.


וְאַף֙ כִּֽי־הַיַּ֣יִן בֹּגֵ֔ד גֶּ֥בֶר יָהִ֖יר וְלֹ֣א יִנְוֶ֑ה אֲשֶׁר֩ הִרְחִ֨יב כִּשְׁא֜וֹל נַפְשׁ֗וֹ וְה֤וּא כַמָּ֙וֶת֙ וְלֹ֣א יִשְׂבָּ֔ע וַיֶּאֱסֹ֤ף אֵלָיו֙ כׇּל־הַגּוֹיִ֔ם וַיִּקְבֹּ֥ץ אֵלָ֖יו כׇּל־הָעַמִּֽים׃

2:5
Rabbinat français — 2:5

En vérité, comme le vin est perfide, ainsi l’homme arrogant qui ne demeure point en repos [6] ; qui ouvre une bouche large comme le Cheol et, comme la mort, n’est jamais rassasié. Autour de lui, il agglomère tous les peuples, il rassemble toutes les nations.
[6] Sens incertain.

Tan’hum de Jérusalem — 2:5

ואף כי־היין בוגד וג״ Il y en a qui disent que ce verset fait suite au précédent, et qu’il en complète le sens : Celui dont l’âme est orgueilleuse ne se maintient pas dans son état… — la négation לא, qui précède le verbe ישרה, agirait donc également sur יחיה. Ces derniers mots signifieraient : à plus forte raison l’homme (enivré) de vin (איש היין), le perfide. — בוגד signifie perfide, comme כל בוגדי בגד (Jérémie, 12, 1) ; יהיר est l’homme obstiné qui persévère dans la rébellion, comme זד יהיר (Prov., 21, 24). ולא ינוה signifie : il ne reste pas établi et fixé dans sa demeure — [de נוה, demeure (Jérém., 33, 12 et passim.)] — à cause de sa forte cupidité et de son avidité à rechercher la fortune et la domination ; comme il dit (en continuant) אשר הרחיב כשאול נפשו.


הֲלוֹא־אֵ֣לֶּה כֻלָּ֗ם עָלָיו֙ מָשָׁ֣ל יִשָּׂ֔אוּ וּמְלִיצָ֖ה חִיד֣וֹת ל֑וֹ וְיֹאמַ֗ר ה֚וֹי הַמַּרְבֶּ֣ה לֹּא־ל֔וֹ עַד־מָתַ֕י וּמַכְבִּ֥יד עָלָ֖יו עַבְטִֽיט׃

2:6
Rabbinat français — 2:6

Eh bien ! ceux-ci, tous ensemble, ne feront-ils pas des satires contre lui, des épigrammes et des énigmes piquantes à son adresse ? On dira : « Malheur à qui accapare le bien d’autrui ! (jusques à quand ?) Malheur à qui accumule sur sa tête le poids de gages usuraires [7] !
[7] Selon d’autres : « un monceau de boue épaisse. »

Tan’hum de Jérusalem — 2:6

הלוא אלה כלם עליו וג״ Il veut dire que toutes ces nations qu’il a rassemblées feront des proverbes (des satires) sur lui, lorsque le châtiment l’atteindra, et emploieront l’éloquence pour composer sur lui des discours ingénieux ; ce que le prophète exprime par ces mots : ומליצה חידות לו, comme להבין משל ומליצה (Prov. 1, 6), d’où vient מליץ (Genèse, 42, 23). Le mot ויאמר est pour ויאמרו (au pluriel) comme ישאו. — Il rapporte ensuite textuellement ce qu’on dira, savoir : הוי המרבה לא לו, ce qui veut dire : Malheur à celui qui rassemble ce qui ne lui restera pas, mais ce qu’il laissera à d’autres ; ainsi il se fatigue à porter de l’argile, c’est-à-dire, il travaille à la construction des forts et des châteaux, ce qui est exprimé par les mots ומכביד עליו עבטיט. (Quant au mot עבטיט) on l’explique par l’épais de l’argile, de sorte que ce mot serait composé de deux mots, de עב épais, comme בעב הענן (Exode, 19, 9), et de טיט argile, comme רפש וטיט (Isaïe, 57, 20).


הֲל֣וֹא פֶ֗תַע יָק֙וּמוּ֙ נֹֽשְׁכֶ֔יךָ וְיִקְצ֖וּ מְזַעְזְעֶ֑יךָ וְהָיִ֥יתָ לִמְשִׁסּ֖וֹת לָֽמוֹ׃

2:7
Rabbinat français — 2:7

Ah ! ne se lèveront-ils pas soudain, tes créanciers ! Ne se réveilleront-ils pas, tes bourreaux ? A ton tour, tu seras leur proie !

Tan’hum de Jérusalem — 2:7

ויקצו מזעזעיך R. Iehouda ‘Hayyoudj dit que dans ויקצו on pause sur le yod pour indiquer le yod (omis) qui est la première radicale ; car ce mot signifie ils s’éveilleront, de יקץ, comme וייקץ נח (Genèse, 9, 24). Mais Aboulwalîd dit que la Masora dit sur ce mot : לית דכותיה חטוף (il n’y en a pas de semblable avec une voyelle brève). Cependant, comme il n’a pas de métheg, le maître Aboulwalîd a pensé qu’il serait permis de le prendre pour le kal d’un verbe ל״ה (קצה), dans le sens de לְקַצּוֹת (II Rois, 10, 32), qui est l’équivalent du verbe arabe couper les extrémités. — Mais moi je dis que le premier sens (de יקץ s’éveiller) est plus convenable, puisque יקיצו n’a pas de pronom régime (suffixe), et qu’il se rattache à יקומו נשכיך. — מזעזעיך est une forme redoublée de (זוע, d’où vient) שיזעו (Kohéleth, 12, 3) : il indique le mouvement violent et l’agitation. Par נשכיך et מזעזעיך on veut désigner les ennemis qui le perdront, c’est-à-dire l’armée des Mèdes et des Perses.


כִּֽי־אַתָּ֤ה שַׁלּ֙וֹתָ֙ גּוֹיִ֣ם רַבִּ֔ים יְשׇׁלּ֖וּךָ כׇּל־יֶ֣תֶר עַמִּ֑ים מִדְּמֵ֤י אָדָם֙ וַֽחֲמַס־אֶ֔רֶץ קִרְיָ֖ה וְכׇל־יֹ֥שְׁבֵי בָֽהּ׃

2:8
Rabbinat français — 2:8

Car de même que tu as dépouillé, toi, des peuples nombreux, toutes les autres nations te dépouilleront — à cause du sang humain que tu as versé, des cruautés qu’ont subies les pays, les cités et ceux qui les habitent.

Tan’hum de Jérusalem — 2:8

שַׁלּוֹתָ tu as pillé, de שלל ; le daghesch indique l’insertion de la lettre pareille. Il en est de même de יְשׇׁלּוּךָ, qui est un verbe lourd de la conjugaison poël ; car régulièrement on aurait dû dire יְשׁוֹלְלוּךָ, et le qamets est changé du ḥolem. — מדמי אדם וחמס־ארץ Le מ agit sur les deux mots, car le sens est ומֵחמס ארץ ; le מ signifie ici à cause de, pour cela, comme dans מחטאות נביאיה (Lament., 4, 13).


