Commentaire de R. Tan’houm sur le Livre de ‘Habakkouk
Chapitre 2
Trad. Salomon Munk (1843)
עַל־מִשְׁמַרְתִּ֣י אֶֽעֱמֹ֔דָה וְאֶֽתְיַצְּבָ֖ה עַל־מָצ֑וֹר וַאֲצַפֶּ֗ה לִרְאוֹת֙ מַה־יְדַבֶּר־בִּ֔י וּמָ֥ה אָשִׁ֖יב עַל־תּוֹכַחְתִּֽי׃
Je veux me tenir à mon poste d’observation, je veux me placer sur le fort [du guetteur] pour regarder [au loin] et voir ce que Dieu me dira et ce que je pourrai répliquer au sujet de ma récrimination.
על־משמרתי אעמדה Ceci est une métaphore pour dire qu’il attend la révélation et qu’il espère entendre la réponse (de Dieu), comme c’est l’usage des gardes et des sentinelles de se placer sur les forts, pour observer ceux qui viennent de loin ; c’est pourquoi il dit : ואתיצבה על־מצור (et je me place sur une forteresse), ce qu’il explique ensuite par les mots pour voir, etc. Par ומה אשיב על־תוכחתי il veut dire : ce que je dois répondre et opposer aux reproches qui me sont adressés à moi-même dans ce sens. Le prophète s’attribue le reproche (en disant mon reproche) en ce sens qu’il en est l’objet de la part des autres ; (le suffixe dans ותוכחתי est objectif) comme dans ותוכחתי לבקרים (Ps. 73, vers. 14), et non pas (subjectif) comme dans ותוכחתי לא אביתם (Prov. 1, 25) ; car, dans ce dernier passage, celui qui parle est lui-même l’agent, c’est-à-dire celui qui adresse le reproche aux autres. Ensuite le prophète fait connaître la réponse qui lui est venue (de Dieu), et qui l’a instruit sur l’issue du règne des Chaldéens et sur leur fin, et il dit : Et Dieu me répondit, etc.
וַיַּעֲנֵ֤נִי יְהֹוָה֙ וַיֹּ֔אמֶר כְּתֹ֣ב חָז֔וֹן וּבָאֵ֖ר עַל־הַלֻּח֑וֹת לְמַ֥עַן יָר֖וּץ ק֥וֹרֵא בֽוֹ׃
Le Seigneur me répondit et dit : « Mets par écrit la vision, grave-la distinctement sur les tablettes, afin qu’on puisse la lire couramment.
כִּ֣י ע֤וֹד חָזוֹן֙ לַמּוֹעֵ֔ד וְיָפֵ֥חַ לַקֵּ֖ץ וְלֹ֣א יְכַזֵּ֑ב אִם־יִתְמַהְמָהּ֙ חַכֵּה־ל֔וֹ כִּי־בֹ֥א יָבֹ֖א לֹ֥א יְאַחֵֽר׃
Car encore que cette vision ne doive s’accomplir qu’au temps fixé, elle se hâte [4] vers son terme, et elle ne mentira pas ; si elle diffère, attends-la avec confiance, car certes elle se réalisera sans trop tarder.
[4] Selon d’autres : « Elle annonce son échéance. »
כי עוד חזון למועד On a dit que c’est une expression elliptique pour כי עוד יקום זה החזון למועד ; mais peut-être y a-t-il transposition, pour כי עיד מועד לחזון. Le sens est : il reste encore un certain temps pour cette prophétie (avant qu’elle s’accomplisse) ; ensuite elle se vérifiera et se manifestera. Le sens de ויפח לקץ est : elle parle de la fin, comme יפיח כזבים (Prov. 6, 19) ; le pronom dans elle parle (וְיָפֵחַ ) se rapporte à la prophétie (חזון). Ensuite il ajoute : Quoique’il doive se passer encore un certain temps, pendant lequel la chose (annoncée) sera retardée ou empêchée, tu dois pourtant l’espérer ; car elle arrivera prochainement et elle n’est pas éloignée. C’est là ce qu’il veut dire par les mots אם יתמהמה וג״.
הִנֵּ֣ה עֻפְּלָ֔ה לֹא־יָשְׁרָ֥ה נַפְשׁ֖וֹ בּ֑וֹ וְצַדִּ֖יק בֶּאֱמוּנָת֥וֹ יִֽחְיֶֽה׃ {ס}
Vois ! elle est enflée d’orgueil, son âme [5] ; elle n’a aucune droiture, mais le juste vivra par sa ferme loyauté !
[5] Celle du Chaldéen.
