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Épître de Rav Sherira Gaon | אגרת רב שרירא גאון

Traduction Léo Landau (1904)


Vous avez demandé : de quelle manière la Mischna a-t-elle été écrite ? Les savants de la grande synagogue ont-ils commencé à l’écrire et leurs successeurs jusqu’à Rabbi qui l’a clôturée, l’ont-ils continuée ; la plus grande partie de la Mischna est anonyme, une Mischna anonyme provient cependant de R. Méir, la plupart des docteurs qui y sont mentionnés, R. Méir, R. Juda, R. José et R. Simon, étaient tous des disciples de R. Aqiba ; nos maîtres de sainte mémoire nous ont enseigné cependant comme règles du Talmud : la Halakha est décidée d’après R. Aqiba contre l’avis d’un seul docteur, d’après R. José même contre l’avis de plusieurs et d’après Rabbi contre un seul adversaire1, mais tous ceux-là vécurent seulement à la fin du deuxième Temple, pourquoi donc les anciens savants ont-ils laissé la plus grande partie de ce travail à faire à leurs successeurs ? La question devient plus grave encore, si [de la Mischna] rien n’a été écrit jusqu’à la fin de l’époque de Rabbi. Ensuite, si l’on classe les Sédarim dans l’ordre qui leur convient, pourquoi les traités ont-ils été disposés de cette manière : pourquoi Jôma précède-t-il Scheqalim, Soucca Jom Tob et tous deux Rôsch ha-Schana ? de même pour chaque traité, qui n’a pas été rangé suivant l’ordre qui lui convient ? Puis, la Thosephta dont nous avons appris que R. Chiyya est l’auteur, a-t-elle été écrite après la clôture de la Mischna ou en même temps que celle-ci ? Qu’est-ce qui a déterminé R. Chiyya, à l’écrire ? A-t-il fourni par là un commentaire de la Mischna ? Pourquoi Rabbi a-t-il négligé de l’écrire lui-même, puisqu’elle provient cependant des docteurs de la Mischna ? Comment les Baraïthoth et le Talmud ont-ils été écrits ? Quel est ensuite l’ordre successif des Saboraïm après Rabina ? Qui fonctionna après eux et pendant combien de temps fonctionnèrent-ils depuis cette époque à ce jour ?

RÉPONSE. Ainsi nous avons vu que sans aucun doute notre Saint Maître a rédigé (toutes) les six parties de la Mischna, comme on les a enseignées, Halakha après Halakha, sans y ajouter ni retrancher quelque chose. Ainsi, nous voyons aussi dans la Guemara Jebamoth2 au chapitre הבא על יבמתו : «  Quand la Mischna fut-elle rédigée ? au temps de Rabbi  ». La question, pourquoi les anciens (docteurs) ont laissé la majeure partie à faire à leurs successeurs, n’est nullement exacte. En réalité les anciens n’ont pas laissé la majeure partie à leurs successeurs, mais tous ceux-ci enseignèrent seulement les doctrines de leurs prédécesseurs en y ajoutant les principes de celles-ci.

Car le savant Hillel disait aux Bené Bethyra quand ils l’élurent Nassi3 : Qu’est-ce qui a donné lieu à ce que je devins votre Nassi ? Votre inertie, puisque vous n’êtes pas restés en relations avec les deux grands docteurs du siècle, Schemaya et Abtalyon.

Ainsi, chez les anciens c’était l’usage de ne pas publier leurs noms, sauf ceux [les noms] des Président et Vice-Président du Sanhédrin, parce que parmi eux, il n’y avait pas de controverse, tous connaissant à fond les règles de même que le Talmud, ils ont dans leur étude soutenu des thèses et fait des recherches sur chaque mot. Car les Rabbins enseignaient au chapitre יש נוחלין 4 : Hillel, le savant avait 80 disciples ; trente parmi eux auraient été dignes que la Schechina reposât sur eux comme sur Moïse, 30 autres auraient été dignes que le soleil s’arrêtât à leur ordre comme à l’ordre de Josué, fils de Noun, et les 20 qui restaient étaient de mérite moyen.

Le plus important de tous était Jonathan ben Ouziél, le moins important Rabban Jochanan ben Zaccaï. On rapporte de R. Jochanan ben Zaccaï qu’il n’avait négligé d’étudier ni un passage de la Bible, de la Mischna, ni du Talmud, pas un écrit des Halakhoth, de l’Agada, ni une recherche de Rabbins, pas une des conclusions a minori ad maius, par analogie, pas un calcul solaire ni lunaire, pas une fable des blanchisseurs ni des renards, ni le langage des arbres, des démons ou des anges ni «  une grande chose  », c’est la Théosophie ni «  une petite chose  », ce sont les thèses d’Abayi et de Rabba. Cela prouve que même les thèses dénommées d’après Abayi et Rabba ne provenaient pas d’eux mais appartenaient toutes ensemble à de plus anciens. Durant l’existence du temple chaque maître enseignait à ses disciples les motifs de la Bible, de la Mischna et du Talmud, littéralement d’après l’auteur de son temps et les expliquait à ses élèves, afin qu’ils les comprissent. La science était plus générale et il ne fallait pas se donner [d’autre] peine. On ne rencontre chez eux qu’une controverse concernant la Semicha. Schammaï et Hillel n’étaient eux-mêmes en désaccord que sur trois points. Car nous lisons5 : R. Houna disait : «  En trois endroits Shammaï et Hillel sont en controverse.  » Quand cependant le temple fut détruit et qu’ils vinrent à Béthar, quand à son tour Béthar fut détruit et que les docteurs se dispersèrent de tous côtés, à la suite des confusions, persécutions religieuses et du trouble qui régnaient alors, les disciples n’eurent plus suffisamment de relations avec leurs maîtres et de là provinrent les diverses controverses.

Après la mort de Rabba Jochanan b. Zaccaï, quand R. Gamaliél, R. Dosa b. Harchinos et d’autres de ces anciens vivaient encore, il y eut dispute entre les écoles de Schammaï et de Hillel. Quoique les principes de l’école Schammaï furent rejetés, et que la Halakha fût partout réglée d’après ceux de Hillel, il y eut cependant, au temps de R. Gamaliél, controverse sur d’autres points entre les disciples de R. Jochanan b. Zaccaï, R. Elazar, mis au ban et R. Josoua. De ce temps furent R. José ha-Galili, R. Elazar b. Azarya, R. Jochanan ben Nouri, R. Jochanan ben Beroqa, R. Chanina b. Tradyon, R. Elazar Chasma, Abba Chalaphtha et R. José b. Qisma. Parmi eux Simon b. Azzaï et Simon b Zôma et beaucoup [d’autres] docteurs vécurent à la même époque…, comme R. Aqiba, R. Elazar de Modiim, R, Juda b. Baba et R. Ismaél. Jusqu’à ce temps-là R. Juda vivait à Nisibis. Si pendant l’existence du temple il vivait à Nisibis, il y resta aussi après la ruine de celui-ci. Ce fut une époque importante, celle du rétablissement après la ruine du temple. On commença à classer les Halakhoth dispersées à la suite de la confusion produite par la destruction du temple, la persécution et les controverses des académies de Schammaï et de Hillel. À cette époque, il y avait de nombreux savants ; une partie de ceux-ci occupait des fonctions de docteurs, d’autres suivaient les enseignements en disciples. Il est rapporté6 qu’au temps où R. Elazar b. Azarya fut nommé recteur de l’école, beaucoup de nouvelles places y ont été ajoutées.

R. Jochanan dit qu’Abba José b. Dosthaï et les rabbins sont en ceci d’opinion partagée ; d’après l’un ce serait 400, d’après l’autre 700 sièges d’occupés. S’ils y vinrent en si grand nombre, à combien pouvait donc bien s’élever leur total ? Après le décès du R. José b. Qisma, R. Aqiba mourut en martyr, R. Chanina b. Tradyon fut tué aussi et ainsi diminua [après eux] la science. Il [R. Aqiba] avait de nombreux disciples, la persécution religieuse les atteignit et ceux qui furent épargnés représentèrent ainsi l’espoir d’Israël. Car les Rabbins disent : de Gabbatha à Antipatris R. Aqiba comptait 12,000 paires de disciples, tous furent exécutés entre Pâques et Pentecôte. Spirituellement le monde resta troublé jusqu’au retour des savants, que la persécution avait contraints de se réfugier au Sud de la Judée, à savoir : R. Méïr, R. Juda, R. Simon et R. Elazar b. Schamoua, qui instruisirent et rétablirent ainsi à cette époque la science, comme on le voit dans Jebamoth7. De tous R. Méïr fut le plus parfait, le plus sagace et le plus profond8, en raison de quoi, bien qu’il fut encore jeune, R. Aqiba l’ordonna. R. Juda b. Baba ordonna plus tard les autres disciples de R. Aqiba ; celui-ci ordonna à nouveau R. Méir. Car, nous lisons9 : R. Juda disait au nom de Rab : «  Grâce [vraiment] à l’homme  » par là est signifié R. Juda b. Baba. Sans lui les lois criminelles eussent disparu d’Israël. Car, un jour le royaume sacrilège ordonna une persécution religieuse en décrétant que quiconque aurait accompli l’acte de l’ordination serait mis à mort, de même que l’ordonné et que la ville ou la contrée où aurait été ordonné devait être détruite ; alors R. Juda b. Baba se rendit entre deux hautes montagnes et deux grandes villes, Ouscha et Séfaram, et y ordonna cinq Zekenim : R. Méir, R. Juda, R. José, R. Simon et R. Elazar b. Schamoua. R. Awiya pense aussi R. Nechemya. Là-dessus on demande : Rabba bar Chana disait cependant, au nom de Jochanan, que celui qui prétend que R. Aqiba n’aurait pas ordonné R. Méir est dans l’erreur ? On répond : R. Aqiba l’ordonna, seulement eu égard à sa jeunesse, il ne l’accepta pas, plus tard cependant, il accepta l’ordination de R. Juda b. Baba. À cette époque R. Simon b. Gamaliél était Nassi et R Nathan de Babel vint et devint Ab-beth-Din. Comme il est expliqué à la fin de la Guemara Horayoth10 : R. Simon b. Gamaliél disait à R. Nathan : «  Si la ceinture de ton père t’a aidé à devenir Ab-beth-Din elle ne t’aidera cependant pas à devenir Nassi.  »

R. Méir était le Sage de cette époque, comme il est dit (aussi) au même passage : Quand R. Nathan et R. Méir entraient [à l’école] toute l’assemblée se levât. Cette époque fournit des savants renommés [qui étendirent continuellement l’enseignement] comme R. Ismaél, fils de Jochanan b. Beroqa, R. Josoua b. Qarcha, R. Elazar b. Juda, R. Simon b. Juda, R. Elazar, R. Simon, R. Jacob de כפר חיטייא, R. Périda, R. Pédath le premier, R. Zecharyah b. ha-Qazab, R. Mithya b. Chérésch, R. Elazar b. Yirmeya, R. Chanin b. Pinchas, Abba Chanin, Pelimo, Soumachos, R.Simon b. Elazar, R. Chanina b Gamaliél, R. Juda b. Gamla R. Elazar b. Thalaï, R. Pinchas b. Yair, R. Jacob b. Dosaï, Issi b. Juda, Chanina b. Chakhinaï, R. Yeschbéth ha-Sophér, R. Elazar ha-Qappar, R. Rouben ha-Iztroubouli et d’autres savants encore.

Aussi longtemps que vécut R. Simon b. Gamaliél, notre Saint-Maître fut élevé à l’étude de la Thora car nous lisons11 : Quand R. Simon b. Gamaliél et Josoua b. Qarcha occupèrent leur chaire de docteurs, ils avaient à leurs pieds Rabbi, R. Elazar b. R. Simon et ils délibéraient. Alors les premiers dirent : Nous acceptons leurs doctrines et ils seront assis par terre ? On leur donna des chaises et ils s’assirent. Rabbi apprit chez ces docteurs, car Rabbi disait12 : Quand nous apprîmes chez R. Simon à Tepoa, etc.  ». C’est d’eux qu’il apprit quelles étaient les règles de la décision dans la Mischna, car Rabbi disait13 : Quand je me rendis chez R. Elazar b. Schamoua pour apprendre la Thora ses disciples m’entourèrent comme les coqs de Béth-Bouqya, et ne me laissèrent apprendre qu’une chose de notre Mischna : «  Celui qui consomme le coït avec un hermaphrodite est lapidé, de même que celui qui exécute cet acte avec un homme14.  »

Quaud Rabbi succéda à son père dans ses fonctions, il eut avec lui comme disciples les fils de ces sages comme R. Ismaél b R. José, R José b. Juda, R. Jacob de כפר חיטייא et d’autres encore. R.Chiyya, qui venait de Babel, R. Chanina b. R. Chama, R. Aphés, R. Gamaliél, R. Simon, le fils de notre [saint] maître et Jannaï, qui étendirent beaucoup la Thora.

Durant ces années toutes les Halakhoth furent commentées, aussi bien celles qui étaient restées en suspends à la suite de la grande confusion [qui régna à l’époque de la destruction du temple], que celles qui, dans ces troubles, on tenait pour douteuses ; en somme, grâce à toutes ces controverses qui surgirent durant ces trois générations, la Halakha est expliquée et connue, non cependant sans que les docteurs eussent fait des recherches extrêmement difficiles sur ce qu’ils ont entendu et appris pour [discerner] quelles furent les doctrines de savants individuels et quelles furent que celles adoptées par plusieurs. Toutefois ils n’ont rien ajouté aux préceptes des savants de la grande Synagogue, mais se donnèrent beaucoup de peine et étudièrent avec beaucoup d’application les enseignements de leurs prédécesseurs, jusqu’à, ce qu’ils eussent trouvé ce que ceux-ci avaient fait et voulu signifier et que tous leurs doutes fussent éclaircis. Pas un seul de ces docteurs n’a écrit quoique ce soit, jusqu’à la fin du temps de notre Saint Maître, aussi tous n’enseignèrent pas d’après le même texte, ils connaissaient seulement les principes des règles, tous étaient d’accord [et n’avaient pas de controverses dans leur enseignement, mais savaient] les règles qui étaient acceptées à l’unanimité et celles sur lesquelles existait une diversité d’opinion ; lesquelles étaient des opinions individuelles, lesquelles étaient dues à plusieurs.

Ils n’avaient cependant pas d’enseignement fixé méthodiquement; ni une Mischna connue, d’après laquelle ils auraient pu se régler, afin que tous purent enseigner de la même façon, mais ils connaissaient seulement ces principes de la doctrine [et ce qu’ils avaient entendu]. Cela, chacun enseignait d’après l’ordre et la façon qui lui plaisaient, quoiqu’au fond tous fussent d’accord.

Certains se servirent d’un système abrégé, comme nous lisons15 : La Mischna du R. Eliézer est brève, mais claire. Ensuite nous lisons16 : Qu’on instruise toujours ses disciples d’après une méthode brève ; d’autres enseignaient des généralités, d’autres des spécialités, d’autres, enfin, développaient les dogmes et expliquaient d’égal à égal.

Chacun enseignait alors de nouveau ce qu’il tenait de son maître ; un tel enseignait la même règle plus tôt, un tel plus tard ; l’un abrégeait ses expressions, l’autre les étendait.

Il y en eut aussi qui enseignèrent le texte de leur doctrine anonymement, tout en sachant que ces doctrines étaient l’œuvre individuelle d’un seul docteur, et nous lisons17 : «  On est obligé de se servir des expressions de son maître  » ; enfin, d’autres enseignaient, selon leur convenance, ceci d’après un tel maître, [cela d’après un tel autre maître]. C’est pourquoi on lit dans la Guemara : «  Quel est l’auteur de cette Halakha ? Un docteur X., et nous disons : D’après l’opinion de qui est-ce ce que les rabbins enseignaient ? etc. À l’opinion de qui ressemble ceci ? À celle de ce Maître.  » En plusieurs endroits il est dit : «  Celui qui a enseigné ceci n’a pas enseigné cela.  » Nous examinons les prétentions de chacun, et établissons la première partie de la Mischna d’après l’un auteur, et la dernière partie d’après l’autre. Toutes ces Halakhoth furent appelées Baraïtha, après la rédaction de notre Mischna par Rabbi. Il est rapporté que les rabbins avaient primitivement treize formes d’investigation dans la Mischna [et Rabbi les avait appris toutes], comme nous le lisons dans le traité Nedarim18 : Rabbi a appris la Mischna sous treize formes différentes, il en apprit sept [de celles-ci] à R. Chiyya. Quand Rabbi devint malade et les eut oubliées, R. Chiyya en répéta sept avec lui, les six autres ont été oubliées. Alors R. Chiyya alla chez un foulon qui les avait apprises de Rabbi, les apprit de lui et les enseigna au Rabbi. Quand Rabbi vit le foulon, il lui dit : «  Tu m’as ranimé et Chiyya et moi ; d’autres croient qu’il aurait dit: Tu as ranimé Chiyya et celui-ci m’a ranimé.  » De tout cela Rabbi conclut qu’il existait une grande diversité dans les enseignements isolés des docteurs, quoiqu’au fond ils correspondissent ; il craignait cependant que cela ne devint pis encore, et n’eut, par suite de mauvais résultats, d’autant plus, qu’il vit que l’intelligence diminuait, que la source de la sagesse tarissait et que la Thora disparaissait19, comme (nous le lisons : «  Si les anciens étaient des anges alors nous sommes des fils de l’homme, ceux-là étaient-ils les fils de l’homme, alors nous sommes des ânes »20, et comme) R. Yochanan disait21 : Le cœur des premiers était aussi largement ouvert que l’entrée de vingt coudées de large de la halle du temple, celui des derniers l’était comme l’entrée de dix aunes de large du Temple.  » On explique : les premiers c’est R. Aqiba, les derniers R. Elazar b. Schamoua. (On dit ensuite : les ongles des premiers sont meilleurs que le corps des derniers).