ה֗וֹי בֹּצֵ֛עַ בֶּ֥צַע רָ֖ע לְבֵית֑וֹ לָשׂ֤וּם בַּמָּרוֹם֙ קִנּ֔וֹ לְהִנָּצֵ֖ל מִכַּף־רָֽע׃

2:9
Rabbinat français — 2:9

Malheur à qui amasse pour sa maison un bien mal acquis, et rêve d’établir son nid sur les hauteurs, pour échapper aux coups de l’adversité !


יָעַ֥צְתָּ בֹּ֖שֶׁת לְבֵיתֶ֑ךָ קְצוֹת־עַמִּ֥ים רַבִּ֖ים וְחוֹטֵ֥א נַפְשֶֽׁךָ׃

2:10
Rabbinat français — 2:10

Tu as décrété la honte de ta maison ! En fauchant des peuples nombreux, tu t’es condamné toi-même.

Tan’hum de Jérusalem — 2:10

קצות עמים רבים וחוטא נפשך Le sens de קצות est rogner, couper avec le glaive ; c’est un infinitif kal dans le sens de לְקַצוֹת, qui est du Piël. Cette phrase est, en quelque sorte, le commentaire des mots יעצת בושת לביתך, dont le sens est : Ta délibération et le conseil que tu as pris ont causé la honte à ta maison et à ta famille ; on veut dire par là que les peuples triompheront (du malheur) de ses enfants, lorsque le règne de sa maison aura cessé. C’est aussi le sens de ce qui est dit dans le verset précédent : הוי בצע בצע רע לביתו. Cette délibération, dit-il, c’est d’avoir voulu faire du mal à beaucoup de peuples, ce qu’il exprime par les mots קצות עמים רבים ; ensuite il ajoute : Et tu as péché par là contre toi-même, comme s’il y avait ותהיה חוטא על נפשך.


כִּי־אֶ֖בֶן מִקִּ֣יר תִּזְעָ֑ק וְכָפִ֖יס מֵעֵ֥ץ יַעֲנֶֽנָּה׃

2:11
Rabbinat français — 2:11

Oui, la pierre dans le mur crie [contre toi], et le chevron, dans la charpente, lui donne la réplique.

Tan’hum de Jérusalem — 2:11

וכפיס מעץ יעננה On explique כפיס par brique, du langage de la Mischnah : כפיסים לבנים (des demi-briques et des briques entières). מֵעֵץ veut dire du milieu du bois ; car, dans certains bâtiments, on place les briques au milieu, entre des morceaux de bois entrelacés tout autour. — C’est une locution exagérée et hyperbolique, pour dire que sa tyrannie est universelle, de sorte que tous les hommes se récrient contre lui, et que les choses inanimées elles-mêmes, qui n’ont pas l’usage de la parole, se plaignent de lui. — Selon d’autres, on veut dire par là qu’il est avide de bâtir et d’élever des forts avec ce qu’il a obtenu par l’oppression et le pillage, mais que (ces constructions) ne lui seront d’aucune utilité et ne le sauveront pas au temps de la punition.


ה֛וֹי בֹּנֶ֥ה עִ֖יר בְּדָמִ֑ים וְכוֹנֵ֥ן קִרְיָ֖ה בְּעַוְלָֽה׃

2:12
Rabbinat français — 2:12

Malheur à qui bâtit une ville avec le sang, et fonde une cité sur l’iniquité !

Tan’hum de Jérusalem — 2:12

הוי בונה וג״ דמים sang désigne les péchés ; nous l’avons déjà rencontré dans cette acception. Quant au mot כונן, si c’est une forme redoublée (Po’lel) d’une racine ע״ו, on aurait dû dire מכונן, car c’est un participe comme בונה ; le redoublement (du נ) en fait une forme lourde (ou dérivée), et le participe des formes lourdes a un מ. Mais il est possible que ce soit le participe Kal, d’une autre racine de deux lettres pareilles (des כפולים), ayant le même sens.


הֲל֣וֹא הִנֵּ֔ה מֵאֵ֖ת יְהֹוָ֣ה צְבָא֑וֹת וְיִֽיגְע֤וּ עַמִּים֙ בְּדֵי־אֵ֔שׁ וּלְאֻמִּ֖ים בְּדֵי־רִ֥יק יִעָֽפוּ׃

2:13
Rabbinat français — 2:13

Ah ! voici, cela émane de l’Éternel-Cebaot : que les peuples travaillent pour le feu et les nations s’éteignent au profit du néant [8] !
[8] Jérémie, 51, 58.

Tan’hum de Jérusalem — 2:13

הלוא הנה וג״ Le sens est : Ceci est un décret de Dieu, que les nations se donnent du mal pour ce que le feu dévorera, et que les peuples se fatiguent pour ce qui est frivole et vain. Il veut parler du travail des prisonniers qu’on emploie pour faire des édifices et des constructions que les ennemis ordinairement brûlent et dévastent. — On dit que le mot די (dans בְּדֵי) est ici explétif, ainsi qu’on a l’habitude de l’employer d’une manière pléonastique dans le discours ; c’est ainsi qu’on dit בדי שופר (Job, 39, 25) pour בשופר. Il vaut mieux admettre que בדי est ici dans le sens de la particule ל seule, savoir : ייגעו לאשׁ. Il se peut aussi que בדי ait le sens de באשר et que le ל soit sous-entendu, comme l’a dit Aboulwalîd.


כִּ֚י תִּמָּלֵ֣א הָאָ֔רֶץ לָדַ֖עַת אֶת־כְּב֣וֹד יְהֹוָ֑ה כַּמַּ֖יִם יְכַסּ֥וּ עַל־יָֽם׃

2:14
Rabbinat français — 2:14

Car la terre sera pleine de la connaissance de la gloire de Dieu, comme l’eau abonde dans le lit des mers [9].
[9] Isaïe, 11, 9.

Tan’hum de Jérusalem — 2:14

כי תמלא הארץ לדעת וג״ Le ל dans לדעת a le sens de מן, (remplie de connaissance), comme כי מלאה הארץ דעה וג״ (Isaïe, 11, 10) ; à כמים יכסו il faut suppléer אֲשָׁר. Ceci indique le motif de ce qui a été dit dans le verset précédent, savoir que c’est là la volonté du Très-Haut ; c’est-à-dire : Il fait cela afin que sa grandeur et sa connaissance se répandent chez les nations du monde ; c’est comme s’il avait dit בעבור כי תמלא, ou bien למען תמלא, ou autre chose semblable.


ה֚וֹי מַשְׁקֵ֣ה רֵעֵ֔הוּ מְסַפֵּ֥חַ חֲמָתְךָ֖ וְאַ֣ף שַׁכֵּ֑ר לְמַ֥עַן הַבִּ֖יט עַל־מְעוֹרֵיהֶֽם׃

2:15
Rabbinat français — 2:15

Malheur à toi qui forces tes semblables à boire, qui leur verses des rasades de vin et provoques leur ivresse, pour pouvoir contempler leur nudité !