הנה עפלה וג״ On explique עֻפְּלָה dans le sens de s’enorgueillir, s’élever : (c’est-à-dire son âme s’est enorgueillie,) c’est pourquoi elle ne se maintient pas debout, mais elle est courbée. עפלה vient de עֹפֶל ובחן (Isaïe, 32, 14), qui signifie le sommet d’une haute montagne. C’est comme s’il avait dit : הנה עפלה נפשו בו על כן לא ישרה ; le pronom dans נפשו se rapporte à l’impie, dont il a été parlé précédemment, et qui est Nabuchodnêçar. — Il ajoute ensuite : Quant au juste opprimé, c’est-à-dire Israël, il sera sauvé à cause de la confiance qu’il met dans la providence de son Dieu, et il survivra ; tel est le sens des mots וצדיק באמונתו יחיה. — Selon d’autres עפלה veut dire elle se désole, elle se tord (de douleur) ; ce serait une transposition de (la racine עֹפֶל, d’où vient) ויתעלף, comme nous l’avons expliqué dans le livre de Ionah (ch. 4, vers. 8), ou, si vous voulez, comme on a expliqué les mots בניך עֲלָפוּ (Isaïe, 51, 20) : le sens est qu’il (l’ennemi) a péri et que le châtiment l’a atteint. — D’autres, tout en faisant venir עפלה de עֹפֶל, disent qu’il veut parler de cette prophétie ; c’est-à-dire, comme elle est éloignée et que le terme (de son accomplissement) est retardé, — [semblable au עֹפֶל (sommet élevé), auquel on parvient difficilement, à cause de son élévation et de sa roideur] — les âmes ne sauraient y croire fermement ; mais le juste vivra par sa croyance et par sa foi. Mais ceci est une interprétation forcée et très-peu en rapport avec la suite du discours.
וְאַף֙ כִּֽי־הַיַּ֣יִן בֹּגֵ֔ד גֶּ֥בֶר יָהִ֖יר וְלֹ֣א יִנְוֶ֑ה אֲשֶׁר֩ הִרְחִ֨יב כִּשְׁא֜וֹל נַפְשׁ֗וֹ וְה֤וּא כַמָּ֙וֶת֙ וְלֹ֣א יִשְׂבָּ֔ע וַיֶּאֱסֹ֤ף אֵלָיו֙ כׇּל־הַגּוֹיִ֔ם וַיִּקְבֹּ֥ץ אֵלָ֖יו כׇּל־הָעַמִּֽים׃
En vérité, comme le vin est perfide, ainsi l’homme arrogant qui ne demeure point en repos [6] ; qui ouvre une bouche large comme le Cheol et, comme la mort, n’est jamais rassasié. Autour de lui, il agglomère tous les peuples, il rassemble toutes les nations.
[6] Sens incertain.
ואף כי־היין בוגד וג״ Il y en a qui disent que ce verset fait suite au précédent, et qu’il en complète le sens qui serait celui-ci : Celui dont l’âme est orgueilleuse ne se maintient pas dans son état, et le juste lui-même ne vit pas par sa foi… — la négation לא, qui précède le verbe ישרה, agirait donc également sur יחיה, comme si on lisait : הנה אשר עפלה נפשו בו לא ישרה וצדיק באמונתו לא יחיה ואף כי היין בוגד וג״. — Ces derniers mots signifieraient : à plus forte raison l’homme (enivré) de vin (איש היין), le perfide, et le sens serait conforme à ce verset (des Proverbes, 11, 31) : Certes, le juste lui-même est payé ici-bas ; à plus forte raison l’impie et le pécheur. — איש serait sous-entendu (avec היין), comme dans אל תהי מרי (Éz., 2, 8), pour איש מרי. — Ce serait donc un argument pour le châtiment qui doit frapper l’ennemi en question, et le prophète aurait dit : Si celui qui est plus juste que lui n’est pas sauvé, comment le serait-il lui-même, qui est de telle et telle nature ? Le verset se compléterait ainsi : ואף כי איש היין הבוגד אשר הוא גבר יהר ולא ינוה ; par איש היין on aurait voulu désigner l’homme submergé dans le vin de l’ignorance, enivré d’orgueil et d’amour-propre. — Selon la première interprétation que nous avons donnée au verset précédent, le vin serait une image pour le châtiment qui atteindra l’ennemi, désigné par l’épithète de גבר יהיר ; j’expliquerais donc ainsi : « Et, en outre, le vin qu’il a fait boire aux autres, je veux dire le châtiment (qu’il leur a infligé), sera perfide envers lui, c’est-à-dire, se retournera contre lui-même et l’enivrera. » בוגד signifie perfide, comme כל בוגדי בגד (Jérémie, 12, 1) ; יהיר est l’homme obstiné qui persévère dans la rebellion, comme זד יהיר (Prov., 21, 24) ; les Arabes aussi appellent l’obstination יהיר, prononcez yahr. ולא ינוה signifie : il ne reste pas établi et fixé dans sa demeure et il ne s’y retire pas — [de נוה, demeure (Jérém., 33, 42 et passim.)] — à cause de sa forte cupidité et de son avidité à rechercher la fortune et la domination ; comme il dit (en continuant) אשר הרחיב כשאול נפשו.