Le ciel accorda à Rabbi [qu’il eut la Thora et] du bien-être et, aussi longtemps qu’il vécut, on lui fut soumis de tous côtés. Comme nous le lisons22 : Raba, fils de Rabba, quelques-uns disent R. Hillel, fils de R. Wallas, disait: «  de Moïse à Rabbi, on ne rencontre pas la science et la dignité réunies en une seule personne, etc.  » Au temps de Rabbi, les rabbins n’eurent pas à souffrir de la persécution religieuse, à cause des relations amicales qui existaient entre Antonin et Rabbi ; il fut décidé de classer la Halakha, afin que les rabbins ne l’enseignassent plus chacun différemment, mais tous d’une façon uniforme. Avant la destruction du Temple cela était inutile puisque, c’était la loi orale. On ne devait pas leur apprendre le sens des règles connues comme la Thora écrite, car ils connaissaient et se faisaient une idée propre du sens en question et le transmettaient alors à leurs disciples, dans les expressions qui leur convenaient, comme ils l’auraient fait d’une conversation, et quand ils s’assemblaient dans le vestibule du Temple et dans les écoles, ils pouvaient couramment en faire une répétition conforme, puisqu’ils les possédaient sans crainte ni peur ; le ciel vint aussi à leur aide et ainsi les interprétations de la Thora leur étaient aussi claires, que si elles avaient été données à Moïse sur le Sinaï puisqu’il n’eut ni substitution, ni différence d’opinion. Comme nous lisons23 : («  La Baraïtha enseigne) : R. José disait, à l’origine la controverse n’existait pas en Israël, seulement, quand il fallait éclaircir quelque chose, une Cour de Justice, composée de 71 personnes, s’assemblait dans la halle et deux Cours, chacune de 23 personnes, siégeaient, l’une, à l’entrée de la Montagne du Temple, l’autre, à l’entrée de la cour; d’autres cours de 23 personnes siégeaient dans la ville d’Israël, etc. Quand vinrent les disciples de Schammai et de Hillel, qui n’avaient pas accordé l’attention désirée à leur étude, la diversité d’opinions s’accrut en Israël et l’homogénéité de la Thora fut rompue.  »

Les rabbins qui suivaient, à l’époque du Rabban Gamaliél et de son fils Simon, discutèrent encore les controverses des différents enseignements élaborés [l’un à la suite de l’autre], mais ne pouvaient plus enseigner de la même façon.

Au temps de Rabbi [fils du Rabban Simon ben Gamaliél], on réussit à rédiger la Tradition et à la fixer par écrit. Dès lors, la Mischna fut conforme à ce qui avait été révélé par Dieu à Moïse. Significatif et merveilleux en même temps.

Ce n’étaient pas les préceptes individuels de Rabbi, mais ceux de ses prédécesseurs. D’où savons-nous cela ? Une Mischna nous apprend24 : «  Il arriva que b. Zaccaï examina les queues des figues  » ; sur cela la Guemara dit25 : «  Il paraît évident qu’il s’agit ici d’un autre b. Zaccaï. R. Yochanan b. Zaccaï ne peut être visé ici, puisqu’on l’appelle seulement b. Zaccaï [tandis que celui-là est appelé R. Yochanan b. Zaccaï].  » Et nous demandons : «  La Baraïtha enseigne: C’était un hasard que R. Yochanan b. Zaccaï ait examiné les queues des figues ? Là-dessus on répond : Il se trouvait comme disciple devant son maître [Hillel] et émettait un avis qui éclaira ce dernier et le transmit au nom de celui-ci, pour cela il est simplement appelé b. Zaccaï.  » On voit par là, que Rabbi a introduit, sans altération, la susdite Baraïtha, qui date du temps de Hillel et de Schammaï dans notre Mishna. En voici une autre preuve : Une Mischna enseigne26 : «  De quelle manière relie-t-on aux villes les parties se trouvant à l’extérieur de celles-ci ? Rabbi répondit27 : N’y a-t-il donc personne là qui puisse demander aux Judéens, puisque ceux-ci sont bien versés dans leur langue, si dans la Mischna on a enseigné מאברין ou מעברין ?  » Par là il est prouvé que Rabbi lui-même, le rédacteur de la Mischna, doutait de la manière dont on l’apprenait et disait : Celui qui lit מאברין ne se trompe pas [et celui qui lit מעברין ne se trompe pas non plus. Celui qui lit מאברין], puisqu’il le déduit de אבר, l’autre de אשה עוברה. En tous cas, il s’en suit qu’on le transmit ainsi à Rabbi, seulement, les uns l’ont enseigné d’une telle manière, d’autres d’une autre.

Qu’avant Rabbi il y eut déjà une classification en traités, c’est ce qui résulte du passage suivant : Rabbi dit au R. Nathan28 : «  Voulons-nous cependant dire à R. Simon b. Gamaliél, qu’il doit commencer à apprendre le traité Ouqzin, dans lequel il n’est pas versé.  » R. Jacob b. Qarschaï se mit alors à la fenêtre du grenier, derrière R. Simon b. Gamaliél, et lui récita le traité. Celui-ci répondit : «  Quel mal y a-t-il à cela ? et il apprit Ouqzin.  »

Il y a aussi des passages que Rabbi ajouta comme explication, p. ex. dans la Mischna, où, primitivement, il était dit29 : «  Le jour du Sabbat les enfants peuvent sortir avec des paquets de garance et les princes avec des clochettes  », [Rabbi ajouta et] expliqua: «  Cette prescription est obligatoire pour tout le monde, pas seulement pour les enfants et les princes ; mais les docteurs parlaient des cas qui se présentaient ordinairement  ».

En dehors de cela, du temps de Rabbi et plus tard aussi plusieurs préceptes ont été ajoutés à la doctrine. Comme nous le lisons : «  [Ceci est] la Mischna de la première rédaction, dans celle de la dernière il et dit  », etc. Un autre exemple est le traité Edouyyoth, qui date du jour où R. Elazar b. Azarya fut élu Nassi. Car nous lisons30 : «  Edouyyoth aussi a été appris ce même jour, et nous avons appris que בו ביום qu’on rencontre dans la Mischna indique le jour que R. Elazar b. Azarya fut élevé à la dignité de Nassi.  »31 Et Rabbi établit, là même, des préceptes qui provenaient du temps de son père, comme : «  R. José disait, en six cas l’école de Schammaï facilite, tandis que l’école de Hillel rend plus difficile. »32 ; ensuite : R. Juda disait : Qu’à Dieu ne plaise ! qu’Aqabya au ban ! puisque leTemple n’a jamais donné accès à un Israélite, aussi remarquable pour sa sagesse et sa piété qu’Aqabya b. Mehalalél »33, et ainsi de suite. Cependant Rabbi a classé dans les Halakhoth d’autres traités quoiqu’ils provenaient de docteurs antérieurs, les uns il les a transmis dans leur forme originale, les autres modifiés après, examen.

La Mischna anonyme est d’après R. Méir. Non qu’il l’ait composé, mais Rabbi la reçut de R. Méir telle que celui-ci l’avait enseignée à ses disciples, et de cette façon il la fixa pour le monde entier. R. Méir lui-même avait emprunté sa manière d’enseigner à son maître R. Aqiba. Celui-ci, de son côté, [l’avait empruntée] à des anciens maîtres. Car nous disons34 : «  La Mischna anonyme est d’après. R. Méir, la Thosephta anonyme d’après R. Nechemya, le Siphra anonyme d’après R. Juda; le Siphré anonyme d’après R. Simon, le tout cependant conformément à l’opinion de R. Aqiba.  » Tous ces Baraïthoth, Thosephta, Siphra et Siphré avaient tous déjà été enseignés par de plus anciens maîtres, c’est seulement alors que R. Juda, R. Nechemya et R. Simon ont chacun rassemblé leur partie : ainsi le Siphra par R. Juda, la Thosepbta par R. Nechemya; le Siphré par R. Simon et la Mischna par R. Méir, mais tout est selon l’opinion de R. Aqiba, parce que tous, ils furent ses disciples. Nous ne considérons pas les autres Baraïthoth parce que celles-ci, ne furent pas, comme celles-là, rassemblées ni rédigées par les disciple extrêmement savants et considérés de R. Aqiba. C’est ce que R. Simon disait aussi à ses disciples35 : «  Mes enfants, apprenez mes normes ! car celles-ci sont choisies parmi les normes spéciales de R. Aqiba  », et nous lisons36 : «  Le cœur des premiers était aussi large que l’entrée de la halle du temple, [celui des derniers, comme l’entrée du temple  », une explication dit : «  les premiers] c’est R. Aqiba  ». Les rabbins expliquent37 : Adam lui-même se réjouissait des enseignements de R. Aqiba, quand Dieu lui montra chaque siècle avec ses docteurs. Aussi R. Dosa b. Harchinos dit à R. Aqiba38 : «  Es-ce toi, Aqiba b. Joseph, dont la renommée atteint d’un bout du monde à l’autre ? Le plus important de tous les disciples de R. Aqiba fut R. Méir. Car nous lisons39 : «  R. Acha b. Chanina disait : «  Le Créateur du monde sait bien qu’au temps de R. Méir il n’y eut pas son pareil, pourquoi donc n’a-t-on pas établi la Halakha conformément à sa décision ? parce que ses contemporains ne parvinrent pas à approfondir sa véritable opinion ; c’est que tantôt, il prétendit être bonne, une situation déclarée rituellement mauvaise, et il le démontra par des preuves, tantôt cependant, l’inverse eut lieu.  » C’est pourquoi R. Aqiba l’aimait tant que, déjà dès sa jeunesse, il lui donna l’autorisation. Rabbi accueillit dans la Halakha la méthode de R. Méir, qui était aussi celle de R. Aqiba. Quand [Rabbi] s’aperçut que cette [méthode de R. Méir] était brève et par là facile à enseigner, que ses expressions étaient très bien rangées et beaucoup plus correctes que celles d’autres docteurs, qu’elles ne contenaient pas un seul mot de trop, mais que chaque mot avait sa raison d’être, qu’elles ne contenaient non plus rien de défectueux [ni de superflu], qu’excepté quelques passages, chaque mot contenait de grandes et d’admirables choses, qu’il n’était pas donné à tout docteur de composer ainsi [les enseignements], comme il est dit dans l’Écriture40 : «  Les projets du cœur appartiennent à l’homme, mais l’exécution vient de l’Éternel.  » Quoique tous les docteurs s’accordassent sur les enseignements fondamentaux et capitaux, mais puisque R. Aqiba [était] un savant et que son disciple R. Méir l’était [aussi], Rabbi tint leurs enseignements composés pour plus exacts et meilleurs [que ceux de tous les autres docteurs], c’est pourquoi il les rassembla, [y] ajouta ce qui était enseigné de son temps, les classa (aussi) selon sa convenance, expliqua tous les enseignements fondamentaux, principalement ceux qui avaient été sujets à des controverses auxquelles il avait assisté ; ou quand des docteurs individuels, qui étaient en controverse, avaient écrit leurs enseignements d’une manière anonyme et que ceux-ci auraient pu occasionner une erreur, ceux-là, Rabbi les a expliqués et a ainsi enlevé tout doute. Car nous apprenons dans une Mischna41 : «  R. Juda disait : Pourquoi oppose-t-on, dans le Canon de la Mischna, les appréciations d’une minorité à celles d’une majorité puisque les premières sont abrogées ? Cela est fait pour la raison que, si quelqu’un objecterait et disait ainsi [on peut lui demander, d’où le sais-tu ? il dira] on me l’a traduit ainsi, on pourrait lui répliquer, c’est bien suivant l’enseignement d’un seul maître que tu l’as entendu. Si maintenant le monde entier reconnaissait la classification réussie de la Mischna, la vérité et l’exactitude de ses enseignements, on délaisserait [tous] les autres enseignements et étendrait ces Halakhoth dans tout Israël, toutes les [autres] Halakhoth étant délaissées et mises au même rang que la Baraïtha. Celui qui étudierait celles-ci, ne les aurait considérées que comme un commentaire ou une addition à celles des Halakhoth sur lesquelles Israël se basait et qu’Israël aurait acceptées s’il les eût trouvées justes et que personne ne les eût critiquées. C’est de cette manière que Rabbi a rassemblé les six Ordres de la Mischna. Non pas que les anciens aient laissé la plupart à faire à leurs successeurs, mais ils n’avaient pas besoin de rassembler et d’écrire les enseignements parce qu’ils les connaissaient d’après la Tradition et les apprenaient par cœur jusqu’au temps de la destruction du Temple. Mais plus tard, quand les disciples de ces anciens ne pouvaient plus apprendre par cœur comme ceux-là, on rassembler la matière à enseigner. Car lorsque R. Eliézer b. Hourkanos, le disciple distingué de R. Yochanan b. Zaccaï, fut interrogé sur les enseignements expliqués dans le chapitre שני שעירי 42(signes) : malade, un certain, agneau femelle, bâtard, maison, délit [signes], il ne répondit rien, mais esquiva les questionneurs. Nous y apprenons même : Il ne les a pas renvoyés avec des paroles mais ne leur répondit pas, parce qu’il n’exprimait jamais un enseignement sans l’avoir entendu de son maître.

Pour cette raison Rabbi vit la nécessité de rassembler et de rédiger les six Ordres de la Mischna, après qu’un laps de temps de deux générations se fut écoulé, depuis la persécution religieuse [à la destruction du Temple].

Pour ce qui regarde les traités auxquels il manque un ordre successif, voici ce qui en est : Quand Rabbi rédigea notre Mischna, il n’avait pas classé ces traités d’après un plan fixe, mais il enseigna chaque traité isolement comme s’il eût été complet. Quand maintenant on voulut placer l’un ou l’autre plus tôt ou plus tard, on pouvait le faire, parce qu’on ignorait, lequel Rabbi avait enseigné d’abord.

Mais les Halakhoth et les chapitres de chaque traité particulier, il les a bien classés tels qu’ils sont. Car nous lisons43 : «  R. Houna disait : Dans un seul traité nous ne pûmes pas constater que la Mischna n’a pas d’ordre de succession, mais dans deux différents nous vûmes bien que la Mischna n’a pas d’ordre parce qu’on peut supposer, pour chaque traité, que Rabbi l’a enseigné d’abord ; de même quand nous rencontrons dans un traité une leçon anonyme suivie d’une controverse, nous disons que la Halakha n’est pas décidée d’après les anonymes (ou d’abord une controverse suivie d’une leçon anonyme, dans le même traité, là nous disons que la Halakha est déterminée comme l’anonyme), mais dans deux traités différents cela n’est pas le cas puisqu’il n’existe pas d’ordre de succession. R. Joseph aussi est du même avis, cependant nous disons que les Baboth dans Neziqin ont, sous ce rapport, été considérés comme un seul traité.

Ce que vous demandez ensuite, à savoir pourquoi on a placé Yôma avant Schequalim : À l’école nous apprenons : Schequalim et après Yôma, mais Soucca avant Yom Tob et après [sans doute] Rosch ha-Schana. Il se peut que Rabbi ait enseigné l’inverse, mais en cela on doit supposer que Sabbath et Eroubin doivent se trouver à la tête, parce que Sabbath est beaucoup plus important, après, [le traité Eroubin, parce qu’il est pareil à celui-là et traite du même sujet, après, le traité] Pessachim puisque celui-ci traite de la fête qui se trouve à la tête de toutes les fêtes et de tous les jours fériés [de toute l’année] ; après, Schequalim, parce que ce traité parle du temps avant la fête de Pâques et appartient par là dans une certaine mesure au traité Pessachim ; après Schequalim nous apprenons Yôma dont la matière ressemble à celle des traités de Sabbath et Eroubin, parce que cette fête est égale au Sabbath ; après Yôma nous apprenons le traité Soucca, parce que c’est une grande fête et suit immédiatement Yom ha-Kippourim ; après, le traité Yom Tob parce qu’il traite du même sujet, après cela, Rosch ha-Schana en sorte qu’on apprend ensuite le traité Thaanith, parce qu’après Rosch ha-Schana suit le temps des semailles et de la Rebiah, dont parle le traité Thannith et appartient, pour cette raison par certain rapport à Rosch ha-Schana. C’est dans cet ordre que les Rabbins étaient habitués d’enseigner ; personne cependant n’y est tenu, quoique nous voyons que, pour plusieurs traités, il y eut un ordre successif déterminé. Car on demande : «  D’où vient un tel Tanna ?  » Dans le traité Sota44, p. ex., dans la Guemara, on demande : «  Le Tanna ne se rapporte-t-il pas au traité Nazir ?  » de même dans Schebouoth44 : «  Le Tanna ne se rapporte-t-il pas à Maccoth ?  » De là il suit qu’il y existait un ordre successif  ».

