תנא דבי אליהו רבה | Tana Débé Eliyahou Rabba
Traduction française du Tana Débé Eliyahou Rabba par Joseph Kaoua (1901)

Tana débé Eliyahou Rabba / Enseignements de l’école d’Élie

Chapitre 1

« Et (Dieu) chassa l’homme » (Genèse, III, 24) : nous apprenons de ce verset qu’Adam fut répudié, comme une femme qui est répudiée par son mari[1]. « Il logea à l’est du jardin d’Eden, les Chérubins » (ibid.). Les chérubins furent donc créés avant ce monde[2] ; « et une épée de feu qui se retournait de tous côtés » (ibid.) cela est la création de l’enfer ; « pour garder le chemin » (ibid.) c’est une allusion à la Morale sociale, à la bienséance, « de l’arbre de la vie » (ibid.) : La Morale sociale fut donc créée[3] par Dieu avant l’arbre de la vie et l’arbre de la vie c’est la Torah[4] ainsi qu’il est dit : « Elle est (la Torah) un arbre de vie pour ceux qui la saisissent » (Proverbes, III, 19).

Béni soit l’Être Suprême qui prévoit toutes les choses, et annonce leur fin, dès leur origine. Il connaît tous les évènements passés et futurs. Il règle sa Providence pour le bien et non pour le mal. Il est riche, satisfait de sa toute-puissance et de son omniscience. Il a créé l’univers par son intelligence et l’a affermi. Après, il créa l’homme qu’il rendit souverain sur terre. Dieu prévit à l’origine, la succession de tous les siècles, jusqu’à leur dernier ; il vit les péchés que commettraient les descendants d’Adam et le courroux qu’ils provoqueraient par leur inconduite. Aussi, voyant que la terre n’aurait pas pu certainement subsister au châtiment qu’elle aurait mérité, il se dit de pardonner les premières fautes et c’est ce qu’il fit. La preuve de cette rémission ? Elle se trouve après les crimes commis par les Israélites dans le désert. Dieu résolut d’effacer toutes leurs mauvaises actions, selon ce verset : « Et Dieu passa devant lui et dit » : (Exode, XXXIV, 6). Lisez : Et Dieu fit passer de devant lui leur malice, pour ne plus se la rappeler[5]. Voici encore un fait prouvant le pardon de Dieu : Lorsque Mardochée[6] eut entendu les paroles déplaisantes d’Esther, il s’était irrité contre elle, car elle lui avait fait dire : « Quant à moi je n’ai pas été appelée par le roi ». (Esther, IV), ce à quoi Mardochée répondit : « Ne crois pas que ton silence en cette occasion, etc. », et quand, après, elle lui répondit par de sages paroles « Va, assemble tous les Israélites » l’Éternel lui pardonna sa première réponse selon ce verset : « Et Mardochée partit » (ibid.)[7] et celui-ci : « Quel est ce Dieu qui te ressemble, pardonnant le crime, absolvant le péché… » (Michée VII, 18). « Tes yeux ont vu la masse de mon corps, avant que j’eusse été formé. » (Psaumes, CXXXIX, 16). Qu’apprenons-nous de ce verset ? C’est qu’un jour, le Saint béni soit-il siégera dans sa grande école, ayant au-devant de lui les justes. Il leur annoncera : Tel siècle a observé la Thora et je l’ai récompensé de telle façon ; tel homme a accompli mes commandements et je l’ai comblé de tels bienfaits. Mais je ne veux plus me rappeler leurs péchés, ni m’en souvenir. C’est ce que dit le verset : « Ne vous souvenez plus des premières choses. » (Ésaïe, XLIII, 16). « Et les premières actions ne seront plus rappelées. » (ibid. LXIV). « Les jours seront créés et il y en aura un. » (Psaumes CXXXIX, 16)[8]. Ces paroles visent le jour du Samedi dont les Israélites ont été gratifiés[9]. Comment doit-on l’observer ? Pendant les six jours de la semaine, l’homme doit vaquer à ses occupations ; le septième, il doit se reposer. C’est en faisant, ainsi qu’il trouvera l’estime de sa famille et de ses enfants. De même, quand quelqu’un s’est livré, sous le regard satisfait de ses ennemis, à de rudes labeurs pendant toute la semaine, s’il se repose le samedi, il oublie toutes les peines endurées[10]. Telle est la vie de l’homme ; un jour de bonheur fait oublier un jour de malheur ; un jour de malheur fait oublier un jour de bonheur. Dieu dit aux Israélites : « Ne vous ai-je pas dit dans ma Loi : « Que ce livre de la Thora ne quitte jamais votre bouche ? » » (Josué, I, 8). « Malgré que vous vous occupiez de vos différents travaux les jours de la semaine, le Samedi doit-être consacré entièrement à la Thora.[11] ». Aussi nos sages ont-ils recommandé de suivre cette conduite, ce jour-là : Le matin, on doit se lever de bonne heure, lire quelque peu, aller ensuite au temple, et de là, se rendre au lieu d’étude. On étudiera le Pentateuque, les Prophètes, et ensuite on pourra retourner chez soi pour dîner. Un homme qui agirait ainsi mériterait bien ces paroles de Salomon : « Va manger ton pain avec joie et boire ton vin de bon cœur. » (Ecclésiaste, IX, 7). Dieu en effet, n’est satisfait que de ceux qui observent la Thora, mais d’eux seuls. À ce sujet le prophète nous déclare au nom de Dieu : « C’est moi qui ai fait toutes ces choses[12]. Voici celui que je considère, celui qui est affligé et humble, qui tremble à ma parole. » (Ésaïe, LXVI, 2). Nos sages ont par cela recommandé d’étudier beaucoup la sainte Loi, afin que nul ne soit honteusement réduit au silence, au jour où on lui demandera compte de ses études religieuses, dans ta vie future. C’est à cela que fait allusion ce verset : « Mon Dieu, le matin tu écoutes ma voix… » (Psaumes, V, 4)[13].

« Les jours seront créés et il y en aura un ». Ce verset parle encore du jour de l’expiation (Kippour) des Israélites, que Dieu leur donna avec un si grand plaisir. On peut comparer ce jour à ceci : Supposez un roi qui voie ses valets et ses serviteurs nettoyer son palais et jeter au-dehors, en face de la porte, tout ce qui le salissait. Ce roi certainement éprouve un vif plaisir à voir les ordures ainsi rejetées, car il s’aperçoit que l’on nettoie son palais avec soin. Tel est le jour de l’expiation que Dieu nous a donné dans son grand amour pour nous. Bien plus, quand il fait rémission aux Israélites de leurs péchés, non seulement il n’en éprouve aucun courroux contre eux, mais au contraire il ressent beaucoup de plaisir à pardonner[14]. Tel est le sens de ces mots du prophète : « Ainsi a dit Dieu, l’Éternel, aux montagnes et aux collines, aux torrents et aux vallées… » (Ézéchiel, XXXVI, 4), c’est-à-dire venez partager avec moi la joie que j’éprouve à effacer les péchés d’Israël. Chacun doit donc se souvenir constamment de tous les bienfaits et les grâces dont a comblé Dieu le peuple israélite, comme il est dit : « Souviens-toi de cela Jacob… » (Ésaïe, XLIV, 21) et après : « J’ai fait disparaître comme un nuage, tes crimes et comme une nuée, tes péchés » (Ibid.)[15]. De même que les nuages se dispersent par le vent, les péchés des Israélites sont pardonnés tant dans ce monde que dans l’autre, comme nous l’avons vu : « J’ai fait disparaître comme un nuage tes crimes, etc. » (ibid.)[16]. Plus loin le prophète ajoute : « Car je t’ai racheté. » Qu’est-ce à dire ? C’est que je t’ai racheté (a dit Dieu) du livre où j’inscris mes arrêts de mort, et que je t’ai inscrit dans le livre des arrêts de longue vie[17]. Que trouve-t-on après ? « Cieux, chantez, car l’Éternel a accompli son œuvre… » On peut encore interpréter ainsi ce verset : « Les jours seront, créés, et il y en aura un », à propos de Gogue[18]. Ce monde est comparable, devant Dieu, à une maison où le maître aurait employé à son service des ouvriers et surveillerait ceux qui le servent fidèlement. Voilà ce que désignent ces mots : « Les yeux de Dieu sont par toute la terre. » (Zécharie, IV, 10). Que les hommes s’acquittent avec dévouement ou non de leur tâche, ils n’en sont pas moins invités à assister au festin de l’Éternel[19]. C’est pour cela que les peuples idolâtres ont été condamnés par Dieu à être enlevés, anéantis, dans l’enfer. Ils avaient combattu Israël, pris Jérusalem et le temple saint. Nébocadnessare, roi de Babylonie, est un exemple de cette punition. Quand ce roi vint à Jérusalem et assiégea cette ville, les païens s’étaient écriés bien légèrement contre la Divinité : « Nous l’avions trop considérée ! Nous avons réduit et sa ville et son temple ! » Mais une voix céleste leur répondit : « Insensés, jusqu’à ce moment, vous n’aviez pas encore été condamnés à descendre dans l’enfer ».[20] C’est de ce jour-là que le prophète a dit : « Votre mère est devenue bien honteuse ; celle qui vous a enfantés a rougi » (Jérémie, I, 12). De même que ces païens s’étaient assemblés au nombre considérable pour piller les biens des Israélites, de même Dieu les convoquera à son jugement, sur les montagnes de la Terre Sainte. Il se vengera sévèrement de ces idolâtres ; de ce qu’ils n’avaient point observé les commandements de sa sainte loi, et de ce qu’ils avaient oppressé les Israélites. En effet, nous trouvons écrit : « Ma colère est grande contre les nations qui vivent à leur aise : j’étais à peine courroucé et elles ont encore aidé à achever le mal » (Zécharie, I, 15) et ailleurs : « Je ferai vengeance, dans toute ma colère, des peuples qui ne m’auront point écouté » (Michée, V). « Voici, un jour vient à l’Éternel… » « J’assemblerai toutes les nations… » (Zécharie, 14) et aussitôt alors : « Et l’Éternel sortira pour combattre contre ces nations… » (ibid.)[21]. Un jour, je me promenais dans une grande ville qui était habitée par de grands princes, lorsque je fus arrêté et conduit chez le roi. Dans la demeure de celui-ci, je remarquai de splendides literies, des objets d’argent et d’or, je ne pus m’empêcher de pousser un soupir. « Dieu des vengeances, dis-je, ô Dieu des vengeances, fais éclater ta puissance ! » (Psaumes, XCIV 1). Aussitôt un homme distingué s’approcha de moi et me demanda : « Êtes-vous bien lettré ? » — « Un peu lui répondis-je. » Puis continuant : « Si vous me résolvez une question que je voudrais vous poser, je vous ferai remettre en liberté ». Comme je l’invitai à parler, il reprit : « L’Éternel est certainement le juge de la vérité ; l’Éternel est infiniment bon, saint, juste éternellement vrai, prévoyant dès l’origine la fin de toutes choses ; dénonçant les évènements futurs, à l’avance, connaissant le passé et l’avenir, sa Providence a pour but le bien et non le mal ; il est riche, satisfait de sa toute-puissance. C’est lui qui a créé l’Univers, par sa science et par son intelligence, et l’a affermi. Ensuite il créa l’homme, qu’il plaça sur la terre et ne le fit que dans le but d’être adoré sincèrement par lui, de prendre plaisir en sa dévotion et, en celle de tous ses descendants, jusqu’au dernier. L’humanité une fois accrue, les hommes commencèrent, à adorer, qui, le soleil, qui, la lune, qui, les arbres et les pierres, et de cette façon nous voyons qu’ils encourent, jusqu’à ce jour, les châtiments célestes. Vous dites d’une part que le feu n’est pas un dieu, comment se fait-il cependant que votre Loi porte : « Un jeu doit brûler continuellement sur l’autel, et ne doit pas s’éteindre. » ? (Lévitique, VI, 6). Je lui répondis : « Mon fils, le jour que nos ancêtres reçurent au mont Sinaï la Loi, ils ne virent aucune forme, ni d’homme, ni de tout autre créature, ni d’esprit, que l’Éternel avait créés dans son monde, ainsi qu’il est dit : « Prenez bien garde à vos âmes, car vous n’avez vu aucune forme. » (Deutéronome, IV, 15), car l’Éternel est Un ; il est le Dieu des dieux, le Maître des maîtres, son règne s’étend jusqu’aux plus hauts Cieux, aussi bien que sur terre. Ce que vous pensez, donc, que le feu est un dieu, est faux. C’est simplement un avertissement que Dieu a placé sur la terre pour le bien de l’humanité. C’est comme si un roi avait pendu au milieu de ses appartements un bâton et avait dit à ses serviteurs et à ses enfants : « C’est avec cela que je vous frapperai, que je vous tuerai », afin de leur inspirer le repentir et la pénitence de leurs fautes. II est certain que s’ils ne s’amendent pas, il les en frapperait et les tuerait. Voilà tout ce que dit le verset : « Un feu doit brûler continuellement. » D’ailleurs n’est-il pas écrit : « Car c’est par le feu que Dieu se rendra justice. » ? (Ésaïe, LXVI, 16). Doit-on prendre à la lettre ce verset : « Car l’Éternel ton Dieu est un feu dévorant » ? (Deutéronome, IV, 24). Non ; supposez qu’un roi voie un jour ses enfants et ses serviteurs lui désobéir. Ne leur dirait-il pas : « Je vais me conduire envers vous comme un ours, comme un lion, comme l’ange de la mort, » à cause de leur mauvaise conduite à son égard ? C’est là le vrai sens des mots : « Car l’Éternel ton Dieu est un feu dévorant. »

Chapitre 2

« Et les jours se créeront, il en restera un parmi eux. » On peut encore appliquer ce verset au septième jour du Monde, car le Monde, en effet aura une durée de six mille ans[22]. Les deux premiers mille ans se sont passés dans l’ignorance ; les deux mille suivants furent occupés par l’étude de la Thora et les deux mille derniers seront l’époque où régnera le fils de David.

Mais par suite de nos péchés sans nombre, les deux mille ans de la Thora étant passés, nous sommes encore en captivité dans la période messianique, après plus de sept cents ans, comme le dit le prophète : « Dieu a exécuté son dessein. » (Lamentations, II, 17).

De même que nous devons faire une année de relâche la dernière de chaque période de sept ans, de même Dieu fera au monde, un jour de relâche[23] qui sera de mille ans selon ces paroles : « Car mille ans à tes yeux ne sont que la durée d’un jour, comme hier ». (Psaumes, XC, 4). De plus nous voyons : « Il y aura un jour unique, connu de Dieu. » (Zécharie, XIV, 7).

Ce sera le septième jour du monde. « Mais à l’heure du soir, il fera jour. » (ibid.). Ce sera le monde futur comme il est encore dit : « Il arrivera qu’à chaque néoménie, qu’à chaque Samedi… » (Ésaïe, LXVI, 23).

« Psaume-Cantique pour le jour du Samedi » (Psaumes, XCII, 1).

C’est l’époque qui sera entièrement un Samedi[24]. « Psaume Cantique pour le jour du Samedi » peut se comprendre encore pour le jour de relâche du monde, ou « pour le Samedi du monde ». La fin de ce Samedi sera la vie future, où il n’y aura ni mort ni faute, ni péché, ni châtiments, ni flagellations. Chacun vivra dans les délices de sa science, de son intelligence.

Le roi David est un exemple de cela. Dieu se réjouit de lui en ce monde et combien plus dans l’autre ! Ceci le prouve : « Et voici les dernières paroles de David » (Samuel, II, 23, 1)[25].

On pourrait encore interpréter cette phrase en disant que David s’exprima ainsi à Dieu : « De même que tu m’as pardonné mes premiers péchés, pardonne-moi les derniers également ».

Ou bien pourrait-on dire qu’elle désigne les paroles que les autres disaient pendant les vingt-deux années que l’Esprit Saint avait quitté le roi d’Israël, David[26].

Chaque jour le roi pleurait abondamment, mangeait son pain trempé dans la cendre, selon l’Écriture : « Car j’ai mangé la cendre comme le pain ». (Psaumes, CII, 10). Tel est le sens de la phrase : « Voici les dernières paroles de David… etc. ».

Autre explication : « Voici les dernières paroles de David ». Voici quelles auraient été ces paroles :

Maître de l’Univers, accepte mon repentir sincère, car par cela tu pourras confondre les méchants dans le jugement futur. Tu leur répondrais : David qui a gravement péché devant moi a fait pénitence et a reçu son pardon.

Si vous aviez imité sa conduite, je vous aurais pareillement absous.

D’où savons-nous que David a dit cela à Dieu ? du verset suivant : « C’est envers toi seul que j’ai péché. » (Psaumes, LI, 5). On peut donc expliquer « Voici les dernières paroles de David » en disant, que, de même que les premières paroles du roi avaient été sans tache[27], de même furent les dernières.

« David, fils d’Ichaï, a parlé ; l’homme élevé aux honneurs a dit… » (Samuel, ibid. 2). Nous voyons ici que David avait accepté avec empressement le joug de la Torah et de ses commandements[28].

Quelle sera la récompense que je le donnerai ? lui dit Dieu.

Tu seras appelé : « l’Oint du Dieu de Jacob, le Chantre, mélodieux d’Israël » (ibid.)[29].

Heureux l’homme qui, imitant la soumission du bœuf au joug, et celle de l’âne à porter les fardeaux, s’occupe sans relâche de la Torah. L’esprit saint s’empare bientôt de lui, et lui permettra de ne plus rien oublier de ses études.

« Heureux, vous qui semez auprès de toutes les eaux. » (Ésaïe, XXXII). Par eaux, nous devons comprendre : la Torah, comme il est dit ailleurs : « Et vous, altérés, allez tous rechercher les eaux… » (ibid. LV. 1). Mais « auprès de toutes les eaux » qu’est-ce à dire ? C’est que l’on doit étudier le Pentateuque, les Prophètes, les Hagiographes, la Michena, les Règles du droit, les Récits, les Commentaires, etc. : ne pas s’occuper de trop d’affaires, mais bien de la méditation religieuse : c’est alors que l’esprit saint secourra l’homme et ses paroles seront inspirées. Ce verset le témoigne : « L’esprit de Dieu parla en moi, et ma langue prononçait ses paroles. » (Samuel. II, 23.)

Heureux est l’homme qui se rompt aux études saintes, et laboure en elles comme la bête laboure aux champs.

Dieu dit à David : Les premières comme les dernières paroles de la Torah sont ton domaine, comme on le voit par ce verset : « Le Dieu d’Israël a dit, le Rocher d’Israël m’a parlé : le juste gouverne les hommes par la crainte de Dieu » (ibid.)[30].