הֲלוֹא־אֵ֣לֶּה כֻלָּ֗ם עָלָיו֙ מָשָׁ֣ל יִשָּׂ֔אוּ וּמְלִיצָ֖ה חִיד֣וֹת ל֑וֹ וְיֹאמַ֗ר ה֚וֹי הַמַּרְבֶּ֣ה לֹּא־ל֔וֹ עַד־מָתַ֕י וּמַכְבִּ֥יד עָלָ֖יו עַבְטִֽיט׃
Eh bien ! ceux-ci, tous ensemble, ne feront-ils pas des satires contre lui, des épigrammes et des énigmes piquantes à son adresse ? On dira : « Malheur à qui accapare le bien d’autrui ! (jusques à quand ?) Malheur à qui accumule sur sa tête le poids de gages usuraires [7] !
[7] Selon d’autres : « un monceau de boue épaisse. »
הלוא אלה כלם עליו וג״ Il veut dire que toutes ces nations qu’il a rassemblées feront des proverbes (des satires) sur lui, lorsque le châtiment l’atteindra, et emploieront l’éloquence pour composer sur lui des discours ingénieux ; ce que le prophète exprime par ces mots : ומליצה חידות לו, comme להבין משל ומליצה (Prov. 1, 6), d’où vient מליץ (Genèse, 42, 23). Le mot ויאמר est pour ויאמרו (au pluriel) comme ישאו. — Il rapporte ensuite textuellement ce qu’on dira, savoir : הוי המרבה לא לו, ce qui veut dire : Malheur à celui qui rassemble ce qui ne lui restera pas, mais ce qu’il laissera à d’autres ; ainsi il se fatigue à porter de l’argile, c’est-à-dire, il travaille à la construction des forts et des châteaux, ce qui est exprimé par les mots ומכביד עליו עבטיט. (Quant au mot עבטיט) on l’explique par l’épais de l’argile, de sorte que ce mot serait composé de deux mots, de עב épais, comme בעב הענן (Exode, 19, 9), et de טיט argile, comme רפש וטיט (Isaïe, 57, 20), מטיט היון (Ps. 40, 3). D’autres disent qu’il faut traduire l’argile grosse ou épaisse, et que l’adjectif précède ici le substantif, comme dans כל־רבים עמים (Ps. 89, 51).
הֲל֣וֹא פֶ֗תַע יָק֙וּמוּ֙ נֹֽשְׁכֶ֔יךָ וְיִקְצ֖וּ מְזַעְזְעֶ֑יךָ וְהָיִ֥יתָ לִמְשִׁסּ֖וֹת לָֽמוֹ׃
Ah ! ne se lèveront-ils pas soudain, tes créanciers ! Ne se réveilleront-ils pas, tes bourreaux ? A ton tour, tu seras leur proie !
ויקצו מזעזעיך R. Iehouda ’Hayyoudj dit que dans ויקצו on pause sur le yod (c’est-à-dire le yod a un métheg, et on lit וְיִֽ-קְצוּ), pour indiquer le yod (omis) qui est la première radicale ; car ce mot signifie ils s’éveilleront, de יקץ, comme וייקץ נח (Genèse, 9, 24). Mais Aboulwalîd dit : « Nous ne l’avons trouvé dans les exemplaires corrects qu’avec une voyelle brève, sans pause (c’est-à-dire ויק-צוּ sans métheg) ; de plus la Masora dit sur ce mot : לית דכותיה חטוף (il n’y en a pas de semblable avec une voyelle brève). » C’est ainsi que nous l’avons trouvé nous-mêmes dans les exemplaires que nous possédons ; c’est donc un mot irrégulier, car on devrait le lire comme le dit Abou-Zacariyya ’Hayyoudj. Cependant, comme il n’a pas de métheg, le maître Aboulwalîd a pensé qu’il serait permis de le prendre pour le kal d’un verbe ל״ה (קצה), dans le sens de לְקַצּוֹת (II Rois, 10, 32), qui est l’équivalent du verbe arabe טרף couper les extrémités. On trouve dans le même sens l’infinitif kal קְצוֹת, comme nous allons l’expliquer tout-à-l’heure (verset 10). Le sens est donc, dit Aboulwalîd, ceux qui t’agiteront (tes ennemis) te couperont en pièces. Mais moi je dis que le premier sens (de יקץ s’éveiller) est plus convenable, puisque יקיצו n’a pas de pronom régime (suffixe), et qu’il se rattache à יקומו נשכיך ; il doit donc avoir un sens analogue (à יקומו). — מזעזעיך est une forme redoublée de (זוע, d’où vient) שיזעו (Kohéleth, 12, 3) ולא זע (Esther, 5, 9) : il indique le mouvement violent et l’agitation, de même que le verbe זעזע en arabe. Par נשכיך et מזעזעיך on veut désigner les ennemis qui le perdront, c’est-à-dire l’armée des Mèdes et des Perses.