Tan’hum de Jérusalem — 2:15

הוי משקה רעהו וג״ On dit que רעהו est ici un pluriel (pour רעיו) comme dans בהתפללו בעד רעהו (Job, 42, 10), et on cite pour preuve le mot מעוריהם (leurs nudités). — Ces paroles s’adressent à Nebouchadnéçar, et on veut parler de l’avilissement et du mépris qu’il a fait subir à ses compagnons, c’est-à-dire, à ses semblables parmi les rois de la terre. — Le mot מְסַפֵּחַ est un verbe lourd dans le même sens que (le kal) סְפָחֵנִי נא (I Sam., 2, 36) ; ce verbe qui signifie joindre, est ici emprunté dans le sens de présenter, car la chose présentée est jointe à celui qui la porte. — Quant à חֲמָתְךָ, s’il vient de חֵמַת מים (Genèse, 21, 14), comme on l’a traduit (ton outre), il est irrégulier dans sa flexion ; c’est pour cela aussi que d’autres le font venir de חֵמָה, et le sens serait, qu’il leur fait boire le vin de sa colère, comme וחמתו בערה בו (Esther, 1, 12). — מעוריהם est une dénomination des parties honteuses, comme on l’a vu précédemment dans והראיתי גוים מערך (Na’houm, 3, 5).


שָׂבַ֤עְתָּ קָלוֹן֙ מִכָּב֔וֹד שְׁתֵ֥ה גַם־אַ֖תָּה וְהֵעָרֵ֑ל תִּסּ֣וֹב עָלֶ֗יךָ כּ֚וֹס יְמִ֣ין יְהֹוָ֔ה וְקִיקָל֖וֹן עַל־כְּבוֹדֶֽךָ׃

2:16
Rabbinat français — 2:16

Tu seras gorgé, toi, de plus d’ignominie que d’honneur. A ton tour de boire et de dévoiler ta honte ! Le calice de la droite de l’Éternel va passer à toi : ce sera un amas d’infamie recouvrant ta gloire.

Tan’hum de Jérusalem — 2:16

שבעת קלון מכבוד Le מ dans מכבוד signifie plus que, comme dans שמן ששון מחברך (Ps. 45, vers. 8) ; le sens est : « Tu seras rassasié de mépris, plus que tu n’as obtenu d’honneur » ; c’est-à-dire : puisque tu as fait boire les autres et que tu as découvert leur nudité, tu boiras aussi toi-même et tu seras découvert, comme il le dit : שתה גם־אתה והערל. Avec cela le mot והערל pourrait aussi signifier sois étourdi, soit qu’on le considère comme transposé de (רעל, d’où vient) כוס התרעלה (Isaïe, 51, 17 et 22). — קיקלון est la même chose que קלון (honte) ; la première radicale est redoublée. Il y en a qui disent que קיקלון est un mot composé de קיא (crachât) en état construit avec קלון, pour faire ressortir la honte avec plus d’énergie. Le sens est ותקח קיקלון על כבודך : tu recevras la honte pour ta gloire.


כִּ֣י חֲמַ֤ס לְבָנוֹן֙ יְכַסֶּ֔ךָּ וְשֹׁ֥ד בְּהֵמ֖וֹת יְחִיתַ֑ן מִדְּמֵ֤י אָדָם֙ וַחֲמַס־אֶ֔רֶץ קִרְיָ֖ה וְכׇל־יֹ֥שְׁבֵי בָֽהּ׃

2:17
Rabbinat français — 2:17

Oui, tu seras enveloppé par la violence [des hôtes] du Liban et terrifié par la férocité des fauves – à cause du sang humain [que tu as versé] des cruautés qu’ont subies les pays, les cités et ceux qui les habitent.

Tan’hum de Jérusalem — 2:17

כי חמס לבנון יכסך Ceci est une allégorie faite sur lui (Nébouchadnéçar), savoir, qu’il est semblable aux bêtes féroces qui assaillent les animaux dans leurs gîtes ; on mentionne le Liban parce qu’il y a là une multitude d’animaux. Le prophète dit : Ta violence contre les habitants du Liban t’enveloppera (toi-même). Les mots ושוד בהמות יחיתן signifient : et la rapacité des animaux les brise (les perd eux-mêmes) ; יחיתן a le même sens que וְחַתּוּ (Obadiah, vers. 9). Le sens est : De même que les animaux très-malfaisants donnent lieu, par leurs fréquentes irruptions, à ce qu’on s’assemble contre eux et qu’on les tue, de même ta trop grande persévérance à opprimer et à exercer des hostilités sera la cause qu’on se hâtera de tirer vengeance de toi. — Ensuite il explique l’allégorie par les mots מדמי אדם וחמס־ארץ que nous avons déjà expliqués (vers. 8).


מָה־הוֹעִ֣יל פֶּ֗סֶל כִּ֤י פְסָלוֹ֙ יֹֽצְר֔וֹ מַסֵּכָ֖ה וּמ֣וֹרֶה שָּׁ֑קֶר כִּ֣י בָטַ֞ח יֹצֵ֤ר יִצְרוֹ֙ עָלָ֔יו לַעֲשׂ֖וֹת אֱלִילִ֥ים אִלְּמִֽים׃

2:18
Rabbinat français — 2:18

Quel profit attendre de l’image sculptée par l’artisan ? de la statue de fonte, de ces guides mensongers ? Comment leur auteur peut-il assez mettre sa confiance en eux pour fabriquer des dieux muets ?

Tan’hum de Jérusalem — 2:18

מה־הועיל פסל וג״ C’est pour lui reprocher d’avoir adopté les idoles qui n’ont aucune utilité, comme, par exemple, l’idole qu’érigea Nebouchadnéçar et qu’il voulait qu’on adorât. Par פסל on entend ce qui a été taillé de la pierre ; le mot כי a ici le sens de אשר, comme s’il y avait אשר יצרו יוצרו. De là aussi on appelle le potier יוצר, comme, par exemple, הנה כחמר ביד היוצר (Jérémie, 18, 6), parce qu’il façonne les vases de l’argile. Dans מסכה on a omis le ו copulatif ; car ce mot fait suite à מה־הועיל פסל, et on aurait dû mettre ומסכה. — ומורה שקר (et qui enseigne le mensonge) est l’image des prêtres de l’idolâtrie, des prophètes de Baal, etc. — La particule כי, dans כי בטח, a le sens de pour que : quelle est l’utilité qu’a cette idole, pour que celui qui la fait y mette sa confiance ? — Le sens primitif de אלילים est faussetés, mensonges, pluriel de אליל (Job, 13, 4) ; ensuite on l’a employé pour les idoles, comme terme injurieux. On leur donne ici l’épithète de אלמים (muets), dans le sens de ce passage : Ils ont une bouche et ne parlent pas (Ps., 115, 5).


ה֣וֹי אֹמֵ֤ר לָעֵץ֙ הָקִ֔יצָה ע֖וּרִי לְאֶ֣בֶן דּוּמָ֑ם ה֣וּא יוֹרֶ֔ה הִנֵּה־ה֗וּא תָּפוּשׂ֙ זָהָ֣ב וָכֶ֔סֶף וְכׇל־ר֖וּחַ אֵ֥ין בְּקִרְבּֽוֹ׃

2:19
Rabbinat français — 2:19

Malheur à celui qui dit à un morceau de bois : « Éveille-toi ! » à la pierre inerte : « Lève-toi ! » Sont-ce là des guides ? Vois ! L’idole est plaquée d’or et d’argent, mais aucun souffle n’est en elle !