David dit que Dieu lui dit : « Moi, je gouverne l’homme, mais qui peut apaiser ma colère ? C’est le juste, car lorsque je condamne quelqu’un, il peut annuler mon arrêt[31].

Le juste donc peut changer la volonté divine ; mais quel est ce juste que Dieu rend si puissant ? C’est celui qui vainc ses passions[32].

Béni soit l’Éternel, béni soit-il, lui qui ne fait jamais à personne aucune faveur injuste : du devant de qui resplendit la lumière sur le monde : qui envoie les pluies bienfaisantes, mères de toutes les végétations.

Les justes qui se consument dans l’étude de la Torah sont récompensés par cette lumière éclatante, car ils sont considérés comme s’ils l’avaient eux-mêmes envoyée dans le monde, pour faire germer toutes les productions de la terre.

C’est pour cela qu’après ce verset nous trouvons écrit : « Et comme la clarté du matin, lorsque le soleil se lève : lorsqu’il n’y a aucun nuage. Une vive lumière, quand elle fait germer la terre, après la pluie » (Samuel, II, 22, 3).

Le roi David dit : « Je vais raconter les bienfaits et les grâces que Dieu prodigue aux Israélites à toute heure. »

Chaque jour, en effet, l’homme est vendu et chaque jour il est racheté : la nuit, l’âme lui est enlevée et reste confiée à son Maître jusqu’au matin, où il la lui rend. Voici la preuve : « Je remets en ta main mon âme, et toi, Dieu de vérité, tu me rachèteras. » (Psaumes XXXI, 6)[33].

Chaque jour la Providence accomplit en faveur de l’homme des miracles, comme ceux qu’elle avait faits aux Israélites à leur sortie d’Égypte[34].

Chaque jour Elle le corrige, comme un maître corrige son élève pour sa conduite. Ce que nous allons dire le prouvera : Avant la création du monde, depuis un espace de temps de neuf cent soixante-quatorze générations, le Saint, béni soit-il, avait réservé aux descendants d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, ses œuvres : il se disait : Quand arrivera le jour où ils entendront les louanges que mes œuvres célèbrent ? comme on le voit de ce verset : « Psaume de David, pour le chef des musiciens : Les cieux racontent la gloire de Dieu et le firmament fait connaître l’ouvrage de ses mains » (Psaumes XIX, 1-2). Et cependant, ne sont-ils pas impuissants à raconter les détails de la création ? Que doit-on comprendre alors de ces mots : « Les cieux racontent la gloire de Dieu ? » C’est que les cieux ont été créés avant toute chose, et témoignent par eux-mêmes de la gloire de l’Éternel[35].

Tout le monde, aussi bien les hommes que les animaux et les oiseaux des cieux, ne vit que du produit des cieux et de la terre. En six mois, les produits de la terre sont formés ; en hiver ils se développent et en été ils mûrissent. Voilà ce qui forme la nourriture de toutes les créatures de Dieu ».

Nos sages ont dit que le continent habité correspond à l’espace qui existe entre le Taureau et le Scorpion. Je leur fis observer un jour : « Maîtres, leur dis-je, à quoi me comparerai-je auprès de vous ? À la poussière qui se trouve sous vos pieds[36] ; mais voulez-vous me permettre de vous dire un mot ? ». Comme ils m’autorisèrent, je continuai : « Toute la terre correspond à peine vis-à-vis d’une seule étoile, selon l’avis des sages ». Ils me dirent : « Prouvez-nous cela »[37].

« C’est ce que je vais faire, leur répondis-je : Que deux personnes se tiennent en observation, l’une en Terre sainte, et l’autre dans quelque grande ville de la Babylonie. Au lever du soleil ou à son coucher, au jour de la néoménie ou au milieu du mois lunaire, qu’ils regardent les deux, une seule étoile suspendue à leur tête. Ne verront-ils pas qu’ils sont dans la même position vis-à-vis de cette étoile ? Vous voyez donc que le globe terrestre peut se placer sous une seule étoile, comme l’ont enseigné nos sages, que leur mémoire soit bénie !

Mais quel est le motif pour lequel les Pléiades nous apparaissent comme composées de sept étoiles, et rapprochées l’une de l’autre ? C’est pour ne pas s’étonner que le firmament ne soit pas épais comme les étoiles. Supposez qu’un roi ait un lingot d’or. Serait-il digne de lui qu’il le portât sur sa tête ? Non, certainement. Que doit-il faire ? D’une façon intelligente, il devra ôter de ce lingot pour le poids d’une petite pièce, en fera une chaînette et alors il pourra porter au cou ce lingot, suspendu à la chaînette. Ainsi Dieu disposa avec sagesse les constellations.

Tel est donc le mérite du Saint, béni soit-il, et que son grand nom soit éternellement béni, de siècle en siècle : après avoir créé les astres, il a assigné à chacun d’entre eux, dans l’espace, la place propre qu’il doit occuper[38].

« Il n’y a point de langage ni de paroles ; on n’entend point leur voix. Sur toute la terre leur immensité s’étend et leurs paroles arrivent jusqu’aux extrémités du monde » (Psaumes, XIX, 4)[39].

Nos sages ont dit que le ciel dans lequel se trouve le soleil a une étendue de cinq cents ans de marche. Remarquons, en effet, l’éloignement du lieu d’où se lève cet astre, à celui où il se couche. On n’entend pas, pendant son trajet, le bruit de sa marche, ni également à son lever, ni à son coucher. À ces deux instants personne ne peut le voir.

De même que ce ciel, l’arbre de la vie a une longueur de cinq cents ans de marche[40] et c’est d’eux qu’a dit David : « Que tes œuvres sont grandes, Éternel ! » (ibid., XCII, 6).

Cette dernière phrase : « Que tes œuvres sont grandes, Éternel », peut être encore expliquée à propos des animaux. Remarquons, en effet, le nombre considérable des classes de quadrupèdes, d’animaux sauvages, d’oiseaux qui vivent dans le monde, et celles des poissons qui habitent les mers. Aucun d’entre eux n’émet les mêmes cris que l’autre. Ils diffèrent tous de forme, d’instincts ; le goût de leurs chairs n’est également pas le même, car chacune d’elles a une saveur spéciale. Ils ne se ressemblent donc pas.

C’est cette toute-puissance de Dieu, le Roi des rois, que nos rabbins ont mentionnée dans la Michena[41] où l’on fait cette comparaison : Nous voyons, par exemple que lorsqu’un homme a un sceau il ne peut marquer que des empreintes identiques, semblables l’une à l’autre : tandis que le Roi des rois, le Saint béni soit-il, a formé toute l’humanité d’après un seul type, Adam[42] et cependant il n’y a pas un seul être humain qui ressemble à l’autre.

C’est donc avec raison qu’il a été dit : « Que tes œuvres sont grandes, Éternel ! » (ibid.).

« Psaume de David, réservé au maître chantre : Les cieux racontent la gloire de Dieu et le firmament annonce les œuvres de ses mains » (ibid. XIX, 1). Mais comment peuvent-ils raconter les louanges de l’Éternel puisqu’ils sont fixes et doivent conserver éternellement leurs places ?[43] Ces paroles sont donc allégoriques et désignent simplement la postérité d’Abraham seule[44], en qui Dieu éprouve son grand et unique plaisir, quoique cependant Dieu soit le maître de toutes les choses et puisse se réjouir des autres œuvres qu’il a créées.

« Un jour parle à un jour. » (ibid. 2), quels sont ces deux jours ? C’est le jour de Moïse qui fit pressentir le jour de Josué, car on trouve, en effet : « Aujourd’hui je commencerai à jeter la frayeur et la peur de ton nom sur les peuples qui sont sous les cieux, qui en entendant tes succès, trembleront et seront abattus devant toi ». (Deutéronome, II, 25)[45] Mais il ne faut pas croire que puisque le Saint, béni soit-il, avait fait anéantir Sihonne et Hogue[46], qu’il ne restât plus personne pour raconter à la postérité la victoire de Moïse : le soleil qui s’était arrêté pour lui, demeurait le témoin pour l’avenir.

Où trouvons-nous que le soleil avait interrompu sa marche[47] pour Moïse ? C’est dans le combat engagé contre Amalek où il est dit : « Les mains de Moïse lui devinrent pesantes ; ils prirent une pierre qu’ils placèrent sous lui et sur laquelle il s’assit. Aaron et Hour soutinrent ses mains, chacun d’un côté et elles restèrent fermes jusqu’au coucher du soleil. » (Exode. XVII, 12). De ces dernières paroles, jusqu’au coucher du soleil, on voit que cet astre ne s’était pas encore couché, mais s’était arrêté, pour Moïse.

D’où sait-on que cet homme informa Josué qu’il aurait lui aussi un jour tel que celui-là ? C’est de ce verset : « Et Dieu dit à Moïse : Écris le souvenir de ce fait dans un livre et informe Josué, etc. » (ibid.) Moïse dit à son disciple : Plût au Ciel que le soleil s’arrête un jour pour toi comme il l’a fait pour moi !

Où voyons-nous que le soleil s’était arrêté pour Josué ? C’est dans le combat contre les rois d’Émori, à Guibône, où il est dit : « Alors Josué invoqua l’Éternel, le jour que Dieu livra les Émoriens aux fils d’Israël ; il dit devant les Israélites : Soleil, arrête-toi à Guibône, et toi, lune dans la vallée d’Ayalone. Le soleil et la lune s’arrêtèrent, jusqu’à ce que le peuple se fut vengé de ses ennemis. Cela n’est-il pas écrit dans le livre du Juste ? Le Soleil s’arrêta au milieu des vieux et ne se hâta pas de se coucher, pendant la durée d’un jour entier environ » (Josué, X, 12, 13).

Voici une autre interprétation de ce verset : « Un jour parle à un jour », ce serait une allusion à l’étude de la Bible « Et une nuit enseigne une nuit » à l’étude de la Loi orale[48]. « Il n’y a pas de langage ni de paroles ; on n’entend pas leur voix » c’est l’étude du code rabbinique[49], « leur immensité s’étend sur toute la terre » ce sont les sermons par lesquels on sanctifie le grand nom de l’Éternel.

On pourrait dire encore : « leur immensité s’étend sur toute la terre » désigne les synagogues et les écoles religieuses qui sont ouvertes à tous et où l’on peut bien étudier la Torah, « et jusqu’aux extrémités de la terre arrivent, leurs paroles » est une allusion aux études faites en Terre sainte qui est la terre, par excellence[50].

« Il a placé parmi eux, un pavillon pour le soleil » ce dernier mot indique la Loi divine, car on peut la comparer ù ces richesses d’un roi qui aurait dans ses cassettes des pierres précieuses et des perles fines, et que certains habitants de sa cité désireraient acheter, en secret. Le roi leur aurait dit : Je ne veux vous les vendre qu’aux yeux de tout le monde, et non pas en secret. C’est ainsi que fit le Saint, béni soit-il, et béni soit son grand nom de siècle en siècle ; il ne voulut donner aux Israélites la Thora que publiquement comme l’attestent ces versets : « Dès le commencement je n’ai pas parlé en secret » (Ésaïe, XLVIII, 16).

« Je n’ai pas parlé en secret, dans quelque lieu ténébreux de la terre ». (ibid., XLV, 19).

« Et il ressemble au marié sortant de sa chambre nuptiale » (Psaumes XIX, 6). De même que celui-ci est d’abord pur et sort ensuite impur, de même, le soleil se lève pur le matin et au coucher il se trouve impur[51]. Chaque matin il veut refuser de reparaître et ce n’est qu’après avoir été frappé de flèches qu’il consent à sortir[52], car on lui fait remarquer que ce n’est pas pour son plaisir qu’il doit luire dans le monde. Voilà pourquoi il a été comparé « au marié sortant de sa chambre nuptiale ».

Les justes de ce monde ressemblent à des convives qui auraient été invités par un roi à venir assister au festin qu’il ferait à l’occasion des noces de son fils, et entouré de toute sa famille. Le festin terminé, ainsi que les sept jours de fête, chacun retourne en paix chez soi. Si, après quelque temps, il se représente quelqu’un d’entre eux, le roi ne manquerait de lui refaire un excellent accueil, et de lui dire de vouloir bien rentrer dans son palais et d’attendre l’heure du nouveau festin ; il en ferait de même, pour toutes les personnes qui reviendraient chez lui. C’est à ces convives que l’on peut comparer les justes ; quand ils meurent, on leur dit, aux cieux : « Qu’il entre en paix ; qu’ils se reposent dans leurs demeures, ceux qui ont marché dans la droiture ». (Ésaïe, LVII, 2)[53]. Cela ressemble, comme on l’a dit, à quelqu’un qui reçoit ses hôtes avec plaisir et avec beaucoup d’affabilité comme il est dit : « Il accomplit sa course avec joie, et comme un brave ». (Psaumes, XIX, 6).

On a enseigné que les justes sont punis même pour de légères fautes, tandis que les impies ne le sont qu’après l’accomplissement de grands péchés[54]. L’histoire de Moïse, d’Aaron, de Nadabe et d’Abihou nous le prouve, car ils n’ont été punis que pour de légères transgressions[55].

Mais d’où savons-nous que les méchants ne sont punis qu’après avoir commis des crimes ? de la vie de ces rois ; Yarobame, Ahaze, Ménaché, qui n’ont subi leur châtiment qu’après avoir comblé le monde entier de leurs péchés. Dieu donc fait comme un roi siégeant au milieu de ses conseillers. Ceux qui, parmi eux, commettent quelque faute[56], sont punis sur le champ, tandis que ceux qui se trouvent ailleurs et qui se seraient rendus coupables ne reçoivent leur punition que plus tard.

« Son départ (du soleil) est de l’une des extrémités des cieux et son tour s’achève à l’autre extrémité ; il n’y a rien qui puisse se cacher de sa chaleur (ibid.) ». Pourquoi ne peut-on pas se cacher de sa chaleur ?[57]

Parce que « La Thora de Dieu est parfaite elle restaure l’âme ; le témoignage de Dieu est véritable et instruit les simples. Les commandements de l’Éternel sont droits et réjouissent le cœur. L’ordonnance de Dieu est pure et éclaire les yeux. La crainte de l’Éternel est pure et subsistera éternellement[58]. Les jugements de Dieu sont vérité et sont tous justes. Ils sont plus enviables que l’or, même que l’or fin, et plus doux que le miel, que celui qui découle, des rayons » (ibid). Aussi quand Dieu voit les hommes[59] abandonner sa Thora cherche-t-il à anéantir le monde. C’est ce que dit le verset : « Rendez à l’Éternel la gloire, fils de princes » (ibid. XXIX, 1) et fils de princes désigne ici les anges qui sont du service direct de Dieu[60]. Comment, dit Dieu, j’ai multiplié les hommes autant que les oiseaux des cieux et que les poissons de la mer et ils n’accomplissent plus ma volonté ! Je détournerai ma face d’eux[61].

« Rendez à l’Éternel la gloire et la force, rendez à l’Éternel la gloire de son nom ». (ibid.). La gloire ici, indique la Thora, comme on l’apprend de ce verset : « Qu’ils reconnaissent la gloire de Dieu et publient sa louange dans les îles » (Ésaïe, XLII, 12), et de celui-ci également : « Rendez gloire à l’Éternel, votre Dieu ». (Jérémie, XIII, 16)[62].

« Prosternez-vous devant Dieu, avec une pompe de sainteté ». (Psaumes, ibid. 2). Nous déduisons une prescription de ce verset : C’est que l’on ne doit pas commencer la prière qui se fait debout (âmida), avant d’avoir lu, par exemple, une règle de la Thora, ou même un seul verset ; voilà ce qu’indique cette phrase : « Prosternez-vous devant Dieu, avec une pompe de sainteté ».

« La voix de l’Éternel est sur les eaux ». (ibid. 3).

Or les eaux font toujours allusion à la Thora, et ceci veut dire donc, comme les rabbins l’ont déjà expliqué, que les docteurs de la Thora doivent bien prendre garde aux enseignements qu’ils font ; ils pourraient, en effet, conseiller quelque règle qui ne serait pas prescrite par la Loi et cela entraînerait pour eux la perte de la vie. Ensuite, leurs disciples, suivant leurs traces, pourraient également commettre la même faute et, à Dieu ne plaise, s’attireraient le même châtiment. Une profanation du saint nom de la Divinité serait la conséquence d’une pareille faute[63].

« Le Dieu de gloire a fait tonner, l’Éternel est sur les grandes eaux » (ibid. 3). Ceci, a dit Dieu, se rapporte à la Thora[64] que je vous ai versée abondamment, comme on verse du lait et de l’huile dans des vases ; ils ne font pas de bruit pendant leur transvasement[65], voilà pourquoi il est dit : « Le Dieu de gloire a fait tonner, l’Éternel est sur les grandes eaux »[66].

« La voix de l’Éternel est puissante, la voix de l’Éternel est magnifique » (ibid. 4). Ce verset concerne les Israélites n’accomplissant pas la volonté divine : Un roi, en effet, avait, en supposition, plusieurs fils qui étaient très versés dans toutes les parties de la Bible, et de la Loi orale, ainsi que même dans le commerce. Il épouse une autre femme mais pauvre, qui lui donne également des fils. Il élève ces derniers dans les études religieuses en leur faisant donner une bonne éducation. Mais après plusieurs années d’espoir et d’attente, il s’aperçoit qu’ils n’avaient jamais rien appris et qu’ils ne savent donc rien. « Pour qui donc, leur dit-il, ai-je bâti ces palais, pour qui ai-je fait l’acquisition de ces campagnes, ai-je planté ces vignes » ?

Tels seraient les Israélites devant leur Père qui est aux deux, quand ils n’accomplissent pas les commandements de la Thora, et c’est ce qu’expriment ces paroles : « La voix de Dieu est forte, la voix de Dieu est magnifique ».

« La voix de Dieu brise les cèdres » (ibid. 5).

On entend par ces derniers[67] ceux qui ici-bas, se démêlent très bien dans leurs affaires, dans leur négoce et dans tout métier en général, mais ne se préoccupent guère de la Thora. On les compare avec raison aux cèdres, car ces arbres ne donnent aucun fruit, et ces hommes également qui n’ont aucune pratique de la Loi divine, ne produiront rien. Donc toute personne qui n’observe pas la Loi est comme un cèdre ; ce verset l’atteste : « Et moi cependant, j’avais détruit les Émoriens de devant eux, qui étaient hauts comme des cèdres » (Amos, II, 9)[68]. Il est dit encore : « Et Dieu brisa les cèdres du Lébanone » (ibid.).

Ceci vise les Israélites qui vécurent à l’époque du premier temple et qui tout en étant cependant savants ne retournèrent pas à Dieu et n’observèrent point la Thora. Aussi est-il bien dit à leur sujet : « Et Dieu brisa les cèdres du Lébanone ».