כִּֽי־אַתָּ֤ה שַׁלּ֙וֹתָ֙ גּוֹיִ֣ם רַבִּ֔ים יְשׇׁלּ֖וּךָ כׇּל־יֶ֣תֶר עַמִּ֑ים מִדְּמֵ֤י אָדָם֙ וַֽחֲמַס־אֶ֔רֶץ קִרְיָ֖ה וְכׇל־יֹ֥שְׁבֵי בָֽהּ׃ {פ}
Car de même que tu as dépouillé, toi, des peuples nombreux, toutes les autres nations te dépouilleront — à cause du sang humain que tu as versé, des cruautés qu’ont subies les pays, les cités et ceux qui les habitent.
שַׁלּוֹתָ tu as pillé, de שלל ; le daghesch indique l’insertion de la lettre pareille. Il en est de même de יְשׇׁלּוּךָ, qui est un verbe lourd de la conjugaison poël ; car régulièrement on aurait dû dire יְשׁוֹלְלוּךָ, et le qamets est changé du ḥolem. — מדמי אדם וחמס־ארץ Le מ agit sur les deux mots, car le sens est ומֵחמס ארץ ; le מ signifie ici à cause de, pour cela, comme dans מחטאות נביאיה (Lament., 4, 13).
ה֗וֹי בֹּצֵ֛עַ בֶּ֥צַע רָ֖ע לְבֵית֑וֹ לָשׂ֤וּם בַּמָּרוֹם֙ קִנּ֔וֹ לְהִנָּצֵ֖ל מִכַּף־רָֽע׃
Malheur à qui amasse pour sa maison un bien mal acquis, et rêve d’établir son nid sur les hauteurs, pour échapper aux coups de l’adversité !
יָעַ֥צְתָּ בֹּ֖שֶׁת לְבֵיתֶ֑ךָ קְצוֹת־עַמִּ֥ים רַבִּ֖ים וְחוֹטֵ֥א נַפְשֶֽׁךָ׃
Tu as décrété la honte de ta maison ! En fauchant des peuples nombreux, tu t’es condamné toi-même.
קצות עמים רבים וחוטא נפשך Le sens de קצות est rogner, couper avec le glaive ; c’est un infinitif kal dans le sens de לְקַצוֹת, qui est du Piël. Cette phrase est, en quelque sorte, le commentaire des mots יעצת בושת לביתך, dont le sens est : Ta délibération et le conseil que tu as pris ont causé la honte à ta maison et à ta famille ; on veut dire par là que les peuples triompheront (du malheur) de ses enfants, lorsque le règne de sa maison aura cessé. C’est aussi le sens de ce qui est dit dans le verset précédent : הוי בצע בצע רע לביתו. Cette délibération, dit-il, c’est d’avoir voulu faire du mal à beaucoup de peuples, ce qu’il exprime par les mots קצות עמים רבים ; ensuite il ajoute : Et tu as péché par là contre toi-même, comme s’il y avait ותהיה חוטא על נפשך.
כִּי־אֶ֖בֶן מִקִּ֣יר תִּזְעָ֑ק וְכָפִ֖יס מֵעֵ֥ץ יַעֲנֶֽנָּה׃ {פ}
Oui, la pierre dans le mur crie [contre toi], et le chevron, dans la charpente, lui donne la réplique.
וכפיס מעץ יעננה On explique כפיס par brique, du langage de la Mischnah : כפיסים לבנים (des demi-briques et des briques entières). מֵעֵץ veut dire du milieu du bois ; car, dans certains bâtiments, on place les briques au milieu, entre des morceaux de bois entrelacés tout autour. Le sens serait donc à peu près le même que celui des mots כי אבן מקיר תזעק ; car אבן est la pierre taillée et כפיס la brique cuite. — C’est une locution exagérée et hyperbolique, pour dire que sa tyrannie est universelle, de sorte que tous les hommes se récrient contre lui, et que les choses inanimées elles-mêmes, qui n’ont pas l’usage de la parole, se plaignent de lui. — Selon d’autres, on veut dire par là qu’il est avide de bâtir et d’élever des forts avec ce qu’il a obtenu par l’oppression et le pillage, mais que (ces constructions) ne lui seront d’aucune utilité et ne le sauveront pas au temps de la punition ; c’est comme si les pierres, avec lesquelles on bâtit, lui adressaient la parole, dans leur langage muet, et lui disaient :
ה֛וֹי בֹּנֶ֥ה עִ֖יר בְּדָמִ֑ים וְכוֹנֵ֥ן קִרְיָ֖ה בְּעַוְלָֽה׃
Malheur à qui bâtit une ville avec le sang, et fonde une cité sur l’iniquité !