Pour ce qui est de la Thosephtha, il est hors de doute que R. Chiyya l’a rédigée. Ce que nous ignorons, c’est si elle fut [rédigée] du vivant de Rabbi, ou seulement plus tard, mais ce qui est certain, c’est que notre Mischna fut rédigée avant la Thosephtha, que les enseignements de celle-ci suivirent seulement plus tard, et ce par rapport à celle-là. Il n’est pas certain que R. Chiyja soit mort avant Rabbi, [ou après lui]. Car dans הנושא45 on observe, au sujet de l’ordre de Rabbi, que R. Chanina b. Chama devrait se placer à la tête des disciples : «  Mais R. Chiyya vit encore, qui lui est bien supérieur !  » À cela on répond : «  R. Chiyya est déjà mort.  »

Quoiqu’ailleurs il soit demandé : R. Chiyya disait cependant : «  Je vis la tombe de Rabbi et j’y versai des larmes  », et plus loin : R. Chiyya disait : «  A l’occasion du décès de Rabbi la loi de la Sainteté des prêtres fut suspendue pour un jour, puis : Quand Rabbi redevint malade, R. Chiyya lui rendit visite  » etc., mais on répond : «  Si vous voulez, prenez l’inverse,ou bien si vous voulez, [ne prenez pas l’inverse], puisque R. Chiyya s’occupait des œuvres de piété, Rabbi ne voulut pas le déranger en lui confiant les fonctions de recteur.  » Toujours est-il qu’on ignore qui des deux est mort le premier, Rabbi ou R. Chiyya. Les docteurs disent néanmoins que la Tosephtha fut rédigée du vivant de Rabbi et fut depuis lors enseignée dans les écoles. Cette appréciation est confirmée dans le traité Chaguiga46, par l’expression suivante: Il y avait deux cousins muets, d’après une autre tradition des petits-fils de R. Yochanan Goudgada, qui demeuraient dans le voisinage de Rabbi ; chaque fois que Rabbi vint à l’école, ils se placèrent devant lui, remuèrent leurs lèvres et secouèrent la tête. Il [Rabbi] pria alors pour eux et ils guérirent ; alors il se trouva qu’ils connaissaient la Halakha, le Siphra, le Siphré, la Thosephtha et tout le Talmud.

Vous demandiez ensuite : Pourquoi R. Chiyya aurait écrit la Thosephtha et non Rabbi: Pour que Rabbi eût pu écrire tout, et réunir dans un livre ce qui était enseigné de son temps, les enseignements avaient trop d’ampleur et, pour cette raison, auraient été oubliés. Voilà pourquoi [notre Saint Maître] n’a classé [et écrit] que les principaux préceptes comme l’expression générale et abrégée, et de ces quelques mots on déduisit plusieurs enseignements et une foule de [très grandes et admirables Halakhoth]. Car notre Mischna a été enseignée avec l’aide de Dieu. C’est alors seulement que R. Chiyya a déduit dans la Baraïtha ces enseignements spéciaux et différents de ces préceptes capitaux et généraux.

La base de la plupart des enseignements, largement développés dans la Baraïtha, a été notre Mischna dont les principes fondamentaux servirent de règle. Comme nous le lisons47 : Ilpha s’accrocha au mât d’un navire et dit : «  Si quelqu’un devait me poser une question concernant la Baraïtha des R. Chiyya et R. Oschaya, et que je ne puisse pas la lui expliquer par notre Mischna, je lâcherais le mât et me noierais.  » Il s’en suit qu’on peut déduire de la Mischna tous les enseignements de R. Chiyya et de R. OscLaya. Alpha voulait par là profiter de l’occasion, que présentait R. Jochanan, de prouver sa science. Il vint un vieillard qui lui soumit la Baraïtha : «  Si avant sa mort quelqu’un charge le tuteur désigné de donner toutes les semaines un Schéqel à ses enfants, et qu’il se fait, qu’il leur faut un Séla  » etc. Ilpha l’expliqua par la Mischna, car il est dit : «  R. Méir dit : C’est une obligation religieuse de retenir sincèrement les paroles d’un mort48.  » Même, quand R. Chiyya voudrait faire passer, dans la Baraïtha, son appréciation à l’encontre de celle de Rabbi, nous ne nous y arrêterons pas ; quand, p. ex., Rabbi fait entrer anonymement dans la Mischna une Halakha lui paraissant juste, bien qu’antérieurement il y ait eu, par rapport à celle-ci, une controverse que R. Chiyya voudrait expliquer, cette Halakha n’aurait pas été admise à l’unanimité ; quoiqu’elle se trouvât anonymement dans la Mischna, nous nous réglerions cependant d’après la Mischna anonyme et pas d’après la décision de la controverse des docteurs : «  R. Méir et R. José [dans une controverse], la Halakha fut fixée d’après R. José.  » Là où, [dans la Mischna], Rabbi plaça les enseignements de R. Méir anonymement, nous nous réglons d’après eux ; cependant, là où il leur a opposé ceux d’autres docteurs, nous nous réglons d’après la décision usitée, p. ex., si R. Méir et R. José sont en controverse, la Halakha est décidée d’après R. José. Mais si un enseignement de R. Méir [contredisant ceux de R. José dans la Mischna] convenait à R. Chiyya et qu’il l’ait placé anonymement dans la Baraïtha, nous le rejetons, comme Nachoum, le disciple d’Abouha l’a demandé48 : «  Quand nous rencontrons dans la Mischna un enseignement anonyme, au sujet duquel il y a controverse dans la Baraïtha, d’après quoi nous réglons-nous ? «  Celui-ci répondit : la Halakha a été fixée d’après la Mischna anonyme. Si, par contre, il y a une controverse dans la Mischna et que la Baraïtha est anonyme ? Si Rabbi ne l’a pas enseigné, répliqua R. Abouha, d’où R. Chiyya le sait-il ? Puisque R. Chiyya fut le disciple de Rabbi, ce que celui-ci lui enseigna, il l’enseigna aussi, donc R. Chiyya ne connaît que ce que Rabbi enseigna.  »

Aussi a-t-on tenu compte, dans la Baraïtha; du sens rigoureusement littéral de la Mischna, comme pour [la controverse] 49 où il est dit : « R. Papa est réfuté ; il est réfuté et la Halakha est décidée d’après lui. (Sur cela on demande : ) Comment est-il possible de décider la Halakha d’après lui, lorsqu’il a été réfuté ? et on répond : Cela est possible en ce cas, puisque la conception exacte de la Mischna confirme son appréciation, car dans la Mischna il est dit : Le terrain libre ne doit pas être plus grand que la construction. »

Le Siphra et le Siphré sont des travaux exégétiques, qui déduisent la Halakha de l’Écriture Sainte, ce qui était la méthode d’enseignement des anciens docteurs, du temps du deuxième Temple. Quand les rabbins virent que les [autres] Baraïthoth, qui ne proviennent pas de R. Chiyya et de R. Oschaya étaient incomplètes, qu’elles contenaient des enseignements spéciaux, pareils aux enseignements généraux de docteurs individuels, aussi bien que des enseignements incorrects, que les [Baraïthoth] que R. Chiyya et R. Oschaya rédigèrent, étaient meilleures que toutes les autres, alors les rabbins les rassemblèrent, les enseignèrent dans les écoles et elles sont indiquées dans la Guemara par תנו רבנן. Malgré cela il y eut cependant d’autres Baraïthoth que chacun apprit d’après la tradition de son maître. Même plusieurs Tanaïm les apprirent, comme Achi, le Tanna de l’école de R. Chiyya, Aschiyya, le Tanna de l’école de R. Ami et bar Qappara apprirent aussi d’autres Mischnas. En différents endroits nous lisons50 : «  Comme Lewi le dit dans son recueil de Baraïthoth, et Lewi le fixa dans son recueil de Baraïthoth…  » Chacun d’eux avait ainsi un recueil de Baraïthoth pour chaque traité. Comme nous le lisons51 : «  R. Scherabya apprit le traité Qiddouschin, qui provenait de l’école de Lewi  » et celui-ci était aussi un disciple de Rabbi, comme Bar Qappara, R. Chiyya et R. Oschaya. Les docteurs de Babylone, [qui vécurent] avant notre Saint Maître; avaient aussi un recueil de Baraïthoth, car, par suite de l’application aux études dans les Académies, les enseignements s’étaient très répandus parmi eux. Car on apprend dans la Mischna52 : R. Aqiba disait : «  Quand je me rendis à Néhardea pour déterminer l’année bissextile  », etc.; à Poumbaditha, où vivait R. Chanina, le cousin de R. Josoua, l’étude était également importante. Puisqu’on apprend dans la Baraïtha53 : «  Qu’on aille à la bonne Cour de Justice  », ce qui, d’après ce qu’on explique, vise R. Chanina, le cousin de R. Josoua, à Gola. Poumbaditha était appelée Gola, parce que les torches qui servaient de signaux furent allumées là (c’est que la cour de Justice était là). Comme nous l’apprenons dans la Mischna54 : «  Les torches aux signaux devaient être agitées assez longtemps, pour qu’on vit tout Gola comme embrasée.  » Sur quoi l’on demande : «  qu’entend-on par le nom de Gola ? (Abayi dit : ) Poumbaditha.  » Le savant Hillel était venu de la Babylonie et fut nommé Nassi, en Palestine. Du vivant de Rabbi, et plus tard encore, ces Baraïthoth babyloniennes furent appelées, en Pales- tine, «  Mischna de R. Nathan.  » On parle dans quelques passages également de Mar Samuel : «  On apprend dans la Baraïtha de l’école de Samuel »55 Les Baraïthoth enseignées par les anciens docteurs n’ont pas été transmises au nom de R. Aquiba, car nous voyons en différents endroits תנא דבי ר׳ ישמאל, et תנא דבי אליעזר בן יעקב. Les tout premiers avaient aussi déjà une Baraïtha, comme nous le lisons dans le traité Eroubin56 : «  Rabba bar Mari apprit dans l’académie de R. Yochanan b. Zaccaï.  » Toutes ces Baraïthoth n’ont pas généralement été reconnues, comme celles de R. Chiyya et de R. Oschaya, et, quand on les mentionne, on ne se sert pas de l’expression תנו רבנן, mais תניא ou ותנא תונא. Le Siphra et le Siphré n’ont pas été non plus tout de suite répandus dans les académies comme notre Mischna, qui, immédiatement après son achèvement, a été répandue dans toute la Palestine, mais seulement peu à peu. Comme nous le lisons57 : R. Yochanan disait à Resch Laqisch : «  J’ai vu ben Pedath assis expliquant l’Ecriture Sainte comme Moïse, qui l’avait reçu de Dieu.  » Sur ce on répondit [à Resch-Laqisch] : «  ce n’est pas sa propre explication, mais celle d’une Baraïtha du livre des prêtres. R. Yochanan alla, l’apprit en trois jours et l’expliqua en trois mois  », plus tard seulement le Siphra, le Siphré, la Thosephtha et tout le Talmud furent sanctionnés…

Toutes ces Baraïthoth sont innombrables et chacun les apprit de son maître. Comme nous le lisons58 : R. Papa b. Abba rencontra Rabba b. Saül et lui demanda : «  Mon maitre, avez-vous enseigné quelque chose concernant un mercenaire ?  ». «  Nous l’avons appris  », répondit ce dernier.

Aux Amoraïm qui vécurent après Rabbi, ces Baraïthoth vinrent souvent à point ; car par elles ils eurent l’explication de tous les profonds enseignements indiqués brièvement seulement dans la Mischna, et de ces explications ils firent dériver des enseignements secondaires, des innovations et des déductions. Puisque Rabbi n’a établi que les principes fondamentaux et n’a pas expliqué les Analogies [qui leurs étaient propres], les docteurs suivants devaient donc discuter les thèses et avoir l’explication, à d’autres il fallait les Baraïthoth pour prouver, à l’aide d’elles, l’analogie de différents et afin de les ramener ainsi à leur principe fondamental. Car nous lisons59 : «  Quand R. Chisda et R. Schescheth se rencontrèrent, le premier fut étonné des multiples connaissances que le dernier avait de la Baraïtha ; le dernier, à son tour, fut étonné de la façon approfondie de discuter du premier.  » Les Rabbins louaient celui qui avait appris beaucoup [de Baraïthoth] ; puisque celles-ci lui découvrent les motifs de la Thora. Parce que, [instruit et savant, il] verra quel Tanna a fourni des enseignements abrégés, et lequel des enseignements développés ; il pourra ainsi distinguer une Mischna confuse d’une Mischna claire. Comme R. Acha b. Chanina explique au nom de R. Ami, celui-ci au nom de R. Assa, celui-ci de nouveau au nom de R. Yochanan le sens suivant60 : «  Car par une sage disposition tu peux lutter avec succès.  » À qui est-il possible d’entreprendre une discussion de la Thora ? À celui qui possède des quantités de préceptes de la Mischna.

R. Joseph s’appliqua à lui-même la phrase61 : «  La vigueur du bœuf donne un riche revenu.  »62 Quoique celui qui a appris beaucoup, mais n’est pas habitué à discuter des thèses pour en déduire des enseignements qui ne sont pas expressivement mentionnés [dans la Mischna], ne puisse être apte à collationner de pareils enseignements et de retrouver leur principe initial [dans une Mischna], il est cependant à préférer à celui qui discute et explique sans posséder des connaissances de la Mischna ni des traditions de ce genre. [Pour quelle raison ?] Car le savant sait déduire une loi de ce qui est dans la pratique, mais celui qui n’a que l’intelligence ne le peut pas, puisqu’il ne connaît pas la Tradition et il fera une déduction suivant son intelligence ; le savant le fera, lui, à l’aide des traditions reçues et pas uniquement par la réflexion.

Quand les Amoraïm sont en controverse et que la décision rituelle s’accorde avec l’appréciation de l’un, tandis que la Baraitha s’accorde avec celle de l’autre, celle qui est appuyée [par notre Mischna] servira de règle. Comme nous le lisons dans שחיטת קדשים63 : «  Jizchaq bar R. Juda, qui suivit d’abord les conférences du Rami bar Chama, ensuite celles du R. Schéscheth, répondit au premier, quand celui-ci lui en demanda la raison et dit : l’Arqaphtha vous a conduit par la main, de là vous est venu l’ambition, puisque vous êtes allé chez R. Schléscheth, [vous lui êtes égal]  ». «  La raison pour laquelle j’ai négligé vos conférences ne réside pas dans mon orgueil, [mais en ceci que,] si je vous pose une question, vous la discutez à ton propre point de vue, qui, si l’on consulte une Baraïtha contradictoire, doit être écarté comme étant réfuté. Si par contre, je pose une question à R. Schéscheth, il me la discute à l’aide d’une Baraïtha, et même dans le cas où il se trouverait une Baraïtha la contredisant, il me dit : l’une Baraïtha vaut l’autre. Rami répliqua : «  Posez-moi une question et je vous la discuterai selon ma propre appréciation, qui cependant se trouvera être d’accord avec une Baraïtha.  » R. Isaac demanda : Quand on bout dans une partie d’un vase l’offrande pour les péchés, tout le vase doit-il alors être rincé et lavé ou cela n’est-il pas nécessaire ? Rami répondit: «  Non  », (pourquoi ?) c’est la même chose que la loi rituelle concernant l’éclaboussure que fait sur un vêtement, le sang de la victime de l’offrande pour les péchés ; l’autre lui objecta : Dans la Baraïtha nous avons cependant appris autre chose, savoir : Quand on a bouilli quelque chose dans une partie d’un vase, le vase entier nécessite un rinçage et un lavage, ce qui lors de l’éclaboussure du sang n’est pas le cas. Sur cela celui-ci répondit : «  Si cela a été enseigné pareillement, qu’il en soit ainsi.  » Voilà pourquoi on répondit de la Palestine, quand on demanda qui on nommerait Recteur, Rabba, le perspicace, ou R. Joseph, l’érudit – comme nous le disions, celui-ci appliqua à lui-même la phrase : La vigueur du bœuf donne un riche revenu – que celui qui sait beaucoup est à préférer, car tous ont besoin de celui qui possède la sagesse [c’est la Tradition]. Voilà ce qui a engagé R. Chiyya à rédiger ses Baraïthoth, qui maintenant sont (seules) apprises dans les écoles ; parce que tous les autres recueils contenaient des thèses très vagues et des répétitions. Après un examen approfondi, les rabbins ont cependant fait entrer plusieurs de celles-ci dans le Talmud, le restant a été négligé comme superflu. Même les Baraïthoth des docteurs babvloniens Rab et Samuel, qui étaient correctes et classées, comme nous le lisons dans le traité Yôma64, lors de la dissertation sur le taureau et le bouc, qui avaient été offerts hors du Temple, Rabba dit : «  la Mischna ne saurait être expliquée que, ou bien, suivant la Baraïtha de R. Eliézer de l’école de Samuel, ou bien, suivant l’appréciation de R. Aqiba dans la Thosephtha  », malgré cela, on a écarté toutefois [celle] de l’école de Samuel (et de semblables). Si nous rencontrons (maintenant) d’autres recueils de Baraïtha, nous ne sommes pas tenus de nous y conformer, puisqu’ils n’ont pas été enseignés dans les écoles, et que par là, nous ne sommes pas certains que nous pouvons y ajouter foi. Car seulement ceux de R. Chiyya ont été enseignés dans les écoles. Quant aux autres Baraïtboth, appelées (par les rabbins) «  les courtes  », comme les Hilkhoth, Dérekh Erez et les [autres] Haggadoth, elles ne peuvent pas être utilisées pour en induire des décisions.