« Il les fait sauter comme un veau ; Le Lébaone et le Chirionne, connue un faon » (ibid. 6). Nos sages ont vu dans ce verset un avertissement contre ceux qui n’acceptent pas avec soumission les châtiments de la Divinité. Ils seront doublement punis. Supposez en effet, qu’un homme ait une vache rebelle ; pour la dompter, il ne manquerait pas de rattacher bien solidement, d’augmenter s’il le faut, jusqu’à dix, jusqu’à cinquante coudées la longueur des cordes à employer. De même, le prophète a dit d’Israël : « Car Israël a regimbé comme une vache rebelle » (Osée IV, 16).

Les docteurs de la Loi ont dit : Est-ce que les tourments infligés à l’homme ne sont pas le fruit de ses péchés ? Oui, certes, car ce sont ses actions coupables qui lui causent ses douleurs : lui-même, par ses propres fautes, se condamne à se faire retrancher de ce monde-ci et de l’autre. Dieu a parlé ainsi aux Israélites : Si vous désirez apprendre mes voies, rappelez-vous l’histoire de vos pères, au désert, quoiqu’ils eussent vécu dans la pratique continuelle de la Loi, lorsqu’ils eurent proféré de méchantes paroles, je les frappai immédiatement[69].

C’est ce qu’exprime ce verset : « La noix de l’Éternel jette des flammes de feu ; la voix de l’Éternel fait trembler le désert ; l’Éternel fait trembler le désert de Kadèche » (ibid. 7).

Dieu consola ensuite son peuple : Mes fils, leur dit-il, je jure par mon glorieux Trône, que je récompenserai même jusqu’aux plus jeunes enfants qui fréquentent les écoles religieuses, pourvu toutefois, qu’ils se tiennent éloignés du péché. Tout homme, n’aurait-il jamais appris que les premiers éléments de la morale et de la Loi, aura également sa récompense, s’il méconnait le péché. Bien plus, même si quelqu’un n’a jamais pu étudier ni la Loi écrite, ni la Loi orale, je le récompenserai également, s’il assiste assidûment, matin et soir, à la synagogue ou à l’école religieuse, et s’il lit le Chémâ Israël en l’honneur de mon nom sublime, tout en s’abstenant de pécher.

Aux yeux de leur Père qui habite les cieux, les Israélites ressemblent, ici-bas, à la biche qui conçoit et met bas ses faons avec beaucoup de souffrances ; certes, son commencement est pénible, mais la fin est tranquille et agréable[70]. C’est ce que dit le verset : « La voix de Dieu fait mettre bas les biches ; l’Éternel rase les forêts ; dans son palais tout chante sa gloire » (ibid. 8).

En ce temps-là,[71] toute la terre tremblera, et l’humanité se demandera si c’est un nouveau déluge qui aurait été envoyé pour anéantir le monde, comme on le voit de ces paroles : « Dieu a régné sur le déluge » (ibid. 9). Mais l’Esprit Saint répondra : « L’Éternel est simplement venu offrir un festin à ses enfants ; il va régner désormais sur toute la terre[72], comme il est dit : « Dieu sera le roi de l’Univers » (ibid. 10). Grâce à qui, dit Dieu, je puis ainsi régner universellement ? Grâce à vous, Israël, qui vous vous ennoblissez par de pieuses actions, par vos pieuses études de la Thora, comme il est dit : « Dieu donne la force à son peuple ; Dieu bénit son peuple par la paix » (ibid)[73].

Chapitre 3

Le roi David, que la paix soit sur lui ! a dit encore : « Quand je suis gai, je conserve en moi, néanmoins, la crainte de Dieu, de même que, lorsque la crainte de Dieu me remplit je ne dépouille pas ma gaîté. Mais au-dessus de la crainte divine et de la sainte joie, je place l’amour pour la Divinité[74].

« C’est pour cette raison que l’Éternel a conclu avec moi une alliance me promettant que j’excellerai dans la connaissance de la Loi écrite et de la Loi orale, dans la jurisprudence, dans la prédication, etc., comme l’atteste ce verset : « Auparavant ma maison n’était pas ainsi avec Dieu. Il vient d’établir une alliance perpétuelle avec moi, ordonnée, en toutes choses et protégée. Dieu est mon salut parfait et mon agrément et ne fera-t-il pas encore fleurir ma maison ? » (Samuel, II, 23).

Dans cette phrase-là, le mot alliance désigne la Thora, comme généralement, et nous déduisons cela de ce verset : « Mon alliance était avec lui, c’est-à-dire la vie et la paix »[75] (Malachie, II, 5), « ordonnée en toutes choses » cela signifie des connaissances étendues dans toutes les branches de la Loi écrite et de la Loi orale, dans les questions de droit, dans la prédication « et protégée » c’est-à-dire que mes études sacrées de la Thora se conserveront bien en moi et à perpétuité, « car il est tout mon saint et mon agrément et ne fera-t-il pas encore fleurir ma maison ? ». On a conclu de ce verset que toute personne qui étudie la Thora assidûment et n’en retire pas de grandes ressources pécuniaires, réussira[76], car cela prouve que le Saint, béni soit-il, prend plaisir en ses études et ne veut pas l’enrichir ; l’abondance de biens, en effet, la détournerait de la Thora.

Cela est établi par le roi d’Israël, Salomon qui dit à Dieu « Je te demande deux choses : accorde-moi-les, avant que je meure… Ne me donne ni pauvreté ni richesse, nourris-moi du pain quotidien ; éloigne de moi la fausseté, le mensonge ; je crains qu’après m’être rassasié, je ne te renie et que je ne dise : qui est Dieu ? La pauvreté, de son côté, me ferait voler le bien d’autrui et me forcerait à jurer par le nom de Dieu faussement » (Proverbes, XXX, 6).

Béni soit l’Être suprême qui a fait l’objet de sa prédilection la Thora. — la Loi écrite et la Loi orale — les docteurs, leurs disciples, les disciples de leurs disciples, leurs enfants et leurs petits-enfants jusqu’aux derniers descendants. Dieu agit envers eux de la même façon qu’ils se comportent envers lui[77] et comme ils fréquentent sans relâche les synagogues, les écoles religieuses et les endroits isolés, afin de mieux se livrer a la méditation de la Thora, et pour l’amour de Dieu ; comme ils font tous leurs efforts pour maintenir la crainte de Dieu dans leur cœur ; comme ils répètent incessamment les paroles de la Thora, pour les conserver perpétuellement dans leur bouche, dans la bouche de leurs enfants et dans celle de leurs petits enfants jusqu’à la dernière génération, de même Dieu, le Saint béni soit-il, ne placera sa préférence qu’en eux, qu’en leurs enfants, qu’en leurs petits-enfants, et jusqu’en leur dernière génération.

D’ailleurs telle est l’expression du prophète à qui Dieu dit : « Quant à moi dit l’Éternel, voici quelle est mon alliance que je contracte avec eux. Mon Esprit qui est sur toi, et mes paroles que j’ai mises dans ta bouche, ne quitteront pas ta bouche ni la bouche de tes enfants, ni la bouche de tes petits-enfants, perpétuellement, c’est l’Éternel qui l’a dit » (Ésaïe, LIX, 21)[78].

Quant aux enfants des méchants d’Israël, c’est bien différent. Dans leur jeunesse ils sont encore dociles, mais en grandissant ils s’endurcissent. Aussi que fait, le Saint, béni soit-il ? Il les retire de ce monde quand ils sont encore jeunes et les fait brûler dans sa grande école et dans son grand collège, comme on le voit de ce verset : « Les insensés sont comme des épines que l’on jette ensemble au loin car on ne peut les tenir en main. Celui qui veut les approcher, doit prendre un outil de fer, ou quelque hampe de pique, et les brûler à leur place même » (Samuel II, 23)[79].

Ce mot insensés veut dire impies comme nous le voyons dans ce verset : « et les insensés dirent… » (Samuel, 1, 10) et dans l’autre : « Tous les hommes méchants et insensés dirent… » (ibid. 30).

Les sages ont dit que dans ce monde on a vu déjà le commencement de tout ce qui doit avoir lieu dans l’autre.

Ainsi, dans le monde futur, Dieu tiendra un important conseil dans son école : les sages siégeront avec leur visage resplendissant de lumière, devant l’Éternel. Nous savons que cela a déjà commencé dans ce monde car David, roi d’Israël, en effet, réunissait les sages et éclairait leur visage de la splendeur de la Torah qu’il leur enseignait.

De même, à l’époque où régnera le fils de David, et dans la vie future, les justes vivront dans la plus grande félicité, dépouillés de tous mauvais sentiments.

Cela, nous l’avons déjà vu commencer dans ce monde, car il y a eu des saints qui ont dompté leurs passions. Ce sont : Abraham, Isaac, Jacob, Yabesse[80], Ytro et tous ceux qui les ont égalés en vertus.

De plus, Dieu fera revivre les morts, aussi bien à la venue du fils de David que dans la vie future. Voilà encore ce que nous avons vu s’opérer partiellement par l’intermédiaire de plusieurs saints, tels que Éliyaou, Elichâ et Ézéchiel fils de Bouzi, le pontife[81].

Dans le monde futur, les justes seront comblés de gloire et de pouvoir. Dans ce monde nous avons déjà vu quelqu’un qui a été ainsi honoré, c’est Yéochafate, roi de Juda[82].

Les justes se rassasieront également, dans la vie messianique, de toutes sortes de mets, de bonheur, etc., Salomon, roi d’Israël a déjà joui d’une part de cela.

Les montagnes d’Israël, à l’arrivée du messie, seront couvertes du sang, des chairs, des cadavres des soldats de Gog et de Magog[83] et des peuples idolâtres. Ceci a eu déjà son commencement dans les nombreuses calamités, dans les tueries qui se produisent chaque jour à nos yeux, parmi ceux qui oppressent les Israélites[84].

Si vous avez à cœur de vous instruire et de bien connaître la Torah, considérez de nouveau ce que nous avons dit précédemment, que Dieu un jour, siégera dans son conseil, ayant devant lui les justes de la terre. Ceux-ci discuteront sur toutes les branches de la Torah : sur la Loi écrite et la Loi orale, sur la Michena, sur les commentaires, les allégories, etc. Ils rendront des arrêts sur ce qui est pur, sur ce qui est impur ; sur des questions profondes ou sur de simples faits. C’est alors que l’on fera comparaître devant eux les méchants de la terre, pour être jugés.

Il y aura de ceux-là qui seront condamnés à l’enfer pour une durée de trente jours, d’autres pour soixante jours, d’autres pour trois mois, ou six mois, etc. En un mot, nos rabbins ont dit dans la Michena[85] que la peine de l’enfer dure ordinairement douze mois, mais après que ces méchants auront subi leur condamnation, les justes se présenteront devant Dieu et diront : « Maître de l’univers ! durant notre vie terrestre, ces hommes-là fréquentaient assidûment la synagogue matin et soir[86]. Ils lisaient les paragraphes du chêmâ journellement, accomplissaient d’autres commandements ». À ces mots Dieu leur ordonnera de les délivrer. Ils iront près de la poussière des méchants et prieront en leur faveur. Le Saint, béni soit-il, les fera revivre de la poussière qui se trouvera sous les pieds des justes comme il est dit : « Et vous écraserez les impies car ils seront, une poussière sous les plantes de vos pieds ». (Malachie, III, 21).

Nous avons dit plus liant, que dans ce monde il y avait eu déjà un conseil identique à celui que Dieu tiendra avec les justes dans les cieux et que David, roi d’Israël, l’avait convoqué.

Comment faisait ce roi ?

L’histoire le rapporte : « Voici les noms des braves que David avait : David le premier était assis dans le conseil de la sagesse ; le chef des trois capitaines, était Adino l’Esnien, car en une seule occasion il avait tué huit cents hommes, etc. » (Samuel II, XXIII).

Tout le peuple s’assoyait devant lui, mais David ne siégeait ni sur un divan, ni sur un fauteuil, mais par terre, enseignant à tous la Torah, pour la gloire de Dieu. L’esprit saint venait planer au-dessus de lui, et le louait de sa conduite : « Parle, mon fils, lui disait-il, ces paroles sont dignes de toi, elles sont ton ornement et tu en es le maître aussi bien que moi. » C’est ce que nous comprenons du mot tahquémoni[87]. Dieu dit à David : « Puisque tu ne sièges pas sur un trône, mais au contraire, tu te tiens sans adossement, dans une position gênée, tu seras comme moi[88].

Les rabbins ont appris de là que lorsque l’on est assis sans être adossé, on est moins bien que si l’on était debout.

Que veut dire « le chef des trois capitaines ? » que David sera, comme lui dit Dieu, le premier dans ma triple Loi[89].

Ou bien Dieu lui dit également : tu seras en compagnie des trois justes, Abraham, Isaac et Jacob dont il est dit « Et la corde qui est triple ne se rompt pas facilement » (Ecclésiaste, IV, 12).

« Le premier des trois capitaines » cela peut s’expliquer encore que Dieu lui aurait dit : tu seras le premier avant les trois patriarches ; ou bien « le premier des trois capitaines », que tu seras le chef de tout le peuple Israélite qui monte à Jérusalem, trois fois par an, aux grandes fêles.

À quoi peut-on comparer la vie studieuse de David, que le salut soit sur lui ? au travail d’un tanneur à qui on aurait confié une peau brute et qui l’aurait rendue bien apprêtée, après l’avoir dégrossie et bien tannée, comme il le faut. C’est ce que l’on comprend de ces mots « Et Adino l’Esnien »[90].

Autre explication « Et Adino l’Esnien », Dieu lui aurait dit : Quand tu siégeras dans l’école des savants tu écouteras humblement leurs avis, tel que le vermisseau qui se courbe si bien, et quand tu sortiras au combat tu seras fort et raide comme un arbre. Quelle récompense te donnerai-je ? « parce qu’il vainquit huit cents ennemis et les tua en une seule fois » (ibid.).

Mais ce nombre est inférieur de mille, de deux cents[91] ; aussi David demanda-t-il à Dieu : pourquoi ne pourrai-je vaincre mille hommes à la fois ? L’Éternel lui répondit : « Mon fils, n’ai-je pas écrit dans ma Loi que cinq hommes d’entre vous pourront poursuivre cent ennemis ? (Lévitique, XXVI, 8) ». Même sans que vous ayez le mérite d’avoir pratiqué toute ma Torah mais que seulement vous ayez étudié les premiers éléments de la morale et les premières lignes de ma Loi, vous auriez ce pouvoir. Mais si vous accomplissez les commandements de la Torah, un seul homme d’entre vous pourra poursuivre mille adversaires comme la Loi le dit bien : « comment un seul homme en poursuivrait mille » (Deutéronome, XXXII, 30).

Mais toi tu as bien accompli ma volonté, mais pas toute, comme il est dit : « Excepté pour le fait d’Ouria le Hétien » (Rois, I, 16) et c’est pour cela que tu ne tueras que huit cents ennemis en une seule fois.

À ce sujet, nos sages ont enseigné que lorsque l’on voit un jour, un disciple transgresser quelque commandement religieux, on ne doit pas la nuit, le blâmer aussitôt, car il peut se faire qu’il se répente de sa mauvaise action[92] pendant ce temps.

On voit donc de là que toute personne qui raille la conduite des sages est considérée comme blâmant la Divinité elle-même[93].

Ce verset prouve ce que nous venons de dire : « La jalousie réveille les querelles, tandis que l’amitié couvre tous les crimes » (Proverbes, X). Or le mot amitié, ici, est une allusion à la Thora, comme on le déduit de cette phrase : « J’aime mieux l’enseignement de ta bouche, que mille pièces d’or et d’argent » (Psaumes, CXIX), et de celle-ci également : « Oh ! comme j’aime ta Thora ; j’en parle toute la journée ! » (ibid.)[94].

Comment sera la splendeur des sages et des justes à l’époque messianique et dans la vie future ?

Ils auront la face resplendissante comme l’éclat du soleil dans toute sa vigueur ; mais à des degrés différents, car il y en aura dont la splendeur ne sera que comme celle du soleil à son lever : d’autres, comme celle du soleil à la deuxième heure de son apparition[95], d’autres, comme celle du soleil à la troisième heure, d’autres à la quatrième, à la cinquième, à la sixième, etc.

Certains méritants auront l’éclat comparable à celui du soleil qui luit du matin ou soir ; d’autres, la splendeur de la lune, à la néoménie ; d’autres, son éclat, quand elle est au cinquième jour, ou quand elle est au dixième jour, ou au quinzième jour de sa lunaison. D’autres resplendiront comme les grandes étoiles, d’autres comme les petites ; certains auront l’éclat du ciel quand il est dans toute sa pureté, etc.

D’un autre côté on verra des gens à la face assombrie et noire comme les côtés d’une marmite[96].

En un mot, toute personne qui se sera tournée vers la Thora, sera récompensée par le plaisir de contempler la splendeur de la Divinité.

Celui qui se sera souillé, sali, par les péchés ne pourra guère siéger devant le Roi. Nous parlons, bien entendu, de celui qui n’aurait pas fait pénitence, mais s’il l’a faite avant de mourir, il est rangé, au contraire parmi les élus, comme un véritable juste.

Il y a trois rois, disent nos sages, qui n’auront pas de part à la vie future : Yarobâme, Ahaze et Ménaché[97]. Il est donc clair que toute personne qui s’adonne à l’idolâtrie, soit dans sa jeunesse, soit dans sa vieillesse, et ne fait pas pénitence avant de mourir, ne jouira pas de la vie future, serait elle-même apte à remplir les fonctions de grand pontife.

Le prophète l’a dit : « Lesquels jurent par le péché de Samarie et disent : Vive ton dieu ! Dane. Vive la route de Bêêre-Chabâ ! Ils tomberont et ne se relèveront plus » (Amos, VIII, 14), car toutes les pieuses actions que l’homme accomplit ici-bas n’ont pas un grand pouvoir resplendissant, tandis que l’accomplissement de la Thora[98] est une lumière puissante qui éclaire le monde entier comme l’a dit le roi David : « La bonne action est une lampe et la Thora est une splendeur ». (Proverbes VI, 23)

Toute personne qui s’attache aux sages et à leurs disciples, est considérée par Dieu comme si elle accomplissait la volonté de Dieu lui-même, et toute personne qui sait reprendre autrui et montre la bonne voie à ses frères, cause le plus vif plaisir à Dieu. C’est ce que nous trouvons écrit : « L’Éternel comblera de faveurs ceux qui reprennent les autres, et leur enverra son heureuse bénédiction » (Proverbes XXXIV, 25).

