תפסיר רס״ג
Tafsir Rasag / Traduction arabe du Tanakh de R. Saadia Gaon
Trad. J. Derenbourg dir. (1893-1899)
En ton nom, ô Miséricordieux ! Ceci est la traduction du Livre de la Justification, qui est attribué à Job, tel que l’a traduit le chef de l’Académie, notre guide et maître Saadia, le chef de l’École de Mahasia — que l’esprit de Dieu lui donne le repos !
L’auteur commence en disant : Béni soit Dieu, le dieu d’Israël, qui a précédé tous les commencements, qui restera après toutes les fins, qui crée et forme, qui ramène et ressuscite, qui mérite la louange et la reconnaissance pour sa grâce générale et pour sa bienfaisance universelle.
Après cela, je dirai : Bien que l’idée delà bonté et de la bienfaisance ne puisse pas être divisée en elle-même, c’est-à-dire que, rare ou fréquente, la bonté mérite d’être considérée comme telle, d’une manière absolue, elle se divise néanmoins sous les rapports de la quantité et de la qualité. Ainsi, la bonté des créatures a une mesure, qui atteint son terme lorsque les créatures disparaissent, comme Celui à qui appartient la gloire a dit dans son livre : « Une voix dit : Proclame ! et je dis : Que dois-je proclamer ? Toute la chair est comme de l’herbe, toute sa bonté est comme la fleur des champs (Is., XL, 6) ». Mais la bonté de l’Éternel — qu’il soit glorifié et exalté ! — est infinie, puisqu’elle lui est inhérente, et la bonté et la bienfaisance divines n’ont ni limite ni terme. En voulant marquer avec toute la force possible la limite extrême de ce que peuvent atteindre les sens des êtres raisonnables, Dieu dit : « Comme les cieux sont élevés au-dessus de la terre, ainsi mes voies sont élevées au-dessus des vôtres et mes pensées au-dessus de vos pensées (Is., XLV, 9) ». Car, bien que les sens aperçoivent le ciel et la terre comme étant rapprochés l’un de l’autre, la raison prouve qu’il y a entre eux une grande distance. Ceux qui ont examiné et calculé (cette distance) ont assuré que la partie de la sphère la plus rapprochée de la terre est à plus de seize fois la totalité du diamètre de la terre, c’est-à-dire de la ligne qui en coupe la circonférence en deux moitiés ; mais la partie extrême de la sphère que le sens peut percevoir (est à une distance qui) dépasse plusieurs milliers de fois la mesure mentionnée. Or, si le Sage — qu’il soit béni et exalté ! — a dit que sa voie, en ce qui concerne la bonté et la grâce, est plus élevée et plus haute que la générosité et la bienfaisance des créatures, autant que les cieux sont élevés au-dessus de la terre, ce n’est pas qu’il soit allé jusqu’au bout en arrivant à cette limite, mais il n’a fait cette comparaison que parce que les sens des hommes ne parviennent pas à saisir une hauteur plus grande que celle-là. Il a dit de la même manière : « Comme les cieux sont élevés au-dessus de la terre, etc., comme l’orient est éloigné de l’occident, etc. »(Ps., CIII, 11-12l. Ce qui confirme cette (explication) de la manière la plus claire, c’est la parole du prophète : « Car ta bonté est plus grande en élévation que les cieux et ta grâce l’est plus que les nuées (Ib., CVIII, 5) ». Le prophète nous enseigne que la mesure de la bienfaisance et de la bonté du Créateur est plus élevée que les cieux et plus haute que les nuées, dans une proportion qui ne peut être atteinte ni comprise. Louange donc au Tout-Puissant qui n’a nulles limites à son autorité, dont la bonté et la grâce sont plus élevées que les sphères, plus étendues que le monde et qui est infini !
Ce qui est évident, c’est que le fait d’avoir donné l’existence aux créatures après qu’elles n’avaient pas été constitue la grâce la plus forte, puisque (Dieu) a créé le monde entier et y a fait habiter les êtres raisonnables pour leur être utile. À ce sujet le prophète dit : « Car je sais que ta bonté est établie éternellement et que ta fidélité durera aussi longtemps que subsisteront les cieux (Ps., LXXXIX, 3) ». De même, la vie qu’il accorde aux créatures et toute la bonne direction qu’il leur imprime et par laquelle il les conduit sont entièrement une grâce et un bienfait, comme a dit le prophète : « Tu m’as accordé la vie et la grâce ; ta sollicitude a conservé mon souffle (Job, X, 12) ». De même, les ordres et les défenses que Dieu a donnés aux hommes, soit en accordant à leur intelligence la faculté d’approuver ou de désapprouver, soit en leur faisant des communications et des révélations, tout cela est grâce et bienfait, comme il est dit : « Il aime l’équité et la justice, et sa bonté embrasse le monde (Ps., XXXIII, 5) », parole qui se rapporte au témoignage de l’intelligence. Puis il est dit : « Dieu ! comme ta bonté embrasse le monde, enseigne-moites prescriptions (ib., XIX, 64) », (parole) qui s’applique à ce qu’on apprend par la révélation véridique. Tout cela est appelé bonté. Même arriver à chanter, à glorifier et à louer Dieu de ce qu’il a créé et à le remercier de ses bienfaits, tout cela est nommé bonté, comme il est dit : « Ils remercient Dieu de sa bonté et de ses merveilles à l’égard des hommes (ibid., CVII, 8) ». Les douleurs, les maladies et les souffrances que Dieu a fait exister dans le monde sont encore un bienfait et un avantage pour les hommes, (car ils les amènent) à craindre son châtiment et à redouter sa vengeance, comme il est dit : « Et Dieu a agi de manière à ce qu’on le craigne (Eccl., III, 15) ». Donc Dieu — qu’il soit élevé ! — leur a fait ressentir les douleurs pour que, une fois qu’ils en sont délivrés, ils reconnaissent sa bonté et sa grâce, comme le prophète a dit : « Car ta bonté a été grande envers moi, et tu as sauvé mon âme de la tombe qui est en bas (ibid., LXXXVI, 13) ». Ce qui est vrai des douleurs que l’on ressent sans qu’elles affectent le corps, Test également des douleurs qui le touchent, à savoir que le Créateur n’en afflige son serviteur que pour son amélioration et pour son bien. Celui-ci alors passe par trois degrés. Dans le premier on instruit et on exerce la raison, car bien que ces actes soient douloureux pour les êtres intelligents à cause de la peine, de la fatigue et de l’application de la pensée, ce n’en est pas moins un bien pour eux. Là-dessus l’Écriture dit : « Ne dédaigne pas, ô mon fils, les leçons de Dieu, et ne sois pas lassé de ses avertissements (Proverbes, III, 11) ». L’Écriture compare Dieu au père qui éduque son fils en le grondant, en le frappant et en lui infligeant beaucoup de souffrances, afin de le former à l’obéissance et à la sagesse, comme il est dit plus loin :*« Car Dieu avertit celui qu’il aime, agissant à son égard comme le père trouve bon d’agir envers son fils (ibid., III, 12) ». De même, l’expérience montre que le sage se fatigue par des veilles, par la peine qu’il se donne de lire des livres et par l’emploi des réflexions et du discernement pour parvenir à les comprendre, sans se laisser rebuter par rien, comme le prophète « . dit : « Par suite de ses souffrances il verra (la récompense) et en sera rassasié ; et par son intelligence il proclamera l’innocence du juste. Tel est le rôle de mon prophète à l’égard de la foule (Isaïe, LIII, 11) ». Dans le deuxième degré l’homme subit la punition. Lorsque le serviteur a commis une faute pour laquelle il mérite d’être puni, c’est un effet de la bonté du Miséricordieux — qu’il soit glorifié et exalté ! — et de sa sollicitude pour son serviteur de lui causer une douleur quelconque qui efface ses mauvaises actions en entier ou en partie. Alors cette douleur est nommée épuration et, tout en étant une punition, elle doit être considérée comme un bienfait, puisqu’elle détourne le serviteur de la récidive et fait disparaître son passé ; c’est à ce sujet qu’il est dit : « J’ai châtié avec la verge leur péché et par des tourments leurs fautes, mais je ne détournerai pas de lui ma bonté (Ps., LXXXIX, 33, 34) ». L’expérience montre que le père fait parfois absorber à son fils les boissons les plus amères et les remèdes les plus désagréables pour le délivrer de ses maladies et pour améliorer la qualité de son tempérament. Au sujet de cette comparaison, Dieu dit : « Tu sauras dans ton cœur que, de même que l’homme corrige son fils, ainsi l’Éternel ton dieu te corrige (Déut., VIII, 5) ». Le sage d’entre les hommes agit parfois de la même manière. Le troisième degré, c’est l’état d’épreuve et d’examen. Lorsque Dieu sait que son serviteur pieux supportera avec résignation la souffrance qu’il lui envoie et persévérera dans sa piété, il la lui impose afin de le récompenser et de le favoriser pour sa résignation. Ce genre est encore de la bonté et de la bienfaisance, puisque Dieu fait obtenir à son serviteur un bonheur durable, comme il est dit : « Heureux l’homme que tu châties, ô Dieu, et que tu instruis par ta loi, afin de le reposer des jours de malheur, jusqu’à ce qu’un abîme se creuse pour le méchant (Ps., XCIV, 12, 13) ».
Cette souffrance peut atteindre la fortune, le corps ou l’âme. Dieu nous a donc retracé l’histoire d’un homme pieux qu’il a mis à l’épreuve, qui a supporté cette épreuve avec résignation et qui a remercié Dieu. Aussi Dieu lui a-t-il promis un bonheur durable dans l’autre monde et s’est-il empressé de lui accorder dans ce monde ce qui devait lui confirmer cette espérance. C’est l’histoire de Job, le prophète, que la paix soit sur lui !
Ensuite, Dieu sachant que les réflexions qui se présentent à l’esprit des hommes, lorsque des souffrances leur arrivent, ont été, dans le cours du temps, de quatre sortes, comme cela eut lieu à l’époque de Job, il a trouvé nécessaire de nous mettre (l’histoire de Job) par écrit, afin que nous en tirions une leçon et que nous choisissions parmi ces réflexions le point de vue préférable, que nous le déclarions obligatoire et que nous écartions tous les autres. Dieu nous a donc fait connaître l’histoire des malheurs et des épreuves de Job, ses discours et les discours de ses amis, les allégations de chacun d’eux et la réfutation que leur opposa Elihou. Il s’est proposé de nous révéler ce qui se passe dans le cœur des hommes, lorsqu’ils sont peu résignés à l’épreuve. Aucune de ces cinq personnes ne prétend imputer une injustice au Créateur, et tous lui dénient tout genre d’injustice. Ainsi Job dit : « Certes, je sais qu’il en est ainsi et comment l’homme pourrait-il avoir raison contre le Tout-Puissant?(IX, 2) » ; Eliphaz dit : « L’homme sera-t-il plus juste que Dieu ? (IV, 47)» ; Bildad dit : « Est-ce que Dieu fausse la justice et le Tout-Puissant fausse-t-il l’équité ? (VIII, 3) » ; Sophar dit : « Car il connaît les hommes pervers (II, 11) » ; enfin Elihou dit : « C’est pourquoi vous, hommes de cœur, écoutez-moi ; loin du Tout-Puissant, toute injustice ! (XXXIV, 10) ». Mais la discussion entre ces hommes ne porte que sur les trois autres opinions. Job disait : Le Sage peut faire souffrir son serviteur, bien que celui-ci n’ait commis aucun péché, il le fait selon sa volonté puisqu’il est son maître et cela ne peut être nommé une injustice, comme il l’exprime clairement en disant : « Voici qu’il décide une chose. Qui lui résisterait et qui lui dirait : Que fais-tu ? (IX, 12) ». Ce qui portait Job à émettre cette opinion, c’est qu’il avait conscience d’être vertueux et que pourtant il avait été affligé de ces souffrances. Il se pourrait à l’inverse que Dieu fît du bien à l’infidèle, et que la cause en fût également dans sa volonté, comme il dit : « Les tentes des pillards sont en sécurité (XII, 6) » ; Eliphaz, Bildad et Sophar disaient tous : Dieu ne fait souffrir que l’infidèle, c’est-à-dire celui qui refuse de le servir, ou bien le pervers, c’est-à-dire celui qui commet des péchés graves qui lui ont été défendus, ou bien le pécheur, c’est-à-dire celui qui se rend coupable de péchés légers. Dans ce sens, Eliphaz dit : « Rappelle-nous donc si jamais un innocenta péri, etc., comme j’ai vu périr ceux qui préparent l’iniquité, etc. Ils périssent par le souffle de sa colère, etc. (IV, 7-9) ». Bildad dit : « Le papyrus grandit-il sans bourbier ? etc. Pendant qu’il est dans sa saison, on ne le coupe pas, etc. Tel est le sort de tous ceux qui oublient Dieu (VIII, 11-13) ». Sophar dit : « Les yeux des méchants regarderont fixement (XI, 20) ». Mais aucun d’eux n’admet de quelque manière que ce soit que Dieu envoie des souffrances à un serviteur pieux et tous disent à Job : S’il n’y avait pas de péchés que tu eusses commis, Dieu ne t’aurait pas frappé de ces malheurs, comme (Eliphaz) lui dit : « Ta méchanceté n’est-elle pas grande, etc. Ainsi tu prenais gratuitement un gage de tes frères, etc. Tu ne donnais point à boire à l’homme épuisé, etc. Voilà pourquoi des pièges t’entourent, etc. Ou bien tu seras dans l’obscurité où tu ne verras pas, etc. (XXII, 5-11) », et des passages semblables en grand nombre. Ce qui les porta à cette opinion, c’est que leur intelligence estimait que le Créateur — que ses noms soient sanctifiés ! — est équitable et ne fait pas d’injustice. En voyant ensuite Job affligé de douleurs, ils déclarèrent que Job ne l’aurait pas été s’il ne l’avait mérité par un péché antérieur. De notre temps, il y a des hommes qui tiennent de tels discours, qui adoptent ces opinions et qui ignorent l’opinion préférable, la troisième, celle d’Elihou, savoir que Dieu — qu’il soit célébré et exalté ! — fait parvenir parfois son serviteur au bonheur par l’un de trois moyens. Le premier, c’est le repentir qui suit un péché commis auparavant, ainsi qu’Elihou a dit : « Pour éloigner l’homme d’une mauvaise action, etc. En faisant cela, il sauve son âme de la perdition, etc. (XXXIII, 17) ». Le second moyen, ce sont les bonnes actions accomplies par le serviteur, fussent-elles même en petit nombre, comme Elihou a dit : « S’il a à son compte une bonne action sur mille, elle est pour lui comme un ange qui plaide pour lui, etc. », et ensuite : « En faisant cela, il sauve déjà son âme de la perdition et sa vie verra la lumière (XXXIII, 23 et 28) ». Le troisième moyen, ce sont les épreuves et les afflictions que Dieu lui a imposées et qu’il a supportées avec résignation, comme Elihou a dit : « Par là il détourne son âme de la perdition et pour l’éclairer par la lumière de la vie (XXXIII, 30) ».