Relativement au Talmud au sujet duquel vous questionniez, les tous premiers docteurs avaient aussi le leur. Car il est mentionné, qu’ils avaient des Halakhoth qu’ils étudiaient ; comme nous le lisons dans la Mischna65 : «  Il arriva que Ben Zaccaï examina les queues des figues.  » Si tous n’[enseignaient] pas de la même façon [ni avec les mêmes expressions], tous cependant étaient d’accord sur les enseignements capitaux, avec cette différence, que chacun enseignait suivant un procédé spécial et d’après la tradition de son maître, mais leurs Halakhoth et principes fondamentaux étaient les mêmes, bien que les manières d’enseigner différassent entre-elles. Leurs enseignements capitaux étaient : Conclusions a minori ad maius, conclusions par analogie, des règles exégétiques, auxquelles se rapportent aussi les treize règles de R. Ismaél, comme d’autres règles (encore), comme la transposition d’une phrase biblique, des additions ou des retranchements, la démonstration de préceptes de l’Écriture Sainte, (l’explication) de textes bibliques se rapprochant, analogie de choses, deux passages de l’Écriture Sainte sur la même matière ne prouvent rien, preuve du précédent par le suivant, qui trop embrasse mal étreint, l’explication du sens du passage de la Bible, la réduction, l’augmentation et l’interprétation, soit la version traditionnelle d’un mot, soit le texte traditionnel font naître des règles de l’exégèse, (anagramme), ici il est dit comme plus haut, un verset peut tout aussi bien interpréter ce qui lui précède médiatement ou immédiatement, il ne perd pas sa signification ordinaire, [il n’y a pas] d’ordre successif [dans la Thora], l’Écriture se sert de (la manière de parler accoutumée), un signe, une idée convenant au passage où elle se trouve peut être appliquée à un autre, une phrase qui doit être complétée à l’aide d’une phrase parallèle, une idée qui ne convient pas aux deux passages, où elle se trouve, peut être appliquée à l’un d’eux, un chapitre de la Bible qui se représente fréquemment [indique un nouvel l’enseignement], on peut le déduire d’où l’on veut, mais cela doit rester à sa place, il suffit que ce qui résulte de la conclusion acquière la même valeur que ce dont cela a été déduit, et beaucoup de règles semblables que (ces) anciens firent servir à leurs études pour déduire la Halakha de l’Ecriture Sainte. Comme R. Abbahou le disait au nom de R. Yochanan66 : «  R. Méir avait un disciple nommé Summachos qui était en état de produire quarante-huit arguments pour chaque objet rituellement impur et autant pour l’objet pur  ». Ils avaient de même d’autres méthodes à l’usage de leurs études, comme la déduction et la réduction. Voici encore une preuve que les anciens avaient un Talmud : Car R. Yochanan b. Zaccaï dit67 qu’il avait étudié d’avance les dissertations d’Abayi et de Raba. Dans la Mischna on dit également68 : «  R. Juda disait : Soyez prudent dans l’étude du Talmud, car une erreur dans le Talmud est égale à une infraction volontaire.  » Dans une Baraïtha on dit aussi69 : «  L’étude de la Bible est une étude imparfaite, celle de la Mischna une étude parfaite, pour laquelle on participera à la récompense divine, l’étude du Talmud est l’étude par excellence.  » Après que Rabbi eut rédigé la Halakha [et sa Mischna], existait déjà le Talmud dans lequel étaient interprétés les dissertations de la Mischna, les enseignements spéciaux et généraux aussi bien que les motifs des recherches. Comme la Baraïtha l’enseigne70 : «  Préférer l’étude de la Mischna à celle du Talmud.  » Sur quoi on demande : «  C’est sans doute une contradiction formelle, d’abord on dit : «  le Talmud est l’étude par excellence  » et puis : «  la Mischna lui est préférable ?  » À cela R. Yochanan répondit : «  Du vivant de Rabbi on enjoignit le premier ordre, mais comme on avait abandonné entièrement la Mischna pour s’adonner au Talmud, alors Rabbi déduisit de l’Ecriture la phrase : préférez (toujours) la Mischna au Talmud.  » Quel verset de l’Écriture a-t-il employé pour cette déduction ? D’après l’interprétation de R. Juda b. Ilaï ; il est dit71 : «  Faites connaître son apostasie à mon peuple et leurs péchés à ceux de la maison de Jacob.  » «  Faites connaître son apostasie à mon peuple,  » concerne les savants, dont les erreurs sont considérées comme des infractions volontaires et à ceux de la maison de Jacob leurs péchés,  » ce sont les ignorants, dont les violations volontaires sont considérées comme des erreurs. Partant de cette interprétation, Rabbi émit le jugement suivant : «  Soyez prudent dans l’étude du Talmud, car, là, toute erreur vous sera comptée comme une infraction volontaire.  » Le Talmud, c’est la science des anciens, par laquelle ils interprétèrent les arguments de la Mischna. Comme la Baraïtha l’enseigne72 : Quand on parle du maître de quelqu’un, dans la Mischna, on ne veut désigner par là, ni le professeur de la Bible, ni celui de la Mischna, mais seulement son maître du Talmud, d’autres croient qu’on veut indiquer par là le maître qui nous a enseigné la science ; les deux appréciations sont les mêmes [car on dit : Ni le professeur de la Bible, ni celui de la Mischna, mais seulement celui qui enseigna le Talmud]. Voilà le texte de R. Méir. R. Juda disait cependant : On nomme le maître de quelqu’un, celui-là auquel on doit la plus grande partie de son savoir. R. José dit : Même s’il ne lui fit comprendre clairement qu’une seule Mischna, il sera son maître. Rabba disait : comme, p. ex., R. Sechora qui m’a enseigné זומא ליסטרן. Jusqu’à la mort de Rabbi ces anciens n’avaient pas d’ouvrage écrit, ils apprenaient plutôt par cœur et ils n’ont annoté que des explications, que nous (et nos pareils) nous employons encore aujourd’hui pour nos disciples [car ils apprenaient tout]. La façon d’écrire différait beaucoup (chacun écrivait comme il lui plaisait) ; c’est ainsi qu’ils expliquèrent la Mischna, et ces explications ils les appelèrent Talmud. La science était grande, c’est pourquoi ils n’eurent qu’à écrire les enseignements capitaux. Mais quand la Mischna fut terminée et que Rabbi fut mort, alors la sagesse diminua et on dut rassembler le Talmud, pour pouvoir l’étudier. On ajouta également beaucoup de nouveau aux prescriptions des anciens ; comme il est demandé souvent : «  D’où vient cet enseignement ?  » «  Nous interprétons [des versets de l’Écriture]  ». De chaque enseignement primordial, ils déduisirent des conclusions et des théorèmes, pour découvrir ainsi comment les enseignements étaient anciennement composés ; puis ils expliquèrent, ce que ces anciens n’avaient pas eu besoin de faire, les enseignements difficilement intelligibles ; ces anciens, dont la sagesse était remarquable [n’avaient pas besoin de ces explications], mais plus tard, la sagesse diminua. Car on apprend dans une Baraïtha73 : Avec la mort de R. Eliézer le Livre de la Loi a disparu, avec la mort de R. Josua le jugement, [la modestie] et la réflexion, et avec la mort de R. Aqiba l’enseignement de la Thora et les sources de la sagesse se sont taries. Il en était ainsi également du vivant de Rabbi. Plus tard, d’autres recherches furent faites encore, et la raison d’être de chaque enseignement fut discutée, comme il est demandé souvent : «  Qui a enseigné cela ainsi, pourquoi ceci a-t-il encore été enseigné ?  » Là, où on ne connaît pas de réponse à de pareilles questions, on trouve : «  Ici Rabbi a enseigné une Mischna superflue  ». On démontre la nécessité de chacun de ces renseignements en demandant : Que nous y fait-il entendre ? et on explique alors les enseignements spéciaux et on rassemble les analogies. Quand Rabbi rencontra de pareils enseignements, il expliqua comment la Halakha doit être décidée. Mais les suivants avaient des dissertations de thèses, dont les anciens n’avaient eu aucun besoin. (Par exemple), quand un enseignement quelconque semblait clair à Rabbi, mais cependant pas aux docteurs suivants, ils ne leur accordaient pas d’autorité ; p. ex., quand [Rabbi] reproduisit anonymement les enseignements appartenant à un seul docteur, [parce que sa décision] lui semblait claire, quoiqu’elle ne le fût pas aux docteurs suivants, comme le cas se présente au chapitre מצות חליצה (et ailleurs encore) où Rabbi plaça anonymement les enseignements d’un seul docteur, parce qu’ils lui convenaient. Comme nous le lisons dans le traité Kethouboth, chapitre אלמנה74 : «  D’après l’opinion de qui cela est-il ?  » «  D’après celle de R. Simon  » ; puis, au chapitre מי שמת75, à la discussion si l’on peut acquérir le jour du Sabbath les biens d’un mourant, il est dit : «  Notre Mischna est d’après l’appréciation de R. Juda.  » Puis au chapitre הוציאו לו את הכף 76, on donna également des indications ; il y a encore beaucoup de passages semblables, où on demande [comme qui ? comme un tel] docteur [et] il l’enseigna au nom d’un seul docteur, [quoique Rabbi l’ait placé anonymement] et nous ne nous réglons pas d’après celui-ci. Mais, si un pareil enseignement anonyme s’oppose à une controverse, alors il vaut [beaucoup] plus. Comme il est enseigné dans la Mischna77 : «  La Chaliza et les refus doivent avoir lieu en présence d’un collège de trois membres  », ce qui est expliqué au chapitre מצות חליצה78. Un autre exemple, où Rabbi présenta la sentence d’un seul docteur sous la forme : «  Les savants enseignèrent  », afin qu’on se réglât d’après cela. Comme R. Chiyya bar Abba le disait au nom de R. Yochanan79 : «  Les enseignements de R. Méir, concernant l’abattage d’un animal et de son petit le même jour, plurent à Rabbi, de même, les enseignements de R. Simon, concernant le recouvrement du sang au moment de l’abattage, lui plurent et il les enseigna au nom des Sages.  » De ceci nous retenons (aussi) qu’une Mischna anonyme transmise d’après R. Méir n’a pas lui-même comme auteur, mais qu’elle provient de ses maîtres, qui l’avaient reçue de R. Aqiba. C’est pour cette raison que Rabbi plaça l’enseignement de R. Méir concernant אותו ואת בנו au nom des Sages, parce qu’il savait qu’il provenait de ses maîtres. Le même cas se présente pour la Mischna שיאור ישרך80. Là nous apprenons : Les Sages disent : «  Celui qui mange ceci ou cela, s’attire la peine de l’extermination.  » Ce théorème n’est pas enseigné en son nom [celui de R. Méir], qui est en controverse avec R. Juda, afin qu’on ne s’y trompe pas et qu’on se conduise d’après la règle ordinaire ר׳ מאיר ור׳ יהודה הלכה כר׳ יהודה, puisqu’ici la Halakha a été décidée d’après R. Méir. Car Raba disait81 : «  Avec quoi R. Méir étaya-t-il son appréciation ?  » «  La pâte n’a pas de fente extérieure, etc.  » «  Nous l’avons également appris.  » Plus tard les Amoraïm ont expliqué ces enseignements dans le Talmud. Là, où ils étaient d’accord avec l’appréciation de Rabbi, ils publiaient l’enseignement qui dut être déterminé d’après un seul, mais là, où ils ne l’étaient pas, ils ne les publiaient pas. Comme au chapitre המביא traité Yom Tob82 : R. Juda dit au nom de Samuel : «  Les jours de fêtes on n’introduira pas de bois dans la maison, sauf celui qui se trouvera préparé dans un enclos fermé.  » Sur cela on demande : «  Nous avons cependant appris dans la Mischna83 : «  On peut même amener dans la maison du bois qui se trouve dispersé dans l’enclos ? Samuel est réfuté par là  ». Cette Mischna, répond-on, est l’opinion d’un seul en faveur de laquelle est (aussi) produite une preuve d’une Baraïtha. Si nous trouvons dans une Mischna un enseignement embrouillé, dont il faut tirer quelque chose, pour répondre à une question posée, nous disons : «  tirez en ceci ou cela.  » Ainsi il est également dit au chapitre אותו ואת בנו84: «  R. Chiyya disait au nom de R. Yochanan : עגלה ערופה et פרת חטאת n’ont pas été appris dans la Mischna  ». Il s’en suit que [quand] une Mischna est demandée et qu’elle ne serait pas appuyée d’une Baraïtha, même à cause d’une opinion, toute la Mischna sera abandonnée. Comme il est enseigné dans le traité Toharoth85 : «  Un affinoir dont les dents ont été brisées.  » Sur cela R. Yochanan et Resch- Laqisch disent au chapitre החולץ86 : «  Cela est une Mischna incorrecte et nous ne nous réglons pas d’après elle, parce que les docteurs du Talmud, traduisant scrupuleusement, ajoutent encore le suivant, etc.  » Si c’est nécessaire, on peut abréger [ou expliquer] une Mischna, il en est de même pour expliquer une Mischna altérée à l’aide d’une Baraïtha correcte. Comme une Mischna nous l’apprend87 : «  Un laïque ne pourra manger, comme un prêtre, d’un animal premier-né, l’école de Hillel le permet même à un non-Israélite.  » Sur quoi on explique dans la Guemara88 : La dernière opinion est, à proprement parler, celle de R. Aqiba de cette Baraïtha d’après laquelle la Halakha fut décidée, car R. Aqiba disait: même des non-Israélites pourront y prendre part. Quand des Tanaïm sont en controverse, on précise [et on explique] le motif de [tous] ceux-ci, on recherche alors une Baraïtha par laquelle on puisse, soit expliquer la chose, soit répondre au sujet dont il est question. Quand on en a trouvé une pareille, on demande, comme R. Jérémie le dit à R. Zeïra, au chapitre השולח du traité Guittin89 : «  Sortez et revoyez attentivement votre Mekhiltha !  » Une enquête approfondie est faite, afin de parvenir à découvrir le motif de chacun de ceux dont proviennent les enseignements et d’après l’appréciation de qui ils sont ; excepté les controverses des Amoraïm, leurs questions, enseignements, réfutations, réponses, restrictions, (déductions, locutions) et peut-être augmentation des règles existantes en nombre suffisant dans le Talmud. C’est ainsi qu’on fit du temps des anciens docteurs. Comme nous donnons [nos] explications aujourd’hui, eux le firent également, pour autant qu’ils jugeaient nécessaire d’expliquer ce qu’ils enseignaient à leurs disciples ; plusieurs d’eux [n’avaient besoin que] des enseignements capitaux et fondamentaux, le restant ils le comprenaient d’eux-mêmes, [il y en avait] d’autres, auxquels on devait donner des enseignements développés et auxquels on devait expliquer les analogies. Car nous lisons : «  Avant la mort de Rabbi [tous les disciples] étudiaient en présence de leur maître ; avant que la Mischna ne fût rassemblée, chacun avait le Talmud avec sa Mischna et, après la rédaction, [Rabbi] expliquait à chacun et enseignait les motifs des décisions. Mais après la mort de Rabbi, on dut les rassembler, afin de pouvoir les apprendre de la même manière. Après Rabbi, il y eut des Tanaïm en Palestine, comme R. Nathan et son fils R. Ismaél et R. Gamaliél et R. Joschia de Houzal, en Babylonie. Ceux-ci n’ont cependant enseigné de la Mischna que ce que leurs prédécesseurs avaient déjà enseigné. Comme on le dit au livre d’Adam90 : «  Rabbi et R. Nathan ont clos l’époque de la Mischna.  » Il y eurent aussi d’autres docteurs, qui furent en même temps Tanaïm et Amoraïm, comme R. Chanina, R. Jannaï (là) et Rab (ici), qui furent des disciples de Rabbi et qui apprirent chez Rabbi et chez R. Chiyya. Car nous lisons91 : R. Yochann disait : «  Je me rappelle qu’assis derrière les dix-sept rangées derrière Rab et celui-ci devant Rabbi, des étincelles jaillirent de la bouche de Rabbi à celle de Rab et vice versa, à quoi je n’ai rien compris.  » En beaucoup de passages on enseigne : Rab est un Tanna [et peut par là être d’un autre avis que la Baraïtha. Il y eut] aussi [d’autres] docteurs [qui n’étaient] qu’Amoraïm, comme Samuel, R. Schila, Rabba bar Chana, R. Cahana I et R. Asi. Après vécurent R. Ada bar Ahaba et notre bisaïeul Rabba bar Abouha, de la famille des Exilarques. Car la tradition (des docteurs) veut que nous descendions de la famille des Exilarques et que nous soyons les descendants de Rabba b. Abouha. Plus tard [vécut] R. Chanina, en Palestine, après, R. Jannaï, R. Yochanan, Resch Laqisch, R. Josoua, b. Lévi et Elazar, qui était leur disciple et celui de Rab et de Samuel en Babylonie. Malgré tous ceux-là, la sagesse était mieux représentée en Babylonie et d’autres docteurs, qui étaient d’abord en Palestine et puis en Babylonie [comme Oulla, R. Chiyya bar Abba, R. Samuel bar Nachmani et d’autres docteurs palestiniens qui s’y sont rendus de Babylonie, comme R. Ami, R. Asi et plus tard Rabba et R. Joseph en Babylonie et les docteurs qui d’abord avaient émigré en Palestine, puis en Babylonie], comme R. Abba, le dernier [de ces] prénommés, R. Isaac Nappacha, R. Zeïra, R. Jérémie, Rabouha et R. Chanina bar Papi. Plus tard vinrent Abayi et Rab, mais quand la persécution religieuse éclata en Palestine et qu’en conséquence l’étude de la Thora y diminua sensiblement, tous les docteurs babyloniens, parmi eux Rabin et Rab Dimi quittèrent Palestine et revinrent à leur pays natal. Toutes les anciennes générations avaient des traditions, qu’elles étudiaient avec application et répétaient continuellement. Comme nous le lisons92 : «  R. Chiyya bar Abba répétait (en présence de R. Yochanan) ce qui avait été enseigné, tous les trente jours  », (ensuite nous lisons93 : R. Schéscheth répétait ce qui avait été enseigné, tous les trente jours), se cramponnant au verrou de la porte il dit : «  réjouis-toi, mon âme, réjouis-toi, mon âme, pour toi j’ai appris, pour toi j’ai répété.  » Ces enseignements traditionnels qui étaient étudiés par tout le monde, chaque maître les expliqua à son disciple d’une manière différente, par des recherches spéciales et en déduisit pour la pratique de nouveaux enseignements, selon les questions qui lui étaient posées ; des discussions de thèses [et des controverses] eurent également lieu parmi les maîtres. Mais quand une nouvelle génération se leva et qu’avec elle la perspicacité diminua, et qu’étant indécis, on dut introduire [dans la Guemara et] fixer par écrit ces enseignements, qui étaient clairs pour les anciens et qu’ils expliquaient à leurs disciples. Les explications même, qui auparavant ne devaient pas être étudiées par tout le monde, durent en ce temps là, parce qu’elles devinrent douteuses, être annexées à la Guemara, c’est ainsi qu’elles furent enseignées dans les Académies, annexées à la Guemara et que tous les savants les étudièrent selon celle-ci. Comme nous le lisons94 d’Eroub, qu’on mit dans un arbre : «  R. Chiyya bar Abba, R. Asi et Rabba b. Nathan étaient assis ensemble et demandèrent au R. Nachman, assis à côté d’eux : Où se trouve l’arbre en question ? Se trouve-t-il sur un terrain privé ?  » etc., à la fin il est dit : «  R. Nachman Ieur répondit : Merci ! Samuel dit de même ;  » ils demandèrent ensuite : «  Avez-vous [également] autant expliqué en ceci ?  » il répliqua : «  Vous avez aussi beaucoup expliqué en cela  » et ils dirent : Nous demandions : «  l’avez-vous aussi annexé à la Guemara ?  » À chaque génération suivante la sagesse diminua encore davantage. Comme nous le lisons95 : «  R. Jochanan disait : Notre esprit est pareil au trou d’une aiguille avec laquelle on ferme la déchirure ; Ahayi disait : Nous entrons aussi difficilement dans le sens de la Tradition, que le piquet dans la muraille ; Raba disait : nous comprenons aussi difficilement les enseignements profonds de nos devanciers, que le doigt entre dans la cire dure. R. Aschi disait : par rapport à l’oubli, nous ressemblons au doigt qu’on enfonce dans du grain de semence, qui se réunit de nouveau quand on l’en retire.  » Puisque l’esprit diminuait à présent et que continuellement des doutes surgirent, on fixa, enseigna et utilisa [maintenant] pour la pratique (ces) explications des devanciers, qui [de leur temps] n’avaient pas été rassemblées. [Et] quand tous les savants avaient entendu quelque enseignement, et qu’ils le transmettaient sans que l’un d’eux l’eût (entendu) et transmis plus tôt, ces enseignements furent présentés anonymement dans le Talmud… Si, par contre, un des savants [avait] entendu et transmis, antérieurement déjà, l’enseignement dont il est question, il est enseigné en son nom. Comme nous le lisons96 : «  Quand Oulla vint à Poumbaditha, Rab lui fit remettre par son fils R. Isaac une corbeille de fruits, pour entendre comment il ferait la Habdala- prière. R. Isaac cependant en chargea Abayi. Quand celui-ci revint, il dit : La bénédiction d’Oulia est המבדיל בין קודש לחול, R. Isaac en informa alors son père en lui disant : Moi-même je n’y fus pas, mais j’envoyai Abayi, et c’est lui qui m’a dit cela. Là-dessus le père répondit : Ta façon impérieuse et ta fanfaronnade sont cause, que cette Halakha ne sera pas transmise en ton nom.  » Plus un savant employait de soins à n’étendre que ces enseignements qu’il avait entendus directement de son maître, sans avoir dû les recevoir d’autres, plus ces enseignements gagnaient en considération. Car nous lisons97 : «  R. Nachman b. Isaac disait : Oulla s’est gravé une erreur dans la mémoire comme R. Benjamin b. Jepheth. Etonné R. Zeïra demanda là dessus : Quelle importance a R. Benjamin b. Jepheth vis-à-vis de R. Chiyya b. Abba ? R. Chiyya b. Abba suivait attentivement et recevait les enseignements de la bouche de son maître, R. Benjamin b. Jepheth (par contre) ne les suivait pas attentivement.  » Puis, les enseignements présentés au nom d’un seul maître valent aussi beaucoup plus. Quand R. Zeïra vint en Palestine, il mangea d’un animal tué au-dessus de la gorge, ce qui, selon l’opinion de Rab et de Samuel, était défendu. Sur la remontrance qu’il n’était pas du pays de Rab et de Samuel, où il est défendu de manger d’un tel animal, il répondit: «  Qui a donc transmis cette défense au nom de Rab et de Samuel ? C’est Joseph b. Chiyya, mais celui-là apprenait de tout le monde.  » Joseph l’entendit, se fâcha et [lui] dit : «  Je n’apprends pas de tout le monde, mais seulement de Rab Juda, qui rapporte même le doute d’une personne dont il a entendu quelque part un enseignement. Car Rab Juda disait, au nom de R. Jérémie b. Abba, en doutant si celui-ci l’avait transmis au nom de Rab ou de Samuel : S’il n’y a pas de savant sous la main, trois laïques peuvent autoriser à tuer et à employer à l’usage profane un animal premier-né, atteint de défauts corporels98.  » Pour un enseignement au sujet duquel tous les maîtres étaient d’accord, on dit אמרי ליה ce qui est aussi le cas pour les enseignements survenus à la fin du Talmud. Car chaque génération introduisit des enseignements [dans le Talmud], qu’ils avaient développés, soit des doutes nouvellement surgis, soit des circonstances ou questions [qui leur étaient adressées]. Il en est de même pour ceux du traité Sanhédrin99. Là, nous lisons : Rab Cahana et Rab Saphra apprirent à l’école de Rabba le traité Sanhédrin. Rabi b. Chama les rencontra et leur demanda: Qu’avez-vous ajouté de nouveau au traité Sanhédrin dans l’Académie de Rabba ? Ils répondirent : Que pourrons-nous, sans notre maître, ajouter à ce traité, etc. ! Les anciens savants établirent des recherches et des enquêtes et leurs successeurs en ajoutèrent les résultats au Talmud. Non parce que les anciens ignoraient ces enseignements nouvellement ajoutés, mais qu’ils laissèrent aux générations futures le soin de cette (annexion) et c’est par là qu’ils se distinguent, puisque les anciens n’avaient pas besoin de ces enseignements. Comme les rabbins enseignaient100 : R. Josoua b. Zariz, beau-fils de R. Méir, attesta devant Rabbi que R. Méir avait mangé à Bethsan un légume non dîmé, sur quoi Rabbi exempta tout Bethsan de la remise de la dîme. Alors son frère et la famille paternelle se réunirent et lui en demandèrent la raison : Veux-tu donc autoriser en un endroit, ce que tes aïeux de tout temps ont défendu ? Lui, cependant, leur cita le verset suivant de l’Ecriture Sainte101 : Le roi Ezéchias détruisit le serpent d’airain que Moïse avait fait, car jusqu’à ce temps, les enfants d’Israël l’avaient encensé et il le nomma Nechouschthan. Comment se fait-il qu’Asa et Josaphat, qui ont détruit toutes les idoles du monde, ont toléré le serpent d’airain ? La raison en est que les aïeux ont laissé cela à Ezéchias pour se distinguer par là ; il en est ainsi de moi: mes aïeux m’ont laissé une occasion de me signaler. Il s’en suit : Quand un savant présente une Halakha surprenante, on ne l’engage pas à l’abandonner (אין מזניחין אותו), d’autres disent אין מזיחין אותו, d’autres encore אין מזחיחין אותו, la première expression vient de כי לא יזנח לעולם י״י 102, la seconde de ולא יזח החשן103 et la troisième de la phrase enseignée104 : A mesure que les ambitieux (זחוחי הלב) devinrent plus nombreux, les discordes se sont accrues en Israël.