Nous remarquons qu’il est dit « et sur eux viendra l’heureuse bénédiction », sur eux seuls, sur ceux qui reprennent leur prochain et sur ce dernier qui obéit[99]. Ceci le prouve encore : « Lorsque les nuages sont pleins, ils déversent sur la terre la pluie, et si un arbre, tombe vers le midi ou vers le septentrion, en quelque lieu qu’il soit tombé, il y restera ». (Ecclésiaste XI, 3)[100]. Toute personne qui accueille avec plaisir le châtiment que Dieu lui inflige et en reconnaît la justesse, verra ses jours se prolonger dans ce monde et dans le monde éternel, en vertu de cette parole. « Et le chemin de la vie[101] se trouve dans les châtiments de l’éducation » (Proverbes, VI, 23).

Chapitre 4

Pour quelle raison Moïse mérita d’avoir eu sa figure resplendissante durant sa vie, ce que le Saint, béni soit-il, n’a réservé aux justes que dans l’autre monde ? C’est parce qu’il avait à souci tout ce qui se rapportait à la gloire de Dieu, béni soit-il, et à celle d’Israël. Toute sa vie, il ne s’occupait et ne méditait que de rapprocher les fils d’Israël de leur Père qui habite les cieux. En voici une preuve. Lorsque les Israélites avaient été dans le désert et qu’ils avaient péché envers Dieu, le Créateur dit à Moïse : « Et maintenant, laisse-moi : ma colère va s’embraser contre eux et je les anéantirai : quant à toi, je te ferai devenir une grande nation » (Exode, XXXII, 10). Moïse comprit aussitôt que c’était une bonne occasion de faire revenir Dieu sur sa décision[102].

Aussi voyons-nous après : « Moïse supplia alors l’Éternel son Dieu et lui dit : Pourquoi Dieu, ta colère s’enflammerait-elle contre ton peuple que tu as fait sortir du pays d’Égypte par une grande puissance et avec une main forte ? Pourquoi les Égyptiens diraient-ils, etc. Souviens-toi d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. » (ibid.) Dieu exauça rapidement sa prière : « Alors l’Éternel se repentit du mal qu’il avait dit de faire à son peuple » (ibid.). Moïse avait dit à Dieu :

Maître de l’univers, tu es juste et bon[103] mais je sais que ce sont les lois de ta justice qui poursuivent les êtres de l’univers et tout ce que tes mains y ont créé.

Permets-moi d’aller rejoindre mes frères : je les punirai tous en les tuant le même jour, s’ils ont tous adoré le veau d’or ».

Moïse descendit aussitôt de devant Dieu et : « Il prit le veau qu’ils avaient fait, le fit fondre, le réduisit en poudre fine ; il jeta cette poudre sur la surface des eaux qu’il fit boire aux enfants d’Israël… Moïse se tint à la porte du camp et dit : Que celui qui est pour l’Éternel vienne à moi ! Il leur dit : Ainsi m’a parlé l’Éternel, le Dieu d’Israël que chacun tue son frère, son ami, son voisin, etc. En ce jour-là, il y eut environ trois mille hommes du peuple qui périrent ».

Je prends à témoins les cieux et la terre que Dieu n’avait pas dit à Moïse de se tenir à la porte du camp et de dire « Qui est pour Dieu ? », ni de commander de s’armer, chacun de son épée, et de tuer son frère, son ami, son voisin, et cependant Moïse parla au nom de Dieu, « ainsi m’a dit Dieu ». Mais c’est qu’il avait fait cette induction, que s’il leur ordonnait en son nom de tuer chacun son frère, son ami, son voisin, les Israélites lui diraient avec raison[104] : Comment ! ne nous as-tu pas enseigné, Maître, qu’un tribunal qui prononce une condamnation à mort une seule fois seulement par sept ans, mérite l’épithète de cruel, et tu voudrais mettre à mort trois mille hommes en un seul jour ?

C’est pourquoi Moïse avait commandé cela au nom de l’Éternel et leur avait dit : « Ainsi a dit l’Éternel le Dieu d’Israël, que chacun prenne, son épée, etc. ».

Que voyons-nous après ce fait ? Après que Moïse eut fait ce commandement au nom de Dieu, les lévites l’exécutèrent.

Mais Moïse, le juste, se mit à prier Dieu de nouveau, et lui dit : « Maître de l’Univers tu es juste et bon et toutes tes œuvres sont faites avec la plus grande droiture. Mais pour trois mille individus qui ont adoré le veau, quoiqu’avec ferveur, ferais-tu périr six cent mille hommes, âgés tous de vingt ans et au-dessus[105], sons compter ceux de dix-neuf ans, de quinze ans, de dix ans, de deux ans, d’un an, et une multitude d’étrangers et d’esclaves qui se sont ajoutés à eux et qui sont innombrables ?

À ces mots, Dieu fut touché de compassion envers son peuple, et lui lit grâce.

On a comparé cette belle conduite de Moïse à ceci : Un roi, par exemple, aurait eu son fils aîné rebelle[106] à ses ordres. Il l’aurait livré au chef de sa maison pour le tuer et jeter son cadavre aux bêtes sauvages et aux chiens. Le chef n’aurait pas exécuté l’ordre de son maître. Il aurait caché ce fils dans quelque endroit éloigné du palais. Après un mois, un jour que le roi aurait été de bonne humeur, et qu’il était en pleines réjouissances, entouré de ses valets et de toute sa famille, il se serait attristé bien douloureusement de l’absence de son fils aîné, tué sur son ordre. Or, personne ne pouvait connaître mieux que le chef de la maison le motif de cette tristesse. C’est pourquoi celui-ci serait aussitôt parti pour faire reparaître le fils, et l’aurait fait revenir devant son père. En récompense de cette belle action le roi aurait donné à ce serviteur la plus belle couronne qu’il aurait eue sous la main, et la lui aurait placée sur la tête.

Ainsi se dévoua le sage Moïse, par ses prières. À quatre ou cinq reprises, il sauva de leur perte les Israélites ; aussi reçut-il la plus belle couronne[107], celle que les Israélites avaient méritée pour eux et pour tous leurs descendants, quand ils avaient accepté avec empressement la Thora en répondant : « Tout ce que Dieu nous a dit, nous te ferons et nous l’écouterons » (Exode, XXIV, 7)[108].

Cette couronne sera l’ornement perpétuel de la tête de Moïse, comme il est dit « Et les enfants d’Israël voyaient le visage de Moïse rayonnant. » (ibid. XXXIV, 35). Que l’on ne croie pas que Moïse, par sa mort, ait perdu l’éclat de son visage, qui était sa couronne. N’est-il pas écrit : « Et il ne se leva plus en Israël, de prophète comme Moïse, qui ait connu Dieu face à face » ? (Deutéronome. XXXIV, 10). On en déduit que de même que Dieu est éternel, Moïse, après sa mort conserva le rayonnement de son visage, puisqu’il avait vu Dieu, et ce verset l’atteste « Et Moïse était âgé de cent vingt ans ; sa vue ne s’était pas obscurcie et la fraîcheur de son teint s’était conservée. » (ibid.)[109].

Cette récompense de la vie future n’est pas particulière à Moïse seul, car tout, sage qui étudie la Thora depuis sa jeunesse jusqu’à ses derniers jours, ne meurt pas en réalité. Il survit éternellement, suivant ces paroles : « Et l’âme de mon seigneur sera conservée dans le faisceau de la vie, par l’Éternel ton Dieu. » (Samuel, I. 25)[110]. Ce verset compare le sage à Dieu, c’est-à-dire qu’ainsi que Dieu, béni soit son grand nom, est éternel, de même le sage qui aura constamment étudié la Thora, vivra éternellement par la volonté de Dieu. Sa mort ne sera donc que fictive, puisqu’il demeurera vivant éternellement. Où est la place réservée aux âmes des justes ? Sous le glorieux trône de l’Éternel.

C’est pour ce motif que l’on ne doit jamais exagérer les pleurs et les sanglots pour la mort de quelqu’un, mais faire suivant les règlements fixés par les rabbins. Les trois premiers jours qui suivent le décès sont consacrés aux pleurs, aux chagrins. La première semaine[111] au deuil. Le premier mois à l’interdiction de tailler sa barbe, ses cheveux, de porter des effets repassés, et de faire plusieurs autres choses.

Celui qui, passé ce terme, pleurerait encore un mort, ferait tort à lui-même et mettrait sa vie en péril puisqu’il est dit « Ne pleurez point celui qui est mort et ne vous lamentez pas sur lui » (Jérémie, XXII, 101)[112]. Dieu nous dit, en effet, que l’on ne peut pas être plus compatissant que lui envers le mort. Ainsi dans la vie commune, quand quelqu’un s’est querellé avec son prochain, il va le trouver pour obtenir son raccommodement avec lui et ce dernier n’accède d’ordinaire qu’après avoir été sollicité par de nombreuses personnes venues le supplier. Malgré cela, il garde toujours dans son cœur quelque haine.

Quant à moi, dit Dieu, je n’agis point ici. Lorsqu’une personne pêche devant moi, je lui fais rémission de sa faute, si elle en ressent quelque remords, et j’accepte la pénitence qu’elle fait. Je ne veux plus me ressouvenir même d’une partie de ses mauvaises actions. C’est pour cela qu’il est dit avec raison « Ne pleurez point le mort. »[113].

« Mais pleurez abondamment celui qui va en exil, » (ibid), c’est-à-dire celui qui transgresse quelque commandement divin, à plusieurs reprises, qui ne retourne point à Dieu et ne veut pas faire pénitence. Voilà celui que l’on doit pleurer car il sera retranché du monde, comme il est dit « car il ne retournera plus pour revoir sa patrie. » (ibid.)[114].

Mais Moïse ne fut pas seulement récompensé par la splendeur de son visage. Pour avoir dans quatre ou cinq occasions, sauvé Israël de son extermination, il a le mérite d’être considéré par l’Écriture sainte, comme s’il avait été lui-même le créateur de ce peuple. Ces paroles le prouvent « Il se souvint (Dieu) des jours passés, de Moïse, de son peuple… » (Ésaïe, LXIII. 11)[115].

Il en est de même pour tout sage, en particulier, d’Israël[116]. S’il étudie sincèrement la Thora, s’il s’afflige à la vue de la profanation de la gloire de Dieu et de l’honneur d’Israël, s’il désire, souhaite, espère le rétablissement de la gloire de Jérusalem, la reconstruction du temple, la délivrance (que nous souhaitons de voir bientôt) le rassemblement de nos frères dispersés, il sera facilement inspiré de l’esprit saint, comme on le voit d’ici « Où se trouve celui qui mettait en eux son esprit Saint ». (ibid).

On a dit encore que, tout sage, qui s’occupe continuellement de la Thora, dans le but unique de rendre honneur à l’Éternel[117] pourra se dispenser de toute arme, telle que l’épée, le javelot, etc., et de tout gardien qui veille sur lui, car c’est Dieu lui-même le protégera, en envoyant autour de sa personne, des anges faisant partie du service immédiat de la Divinité, et qui seront chargés de le défendre, l’épée en main, comme l’atteste ce verset. « Leur bouche loue l’Éternel, et ils ont à ta main une épée à deux tranchants » (Psaumes, CXLIX)[118].

Comment sera la vie heureuse, sainte, que l’on a annoncée pour l’époque du règne du fils de David et pour la vie future ?

Pour la vie heureuse. Dieu siégera dans son école et les justes de la terre seront devant lui. Il pourvoira à tous leurs besoins et à ceux de leurs femmes, de leurs fils, de leurs filles, de leurs esclaves et de leurs servantes. L’esprit de Dieu sera en eux selon ce verset : « Et après cela je répandrai mon esprit sur toute personne et vos fils et vos filles prophétiseront… Vos vieillards auront des songes et vos jeunes gens des visions. Et même sur les serviteurs et sur les servantes, en ces temps-là, je répandrai mon esprit. (Joël, III, 1, 2). Quant aux femmes nous voyons encore : « Vous, femmes paisibles, levez-vous, écoutez ma voix ; filles qui espérez, entendez mes paroles… » (Ésaïe, XXXII, 9).

Quant à la vie sainte, débarrassée de la tentation du mal, il est écrit : « Je vous donnerai un nouveau cœur, ainsi qu’un esprit nouveau. Je quitterai de votre corps le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. » (Ézéchiel, XXXVI, 26).

Voici le sens de ces mots : « Je vous donnerai un cœur nouveau, ainsi qu’un esprit nouveau » ce sont les œuvres pies que l’on accomplira. « Je quitterai de votre corps le cœur de pierre » c’est la tentation du mal, « et je vous donnerai un cœur de chair », ce sont les bons sentiments qui poussent à l’accomplissement de toute la Thora, dont les commandements ont été répétés deux fois[119]. Ainsi le décalogue a été donné sur le mont Sinaï et a été répété dans le livre des réprimandes, comme il y est dit : « C’est moi qui suis l’Éternel ton Dieu ». (Deutéronome, V, 6).

De même, les lois réglant les dédommagements des préjudices ont été données avant la révélation sinaïque et ont été redites dans le livre susdit. Cette loi « Si tu achètes un esclave hébreu… » (Exode, XXI, 2) a été donnée avant le jour du Sinaï et on la retrouve dans le livre des réprimandes « Quand ton frère hébreu te sera vendu… » (Deutéronome XV, 12). Il en est de même pour plusieurs autres commandements. Ainsi celui de ne pas se vêtir d’étoffes composées à la fois de laine et de lin, se trouve dans ceux qui ont été donnés sur le mont Sinaï et est répété dans le cinquième livre. « Tu ne feras pas cuire un chevreau dans le lait de sa mère » (Exode, XXIII, 19, XXXIV, 26) est redonné dans le Deutéronome (XIV, 21)[120], et plusieurs autres ainsi. Les marques indicatives des quadrupèdes et des oiseaux qu’il est permis de manger ont été annoncées sur le mont Sinaï (Lévitique, XI) et se retrouvent encore dans le dernier livre du Pentateuque (XIV). Les sacrifices qui regardent le particulier ou la communauté des Israélites ont été commandés avant la construction du pavillon d’assignation dans le mont Horêbe, et de même les sacrifices de la communauté ont tous été indiqués avant la mort d’Aaron.

J’ai conclu, dit Dieu, une alliance avec vous quand vous sortîtes d’Égypte ; j’en ai conclu une autre avec vous dans le livre des réprimandes. On voit donc que les commandements de la Thora sont répétés. Mais vous vous en souciez bien peu : vous leur appliquez un mauvais mortier, en les raillant, comme s’ils ne contenaient rien d’important, et suivant l’expression du prophète « Parle à ceux qui l’enduisent d’un mauvais mortier » (Ézéchiel, XIII, 11). Ce que vous faites est assurément sale comme des matières vomies, ainsi qu’il est dit « Car toutes leurs tables sont remplies de vomissement et d’ordures et il ne reste plus de place » (Ésaïe, XXVIII, 8).

« Je vous ai fait mes recommandations en vous faisant sortir de l’Égypte ; je les ai répétées dans le livre des réprimandes. Je vous ai attendus quatre cent quatre-vingts ans, jusqu’à la construction du temple[121]. J’ai encore patienté quatre cent dix ans, durant l’existence de ce temple[122] comme il est « dit : « Recommandation sur recommandation, espérance sur espérance. » (ibid.) et je n’ai ressenti de votre conduite aucun plaisir. Quelle récompense ai-je à vous donner ? »

On peut faire une comparaison à ce sujet : Supposez un roi qui se fut fâché contre un de ses esclaves, et qui l’eût fait charger de chaînes de fer. Que cet esclave, fût l’objet de maintes souffrances, qu’on lui jetât ces chaînes tantôt sur son dos, tantôt sur sa poitrine, comme le décrit ce verset : « La parole de Dieu leur sera commandement sur commandement, commandement sur commandement, espoir sur espoir, espoir sur espoir, etc… » (ibid.)[123]

« Combien de fois n’avez-vous pas commis devant moi de méchantes actions, des faits répréhensibles, et cependant chaque jour ma miséricorde devance votre punition, suivant la parole de David : « Toi qui délivres l’affligé des mains de son oppresseur, l’affligé et le pauvre de celui qui le vole. » (Psaumes XXXV, 10) « Car Dieu écoute les malheureux, etc… » (ibid.) « Dieu s’est tourné vers la prière de l’homme désolé. » (ibid. CII, 18) (On entend par ce « dernier l’homme d’un mérite moyen).

L’Éternel punira de deux côtés différents, et chaque fois la punition sera au septuple.

La première fois ce sera les idolâtres et leurs chefs qu’il châtiera comme il est dit : « Et il arrivera, en ce jour-là que l’Éternel punira dans le lieu élevé, l’armée élevée, ainsi que les rois de la terre, sur la terre » (Ésaïe, XXIV, 21). Ce sont ces peuples qui avaient cherché à vous détruire de la surface du globe. La deuxième fois ce sera Satan qui recevra sa punition au septuple, parce qu’il vous aura séduits en vous empêchant de répandre la Thora dans le monde, comme le montre ce verset : « Et il me montra Yéochoua le grand pontife, etc., et Satan était debout à sa droite pour lui nuire. Et Dieu, dit à Satan : que Dieu te réprime, ô Satan, etc. Et Yéochoua était vêtu d’habits sales, et se tenait, debout, devant cet ange. » (Zécharie, III, 1, 2, 3). Quelle sera la récompense qu’il aura méritée ?[124] De même qu’il aura été cause de la dévastation et de la ruine de mon pays bien-aimé, en empêchant l’accomplissement des commandements que j’y ai ordonnés, de même je l’éloignerai de vous et le pousserai dans un pays sec et dévasté, comme il est dit : « J’éloignerai de vous celui qui se trouve caché. » (Joël, II, 20)[125], c’est-à-dire que je vous délivrerai de tous les malheurs que j’avais cachés pour vous, en les éloignant.

« Et je le pousserai dans un pays sec et désolé, ce qui sera devant, vers la mer orientale. » (ibid.) Ceci se rapporte au premier temple qu’il envia et dont il finit par amener la destruction.[126]

Il causa la mort des docteurs qui vivaient à cette époque : « Et ce qui sera derrière, vers la mer occidentale »[127] (ibid.) est une allusion au second temple qui excita pareillement sa jalousie, fut détruit, et vit aussi ses docteurs tomber sous l’épée. « Sa puanteur montera ; ainsi que son infection, car il s’est rendu coupable de grands crimes » (ibid.). Parce qu’en effet, Satan ne s’attaqua qu’à Israël seul, de tous les peuples de la terre, et s’efforce encore de le détourner de la pratique de la Thora.