הוי בונה וג״ Malheur à celui qui bâtit une ville avec du sang et qui établit une cité avec l’iniquité. דמים sang désigne les péchés ; nous l’avons déjà rencontré dans cette acception. Quant au mot כונן, si c’est une forme redoublée (Po’lel) d’une racine ע״ו, on aurait dû dire מכונן, car c’est un participe comme בונה ; le redoublement (du נ) en fait une forme lourde (ou dérivée), et le participe des formes lourdes a un מ. Mais il est possible que ce soit le participe Kal, d’une autre racine de deux lettres pareilles (des כפולים), ayant le même sens.
הֲל֣וֹא הִנֵּ֔ה מֵאֵ֖ת יְהֹוָ֣ה צְבָא֑וֹת וְיִֽיגְע֤וּ עַמִּים֙ בְּדֵי־אֵ֔שׁ וּלְאֻמִּ֖ים בְּדֵי־רִ֥יק יִעָֽפוּ׃
Ah ! voici, cela émane de l’Éternel-Cebaot : que les peuples travaillent pour le feu et les nations s’éteignent au profit du néant [8] !
[8] Jérémie, 51, 58.
הלוא הנה וג״ Le sens est : Ceci est un décret de Dieu, que les nations se donnent du mal pour ce que le feu dévorera, et que les peuples se fatiguent pour ce qui est frivole et vain. Il veut parler du travail des prisonniers qu’on emploie pour faire des édifices et des constructions que les ennemis ordinairement brûlent et dévastent. וייגעו à la valeur de שייגעו. On dit que le mot די (dans בְּדֵי) est ici explétif, ainsi qu’on a l’habitude de l’employer d’une manière pléonastique dans le discours ; c’est ainsi qu’on dit בדי שופר (Job, 39, 25) pour בשופר. C’est de la même manière qu’on ajoute מו au ב, et qu’on dit, par exemple, במו אש (Isaïe, 43, 2) pour באש. Cela peut bien être vrai dans בדי ריק, qu’on peut prendre dans le sens de בריק, mais non pas dans בדי אש ; car quand même on aurait dit וייגעו עמים באש, cela n’offrirait pas non plus un sens parfait. Il vaut mieux admettre que בדי est ici dans le sens de la particule ל seule, savoir : ייגעו לאשׁ. Il se peut aussi que בדי ait le sens de באשר et que le ל soit sous-entendu ; la valeur (de בדי אש) serait donc באשר לאש, et cela serait analogue au syriaque qui dit די en place de אשר, comme, par exemple, ולמן די יצבא יתננה (Daniel, 4, 14), et comme l’a dit Aboulwalîd au sujet de ובדמשק ערש (Amos, 3, 12), ainsi que nous l’avons expliqué.
כִּ֚י תִּמָּלֵ֣א הָאָ֔רֶץ לָדַ֖עַת אֶת־כְּב֣וֹד יְהֹוָ֑ה כַּמַּ֖יִם יְכַסּ֥וּ עַל־יָֽם׃ {פ}
Car la terre sera pleine de la connaissance de la gloire de Dieu, comme l’eau abonde dans le lit des mers [9].
[9] Isaïe, 11, 9.
14. כי תמלא הארץ לדעת וג״ Le ל dans לדעת a le sens de מן, (remplie de connaissance), comme כי מלאה הארץ דעה וג״ (Isaïe, 11, 10) ; à כמים יכסו il faut suppléer אֲשָׁר (comme s’il y avait אשר יכסו). Ceci indique le motif de ce qui a été dit dans le verset précédent, savoir que c’est là la volonté du Très-Haut ; c’est-à-dire : Il fait cela afin que sa grandeur et sa connaissance se répandent chez les nations du monde ; c’est comme s’il avait dit בעבור כי תמלא, ou bien למען תמלא, ou autre chose semblable.
ה֚וֹי מַשְׁקֵ֣ה רֵעֵ֔הוּ מְסַפֵּ֥חַ חֲמָתְךָ֖ וְאַ֣ף שַׁכֵּ֑ר לְמַ֥עַן הַבִּ֖יט עַל־מְעוֹרֵיהֶֽם׃
Malheur à toi qui forces tes semblables à boire, qui leur verses des rasades de vin et provoques leur ivresse, pour pouvoir contempler leur nudité !