J’expliquerai d’une manière complète ces idées dans ce livre, et je n’ai fait ici que les mentionner par avance. Cette opinion d’Elihou est imposée par la saine raison et par la démonstration juste. C’est pourquoi Dieu a donné tort à Job en disant : « Est-ce que tu voudrais casser mon jugement ? (XL, 8) », et à Eliphaz, Bildad et Sophar, en disant à Eliphaz : « Ma colère est enflammée contre toi et tes deux amis, car vous n’avez jamais rien dit de juste sur moi en ce qui concerne mon serviteur Job (XLII, 7) ». Mais Dieu n’a pas blâmé Elihou ; au contraire, il a conclu son discours à Job dans le même sens que Elihou, ce qui était donner raison à celui-ci. En outre, Elihou avait commencé son discours en disant qu’il réfuterait tout le monde, comme il avait dit à Job : « Je te répondrai par un discours à toi et à tes amis avec toi (XXXV, 4) »;puis il a prononcé quatre discours sans que personne pût répliquer. La conclusion fut donc telle qu’il l’avait voulue.
Le Sage, — qu’il soit glorifié ! — nous a écrit l’histoire de Job et de ses amis et nous la proposée comme exemple pour nous fournir un enseignement et nous disposer à la piété, en sorte que nous sachions que, lorsque les douleurs et les malheurs nous atteignent, ils rentrent dans l’un des deux cas suivants : ou bien ils ont pour cause des péchés antérieurs, et alors ils sont nommés punition ; dans ce cas il convient que nous recherchions ces péchés, que nous corrigions nos actes et que nous cessions d’être négligents, comme il est dit : « Scrutons nos voies et examinons-les et retournons vers Dieu (Eccl., III, 40) » ; ou bien les malheurs sont une épreuve que le Sage nous envoie afin que nous la supportions avec résignation et qu’il nous en récompense. Nous ne devons attribuer, dans les deux cas, aucune injustice au Créateur, mais nous devons reconnaître la vérité de l’attribut qu’il s’est appliqué à lui-même dans son livre : « Dieu au milieu de cette ville est juste, Il ne commet pas d’injustice (Soph., III, 5) ». Pour cette raison ce livre a été nommé « Livre de la Justification ».
L’auteur du commentaire dit : J’ai trouvé beaucoup de gens de la nation qui regardent ce livre d’un œil clos, et qui, en beaucoup de points, éprouvent de la difficulté à le traduire et à l’interpréter. Premièrement : qui était le Satan, que disait-il et comment se conduisait-il ? Deuxièmement : (pourquoi) des souffrances ont-elles été infligées à Job, le prophète, bien qu’il fût attesté qu’il était parfait et droit ? Troisièmement : comment se passa la discussion entre Job, ses amis et Elihou ? que prétendait chacun d’eux, et de quelle manière se répondaient-ils et se répliquaient-ils les uns aux autres ? Quatrièmement : la détermination des versets qui sont le but spécial de chaque discours a échappé à beaucoup de monde, parce que les paroles ont été multipliées et délayées, au point que les phrases accessoires qui doivent embellir le début (d’un morceau), en étendre la fin et en remplir le milieu couvrent les phrases qui forment l’objet même de ce morceau. Cinquièmement : quels sont les enseignements renfermés dans le discours de Dieu — qu’il soit béni et exalté ! — et quel en est l’enchaînement. On a été tellement troublé par ce livre qu’il a entraîné beaucoup de gens à nombre d’erreurs diverses. Ce livre donc, qui avait été destiné par le Sage à améliorer ses serviteurs, a failli les perdre. J’en ai été inquiet, et je me suis imposé d’interpréter ce livre, en suivant les trois principes à l’aide desquels on interprète tous les livres de Dieu, à savoir : les données de l’argumentation rationnelle ; l’usage de la langue des gens parmi lesquels le livre a été écrit, et les traditions qui ont été garanties à nos docteurs par leurs anciens, les prophètes de Dieu — qu’il soit exalté ! — (Ces principes) doivent être appliqués d’après une gradation fixe et je dirai : Dans toute traduction vient en première ligne le sens courant des mots du livre interprété, à moins que ce sens courant ne soit impossible rationnellement ou qu’il soit repoussé par les traditions. Ce qui vient en second ordre, c’est le sens figuré usité dans la nation. Il convient que l’interprète y ramène certains mots exprimant une idée contraire à la raison ou à la tradition ou à l’une des deux. L’explication métaphorique devra être judicieuse, de sorte qu’on la trouve admissible et qu’on ne la rejette pas, comme je l’ai indiqué et même largement expliqué dans l’introduction au commentaire de la Thora.
C’est d’après ces prémisses que je traiterai les paroles (du livre) : je ferai ressortir dans chaque discours de Job et de ses amis les versets [essentiels au milieu de ceux] qui ne sont que remplissage dans le morceau et qui enveloppent une thèse, soit pour embellir le début, soit pour en étendre la fin. J’expliquerai toutes les réponses de chacun des interlocuteurs [conformément à la réponse] de l’ami qui l’a précédé. Ainsi, lorsque Job prononce un discours et qu’il entend ensuite la réponse d’Eliphaz, il ne se peut pas que ses allégations dans son second discours soient tout à fait les mêmes qu’il avait formulées dans son premier discours, puisque ces premières allégations il les avait formulées avant d’avoir entendu le discours d’Eliphaz ; il convient donc que ces secondes allégations, formulées après qu’il a entendu le discours d’Eliphaz, ajoutent quelque chose k ce qu’a dit Eliphaz. Il est de même impossible que la pensée exprimée par Bildad dans son discours soit la même qui a été exprimée par Eliphaz dans le sien, parce que la réponse d’Eliphaz doit se rapporter au premier discours de Job, tandis que celle de Bildad doit correspondre au second discours de Job. Je coordonnerai les autres discours d’après cette règle. Pareillement pour les trois discours que Job a prononcés et auxquels n’ont pas répliqué ses amis, Sophar, qui s’est arrêté le premier, Eliphaz et Bildad, discours qui ont été suivis des quatre d’Elihou : j’ai été obligé de signaler, dans chaque discours prononcé par Job, les trois versets qui en constituent le but, et de les mettre en face d’un ou de plusieurs versets tirés des paroles d’Elihou, qui forment ainsi une réponse parfaite. De la sorte, le premier discours d’Elihou est une réponse au premier discours de Job, le second (d’Elihou) au second (de Job) et le troisième au troisième. Et le quatrième (discours d’Elihou) reste en plus, sans qu’aucun des quatre personnages ait pu le réfuter. De même j’expliquerai le sens des trois [discours de Dieu]…
Tu verras dans cet ouvrage la solution des obscurités de ce livre, l’éclaircissement du discours de chacun des personnages, en sorte que chacun d’eux réponde à l’orateur précédent, et l’exposé des cas où il faudra avoir recours aux exemples de métaphores dans le langage, ou d’arguments rationnels ou d’autres textes clairs ou de traditions authentiques des prophètes, tout cela brièvement pour qu’il n’y ait pas de longueurs fatigantes, et c’est à Dieu que je demande secours.
Il y avait dans le pays d’Ouç un homme du nom de Job ; cet homme était intègre et droit, craignant Dieu et évitant le mal.
Il y avait dans le pays d’Ous un homme dont le nom était Job. Cet homme était intègre, droit, craignant Dieu, s’éloignant du mal.
Il lui était né sept fils et trois filles.
Il lui naquit sept fils et trois filles.
Il possédait sept mille brebis, trois mille chameaux, cinq cents paires de bœufs, cinq cents ânesses et de très nombreux gens de service. Et cet homme était le plus considérable de tous les habitants de l’Orient.
Son bétail comprenait sept mille têtes de moutons, trois mille chameaux, cinq cents paires de bœufs, cinq cents ânesses, avec un très grand nombre de serviteurs, et cet homme était plus puissant que tous les fils de l’Orient.
Ses fils avaient coutume d’organiser un festin dans la maison de chacun d’eux à tour de rôle ; ils faisaient aussi convier leurs trois sœurs à manger et à boire avec eux.
Ses fils allaient et organisaient un festin chaque jour chez l’un d’eux ; et ils envoyaient inviter leurs trois sœurs à manger et à boire avec eux.
Et lorsque le cycle de ces jours de festin était révolu, Job envoyait chercher ses fils pour les purifier ; il se levait de grand matin et offrait un holocauste pour chacun d’eux, car Job se disait : « Peut-être mes enfants auront-ils commis quelque péché et renié Dieu en leur cœur. » C’est ainsi qu’agissait Job en tout temps.
Chaque fois que les jours des festins étaient terminés, Job envoyait purifier ses fils : il se levait de bon matin et offrait des holocaustes selon leur nombre à tous, car il disait : « Peut-être que mes fils ont péché et ont blasphémé contre Dieu dans leurs âmes. » Ainsi faisait Job de tout temps.
Or, un jour les fils de Dieu vinrent se présenter devant l’Éternel, et le Satan, lui aussi, vint au milieu d’eux.
Un jour que les amis de Dieu étaient venus se placer devant lui, l’adversaire de Job se présenta avec eus.
L’Éternel dit au Satan : « D’où viens-tu ? » Le Satan répondit au Seigneur et dit : « J’ai visité la terre et l’ai parcourue en tous sens. »
Dieu lui dit alors pour entrer en matière : « D’où viens-tu ? » Il répondit et dit : « De faire une tournée dans ce pays et de m’y promener. »
L’Éternel demanda au Satan : « As-tu porté ton attention sur mon serviteur Job ? Certes, il n’a point son pareil sur la terre, tellement il est un homme intègre et droit, craignant Dieu et évitant le mal. »
Et Dieu lui dit : « As-tu porté ton attention sur mon serviteur Job, car il n’y a pas dans le pays d’homme comme lui, intègre, droit, craignant Dieu, s’éloignant du mal. »
Le Satan répliqua au Seigneur et dit : « Est-ce donc gratuitement que Job craint Dieu ?
Il répondit : « Est-ce gratuitement que Job craint son Maître ?
N’as-tu pas élevé comme une haie tutélaire autour de lui, de sa maison et de tout ce qui lui appartient ? Tu as béni l’œuvre de ses mains, et ses troupeaux se répandent dans le pays.
Ne l’as-tu pas protégé, lui, sa famille et tout ce qui lui appartient ? N’as-tu pas veillé sur lui et ne l’as-tu pas béni dans l’œuvre de ses mains ? Ne s’est-il pas enrichi dans le pays par son bétail ?
Or ça, étends une fois ta main et touche tout ce qui est à lui ; tu verras s’il ne te reniera pas en face. »
Mais étends ta main et touche à l’un de ses biens, (et vois) s’il ne te fera pas de reproches et s’il ne te reniera pas. »
L’Éternel répondit au Satan : « Eh bien ! Tout ce qui lui appartient est en ton pouvoir ; seulement, tu ne le toucheras pas lui-même. » Et le Satan se retira de devant la face de l’Éternel.
Dieu lui répondit : « Voici tout ce qui lui appartient livré à ta volonté, seulement n’exerce pas ta volonté contre lui-même. Ensuite l’adversaire sortit de devant Dieu.