Tan’hum de Jérusalem — 2:19

הוי אומר וג״ Il rapporte ici ce qu’ils disent aux objets de leur culte, lorsqu’ils implorent leur secours, savoir, qu’ils leur demandent de s’éveiller, tout en sachant que ce sont des êtres inanimés, morts, qui n’ont pas de mouvement. Le mot אומר agit en même temps sur הקיצה et sur עורי, comme s’il y avait ואומר עורי. — דומים est un adjectif ayant le sens du verbe (דום ,דמם) se taire. — Il met עורי au féminin, parce que אֶבֶן est un mot féminin ; par exemple, והאבן גדולה (Genèse, 29, 2). — Ce passage ressemble à celui-ci : Ils disent au bois : tu es mon père ; et à la pierre : tu m’as enfanté (Jérémie, 2, 27). — Il ajoute ensuite : הוא יורה celui-là (cet objet de culte) montre par lui-même que ce qu’on lui attribue est faux ; car il est couvert et entouré d’or et d’argent, et, dans son intérieur, il n’y a point d’esprit qui donne le mouvement ; tel est le sens des mots הנה הוא תפוש וג״. Le simple sens de תפוש est saisi ; c’est comme s’il avait dit תפוש בזהב וכסף (il est saisi par l’or et l’argent).


וַיהֹוָ֖ה בְּהֵיכַ֣ל קׇדְשׁ֑וֹ הַ֥ס מִפָּנָ֖יו כׇּל־הָאָֽרֶץ׃

2:20
Rabbinat français — 2:20

Quant à l’Éternel, il trône dans son saint Palais : que toute la terre fasse silence devant lui !

Tan’hum de Jérusalem — 2:20

וי״י בהיכל קדשו Après avoir dit que les objets de leur culte sont dépourvus d’utilité, puisqu’ils n’ont pas d’action, il ajoute : Mais notre maître — qu’il soit loué et exalté ! — est sur l’extrême degré de la perfection ; car sa lumière est dans son temple saint, et son action arrive jusqu’à la limite extrême des choses créées, dans tout l’univers. Tous les êtres subsistent par l’émanation de sa bonté ; il porte, en quelque sorte, la parole [allégoriquement parlant], et tous lui prêtent l’oreille pour profiter du sens de son discours. C’est là ce que le prophète exprime par ces mots : הס מפניו כל־הארץ. Suivant cette interprétation, il faudrait entendre par les mots son temple saint, le monde de la simplicité pure, au plus haut degré duquel se trouve Dieu, qui est l’être nécessaire par lui-même, duquel émane l’existence de tout être. Selon le sens exotérique, il veut dire, par son temple saint, le sanctuaire ou Jérusalem, et, par toute la terre, les hommes de la terre, c’est-à-dire les royaumes de toute la terre habitée. — Le mot הס est employé ici pour la stupéfaction — quoique son sens primitif soit se taire, de ויהס כלב (Nombres, 13, 30) — parce que celui qui se tait et qui écoute est stupéfait, en entendant le discours.

Chapitre 3

תְּפִלָּ֖ה לַחֲבַקּ֣וּק הַנָּבִ֑יא עַ֖ל שִׁגְיֹנֽוֹת׃

3:1
Rabbinat français — 3:1

Prière du prophète Habacuc, sur le mode des Chighionot.
[10] Sens douteux ; peut-être : « Dithyrambes. »

Tan’hum de Jérusalem — 3:1

תפלה לחבקוק הנביא וג״ Le mot תפלה, partout où il se présente, signifie invocation, prière. Cette prière est (composée) à la manière des cantiques, par rapport à la concision, et en ce que les sujets y sont seulement indiqués, sans qu’on s’exprime clairement. Il en est ainsi dans le cantique de Déborah, dans le poème écrit par Hiskiah (Is., 38, 9), et dans plusieurs psaumes, comme par exemple le psaume ישב בסתר עליון (Ps. 91), et d’autres semblables, où l’on rencontre souvent la concision, l’obscurité, la licence dans la variation des pronoms, et les métaphores. En outre, ce morceau renferme, en partie, des louanges où l’on décrit le temps passé, et, en partie, des prophéties pour l’avenir, exprimées sous forme de prières et de supplications, comme dans le cantique de la mer (Exode, ch. 15) et dans celui de האזינו (Deut. ch. 32). C’est pourquoi il est difficile d’en comprendre parfaitement le sens, et les opinions varient beaucoup sur l’interprétation des textes. Ils tombent tous d’accord, que le prophète a décrit d’abord les miracles passés que le Très-Haut a faits pour Israël. — Par les mots על שגיונות il veut dire que cette prière est dite sur un certain rythme, conforme à une mélodie particulière qui porte ce nom, comme on l’expliquera dans le livre des Psaumes, aux mots שגיון לדוד (Ps. 7, 1) ; ou bien c’est un instrument de musique, connu chez eux sous ce nom. Il y en a qui disent que le sens de על שגיונות est : pendant sa gaité et son plaisir. Enfin on a dit aussi que, par שגיונות, il veut dire les erreurs, comme שגיאות (Ps., 19, 13) ; le sens serait alors : qu’il prie pour eux à cause de leur erreur et parce qu’ils négligent le culte de Dieu en s’occupant de choses vaines, ce qui leur cause le châtiment. — Ce verset est l’épigraphe de la prière.


יְהֹוָ֗ה שָׁמַ֣עְתִּי שִׁמְעֲךָ֮ יָרֵ֒אתִי֒ יְהֹוָ֗ה פׇּֽעׇלְךָ֙ בְּקֶ֤רֶב שָׁנִים֙ חַיֵּ֔יהוּ בְּקֶ֥רֶב שָׁנִ֖ים תּוֹדִ֑יעַ בְּרֹ֖גֶז רַחֵ֥ם תִּזְכּֽוֹר׃

3:2
Rabbinat français — 3:2

« Seigneur, j’ai entendu ton message et j’ai été pris de crainte ; l’œuvre que tu as projetée, Seigneur, fais-la surgir au cours des années, — au cours des années, fais-la connaître ! Mais au milieu de la colère, souviens-toi de la clémence.

Tan’hum de Jérusalem — 3:2

י״י שמעתי שמעך יראתי Il veut dire : Ce qui nous est parvenu, au sujet de ce que tu faisais autrefois pour nous, est grandiose, redoutable ; nous te prions donc d’en faire revivre les traces déjà effacées et d’agir encore de la sorte avec nous. C’est là ce qu’il exprime par les mots י״י פעלך בקרב שנים חייהו, au milieu des années, pour les années passées ; après פעלך il faut sous-entendre אשר פעלת (ce que tu as fait dans les années passées, fais-le revivre). Les mots בקרב שנים תודיע font suite au premier hémistiche : publie-le, manifeste-le, et fais-le connaître aux peuples de l’univers. Ensuite il demande que la miséricorde descende à l’époque du châtiment, qu’il désigne par le mot רוגז qui veut dire colère — car le Thargoum du mot אף est רוגזא — ; il dit donc : Dans la colère rappelle-toi la miséricorde, dans le même sens que זכר רחמיך יהוה (Ps. 25, vers. 6). — Selon d’autres, le pronom dans חייהו se rapporterait à Israël, c’est-à-dire : Fais revivre leur puissance et agis avec eux comme autrefois ; mais cette interprétation s’éloigne du contexte, et le premier sens est plus convenable.