15. הוי משקה רעהו וג״ Voici comment on a traduit ce verset : Ô toi, qui fais boire ton prochain et qui lui présentes ton outre, pour l’enivrer et pour regarder sa nudité. On dit que רעהו est ici un pluriel (pour רעיו) comme dans בהתפללו בעד רעהו (Job, 42, 10), et on cite pour preuve le mot מעוריהם (leurs nudités). Il y en a qui entendent מעוריהם de la totalité et רעהו de chacun d’eux ; mais c’est une opinion faible. Nous avons déjà mentionné un cas semblable dans le livre de Na’houm (2, 4) aux mots מגן גבריהו מאדם. D’autres enfin donnent à מעוריהם la valeur de מעורו (sa nudité), comme dans la traduction que nous avons citée. — Ces paroles s’adressent à Nebouchadnéçar, et on veut parler de l’avilissement et du mépris qu’il a fait subir à ses compagnons, c’est-à-dire, à ses semblables parmi les rois de la terre. — Le mot מְסַפֵּחַ est un verbe lourd dans le même sens que (le kal) סְפָחֵנִי נא (I Sam., 2, 36) ; ce verbe qui signifie joindre, est ici emprunté dans le sens de présenter, car la chose présentée est jointe à celui qui la porte. — Quant à חֲמָתְךָ, s’il vient de חֵמַת מים (Genèse, 21, 14), comme on l’a traduit (ton outre), il est irrégulier dans sa flexion, car חֵמֶת est de la classe de אֶרֶץ et on devrait le décliner comme אַרְצְךָ, סִפְרְךָ ; c’est pour cela aussi que d’autres le font venir de חֵמָה, et le sens serait, qu’il leur fait boire le vin de sa colère, comme וחמתו בערה בו (Esther, 1, 12). — מספח a besoin du ו copulatif ; שַׁכֵּר est l’infinitif en place du participe ; la phrase est donc virtuellement celle-ci : הוי משקה רעהו ומספח חמתו ואף משכר. Peut-être מספח a-t-il le sens du verbe arabe ציף traiter, régaler, qui a de l’affinité avec le verbe אנצאף se joindre ; c’est comme s’il eût dit ומספחו ou bien ומספחם בחמתו il les régale avec son outre, et il les enivre. — מעוריהם est une dénomination des parties honteuses, comme on l’a vu précédemment, dans והראיתי גוים מערך (Na’houm, 3, 5) ; seulement nous avons ici une autre forme, d’une racine ע״ו.
שָׂבַ֤עְתָּ קָלוֹן֙ מִכָּב֔וֹד שְׁתֵ֥ה גַם־אַ֖תָּה וְהֵעָרֵ֑ל תִּסּ֣וֹב עָלֶ֗יךָ כּ֚וֹס יְמִ֣ין יְהֹוָ֔ה וְקִיקָל֖וֹן עַל־כְּבוֹדֶֽךָ׃
Tu seras gorgé, toi, de plus d’ignominie que d’honneur. A ton tour de boire et de dévoiler ta honte ! Le calice de la droite de l’Éternel va passer à toi : ce sera un amas d’infamie recouvrant ta gloire.
שבעת קלון מכבוד Le מ dans מכבוד signifie plus que, comme dans שמן ששון מחברך (Ps. 45, vers. 8) ; le sens est : « Tu seras rassasié de mépris, plus que tu n’as obtenu d’honneur » ; c’est-à-dire dire : puisque tu as fait boire les autres et que tu as découvert leur nudité, tu boiras aussi toi-même et tu seras découvert, » comme il le dit : שתה גם־אתה והערל. Avec cela le mot והערל pourrait aussi signifier sois étourdi, (soit qu’on le considère comme) transposé de (רעל, d’où vient) כוס התרעלה (Isaïe, 51, 17 et 22) ; סף־רעל (Zach., 12, 2), mots qui signifient étourdissement, ou bien (qu’on le prenne pour) un autre mot ayant le même sens. — קיקלון est la même chose que קלון (honte) ; la première radicale est redoublée, comme on l’a dit au sujet de בבת עינו (Zach., 2, 12) et de כִּכַּר הירדן (Genèse, 13, 10, etc.) ; mais il se peut aussi que ce soient tous des mots à part (sans redoublement). Il y en a qui disent que קיקלון est un mot composé de קיא (crachât) — comme קִיא צאה (Isaïe, 28, 8) — en état construit avec קלון, pour faire ressortir la honte avec plus d’énergie. Dans la composition le א est tombé de l’écriture, parce qu’il est toujours omis dans la prononciation. Le sens est ותקח קיקלון על כבודך : tu recevras la honte pour ta gloire, c’est-à-dire, parce que tu t’es glorifié et que tu as aimé l’honneur et l’orgueil.
כִּ֣י חֲמַ֤ס לְבָנוֹן֙ יְכַסֶּ֔ךָּ וְשֹׁ֥ד בְּהֵמ֖וֹת יְחִיתַ֑ן מִדְּמֵ֤י אָדָם֙ וַחֲמַס־אֶ֔רֶץ קִרְיָ֖ה וְכׇל־יֹ֥שְׁבֵי בָֽהּ׃
Oui, tu seras enveloppé par la violence [des hôtes] du Liban et terrifié par la férocité des fauves – à cause du sang humain [que tu as versé] des cruautés qu’ont subies les pays, les cités et ceux qui les habitent.