Un jour donc que les fils et les filles de Job mangeaient et buvaient du vin dans la maison de leur frère aîné,
Or, un jour que ses fils et ses filles mangeaient de la nourriture et buvaient du vin dans la demeure de leur frère aîné,
un messager aborda Job et lui dit : « Les bœufs étaient en train de labourer et les ânesses paissaient à côté d’eux,
voici qu’un messager vint trouver Job et lui dit : « Les bœufs étaient occupés à labourer et les ânesses paissaient à côté d’eux,
quand les Sabéens ont fait irruption et les ont enlevés ; quant aux esclaves, ils les ont passés au fil de l’épée ; moi seul j’ai pu m’échapper et te l’annoncer. »
quand des Sabéens fondirent sur eux, les enlevèrent, tuèrent les gardiens par l’épée. Seul j’ai échappé pour te l’annoncer. »
Il n’avait pas achevé de parler qu’un autre survient et dit : « Un feu de Dieu est tombé du ciel, embrasant les brebis et les esclaves, et a tout consumé. Moi seul j’ai pu m’échapper et te l’annoncer. »
Il parlait encore, lorsqu’un autre arriva et dit : « Un feu est tombé du ciel, a incendié les troupeaux et les gardiens et les a consumés. Seul j’ai échappé pour te l’annoncer. »
Il parlait encore qu’un autre arrive et dit : « Des Chaldéens, ayant formé trois bandes, se sont jetés sur les chameaux et les ont enlevés ; quant aux esclaves, ils les ont passés au fil de l’épée. Moi seul j’ai pu m’échapper et te l’annoncer. »
Il parlait encore, qu’un autre arriva et dit : « Les Chaldéens ont formé trois bandes, se sont jetés sur les chameaux et les ont enlevés ; ils ont tué les gardiens par l’épée. Seul j’ai échappé pour te l’annoncer. »
Il n’avait pas fini de parler qu’un autre survient et dit : « Tes fils et tes filles mangeaient et buvaient dans la maison de leur frère aîné,
Pendant qu’il parlait, un autre arriva et dit : « Tes fils et tes filles prenaient de la nourriture et buvaient du vin chez leur frère aîné ;
et voilà qu’un vent violent, venant de l’autre côté du désert, a ébranlé les quatre angles de la maison ; elle s’est écroulée sur les jeunes gens, et ils ont péri. Moi seul, j’ai pu m’échapper et te l’annoncer. »
voilà qu’un grand vent est survenu du côté du désert, il a atteint les quatre coins de la maison, qui s’est écroulée sur les jeunes gens et les a tués. Seul j’ai échappé pour te l’annoncer. »
Job se leva, déchira sa tunique, se rasa la tête, se jeta à terre et resta prosterné.
Job se leva, déchira son manteau, coupa des cheveux de sa tête et se jeta à terre en se prosternant.
Il dit : « Nu je suis sorti du sein de ma mère, et nu j’y rentrerai1. L’Éternel avait donné, l’Éternel a repris, que le nom de l’Éternel soit béni ! »
1 Allusion à la tombe.
Puis il dit : « Nu je suis sorti du sein de ma mère, et nu je retournerai au tombeau. Dieu a donné et Dieu a pris ; que le nom de Dieu soit béni ! »
En dépit de tout, Job ne faillit point et n’imputa pas d’injustice à Dieu.
Après tous ces événements, Job ne pécha point et ne proféra aucun blasphème contre son Maître.
Or, le jour arriva où les fils de Dieu vinrent se présenter devant l’Éternel. Le Satan lui aussi vint au milieu d’eux pour se présenter à l’Éternel.
Un jour que les amis de Dieu étaient venus se placer devant lui, l’adversaire se présenta avec eux.
L’Éternel dit au Satan : « D’où viens-tu ? » Le Satan répondit : « J’ai visité la terre et l’ai parcourue en tous sens. »
Dieu lui dit alors : « D’où viens-tu ? » Il répondit et dit : « De faire une tournée dans ce pays et de m’y promener. »
L’Éternel demanda au Satan : « As-tu porté ton attention sur mon serviteur Job ? Certes, il n’a point son pareil sur la terre, tellement il est un homme intègre et droit, craignant Dieu et évitant le mal. Il persiste encore dans sa piété, bien que tu m’aies incité à le ruiner sans motif. »
Et Dieu lui dit : « As-tu porté ton attention sur mon serviteur Job ? Car il n’y a pas dans le pays d’homme comme lui, intègre, droit, craignant Dieu et s’éloignant du mal. Il persévère toujours dans sa piété, et tu m’as demandé de consentir à le ruiner sans raison. »
Le Satan répliqua à l’Éternel en disant : « Peau pour peau !2 Tout ce que possède l’homme, il le donne pour sauver sa vie.
2 Locution proverbiale dont le sens est indiqué par les mots qui suivent.
L’adversaire répondit : « De même que pour l’homme un membre vaut un membre, de même il donne tout son bien pour sa propre personne ;
Or çà, étends donc ta main et atteins-le dans ses os et dans sa chair : [tu verras] s’il ne te reniera pas en face. »
mais étends ta main et touche à une partie de ses os ou de sa chair, (et vois) s’il ne te fera pas de reproches et ne te reniera pas. »
L’Éternel répondit au Satan : « Eh bien ! Il est en ton pouvoir ; seulement respecte sa vie. »
Dieu lui dit : « Le voici livré à ta volonté ; mais quant à sa vie, respecte-la.
Le Satan se retira d’auprès de l’Éternel, et il frappa Job d’une lèpre maligne depuis la plante des pieds jusqu’au sommet de la tête.
Lorsque l’adversaire sortit de devant Dieu, Dieu frappa Job d’une lèpre maligne depuis la plante des pieds jusqu’au sommet de la tète.
Job prit un tesson pour se gratter, tandis qu’il était assis dans la cendre.
Et Job se prit un tesson pour s’en gratter, tandis qu’il était assis sur la cendre.
Sa femme lui dit : « Persévères-tu encore dans ta piété ? Renie Dieu et meurs ».
Alors sa femme lui dit : « Tu persévères dans ta piété ! Renie Dieu et meurs ! »
Il lui répondit : « Tu parles comme ferait une femme aux sentiments bas. Quoi ! Le bien nous l’acceptons de la main de Dieu, et le mal, nous ne l’accepterions pas ! » En dépit de tout, Job ne pécha pas avec ses lèvres.
Il lui dit : « Eh quoi ! tu parles comme une femme sotte. Devons-nous accepter le bien de notre Maître et ne pas accepter le mal ? » En toutes ces affaires Job ne pécha point, même en paroles.
Les trois amis de Job, ayant appris tous ces revers qui avaient fondu sur lui, vinrent chacun du lieu de sa résidence, Eliphaz de Têmân, Bildad de Chouha et Çophar de Naama ; ils se concertèrent ensemble pour aller lui apporter leurs condoléances et leurs consolations.
Lorsque les trois amis de Job apprirent que cette épreuve l’avait atteint, chacun d’eux partit de l’endroit où il était, Eliphaz le Témanite, Bildad le Schouhite, Sophar le Naamatite, et ils convinrent tous trois de venir s’affliger sur lui et le consoler.
De loin, ils levèrent les yeux et eurent peine à le reconnaître. Aussitôt ils élevèrent la voix et se mirent à pleurer ; ils déchirèrent tous trois leur tunique et lancèrent en l’air de la poussière qui retomba sur leur tête.
Ayant dirigé les yeux de loin vers lui et ne l’ayant pas reconnu, ils élevèrent la voix et pleurèrent. Chacun déchira son manteau et ils jetèrent la poussière sur leurs têtes, en la lançant en l’air.
Durant sept jours et sept nuits, ils restèrent avec lui, assis à terre personne n’osait lui adresser la parole, car ils voyaient combien la douleur était accablante :
Ils s’assirent avec lui par terre pendant sept jours et sept nuits, et aucun d’eux ne lui adressa une seule parole, parce qu’ils avaient vu que sa souffrance était très grande.
Après cela, Job ouvrit la bouche et maudit le jour de sa naissance.
Ensuite Job ouvrit la bouche et maudit sa destinée.
Job prit la parole et dit :
Job commença donc et dit :
Périsse le jour où je suis né, la nuit qui a dit : « Un homme a été conçu ! »
Que le jour où je suis né disparaisse du souvenir par mon anéantissement, ainsi que la nuit où il fut dit : Il est né un homme.
Que ce jour-là ne soit que ténèbres ! Que Dieu ne daigne s’y intéresser du haut de sa demeure, et qu’aucune lueur ne l’éclaire !
Que ce jour soit ténèbres, que Dieu ne le recherche pas d’en haut ; que l’astre lumineux ne paraisse pas sur lui !
Que l’obscurité et l’ombre de la mort le revendiquent comme leur, qu’une épaisse nuée pèse sur lui, et que des éclipses de soleil en fassent un objet d’épouvante !
Que les ténèbres et l’obscurité le revendiquent, qu’un nuage y demeure et qu’une sorte de vent brûlant l’atteigne !
Cette nuit-là, que de profondes ténèbres s’en saisissent, qu’elle ne prenne pas rang parmi les jours de l’année et n’entre pas dans le compte des mois !
Que cette nuit reste sombre, qu’elle ne soit pas réunie aux jours de Tannée et qu’elle n’entre pas dans le compte des mois !
Oui, que cette nuit-là soit condamnée à la solitude, et que nul chant ne s’y élève !
Parce que c’était une nuit sinistre, qu’il n’y arrive aucun chant !
Puisse-t-elle être exécrée par ceux qui maudissent le jour et possèdent le secret d’éveiller le Léviathan3 !
3 Ce mot semble désigner ici l’animal mythique qui, dans les idées de l’antiquité, s’attaquait au soleil pour l’engloutir.
Elle sera insultée par ceux qui maudissent leur destinée, qui sont préparés à exhaler leur tristesse.
Que les étoiles de son aube matinale demeurent obscures, qu’elle attende vainement la lumière et ne voie point s’ouvrir les paupières de l’aurore,
Que les étoiles de son matin soient obscurcies, qu’on y espère la lumière sans qu’elle vienne et qu’on n’y voie pas les lueurs de l’aurore !
pour n’avoir pas tenu closes les portes du sein qui m’avait conçu et caché la misère à mes regards !
Car si les battants du sein maternel avaient été fermés sur moi, l’affliction m’aurait été épargnée.
Que ne suis-je mort dès le sein de ma mère ? Que n’ai-je rendu le dernier soupir en me détachant de ses flancs ?
Plût à Dieu que je fusse mort dans le sein de ma mère ou que j’eusse expiré au moment où j’en sortis I
Pourquoi deux genoux m’ont-ils recueilli ? À quoi bon des mamelles pour m’allaiter ?
A quoi a servi que les genoux m’aient reçu et que j’aie été allaité par les mamelles ?
À présent je serais couché dans une paix profonde, je dormirais et jouirais du repos,
Si maintenant j’étais mort, je serais tranquille et si j’avais expiré, je serais en repos,
en compagnie des rois et des arbitres de la terre, qui se bâtissent des monuments destinés à la ruine,
avec les rois et les ministres de la terre qui y ont rebâti bien des ruines,
ou bien des grands qui ont possédé de l’or et rempli d’argent leurs maisons.
avec des chefs qui possédaient l’or, et qui ont rempli d’argent leurs maisons ;
Ou encore, que n’ai-je été comme l’avorton qu’on, enfouit, comme ces petits enfants qui n’ont pas aperçu la lumière ?
ou plût à Dieu que j’eusse été comme un avorton enseveli ou comme des enfants qui n’ont pas vu la lumière !
Là4, les méchants mettent un terme à leur violence, là ; se reposent ceux dont les forces sont à bout.
4 Dans le silence de la tombe.
Là, les méchants ont cessé leurs méfaits et là reposent les hommes fatigués.
Là aussi, les captifs sont en paix, sans plus entendre la voix d’un maître despotique.
Là, tous les captifs ont trouvé la tranquillité et n’ont plus entendu la voix d’un geôlier.
Petits et grands y sont confondus, et l’esclave est libéré de son maître.
Le petit et le grand sont là, et l’esclave y est affranchi de son maître.
Pourquoi octroie-t-on la lumière au misérable, et la vie à ceux dont l’âme est pleine d’amertume,
Pourquoi (Dieu) donne-t-il la lumière aux malheureux et la vie à ceux dont les âmes sont pleines d’amertume,
qui appellent de leurs vœux la mort, qui les fuit, et la cherchent plus avidement que des trésors,
qui attendent la mort sans qu’elle vienne et qui creusent pour elle des fosses,
qui ressentent des transports de joie et sont dans l’allégresse, dès qu’ils obtiennent une tombe ;
qui, dans leur tristesse, se réjouissent et jubilent lorsqu’ils trouvent la tombe ?
à l’homme enfin dont la destinée est voilée et que Dieu a confiné comme dans un enclos ?
(Qu’il les donne) à l’homme dont les affaires sont fermées (au malheur) et entourées par Dieu comme d’une haie !
Aussi bien, je ne mange pas un morceau de pain que mes sanglots n’éclatent, et que mes plaintes ne se répandent comme l’eau.
Certes, avant démanger viennent mes soupirs, et lorsque je bois, mon rugissement éclate.
C’est que tout malheur dont j’avais peur fond sur moi ; ce que je redoutais vient m’assaillir.
Ce que j’avais redouté m’est arrivé et ce dont je m’étais gardé m’a atteint,
Je ne connais plus ni paix, ni sécurité, ni repos : les tourments m’ont envahi.
Il me semble n’avoir eu ni consolation, ni repos, ni tranquillité, lorsque le malheur est arrivé..
Eliphaz de Têmân prit la parole et dit :
Alors Eliphaz le Thémanite répondit en disant :
Si l’on essaie de te répliquer, tu en seras peut-être contrarié ; mais qui peut contenir ses paroles ?
Es-tu impuissant devant l’épreuve au point de dire : « Qui pourrait retenir ses paroles ? »
Certes, tu as fait la leçon à bien des gens ; des bras qui tombaient de lassitude, tu les fortifiais.
Voici que tu corrigeais bien des hommes et que tu fortifiais les mains relâchées ;
Tes paroles relevaient celui qui trébuchait, les genoux qui chancelaient, tu les raffermissais.
ta parole relevait celui qui chancelait et tu raffermissais les genoux vacillants ;
Et maintenant que le malheur te visite, tu te décourages ; il met la main sur toi, et tu es consterné !
et maintenant, lorsque des événements semblables te surviennent, tu faiblis et, lorsqu’ils t’atteignent, tu restes stupéfait.