אֱל֙וֹהַּ֙ מִתֵּימָ֣ן יָב֔וֹא וְקָד֥וֹשׁ מֵהַר־פָּארָ֖ן סֶ֑לָה כִּסָּ֤ה שָׁמַ֙יִם֙ הוֹד֔וֹ וּתְהִלָּת֖וֹ מָלְאָ֥ה הָאָֽרֶץ׃

3:3
Rabbinat français — 3:3

L’Éternel s’avance du Témân ; le Saint, du mont Parân, Sélah ! Sa splendeur se répand sur les cieux, et sa gloire remplit la terre.

Tan’hum de Jérusalem — 3:3

אלוה מתימן יבוא En rapportant ces actes glorieux, il commence par la révélation sur le Sinaï, qui en est le plus magnifique et le plus énergique. Il parle de la lumière qui resplendit du Sinaï sur les montagnes qui l’entouraient, et il désigne la montagne par (le nom de) Thémân qui est une tribu des fils d’Ésaü, ses habitants, et qui est appelée אלוף תימן (Genèse, 36, 11). Le mot יבוא est en place de בא, et ces paroles sont analogues à ce que Dieu dit : L’Éternel vint du Sinaï, et leur apparut de Séïr ; il resplendit du mont Parân, etc. (Deut., 33, 2). Ensuite il fait allusion, selon le sens exotérique, à l’effusion des lumières et aux éclairs sur la surface de la terre, et il dit : Son éclat couvrit les cieux, etc. הודו veut dire son éclat, et תהלתו sa splendeur et sa brillante lumière, de בהלו (Job, 29, 3). Il y a en qui disent que תהלתו signifie sa louange ; le sens serait, que les habitants de la terre le louèrent alors et publièrent sa grandeur. Mais le premier sens est plus expressif et plus convenable.


וְנֹ֙גַהּ֙ כָּא֣וֹר תִּֽהְיֶ֔ה קַרְנַ֥יִם מִיָּד֖וֹ ל֑וֹ וְשָׁ֖ם חֶבְי֥וֹן עֻזֹּֽה׃

3:4
Rabbinat français — 3:4

C’est un éclat éblouissant comme la lumière, des rayons jaillissent de ses côtés et servent de voile à sa grandeur.

Tan’hum de Jérusalem — 3:4

תהיה est pour היה ; קרנים exprime la lueur et le rayonnement, de קרן rayonner (Exode, 34, 29). ידו est ici sa puissance, et חביון עזו la tente de sa gloire et de sa force, dérivé de חבי (Isaïe, 26, 20) ; la racine est חבה (se cacher), de même que חזיון vient de חזה, et רשיון de רשה. C’est une description de la marche de la colonne de nuée et de la colonne de feu devant le camp des Israélites, et de sa tente de gloire descendant parmi eux, c’est-à-dire, du Tabernacle. D’autres disent que par חביון עזו, il veut dire l’arche sainte et les tables qu’elle renfermait et dans lesquelles étaient déposés ses mystères qui indiquaient la grandeur de sa puissance.


לְפָנָ֖יו יֵ֣לֶךְ דָּ֑בֶר וְיֵצֵ֥א רֶ֖שֶׁף לְרַגְלָֽיו׃

3:5
Rabbinat français — 3:5

Devant lui marche la peste, et la fièvre brûlante suit ses pas.

Tan’hum de Jérusalem — 3:5

דבר signifie la peste et la mortalité, et רשף les étincelles du feu, comme רשפיה רשפי אש (Cant., 8, 6). Il y en a qui disent que רשף veut dire ici les flèches, que l’on compare aux étincelles, comme, par exemple, רשפי קשת (Ps. 76, 4). D’autres disent que רשף a le même sens que דבר. Quoi qu’il en soit, on veut parler ici des châtiments qui atteignirent les impies et les ennemis qui s’opposèrent à Israël, comme, par exemple, Amalek. Le pronom dans לפניו et dans רגליו se rapporte à Dieu ; le sens de לרגליו est : dans sa marche, car on emploie métaphoriquement רגלים (pieds) pour course, comme, par exemple, נר לרגלי דברך (Ps. 119, 105).


עָמַ֣ד וַיְמֹ֣דֶד אֶ֗רֶץ רָאָה֙ וַיַּתֵּ֣ר גּוֹיִ֔ם וַיִּתְפֹּֽצְצוּ֙ הַרְרֵי־עַ֔ד שַׁח֖וּ גִּבְע֣וֹת עוֹלָ֑ם הֲלִיכ֥וֹת עוֹלָ֖ם לֽוֹ׃

3:6
Rabbinat français — 3:6

Il se lève et la terre vacille, il regarde et fait sursauter les peuples ; les antiques montagnes éclatent, les collines éternelles s’affaissent — [montagnes et collines] qui sont ses routes séculaires.

Tan’hum de Jérusalem — 3:6

עמד, qui signifie être debout, est une métaphore, par rapport à Dieu, et désigne la victoire qu’il donne à Israël. וימדד ארץ : il veut dire, que le Très-Haut a distribué la terre aux tribus ; car la distribution de la terre se fait habituellement par le mesurage. Le sens de ראה ויתר גוים est celui-ci : Il a vu qu’ils l’ont méritée (cette terre), par la promesse qu’il a faite à leurs ancêtres, et il en a expulsé les peuples et les en a retranchés. — Quant au mot ויתר, il est dérivé de נתר (Lévit., 11, 24) qui veut dire sauter, s’élancer : Il a fait sauter les peuples, fugitifs et expulsés de leurs demeures, pour que les Israélites en prissent possession. — ויתפצצו a le sens de se séparer, se rompre. Par la rupture des montagnes et l’abaissement des collines, il veut dire que les royaumes puissants ont été brisés devant eux, et que les peuples se sont soumis à eux. — Les mots הליכות עולם לו veulent dire : que ces montagnes et ces collines ont été brisées et abaissées, en sorte qu’elles sont devenues pour lui, c’est-à-dire devant lui, comme les chemins aplanis et battus dès les temps anciens. Mais le contexte, si on le considère attentivement, fait pencher pour l’analyse que nous avons donnée d’abord.


תַּ֣חַת אָ֔וֶן רָאִ֖יתִי אׇהֳלֵ֣י כוּשָׁ֑ן יִרְגְּז֕וּן יְרִיע֖וֹת אֶ֥רֶץ מִדְיָֽן׃

3:7
Rabbinat français — 3:7

Je vois les huttes de Couchân ployer sous le malheur et frissonner les tentes du pays de Madian.