Chapitre 5

Comment seront la gloire et la force que l’Éternel donnera aux justes dans le monde futur, et dans l’autre vie ? Dieu siégera dans son collège, ayant devant lui les justes de la terre. Chacun de ceux-ci aura le visage resplendissant, de lumière, en proportion de la Thora qu’il aura accomplie. Les anges, qui sont du service direct de Dieu[128], entoureront les Israélites, en pleurant et en se disant en eux-mêmes : qu’ils sont heureux, les Israélites, qui sont débarrassés maintenant des peines, de l’oppression, de la tyrannie qui pesaient sur eux ! De quel bonheur et de quelle grandeur ne jouissent-ils pas en ce moment ! Ce verset en témoigne : « Les rois des armées se sont enfuis » (Psaumes, LXVIII, 13). Lisez au lieu de : se sont enfuis, se sont parlés[129], car lorsque Moïse était monté au ciel pour en descendre la Thora, ils l’avaient interpellé, car il était le père de la sagesse, le père des prophètes.

C’est ce que dit le verset « les rois des armées se sont enfuis, etc. ».

Mais quel rapport existe-t-il entre ces mois et les versets précédents ?[130] C’est que les anges seront étonnés de voir toute la félicité et la gloire qu’auront méritées les Israélites par l’accomplissement de la Thora.

Les nations idolâtres avaient méprisé Israël dans ce monde en disant : « Nous avons de l’argent et de l’or, les Israélites ont de l’argent et de l’or. Nous avons des campagnes, des vignobles, les Israélites en ont autant. » Quelle récompense donc leur donnera la Thora pour laquelle ils endurèrent de pareilles douleurs ? À l’époque voulue, lorsque régnera le fils de David, et que l’ange de la mort[131] aura disparu de ce monde, du milieu d’Israël, toutes les nations s’écrieront : « Heureux le peuple qui est ainsi, heureux le peuple dont l’Éternel est le Dieu ! » (Psaumes, CXLIV, 15) c’est-à-dire heureux le peuple qui a un si beau partage !

« Il retranchera à jamais la mort. » (Ésaïe, XXVIII). Ceci arrivera à l’époque du fils de David. Les idolâtres, au dehors[132], pousseront de grands cris, dans le repentir de ce qu’ils n’auront pas accompli les commandements de la Thora, et les anges du service direct de Dieu, crieront, à l’intérieur, de se voir dépourvus du bonheur dont jouiront les Israélites[133]. C’est ce qu’exprime ce verset : « Voici, les anges gémissent dehors ; les anges de la paix pleurent amèrement, » (Ésaïe, XXXIII, 7).

Nous trouvons : « (Dieu) retire de la poussière le malheureux, etc. Elle devient, mère de plusieurs enfants. » (Psaumes, CXIII, 8). « Pour le faire siéger avec les grands, avec les principaux de son peuple » (ibid.). Comment Dieu fera-t-il dans le monde à venir ? Ceux qui auront encouru la peine de mort pendant quatre générations, par suite de leurs péchés, comme la Loi le dit : « Dieu punit le péché des pères sur les fils[134] jusqu’à la troisième et la quatrième génération. » (Exode XX), s’ils auront fait pénitence, et se seront mis à étudier la Thora, la loi écrite et la loi orale, et qu’ils soient morts dans leur contrition, Dieu ne pouvant se consoler de leur malheur, les relèvera de la poussière, les prendra dans son sein[135], les embrassera, et leur permettra de jouir du bonheur céleste, avec les autres saints. Telle est l’interprétation du verset : « Dieu relève de la poussière le pauvre[136] pour le faire asseoir parmi les grands, même parmi les grands de son peuple. ». « Il donne de la famille à la femme stérile qui deviendra la mère de nombreux enfants et joyeuse. » (ibid.). Il y a ici une allusion à la création du monde, car Dieu en effet, le créa du milieu du temple, comme on peut le déduire de cette phrase : « Dieu a fondé la terre avec science, a affermi les cieux avec intelligence. Par sa sagesse les gouffres se sont ouverts. »[137].

On pourrait interpréter : « Dieu donne de la famille à la femme stérile » en disant que l’on parle ici du monde présent que Dieu a créé, et dans lequel il créa ensuite l’homme qui le remplit d’une extrémité à l’autre, selon le prophète : « Moi, j’ai fait ta terre, et j’ai créé l’homme sur elle. » (Ésaïe. XLV, 12). «

« Mère de plusieurs enfants et joyeuse. » (Psaumes, ibid). Béni soit l’Éternel, Béni soit-il ! Car son plaisir en Israël est considérable et perpétuel. C’est que, quand les Israélites font pénitence, dans ce monde, et pratiquent avec plaisir la Thora, cette dernière se réjouira en eux, de son côté, dans le monde futur. Voilà donc une explication de ces mots : « Mère de plusieurs enfants et joyeuse »[138].

« Dieu retire le pauvre de la poussière, etc., pour le faire siéger avec les grands ». Comment cela ? À l’époque du Messie, l’homme qui aura commis de nombreux péchés et se sera donc attiré la condamnation à mort pour la durée de quatre générations, suivant le verset : « Dieu punit les péchés des pères… », si cet homme après son inconduite, aura fait pénitence, aura étudié le Pentateuque, les Prophètes, les Hagiographes, la Michena, les Commentaires, les Règles du droit mosaïque, les Récits historiques et allégoriques, et aura eu commerce avec les sages pour s’instruire, cet homme sera absous par Dieu. Aurait-il encouru une centaine de condamnations, que Dieu les lui effarerait pour le ranger au nombre des saints. Nous déduisons cela de ce verset : « Même qu’ils aient offert aux nations, des présents, je les assemblerai maintenant ». (Osée, VIII, 10).

Il faut lire dans ce verset : même qu’ils aient étudié, et non : même qu’ils aient offert des présents[139].

La résurrection des morts qui a été opérée sur quelques personnes dans ce monde a été faite dans le but de sanctifier le saint, nom de Dieu[140]. Il en sera de même lorsque Dieu fera revivre les morts à l’époque du fils de David ; c’est pour récompenser ceux qui l’auront aimé et qui l’auront craint.

Dans la vie future, si Dieu fait revivre les morts, c’est pour leur demander compte de leurs actions, comme il est dit : « Ceux que tu as fait mourir vivront ; mon peuple, se relèvera. Réveillez-vous et chantez, habitants de la poussière, car ta rosée ressemble à la rosée qui tombe sur les herbes et la terre jettera de son sein les trépassés. » (Ésaïe, XXVI, 19). Ceux que tu as fait mourir vivront, ce sont les morts de la Terre sainte ; mon peuple, se relèvera, ce sont les Israélites morts loin de leur patrie ; réveillez-vous et chantez, habitants de la terre, ce sont ceux qui meurent pour la défense de la religion. Aussi David demanda-t-il à avoir une pareille fin, comme il s’est exprimé : « Que je sois du nombre de ceux qui meurent par ta main, Éternel ; leur partage sera la vie future. » (Psaumes, XVII, 11), « Réveillez-vous et chantez, habitants de la terre ». Les rabbins ont déduit de ces paroles que celui qui aura été dans sa vie humble comme la terre, se relèvera à la résurrection et celui qui se sera rendu fier, ne se relèvera pas.[141]

Dans ce verset nous lisons : habitants de la terre, et non ceux qui ont habité la terre, car nous devons comprendre qu’il s’agit de ceux qui s’assoient, à terre pour étudier la Thora[142]. Dieu répandra sur eux la rosée qu’il envoie sur les herbes, c’est-à-dire la grâce de la Thora[143], les prendra sur ses genoux, les embrassera, et les serrera dans ses bras[144].

Il leur donnera en partage la vie future suivant le verset : « Car ta rosée est comme la rosée tombant sur les herbes. » Que faut-il comprendre par ces mots : « car la terre rejettera les trépassés » ?

Ces derniers sont les idolâtres qui s’enorgueillissaient devant les Israélites, de leur vaillance, de leur supériorité à la guerre, et se vantaient de réduire quiconque voulait, se mesurer avec eux.

Le Saint, béni soit-il, se vengera durement de ces hommes. Il les fera tomber devant les fils d’Israël comme le verset le dit : la terre fera tomber les géants[145].

Pourquoi le prophète Élie, eut-il le mérite de faire revivre le mort[146] ? C’est, parce qu’il accomplissait durant sa vie, la volonté de Dieu. Quand la gloire de Dieu ou celle des Israélites était profanée, il soupirait amèrement, et croyait voir la fin de ses frères. Dans chaque génération, il faisait preuve de la plus grande affection pour les hommes justes, car il les embrassait, les serrait dans ses bras. En même temps, il bénissait, louait exaltait, élevait, sanctifiait le nom du Saint, béni soit-il.

Telle était en effet la bonne habitude d’Élie. Quand Dieu lui dit : « Que fais-tu ici, Éliyaou ? », il répondit : « Je suis plein de zèle pour défendre la gloire de Dieu[147] ». Dieu lui dit : va, retourne dans le chemin du désert, à Damas… Tu oindras Yéou fils de Nimechi, pour roi d’Israël, et Elichâ, fils de Chafate, de Abel-Méchoulaa, pour prophète, à ta place. » « Il partit de là et trouva Elichâ, fils de Chafate, qui labourait, ayant douze couples de beaufs devant lui, et lui était avec la douzième. Élie passa près d’Elichâ et jeta sur lui son manteau. » (Rois, I, 19,)

Aussitôt Elichâ laissa tout ce qu’il avait, et suivit Élie, comme l’indique l’Écriture : « Il abandonna les bœufs et courut après Élie et lui dit : Je te prie, que j’aille au moins embrasser mon père et ma mère, et alors je te suivrai ». (ibid.) Elichâ fit immédiatement abandon de tous ses biens et sema tout son champ de sel. Il s’en retourna donc avec Élie, prit un couple de bœufs et les sacrifia… Il se leva et partit avec lui pour le servir ».

Le texte ne dit pas : et il étudia son enseignement, mais il le servit. Aussi a-t-on déduit de lit cette considération, que celui qui se met au service des rabbins a plus de mérite que celui qui ne fait qu’étudier[148].

Quand un homme veut se séparer d’un autre, il doit auparavant s’entretenir avec lui de quelque loi religieuse, afin qu’il se souvienne de lui quand il mentionnera ses paroles qu’il aura entendues[149].

C’est ce que l’on comprend de ce verset : « Et tandis qu’ils poursuivaient leur marche, en parlant » (Rois, II, 2, 11). Ici « en parlant » désigne la Thora, comme on le voit de ce verset : « Et mes paroles ne sont-elles pas comme le feu, dit l’Éternel ? » (Jérémie, XXIII, 29). Quand un ange fut envoyé à ces deux prophètes, pour enlever Élie de la terre, il ne put pas leur imposer sa volonté, car il les trouva occupés à l’étude de la Thora[150]. Il retourna donc vers Dieu et lui dit : Maître de l’Univers, je ne puis rien faire contre eux, car ils s’occupent de ta Loi.

« Et voici un chariot de jeu, et des chevaux de feu qui les séparèrent l’un de l’autre. Et Élie monta aux deux dans un tourbillon. » (ibid.)

Par chariot de feu, il faut entendre la Thora[151] (la Bible) ; les chevaux de feu désignent la Michena, les lois mosaïques, l’histoire, (la loi orale).

De ce membre de phrase : ils les séparèrent l’un de l’autre, on comprend que l’ange retourna encore vers Dieu et lui dit : Maître de l’Univers ; j’ai accompli ta volonté. J’ai pu les séparer violemment et les pousser chacun d’un côté. Voilà ce que veut dire : ils les séparèrent l’un de l’autre. C’est de là que l’on a enseigné que deux personnes[152] qui voyagent ensemble et s’entretiennent de la Thora sont préservées de tout mal. Quelle est la raison pour laquelle Ézéchiel eut le mérite de voir se produire la résurrection de quelques morts par ses soins ?

C’est parce qu’il partageait à tous moments la douleur de ses frères, et leurs peines.

« Et toi, fils de l’homme, ne jugeras-tu pas, ne jugeras-tu pas la ville sanguinaire ? » (Ézéchiel, XXII, 2.) Cette répétition, ici a son explication, car elle nous apprend que Dieu aurait dit à Ézéchiel : Fils de l’homme, il appartient aussi bien à moi qu’à toi, de réprimander Israël.

Voici encore ce que nous indique cette répétition : Dieu lui aurait dit : Si tu les réprimandes, c’est bien ; sinon je les réprimanderai et les corrigerai par le châtiment. Tes paroles, à leurs yeux, sont considérées comme des chansons que l’on chante, tantôt pour égayer ceux qui les écoutent, tantôt pour s’égayer soi-même. C’est ce que Dieu lui dit : « Et voici tu leur es comme une chanson agréable, de belle voix et qui chante très bien. Ils entendent tes paroles mais ils ne les exécutent point » (ibid. XXXIII, 32).

Voici la preuve de leur inconduite : quand Nébocadnessare s’était emparé de Jérusalem et qu’il avait emmené en captivité les Israélites, à Babylone, il les avait placés à la tête de toutes les corporations. Mais peu après, ils péchèrent envers Dieu[153]. Ce roi les fit alors aussitôt sortir dans la plaine et en extermina une grande partie. En mourant ils poussaient ces exclamations : « Malheur à nous ! Nos os sont devenus secs ; notre espoir est perdu ! C’est fini pour nous ! » (ibid. XXXVII, 11). Nos sages tirent de ces paroles cet enseignement : c’est que chacun peut pressentir s’il aura part à la vie future, car lorsqu’on a commis de grands péchés, on s’est presque condamné à disparaître du monde[154].

C’est pour cela que Dieu appela Ézéchiel et le fit approcher de ces squelettes, comme il est dit : « La main de l’Éternel fut sur moi, et l’Éternel me fit sortir en esprit et me posa au milieu d’une plaine et voici elle était pleine d’os, il me fit passer près d’eux, tout autour : et voici, ils étaient, en très grand nombre, sur la surface de cette plaine, et étaient bien secs » (ib.).

De ces mots : et, me posa, nous apprenons[155] que ce prophète mourut hors de la Terre Sainte, après cela, car ces mots font allusion à la mort, comme il est dit : « qu’il vienne en paix ; qu’ils se reposent dans leurs lits » (Ésaïe, LVII, 2).

« Et elle était pleine d’os » c’est-à-dire pleine de l’arbre de la mort[156], de cet arbre dont Dieu avait défendu les fruits à Adam et dont celui-ci avait mangé. Cette transgression attira la peine de mort sur ce dernier, et non seulement sur lui, mais sur ses enfants, et sur tous ses descendants jusqu’à la dernière génération. C’est pour cela que le prophète a dit « pleine d’os ». « Il me fit passer tout autour d’eux. » Nous trouvons ailleurs : « J’entrai donc et je regardai et voici il y avait toutes sortes de figures de reptiles, de bêtes et de choses abominables et tous les dieux infâmes de la maison d’Israël étaient peints sur le mur, tout autour » (Ézéchiel VIII, 10).

Par la présence des deux mêmes mots qui se trouvent dans ces deux versets (tout autour), nous devons conclure que, de même que dans ce verset il s’agit d’idolâtrie, de même dans le premier, qui parle des os, il s’agit de gens idolâtres[157].

« Et voici ils étaient en fort grand nombre… ils étaient très secs ». Ézéchiel craignit en les voyant là qu’ils ne disparussent un jour de la terre. C’est pourquoi Dieu lui dit : Est-ce que ces os pourraient revivre ? Ce à quoi répondit le prophète : « Dieu, Éternel, c’est toi qui le sais »[158]. Aussitôt nous voyons : « Et il me dit : prophétise sur ces os-ci, et dis-leur, vous, os qui êtes secs, écoutée la parole de l’Éternel » « Et il me dit : prophétise, en t’adressant à l’esprit : prophétise, toi fils de l’homme et dis à l’esprit : ainsi à dit le Seigneur l’Éternel : Esprit, viens des quatre vents et souffle, sur ces tués et ils revivront (Ez. XXXVII, 4, 5). De ces dernières paroles nous apprenons donc que le roi de Babylone les avait fait tuer.

De plus, de ce verset d’Ésaïe (XIV, 19) : « Quant à toi, tu as été jeté hors de ton sépulcre, comme un arbre pourri, comme un habit de gens tués, transpercés par l’épée… »[159] nous voyons que Dieu avait ordonné à des anges de châtier ce roi barbare à cause de ses tueries. Ces morts qui furent rappelés à la vie, se levèrent, crûrent et se multiplièrent comme le dit le verset : « Le souffle revint en eux, et ils reprirent vie, se levèrent et formèrent une masse considérable d’individus. Il me dit : fils de l’homme, ces os sont toute la maison d’Israël. Voici ils disent : nos os sont devenus secs, notre espérance est nulle ; nous sommes perdus, etc., etc. » (Ézéchiel, XXXVII, 10, 11).

C’est par ce fait que le nom du Saint, béni soit-il, fut exalté et sanctifié dans toutes les parties du monde. Aussi quand Dieu avait dit : « Je montrerai ma grandeur, je me rendrai sanctifié, reconnu d’un grand nombre de peuples, » (ibid. XXXVIII, 23) avait-il fait allusion à ce jour-là.

C’est pour avoir opéré la conversion à notre Loi de nombreux esclaves, qu’Ézéchiel eut le mérite de voir ses frères revenir à la vie par son entremise[160].

Heureux sont les Israélites, qui malgré leur dispersion dans toutes les contrées de la terre, et les peines qui résultent pour eux d’aller du nord au sud, du sud au nord, de l’est à l’ouest et de l’ouest à l’est, se trouvent revenir cependant toujours au centre[161]. Ce verset le dit bien : « Car voici, je commanderai, et je ferai errer les Israélites parmi tous les peuples, comme on secoue dans un crible des grains, sans qu’aucun d’eux tombe à terre. » (Amos, IX, 9).

Si le verset avait dit : et il tombera à terre quelque grain, mon cœur aurait raison alors de se briser, et mon corps de trembler de crainte, car je dirais qu’un grain tombé à terre est appelé à disparaître. Mais comme il dit sans qu’aucun d’eux tombe, je vois alors qu’Israël ne disparaîtra pas, comme ces grains que l’on agite dans le crible, en tous sens, et qui se portent toujours ou milieu. Je ferai trouver aux Israélites la rémission de leurs péchés partout où ils seront.

Nous voyons cela expliqué par le prophète Malachie (III, 6) : « Car moi, Dieu, je n’ai point changé, et vous, fils de Jacob, vous n’avez pas été consumés. » Voici ce que Dieu a dit par ces paroles : « Jamais je n’ai puni un peuple à plusieurs reprises différentes[162] ». Tel est le sens de : je n’ai point changé[163] ; et que doit-on comprendre par : et vous, fils de Jacob, vous n’avez pas été consumés ? C’est qu’il y a dans la Thora soixante-douze plaies, et voici ce que fit l’Éternel : Celui qui siège sur le trône de la justice, que son grand nom soit éternellement béni, avait vu qu’il ne pouvait frapper Israël de ces soixante-douze plaies, car, exilés au milieu des nations diverses, ils eussent été l’objet de leur opprobre. C’est pourquoi il n’en prit que quatre, qui sont désignées dans le Lévitique.[164]

Tout Israélite qui serait donc atteint d’un de ces quatre genres de plaies, doit voir dans cela la rémission de tous ses péchés. Grâce aux souffrances qu’il en endure, il aura part à la vie future, car cela est sa guérison.