Ta piété n’est-elle pas pour te donner confiance ? L’intégrité de ta conduite n’est-elle pas ton espoir ?
Ta piété ne fait-elle pas ta confiance ? Ton espérance n’est-elle pas dans l’intégrité de ta conduite ?
Songes-y donc : est-il un innocent qui ait succombé ? Où est-il arrivé que des justes aient péri ?
Rappelle-nous donc maintenant si jamais un innocent a péri, si des justes ont été exterminés,
Pour moi, j’ai observé ce fait : ceux qui cultivent l’iniquité et sèment le mal les récoltent.
comme nous avons vu ceux qui préparent l’iniquité et qui sèment l’erreur en recueillir la moisson.
Un souffle de Dieu les fait périr, le vent de sa colère les anéantit.
Parle courroux de Dieu ils périssent et par le souffle de sa colère ils sont anéantis,
Que le lion rugisse, que le fauve pousse des hurlements : les dents du lionceau sont brisées.
ou bien par le rugissement d’un lion et la voix d’un lionceau, par les dents des lions qui les mordent,
La bête féroce périt, faute de proie, et les petits de la lionne sont dispersés.
par (l’attaque) d’un lion mourant faute de proie et des petits de la lionne qui se répandent contre eux,
Quant à moi, il m’est venu une révélation furtive : mon oreille en saisit un léger murmure.
Chez moi une parole a été recueillie, et mon ouïe en a perçu quelque chose,
Ce fut dans le flot de pensées qu’apportent les visions nocturnes, alors qu’un lourd sommeil pèse sur les hommes.
un fantôme m’étant apparu dans une vision nocturne, au moment où le sommeil profond tombe sur les hommes/
Je me sentis envahi par la terreur et le frisson ; tous mes os en frémirent de peur.
Alors une terreur et un tremblement me saisirent et la plupart de mes os en furent affaiblis.
Un souffle effleura ma face, et les poils se hérissèrent sur ma chair.
Un souffle passait sur ma face et faisait dresser le poil de mon corps.
Une figure, dont les traits m’étaient inconnus, se tint là sous mes yeux, et j’entendis le faible son d’une voix :
Le fantôme s’arrêtait et je ne reconnaissais pas ses traits ; c’était une image devant mes yeux, je gardais le silence et j’entendais sa voix :
« L’homme [me fut-il dit] peut-il être juste devant Dieu ? Le mortel peut-il être pur au gré de son Créateur ?
« L’homme serait-il plus juste que Dieu ? Le mortel serait-il plus pur que son Créateur ? »
Mais il ne se fie même pas à ses serviteurs ; jusque dans ses anges il constate des défaillances !
Certes, Dieu n’accorde pas sa confiance à ceux qu’il approche de lui, et à ses anges il ne donne pas d’éclat.
Que sera-ce des hommes, habitants de maisons d’argile, qui ont leurs fondements dans la poussière, et qu’on foule aux pieds comme un ver ?
À plus forte raison les habitants de maisons d’argile, eux qui ont leurs fondations dans la poussière, seront-ils broyés devant les constellations,
Du matin au soir, ils se trouvent écrasés ; sans qu’on y fasse attention, ils périssent à jamais.
eux qui entre leur matin et leur soir sont brisés et qui périssent sans arriver jusqu’au bout.
Ah ! Le fil qui les soutenait est rompu : ils meurent, sans avoir acquis la sagesse !
Leur supériorité a été emportée avec eux et parfois ils meurent autrement que par la sagesse de la nature.
Appelle donc ! Est-il quelqu’un qui te répondra ? Vers lequel des Saints te tourneras-tu ?
Ô toi ! appelle ! trouveras-tu quelqu’un qui réponde à ta parole ? À quels élus t’adresseras-tu pour cela ?
Certes, c’est sa mauvaise humeur qui tue l’insensé, c’est son dépit qui fait mourir le sot.
Mais c’est le sot que tue la douleur et c’est l’homme déçu que le châtiment fait mourir.
J’ai vu, moi, l’insensé prendre racine, mais aussitôt j’ai maudit sa demeure :
Et moi j’ai vu un sot pousser des racines, et, soudain, j’ai pénétré dans sa demeure ;
« Que ses fils soient éloignés de tout secours, qu’ils soient écrasés à la Porte, sans personne pour les sauver !
et voici que sa destinée était que ses enfants fussent écartés du salut et abaissés dans les cités sans que personne les sauvât.
Que l’affamé dévore sa récolte en l’enlevant jusque derrière les haies d’épines, que le besogneux happe ses richesses ! »
Quant à lui, il mange son blé, étant affamé, et le prend d’entre les ronces, la soif ayant épuisé sa force.
Car ce n’est pas du sol que sort le malheur, ce n’est pas de la terre que germe la douleur.
Car rien ne sort de la terre par iniquité et rien ne germe du sol par tromperie,
Mais l’homme est né pour la douleur, tout comme les étincelles enflammées s’élèvent haut dans l’air.
parce que l’homme est né pour pratiquer la piété. Or, tu vois ceux qui méritent le châtiment du feu élever haut leur vol ;
Toutefois, moi, je m’adresserais au Tout-Puissant, j’exposerais ma cause à Dieu.
mais moi, j’implorerai le Tout-Puissant et j’adresserai ma parole à Dieu,
Il accomplit de grandes choses en nombre infini, des merveilles qui ne peuvent se compter.
qui fait de grandes choses sans fin et des merveilles sans nombre,
Il répand la pluie à la surface de la terre et lance des cours d’eaux dans les plaines.
qui fait descendre la pluie sur la face de la terre et qui envoie l’eau sur la face des plaines ;
Il met sur les hauteurs ceux qui étaient abaissés, et ceux qui étaient dans une noire tristesse se relèvent par son secours.
qui relève ainsi les abaissés et protège les faibles par son secours ;
Il fait échouer les projets des gens de ruse : leurs mains n’exécutent rien qui vaille.
qui rompt les desseins des perfides, afin que leurs mains n’atteignent pas ce à quoi ils appliquent leur doctrine ;
Il prend les malins dans leurs propres artifices et ruine les plans des fourbes.
qui enlace dans leur perfidie ceux qui se donnent pour sages, le conseil des astucieux étant devenu insensé.
Le jour, ils se heurtent aux ténèbres ; en plein midi, ils tâtonnent comme dans la nuit.
Alors, pendant le jour, ils rencontrent des ténèbres et ils tâtonnent en plein midi comme dans la nuit.
Il protège contre leur bouche qui est un glaive, sauve le faible des mains du fort.
Dieu a protégé les faibles contre leurs bouches qui ressemblent au glaive et a sauvé le pauvre de la main du puissant.
L’espoir renaît pour le pauvre, et l’iniquité a la bouche close.
Alors l’espérance est revenue aux malheureux et les gens d’iniquité ont eu la bouche fermée.
Ah ! Certes, heureux l’homme que Dieu réprimande ! Ne repousse donc pas les leçons du Tout-Puissant.
Heureux donc tout homme que Dieu avertit ! Aussi ne dédaigne pas la leçon de Celui qui se suffit
Car il blesse et panse la blessure, il frappe et ses mains guérissent.
Car il blesse et panse la blessure ; parfois il frappe et ses mains guérissent.
Qu’il survienne six calamités, il t’en préservera, et lors de la septième, le mal ne te touchera pas.
Dans bien des malheurs, il te délivrera et, dans le plus grave, aucun mal ne te touchera.
En temps de famine, il te sauvera de la mort ; dans le combat — des atteintes du glaive.
Dans la famine, il te sauvera de la mort et dans la guerre, du glaive.
Tu seras à l’abri du fouet de la langue5, et si une catastrophe éclate, tu n’auras rien à craindre.
5 De la calomnie.
Lorsque les peuples déborderont, tu en seras à l’abri, et tu ne craindras pas le pillage lorsqu’il arrivera ;
Tu te riras de la dévastation et de la disette ; les animaux de la terre, tu ne les redouteras point.
Bien plus tu riras du pillage et de la famine et tu ne redouteras point les bêtes sauvages de la terre ;
Car même avec les pierres du sol tu auras un pacte, et les animaux sauvages concluront un traité de paix avec toi.
tu auras un pacte même avec les pierres de la plaine et les animaux de la terre vivront en paix avec toi.
Tu verras le bonheur fixé dans ta demeure, tu inspecteras ta maison et ne trouveras rien en défaut.
Lorsque tu t’informeras des nouvelles de ta demeure, elle sera en paix et lorsque tu chercheras les gens de ton habitation, pas un seul ne te manquera.
Tu verras s’accroître le nombre de tes enfants, et tes rejetons se multiplier comme l’herbe de la terre.
Tu sauras que ta postérité est nombreuse, que tes rejetons sont comme l’herbe de la terre.
Tu entreras dans la tombe au terme extrême de la vieillesse, comme s’élève une meule de blé dans la saison voulue.
Et tu entreras dans le tombeau usé par l’âge, comme entrent les gerbes en leur temps.
Tel est le fruit de nos réflexions, telle est la vérité : accueille-la et prends-la à cœur.
Ce sont là des choses que nous avons éprouvées. Elles sont ainsi : donc écoute-les et tu les sauras.
Job reprit la parole et dit :
Job répondit en disant :
Ah ! Si seulement on pesait mon chagrin, en mettant en même temps mon malheur dans la balance !
Si ma douleur était pesée, et que mon malheur fût mis dans une balance qui le porterait avec son équivalent,
Assurément, ils seraient plus lourds que le sable des mers ; voilà pourquoi mes paroles sont pleines de trouble.
le poids serait maintenant plus lourd que les sables de la mer ; voilà pourquoi ma parole est déprimée.
C’est que les flèches du Tout-Puissant m’ont transpercé, mon âme en a bu le venin. Les terreurs de Dieu sont rangées en bataille contre moi.
Car les flèches de Celui qui se suffit sont sur moi ; mon esprit en boit le venin et les terreurs de Dieu sont rangées en bataille contre moi.
Est-ce que l’âne sauvage se met à braire en présence de l’herbe ? Le bœuf mugit-il devant sa pitance6 ?
6 On ne se plaint pas sans motif.
Est-ce que l’âne sauvage brait en présence de l’herbe ? Est-ce que le bœuf mugit lorsqu’il a du fourrage ?
Peut-on manger un mets insipide sans y mettre du sel ? Trouve-t-on quelque saveur au blanc de l’œuf ?
Mange-t-on un mets cru sans sel, ou bien l’albumine des œufs a-t-elle du goût ?
Mon âme refuse d’y goûter ; c’est pour moi comme une répugnante nourriture.
Ainsi mon âme s’est refusée à toucher à ma nourriture, car ces deux choses-là valent autant.
Ah ! Qui me donnera que ma demande soit agréée et mon espoir réalisé par Dieu ?
Puisse quelqu’un exaucer ma demande et Dieu m’accorder ce que j’espère,
Oui, que Dieu consente à me broyer, qu’il brandisse la main et me mette en pièces !
soit que Dieu persiste à me faire souffrir et déchaîne son malheur sur moi pour me transpercer,
Il me resterait du moins cette consolation — qui me ferait sauter de joie au fort de souffrances sans rémission de n’avoir pas renié les paroles du Très-Haut.
ou bien que j’obtienne de quoi me consoler, afin que je le loue en l’invoquant, sans réserve ; car je n’ai jamais renié les paroles du Saint.
Quelle est donc ma force pour que je reste dans l’attente ? Quelle doit être ma fin pour que je prenne patience ?
Quelle est donc ma force pour que je patiente et quel est mon terme pour que je montre de la longanimité,
Ma force est-elle la force des pierres ? Ma chair est-elle d’airain ?
ma force fût-elle comme la force des pierres ou mon corps comme l’airain ?
N’est-il pas vrai que je suis privé de tout secours, et que tout espoir de salut m’est arraché ?
Penses-tu que je ne trouve pas d’aide en moi et que la doctrine m’ait délaissé
À celui qui se consume de chagrin devrait aller la sympathie de ses amis, eût-il même renoncé à la crainte de Dieu.
pour aller vers celui qui refuse à son prochain la grâce et abandonne la crainte de Celui qui se suffit ?
Mes amis, à moi, se montrent perfides comme un torrent, comme des cours d’eau pleins à déborder,
Ce sont mes frères qui m’ont trahi comme un torrent qui s’est précipité, comme un débordement de fleuves qui ont passé,
qui deviennent troubles par l’affluence des glaçons et grossissent par la fonte des neiges :
noircis par les glaçons, disparaissant sous la neige,
viennent les chaleurs, ils se réduisent à rien ; quand le soleil brûle, ils s’évanouissent sur place.
qui au temps où ils se refroidissent se congèlent et lorsqu’ils s’échauffent se déplacent de leur endroit.
[À cause d’eux], les caravanes se détournent de leur route, s’enfoncent dans le désert et y périssent.
Ils se détournent en suivant leurs chemins, entrent dans le désert et se perdent.
Les caravanes de Têma les cherchent du regard, les convois de Saba y mettent leur espoir.
C’est ainsi que mes frères se sont détournés vers les routes de Têmân et ont espéré en les chemins de Saba ;
Mais ils sont déçus dans leur confiance ; arrivés sur les lieux, ils sont pleins de confusion.
ils ont été déçus dans l’objet de leur confiance et, lorsqu’ils l’ont atteint, ils ont été confondus.
Certes, c’est là ce que vous êtes devenus pour votre ami7 : à la vue de ma ruine, vous avez eu peur.