Tan’hum de Jérusalem — 3:7

תחת און veut dire sous leur tyrannie et leur injustice, c’est-à-dire, leur tyrannie précédente est retombée sur eux-mêmes, et ils ont été écrasés dessous. Il fait ici allusion à l’expédition entreprise par les Israélites contre les Midianites, à cause de l’hostilité que ces derniers avaient exercée contre eux d’abord. כושן est aussi un des noms des Midianites, ou bien une de leurs tribus ; on dit aussi כוש en parlant des Midianites, et de là vient l’adjectif relatif כושית dans אשה כשית לקח (Nombres, 12, 1), comme l’ont expliqué les docteurs, qui disent que c’est Tsippora, car elle descendait de Midian. Les expressions אהלי כושן et יריעות ארץ מדין seraient donc synonymes. יריעות s’explique par : Ils (les pavillons) tremblèrent et furent agités de la peur ; le futur est en place du prétérit רגזו.


הֲבִנְהָרִים֙ חָרָ֣ה יְהֹוָ֔ה אִ֤ם בַּנְּהָרִים֙ אַפֶּ֔ךָ אִם־בַּיָּ֖ם עֶבְרָתֶ֑ךָ כִּ֤י תִרְכַּב֙ עַל־סוּסֶ֔יךָ מַרְכְּבֹתֶ֖יךָ יְשׁוּעָֽה׃

3:8
Rabbinat français — 3:8

Est-ce contre les fleuves que s’irrite l’Éternel, aux fleuves qu’en veut ta colère ? Est-ce à la mer que ton courroux s’adresse, quand tu t’avances avec tes coursiers, sur tes chars de victoire ?

Tan’hum de Jérusalem — 3:8

הבנהרים חרה ה׳ Ceux qui adoptent la première opinion interprètent ce verset sur la séparation du Jourdain par Josué, et sur la séparation de la mer de Souph par notre maître Moïse. Le prophète dit donc, en exprimant son étonnement sur la séparation du Jourdain : הבנהרים חרה ה׳est-ce que la colère de l’Éternel s’est enflammée contre les fleuves ? Puis il répète la même idée et dit : אם בנהרים אפך. Ensuite il mentionne la séparation de la mer de Souph : אם בים עברתך. Le sens est : Cela arrive par ton ordre, car c’est toi qui les fais couler, et ils s’enfuient devant toi. Enfin il rapporte ce qui a occasionné tout cela : la cause en est que Dieu, par sa puissance, remporte la victoire pour les Israélites et devient par là leur secours ; il exprime cela par le verbe רכב, employant métaphoriquement le mot סוס cheval. — Quant à ceux qui adoptent la seconde opinion, ils disent que le prophète, après avoir décrit les actes anciens du Très-Haut, commence ici à parler de la calamité au sujet de laquelle il intercède auprès de Dieu, savoir, de la famine, de la disette, du manque de pluies et du dessèchement des eaux.


עֶרְיָ֤ה תֵעוֹר֙ קַשְׁתֶּ֔ךָ שְׁבֻע֥וֹת מַטּ֖וֹת אֹ֣מֶר סֶ֑לָה נְהָר֖וֹת תְּבַקַּע־אָֽרֶץ׃

3:9
Rabbinat français — 3:9

Ton arc se montre à nu, tes serments sont des traits lancés par ton verbe [11] Membre de phrase très obscur., Sélah ! La terre, s’ouvrant, livre passage à des fleuves.

Tan’hum de Jérusalem — 3:9

עריה est un nom (d’action) ou un infinitif d’un verbe dont le lamed est une lettre faible (ל״ה), comme ערו ערו (Ps. 137, 7), et הערה (Lévit., 20, 18), qui sont de la même racine et ont le même sens, c’est-à-dire découvrir. תעור, de même, a le sens de être découvert ; c’est le Niphal d’une racine עור ayant le ‘ayin faible (ע״ו). Selon la première opinion, le prophète veut parler de la puissance divine qui se manifesta sur les Cananéens dans la victoire des Israélites. — Par les mots שבעות מטות אמר סלה, il veut dire que Dieu a confirmé par là les serments qu’il avait faits aux patriarches, et la promesse qu’il leur avait donnée de faire le bien à leurs enfants, les tribus d’Israël ; car ces promesses se sont accomplies quand ils ont pris possession des pays. — Ensuite il décrit le bien qui se répandait sur eux, la fertilité des pays qui furent abreuvés par les pluies, et il dit : נהרות תבקע־ארץtu fendis la terre par les fleuves.


רָא֤וּךָ יָחִ֙ילוּ֙ הָרִ֔ים זֶ֥רֶם מַ֖יִם עָבָ֑ר נָתַ֤ן תְּהוֹם֙ קוֹל֔וֹ ר֖וֹם יָדֵ֥יהוּ נָשָֽׂא׃

3:10
Rabbinat français — 3:10

A ton aspect, elles tremblent, les montagnes, les eaux roulent impétueuses, l’Abîme fait retenir sa voix, élève ses vagues jusqu’au ciel.

Tan’hum de Jérusalem — 3:10

יחילו Ce verbe signifie primitivement : être dans les douleurs de l’enfantement, de חיל כיולדה (Jérém., 6, 24 ; Ps. 48, 7) ; mais on l’emprunte pour (exprimer) la peur et l’agitation, et on l’applique aux montagnes, par métaphore, pour désigner leur ébranlement. — זרם est le courant des eaux et leur entraînement violent, c’est-à-dire, leur impétuosité ; de là vient le verbe זורמו (Ps. 77, 18). — תהום est le nom de l’Océan et l’abîme des eaux élémentaires ; קולו signifie : son bruit retentissant et son mugissement produit par les vagues qui s’entrechoquent dans lui. — רום est le ciel, ou la hauteur ; la traduction simple des mots רום ידיהו נשא est : Au ciel il a levé sa main, voulant dire qu’il a élevé ses vagues, comparées métaphoriquement aux mains. Selon d’autres, on veut dire par là qu’il (l’Océan) a levé les mains au ciel, jurant qu’il ne dépasserait pas sa limite ; ce qui serait conforme au sens de ces mots : Car je lève ma main au ciel (Deut., 32, 40).


שֶׁ֥מֶשׁ יָרֵ֖חַ עָ֣מַד זְבֻ֑לָה לְא֤וֹר חִצֶּ֙יךָ֙ יְהַלֵּ֔כוּ לְנֹ֖גַהּ בְּרַ֥ק חֲנִיתֶֽךָ׃

3:11
Rabbinat français — 3:11

Le soleil, la lune s’arrêtent dans leur orbite, à la lumière de tes traits qui volent, à la clarté fulgurante de ta lance.

Tan’hum de Jérusalem — 3:11

שמש ירח עמד זבלה Ici le ו copulatif a été omis, car le sens est : le soleil et la lune. Le mot זבול s’applique primitivement à la demeure, comme par exemple בית זבול (I Rois, 8, 13) ; ensuite on l’emploie métaphoriquement pour le ciel. עמד (s’arrêta) est pour עמדו (s’arrêtèrent). Selon la première opinion, cette phrase aurait le sens qui a été expliqué dans le livre de Josué, aux mots : Et le soleil s’arrêta et la lune resta immobile (Jos., 10, 13). — Les mots לאור חציך יהלכו se rapportent aux Israélites ; par חצים et חנית il désigne, métaphoriquement, la Providence qui les protégeait et qui les secourait contre les ennemis, comme le font les armes de guerre. Il y en a qui disent que, si le prophète fait précéder ces derniers mots par la phrase : Le soleil et la lune s’arrêtèrent au ciel, il veut dire par là qu’ils ne furent pas guidés par eux, se trouvant suffisamment éclairés par la lumière de Dieu : Ils marchaient à la lumière de tes flèches, à la lueur de l’éclair de ta lance.