כי חמס לבנון יכסך Ceci est une allégorie faite sur lui (Nébouchadnéçar), savoir, qu’il est semblable aux bêtes féroces qui assaillent les animaux dans leurs gîtes ; on mentionne le Liban parce qu’il y a là une multitude d’animaux. Le prophète dit : Ta violence contre les habitants du Liban t’enveloppera (toi-même). Les mots ושוד בהמות יחיתן signifient : et la rapacité des animaux les brise (les perd eux-mêmes) ; יחיתן a le même sens que וְחַתּוּ (Obadiah, vers. 9), et il y en a même qui disent qu’il est de la même racine, c’est-à-dire ayant deux lettres pareilles (חתת), mais que le daghesch a été remplacé par une lettre quiescente et douce (נח נסתר). D’autres disent que c’est une autre racine du même sens, mais ayant pour deuxième radicale une lettre faible. Le sens (de tout le verset) est celui-ci : De même que les animaux très-malfaisants donnent lieu, par leurs fréquentes irruptions, à ce qu’on s’assemble contre eux et qu’on les tue, de même ta trop grande persévérance à opprimer et à exercer des hostilités sera la cause qu’on se hâtera de tirer vengeance de toi. — Ensuite il explique l’allégorie par les mots מדמי אדם וחמס־ארץ que nous avons déjà expliqués dans ce qui précède (vers. 8). Il y en a qui disent que les mots ושוד בהמות יחיתן ont la valeur de ושודך הבהמות אשר יהיתן, et qu’ils sont la répétition et l’explication des mots חמס לבנון ; mais le premier sens est meilleur.
מָה־הוֹעִ֣יל פֶּ֗סֶל כִּ֤י פְסָלוֹ֙ יֹֽצְר֔וֹ מַסֵּכָ֖ה וּמ֣וֹרֶה שָּׁ֑קֶר כִּ֣י בָטַ֞ח יֹצֵ֤ר יִצְרוֹ֙ עָלָ֔יו לַעֲשׂ֖וֹת אֱלִילִ֥ים אִלְּמִֽים׃ {ס}
Quel profit attendre de l’image sculptée par l’artisan ? de la statue de fonte, de ces guides mensongers ? Comment leur auteur peut-il assez mettre sa confiance en eux pour fabriquer des dieux muets ?
מה־הועיל פסל וג״ C’est pour lui reprocher d’avoir adopté les idoles qui n’ont aucune utilité, comme, par exemple, l’idole qu’érigea Nebouchadnéçar et qu’il voulait qu’on adorât. Par פסל on entend ce qui a été taillé de la pierre ; le mot כי a ici le sens de אשר, comme s’il y avait אשר יצרו יוצרו. Le sens est : (l’idole) que son sculpteur a façonnée, quoique le sens de créer soit aussi dérivé de ce verbe (יצר). De là aussi on appelle le potier יוצר, comme, par exemple, הנה כחמר ביד היוצר (Jérémie, 18, 6), parce qu’il façonne les vases de l’argile. Dans מסכה on a omis le ו copulatif ; car ce mot fait suite à מה־הועיל פסל, et on aurait dû mettre ומסכה, c’est-à-dire ומה הועיל מסכה ; il en est de même des mots ומורה שקר (où il faut également sous-entendre ומה הועיל). Par מסכה on entend ce qui est pris des matières fusibles ; mais, par une licence, on met ces deux noms (פסל et מסכה) l’un pour l’autre. — ומורה שקר (et qui enseigne le mensonge) est l’image des prêtres de l’idolâtrie, des prophètes de Baal, etc. — La particule כי, dans כי בטח, a le sens de pour que ; il veut dire : quelle est l’utilité qu’a cette idole, pour que celui qui la fait et qui façonne son image y mette sa confiance ? — יִצְרוֹ veut dire ici son image, sa création ; de même l’idée, que la pensée de l’homme forme, est appelée יֵצֶר לב האדם (Genèse, 8, 21). Le sens primitif de אלילים est faussetés, mensonges, pluriel de אליל (Job, 13, 4) ; ensuite on l’a employé pour les idoles, comme terme injurieux. On leur donne ici l’épithète de אלמים (muets), dans le sens de ce passage : Ils ont une bouche et ne parlent pas (Ps., 115, 5).
ה֣וֹי אֹמֵ֤ר לָעֵץ֙ הָקִ֔יצָה ע֖וּרִי לְאֶ֣בֶן דּוּמָ֑ם ה֣וּא יוֹרֶ֔ה הִנֵּה־ה֗וּא תָּפוּשׂ֙ זָהָ֣ב וָכֶ֔סֶף וְכׇל־ר֖וּחַ אֵ֥ין בְּקִרְבּֽוֹ׃
Malheur à celui qui dit à un morceau de bois : « Éveille-toi ! » à la pierre inerte : « Lève-toi ! » Sont-ce là des guides ? Vois ! L’idole est plaquée d’or et d’argent, mais aucun souffle n’est en elle !