C’est aussi la réponse à votre demande, pourquoi les anciens ont laissé la plus grande partie à faire à leurs successeurs. Quand vous rencontrerez un enseignement remarquable provenant des derniers, c’est que les anciens le leur ont laissé, afin qu’ils puissent se distinguer en faisant une addition au Talmud, ce qui eut fréquemment lieu à chaque époque. Comme nous lisons105 : (R. Ami disait) : Doëg et Achithophel posèrent 700 questions relativement à la tour suspendue en l’air. Raba disait : Est-ce donc quelque chose d’important, de poser des questions !. Du temps de R. Juda, l’étude se bornait au Séder Neziqin, tandis que nous étudions quatre Sedarim ; quand R. Juda arriva à la Mischna האשה שכובשת ירק בקדרה,d’après d’autres זתים שכבשן בטרפיהון טהורים (p.הנכבשים) il disait : Je vois [ici] les dissertations de Rab et de Samuel, mais nous apprenons le traité Ouqcin dans treize écoles ; dès que R. Juda ôtait son soulier, il pleuvait, mais nous, nous nous mortifions sans être exaucés, mais le Saint, qu’il soit loué, demande le cœur.

De cette manière la Tradition s’étendait avec chaque génération jusqu’à Rabina, et après Rabina, elle fut achevée. Comme le dit l’Astronome Samuel dans le livre d’Adam106 : «  R Aschi et Rabina représentent la clôture de l’enseignement traditionnel.  » Quoique plus tard il n’y eût plus d’enseignement traditionnel, il y avait cependant des savants dont les interprétations étaient équivalentes à l’enseignement traditionnel. Ces (savants) étaient appelés Saboraïm et ce qui, jusqu’alors, était douteux ils l’interprétèrent. Parmi eux : Rab Richoumi, Rabba, R. Joseph et R. Acha de Bé-Chatim. Comme nous le lisons dans המביא גט ממדינת הים107 : et Ziqlag, etc. ; Bé-Chatim est une ville dans les environs de Nehardéa. Puis, Rab Rebaï de Rob comme il est dit dans le texte Sanhédrin108 : «  Rabbi dit : Aux condamnés à mort, on donne à boire, avant l’exécution, un petit morceau d’encens (dans un verre de vin) pour qu’ils perdent connaissance, car l’Écriture Sainte dit109 : Donnez une boisson enivrante aux désespérés et du vin aux affligés. Et nous apprenons : Les femmes de qualité de Jérusalem ont distribué cela. Là-dessus on demande : Si celles-ci ne le donnaient pas, d’où l’aurait-on pris ? Rab Rebaï de Rob enseignait : Il est clair que c’est la commune qui doit le donner, car la phrase mentionnée dit «  donnez  » (תנו pl.). Rob, qui était la ville où demeurait Rab Rebaï, était située dans les environs des Académies de Nehardéa et, selon l’opinion des rabbins, [Rab Rebaï] aurait été Gaon et aurait atteint un grand âge. Plusieurs opinions de ces derniers savants ont été acceptées dans la Guemara, comme celles du Rab Ena et du Rab Simôna. Nous apprenons des anciens que les derniers rabbins, les Saboraïm, ont rangé et introduit dans le Talmud la Guemara depuis האשה נקנית [dont le commencement est מנא הני מילי, etc.] jusqu’à בכסף מנא לן, soit donc la discussion entière (et en dehors de cela différents autres passages encore).

Vous demandiez, dans votre écrit, de quelle manière la Mischna et le Talmud ont-ils été écrits ?

Le Talmud et la Mischna n’ont pas été écrits, mais ont seulement été rangés, les rabbins étaient prudents et les apprenaient par cœur, mais ne se servaient pas d’un texte écrit. Car nous lisons110 : Vous ne lisez pas la Tradition d’un texte écrit, car l’Ecriture Sainte dit111 : [car par ces mots j’ai fait alliance avec toi, etc.]. Ceux-ci tu peux les écrire, mais pas des Halakhoth.