בְּזַ֖עַם תִּצְעַד־אָ֑רֶץ בְּאַ֖ף תָּד֥וּשׁ גּוֹיִֽם׃

3:12
Rabbinat français — 3:12

Dans ta fureur tu piétines la terre, dans ton courroux tu broies les nations.

Tan’hum de Jérusalem — 3:12

בזעם תצעד־ארץ וג״ Le verbe צעד signifie faire des pas, comme dans ויהי כי צעדו (II Sam., 6, 13) ; ארץ a la valeur de בארץ, ou על הארץ. Par rapport à Dieu, c’est une expression figurée et métaphorique, pour dire qu’il fasse tomber le châtiment sur les royaumes de la terre, rebelles à son culte ; ensuite le prophète en explique lui-même le sens, en disant באף תדוש גוים, ce qui signifie littéralement : tu les fouleras, mais il veut parler de leur défaite et de leur ruine. Selon la première opinion, c’est une prière par laquelle Habakkouk prie contre les ennemis qui dominent sur Israël ; il semble dire : Ces grands exploits que tu as faits contre les ennemis d’autrefois, fais-les de nouveau contre ceux-ci.


יָצָ֙אתָ֙ לְיֵ֣שַׁע עַמֶּ֔ךָ לְיֵ֖שַׁע אֶת־מְשִׁיחֶ֑ךָ מָחַ֤צְתָּ רֹּאשׁ֙ מִבֵּ֣ית רָשָׁ֔ע עָר֛וֹת יְס֥וֹד עַד־צַוָּ֖אר סֶֽלָה׃

3:13
Rabbinat français — 3:13

Tu marches au secours de ton peuple, au secours de ton élu ; tu abats les sommités dans la maison du méchant, de la base au faîte tu la démolis, Sélah !

Tan’hum de Jérusalem — 3:13

יצאת לישע עמך Le verbe יצא appliqué à Dieu signifie la manifestation de sa puissance et de sa providence, comme, par exemple, י״י כגבור יצא (Isaïe, 42, 13), ויצא י״י ונלחם (Zachar., 14, 3). Ceci est également une prière exprimée par le prétérit. — Il paraît clair que le prophète fait allusion par là à la grandeur que Dieu manifesta en détruisant l’armée de San’hérib qui assiégeait Jérusalem, comme il est dit : Un ange de l’Éternel sortit et frappa, dans le camp des Assyriens, cent quatre-vingt-cinq mille hommes (II Rois, 19, 35). Ainsi le mot משיחך désigne ici Hizkiah, roi de Juda, et c’est de San’hérib qu’il dit : מחצת ראש מבית רשע. — Les mots ערות יסוד עד־צואר סלה signifient que Dieu les a découverts depuis le bas jusqu’au cou, à perpétuité. ערות est l’infinitif de ערו ערו (Ps. 137, 7) ; יסוד, opposé à צואר (cou), signifie ici le bas, et est une dénomination des parties honteuses. Le sens est qu’il a déchiré le vêtement de leur gloire et a fait cesser la fortune qui cachait leurs vices. — Il y en a qui voient ici une promesse pour le temps futur, au sujet du Messie que nous attendons — puisse-t-il apparaître bientôt ! — et de la vengeance qu’on tirera des peuples qui oppriment Israël dans l’exil.


נָקַ֤בְתָּ בְמַטָּיו֙ רֹ֣אשׁ פְּרָזָ֔ו יִסְעֲר֖וּ לַהֲפִיצֵ֑נִי עֲלִ֣יצֻתָ֔ם כְּמוֹ־לֶאֱכֹ֥ל עָנִ֖י בַּמִּסְתָּֽר׃

3:14
Rabbinat français — 3:14

Tu transperces avec leurs propres traits ses premiers dignitaires, qui s’élancent comme l’ouragan pour me perdre. Ils triomphent déjà, comptant dévorer le faible dans l’ombre.

Tan’hum de Jérusalem — 3:14

נקבת וג״ Le pronom dans במטיו et dans פרזיו se rapporte à l’ennemi en question, dont il a été dit מבית רשע. — מטיו veut dire ses bâtons, et פרזיו ses gîtes (ou ses demeures). ראש a ici la valeur du pluriel, comme si on lisait ראשי פרזיו ; ce sont les chefs qui dominent sur les pays. Or, comme il les appelle ראשים (têtes), il désigne métaphoriquement leur ruine et leur destruction, en disant qu’ils ont été percés avec le bâton. Les bâtons sont ici attribués à ceux-là mêmes qu’ils servent à châtier, pour dire que leur châtiment s’exécute avec leurs propres instruments. — Les mots יסערו להפיצני signifient : Ceux qui s’agitent, c’est-à-dire, qui se hâtent dans leur mouvement, pour nous séparer et nous disperser ; יסערו est dérivé de la racine סער, qui s’applique à la mer orageuse, par exemple כי הים הולך וסער (Jona, 1, 4). עליצותם vient de עלץ (I Sam. 2, 1) ; par עני il veut désigner le peuple faible, c’est-à-dire les Israélites, par rapport à l’état dans lequel ils se trouvaient alors.


דָּרַ֥כְתָּ בַיָּ֖ם סוּסֶ֑יךָ חֹ֖מֶר מַ֥יִם רַבִּֽים׃

3:15
Rabbinat français — 3:15

Tu foules la mer avec tes chevaux, les grandes vagues amoncelées.

Tan’hum de Jérusalem — 3:15

דרכת veut dire tu as marché (tu t’es avancé), comme דרך כוכב מיעקב (Nombres, 24, 17). Les mots חמר מים רבים sont l’appositif de ים (mer), et se trouvent également sous la dépendance du ב dans בים : tu as marché dans la mer et dans les monceaux des eaux abondantes. — חמר est ici le singulier de חֳמָרִם (Exode, 8, 10), qui signifie des monceaux ; il veut parler des eaux qui s’amoncelaient. — Il y en a qui disent que דרכת a le sens de fouler, écraser, et que les chevaux sont ceux de Pharaon et de son armée ; on les attribue à Dieu (en disant tes chevaux), parce qu’il manifesta sa puissance et sa grandeur en les submergeant. Le prophète veut ici parler également de la défaite des troupes de l’ennemi comparé à la mer et aux eaux abondantes.


שָׁמַ֣עְתִּי ׀ וַתִּרְגַּ֣ז בִּטְנִ֗י לְקוֹל֙ צָלְל֣וּ שְׂפָתַ֔י יָב֥וֹא רָקָ֛ב בַּעֲצָמַ֖י וְתַחְתַּ֣י אֶרְגָּ֑ז אֲשֶׁ֤ר אָנ֙וּחַ֙ לְי֣וֹם צָרָ֔ה לַעֲל֖וֹת לְעַ֥ם יְגוּדֶֽנּוּ׃

3:16
Rabbinat français — 3:16

J’ai entendu… et mon sein en frémit ; à cette nouvelle mes lèvres s’entrechoquent. Une langueur s’empare de mes os, je m’affaisse sur moi-même. Puis-je en effet rester calme devant ce jour de malheur qui va se lever sur un peuple pour le décimer ?