Dans le même sens nous devons comprendre la mort violente que Dieu envoie aux Israélites parfois dans ce monde.

C’est leur guérison, qui les conduira à la jouissance du monde futur, comme l’Écriture l’a dit : « Venez que nous retournions à Dieu, car c’est lui qui a déchiré et il nous guérira ; il a frappé, mais il nous pansera. Il nous rendra la vie dans deux jours ; le troisième jour il nous rétablira et nous vivrons devant lui », (Osée, II, 1, 2).

Voici le sens de ces paroles : « Il nous fera revivre dans deux jours », c’est ce monde et l’époque du fils de David. « Le troisième jour il nous rétablira et nous vivrons devant lui », c’est la vie future.

Les justes qui ont joui d’un commencement de vie sans souffrance et sans faute dans ce monde, telle qu’elle est dans l’autre, sont : Abraham, Isaac, Jacob, Yabesse[165], Ytro, et d’autres pareils à eux.

Pour Abraham, nous trouvons : « Et Abraham vieillissait, ayant joui de nombreux jours et Dieu bénit Abraham en toutes choses » (Genèse, XXIV, 1). Ces jours indiquent ceux de l’autre monde et ceux de l’âge messianique et non ceux de la vie d’Abraham.

Dieu dit : Depuis Adam jusqu’à Noé il y eut dix générations, et ensuite le déluge. Depuis Noé jusqu’à Abraham, il y eut dix autres générations, et j’ai pris[166] de ce monde ceux qui étaient les meilleurs. Lorsqu’Abraham naquit mon cœur s’attacha au monde que j’avais créé, comme le dit le verset : Tu m’as captivé le cœur, ma sœur, mon épouse ; tu m’as ravi le cœur par l’un de tes yeux, par l’un des colliers de ton cou ». (Cantique des Cantiques IV, 9)[167].

On peut comparer cela à un roi qui voit un jour, sa fiancée, mais il ne voit qu’un seul œil de son visage. Malgré cela, elle lui cause une agréable impression, et ravive en lui l’amitié qu’il avait pour elle, ainsi que le désir de la revoir. Que sera-ce, dit-il, quand je verrai ses deux yeux !

Il en fut de même pour notre père Abraham. Il recherchait le bonheur des hommes continuellement, et les rapprochait de la grâce divine. Aussi, combien est grande la satisfaction de l’Éternel quand il voit ses descendants étudier la Thora et en pratiquer les nombreux commandements ; c’est pour cela qu’il est dit : « Tu m’as ravi le cœur, ma sœur, mon épouse ; tu m’as ravi le cœur par l’un de tes yeux, par l’un des colliers de ton cou ».

Et pourquoi Jacob[168] eut-il le mérite de jouir quelque temps, dans ce monde, d’une vie heureuse et pure, pareille à celle que le Saint, béni soit-il, donnera aux justes dans l’autre monde ? C’est parce qu’il avait fréquenté assidûment les lieux d’étude depuis sa jeunesse et durant toute sa vie. Il s’était acquis de profondes connaissances dans la Loi écrite[169], dans la Michena, dans le droit, dans les contes allégoriques, etc., selon ce verset : « Et Jacob était un homme simple, séjournant dans des tentes. » (Genèse, XXV, 27)[170]. On peut lui appliquer aussi ces paroles ; « Telles que sont les flèches dans les mains d’un brave, tels sont les fils nés dans la jeunesse. Heureux l’homme qui en remplit son carquois ! » (Psaumes, CXXVII, 4, 5)[171], ainsi que celles-ci : « À qui enseignerait-on la science, à qui ferait-on comprendre l’enseignement ? aux enfants serrés, à ceux que l’on a arrachés de la mamelle. » (Ésaïe XXVIII, 9)[172].

Lorsque Jacob quitta le toit paternel, pour se rendre chez Labane, il entendit une voix céleste lui dire, au-dessus de lui : « Jacob, mon fils, lève de grâce, tes yeux vers le Ciel. Vois les douze signes du Zodiaque et les étoiles qui s’y trouvent. Les douze heures de la journée et les douze heures du soir représentent les douze tribus que je te donnerai. »

Après son retour de chez Labane, la vente de Joseph lui fit verser d’abondantes larmes et Jacob porta le deuil de son fils vingt-deux ans, comme le dit l’Écriture : « Ses fils et ses filles vinrent le consoler, mois il refusa toute consolation.[173] » (Genèse, XXXVII, 35).

« Et son père le pleura. » (ibid.). En réalité, est-ce seulement la disparition de Joseph qui excita ses pleurs ? Non, Jacob se demandait si c’était peut-être le péché d’avoir épousé deux sœurs[174] ou si c’était le fait d’avoir profité des biens de Labane et de Chéhème, qui lui avait attiré ce malheur, et par suite l’annulation de l’alliance que Dieu avait conclue avec lui.

L’Éternel alors s’attendrit, et donna au patriarche, à la fin de sa vie, dix-sept ans de félicité pareils à ceux de l’autre monde.

C’est de là que les rabbins ont tiré cet enseignement : Celui qui passe la dernière année de sa vieillesse en félicité, doit tirer un bon augure de cela[175], et celui qui la passe dans le chagrin, un mauvais augure.

Notre père Jacob vécut heureux pendant ses dix-sept dernières années qu’il passa en Égypte, et Dieu lui compta[176] comme si toute sa vie s’était écoulée dans le bonheur, ainsi qu’il est dit : « Et Jacob reçut au pays d’Égypte dix-sept ans et les années de la vie de Jacob furent cent quarante-sept ans » (Ibid. XLVII, 28)[177].

Pour quelle raison Ytro jouit également dans ce monde d’une vie heureuse et pure, telle que Dieu donnera aux justes dans la vie future ?

C’est parce qu’il avait employé toute son intelligence à se rapprocher de la Divinité. En effet, tout le temps que Moïse avait passé chez Ytro, celui-ci n’avait vu son gendre accomplir aucun miracle, malgré les œuvres pies dont ce dernier était l’auteur. Ce n’est que lorsque Moïse se fut rendu en Égypte qu’il fit des miracles, comme le dit ce verset : « Et Ytro entendit tout ce que l’Éternel avait fait à Moïse, et à Israël son peuple…, etc. » (Exode, XVIII, 1).

Ytro se dit : Malheur à moi ! J’avais ignoré l’importance de toutes les bonnes œuvres que cet homme avait accomplies chez moi et qui lui donneront, comme récompense, la vie future. Spontanément, Ytro fit une belle action, selon ce verset : « Et Ytro beau-père de Moïse, prit Sippora, la femme de Moïse, etc., et ses deux fils, dont le premier s’appelait Guerchome (parce que, avait-il dit, j’ai été passager dans un pays étranger) et le second Eliézer (car le Dieu de mon père m’a été en aide, et m’a délivré de l’épée de Parho). Et Ytro, le beau-père de Moïse, vint avec la femme et les fils de Moïse. Il dit à Moïse etc. » (Exode, XVIII, 2, 6).

Ytro envoya à son gendre quelqu’un pour le conjurer au nom de ses fils car Ytro lui avait jadis demandé le sens des noms de ses deux fils Guerchome et Eliézer, et Moïse lui avait répondu : car c’est le Dieu de mon père qui m’a secouru[178] ; il le conjura au nom du Dieu de son père, de sortir à sa rencontre et de lui faire une bonne réception. Moïse sortit immédiatement au-devant de lui et lui fit un excellent accueil, comme le dit l’Écriture : « Et Moïse sortit, à la rencontre de son, beau-père, etc » (ibid.).

L’Éternel, béni soit son nom, qui scrute et connaît le cœur humain, dit à Ytro : « Ytro, je sais que le motif de la venue est pour rendre une respectueuse visite à ce juste. En récompense, tu auras le bonheur que tes descendants tiendront continuellement savantes écoles ». Or ceci arriva, en effet : « Car Balaame vit le Kénien; il prononça sa sentence et dit : Ton habitation est dans un lieu rude, et tu as mis ton nid dans un rocher. » (Nombres, XXIV, 21)[179].

On a conclu de la que tout père doit s’efforcer de marier sa fille à un rabbin, sacrifierait-il même toute sa fortune pour atteindre ce but. Ytro nous le prouve, car s’il mérita, ce fut grâce à Moïse.

De même, on doit épouser la fille d’un rabbin, serait-elle sans dot. Les évènements eux-mêmes le prouvent : Un homme qui a pris la fille d’un rabbin, s’il meurt ou est exilé de son pays, est sûr que ses enfants grandiront dans la piété ; cela ressemble à une bonne vigne greffée sur une autre aussi bonne[180]. Tandis que lorsqu’un homme épouse la fille d’un homme vulgaire, s’il meurt ou est exilé de son pays, ses enfants ne pourront que ressembler à leur mère. C’est une bonne vigne greffée sur un mauvais plant. Il en arrive toujours ainsi.

Pour quelle raison Yabesse jouit-il dans ce monde d’une vie heureuse et pure, pareille à celle dont Dieu fera jouir les justes dans le monde futur ? C’est parce qu’il recherchait de tous côtés les Israélites pour leur propager la Thora, en public, et pour l’amour de Dieu. Or toute personne qui enseigne à son prochain un seul verset[181], un seul article de la religion, ou une seule parole, lui donne, pour ainsi dire, la vie, comme il est dit : « Car il est ta vie, et la, prolongation de tes jours, etc. » (Deutéronome, XXX, 20)[182] et encore : « De nombreux jours sont à sa droite. » (Proverbes, III, 16). « Elle est un arbre de vie pour ceux qui s’y attachent. » (ibid. 18).

Nos sages ont dit que l’on doit commencer par accomplir de bonnes œuvres et ce n’est qu’après cela que l’on pourra demander au Saint, béni soit-il, la connaissance de la Thora ; on doit faire preuve de bonté et de justice et ensuite on demandera au Saint, béni soit-il, la sagesse ; on doit être auparavant humble et on pourra demander ensuite, au Saint, béni soit-il, l’intelligence et après, sa subsistance[183], comme le dit le prophète : « Demandez à l’Éternel la pluie, au temps de la pluie de l’arrière-saison, l’Éternel fixa des éclairs et vous donnera, une pluie abondante, et à chacun de l’herbe dans son champ. » (Zécharie, X, 1)

Si l’on a étudié le Pentateuque, les prophètes, les hagiographes et que l’on sache s’en servir dans quelque discussion, il ne faut pas oublier ces études, et l’on doit louer, bénir, exalter, élever, sanctifier le nom de Celui qui a créé l’Univers par sa parole[184]. Que l’on ait seulement appris un chapitre ou deux de la Thora, et qu’on les connaisse bien, il faut tâcher de s’en souvenir, de bénir et de sanctifier le nom du Saint, béni soit-il ! À plus forte raison doit-on faire cela si l’on a pu étudier également les lois religieuses.

Si un homme s’est marié et a eu un ou deux garçons, il doit louer et sanctifier le nom du Saint béni soit-il, afin que sa postérité soit sans tache, et qu’il mérite ainsi de jouir de ce monde, de l’époque du fils de David, et de la vie future, comme il est dit : « Et Yabesse invoqua l’Éternel, le Dieu d’Israël, et dit : « ô, si tu voulais me bénir » » c’est-à-dire si tu voulais m’instruire dans la Thora, « et étendre mes limites » c’est-à-dire faire que j’aie beaucoup de disciples, « et, que ta main fût avec moi », que je n’oublie rien de mes études « que tu me garantisses du malheur » c’est-à-dire que j’aie des amis aussi bons que moi, « afin de n’avoir aucun chagrin, afin que les passions ne m’empêchassent point d’étudier la Thora. Aussitôt : l’Éternel lui accorda ce qu’il avait demandé (Chroniques, I, 4). C’est de cet homme qu’il a été dit : « (Dieu) te donnera les souhaits de ton cœur, Dieu exaucera toutes tes demandes ». (Psaumes, XX, 5).

On peut expliquer encore ainsi cette prière d’Yabesse : « Et Yabesse invoqua le Dieu, d’Israël et dit : ô si tu me bénissais » c’est-à-dire si tu bénissais mon union, « et que tu étendisses mes limites » par des fils et des filles « que ta main fût avec moi », dans mes affaires, « que tu me garantisses du mal » c’est-à-dire que tu me fisses vivre sans douleurs de tête, ni d’oreilles, ni d’yeux, ni d’intestins, « afin de ne point souffrir », que les passions ne m’empêchassent pas d’étudier la Loi et que je finisse ma vieillesse en paix; aussitôt: Et Dieu lui accorda ce qui! avait demandé. » (ibid.)[185].

Chapitre 6

« Tire-moi, car c’est après toi que nous courrons. Après que te roi m’aura introduite dans ses appartements, nous nous égaierons et nous nous réjouirons en toi, etc. » (Cantique des Cantiques, I, 4). Ce verset parle de la nation d’Israël que le Saint, béni soit-il, attira à lui comme il est dit : « L’Éternel m’est apparu depuis longtemps (et m’a dit) : Je t’ai aimée d’un amour éternel ; c’est pour cela que je t’ai attirée par bonté. » (Jérémie, XXXI, 3). Remarquons qu’il n’est pas dit : Je t’ai aimée d’un grand amour, mais d’un amour éternel, afin de ne pas croire que l’amour que le Saint, béni soit-il, a pour Israël, soit d’une durée de trois années ou de dix années, ou de cent années, mais il est sans fin. C’est pour cela qu’il est écrit : « Tire-moi, nous courrons après toi… »

« Après que le roi m’aura introduite, etc. » (ibid.) cela ressemble à un roi qui, assis sur son trône, se rendrait compte du service que lui feraient ses valets. Certes, il ne choisirait que celui qui le servirait avec le plus de dévouement, pour l’introduire dans ses salons. (C’est ainsi que le Saint, béni soit-il, a attiré auprès de lui Israël). Il n’a fait cela à aucun autre peuple, ni nation, et c’est pour cela que le verset a dit : « après que le roi m’aura introduite, dans ses salons… »

Autre explication : « Après que le roi m’aura introduite dans ses salons, » cela indique que le Saint, béni soit-il, a partagé sa Thora en un si grand nombre de parties[186] que chaque étudiant de cette Loi peut choisir celles qui lui plaisent.

Si vous voyez que des malheurs s’avancent peu à peu vers vous, courez vous réfugier dans les salles de la Thora et aussitôt ils fuiront de devant vous comme il est dit : « Va, mon peuple, entre dans tes chambres, etc. ». (Ésaïe, XXII)[187]. C’est pour cela qu’il est dit : « Après que le roi m’aura introduite dans ses salons ».

« Nous nous égaierons et nous nous réjouirons en toi », en toi, Dieu, de ce que tu nous as élevés, instruits, distingués, et ceints de la grande couronne de la Thora, qui s’étend de l’extrémité à l’autre du monde : tu avais quitté quatre cent quatre-vingt-seize mille myriades d’anges qui sont spécialement à ton service, pour t’attacher à Israël, éternellement[188].

Parallèlement à ce qui est dit de toi : « Avant moi aucun Dieu n’a existé et il n’y aura point d’autre que moi » (Ésaïe, XLIII), tu nous as appelés : mes enfants, mes frères, mes serviteurs ; et pour ceci : « Je suis l’Éternel il n’y a point d’autre Dieu que moi » (ibid. XLV, 2), tu nous as surnommés dieux, et pour : « Il n’y a point de Dieu juste et sauveur que moi » (ibid.) Tu as mis Ion grand nom dans le nom d’Israël et le nom d’Israël se trouve être associé également à ton grand nom[189].

C’est à propos de cela que Salomon a dit : « J’étais endormie mais mon cœur veillait. Tout, à coup voici la voix de mon bien-aimé qui heurtait en me disant : Ouvre-moi, ma sœur, mon amie, ma colombe, ma parfaite, car ma tête s’est couverte de rosée et mes cheveux sont pleins des gouttes de la nuit ». (Cantique des Cant. V, 2). Que trouvons-nous écrit précédemment ? Je suis venu dans mon jardin, ma sœur, mon épouse, j’ai cueilli ma myrrhe, avec mes herbes odoriférantes ; j’ai mangé mes rayons avec mon miel, j’ai bu mon vin avec mon lait. Mangez, amis, buvez et enivrez-vous bien-aimés. (ibid. 1). C’est pour cela que le verset avait dit : « Nous nous égaierons et nous nous réjouirons en toi. »

« Nous célébrerons tes amours pins que le vin, car les hommes droits t’ont aimé. » (Ibid. 1,4). De même que le Saint, béni soit-il, et béni soit grand nom de génération en génération, se rappelle et loue les œuvres des justes et des gens honnêtes ; applaudit à leur souvenir avec plaisir, en disant : que le monde n’est-il rempli de pieuses personnes comme Abraham, Isaac, Jacob, Moïse et David ? de même, tout homme doit constamment penser à Dieu et lui adresser ses louanges, soit en priant, soit en étudiant la Thora, soit en discutant avec les sages et partout où il se trouve[190]. C’est en agissant de la sorte qu’il suivra les véritables voies de l’Éternel, ainsi qu’il est. dit : « Qui est sage ? qu’il comprenne ces paroles qui est intelligent ? qu’il les connaisse : car bien droites sont les voies de l’Éternel. Les justes pourront, y marcher, mais les rebelles y trébucheront » (Hosée, XIV, 10). C’est pour cela qu’il est dit : « Nous célébrerons tes amours plus que le vin… etc. ».

À quelle époque Dieu se rappela et loua les œuvres des justes et des gens honnêtes, en applaudissant au sujet de leurs œuvres et en disant : que le monde n’est-il plein de justes comme Abraham, Isaac, Jacob Moïse et David ? Ce fut lorsque les Israélites avaient été dans le désert et avaient péché par leurs mauvaises actions. Dieu dit : que de miracles et : de grands faits ne leur ai-je pas accomplis et ils ne se sont pas encore soumis à ma volonté ! Je n’avais jamais fait de miracles à Jacob, et cependant il vécut toujours dans la droiture devant moi, comme l’Écriture l’atteste : Et Jacob était un homme simple (Genèse, XXV, 27), cela veut dire innocent, incapable de tout vol, de tout péché, de toute mauvaise action.

Quand Dieu se souvient de Jacob, il applaudit, selon ce verset[191] : « Et Israël habitera en sûreté, seul ; l’œil de Jacob sera tourné vers un pays de froment et de vin… etc. » (Deutéronome, XXXIII, 28).