Concernant votre demande relative à l’ordre de succession des Saboraïm, après Rabina, et les successeurs de ceux-ci, depuis lors jusqu’à ce jour, elle me donne l’occasion de vous éclaircir ce sujet depuis le commencement, comme l’origine d’Israël et comment les deux Académies se partagèrent à cause d’une confusion qui était survenue. [Sachez que quand] jadis Israël et Jojachim furent exilés avec les forgerons et les serruriers, de même que quelques Prophètes, ils furent conduits à Nehardéa. Le roi Judéen Jachonjahou avec sa suite [y] bâtirent (même) une école, pour les fondements de laquelle ils employèrent les pierres et les décombres qu’ils avaient apportés du Saint Temple, tenant compte des paroles de l’Écriture112 : «  Car vos serviteurs tiennent avec amour à leurs pierres et se lamentent sur leurs décombres.  » Ils l’appelèrent [cette école «  École de] שף ויתיב  » [ceci était à Nehardéa], c’est-à-dire le Sanctuaire quitta la Palestine et s’établit en Babylonie. Ils avaient avec eux la Schechina. Comme nous le lisons113 : Où trône la Schechina, en Babylonie ? Rab disait dans la Synagogue à Houzal ; Samuel croyait dans celle de Schaph-Weyathib. Cela ne veut cependant pas dire, la Divinité était seulement là et pas ici mais, tantôt ici, tantôt là. Abayi disait : «  le mérite soit avec moi, si même j’en étais éloigné d’une Parasange, j’irais prier là. La Synagogue à Houzal se trouvait près de l’école du savant Esra et derrière Nehardéa. Quand Esra, Seroubabel et les exilés furent revenus de la Babylonie et érigèrent le Sanctuaire, il y avait là des chefs du Sanhédrin, comme Simon le Juste, Antigonos de Socho et les autres couples ; la plupart d’eux étaient immigrés de Babel, parmi ceux-là, il y avait aussi Hillel le Vieux. Malgré tout cela, l’enseignement se développait également ici, et il y avait des Exilarques de la famille de David, mais il n’y avait pas ici d’autorités académiques [ni sanhédricales], car, par rapport à celles-ci, l’opinion était qu’ils ne pouvaient exister qu’à l’endroit choisi par Dieu. Jusqu’à la mort de Rabbi, les Exilarques et non les recteurs des académies ni les Nessiim gouvernèrent le peuple en Babylonie. Ces derniers [furent] des présidents du Sanhédrin en Palestine, jusqu’à Hillel et Schammaï, comme nous le voyons dans Aboth. À Hillel succéda son fils Simon, à celui-ci son fils Rabban Gamaliel l’aîné, puis R. Simon b. Gamaliél I, qui fut tué avant la destruction du Temple, et R. Ismaél b. Elischa, qui [fut] Grand-prêtre. Ces quatre générations forment le siècle dont on dit dans יציאות השבת114 : Hillel et Simon, Gamaliél et Simon possédaient le Nassiat cent ans avant la destruction du Temple. À Simon b. Gamaliél, qui fut exécuté sous l’empire romain, succéda Rabban Jochanan b. Zaccaï, qui vivait encore à la destruction du Temple. Quand on l’admit en présence de l’empereur Vespasien, il lui demanda d’épargner la famille de Gamaliél, et de lui permettre de conserver l’académie avec ses savants, à Jamnia. Quand R. Yochanan et les savants furent en paix à Jamnia, ils publièrent dix décrets. Car nous avons appris115 : «  Après la destruction du Temple, R. Yochanan b. Zaccaï ordonna  ». À celui-ci succéda comme Nassi R. Gamaliél, fils de R. Simon b. Gamaliél [l’aîné], qui fut exécuté [parmi les 10 martyrs, et ce R. Gamaliél était son fils] et R. Josua comme Ab-béth-Din. Mais comme R. Gamaliél avait insulté trois fois R. Josua, on le destitua de sa qualité et on nomma à sa place R. Elazar b. Azarja, qui était comblé de richesses et de la dixième génération après le scribe Esra. Plus tard [quand ils se furent raccommodés], R. Gamaliél fut réinstallé dans ses fonctions, sans que R. Elazar b. Azarja fût déchu. La fonction fut partagée entre les deux, de manière à ce que celui-là fonctionna toujours deux semaines et celui-ci toujours une semaine, comme il est dit dans la Guemara תפלת השחר116. Après, [il y eut] R. Simon, fils de R. Gamaliél, [ le père de Rabbi, comme Nassi] et à lui succéda son fils Rabbi, qui fut à Sephoris et à Beth- Schéarim117. En ce temps, R. Houna I était Exilarque en Babylone. Comme nous le lisons118 : «  Rabbi demanda à R. Chiyya : Comment mon égal a-t-il à se conduire à l’offrande du bouc ?  » Celui-ci répondit : «  Ton égal est à Babylone [c’est R. Houna].  » R. Saphra enseignait, la réponse était : à Babylone le souverain est un sceptre, mais en Palestine un commandant. Car nous avons appris119 : «  L’Écriture120 : «  Le sceptre n’abandonnera jamais Juda  » cela veut dire les Exilarques babyloniens qui châtiaient le peuple avec des verges, «  ni le législateur de ses pieds  » cela signifie les petit-fils de Hillel, [qui étendirent l’enseignement parmi le peuple].  » Il s’en suit que les chefs babyloniens étaient [beaucoup] plus éminents, puisqu’on les appelle «  verges.  » Il [R. Houna] mourut [à Babylone] du vivant de Rabbi. Et dans le Talmud palestinien121, les docteurs disent que Rabbi était très modeste et qu’il [Rabbi] avait pour habitude de dire : «  Je ferais tout ce que quelqu’un pourrait désirer de moi, excepté cependant ce que les vieux de Béthar ont fait à mon grand-père < Hillel > : ils renoncèrent [au patriarcat] et le nommèrent. Si l’Exilarque R. Houna était venu ici, je l’aurais placé devant moi, puisqu’il est de la tribu de Juda, et que je suis de la tribu de Benjamin ; ensuite puisqu’il descend des grands de Juda du côté paternel et moi [des petits] du côté maternel. Un jour R. Chiyya l’aîné vint et lui dit : R. Houna est là au dehors ! Rabbi tressaillit ; alors R. Chiyya dit : Son cercueil est là. Rabbi réprimanda R. Chiyya, car il lui dit : Sortez et regardez, quelqu’un demande là après vous. Quand celui-ci sortit et ne trouva personne, il [R. Chiyya] s’aperçut que Rabbi lui en voulait, en conséquence il tint une Nasipha de trente jours [durant lesquels il ne rendit pas visite à Rabbi. R. José b. Boun dit : durant ces trente jours Rab apprit de lui toutes les règles de l’enseignement]. Après R. Houna, Mar R. Ouqba fut nommé recteur à Babylone. À la même époque, il y avait aussi Samuel. Car nous lisons122 : «  Quand Samuel et Mar Ouqba étaient assis à l’étude, Mar Ouqba était assis devant Samuel à une distance de quatre coudées comme subordonné, tandis qne quand ils jugeaient ensemble, Samuel était assis à quatre coudées de Mar Ouqba comme subordonné.  » Puis nous lisons123 : «  Samuel disait à R. Juda : «  Ta tête est arrosée d’eau froide, mais la tête de ta tête d’eau chaude  ». Voilà que Mar Ouqba et sa Cour de Justice existaient encore et c’est à eux que les paroles suivantes se rapportent124 : «  Ainsi parle l’Éternel : Maison de David ! rendez chaque matin Justice.  » Au temps de Rabbi, l’an 530 de l’ère des Séleucides, Rab se rendit à Babylone où R. Schéla était alors recteur et en cette qualité était appelé ריש סידרא. Comme nous le lisons125 : Rab vint au pays de R. Schéla et y fonctionna même comme interprète  ». Après la mort de R. Schéla, Rab et Samuel étaient [ici] et Rab mit Samuel au-dessus de lui comme professeur, car Rab ne voulait pas que Samuel vint s’asseoir à ses pieds, et celui-ci ne voulait pas être le maître de Rab, puisqu’il était beaucoup plus jeune que Samuel ; comme nous le lisons dans la Guemara מרובה126: «  Rab, Samuel et R. Assi vinrent à une fête de circoncision, d’après d’autres, à la cérémonie du rachat d’un premier-né, Rab ne voulait pas entrer avant Samuel, celui-ci pas avant R. Assi et R. Assi pas avant Rab. [Alors ils dirent] lequel laisserons-nous attendre, Samuel ou Rab ? Rab s’est subordonné à Samuel à cause de l’événement de la malédiction127.  » C’est pourquoi Rab laissa fonctionner Samuel à Nehardéa, puisque cette ville était le lieu de sa naissance, et que c’était un endroit de la Thora ; mais lui se rendit en un endroit où l’étude de la Thora n’était pas cultivée, c’est-à-dire à Sora, qui s’appelait Matha Mechsayah. Beaucoup d’Israélites demeuraient là, mais qui ne connaissaient même pas les ordonnances rituelles concernant le mélange du lait et de la viande. [Rab] se disait alors : Je veux m’établir ici afin d’étendre la Thora, pareil à cet événement dans כל הבשר : Rab trouva une déchirure et l’entoura d’une clôture et, quand il vint à Tatelfousch, il y enseigna la défense concernant le pis. On l’appelait ריש סידרא.

Car R. Jochanan demanda à Isi b. Hini128 : Qui est ריש סידרא à Babylone ?  » Isi répondit : «  Abba Arékha.  » [Par lui] se réalisa le rêve que R. Chanina avait eu, à savoir, qu’on avait pendu Rab en Babylone. Comme il est dit dans le chapitre

יום הכפורים129. Rab acquit le jardin situé à côté de l’école qui était la succession d’un prosélyte, au moyen d’une enseigne peinte130. Il [y] rassembla beaucoup de disciples, étendit l’enseignement et fonda une Cour de Justice. C’est ainsi qu’il y eut maintenant deux grandes Cours de Justice [à Babylone], l’une d’autrefois à Nehardéa, l’autre à Sora, que Rab venait de fonder. C’est à cela que se rapporte la sentence de Samuel131 : «  Le Prouzboul ne sera écrit qu’à la Cour de Justice de Sora ou bien à celle de Nehardéa.  » Rab et Samuel avaient deux académies. Car nous lisons132 : Rab dit que, concernant le document du divorce, Babylone est égale à la Palestine, Samuel, au contraire, croit que ce soit à un endroit situé en dehors de la Palestine auquel elle est égale. Sur cela on explique : Le motif de Rab est que, puisqu’il y a des écoles à Babylone, les disciples peuvent constater les signatures du document du divorce, mais Samuel dit : Les disciples s’occupent de leurs études.  » Rab et Samuel se voyaient parfois. Après la mort de Rab, en l’an 558, Samuel fonctionna pendant sept ans comme unique recteur, puisqu’il n’y avait alors qu’une seule académie. Aussi longtemps que Rab vivait, R. Yochanan [l]’appelait «  notre maître à Babylone  », après sa mort, il nommait Samuel «  notre ami à Babylone.  » Alors celui-ci disait : «  Je ne sais pas par quoi j’aurais pu être son maître  », il écrivit et envoya un calcul de calendrier pour une période de soixante ans ; alors R. Yochanan dit : Cela prouve seulement qu’il comprend ce calcul. Après qu’il lui eût envoyé treize charges de chameaux de doutes concernant la loi sur Trépha, celui-ci s’écria : [maintenant je m’aperçois] que j’ai un maître à Babylone, je veux y aller et faire sa connaissance  ». Après la mort de Samuel, en l’an 668, fonctionnèrent ses disciples : R. Nachman à Nehardéa, R. Juda à Poumbaditha et R. Schéscheth à Schilhi. En l’année 570, Papa b. Nazar détruisit Nehardéa, après quoi notre aïeul Rabba b. Abouha émigra à Schakhanzib, Schilhi et Mechousa, où se trouvait également R. Joseph b. Chama, père de Raba ; d’autres rabbins allèrent à Poumbaditha qui, du temps du deuxième Temple, était le chef-lieu des immigrants, comme nous l’apprenons dans la Mischna133 : «  Jusqu’à ce qu’on voie toute Gôla comme en feu.  » Abayi explique [Gôla c’est] Poumbaditha. Après Samuel, R. Houna, descendant de Nassi, fonctionna pendant quarante ans et étendit beaucoup la Thora. Car nous lisons134 : «  Quand les rabbins quittèrent l’école de R. Houna, il lui en resta encore 800.  » Pour ses cours, R. Houna se servait de treize interprêtes, et quand les rabbins quittèrent son école et qu’ils secouèrent leur manteau, il s’élevait tant de poussière, que la lumière du jour en fût obscurcie et les Palestiniens disaient : «  Maintenant l’école du Babylonien R. Houna s’est élevée  » ; comme nous le lisons aussi au chapitre הבא על יבמתו135 : «  R. Abba b. Zabda, R. Schescheth, R. Chelbo, R. Gadal et R. Acha b. Chanina, tous sont devenus faibles par suite des trop longues conférences de R. Houna. R. Acha b. Jacob disait : «  Nous étions soixante vieilles gens à écouter les conférences de R. Houna et tous nous sommes devenus impuissants, excepté moi, parce que j’en connaissais le principe136 : «  La sagesse donne vie à qui la possède.  » R. Yochanan décéda en Palestine, du vivant de R. Houna, après avoir fonctionné, durant quatre-vingts ans, comme successeur de R. Chanina, qui succéda à R. Ephes, le successeur de notre Saint Maître, comme il est expliqué au chapitre הנושא137. R. Yochanan mourut en l’an 590, et après, pendant la même année encore, R. Elazar, à qui succéda R. Ami, quoique la succession était due à R. Houna, le descendant du Nassi. R. Juda fonctionna à Poumbaditha, et visita parfois, comme disciple, R. Houna. R. Nachman était à Schilhi et à Mechoza avec les savants de Nehardéa. Nous ne rencontrons nulle part l’opinion que [R. Nachman] soit venu comme disciple chez R. Houna, mais il le traita plutôt en collège. Car en différents endroits R. Nachman dit : Notre collège Houna [applique ceci à un autre enseignement]. L’école de R. Houna était dans les environs de Matha Mechasja. R. Chisda était un collègue de R. Houna et fonctionnait à Sora, où il fonda même une académie, du vivant encore de R. Houna, en l’an 604.