Tan’hum de Jérusalem — 3:16

שמעתי Par ותרגז בטני il veut parler de l’agitation et du tremblement des entrailles par la forte peur, comme nous l’avons dit au sujet des mots ירגזון יריעות ארץ מדין (ci-dessus, vers. 7). — Le ל dans לקול a le sens du מ : c’est comme s’il avait dit ומן הקול צללו שפתי. — צללו signifie elles bourdonnent, comme תצלינה (I Sam. 3, 41) ; le sens est que, par la forte peur qu’il éprouvait, ses lèvres tremblaient en parlant et proféraient leurs paroles avec un son tremblant, comme si c’était un bourdonnement. — רקב est la vermoulure qui atteint les ossements après la mort ; si on l’emploie en parlant des vivants, c’est une métaphore pour peindre la forte frayeur et la tristesse, comme il est dit : un esprit abattu dessèche les os (Prov. 17, 22). — ותחתי veut dire à ma place. — יגודנו exprime l’attroupement des armées, car les troupes s’appellent גדוד, par exemple בא מהגדוד (II Sam. 3, 22) ; le même verbe se trouve dans גד גדוד יגודנו (Gen. 49, 19).


כִּֽי־תְאֵנָ֣ה לֹֽא־תִפְרָ֗ח וְאֵ֤ין יְבוּל֙ בַּגְּפָנִ֔ים כִּחֵשׁ֙ מַֽעֲשֵׂה־זַ֔יִת וּשְׁדֵמ֖וֹת לֹא־עָ֣שָׂה אֹ֑כֶל גָּזַ֤ר מִמִּכְלָה֙ צֹ֔אן וְאֵ֥ין בָּקָ֖ר בָּרְפָתִֽים׃

3:17
Rabbinat français — 3:17

Car le figuier ne fleurira pas, ni les vignes ne donneront des fruits ; l’olivier refusera son produit et les champs leur tribut nourricier ; plus de brebis au bercail, plus de bœufs dans les étables !

Tan’hum de Jérusalem — 3:17

כי־תאנה לא־תפרח וג״ Le nom de יבול désigne les fruits ; il dérive de הוביל, faire venir, amener, produire. — כִּחֵשׁ appliqué au produit de l’olivier, signifie il a été coupé, il a manqué ; ce sens est dérivé (au figuré) de celui de mentir, comme dans cette autre locution אשר לא־יכזבו מימיו (Isaïe, 58, 11). — Quant à שדמות, on dit que ce sont les ceps ; cependant la phrase n’est pas une répétition des mots ואין יבול בגפנים, car ce qui distingue les deux (plantes), c’est que la גפן est couchée sur la terre, et la שדמה est élevée au-dessus d’elle. — מִכְלָה est le nom de l’endroit où l’on enferme les troupeaux, savoir l’étable. — גזר est ici un verbe neutre, ayant le sens de être retranché, manquer. רפתים signifie les parcs de bœufs ; ce mot est très-usité dans le langage des anciens (docteurs), qui disent au singulier רפת בקר. — Tout ce discours, selon la première opinion, renferme une image pour représenter la ruine des nations ennemies. Selon la seconde opinion, c’est un avertissement clair et sans allégorie de l’arrivée de la stérilité, qui sera telle que les plantes se dessécheront, que les fruits manqueront et que les animaux périront faute de fourrage.


וַאֲנִ֖י בַּיהֹוָ֣ה אֶעְל֑וֹזָה אָגִ֖ילָה בֵּאלֹהֵ֥י יִשְׁעִֽי׃

3:18
Rabbinat français — 3:18

Et cependant moi, grâce à l’Éternel, je retrouverai le bonheur, je me délecterai en Dieu qui me protège.

Tan’hum de Jérusalem — 3:18

ואני בי״י אעלוזה Après avoir parlé de la satisfaction que Dieu tirera des ennemis par les malheurs qui les frapperont, ou bien, selon la seconde interprétation, de la détresse qui arrivera à Israël, il dit, en annonçant le salut à Israël : Mais nous, nous serons réjouis après cela par le secours de Dieu et parce que ce sera lui qui nous secourra et nous aidera. Ensuite il ajoute : C’est parce que la force et la puissance nous viendront par sa providence, car c’est lui qui est la source de notre force et de notre puissance par lesquelles nous remporterons la victoire sur les ennemis. C’est là ce qu’il exprime par ces mots qui suivent.


יֱהֹוִ֤ה אֲדֹנָי֙ חֵילִ֔י וַיָּ֤שֶׂם רַגְלַי֙ כָּאַיָּל֔וֹת וְעַ֥ל בָּמוֹתַ֖י יַדְרִכֵ֑נִי לַמְנַצֵּ֖חַ בִּנְגִינוֹתָֽי׃

3:19
Rabbinat français — 3:19

Dieu, mon Seigneur, est ma force ; il rend mes pieds agiles comme ceux des biches, et il me fait cheminer sur les hauteurs ! — Au chorège qui dirige l’exécution de mes chants [12] Voir les Psaumes.

Tan’hum de Jérusalem — 3:19

אלהים י״י חילי וג״ dont le sens est : En lui est ma force et ma puissance. Les mots וישם רגלי כאילות sont une image de la rapidité de leur arrivée et de leur victoire sur les ennemis, semblable à la rapidité et à la légèreté des gazelles. Par במותי il veut dire les hauteurs de mes ennemis, comme במותימו (Deut., 33, 29). במות signifie primitivement les sommets des hautes montagnes ; ensuite on l’emploie métaphoriquement pour désigner les plus grands d’entre les chefs. — Dans le mot למנצח le מ est superflu, et peut-être aussi ce mot a-t-il la valeur de להיות מנצח. Cette expression (נַצֵּחַ) signifie primitivement vaincre, dominer ; mais on l’emploie métaphoriquement pour chanter des louanges, comme nous l’expliquerons dans le livre des Psaumes. נגינות sont les mélodies musicales et les mots chantés par ces mélodies. — Il y en a qui disent que ואני בי״י אעלוזה et ce qui suit est le discours du prophète parlant en son propre nom, pour annoncer que lui, par la confiance qu’il a en Dieu, ne s’inquiète pas de ces circonstances qu’il vient de décrire. Mais il me semble qu’il vaut mieux entendre ces mots de tout Israël ; car la vérité est, qu’après avoir dit en parlant au nom de tous יסערו להפיצני et ensuite אשר אנוח ליום צרה וג״, il dit aussi pour leur annoncer le salut : ואני ביהוה אעלוזה אגילה באלהי ישעי יהוה אדני חילי וג״.

כמל שרח ספר חבקוק

Fin du commentaire du Livre de ‘Habakkouk

ברוך העוזר ברחמיו

Béni soit celui qui nous aide par sa miséricorde

Sources — Commentaire : S. Munk, in S. Cahen, La Bible, t. XII, Paris, 1843 [Google Booksarchive.org] · Texte hébreu : Miqra according to the Mesorah / Sefaria [CC-BY-SA] · Traduction : Rabbinat français, dir. Z. Kahn, Paris, 1899 [NLI]

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