7 Texte : לך « pour lui ». Une autre leçon porte לא. Le mot est suspect.
Certes, maintenant vous qui étiez sans crainte vous en êtes venus à trembler et à craindre.
Vous ai-je donc dit : « Donnez-moi ! Avec un peu de votre bien, gagnez quelqu’un en ma faveur ;
Ai-je semblé vous dire : « Donnez-moi quelque chose, assistez-moi de votre fortune ;
et délivrez-moi de la main du persécuteur ; du pouvoir des tyrans affranchissez-moi ! »
sauvez-moi de la main de l’ennemi, rachetez-moi de la main des scélérats ? »
Instruisez-moi, et je garderai le silence ; expliquez-moi en quoi j’ai erré.
Montrez-moi que je vous l’aie dit, pour que je cesse de vous blâmer ; expliquez-moi en quoi j’ai erré.
Qu’elles sont pénétrantes les paroles de la vérité ! Mais que prouvent vos arguments à vous ?
Combien sont éloquentes les paroles justes ! Mais quel est l’avertissement de ce genre que l’un de vous m’adresse ?
Prétendez-vous critiquer des mots ? Mais dans l’air se dissipent les discours d’un désespéré !
Considérez-vous toute parole comme un avertissement et comme un avis les discours désespérants ?
L’orphelin lui-même, vous seriez capables de le prendre comme enjeu, comme vous trafiqueriez de votre ami.
Ou vous accorderez-vous contre un orphelin et vous repaitrez-vous de votre ami ?
Maintenant donc, daignez vous tourner vers moi : je ne saurais vous mentir en face.
Maintenant appliquez-vous, examinez mes paroles, et, si j’ai menti en votre présence,
Oui, revenez de grâce, que l’injustice ne s’accomplisse pas ; encore une fois, revenez, mon innocence sera manifeste.
opposez-moi une réfutation qui ne soit pas inique, ou revenez à ma parole, si elle est vraie.
Y a-t-il quelque iniquité sur mes lèvres ? Mon palais ne sait-il pas discerner ce qui est mal ?
Se trouve-t-il de l’iniquité dans mon langage, ou ma parole n’a-t-elle pas fait comprendre mes malheurs ?
Ah ! Certes, l’homme sur terre a une corvée de soldat, ses jours sont comme les jours d’un mercenaire.
L’homme sur la terre n’est-il pas comme une armée en expédition et sa vie n’est-elle pas comme les jours du mercenaire,
Il est tel qu’un esclave qui aspire à un peu d’ombre, un mercenaire qui attend son salaire.
ou n’est-il pas comme un esclave qui aspire après l’ombre et comme un mercenaire qui attend son salaire ?
C’est ainsi que j’ai eu en partage des mois de misère et qu’on m’a compté des nuits de souffrance.
Ainsi me sont échus des mois perdus et des nuits de misère m’ont été assignées.
Lorsque je suis couché et que je dis : « Quand me lèverai-je ? » la soirée s’allonge, et je suis rassasié d’insomnies jusqu’à l’aube matinale.
Quand je suis couché, je dis : « Quand me lèverai-je ? » et la nuit se prolongeant, je suis excédé d’insomnie jusqu’au matin.
Mon corps est revêtu de vermine et de croûtes terreuses, ma peau est crevassée et se dissout.
Mon corps s’est revêtu de pourriture et une croûte terreuse s’y est attachée au point que ma peau a été endolorie et a fondu.
Mes jours s’enfuient, plus rapides que la navette, et s’évanouissent sans espoir.
Mes jours s’en sont allés plus vite que la navette du tisserand, et la plus grande partie en a disparu vide d’espérance.
Souviens-toi [ô Dieu], que ma vie est un souffle : mon œil ne verra plus le bonheur.
Souviens-toi (ô Dieu !) que ma vie est perdue et que mon œil ne reverra plus de bonheur.
Le regard qui m’a aperçu ne se posera plus sur moi tu me fixes de ton regard, et c’en est fait de moi.
L’œil de celui qui me regardera ne m’apercevra plus et, tandis qu’où il me regardera, j’aurai disparu.
La nuée se dissipe et disparaît ; ainsi celui qui descend au Cheol n’en remonte plus.
Et comme le nuage disparaît et passe, ainsi celui qui descend dans la tombe ne remonte pas ;
Il ne retourne plus dans sa maison, et sa demeure ne le reconnaît plus.
Il ne retourne plus à sa maison, sa demeure ne le reconnaît plus.
Aussi ne mettrai-je pas de frein à ma bouche : je veux parler dans la détresse de mon esprit, me plaindre dans l’amertume de mon âme.
Pour moi, je ne retiendrai pas ma parole, je parlerai dans l’angoisse de mon esprit et je me plaindrai dans l’amertume de mon âme.
Suis-je donc la mer ou bien un monstre marin, que tu poses une barrière autour de moi ?
Suis-je une mer ou un monstre marin pour que tu m’imposes une surveillance ?
Quand je m’imagine que mon lit me consolera, que ma couche enlèvera quelque peu de ma douleur,
Quand je me dis : Mon lit va me soulager, ma couche me fera supporter ma plainte,
tu m’effraies par des songes, tu m’épouvantes par des visions,
tu m’épouvantes par les songes et tu m’effraies par les visions,
de sorte que mon âme souhaite une fin violente, préférant le trépas, à ce corps misérable.
au point que mon âme préfère l’étouffement et que je souhaite la mort de plein gré.
Je suis plein de dégoût : je ne vivrai pas éternellement, donne-moi quelque relâche, car mes jours ne sont qu’un souffle.
Je suis dégoûté et je ne voudrais pas vivre toujours ; finis-en avec moi. Certes mes jours sont comme des atomes de poussière.
Qu’est-ce que le mortel que tu le prises tant et portes ton attention sur lui ?
Qu’est-ce que l’homme, pour que tu l’honores et que tu portes sur lui ton attention,
Pourquoi lui demander des comptes chaque matin et l’éprouver à tout instant ?
pour que tu l’éprouves chaque matin et pour que tu l’examines à chaque moment ?
Jusqu’à quand refuseras-tu de te détourner de moi et de me laisser respirer assez de temps pour avaler ma salive ?
Combien de temps te refuseras-tu à écarter de moi la souffrance et à mè laisser le loisir d’avaler ma salive ?
Si j’ai failli, qu’ai-je fait contre-toi, ô [sévère] gardien des hommes ? Pourquoi me prendre comme ta cible et faire que je sois à charge à moi-même ?
Et, si j’ai péché, que te fais-je à toi, ô gardien de l’homme ? Ne fais donc pas de moi ta cible ; car je me deviendrais un fardeau à moi-même.
Que ne pardonnes-tu ma faute, que n’effaces-tu mon péché ? Bien vite je serais couché dans la poussière : tu me chercherais, et je n’y serais plus.
Pourquoi ne remets-tu pas mon péché et ne pardonnes-tu pas ma faute ? Car maintenant je serais couché dans la terre, on me chercherait et on ne me trouverait pas.
Bildad de Chouha prit la parole et dit :
Bildad le Schouhite répondit en disant :
Combien de temps encore tiendras-tu ces discours, et les paroles de ta bouche seront-elles comme un vent impétueux ?
Jusqu’à quand prononceras-tu ces paroles, et ta bouche proférera-t-elle de graves erreurs ?
Dieu fait-il fléchir le bon droit ? Le Tout-Puissant fausse-t-il la justice ?
Est-ce que le Tout-Puissant fausse la justice ? ou bien Celui qui se suffit trouble-t-il l’équité ?
Si tes fils lui ont manqué, il les aura laissés succomber sous » le poids de leur faute.
Si tes fils ont péché contre lui, il les a livrés aux mains de leurs fautes.
Mais si toi, tu te mets à la recherche de Dieu, si tu te tournes en suppliant vers le Tout-Puissant,
Mais si tu as recours au Tout-Puissant, et que tu supplies Celui qui se suffit ;
si tu es innocent et droit, ah ! certes, sa bonté s’éveillera en ta faveur, il rendra la paix à la demeure qui abrite ta piété.
si tu es pur et intègre, il le proclamera maintenant en ta faveur et te récompensera pour l’excellence de ta vertu ;
Humbles auront été tes débuts, mais combien brillant sera ton avenir!
tu seras petit à ton début et à ta fin tu t’accroîtras beaucoup,
Interroge, en effet, les générations primitives, fais appel à l’expérience de leurs ancêtres :
Bien plus, toi, informe-toi des générations premières et examine à fond l’histoire de leurs pères ;
nous, nous ne sommes que d’hier et nous ne savons rien, car nos jours sur la terre ne sont qu’une ombre.
car nous sommes nés d’hier, nous ne les connaissons pas et nos jours sont comme l’ombre sur la terre.
Eh bien ! Ils t’instruiront, eux, ils te parleront et du fond de leur cœur ils tireront ce discours :
Ne sont-ce pas eux qui t’instruiront et te parleront, qui tireront de leurs intelligences les discours ?
« Le papyrus pousse-t-il en l’absence de marais, le jonc se développe-t-il sans eau ?
Le papyrus grandit-il sans bourbier ? le poireau croît-il sans eau ?
À peine monté en tige, alors qu’il ne peut être coupé, il devient sec avant toute autre herbe. »
Tant qu’il est dans sa saison, on ne le cueille pas ; mais avant toutes les herbes il se dessèche.
Tel est le sort de ceux qui oublient Dieu : l’espoir de l’impie sera déçu.
Tel est le sort de tous ceux qui oublient le Tout-Puissant et l’espérance de l’hypocrite périra,
Sa confiance sera brisée et son assurance n’est qu’une toile d’araignée.
lui dont la confiance est une traînée de poussière au soleil et dont l’assurance est une toile d’araignée.
Il s’appuiera sur sa maison, mais elle ne tiendra pas debout ; il s’y cramponnera, mais elle ne résistera point.
S’il s’appuie sur sa maison, elle ne tient pas ; s’il la saisit, elle ne reste pas debout.
Qu’il maintienne même sa sève sous les rayons du soleil et étende ses rejetons à travers son jardin
Mais l’homme pieux est comme un rameau qui reste frais en face du soleil, et, dans ses jardins, ses rejetons s’étendent.
que ses racines s’entrelacent autour du roc et percent jusqu’à la couche de pierres,
Sur l’amas de pierres ses racines s’entrelacent et elles pénètrent jusqu’à l’intérieur du roc.
dès qu’on l’arrache de sa place, celle-ci le reniera en disant : « Je ne t’ai jamais vu ! »
Lui, rien ne le ferait disparaître de sa place, pour qu’elle semblât le renier et lui dire : Je ne t’ai jamais vu.
Vois, c’est là le triomphe de sa destinée8 ; d’autres pousseront sur ce même sol.
8 Ironique.
Lui, il se réjouit de son sort et du sol lui pousse une autre génération.
C’est que Dieu ne repousse pas l’homme intègre, pas plus qu’il n’accorde l’appui de sa main aux malfaiteurs.
Ainsi le Tout-Puissant ne rejette pas l’homme pieux et ne soutient pas la main des méchants.
Il finira par remplir ta bouche de joie et tes lèvres de cris de victoire.
Aie donc patience jusqu’à ce qu’il remplisse ta bouche d’allégresse et tes lèvres de jubilation,
Tes ennemis seront couverts de honte : la tente des méchants ne sera plus.
que tes ennemis soient couverts de honte et que les tentes des pervers disparaissent.
Job reprit la parole et dit :
Job répondit en disant :
Oui, je sais qu’il en est ainsi : comment l’homme aurait-il gain de cause avec Dieu ?
En vérité, je sais qu’il en est ainsi et quels arguments l’homme peut-il apporter devant le Tout-Puissant ?
Si nous désirions discuter avec lui, pas une fois sur mille il ne daignerait nous répondre.
S’il se décide à lutter contre Dieu, il ne pourra pas lui répondre une fois sur mille.
Éminemment sage, triomphant de force, qui jamais lui tint tête et s’en trouva bien ?
Car Dieu est sage par la science et puissant par la force ; qui donc l’aura bravé et aura été épargné par lui ?
Il déplace les montagnes à l’improviste et les bouleverse dans sa colère.
C’est lui qui transporte les gens des montagnes à leur insu, en sorte qu’il les bouleverse dans sa colère,
Il fait trembler la terre sur ses bases et ébranle les colonnes qui la supportent.
qui fait bondir hors de sa place la terre, dont les colonnes sont ébranlées ;
Il donne un ordre au soleil, et le soleil ne paraît point ; il met un sceau sur les étoiles.
qui donne ordre au disque du soleil, pour qu’il ne se lève pas, qui met un sceau sur les étoiles,
À lui seul, il déploie les cieux ; il chemine sur la crête des vagues.
qui, à lui seul, étend le ciel et dompte les vagues de la mer,
Il a fait la Grande Ourse, l’Orion, les Pléiades et les demeures sidérales du Midi.
qui a créé les constellations de l’Ourse, de l’Orion, des Pléiades et des régions cachées du midi,
Il accomplit des merveilles sans fin, des prodiges qui ne se peuvent compter.
qui fait les choses grandes à l’infini, les merveilles sans nombre.
Ah ! S’il passait auprès de moi, je ne le verrais point ; s’il se glissait sous mes yeux, je ne le remarquerais pas.
Voici que sa puissance dirigeante passe devant moi et je ne la vois pas entièrement ; elle disparaît sans que je la comprenne.