À la mort de R. Houna. en l’an 608, on transporta son cercueil en Palestine, comme il résulte du chapitre אלו מגלחין138: «  Où R. Chaga a-t-il enterré le cercueil de R. Houna ?  » «  Dans le sépulcre de R. Chiyya.  » Plus loin on explique à ce sujet : «  C’est pour cela que R. Chaga n’a pas péri, parce qu’il a enterré le cercueil de R. Houna  ». R. Juda vécut encore deux ans et tous les docteurs vinrent chez lui à Poumbaditha. Après la mort de R. Juda, en l’an six cent dix, R. Chisda fonctionna à Sora, pendant dix années, et mourut en l’an six cent vingt. Mais Rabba et R. Joseph, qui avaient été à Poumbaditha avec R. Juda, ne voulurent (alors) pas être recteur, comme on le lit à la fin des traités Horayoth et Berakhoth : «  Les circonstances réclamaient Rabba ou R. Joseph comme recteur. Sur demande faite, on répondit de la Palestine que R. Joseph était à préférer, puisqu’il était un Sinaï et que chacun a besoin du possesseur du blé. Celui-ci n’accepta cependant pas la fonction, parce que des Chaldéens, ayant tiré l’horoscope de sa mère, avaient prédit que R. Joseph n’aurait fonctionné que 2 1/2 années et serait mort alors ; ainsi Rabba fonctionna pendant vingt-deux [ans] et après, R. Joseph pendant 2 1/2 ans.  » Pendant ce temps, puisqu’aucun de ces deux ne voulait fonctionner, Rabba partit pour quelques années à Sora chez R. Chisda. Du vivant encore de R. Chisda, Rabba voyant qu’on pouvait difficilement se passer de lui à Poumbaditha, il se chargea de la fonction et fonctionna jusqu’à sa mort, en l’an 921. Nous avons entendu dire par nos maîtres (de l’académie), qu’à l’époque de la mort de R. Juda. où R. Rabba ne voulait pas se charger de la fonction, que R. Houna b. Chiyya aurait fonctionné à Poumbaditha et qu’il y avait (alors) une grande école. Après la mort de celui-ci, et (puisque) les circonstances réclamaient Rabba [comme recteur] il se chargea de cette fonction pour préserver de la perte l’Académie de Poumbaditha où la plupart des rabbins et Israël faisaient leurs études, [maintenant fonctionna] Rabba, c’est-à-dire Rabba b. Nachmani, [à Poumbaditha où il étendit même l’étude de la Thora]. Il fut tué pendant la persécution religieuse, à la suite d’une calomnie prétendant que par ses conférences des mois d’été et d’hiver Adar et Eloul – ce sont les deux mois de la Kalla – il aurait empêché 13,000 hommes de satisfaire à leurs obligations civiques. Craignant les fonctionnaires de l’Etat, il se réfugia à Agma où il mourut. Vers ce temps une lettre tomba [du ciel] à Poumbaditha contenant ces mots : «  Rabba b. Nachmani est convié à l’Académie Céleste  », etc., comme la Guemara le raconte139. Pendant ces années [que Rabba b. Nachmani fonctionnait à Poumbaditha], Rabba b. H. Houna était recteur à Sora. Après Rabba [b. Nachmani], R. Joseph fonctionna pendant 2 1/2 ans à Poumbaditha et mourut en l’an 634. Abayi lui succéda et mourut, après avoir fonctionné pendant treize ans, en l’an 648. Cela ressort aussi du chapitre הניזקין140: «  La שיפורא était d’abord dans l’école du R. Juda, plus tard dans celle de Rabba, ensuite dans celle de R. Joseph et finalement dans celle d’Abayi  ». Par là il est dit que ceux-ci étaient recteurs, puisque שיפורא signifie la caisse des disciples de l’académie, [où] les dons d’Israël [étaient versés]. Comme il est enseigné dans la Mischna Scheqalim141 : «  Treize שופרות étaient placées dans le Sanctuaire avec l’inscription : «  Scheqalim de cette année, Scheqalim des années passées.  » Après Abayi, Rabbi enseigna à Mechousa ce qu’il avait appris à Poumbaditha, comme il est expliqué142 : «  Bar Hadya expliqua des songes  », etc., jusqu’à : «  À la mort d’Abayi, Rabba reprit la direction de l’Académie, où les savants du monde entier se rassemblèrent autour de lui.  » Si depuis la mort de R. Chasda il n’y eut pas de Gaon à Sora, la brillante activité de Raba suppléa cependant à cette absence. La bénédiction de R. Joseph s’étendit sur Raba. Car nous lisons143 : Quand Raba quitta à reculons l’école de R. Joseph, il se blessa tellement au genou que le seuil de l’école fut tout tâché de sang. R. Joseph, à qui on le raconta, lui dit : que la volonté de Dieu soit que tu sois l’élu de toute la ville. Après avoir fonctionné pendant quatorze ans, Raba meurt en l’an 663. Durant les années qu’il [Raba] fonctionna, il n’y eut qu’une seule académie, à savoir celle de Poumbaditha ; après (la mort de) Raba cependant, elle fut de nouveau partagée en deux écoles ; alors R. Nachman b. Isaac fonctionna pendant quatre ans à Poumbaditha et mourut en l’an 667, et R. Papa, [qui était] à Nares, non loin de Sora, fonctionna pendant seize ans et mourut en l’an 687. Après R. Nachmann b. Isaac, quelques Gueonim fonctionnèrent à Poumbaditha : R. Chama, à Poumbaditha, qui mourut en l’an 688. Comme nous le lisons144 : «  Un jeune savant disait à un juge qui déterminait d’après l’appréciation de R. Elazar : J’(irai à l’académie et) apporterai une lettre [du pays d’Ouest], que la Halakha n’est pas à déterminer d’après R. Elazar. Il vint chez R. Chama et celui-ci lui dit : Le juge (qui) se réglera d’après R. Elazar fera bien. Après, R. Sebid fonctionna à Poumbaditha et mourut en l’an 696. R. Dime de Nehardéa lui succéda et mourut en l’an 690 ; son successeur Raphrem mourut en 706. À celui-ci succéda R. Cahana qui meurt en 725 et son successeur R. Acha, fils de Raba, meurt en l’an 730. Durant toutes ces années, depuis la mort de R. Papa, R. Aschi était recteur à Matha Mechasya. Il démolit l’école de Rab et en construisit une autre à la place, comme il est raconté dans השותפין145. Il prit aussi plusieurs belles dispositions : Il fixa les jours de fête et de jeûne, ce qui auparavant était établi par les Exilarques à Nehardéa même ; il organisa la fête des Exilarques, parce qu’il excellait par son savoir et sa considération, Houna b. Nathan, l’Exilarqne de ce temps, et son successeur Marémar et Mar Soutra se subordonnèrent à R. Aschi et célébrèrent la fête des Exiliarques à Matha Mechasya. Car nous lisons146 : «  R. Acha, fils de Raba, disait : «  Moi aussi je dis que depuis Rabbi jusqu’à R. Aschi, le savoir et la considération ne se sont plus trouvés réunis en une seule personne.  » Houna b. Nathan, était tout aussi important !  » «  Celui-ci était subordonné à R. Aschi.  » Puisqu’on avait organisé les fêtes des Exilarques [à Matha Mechasya], auxquelles les recteurs de Poumbaditha devaient assister le Sabbath de la Parscha לך לך147, [car ce Sabbath là] on célébrait ordinairement cette fête, la majorité résolut de s’y rendre. Les dispositions prises par R. Aschi ne tombèrent pas aussitôt en désuétude, que celles établies du temps de R. Juda, de Rabba, de R. Joseph, de R. Abayi et de Raba [où il n’y avait qu’une seule Académie à Poumbaditha, au contraire, après R. Aschi] il y en avait deux, c’est ce dont R. Aschi se glorifie148 : «  J’ai contribué à ce que Matha Mechasya ne déchoie pas.  » Les Chefs des communes et les savants de Poumbaditha venaient à la fête des Exilarques, qui avait annuellement lieu [à Matha Mechisya]. Cette institution subsista depuis lors environ 200 ans, parce que les Exilarques, pendant la domination des Perses et [aussi] au commencement de la domination des Arabes, étaient forts et puissants, force et puissance qu’ils s’étaient acquises par de grandes sommes d’argent. Il y eut aussi des Exilarques qui tracassaient et ennuyaient les maîtres. Nos aïeux étaient aussi des Exilarques, mais ils abandonnèrent l’Exilarcat, à cause de la conduite [honteuse] de ses dignitaires, pour se retirer avec les savants de l’Académie, afin de vivre simplement, modestement et dans la retraite. Nous ne sommes cependant pas des fils de Bostanaï au contraire, nos aïeux s’étaient déjà joints plus tôt aux savants de l’académie. Puisque, comme nous l’avons dit tout à l’heure, [ces] Exilarques étant puissants, les chefs n’osaient pas ‘refuser leur présence aux fêtes des Exilarques. Mais quand vers le milieu du règne des Arabes, du temps de l’Exilarque David b. Zaccaï, l’autorité des Exilarques s’était affaiblie, les chefs de Poumbaditha ne vinrent plus chez eux et, si les Exilarques voulaient voir fêter leur fête à Poumbaditha, ils devaient s’y rendre eux-mêmes et [l’organiser]. De toute la famille des Exilarques (de Matha Mechasya), il n’existe plus maintenant qu’un seul descendant. R. Aschi fonctionna environ soixante ans comme recteur. Car on dit149 : «  Dans la première édition du Talmud de R. Aschi [on le dit ainsi] ; et dans l’autre, [de nouveau, autrement].  » Les savants avaient, résolu d’apprendre annuellement deux traités, peu importe leur étendue, afin qu’ainsi tout le Talmud fut répété en trente ans. Puisque R. Aschi fonctionna environ soixante ans, il y avait deux éditions de lui. À sa mort, en l’an 738, R. Jémar lui succéda, à Matha Mechasya, et celui-ci mourut en l’an 743. R. Idi b. Abin lui succéda et mourut en l’an 763, et le successeur de ce dernier, R. Nachman b. R. Houna, mourut en l’an 766. Ce fut l’époque de la persécution religieuse de Yesdegerd, qui avait défendu de fêter le Sabbath. Alors fonctionna R. Tabyômi, c’est-à-dire Mar bar Rab Aschi, qui mourut le soir du jour des Expirations, en l’an 779. À celui-ci succéda Rabba Thosephaa, qui mourut en l’an 781. Et le mercredi, le treize Kislew de l’an 811, mourut R. Abina b. R. Houna, qui est Rabina et qui représente la fin de l’époque des Amoraïm.

En ce temps là, R. Gabiha de Békethil fonctionna à Poumbaditha et mourut en 744. Raphrem de Poumbaditha, qui mourut en l’an 754, lui succéda. Après celui-ci, Rab Richoumaï, d’autres lisent R. Nichoumaï, qui mourut en 760, pendant la persécution religieuse ordonnée par Yesdegerd. Après, R. Sama b. Raba fonctionna. De son temps et du temps de Mar b. R. Achi on suppliait Dieu, comme nous l’apprenons des anciens et [le lisons] dans les mémoires, et un dragon dévora Yesdegerd dans sa chambre à coucher et la persécution religieuse cessa. Du temps de ce R. Sama, au mois de Téweth de l’année 781, le savant Amémar b. Mar Yanqa, l’Exilarque Houna b. Mar [Soutra] et R. Mescharschiya furent exécutés et, au mois d’Adar de la même année, Amémar b. Mar Yanka subit le même sort ; enfin, l’année 781 vit la démolition de toutes les écoles babyloniennes et les enfants des juifs furent livrés aux Magiciens. Après la mort ce R. Sama, en l’année 787, Rab José fonctionna comme recteur, époque qui coïncide avec la fin des Amoraïm et la clôture du Talmud.

La plupart des Saboraïm moururent alors en peu d’années, comme les mémoires historiques des Gueonim nous l’apprennent. Au mois de Siwan de l’année 815, Rabbana Sama b. Rabbana Juda mourut, qui parait avoir été Dajjana de Baba ; le dimanche c’est-à-dire le 4 Adar de l’année 817, R. Achaï b. R. Houna mourut ; au mois de Nissan de la même année, R. Richoumaï, d’autres lisent R. Nichoumaï mourut ; en Kislew de l’année 817 mourut R. Samuel b. Juda de Poumbaditha et en Adar, Rabina d’Amouzia. L’Exilarque R. Houna mourut en l’année 819 et le jour des Expiations de l’année 822, pendant une tempête, R. Acha b. Rabba b. Abouha mourut ; en 826, les fils de Chanina, R. Tachna et Mar Soutra moururent, et Rabba Joseph resta encore quelques années recteur. Après, il y eut R. Ena, à Sora et R. Simôna, à Poumbaditha. À celui-ci succéda Rab Rebaï de Rob de notre Académie, qui aurait été Gaon. Alors suivirent, à la fin de l’époque de la domination perse, [ces événements de] la persécution religieuse et de l’oppression, de sorte que l’étude, la fréquentation des écoles et le fonctionnement du Gaonat furent troublés pendant quelques années, jusqu’à ce que nes docteurs de Poumbaditha vinrent dans le district de Peroz Schabour, aux environs de Nehardéa.

Les Gueonim suivants fonctionnèrent, après ces événements, de la fin de la domination perse, dans notre école à Poumba- ditha : Depuis l’année 900 Mar b. R. Chanan de Isqiya fonctionna ; ensuite notre aïeul Mar R. Mari, fils du Mar R. Dimi, dont l’école à Peroz Schabour est aujourd’hui encore dénommée d’après lui. À la même époque, en l’an 920, il y avait à Sora le Gaon Mar R. Mar, fils de R. Houna. Après notre aïeul, le Gaon Mar R. Mari, le Gaon Mar R. Chanina de Bné-Gahra fut recteur à Nehardéa, époque à laquelle Mahomed apparût. En ce temps, R. Chanina aurait été à Sora, et le Gaon Mar R. Chama et Mar R. Isaac à Poumbaditha. Celui-ci était à Peroz-Schabour, vers l’époque où Ali-ben-Talib vainquit cette ville. De Peroz-Schabour il alla à sa rencontre, et le calif le reçut avec beaucoup d’égards. Après, il y eut Mar R. Rabba ; ce fut pendant la durée de son fonctionnement qu’advint l’ordonnance qu’on doit donner immédiatement à la femme, si elle en manifesta le désir, le document du divorce, contrairement à la Halakha concernant la belle- fille de R. Sebid150. À la même époque, le Gaon Mar R. Houna fonctionna à Sora et après Mar R. Rabba, il y eut à Sora Mar R. Bossaï et Mar R. Scheschna, dont la bague avait pour inscription : Mescharschiya b. Tachlipha.

Après Mar Bossaï, en l’an mil, Mar R. Houna Mari b. Mar R. Joseph était Gaon à Poumbaditha. Mar R. Chiyya de Mésène, Mar R. Rabya et Mar R. Natronaï b. Mar Nechemya lui succédèrent. Ce dernier, connu sous le nom de bar Mar Yanqa, fonctionna en l’an 1030. Il était allié par mariage aux Exilarques et eut des façons autoritaires envers les savants de son Académie ; c’est pourquoi ceux-ci émigrèrent à Sora, et ne revinrent qu’après la mort de bar Mar Yanqa. À celui-ci succédèrent : Mar R. Juda, Mar R. Joseph, connu sous le nom de bar Mar Kithnaï, en l’an 1050, Mar R. Samuel bar Mar R. Mar, mort en 1059, et Mar R. Natroï Cahana b. Mar Achnaï de Bagdad, au dernier pont.

Vers ce temps, R. Acha de Schabeha émigra en Palestine, parce que l’Exilarque fit passer R. Natronaï, disciple de R. Acha, avant lui. À lui succédèrent Mar R. Abraham Cahana, Mar R. Doudaï b. Mar R. Nachman, frère du Gaon R. Judaï, en l’an 1072. Mar R. Chananya b. (Mar) R. Mescharscheya en l’an 75 et Mar R. Malca b. Mar R. Acha en l’an 82. Celui-ci déposa l’Exilarque Natronaï b. Chabibaï. Car, lorsqu’il voulut usurper cette dignité de l’Exilarque Saccaï b. Mar R. Achounaï, fonctionnant déjà depuis quelques années, les deux Académies se réunirent avec l’Exilarque Saccaï et le révoquèrent. R. Malca mourut et l’Exilarque Natronaï partit pour Maghreb. Après fonctionnèrent : Notre aïeul Mar Ra (b A) ba b. R. Doudaï, en l’an 84, Mar R. Schinouaï, pendant peu de temps seulement, et Mar R. Chaninaï Cahana b. Mar R. Abraham, en l’an 93 qui fut révoqué par l’Exilarque. À sa place vint alors Mar R. Houna b. Mar Hallevi b. Mar Isaac, en l’an 96. Vers ce temps, on introduisit la loi que les meubles d’un testateur sont saisissables pour dettes ou des créances dues de la Kethouba. Puis fonctionna Mar R. Menasché b. Mar R. Joseph de Gobya, en l’an 1099.

Nous manquons de précision quant à la succession des Gueonim à Matha Mechasya jusqu’à l’an mil, à la suite des malentendus qui ont régné là, puisque les Exilarques révoquaient ou réinstallaient arbitrairement les docteurs, et ce que nous en savons nous vous l’avons déjà communiqué. A dater de l’an mil [et plus tard] nous sommes renseignés. Durant ce siècle, [à commencer de l’an mil] pendant lequel fonctionnèrent les docteurs de Poumbaditha, qui ont été mentionnés plus haut, les Gueonim [suivants] fonctionnèrent à Sora : Mar R. Chanina de Nehar Paqod, huit ans. Mar R. Nehilaï Hallewi de Naresch, dix-huit ans. Mar R. Jacob Haccohen de Nehar Paqod, dix-huit ans et Mar R. Samuel, dix-huit ans. Celui-ci était de notre école de Poumbaditha et un descendant d’Amémar. Le père de ce Samuel était un fils du Gaon Mar Rabba, que nous avons décrit comme [Gaon] de Poumbaditha. En même temps que lui, R. Houna était à Matha Mechasya, du temps de l’ordonnance concernant le document du divorce dont nous parlions plus haut. Comme il n’y avait personne à Matha Mechasya, qui égalât Samuel en savoir, l’Exilarque Salomon b. Chasdaï le nomma recteur à Mechasya. Il était très instruit, ses fils (étaient) à Poumbaditha, quelques-uns de ses descendants font (aujourd’hui) partie de notre académie, et d’autres se sont alliés par mariage avec nous. Puis succédèrent Mar R. Mari Haccohen de Nehar Paqod, fonctionnant pendant huit ans, Mar R. Acha, pendant six mois, et l’aveugle Mar R. Judaï b. Mar R. Nachman, qui était aussi de Poumbaditha, mais, comme à Sora il n’y avait personne, qui [l’égalait en savoir], l’Exilarque Salomon l’agréa aussi et le fit recteur. Lui et son frère étaient en même temps Gueonim aux deux Académies. Vers ce temps apparut Anan. À Mar R. Judaï succédèrent Mar R. Achounaï Cahana b. Mar Papa, qui fonctionna cinq ans ; Mar R. Chanina Cahana b. Mar R. Houna, huit ans ; Mar R. Mari Hallewi b. R. Mescharscheya Hallewi, trois ans et demi, et Mar R. Bibouy Hallewi b. Mar R. Abba de Nehar Paqod, dix ans et demi. Celui-ci fonctionna du temps que les Gueonim de Poumbaditha Mar R. Houna b. Mar Hallewi et Mar R. Menasché ordonnèrent [la saisisabilité] des meubles hérités pour la redevance des droits de la Kethouba [et pour dettes]. Avec ces Gueonim le siècle est révolu.