On sait encore que lorsque le prophète Amos avait intercédé auprès de l’Éternel, en faveur des Israélites, il s’était ainsi exprimé : « Maître de l’Univers, feras-tu périr le monde entier s’il n’y a point de saint comme Jacob ? »[192].

Ô Père qui habites les cieux, que ton grand nom soit éternellement béni ! Puisses-tu toujours éprouver du plaisir en tes serviteurs, les Israélites, partout où ils demeureront !


[1]Comme on le verra dans le courant de ce livre, les déductions reposent en général, sur l’homonymie des mots et leur allitération. Mais ici le verbe chasser veut dire également répudier, comme dans Lévitique, XXI. 7.

[2]Parce qu’en hébreu le mot : à l’Est s’entend également : antérieurement, avant. Les chérubins sont une catégorie d’anges éminents.

[3]Dans le Talmud on dit également que la Morale sociale fut créée avant ce monde ; c’est pour reconnaître son importance capitule.

[4]On sait que la Torah, qui est la Loi de Dieu, se compose de la Loi écrite de Pentateuque, les Prophètes et les Hagiographes et de la Loi orale. (Le Talmud, explication de la Michena qui est la Loi orale). D’aucuns écrivent : Thora.

[5]Le verbe intransitif passer est interprété transitivement, et au figuré.

[6]V. Esther, IV.

[7]Comme dans la note 1, le verbe partit qui est le même que passa, et que : absolvant, du verset suivant, est traduit transitivement.

[8]Ce verset étant laconique, va se prêter, comme on va le voir, à différentes interprétations ingénieuses. Voyez ses commentaires ; dans le dernier membre de la phrase: il faut lire sans la négation.

[9]« Il y en aura un » désigne le jour par excellence, le samedi.

[10]Voyez Talmud de Bab. traité Sabbat f. 118 A : Celui qui fait du Samedi ses délices, est récompensé d’un bonheur sans lin, etc., etc.

[11]C’est-à-dire, que peut-être seriez-vous excusés de ne pas pouvoir, pendant la semaine, étudier ma Loi, vu vos occupations ; mais le samedi, le cas est différent : vous n’avez plus cet empêchement.

[12]Le Midrache rabba infère par comparaison de cet adjectif démonstratif avec l’adjectif du verset : Voici les ordonnances, etc. (Deutéronome), qu’il s’agit également ici de la Thora, la seule capable de soutenir et d’élever l’homme.

[13]Le matin désigne la vie future, par allégorie.

[14]C’est-à-dire qu’il eût, certainement préféré ne pus voir de péchés, mais une fois commis, il les pardonne devant un repentir sincère.

[15]Ce verset a été inséré, entre autres, dans la prière du matin du jour de kippour.

[16]Voici, ce me semble, la pensée de l’auteur : J’ai fait disparaitre comme un nuage tes crimes (dans ce monde) et comme une nuée tes péchés (dans l’autre). Cette façon d’interpréter est commune dans les livres hébreux.

[17]Allusion aux trois livres que tient ouverts devant lui, l’Éternel, le premier jour de l’an. Voyez Talmud de Bab. Traité de Roche-Hachana, f°. 16A.

[18]Voyez Ézéchiel XXXVIII et XXXIX, car ce sera un jour terrible, unique.

[19]Ou chacun sera récompensé selon ses mérites, et les impies n’auront pas de part au festin.

[20]Mais maintenant vous l’êtes, par votre insolence.

[21]Voir Zécharie chapitre I.

[22]On sait que l’année 1901 correspond exactement à t année hébraïque 5.661.

[23]C’est donc après la durée de six mille ans, comme il a été dit. Voyez à ce sujet Talmud de Bab. traité de Sanédrine, f° 97a. L’année sabbatique se trouve dans : Exode XXIII, 11. Deutéronome XV, 2, 9.

[24]Comme on l’a dit plus haut, mille ans sabbatiques.

[25]Voyez dans Samuel les phrases suivantes qui sont à la louange du roi, ce qui prouve, comme dit l’auteur ici, qu’il est l’élu de Dieu.

[26]D’après le Talmud de Bab. Traité Yoma, f. 22 cette disgrâce ne dura que six mois.

[27]C’est qu’au commencement de sa vie il avait été sans tache, puisqu’il fut choisi pour être roi.

[28]C’est une déduction faite de la ressemblance des deux mots hébreux : honneurs (haut) et joug, qui s’écrivent des deux mêmes lettres.

[29]Les Psaumes de David, en effet, sont chantés depuis vingt-huit siècles et n’ont pas cessé de rester la plus belle expression des sentiments de piété et de contrition.

[30]En consultant la phrase hébraïque on s’aperçoit d’une sorte d’ambiguïté, qui permet de l’interpréter de cette façon.

[31]Dieu, en effet, exauce la prière des justes et leur accorde leur demande.

[32]Comparez Maximes des Pères de la Synagogue (Pirké Abote) ch. IV. 1 : Qui est digne du nom de brave ? Celui qui sait vaincre ses passions, comme le dit Salomon : Celui qui maîtrise sa colère est plus qu’un vaillant guerrier, et celui qui dompte ses passions est plus glorieux que celui qui prend une ville (Prov. XVI, 32).

[33]Comparez Talmud de Bab. traité de Bérakoutes, folio 5, où ce verset est cité.

[34]Alors qu’ils trouvaient par exemple, la manne chaque matin. De nos jours également chacun trouve sa subsistance et ce n’est que dans son inconduite qu’il doit voir le motif des peines qu’elle lui coûte souvent.

[35]Comme l’a si bien dit le prophète : « Levez vos yeux en haut, et regardez qui a créé ces choses ; celui qui connaît le nombre de ces armées et les dirige, etc. » (Ésaïe, XL, 26).

[36]On sait que la modestie et l’humilité sont les principales vertus qui sont recommandées par le mosaïsme ; surtout pour l’acquisition de la sagesse, elles sont indispensables. Le Talmud fait remarquer justement que la seule qualité que l’Écriture sainte a voulu mentionner de toutes celles que possédait Moïse est l’humilité : « Et Moïse, était un homme très humble, plus qu’aucun autre qu’il eût sur la terre. » (Nombres, XII, 3).

[37]Il est nécessaire de voir : Pessahim, folio 94 a, pour l’élucidation de ces diverses remarques.

[38]On ne peut pas en inférer que l’auteur dise qu’ils sont immobiles, mais il dit simplement qu’ils conservent leurs places respectives les uns vis-à-vis des autres.

[39]Plus loin on verra le commencement de ce psaume : les deux racontent la gloire de Dieu, etc., ensuite viennent ces versets, qui parlent donc des cieux et des astres.

[40]Voyez : Genèse, II, 9, III, 21 et le commentaire des Pirké R. Éliézer sur l’arbre de la vie.

[41]Voyez Traité de Sanhédrine, f.37, où l’on fait cette démonstration pour prouver l’importance, la grande valeur de la vie humaine.

[42]Comme tout le genre humain descend d’Adam, celui-ci est comme le sceau, le prototype, créé par Dieu et tous les hommes devraient lui ressembler.

[43]Et les louanges des cieux ne résident que dans les révolutions des corps célestes.

[44]Car nous trouvons souvent dans la Bible cette postérité comparée aux étoiles du ciel. V. Genèse, XXII, 16, XXII.4, etc.

[45]Et ils conserveront encore la frayeur de ton nom sous Josué qui les vaincra à Guibône : voilà ce que l’on veut sous-entendre ici.

[46]Ainsi que toutes leurs armées, et les populations sur lesquelles ils régnaient. Voyez pour cela : Nombres (XXI, 21 et passim).

[47]Il ne faudrait pas croire ici, comme plus bas, à propos de Josué, où la Bible dit que le soleil s’arrêta, que ce livre affirme la révolution du soleil autour de la terre. Une erreur pareille ne peut pas être contenue dans le Livre de Dieu. Si nous trouvons donc ces paroles : « Et le soleil s’arrêta » n’est-ce pas le cas d’appliquer cette loi d’exégèse biblique qui est universellement admise que la Bible s’exprime de la même façon que les hommes ? Voilà une explication qui nous paraît tellement juste et naturelle que nous sommes même persuadés qu’elle aura été fournie déjà par maintes personnes. Si Josué savait que c’est la terre qui tourne autour du soleil, pouvait-il dire : terre, arrête-toi, pour exprimer la vérité des faits ? N’aurait-il pus exciter l’étonnement, les railleries même, de ceux qui l’auraient entendu ? Si, d’autre part, il pensait que c’est le soleil qui est mobile, car on peut être saint et n’être pas versé dans les sciences, pouvait-il s’exprimer autrement ? Dans l’un ou l’autre de ces deux cas la Bible ne fait donc que répéter les paroles de Josué, mais elle n’affirme pas que le miracle se soit ainsi produit.

[48]Cette interprétation n’étonnera personne quand on saura que la Loi écrite ne doit être étudiée, en principe, que pendant le jour, tandis que la nuit doit être réservée à la Loi orale, en général, c’est-à-dire au Talmud, aux lois rabbiniques, etc. Le Zohare (ch. Vayqra, f. 23 a, passim) insiste sur cette différence. Encore pourrait-on étudier le jour, ces deux lois, mais la nuit la Loi orale seulement, autant que possible.

[49]Parce qu’il nécessite beaucoup de méditation, non des discussions oiseuses.

[50]En hébreu il y a ici jeu de mots sur : terre, qui veut dire également : assaisonnement. Ce dernier mot en français a pareillement le sens d’agrément, au figuré. On l’applique, ici, à la Terre sainte en particulier.

[51]Ce passage est entièrement allégorique. Les commentateurs l’expliquent en général par ce fait que les nations païennes en adorant le soleil, par exemple, semblent souiller cet astre. Voilà pourquoi le soleil refuserait de se lever, chaque matin. Quant aux flèches qu’on lui lance, elles seraient peut-être une image des bons sentiments qui doivent gouverner l’homme et le faire vaincre ses passions erronées. On sait que les paroles des midrachime se prêtent admirablement à plusieurs interprétations à la fois.

[52]Revoyez plus haut la note sur l’immobilité du soleil.

[53]Le chapitre commence ainsi : Le juste meurt et personne ne prend garde, etc. Voyez le prophète. — Comparez le Zohare, chapitre Yayéra, folio 97 b. sur les honneurs réservés aux âmes des justes.

[54]Voyez Traité Yébamote, folio 121 a ; Baba-Kama, f. 50 a. où nos sages ont montré que les saints sont punis pour la moindre peccadille, vu le degré de leur sainteté.

[55]Voyez : Nombres XX, 12. Deutéronome I, 37.

[56]Les justes sont comparés à ces premiers qui entourent le roi, c’est-à-dire qui méditent continuellement la Thora et l’accomplissent, tandis que les impies qui la négligent semblent être, en effet, bien éloignés de Dieu, puisqu’ils n’accomplissent pas sa volonté. Mais leur punition n’est que différée.

[57]La chaleur représente ici allégoriquement le feu de l’enfer, la damnation, et l’on demande pourquoi nul n’aurait la faculté de se cacher de cette chaleur, c’est-à-dire, de ne pas un tenir compte ? On répond que par ce que la Thora est si belle, si réjouissante, que personne ne peut se permettre de ne pas l’accomplir ; elle est obligatoire, pour les Israélites surtout.

[58]Celui qui l’observera demeurera éternellement comme elle. Voilà la solution du mystère du peuple juif, qui, surnageant à toutes les tempêtes qui ont englouti des peuples considérables subsiste encore, grâce à la loi divine qu’il détient.

[59]Le texte dit : les hommes, mais il est certain qu’il vise les Israélites seulement, car eux seuls sont obligés d’observer ta Thora, l’ayant seuls reçue, de tous les peuples de la terre.

[60]On voit que Dieu abandonne alors, à son tour, les hommes et ne prend plus plaisir qu’aux anges.

[61]C’est-à-dire : je ne les bénirai plus. Comp. la formule de bénédiction : (Nombres, VI, 26). Que Dieu tourne sa face vers toi et te donne la paix, etc.

[62]Voyez la fin du chapitre dans Jérémie, où Dieu veut anéantir le monde comme on l’a dit plus haut. Ici, il réclame des anges la Thora qu’il avait donnée et qu’ils doivent lui rapporter, puisque les hommes ne l’observent pas.

[63]Dans les Maximes des Pères de la Synagogue, ch. I, 11, il y a celle recommandation, mais avec une légère variante.

[64]On sait que dans les midrachime, la Thora est toujours comparée aux meilleures choses qui existent, au miel, au lait, à l’huile, etc.Voyez Midrache, Chir-Hachirime. IV. 11 et passim. Traité de Tânite de Bab. folio 7 a. Hiroubime, folio54a passiin.

[65]De même les paroles de la Thora sont très variées et se commentent dans le calme de la méditation.

[66]Et nous avons déjà vu que les eaux représentent la Thora. On parle donc ici du jour de la révélation sinaïque. Le sens est que : Dieu à voulu donner beaucoup d’éclat à la Thora qui paraît si silencieuse.

[67]Comparez Talmud de Bab. Traité Taânite, f. 25, a-b, où l’on explique ingénieusement ce verset : Le juste se développe comme le palmier, et croîtra comme le cèdre du Lébanone ».

[68]Or les Émoriens étaient païens, idolâtres, ne connaissaient pas la Thora.

[69]C’est le rapport mensonger des explorateurs envoyés par Moïse au pays de Kénahane V. Nombres, XIII, 32.

[70]Cf Talmud de Bab., traité de Eroubine, fol. 54 b. Il est fait ici, allusion à l’époque messianique qui sera un âge de félicité universelle, et l’auteur continue dans ce sens. V. Le Zohare, chapitre Yayqra folio 67 b.

[71]Quelque temps avant la venue du Messie, Zohare (ibid.).

[72]C’est-à-dire que toutes les nations ne reconnaîtront désormais que lui seul.

[73]La force indique la Loi de Dieu, la Thora. Il faut donc expliquer ainsi ce verset : Dieu donne la force (la Thora) à son peuple ; (celui-ci l’observe) alors Dieu le bénit par la paix, qui sera universelle.

[74]Partout en effet, nos docteurs n’ont cessé de préconiser le sentiment de l’amour pour Dieu, au-dessus de ta crainte qu’on lui doit. Dans le premier cas, le mobile est élevé car il est désintéressé, c’est alors une vertu angélique et bienheureux ceux qui peuvent l’acquérir ! Voyez Talmud de Bab. Traité Sota, f. 31a. Celui qui sert Dieu par amour est plus méritant que celui qui le sert par crainte (de la punition). Cf. Yelquout Chemôni, chapitre Ki Tissa, n° 399.

[75]Et dans ce verset la vie est appelée alliance et la vie c’est la Thora elle-même. Pour cela voyez : Proverbes, III, 18 et passim. Malachie, II, la suite du chapitre parle de la Thora.

[76]Il faut expliquer littéralement de cette façon le verset précité : il est tout mon salut et mon agrément et ne fera pas fleurir ma maison ; car il n’y a pas l’interrogation dans la phrase hébraïque ; elle est sous-entendue. C’est comme s’il était dit que Dieu est mon salut et mon agrément quand il ne m’enrichira pas, et la raison est que les richesses me détourneraient aussitôt de la Thora.

[77]Ceci est une maxime philosophique du Talmud.

[78]Ceci se trouve dans le Talmud également, Traité de Baba-M. folio 85a, où l’on dit que toute famille qui aura eu trois générations de savants (dans la Thora), successivement, le père, le fils et le petit-fils, est désormais assurée que la Loi Sacrée se perpétuera dans toutes ses générations, à jamais. — Consultez le Commentaire de Mharcha (ibid.).

[79]On a conclu d’ici que Dieu les fait brûler dans sa grande école, par ce raisonnement tiré de l’allitération des mots hébreux, place qui se trouve dans Samuel, et le mot école d’ici.

[80]Yabesse, voyez : Juges III, 7, la vie de Oteniel fils de Kénaz, qui n’est autre que Yabesse, des Chroniques (IV). Voyez Talmud de Bab. Traité Baba-Batra, folio 17a ; des renseignements pareils y sont développés.

[81]Pour ces actions voyez : Rois (I, XVIII) ibid. (II, IV), Ézéchiel (XXXVII) (Elie, Elisée).

[82]Voyez : Chroniques (II, XVII et XVIII) (Josaphat).

[83]Gog, Magog. Voyez : Ézéchiel ; XXXVIII et XXXIX et les divers commentateurs qui expliquent ces chapitres pour l’époque messianique.

[84]L’auteur parle ici de ces anciens peuples barbares qui n’avaient aucuns sentiments d’humanité envers les Juifs.

[85]Voyez : Traité Edouiote, ch. II. Traité Chabbat, folio 33a.

[86]Ce n’est pas une information qu’ils font à Dieu, mais un plaidoyer dans lequel ils montrent les bons côtés de ces gens, quoique Dieu connaisse tout.

[87]Ce mot est ingénieusement expliqué ici en faveur de David, car en te divisant, il signifie : tu es comme moi

[88]C’est-à-dire que j’accomplirai tes désirs. En effet, le Talmud de Bab. traité de Mohède-katane f°. 16 raconte que Dieu avait dit à David : « Puisque tu es si humble et si modeste devant moi, tu seras comme moi, c’est-à-dire que grâce à l’exaucement de tes demandes, tu auras la faculté d’annuler mes arrêts ». Lire ces belles pages du Talmud.

[89]La Torah a trois divisions générales, le Pentateuque, les prophètes et les hagiographes. Ce verset qui va être interprété en faveur de David, se trouve également dans le Talmud, traité de Mohède-Katane f°. 16b, où il est longuement expliqué, dans le même sens qu’ici.

[90]Cette déduction n’est compréhensible que dans le texte hébreu, parce que ce nom propre est expliqué maintenant adjectivement et substantivement en faveur de ce roi illustre. En effet il est l’homonyme de gracieux, beau que l’on applique à la vie de David, et des mots suivants : courbé, arbre.

[91]Dans le Deutéronome (XXXII, 30), il est dit, qu’un seul poursuivrait mille ennemis et deux feraient fuir une myriade. Voilà le motif de la surprise de David qui trouve ce nombre de huit cents inférieur de deux cents.

[92]Dans le Talmud de Bab. traité de Bérakoutes, f. 19a, on fait également cette recommandation de ne point condamner les sages aussitôt après leur délit. Dans notre texte il y a une légère variante, car dans le talmud on dit : Si tu vois un disciple commettre quelque faute la nuit, ne le condamne pas aussitôt le lendemain, car certainement il a dû faire pénitence pendant ce temps.

[93]Car, si le pécheur a fait pénitence, Dieu l’a absous et il n’existe plus rien du péché.