Quand il empoigne quelqu’un, qui lui fera lâcher prise ? Qui lui dira : « Que fais-tu ? »
Voici qu’il décide une chose. Qui lui résisterait et qui lui dirait : « Que fais-tu ? »
Dieu ne refoule pas sa colère ; sous ses coups plient les satellites de l’orgueil9.
9 רהב. Le mot est diversement interprété.
Il est Dieu ; rien ne peut repousser sa colère, sous lui se sont courbés les fauteurs de troubles.
Et moi j’oserais lui répliquer, je ferais assaut de paroles avec lui,
Et comment moi, lui répondrais-je, comment me déciderais-je à lui adresser la parole,
moi, qui tout innocent que je fusse, ne trouverais rien à lui répondre, et demanderais simplement grâce à mon juge !
moi qui, si j’avais raison, ne le dirais pas, qui, plutôt, implorerais la grâce de mon juge !
Dût-il même se rendre à mon appel, je ne croirais pas qu’il écoute ma voix ;
Si je l’invoquais et qu’il me répondît, je ne serais pas encore sûr qu’il eût écouté ma voix parce que je le mérite.
car il m’accable sous un vent de tempête et multiplie gratuitement mes blessures.
C’est lui qui dans l’ouragan me fait souffrir et qui a multiplié mes douleurs gratuitement ;
Il ne me permet pas de reprendre haleine, tant il m’abreuve d’amertumes.
qui ne me laisse pas reprendre haleine, car il multiplie pour moi les amertumes.
S’agit-il de faire preuve de force, il est là ! S’agit-il de jugement, [il dira] : « Qui pourrait m’assigner ? »
S’agit-il de force et de puissance : les voilà ! s’agit-il de droit, qui m’assignera ?
Fussé-je innocent, ma bouche me déclarerait coupable ! Fussé-je sans reproche, elle me convaincrait de perversité !
Car si j’emploie quelque argument, ma parole me condamnera ; même si je suis innocent, elle me sera pénible.
Oui, je suis sans reproche ! Je ne me soucie pas de la vie, je suis las de l’existence.
Si je suis innocent, je n’en ai pas conscience, tant je suis dégoûté de la vie.
Tout revient au même : aussi dis-je que juste et méchant, il les fait également périr.
Et je dis : « C’est tout un ! » C’est pourquoi j’ai affirmé : « L’innocent et le méchant, il appartient à Dieu de les faire périr,
Si un cataclysme entraîne des morts soudaines, il se rit de l’épreuve des innocents.
soit qu’il amène un fléau qui tue soudain en sorte que la récompense des justes devient une dérision ;
[Par lui], la terre a été livrée aux impies : il voile les yeux de ceux qui y rendent la justice. Si ce n’est lui, qui serait-ce ?
ou bien qu’un pays soit livré aux mains d’un tyran qui y couvre la face des juges ; si ce n’est point par ces moyens, par quoi serait-ce ?
Mes jours sont plus rapides qu’un courrier ; ils s’enfuient sans avoir vu le bonheur.
Mes jours ont été plus rapides qu’un courrier ; ils sont terminés, et il semble que je n’y aie jamais vu de bonheur.
Ils passent comme des barques de jonc, comme l’aigle qui se précipite sur la proie.
Ils ont passé ainsi que les vaisseaux dans leur temps, ou comme l’aigle qui s’abat sur sa nourriture.
Quand je dis : « Je veux oublier ma souffrance, laisser là ma mine attristée et reprendre mes esprits »,
Si je dis : Je veux oublier mes plaintes, laisser mon ressentiment et me réjouir,
je suis envahi par la crainte de mes tourments, sachant bien que tu ne m’absoudras pas.
je crains toutes mes douleurs et je sais que tu ne m’absoudras pas.
Je serai déclaré coupable : pourquoi donc prendre une peine inutile ?
Si moi j’ai renié (Dieu), pourquoi donc me fatiguerais-je en vain ?
Dussé-je me laver dans de la neige fondue et purifier mes mains avec de la potasse,
Si même je me lavais avec l’eau de neige ou que je nettoyasse mes mains par une lessive,
aussitôt tu me plongerais dans une fosse [fangeuse], et mes vêtements mêmes auraient horreur de moi.
alors encore tu me plongerais dans le châtiment, au point que mes vêtements sembleraient me prendre en dégoût.
Car il n’est pas un homme comme moi pour que je lui réponde et que nous paraissions ensemble en justice.
Car Dieu n’est pas un homme comme moi pour que je lui réponde ou pour que nous comparaissions ensemble en justice.
Il n’existe pas d’arbitre entre nous, qui puisse poser sa main sur tous deux.
Il n’existe pas entre nous d’arbitre qui pose sa main à la fois sur nous deux,
Qu’il écarte de moi sa verge, et que ses terreurs cessent de peser sur moi.
pour que Dieu détourne sa verge de moi et que ses terreurs ne m’épouvantent plus.
Alors je parlerai sans le redouter, car je n’en suis pas là dans le secret de ma conscience.
Alors je parlerais sans le craindre, puisque je ne suis pas tel devant moi-même.
Mon âme est dégoûtée de la vie, je veux donner un libre cours à mes plaintes, parler dans l’amertume de mon cœur.
Mon âme s’est dégoûtée de la vie ; je vais donc me renouveler ma plainte et l’exhaler dans l’amertume de mon âme.
Je dirai à Dieu : « Ne me traite pas en criminel, fais-moi connaître tes griefs contre moi. »
Et je dirai à Dieu : Ne me place pas parmi les coupables, fais-moi savoir pourquoi tu es mon adversaire,
Prends-tu plaisir à accabler, à repousser l’œuvre de tes mains, tandis que tu favorises de ta lumière les desseins des méchants ?
puisqu’il convient à ta bonté de ne pas opprimer, de ne pas repousser ta créature et de ne pas te montrer comme faisant réussir le dessein des coupables.
As-tu des yeux de chair ? Vois-tu de la même façon que voient les hommes ?
Ta vue est-elle donc comme celle des mortels ou bien regardes-tu comme regardent les hommes ?
Tes jours sont-ils comme les jours des hommes ? Tes années sont-elles comme celles des mortels,
Ou bien ton existence est-elle comme les jours des mortels, ou ta durée est-elle comme la vie de l’homme,
pour que tu recherches mes fautes et t’enquières de mes péchés ?
pour que tu recherches ma faute à la hâte et que tu t’enquières de mon péché,
Tu sais pourtant que je ne suis pas coupable, et que nul ne peut se sauver de ta main.
bien que tu saches que je n’ai pas renié ma foi et que personne ne peut être sauvé de ta main ?
Ce sont tes mains qui ont pris soin de me former, de me façonner de toutes pièces, et tu me détruirais !
Tes coups m’ont affligé et pressé, ils m’ont entouré, puis ils m’ont perdu.
Souviens-toi que tu m’as pétri comme de l’argile, et tu me ferais rentrer dans la poussière !
Souviens-toi, ô mon maître, que tu m’as façonné comme de l’argile et que tu me ramèneras à la poussière.
Ne m’as-tu pas rendu liquide comme le lait, puis affermi comme le fromage ?
Ne me couleras-tu pas comme le lait et ne me coaguleras-tu pas comme le fromage ?
Tu m’as revêtu de peau et de chair, tu m’as entrelacé d’os et de nerfs.
Tu me revêtiras de peau et de chair, tu me couvriras d’os et de nerfs.
Tu m’as octroyé vie et bonté, et tes soins vigilants ont préservé mon souffle.
Tu m’as prodigué la vie et la grâce, et ta providence a conservé mon souffle.
Et voici ce que tu tenais en réserve dans ton cœur ! Je sais bien que telle était ta pensée :
Mais ces choses-là, tu les as réservées dans ta science : et je sais qu’elles sont chez toi.
tu voulais me prendre sur le fait si je prévariquais, et ne me pardonner aucune faute !
Si je commets des péchés, tu les gardes contre moi et tu ne m’absous pas de mes fautes.
Devenu coupable, malheur à moi ! Innocent même, je n’ose lever la tête, rassasié de honte et témoin de ma misère.
Malheur à moi, si j’ai été mécréant ! et si je suis innocent, je n’oserai pas encore lever la tête, car je suis plein de honte et je contemple ma misère.
Si je la redresse10, tu me pourchasses comme un lion ; sans relâche, tu fais éclater ta puissance à mes dépens.
10 יגאה. Troisième personne : « Si ma tête se redresse. »
Avec puissance, tu me pourchasses comme le lionceau, et tu me demandes encore des comptes.
Tu m’opposes constamment de nouveaux témoins, tu redoubles de colère contre moi ; je suis en butte à des armées se relayant tour à tour.
Tu renouvelles tes témoins en face de moi et tu redoubles mes souffrances passagères ou durables.
Pourquoi m’as-tu tiré du sein qui me portait ? J’expirais, et aucun œil ne m’aurait vu.
Dans quel intérêt m’as-tu fait sortir du sein maternel ? Je serais mort et aucun œil ne m’aurait vu.
Je serais comme si je n’avais jamais été ; au sortir du ventre de ma mère j’étais conduit au tombeau.
Je serais comme si je n’eusse jamais été, ou j’aurais été porté du sein au tombeau.
Ah ! Mes jours sont peu de chose ; cesse donc de t’acharner contre moi, pour que je puisse reprendre un peu haleine,
Mes jours ne sont-ils pas peu nombreux et limités?Laisse-moi donc pour que je me réjouisse un peu,
avant que je m’en aille, sans espoir de retour, dans la terre des ténèbres et des ombres du trépas,
avant que je parte sans retour vers une terre sombre et ténébreuse,
terre où le crépuscule ressemble à la nuit opaque, où règnent les ombres épaisses et le désordre, et où la lumière même est un amas de ténèbres.
une terre perdue, pareille aux ténèbres, obscure et sans ordre, où le plein jour ressemble à la nuit.
Çophar de Naama prit la parole et dit :
Sôphar le Naamatite répondit en disant :
Est-ce que ce flot de paroles n’appelle pas une réponse ? Suffit-il d’être loquace pour avoir raison ?
Est-ce que celui qui prodigue les paroles restera sans réponse, ou bien l’homme de faconde triomphera-t-il pour cela ?
Ton verbiage réduirait-il les gens au silence, et prodiguerais-tu l’ironie, sans que personne te confonde ?
Est-ce que les humains se tairont devant toi, au point que tu te moques d’eux, sans que personne te confonde,
Tu dis : « Pure est ma doctrine, je suis sans tache à tes yeux. »
et que tu dises : « Mon discours est pur et pour toi je suis innocent ? »
Ah ! Il serait à souhaiter que Dieu parlât, qu’il ouvrît ses lèvres pour te répondre !
Mais je voudrais que Dieu te parlât, et commençât à discourir avec toi.
Il te révélerait les mystères de la sagesse, car la vérité a de nombreux aspects ; et tu reconnaîtrais que Dieu est loin de te compter toutes tes fautes.
Alors il te communiquerait les secrets de la sagesse ; car la doctrine en est bien des fois supérieure à celle que tu exposes, et alors tu saurais que Dieu ne fait que te demander le compte de ta faute.
Prétends-tu pénétrer le secret insondable de Dieu, saisir la perfection du Tout-Puissant ?
Trouveras-tu le fond de la sagesse de Dieu, ou bien atteindras-tu l’extrémité de la puissance de Celui qui se suffit ?
Si elle a la hauteur des cieux, que peux-tu faire ? Si elle dépasse la profondeur du Cheol, quelle connaissance en as-tu ?
Et ce qui est plus haut que le ciel, qu’y feras-tu ? Ce qui est plus profond que la tombe, qu’en sais-tu,
Elle est plus étendue en longueur que la terre, plus vaste que l’Océan !
ce dont la mesure est plus longue que la terre et plus large que la mer ?
Si Dieu s’avance, s’il enferme dans une geôle, s’il convoque une assemblée [de justice], qui peut l’en détourner ?
Et Lui, s’il fait passer ou s’il arrête, ou s’il rassemble, qui l’en empêchera ?
Car il connaît bien les gens pervers, il remarque l’iniquité sans même y regarder de près.
Car il connaît les hommes pervers, et voit les gens iniques, qui ne sont pas soupçonnés.
Par là, l’homme au cerveau creux peut devenir intelligent et, cessant d’être un âne sauvage, naître à la dignité humaine.
Tel homme se pare de la sagesse, et ce même homme est semblable à un ânon sauvage, lorsqu’il vient au monde.
Donc, si tu veux, toi, bien diriger ton cœur et étendre tes bras vers lui,
Mais, si tu améliores ton cœur et que tu étendes tes mains vers lui,
si tu écartes le péché qui souille ta main, si tu bannis l’injustice de ta tente,
si tu éloignes de ta main toute iniquité, et que tu ne laisses habiter dans ta tente aucune injustice.
aussitôt, tu pourras relever ton front exempt de tache ; tu seras solide comma l’airain et n’auras rien à craindre.
alors tu lèveras une face sans tache et si tu es dans la gêne, tu ne craindras pas ;
Bien plus, tu oublieras les maux passés, ou ne t’en souviendras que comme de l’onde écoulée.
tu arriveras à oublier tes souffrances, tu t’en souviendras comme d’une eau qui a passé devant toi.
Ton sort sera plus brillant que le soleil de midi, le sombre crépuscule luira pour toi comme le matin.
Ta vie durera plus que la lumière du midi, ou plutôt après avoir lui, tu deviendras comme l’aurore.
Tu seras plein de confiance, car l’espoir renaîtra, tu feras ton inspection et te coucheras en sécurité.
Et tu auras confiance, parce qu’il y aura de l’espoir pour toi, et, lorsque tu te construiras une maison, tu y coucheras en sécurité.