À eux succédèrent, en l’an 107, les Gueonim de Poumbaditlia Mar R. Yesaya Hallewi b. Mar R. Abba de Kelwad, endroit situé aux environs de Bagdad. En 109, Mar R. Joseph b. Mar R. Schéla de Schalchi ; en 115, Mar R. Cahana Gaon ; en 121, son petit-fils Mar R. Aboumaï Gaon b. Mar R. Abraham et en 125, Mar R. Joseph b Mar R. Abba, à qui, en réalité, cette place ne revenait pas, mais plutôt à l’Ab-béth-Din Mar Aaron Qimouy, qui était plus savant et plus capable que celui-là, mais à la suite d’un songe, R. Joseph fut élevé au Gaonat. Il était très pieux et vieux, et le Prophète Élie de sainte mémoire [lui] serait apparu et aurait continuellement séjourné dans son école. Un jour, absorbé dans ses pensées, il cria à ses disciples : Faites place au vieillard qui entre ! Puisque les disciples ne virent personne, ils savaient que c’était Élie [de ste mém.] et ils se retirèrent. De cet événement provient l’usage de laisser la place vacante à la droite du recteur. Mon grand-père, le Gaon (le père de notre père), était son secrétaire, et exécutait toutes les affaires relatives aux écoles, aussi longtemps que celui-là vécut. Le jour de sa mort, il y eut un effroyable ouragan qui dégénéra en un tremblement de terre. On mentionne encore que, dans sa jeunesse, il s’adonna avec ardeur à l’étude, c’est pourquoi le Gaon Mar R. Schinouaï le bénit et lui dit : Tu seras un jour le chef de ton peuple ! Il fut recteur pendant deux ans. Après lui fonctionna Mar R. Abraham b. Mar R. Scherira, pondant douze ans, depuis l’année 127. À cette époque, Mar R. Joseph b. Mar Chiyya était Ab-béth-Din et fut institué contre-Gaon, durant les dissensions entre les Exilarques Daniel et David b. Juda, jusqu’à ce qu’ils se réconcilièrent avec Mar R. Abraham. Il fut alors décidé que tous deux, Mar R. Joseph et Mar R. Abraham, porteraient le titre de Gaon, mais qu’aux assemblées générales R. Mar Abraham prononcerait le discours et que R. Joseph s’assiérait à côté de lui. Un jour qu’ils vinrent à Bagdad et qu’ils se rendirent à l’école du Bar Naschala, pendant la grande Calla, le ministre officiant s’écria : Entendez ce que les recteurs veulent dire ! Alors Israël se mit tellement à pleurer que personne ne pouvait comprendre ce que les recteurs disaient. Mar Joseph aussi trembla, se leva aussitôt et dit : Je renonce au Gaonat et redeviens Ab-béth-Din. Aussitôt Mar R. Abraham, le bénit et dit : Que le Dieu miséricordieux te fasse participer [à la vie future] ! Après Mar R. Abraham, ce Mar R. Joseph fonctionna pendant sept ans, depuis l’année 139. Mar R. Isaac b. Mar Chananya lui succéda (et fonctionna en l’an 144). C’est à cause de son âge que Mar R. Joseph b. Mar R. Rabbi, qui était Ab-béth-Din du temps du Mar R. Joseph b. Mar R. Chiyya, fut préféré. Il était (instruit et son cousin) petit-fils de notre aïeul le Gaon Mar R. Abba. L’autorisation de Mar R. Isaac, accordée par l’Exilarque David b. Juda, blessa Mar R. Joseph. Alors Mar R. Isaac vint à lui et lui dit : Que cela ne t’attriste pas, Dayyana d’Baba, nous nous trouvons l’un à l’autre dans la même situation où les Amoraim Rabba et R. Joseph se trouvèrent ; tu peux donc être certain que tu vivras et parviendras à être mon successeur. R. Joseph était intelligent, il accepta ces paroles, se déclara satisfait (et) lui (dit : incline-toi) devant le recteur. Celui-là fonctionna sept ans. À lui succéda, en l’an 150, ce R. Joseph (b. Mar Rabbi, qui fonctionna deux ans). Puis, de l’an 153, Mar R. Platoï b. Mar R. Abayi fonctionna pendant seize ans et Mar R. Achaï Cahana b. Mar R. Mar lui succéda pendant six mois, en l’an 169. Ensuite, il y eut lutte [entre] le prétendant Mar R. Menachem Gaon b. Mar R. Joseph Gaon, avec lequel tinrent, pendant un an et demi, des savants distingués, et [entre] Mathathya b. Mar Rabbi, qui [avait] d’autres savants de son côté. Après la mort du premier, en l’an 171, [tous] les savants reconnurent Mar R. Mathathya, pendant dix ans. Mar R. Abba b. Mar R. Ami lui succéda, en l’an 180, et fonctionna deux ans et demi. Il était un petit-fils du Mar R. Samuel que l’on [l’Exilarque Salomo b. Chasdai] nomma Gaon de [Matha] Mechasya, comme nous le disions ci-dessus. Ensuite <fonctionna>, en l’an 133, le Gaon Mar R. Cémach b. Mar Platoï, le grand-père, durant dix- neuf ans, et Mar R. Haï b. R. Mar David lui succèda, en l’an 201, pendant sept ans et demi. Durant ce siècle fonctionnèrent à Mechasya : Mar R. Hilaï b. Mar R. Mari, pendant neuf ans ; Mar R. Jacob Haccohen b. Mar R. Mardochée, quatorze ans ; Mar R. Abimi, frère du Mar R. Mardochée, huit ans; Mar R. Çadoq b. Mar R. Aschi, deux ans ; Mar R. Hilaï b. Mar R. Chananya, trois ans et demi ; R. Qimoï b. Mar R. Aschi, trois ans et demi, quand une lutte éclata. Après, Mar R. Moïse Cahana b. Mar R. Jacob fonctionna dix ans et demi, et après lui le Gaonat resta vacant pendant deux ans. Alors, Mar R. Cohen Cédeq b. Mar Iboumi devint Gaon, pendant dix ans et demi. Successivement vinrent les Gueonim : Mar R. Schalom b. Mar R. Boaz, dix ans ; Mar R. Natronaï b. Mar R. Hilaï b. Mar R. Mari, huit ans; Mar R. Amram b. Mar R. Scheschna, huit ans. Dans une lutte il avait antérieurement déjà obtenu le Gaonat, mais il fut révoqué, plus tard il reprit ses fonctions et, après avoir occupé l’emploi pendant le temps, comme dit ci-dessus, il mourut. À lui succédèrent : Mar R. Nachschon (Gaon) b. Mar R. Çadoq Gaon, pendant huit ans ; Mar R. Cémach b. Mar R. Chayim, frère du [Gaon] Mar R. Nachschon, pendant sept ans ; Mar R. Malca, un mois et mourut. (Vers ce temps) moururent, en trois mois, la plupart des savants de Matha Mechasya. Puis fonctionnèrent : Mar R. Haï b. Mar R. Nachschon, sept ans ; Mar R. Hilaï b. R. Natronaï Gaon, cinq ans, et Mar R. Schalom b. Mar R. Mischaél, sept ans. Puis, la situation s’est tellement empirée à Matha Mechasya, qu’il n’y avait plus de savants. Mar R. Jacob b. Mar R. Natronaï fonctionna alors treize ans. Après lui, faute de dignitaire, l’Exilarque David nomma le tisserand Mar R. Yom Tob. Cahana b. Mar R. Jacob Gaon, parce qu’il n’[ y] avait pas [de choix de] savants. Celui-ci deux ans. Après, les docteurs projetèrent de dissoudre l’Académie à Matha Mechasya et de déplacer à Poumbaditha les savants s’y trouvant encore. Finalement, ils résolurent de confier le Gaonat de Mechasya à Mar R. Nathan Allouph, frère de notre père, fils de notre (grand-)père Mar R. Juda, pour que l’Académie ne tombât pas entièrement. Mais entretemps il mourut. Alors l’Exilarque David appela Mar R. Saadyah b. Mar R. Joseph, surnommé Fayyoumi, qui [n’appartenait pas] au corps des savants de l’Académie, mais [venait] de l’Egypte et lui décerna le titre de Gaon, au mois d’Iyyar de l’année 239. Celui-ci rassembla alors tous les fils des savants de Mechasya et les disciples de l’Académie de Poumbaditha et dirigea l’académie [de Matha Mechasya], pendant deux ans. Après cela surgit une contestation avec l’Exilarque David. Alors Saadyah nomma son frère Hassan, qui s’appelait aussi Josia, Exilarque, mais cela ne lui réussit pas. Josia fut banni à Charason, et l’Exilarque David nomma R. Joseph b. R. Jacob (Gaon) surnommé Bar Satya, qui était encore tout jeune et un disciple sans importance vis-à-vis de Saadyah, Gaon de Matha Mechasya. Cependant, Mar R. Saadyah se cacha quelques années devant l’Exilarque David, et pendant ce temps R. Joseph occupa le Gaonat à Mechasya. Finalement, Rabbi Saadyah se reconcilia avec l’Exilarque David. Néanmoins R. Joseph [resta] à son poste. De la nomination de Saadyah jusqu’à sa mort il s’écoula quatorze ans. Il mourut du vivant de notre père, en l’an 253, après l’Exilarque David. R. Joseph fut alors l’unique recteur à Matha Mechasya et sous sa direction l’Académie tomba (complètement), puisqu’en science, il était très inférieur même au Gaon R. Aaron. Il quitta Mechasya et (tout) Babel, se rendit dans la province de Basra, où il mourut. Après, il n’y eut plus d’Académie à Matha Mechasya.

Pendant ce dernier siècle, les Gueonim [suivants] fonctionnèrent à Poumbaditha : En l’an 209, après le Gaon Mar R. Haï b. Mar R. David, Mar R. Qimoj Gaon b. Mar R. Achaï Gaon, pendant sept ans et demi. Au commencement de l’an 217, notre grand-père Mar R. Judaï (Gaon), père de notre père b. Mar R. Samuel, Resch Callah, pendant dix ans et demi ; il mourut au mois d’Adar de l’année 228. En cette année, une discussion survint [entre les docteurs de l’Académie et l’Exilarque David] ; les premiers nommèrent Gaon Mar R. Mebasser Cahana Gaon b. Mar R. Qimoj Gaon, le dernier cependant nomma Mar R. Cohen Cédeq Cahana b. Mar R. Joseph. Cette lutte [entre eux] dura jusqu’au [mois] d’Eloul de l’an 239. Alors l’Exilarque David se reconcilia avec le Gaon R. Mebasser ; celui-ci se sépara ainsi avec ses partisans, les plus grands savants étaient avec lui, de Mar R. Cohen Cédeq et de ses savants. Quand cependant Mar R. Mebasser Gaon mourut, au mois de Kislêw de l’an 23 7, [ses] savants s’adjoignirent à (R.) Cohen [Cédeq]. Après la mort de ce dernier, en l’an 247, Mar R. Cémach b. Mar R. Kafnaï fonctionna pendant deux ans et demi et mourut en l’an 249. Au mois de Têbêth de la même année, notre père Mar R. Chananya b. Mar R. Juda Gaon, lui succéda et fonctionna cinq ans et demi et mourut en l’an 254. Après lui Mar R. Aaron b. Mar R. Joseph Haccohen fut nommé Gaon, quoique n’appartenant pas au corps des savants, mais au commerce. Mar R. Mebasser Gaon l’autorisa, à cause de la pénurie de savants. Non parce qu’il revint à lui de succéder à notre père, c’était plutôt à Mar R. Amram, Rosch Callah, frère de notre mère (fils de Mar R. Menasché), qu’il revenait d’être son successeur, mais Mar R. Aaron s’imposa de force et Mar R. Amram, par crainte de lui, se désista de cette fonction. Plus tard, Mar (R.) Nechemyah b. Mar R. Cohen Cédeq, son ancien disciple, contesta cette dignité au Mar R. Aaron. Comme celui-ci était plus savant que Mar R. Nechemyah, les disciples ne l’abandonnèrent pas. Quand Mar Aaron mourut, à la fin de l’année 271, une partie des avants se rangea du côté de Mar Nechemyah, tandis que nous et de nombreux savants, nous ne tînmes pas avec lui et ne le suivîmes pas. C’est vers ce temps que nous fûmes nonnnés Ab-béth Din. Nous n’avons pas accepté le Gaonat avant la mort [de Mar R. Nechemyah]. En l’an 270 seulement, la dignité de Gaon nous fut conférée et, il y a deux ans, nous nommâmes notre fîls Ab-béth-Din.

Puisse-t-il être agréable au Saint, qu’il soit loué, de nous rendre digne des vivants et de ceux, destinés à la vie. Qu’il nous obtienne de diriger Israël [en vérité] comme il convient [et tel qu’il le faut]. Qu’il fasse venir le Messie, fils de David (maintenant) dans un temps court et prochain, de notre et de votre vivant [et de celui de toute la maison d’Israël ! que cela soit sa volonté] Amen. Le responsum de notre Maître le Gaon Scherira, du père de notre Maître, du Gaon Hai de sainte mémoire, est terminé.


1Eroubin, 46.

264b.

3Pessahim, 66 a.

4Baba Bathra, 134 a.

5Sabbath, 15 a.

6Berakhoth 28a

762b.

8Eroubin, 13b et passim.

9Sanhédrin, 13 b.

1013 b.

11Baba Mecia, 84 b.

12Sabbath, 147 b.

13Yebamoth, 84 a.

14Mischna Yebamoth, VIII, 6.

15Eroubin, 62b.

16Pessahim, 3b.

17Edouyyoth, I, 3 et passim.

1841 a.

19D’après Sanhédrin, 19b. et 99b.

20[Shabbat 112b (note biblioj)].

21Eroubin, 53 a.

22Guittin, 59 a.

23Sanhédrin, 88 b ; Sanhédrin Palestinien fin et Thosephta Chaguiga, chapitre II.

24Sanhédrin, V, 1.

25Ibid., 41 a.

26Eroubin, V, 1.

27Talmud Eroubin, 53 b.

28Horayoth, 13 b.

29Sabbath, VI, 9.

30Berakhoth, 28 a.

31Voyez H. Graetz, Geschichte der Juden, 3e édit., t. IV, p.35 et suivantes.

32Edouyyoth, V, 2.

33Edouyyoth, V, 2.

34Sanhédrin. 86 a.

35Guittin, 67 a.

36Eroubin, 53 a.

37Sanhédrin, 38 b.

38Yebamoth, 16 a.

39Eroubin, 16 a.

40Edouyyoth, 1, 6.

41 Yôma, 66 b.

42Yôma, 6.

43 Aboda Zara, 7 a.

44Au commencement.

45Kethouboth, 103 b.

463 a.

47Thaanit, 31 a ; Kethouboth, 89 b. et Thosephtha , ibid., chap. VI.

48Yebamoth, 42 b.

49Eroubin, 16 b.

50Baba Mecia, 48 a.

51Qiddouschin, 76 b.

52Kethouboth, XVI, 17.

53Sanhédrin, 32 b.

54Rosch ha-Schana, II, 4.

55Bêça 29 a ; Eroubin, 86 a.

5619 a.

57Yebamoth, 72 b.

58Schebouoth, 45 b.

59Eroubin 67 a.

60Proverbes, XXIV, 6.

61Ibid., XIV, 4.

62Sanhédrin, 42 a.

63Zebachim, 96 b.

6470 a.

65Sanhédrin, V, 1.

66Eroubin, 13 b,

67Soucca, 28 a.

68Aboth, IV, 13.

69Baba Mecia, 33 a.

70Ibidem.

71Isaïe, LVIII. 1.

72Baba Mecia, 33 a.

73Sôta, 49 b.

7496 b.

75Baba Bathra, 156 b.

76Yoma, 59 a.

77Sanhédrin, 11.

78Yebamoth, 101b.

79Choullin, 86 a.

80Pessachim, III, 5

81Ibid., 48 b.

82Béça, 31 a.

83Béça, IV. 2.

84Choullin, 82 a.

85Kélim, XIII, 8.

86Yebamoth , 43 a.

87Bekhoroth, V, 2.

88Ibidem, 32 b.

8944 a.

90Baba Mécîa, 86 a.

91Choullin, 137 b.

92Berakhoth, 38 b.

93Pessachim, 68 b.

94Eroubin, 32 b.

95Eroubin, 53 a.

96Pessachim, 104 b.

97Berakhoth, 38 b.

98Choullin, 18 b.

9941, b.

100Choullin, 6 b.

101II Rois, XVIII, 4.

102Thr., III, 31.

103Ex., XXVIII, 28.

104Sôta, 47 b.

105Sanhédrin, 106 b.

106Baba Mécia, 86 a.

107Guittin, 7 a.

10843 a.

109Proverbes, XXXI, 6.

110Themoura, 14 b.

111Exode, XXXIV, 27.

112Psaumes, CII, 15.

113Meguilla, 29 a.

114Sabbath, 15 a.

115Rosch ha-Shana, 20 b. et passim.

116Berakhoth, 28 a.

117Kethouboth, 103 b.

118Horayoth 11 b.

119Sanhédrin. 5 a.

120Genèse, XLIX, 10.

121Kilayim, IX, 3. Kethouboth, XII, 3 et Beréshit Rabba, chap. 33.

122Moêd Qatan, 16 b.

123Sabbath, 55 a.

124Jérémie, XXVII, 12.

125Yôma, 20 b.

126Baba Qamma, 80b, 81a.

127Sabbath, 108 a.

128Choullin, 137 b.

129Yôma, 87 b.

130Baba Bathra, 54 a.

131Guittin, 36 b.

132Ibid., 6 a.

133Rosch ha-Schana, II, 4.

134Kethouboth, 106a.

135Yebamoth, VII, 12.

136Ecclésiastes, VII, 12.

137Kethouboth, 103 b.

138Moêd Qatan, 25 a.

139Baba Mecia, 86 a.

140Guittin, 6 b.

141V, 6.

142Berakhoth, 56 a.

143Yôma, 53 a.

144Schebouoth, 48 b.

145Baba Bathra, 3 b.

146Guittin, 59 a.

147Genèse, XII, 18.

148Sabbath, 11 a.

149Baba Bathra, 157 b.

150Kethouboth, 63 b.

Épître historique du R. Scherira Gaon. Traduite de l’hébreu moderne-araméen et commentée avec une introduction par Léo Landau, Imp. Léon Bary, Anvers, 1904. [Version numérisée : archive.org].

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