[94]Donc il faut interpréter ainsi la parole de Salomon : l’amitié couvre tous les crimes : c’est-à-dire les étudiants de la Thora couvrent tous les crimes, les effacent, par le repentir sincère et la pénitence qu’ils ne manquent pas de faire.

[95]Ce qui est plus fort, à mesure que la couche atmosphérique diminue d’épaisseur, à la deuxième heure, à la troisième heure, etc.

[96]On sait que l’hébreu emploie souvent des figures expressives. C’est le caractère des langues sémitiques surtout.

[97]Un texte différent porte : Ahabe, en place de Ahaze. — Dans le Talmud de Bab. traité du Sanédrine, folio 90, on mentionne également cette parole de nos sages, avec beaucoup d’explications.

[98]Or l’idolâtrie est la négation de la Thora, comme on l’a souvent dit dans le Talmud.

[99]Le Talmud a souvent répété cette recommandation et il y attache une si grande importance qu’il ne craint pas de dire : (Traité de Chabbate, folio 119) que Jérusalem n’a pu être détruite par les ennemis, que par ce que l’on ne s’était jamais repris l’un l’autre. C’est en effet un commandement positif : Tu ne manqueras pas de reprendre ton prochain. Lévitique XIX.

[100]Voyez le commentaire de ce verset dans Rashi, et les autres commentateurs, car c’est simplement une allégorie sur les sages qui se rendent utiles aux autres.

[101]C’est-à-dire la récompense de la vie éternelle.

[102]En effet dans le Talmud de Bab. traité des Bérakotes, folio 32a, les rabbins ont expliqué que par ces mots : laisse-moi, Moïse comprit que c’était une invitation tacite à prier en faveur de ses frères, car il n’avait pas encore dit mot pour que Dieu lui eût dit : laisse-moi ; c’était donc pour qu’il comprit qu’il était de son devoir d’intercéder immédiatement. Voyez le commentaire de Rachi dans Exode (ibid.) et celui de Mharcha au talmud (ibid.) également sur un autre verset du Deutéronome IX, 14.

[103]En hébreu on ne voussoie jamais, même la Divinité. Il en est ainsi en Chaldéen, en Araméen, en Arabe.

[104]Voyez Talmud de Bab. Traité Maccote fin du 1er ch. où R. Tarfoné et R. Aqiba approuvent le principe de la suppression de la peine de mort, question que l’on croit être généralement plus récente. Mais on ne partage pas leur avis car il serait préjudiciable à la justice elle-même. Dans une autre édition, il est dit ici que les Israélites feraient un raisonnement à fortiori.

[105]Car on sait que le dénombrement des Israélites ne comprenait que ceux de cet âge de vingt ans et au-dessus ; il avait accusé six cent trois mille cinq cent cinquante plus tard, (Nombres, II, 32) c’est-à-dire la deuxième année de la sortie d’Égypte (ibid. 11 et passim). Ce nombre donc de six cent mille de notre texte est celui cité dans l’Exode, XII, 37, mais l’âge n’y est pas mentionné.

[106]Allusion au peuple d’Israël, fils aîné de Dieu. V. Exode. IV, 22.

[107]La Thora est une couronne sainte. V. Proverbes I, 9, IV, 9. Pirqué Abotes, ch. VI.

[108]Le Talmud fait remarquer que l’ordre logique est renversé dans le deuxième membre de cette phrase, car les Israélites auraient dû dire : nous l’écouterons et nous le ferons. Cela témoigne dit-il, la sainte émotion qui s’empara d’eux et qui leur lit exprimer le dévouement avant l’audition.

[109]Et par interprétation analogique nous disons qu’il s’agit ici de la vie d’outre-tombe.

[110]Ce sont les paroles d’Abigaïle à David. Voyez Samuel.

[111]On compte toujours depuis le décès. V. Code rabbinique, tome III Yoré déâ, §374 et passim. Les détails du deuil à observer pour un mort varient suivant le degré de parenté que l’on a avec lui.

[112]Mais on doit conserver le deuil encore après un mois, car on ne parle ici que des pleurs qu’il ne faut pas perpétuer. V. Yoré déâ (ibid.).

[113]C’est-à-dire ne vous affligez pas outre mesure puisque je suis plus miséricordieux que vous. C’est moi qui fais mourir et fais vivre (Deutéronome, XXXII, 39).

[114]Voyez le chapitre dans Jérémie, car ce verset est détourné ici de son véritable sens, pour être interprété, à propos du deuil, et de ceux qui transgressent la Thora.

[115]On infère cela par l’amphibologie de la construction de la phrase qui existe également en français, il y a équivoque, car on peut dire : Dieu se souvint des jours passés, de Moïse, et se souvint de son peuple à lui (Dieu), ou : il se souvint de son peuple, (du peuple de Moïse, considéré comme le créateur de ce peuple). Pour la suite voyez le paragraphe dans Ésaïe.

[116]Et dans le talmud il est affirmé que les justes de toutes les nations ont droit à la vie future. Maïmonide n’a pas manqué de relater cela, ainsi que la plupart des moralistes et philosophes juifs.

[117]C’est-à-dire dans un but désintéressé, pour la gloire de Dieu. On sait que l’étude de la Thora est un hommage rendu à la Divinité, car elle nous a ordonné de la méditer et de l’observer continuellement.

[118]Au Talmud de Bab. traité des Bérakoutes, f. 5, on commente diversement ce verset. Ici il faut ainsi comprendre : leurs bouches louent l’Éternel (étudient sa loi) ; alors (des anges protecteurs) viennent l’épée à la main.

[119]L’auteur établit un parallèle entre ces commandements deux fois mentionnés dans le Pentateuque et le mot cœur deux fois cité ici.

[120]Le Talmud explique que ce verset a été répété trois fois dans le Pentateuque, parce qu’il y a trois défenses : (a) De ne jamais cuire de viande dans du lait, (b) de ne pas profiter de ce mélange, (c) de ne pas en manger.

[121]Voyez : Rois (I, 6).

[122]Le premier temple dura en effet 410 ans suivant le Talmud.

[123]Voyez la suite dans le prophète pour mieux comprendre, car on traduit ces paroles de différentes façons.

[124]Ironiquement, c’est-à-dire comment le punirai-je suffisamment ? Le Satan est la personnification du mal.

[125]Dans le texte hébreu il y a : j’éloignerai de vous le Septentrional ; comme ce dernier mot est un homonyme de l’adjectif caché, on va l’expliquer dans ce sens, comme on l’a déjà expliqué dans le Talmud pour les mauvaises passions qui sont cachées dans le cœur.

[126]V. Talmud de Bab. traité de Soucca, f. 52a, pour de plus amples explications. La mer fait ici allusion au temple de Jérusalem car ce dernier recevait les Israélites en grand nombre, comme la mer reçoit les innombrables cours d’eaux.

[127]Revoyez le traité du Talmud précité, car tous ces versets y sont très bien développés et encore plus par les commentateurs.

[128]C’est une catégorie d’anges éminents. En hébreu deux mots suffisent à les désigner : anges du service.

[129]Grâce à la similitude des deux verbes hébreux. Souvent on interprète ainsi un verset en remplaçant un mot qui s’y trouve par son homonyme. — Ici, on entend par roi des années, les anges susdits.

[130]Qui parlent de la révélation sinaïque. Voyez le psaume.

[131]L’ange de la mort est le Satan, les mauvaises actions, comme on l’a vu précédemment et dans le Talmud (ibid.).

[132]C’est-à-dire dans ce monde, en opposition à ce qui est dit des anges, au-dedans, dans leur demeure céleste.

[133]Souvent il est dit dans le Talmud, que les justes de la terre sont plus méritants que les anges et seront plus honorés. La cause en est que ces derniers n’ont point de passions à vaincre, tandis que les hommes ont cette lutte à entreprendre toute leur vie. Voilà ce qui forme leur mérite.

[134]Bien entendu, quand les fils amont péché en suivant les mauvaises voies de leurs parents : sinon, personne n’est responsable des fautes d’autrui. Cependant, il y a exception pour le cas où l’on aurait pu corriger son prochain et où on ne l’aurait pas fait ; la religion punit en effet une pareille faiblesse, car c’est un commandement positif de reprendre autrui.

[135]Il serait superflu de faire remarquer que ce sont là des allégories, si ce n’était pour couvrir l’auteur de cette description, des attaques irréfléchies que plusieurs pourraient lui faire.

[136]Pauvre est ici celui qui est dénué de bonnes actions, qui est pauvre en bien.

[137]Or le temple était le siège de la science et de la sagesse divines. La lecture du texte hébreu fera seule comprendre cela.

[138]La Thora est souvent désignée sous le nom de mère dans les livres hébreux.

[139]Parce qu’en hébreu, comme nous l’avons dit, pour le besoin d’une preuve à fournir, on se permet de changer momentanément quoique partie d’une phrase, un seul mot, une seule lettre même.

[140]Car à la vue d’un miracle, en général, on rend grâces à son Auteur, l’esprit et la raison étant saisis par un fait surnaturel.

[141]Parce qu’on explique ainsi les paroles du prophète : réveillez-vous et chantez, vous qui, durant votre vie, étiez habitants de la terre, c’est-à-dire, humbles, modestes, au même niveau que la terre.

[142]Par humiliation, simplicité. Dans les pays arabes du reste, cette coutume existe encore et les Arabes eux aussi s’assoient par terre sur des nattes, autour de leur maître.

[143]Les deux mots, en hébreu, herbes et Thora, ayant quelque ressemblance.

[144]Nous avons déjà dit que tout cela est allégorique.

[145]Le mot hébreu rapha ayant le sens de mort et de géant. C’est ce qui a fait dire plus haut qu’il s’agit des orgueilleux.

[146]Voyez : Rois (I, 17, 17). L’auteur de cet ouvrage étant Élie, c’est donc de lui-même qu’il parle, à moins que l’on ne partage les doutes que nous avons indiqués dans la préface.

[147]Le verbe français équivalent au verbe hébreu Kano, n’existe pas car il signifie : avoir un grand zèle pour…, être jaloux en faveur de la religion. L’auteur nous dit que c’est le grand amour que professait Élie pour la Divinité qui le rendit éminent.

[148]Dans le traité des Bérakotes de Bab. se trouve cette remarque, folio 7a, mais on la déduit d’une autre source. C’est une des façons d’honorer la Thora que d’honorer les sages.

[149]Ceci également s’y trouve, f. 31, et dans le traité de Eroubime, f. 64a, etc.

[150]Et on a vu déjà plus haut que celui qui médite la Loi ne craint personne.

[151]La Thora, en effet, est assimilée au feu : d’abord le Pentateuque lui-même le dit : Il donna (aux Israélites) de sa main droite, une loi de feu (Deutéronome), et dans les prophètes également on la compare ainsi. Voyez plus haut le verset : Est-ce que mes paroles ne sont pas comme le feu, dit Dieu ?

[152]Le nombre est indifférent : même une seule personne voyageant seule doit s’occuper de la Thora, comme on le dit au Pirqué Abote, et mainte fois ailleurs.

[153]Voyez Chroniques, II, 36, et les commentateurs nombreux qui développent ces renseignements bibliques, d’après les sources du Talmud, des midrachime.

[154]Mais nous avons déjà vu que la pénitence fait effacer toute espèce de péchés, à condition de ne plus les refaire. V. Traité de Roche-Hachana, f°. 17a.

[155]Déduction basée sur l’existence du même verbe dans cette phrase et dans le verset d’Ésaïe qui va être cité.

[156]Le mot hébreu : os est maintenant divisé en deux nouveaux mots, pour cette nouvelle interprétation : arbre, mort. Cette remarque est bien de circonstance ; en effet, c’est bien l’arbre de la connaissance qui causa la mort.

[157]Et voilà pourquoi ils furent tués, comme on l’a dit précédemment.

[158]Les midrachime (ou commentaires) se sont longuement étendus sur le jour célèbre de la résurrection de ces morts. Voyez principalement Yélquout, sur ces versets.

[159]Voyez ce chapitre XIV qui parle du roi de Babel et de sa punition.

[160]Il manque ici un paragraphe que nous insérerons à la fin du livre si nous le trouvons dans quelque édition : dans la présente (Warcha, 5.636) il n’existe pas à la fin du livre comme l’éditeur avait dit de le placer.

[161]Cette réflexion n’a pas perdu son actualité : aussi avons-nous reproduit littéralement l’image du texte.

[162]C’est-à-dire que je les punis en une bonne fois, par de grands coups.

[163]En hébreu on interprète, ici, changé, par faire plusieurs fois, répéter, ces deux verbes se ressemblant.

[164]Voyez Torat Cohannime, Michena Néghaïmes expliquant le Lévitique chapitre XIII, etc., où se trouvent ces différentes plaies.

[165]Nous avons déjà vu ce nom plus haut.V. Traité de Témoura f. 16a.

[166]Les commentateurs de cet ouvrage reconnaissent qu’il y a certainement ici quelque lacune ou changement dans le texte car il n’est pas compréhensible. Nous avons tâché de donner le sens le plus probable.

[167]En hébreu, collier est le même mot que géant. Voyez Nombres (XIII, 22, 33). Or géant est un mot appliqué à Abraham dans certains midrachime. Donc ici : par l’un des colliers de ton cou, est une allusion à Abraham.

[168]Il est à remarquer que l’auteur ne dit rien d’Isaac, cité cependant précédemment parmi les justes. Nous avons ajouté dans notre traduction : quelques temps, car la Genèse dit au contraire qu’il vécut de mauvais jours. (XLVII, 9). V. la page suivante.

[169]On sait que les patriarches ont étudié et observé la Thora, suivant le Talmud et les midrachime.

[170]Le mot tentes est une allusion aux lieux d’étude comme il est prouvé dans le Talmud.

[171]On compare les études faites par Jacob dans sa jeunesse à ces fils que l’on a eus à cet âge.

[172]Puisque nous avons dit que depuis sa jeunesse Jacob avait été studieux.

[173]Ces vingt-deux ans se supputent ainsi : Joseph, au jour de sa vente, était âgé de dix-sept ans (Genèse, XXXVII, 1). Quand il expliqua les songes, de Parho, il avait trente ans (ibid. XLI, 46), ce qui fait une période de treize ans. Quand ses frères descendirent en Égypte, il s’était écoulé sept ans d’abondance, et on était dans la deuxième année de famine, (ibid. XLV, 6). Cela fait donc en tout vingt-deux ans.

[174]Le mosaïsme permet la polygamie, mais l’alliance avec deux sœurs est interdite tant que la première est en vie. On a vu plus haut que les patriarches observaient la Thora, avant qu’elle ait été donnée à leurs descendants sur le Mont Sinaï.

[175]C’est-à-dire qu’il aura part à la vie future.

[176]C’est-à-dire qu’il fut considéré comme ayant mérité d’avoir toujours vécu heureux, même dans ce monde.

[177]C’est par la juxtaposition de ces deux nombres dix-sept ans et cent quarante-sept ans, dans cette phrase, que l’on conclut que ces dernières années sont comptées heureuses comme les dix-sept de la fin de sa vie.

[178]Ytro donc avait déjà entendu parler de Dieu, et le séjour de Moïse auprès de lui, lui stimula une sainte envie d’embrasser le culte du Créateur. Il le conjure au nom de ses deux fils dont l’un porte le nom du Dieu de son père.

[179]On sait que les Kéniens étaient les descendants d’Ytro. Balaame prophétisa donc en leur faveur, car il fait allusion ici aux écoles, comparées aux rochers.

[180]Dans le traité de Pessahime, f° 49, a-b, vous voyez ce sujet développé ; on y défend de s’unir aux impies qui sont, disent nos rabbins, de véritables bêtes.

[181]Comp. Pirké Abote, ch. VI, pour ce même sujet.

[182]Ici on parle de Dieu, et on applique ce verset à la Thora, puisqu’elle est toute la volonté de Dieu, et ne fait qu’un avec lui.

[183]Parce que tout ignorant est impie, et tout impie ne mérite pas de vivre.

[184]Comme on le voit dans la Genèse, ch. I, où la simplicité de la Création est merveilleuse. C’est ce qui a fait certainement insérer dans le rituel de nos prières journalières le Barouch Chêamare.

[185]Cf. Talmud de Bab. Traité de Témoura, f° 16a, où il y a une légère variante dans le commentaire de ce même verset.

[186]Le texte dit salons, salles, comme dans les phrases suivantes.

[187]Comme on l’a déjà vu mainte fois, la Thora est la pierre fondamentale du peuple d’Israël. L’étude et la pratique de la Loi divine sont préconisées sans cesse. V. Talmud de Bab. Traité des Bérac. f° 8 ; T. des Ménahotes, f° 110a ; de Haboda-Zara f° 19, a.

[188]Allusion au jour de la révélation sinaïque. Ce nombre d’anges ne figure dans aucun autre ouvrage, que nous sachions.

[189]C’est-à-dire qu’un des noms de Dieu étant El, le mot Israël et tous ceux qui ont cette terminaison ont donc le nom de Dieu en eux.

[190]Nous avons déjà vu que l’étude de la Thora est également un hommage rendu à Dieu.

[191]Cette phrase du Pentateuque qui fuit partie de la bénédiction qu’adressa Moïse, avant de mourir aux Israélites, est en même temps leur louange. Voyez la suite : Ô que tu es heureux, Israël ! etc. Ici on interprète ces paroles comme si Dieu les disait lui-même. On sait que Jacob s’appelait également Israël.

[192]Qui puisse par ses prières et ses vertus te faire revenir de ta résolution.

Sources
Présentation
Tana débé Eliyahou (« Enseignements de l’école d’Élie », également appelé « Seder Eliyahou ») est le nom composite d’un midrash qui se compose de deux parties : la plus grande Tana débé Eliyahou Rabba et la plus petite Tana débé Eliyahou Zouṭa. Le midrash retravaille les midrashim antérieurs, les utilisant pour mettre en évidence des idées telles que l’importance de la prière et de l’étude de la Torah. Le Talmud attribue un midrash du même nom à Élie le Prophète (Eliyahou en hébreu), bien que la question de savoir si le midrash existant est celui auquel il est fait référence dans le Talmud a longtemps fait l’objet de débats. Certains datent l’œuvre dès le troisième siècle de notre ère, tandis que d’autres la datent aussi tard que le Xe siècle. Des parties de Tana débé Eliyahou ont été incorporées dans la liturgie juive et les lois qui y sont présentées ont été codifiées dans l’ouvrage juridique classique, le Shoul’han Aroukh.
Tana Débé Eliyaou
Traduction française : Tana Débé Eliyaou ou l’Enseignement de l’école d’Elie. Traduit de l’Hébreu avec de nombreux éclaircissements par Joseph Kaoua. Tome Premier. Alger, 1901.
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