Ton gîte ne sera troublé par personne, mais beaucoup rechercheront tes faveurs,
Tu t’y reposeras, et nul ne te troublera, bien des personnes te solliciteront.
tandis que les yeux des méchants se consumeront, que tout refuge leur sera fermé, et que leur espoir, ce sera le dernier souffle d’un mourant.
Et les yeux des méchants regarderont fixement, tout refuge étant perdu pour eux, leur espoir étant une déception de l’âme.
Job reprit la parole et dit :
Job répondit en disant :
Sans doute, vous êtes l’humanité entière, et avec vous mourra la sagesse !
En vérité vous êtes tout un peuple, et avec vous se perdra la science.
Moi aussi, j’ai un cœur comme vous, je ne vous le cède en rien : qui ne peut user d’arguments pareils ?
Cependant, j’ai autant de savoir que vous, et rien de ce que vous avez ne m’a fait défaut, et, d’ailleurs, à qui n’arrive-t-il pas aussi bien
Je suis la risée des amis, moi qui invoque Dieu et à qui il répond ; le juste, l’homme intègre est un objet de dérision !
de voir que celui qui mérite d’être exaucé par Dieu lorsqu’il l’invoque, est tourné en dérision par son prochain, que l’on se moque de l’homme pieux et intègre,
Mépris au malheur ! — pensent les heureux du monde, — voilà ce qui est fait pour ceux dont le pied chancelle !
que la torche (de la piété) est méprisée par les gens puissants et sûrs d’eux-mêmes, quand ils voient ceux dont le pied est destiné à glisser dans une situation inverse.
Elles jouissent de la paix, les tentes des brigands ; parfaite est la sécurité de ceux qui bravent le Tout-Puissant et ne reconnaissent d’autre dieu que leur force.
En effet, les tentes des pillards sont en sécurité, et il y a des lieux sûrs pour ceux qui excitent la colère du Tout-Puissant, pour ceux qui apportent leurs idoles dans leurs mains.
Toutefois, interroge, de grâce, les bêtes pour qu’elles t’enseignent, les oiseaux du ciel pour qu’ils te mettent au courant.
S’il était possible d’interroger les animaux, ils t’instruiraient, et les oiseaux du ciel, ils te renseigneraient,
Ou bien adresse-toi à la terre pour qu’elle t’instruise, aux poissons de la mer pour qu’ils te donnent leur avis.
ou bien, si tu pouvais t’entretenir avec les bêtes féroces de la terre, elles t’instruiraient ; avec les poissons de la mer, ils te le raconteraient ;
Qui ne sait, parmi tous ces êtres, que la main de l’Éternel a tout fait ?
car, parmi eux tous, qui ne sait que la puissance de Dieu a fait ces choses,
Il tient en sa main le souffle de tout vivant et l’esprit qui anime tout corps humain.
lui dans la main duquel est l’âme de tout vivant et le souffle du corps de tout homme ?
L’oreille n’apprécie-t-elle pas les paroles, tout comme le palais déguste les aliments ?
Certes, comme l’ouïe examine la parole et comme le palais goûte la nourriture,
La sagesse est l’apanage des vieillards, les longs jours vont de pair avec la raison11.
11 Les versets 11 et 12 rompent la suite des idées.
ainsi la sagesse se trouve chez les vieillards, et la raison chez ceux dont la vie était longue.
C’est chez lui que se rencontrent la sagesse et la puissance ; à lui appartiennent le conseil et l’intelligence.
Us savent que Dieu a la sagesse et la force, qu’il a la prudence et la raison.
Voyez, il démolit et personne ne peut rebâtir, il referme la porte sur un homme et personne ne peut l’ouvrir.
Parfois il démolit une chose et elle n’est pas reconstruite, il enferme un homme et on ne lui ouvre pas.
Il arrête les eaux, et elles tarissent ; il les déchaîne, et elles bouleversent la terre.
Parfois il arrête les eaux et elles tarissent, parfois il les lâche et elles bouleversent la terre.
Ses attributs sont la force et la sagesse ; il est le maître de celui qui se fourvoie et du séducteur.
Il a la force et la doctrine, il connaît celui qui erre et se trompe.
Il fait marcher dans la démence les conseillers et livre les juges en proie à la folie.
Par son arrêt, il fait marcher les conseillers dépouillés et se moque des juges.
Il dissout l’autorité des rois et fixe une ceinture autour de leurs reins.
Il a délié les liens dont se servaient les rois et a attaché en place une corde à leurs reins.
Il frappe d’insanité les prêtres et culbute les puissants.
Il fait marcher les prêtres dépouillés et altère (la situation) des puissants.
Il enlève la parole aux orateurs éprouvés et ôte le jugement aux vieillards.
Il ôte la parole aux plus exercés et enlève la sagesse aux vieillards.
Il déverse la honte sur les nobles, et relâche la ceinture des vaillants12.
12 Leur enlève la force.
Il déverse le mépris sur les nobles et il a relâché les ceintures des forts.
Du fond des ténèbres, il fait sortir au jour les choses cachées, et met en pleine lumière ce qui était couvert par l’ombre.
Il révèle des choses plus profondes que les ténèbres et produit à la lumière les abîmes sombres.
Il grandit les nations, puis il les perd ; il les laisse s’étendre, puis il les déporte.
Il grandit les nations et les perd ensuite ; il développe les peuples, puis les dirige.
Il ôte l’intelligence aux chefs des nations et les laisse s’égarer dans des solitudes sans route
Il ôte la science aux chefs des habitants du pays, au point qu’il les égare dans un désert sans chemin,
là, ils tâtonnent dans une obscurité qui ne laisse percer aucune lueur ; et Dieu les fait tituber comme un ivrogne.
et qu’ils tâtonnent dans l’obscurité sans lumière ; il les fait errer comme l’homme ivre.
Certes, tout cela, mon œil l’a vu, mon oreille l’a entendu et s’en est rendu compte.
Eh bien ! mon œil a vu tout cela, mon oreille l’a entendu et compris.
Ce que vous savez, je le sais moi aussi ; je ne vous suis inférieur en rien.
Ce que vous savez, moi aussi je le savais, et rien ne m’a manqué de ce que vous possédez.
Mais moi, c’est au Tout-Puissant que je m’adresse ; ce que je désire, c’est faire des représentations à Dieu.
Mais j’interrogerai Celui qui se suffit, et je veux me mettre en face du Tout-Puissant.
Quant à vous, vous êtes des inventeurs de mensonges ; tous, vous êtes des médecins incapables.
Quant à vous, vous êtes les interprètes] du mensonge, vous êtes tous les médecins de l’absurdité.
Plaise à Dieu que vous vous condamniez au silence ! Cela serait une marque de sagesse de votre part.
Que n’avez-vous gardé le silence ? Cela eût passé pour de la sagesse de votre part !
Écoutez donc mes reproches, soyez attentifs aux griefs de mes lèvres.
Écoutez, ô gens, ma réprimande, et soyez attentifs à la discussion que j’engage contre vous.
Est-ce en faveur de Dieu que vous tenez des discours iniques ? Est-ce pour lui que vous débitez des faussetés ?
Voulez-vous attribuer au Tout-Puissant l’iniquité, ou lui parler avec ruse ?
Faites-vous acception de personnes dans son intérêt ? Prétendez-vous prendre parti pour lui ?
Ou a-t-il besoin que vous le favorisiez ou que vous preniez parti pour lui ?
Est-il désirable pour vous qu’il scrute vos consciences ? Vous jouerez-vous de lui comme on se joue d’un mortel ?
Seriez-vous rassurés s’il vous examinait et qu’il trouvât que vous vous jouez de lui comme on se joue des hommes ;
Il vous reprendra sévèrement si, en secret, vous faites preuve de partialité.
ou qu’il vous blâmât de ce qu’en secret vous montrez de la partialité ?
Sa grandeur n’a-t-elle pas de quoi vous effrayer ? Sa terreur ne s’abattra-t-elle point sur vous ?
Est-ce que son attaque ne vous effraiera pas et sa terreur ne tombera-t-elle pas sur vous ?
Vos arguments sont des sentences de cendres ; vos raisonnements prétentieux sont des raisonnements de boue.
au point que votre souvenir ressemblera à la cendre et que vos dos seront comme des dos d’argile.
Taisez-vous donc en ma présence, et je parlerai, moi, advienne que pourra !
Laissez-moi pour que je parle moi-même ! M’advienne que pourra !
C’est pourquoi je veux prendre mon corps entre mes dents13 et faire bon marché de ma vie.
13 Allusion aux bêtes féroces qui emportent ainsi leur proie.
Pourquoi donc mordrais-je (ainsi) ma chair de mes dents tant je souffre, et mettrais-je de frayeur mon âme dans ma main ?
Qu’il me fasse périr, j’aurai fini d’espérer, mais je n’aurai pas laissé de lui mettre ma conduite sous les yeux.
Quand même il me tuerait, j’espérerais en lui, et en toute affaire, c’est à lui que je m’adresserais,
Et ceci même sera mon triomphe, que nul hypocrite ne peut se présenter devant lui.
et il serait encore pour moi un sauveur, puisque l’hypocrite n’est pas admis en sa présence.
Veuillez donc écouter mes paroles ; que mes déclarations pénètrent dans votre oreille.
Écoutez bien ma parole et que mon discours pénètre dans vos oreilles.
Voyez, j’ai préparé ma défense, j’ai conscience d’être innocent.
Certes maintenant, si je plaidais devant la justice, je sais que je serais innocenté.
Est-il quelqu’un pour plaider contre moi ? Aussitôt je me tairais et attendrais la mort.
Mais si c’était lui qui me combattait, ou bien alors je me tairais et je mourrais,
Ah ! De grâce, épargne-moi deux choses et je cesserai de me cacher devant toi :
ou bien je dirais : Deux choses, ne me les impose pas en cette affaire, afin que je ne sois pas privé de ta miséricorde :
écarte ta main qui pèse sur moi ; que tes terreurs ne me poursuivent point !
Éloigne de moi tes coups et que tes terreurs ne m’épouvantent plus.
Interpelle-moi après, et je répondrai, ou je parlerai d’abord ; et tu me répliqueras.
Puis invite-moi à t’obéir, et je te répondrai, ou je t’invoquerai et tu me répondras.
Combien ai-je de péchés et de forfaits à mon compte ? Fais-moi connaître mes fautes et mes erreurs.
Combien de fautes et de péchés ai-je à mon compte ? Fais-moi connaître mon crime et mon péché, pour que je me soumette.
Pourquoi dérobes-tu ta face et me prends-tu pour un ennemi ?
Ne me voile pas ta miséricorde et ne me considère pas comme ton ennemi.
Quoi ! Veux-tu briser une feuille chassée par le vent, t’acharner contre un peu de chaume desséché,
Veux-tu effrayer celui qui est comme une feuille emportée ou poursuivre celui qui ressemble à une paille desséchée,
pour que tu écrives contre moi des arrêts amers et m’imputes les fautes de ma jeunesse
puisque tu inscris contre moi ma désobéissance, que tu me châties pour les fautes de ma jeunesse,
pour que tu emprisonnes mes jambes dans le bloc, que tu épies tous mes mouvements et t’attaches aux traces de mes pas ?
que tu places mes pieds dans les ceps, que tu observes toutes mes démarches et que tu marques les pas de mes pieds.
Et tout cela contre quelqu’un consumé comme du bois vermoulu, comme un vêtement rongé par la teigne !
Il est semblable à la pourriture qui consume ou à un vêtement qu’a rongé la teigne,
L’homme, né de la femme, n’a que peu de jours à vivre, et il est rassasié de troubles.
l’homme, né de la femme, qui vit peu et est souvent troublé ;
Comme la fleur, il pousse et se flétrit ; il fuit comme l’ombre et n’a point de durée.
ou il ressemble à une fleur qui est éclose et a été brisée ; ou il fuit comme l’ombre et ne s’arrête pas.
Et c’est sur cet être que tu as les yeux ouverts ! Moi-même, tu me forces à comparaître en justice avec toi !
Et à un tel être tu as appliqué ton attention ou c’est mon pareil que tu amènes en justice avec toi !
Qui donc pourrait tirer quelque chose de pur de ce qui est impur ? Pas un !
Soit qu’il meure, alors qu’il place le pur à côté de l’impur sans les distinguer,
Puisque ses jours sont mesurés, que tu connais le compte de ses mois, et que tu lui as imposé des limites qu’il ne saurait dépasser,
ou que sa vie soit tranchée, ou bien enfin qu’il termine le nombre des mois que tu lui avais assignés, tu lui as posé des bornes qu’il ne peut pas dépasser.
détourne ton attention de lui : qu’il ait un peu de répit pendant qu’il remplit sa journée comme un mercenaire !
Détourne-toi de lui pour qu’il arrive à son terme et qu’il finisse, comme le mercenaire, sa journée
Car pour l’arbre, il est encore de l’espoir ; si on le coupe il peut repousser, les rejetons ne lui manquent pas.
Car l’arbre a encore de l’espérance ; parfois il est coupé, puis il reverdit et ses rejetons ne s’arrêtent pas.
Dût sa racine vieillir dans la terre et son tronc mourir dans le sol,
Si même sa racine a vieilli dans la terre et que sa tige est presque morte dans le sol,
il suffit qu’il sente l’eau pour reverdir et produire un branchage, comme s’il était nouvellement planté.
dès qu’il sent l’eau, il repousse, et ses branches s’étendent comme un plant nouveau.
Mais l’homme meurt et s’évanouit, le mortel expire : où est-il alors ?