הוי אומר וג״ Il rapporte ici ce qu’ils disent aux objets de leur culte, lorsqu’ils implorent leur secours, savoir, qu’ils leur demandent de s’éveiller, tout en sachant que ce sont des êtres inanimés, morts, qui n’ont pas de mouvement. Le mot אומר agit en même temps sur הקיצה et sur עורי, comme s’il y avait ואומר עורי. — דומים est un adjectif ayant le sens du verbe (דום ,דמם) se taire, comme יִדְּמוּ. — Il met עורי au féminin, parce que אֶבֶן est un mot féminin ; par exemple, והאבן גדולה (Genèse, 29, 2). — Ce passage ressemble à celui-ci : Ils disent au bois : tu es mon père ; et à la pierre : tu m’as enfanté (Jérémie, 2, 27). — Il ajoute ensuite : הוא יור celui-là (cet objet de culte) montre par lui-même que ce qu’on lui attribue est faux ; car il est couvert et entouré d’or et d’argent, et, dans son intérieur, il n’y a point d’esprit qui donne le mouvement ; tel est le sens des mots הנה הוא תפוש וג״. Le simple sens de תפוש est saisi ; c’est comme s’il avait dit תפוש בזהב וכסף (il est saisi par l’or et l’argent). Ici ce verbe a le sens d’entourer ; car ce qui entoure une chose la saisit, en quelque sorte, de tous côtés.
וַיהֹוָ֖ה בְּהֵיכַ֣ל קׇדְשׁ֑וֹ הַ֥ס מִפָּנָ֖יו כׇּל־הָאָֽרֶץ׃ {ס}
Quant à l’Éternel, il trône dans son saint Palais : que toute la terre fasse silence devant lui !
וי״י בהיכל קדשו Après avoir dit que les objets de leur culte sont dépourvus d’utilité, puisqu’ils n’ont pas d’action, il ajoute : Mais notre maître — qu’il soit loué et exalté ! — est sur l’extrême degré de la perfection ; car sa lumière est dans son temple saint, et son action arrive jusqu’à la limite extrême des choses créées, dans tout l’univers. Tous les êtres subsistent par l’émanation de sa bonté ; il porte, en quelque sorte, la parole [allégoriquement parlant], et tous lui prêtent l’oreille pour profiter du sens de son discours. C’est là ce que le prophète exprime par ces mots : הס מפניו כל־הארץ. Suivant cette interprétation, il faudrait entendre par les mots son temple saint, le monde de la simplicité pure, au plus haut degré duquel se trouve Dieu, qui est l’être nécessaire par lui-même, duquel émane l’existence de tout être, comme il le dit allégoriquement dans les mots הס מפניו כל־הארץ. Selon le sens exotérique, il veut dire, par son temple saint, le sanctuaire ou Jérusalem, et, par toute la terre, les hommes de la terre, c’est-à-dire les royaumes de toute la terre habitée. Le sens est, qu’il manifeste sa lumière, que sa providence repose sur les Israélites et qu’il décrète le châtiment de leurs ennemis, en sorte que toutes les nations de la terre, ainsi que leurs rois, sont stupéfaits et troublés devant lui. Le mot הס est employé ici pour la stupéfaction, — quoique son sens primitif soit se taire, de ויהס כלב (Nombres, 13, 30), — parce que celui qui se tait et qui écoute est stupéfait, en entendant le discours. Ce mot, du reste, est étrange dans sa flexion ; il ne suit absolument ni la règle du nom ni celle du verbe, et il ressemble au mot צה des Arabes (qui veut dire chut !) comme nous l’avons déjà expliqué dans un autre endroit. Ce sens (du mot הס) est aussi adopté par l’auteur du Thargoum, qui traduit : « Toutes les idoles de la terre se consumeront devant lui. »
— Commentaire de Rabbi Tan’houm de Jérusalem sur le livre d’Habakkouk, publié pour la première fois, en arabe, sur un manuscrit unique de la Bibliothèque Bodleïenne et accompagné d’une Traduction et de Notes, par Salomon Munk :
- La Bible : traduction nouvelle avec l’hébreu en regard, accompagné des points-voyelles et des accents toniques (נגינהות) avec des notes philologiques, géographiques et littéraires et les principales variantes de la version des Septante et du texte samaritain ; dédiée à S. M. Louis-Philippe Ier, roi des Français, par Samuel Cahen : Tome Douzième – Les Douze petits prophètes / תרי עשר, Paris, 1843, p.1-103 [Google Books]
- Monographie tirée à part , Paris, 1843 [archive.org]
— Texte massorétique : Miqra according to the Mesorah (édition digitale du TaNaKh fondée en partie sur le Codex d’Alep). Version adaptée par Sefaria. [Licence : CC-BY-SA].
— Traduction française : La Bible – traduite du texte original par les membres du Rabbinat français sous la direction de M. Zadoc Kahn Grand Rabbin. Tome Ier : Pentateuque – Premiers Prophètes. Paris (Durlacher), 1899. [Version numérisée : National Library of Israel].