Mais l’homme, lorsqu’il meurt, est engourdi ; quand l’homme expire, où en est-il ?
Les eaux s’échappent du fond du lac, le fleuve tarit et se dessèche.
De même que l’eau disparaît de la mer et que le fleuve se tarit et se dessèche,
De même, les humains se couchent pour ne plus se relever ; tant que dureront les cieux, ils ne se réveilleront ni ne secoueront leur sommeil.
de même l’homme, une fois couché dans la tombe, est hors d’état de se relever, et jusqu’à ce que le ciel soit usé, nul ne pourra se réveiller et sortir de son sommeil.
Ah ! Qu’il te plaise de m’enfermer dans le Cheol, de me mettre à l’abri jusqu’à ce que ta colère soit passée, de me fixer un terme où tu te ressouviendrais de moi !
Oh ! si je pouvais être enfermé dans la tombe, pour qu’elle me cachât jusqu’à ce que ta colère se fût retirée de moi, et que tu me fixasses un terme où tu te souviendrais de moi ?
Lorsque l’homme meurt, revivra-t-il14 ? [S’il en était ainsi], tout le long de ma pénible corvée, je nourrirais de l’espoir, jusqu’à ce qu’on vienne me relever de ma faction.
14 Job hésite dans son affirmation désolée du néant.
Bien que je m’étonne que l’homme après sa mort puisse revivre, moi, pendant la durée des jours de ma faction, je patiente en attendant mon départ.
Tu m’appellerais et moi je répondrais ; tu témoignerais de l’affection pour l’œuvre de tes mains.
Lorsque tu m’appelleras, je te répondrai, tu accorderas à celui qui est ton ouvrage ce qu’il désire ardemment.
Au lieu de compter comme à présent chacun de mes pas, tu cesserais de surveiller mes fautes.
Pourquoi donc comptes-tu maintenant mes pas et ne réserves-tu pas un moment pour ma faute,
Mes péchés sont scellés dans un faisceau ; tu as mis ton cachet sur mes manquements.
comme si mes péchés étaient scellés dans une bourse et comme si tu t’attachais à rechercher ma faute ?
Or, une montagne qui s’écroule se réduit en poussière, et le rocher est déraciné de sa base.
Mais la montagne branlante s’écroule » et le rocher est transporté hors de sa place,
Les eaux finissent par user les pierres ; leurs flots entraînent la poussière du sol : de même, tu ruines l’espoir de l’homme.
en sorte que les eaux en broient les pierres, submergent les plantes qui s’y trouvaient et la poussière de son terrain ; ainsi tu détruis l’espérance de l’homme,
Tu l’empoignes à jamais et il disparaît ; tu déformes sa figure et le rejettes.
parce que tu le fais parvenir au terme et il disparaît, puis tu altères son visage et tu le rejettes.
Que ses enfants s’élèvent, il n’en sait rien ; qu’ils soient abaissés, il n’en a pas connaissance.
Si ses enfants sont nombreux, il ne le sait pas, s’ils sont peu nombreux, il ne s’en aperçoit pas ;
Mais c’est pour lui seul que sa chair souffre ; c’est pour lui seul que son âme est en deuil.
seulement son corps le fait souffrir, et c’est sur lui-même que s’attriste son âme.
Eliphaz de Têmân prit la parole et dit :
Eliphaz le Thémanite répondit en disant :
Est-il digne du sage de mettre en avant des raisons futiles, de gonfler son sein de vent ?
Un sage débite-t-il une science qui est fausse ou remplit-il son cœur de ce qui ressemble au vent de l’est ?
d’employer des arguments sans valeur et des paroles qui ne servent de rien ?
Ou bien réprimande-t-il par un langage qui ne profite pas et par des paroles qui n’ont pas d’utilité ?
Tu en viens à saper la piété, à supprimer les prières au Tout-Puissant !
Toi aussi, tu détruis la piété et tu diminues l’effusion devant le Tout-Puissant.
C’est ton iniquité qui inspire ta bouche, et ainsi tu adoptes le langage de la mauvaise foi.
Puisque ton langage révèle ton iniquité et que tu choisis le parler des méchants,
C’est ta bouche qui te condamne, et non moi ; tes propres lèvres témoignent contre toi.
c’est ta parole, et non moi, qui te condamne, ton propre langage témoigne contre toi.
Es-tu donc, par ta naissance, le premier des hommes ? As-tu vu le jour avant les collines15 ?
15 Comme la Sagesse dans les Proverbes, VIII, 22-26.
Es-tu donc né le premier des hommes ? As-tu été enfanté avant les collines ?
As-tu entendu [ce qui se dit] dans le conseil de Dieu ? As-tu confisqué à ton profit la sagesse ?
Est-ce que tu perçois les secrets de Dieu ? Et retranches-tu de la sagesse pour la tirer à toi ?
Que sais-tu que nous ne sachions ? Que comprends-tu qui nous échappe ?
Que sais-tu que nous ne sachions, que comprends-tu que nous ne possédions ?
Parmi nous aussi il est des gens vénérables par l’âge, des vieillards plus riches de jours que ton père.
Nous avons aussi parmi nous des hommes aux cheveux blancs, des vieillards et des gens plus riches en années que ton père.
Comptes-tu pour rien les consolations de Dieu et la parole qui t’a été dite en douceur ?
Fais-tu donc peu de cas de la menace du Tout-Puissant ? ou est-ce une chose qui t’est cachée,
Pourquoi te laisser emporter par ton cœur ? Pourquoi rouler ainsi tes yeux ?
pour que ton cœur ne s’émeuve pas, et que tes yeux ne s’en occupent pas,
Pourquoi tourner ta mauvaise humeur contre Dieu et laisser échapper de tels discours de ta bouche ?
alors que tu tournes ta colère contre le Tout-Puissant et que tu fais sortir de ta bouche un discours blâmable.
Qu’est-ce donc que l’homme pour se prétendre pur et l’enfant de la femme pour se dire juste ?
Qu’est-ce que l’homme pour qu’il soit pur, pour que le fils de la femme soit juste ?
Quoi ! Même en ses saints il n’a pas confiance, et les cieux ne sont pas sans tache à ses yeux !
Voici que Dieu ne se fie pour ainsi dire pas en ses saints et que les habitants du ciel ne sont pas purs devant lui.
Que sera-ce de cet être méprisable et corrompu, de l’homme qui boit l’iniquité comme l’eau ?
À plus forte raison l’être abominable, le révolté, un homme qui boit l’iniquité comme de l’eau !
Je veux t’instruire, écoute-moi ; je veux t’exposer ce que j’ai vu ;
Écoute-moi, car je veux t’instruire et raconter ce que j’ai vu,
ce que racontent les sages, sans rien dissimuler, comme une tradition de leurs pères,
ce que les sages rapportent, ne cachant pas ce que leurs pères leur ont transmis.
qui furent, seuls, maîtres de ce pays et auxquels nul étranger ne s’est mêlé :
À ceux-là seuls doit être remis le pays, et nul étranger ne doit passer parmi eux.
« Les tourments remplissent toute la vie du méchant, tout le cours des années mesurées au tyran.
L’impie est abattu durant toute sa vie, et pendant le nombre d’années réservées au tyran
Ses oreilles ne cessent d’entendre un bruit terrifiant ; en pleine paix, il se voit assaillir par le dévastateur.
le bruit de la terreur est à ses oreilles et, au moment de la paix, le pillage le surprend.
Il renonce à l’espoir d’échapper aux ténèbres, il se sait prédestiné au glaive.
Il croit à peine avoir échappé aux ténèbres que déjà le glaive se montre à lui.
Il erre çà et là pour chercher du pain : il a conscience que des jours sombres se préparent pour lui.
Il erre pour chercher où est le pain, jusqu’à ce qu’il sache que dans sa demeure des jours sombres lui ont été préparés.
La détresse et l’angoisse le jettent dans l’épouvante ; elles l’étreignent comme un roi qui monte à l’assaut.
La misère et la détresse l’atteignent, puis l’entourent comme la sphère éthérée entoure le globe.
C’est qu’il a dirigé sa main contre Dieu, il s’est élevé contre le Tout-Puissant.
Car il a étendu la main contre les amis du Tout-Puissant et il s’enorgueillit contre Celui qui se suffit,
C’est qu’il lui a couru sus, le cou tendu, couvert de toute l’épaisseur de ses boucliers bombés.
en courant contre lui avec un cou puissant, avec les dos épais de ses boucliers.
C’est qu’il a le visage épaissi par la graisse et le dos arrondi par l’embonpoint.
Il a couvert son visage de sa graisse et son embonpoint a formé des plis sur ses flancs.
Aussi se fixe-t-il dans des villes en ruines, dans des maisons qui ne sont pas habitables, étant destinées à se changer en décombres.
C’est pourquoi il habitera des villes détruites, des demeures qui n’ont pas été peuplées, parce qu’elles étaient destinées à devenir des tas de pierres,
Il ne s’enrichira pas, sa fortune ne subsistera point ; [tel un arbre sans fruits] il n’inclinera pas à terre le sommet de ses branches.
Lui, il ne s’enrichira pas, ou bien sa fortune ne durera pas, ou bien sa parole ne descendra pas sur la terre.
Il ne sortira plus des ténèbres ; ses rejetons seront consumés par le feu ; il disparaîtra comme par un souffle [de Dieu].
Il ne sortira pas des ténèbres et ses rejetons seront desséchés par la flamme, de sorte qu’elle emportera rapidement le souffle de sa bouche.
Qu’il n’espère rien de la fraude ! Il a fait fausse route. La déception sera son salaire.
On voit que l’homme égaré ne se fie pas à ce qui est juste, mais que la fausseté lui en tient lieu.
Sa carrière sera achevée avant le temps, et son toit de feuillage ne reverdira plus.
C’est pourquoi il sera abattu avant son temps, et la branche de son palmier ne sera pas abreuvée.
Tel qu’une vigne, il sera dépouillé de ses jeunes grappes ; tel qu’un olivier, il jettera ses fleurs.
Pareil à la vigne, il laissera tomber son verjus, et jettera sa fleur comme l’olivier.
Car la bande des pervers est condamnée à la stérilité ; le feu dévore les tentes où s’entassent les dons de la corruption.
Car la bande des hypocrites est maudite, et le feu consume les hommes corrompus,
Ils conçoivent le mal, ils enfantent le malheur. Leur sein couve la perfidie.
qui méditaient le mal et engendraient l’iniquité, et dont le cœur préparait la tromperie.
Job reprit la parole et dit :
Job répondit en disant :
De tels discours, j’en ai entendu beaucoup : vous êtes tous de pauvres consolateurs.
J’ai entendu bien des discours semblables ; vous êtes tous de faux consolateurs.
Y aura-t-il une fin à ces paroles qui sonnent creux ? Qu’est-ce donc qui te contraint de répliquer ?
Ce discours vain aura-t-il une fin ? quel résultat en tires-tu pour qu’il te serve de réponse ?
Moi aussi, je pourrais parler comme vous, si seulement vous étiez à ma place ; je pourrais aligner des paroles contre vous et hocher la tête à votre sujet.
Moi, certes, je pourrais parler comme vous ; mais si vos personnes étaient dans cet état à ma place, je composerais sur vous des discours vrais, je hocherais la tête sur votre sort en signe de tristesse ;
Je vous donnerais du réconfort avec ma bouche, et le mouvement de mes lèvres serait votre soulagement.
je vous soutiendrais par ma parole jusqu’à ce que mon langage fût presque épuisé.
[Maintenant], si je parle, ma douleur n’en sera pas adoucie ; si je m’abstiens, me lâchera-t-elle pour cela ?
J’en suis arrivé au point que, lorsque je parle, ma douleur ne diminue pas, et si je m’arrête, elle ne me quitte pas.
Oui, à l’heure présente [Dieu] m’a exténué ; tu as jeté le trouble dans tout mon entourage.
Mais maintenant (mon adversaire) m’a épuisé, il a affligé toute ma société.
Tu m’as couvert de rides qui sont autant de témoins à charge ; ma maigreur elle-même me trahit et dépose contre moi.
Il m’a brisé comme s’il était un témoin à charge et, quand je niais, il s’est levé contre moi pour témoigner à ma face.
Sa fureur me déchire, me traite en ennemi ; il grince des dents contre moi : mon adversaire darde sur moi ses regards.
Dans sa colère, il m’a déchiré et anéanti, il a serré les dents contre moi ; mon ennemi s’est mis à aiguiser son regard vers moi.
Ils ouvrent contre moi une bouche béante, ils me frappent ignominieusement sur les joues : en bande ils s’attroupent autour de moi.
On a ouvert la bouche contre moi, ignominieusement on m’a frappé les joues, tous me traitent insolemment,
Le Tout-Puissant me livre à des écervelés ; il me jette en proie aux mains des méchants.
puisque le Tout-Puissant me livre aux désirs de l’injuste et me précipite sous la domination des méchants.
Je vivais paisible, et il m’a broyé ; il m’a saisi par la nuque et mis en pièces ; il m’a dressé comme une cible à ses coups.
Je vivais en paix et il m’a brisé ; il m’a pris par la nuque et m’a mis en pièces ; il s’est servi de moi comme d’une cible.
Ses archers me cernent de toutes parts ; sans pitié il me perce les reins, répand à terre mon fiel.
Ses flèches m’entourent, il perce mes reins sans pitié, il répand mon fiel à terre.
Il ouvre en moi brèche sur brèche, il court sur moi comme un guerrier puissant.
Il fait en moi brèche sur brèche, il me court sus comme un guerrier,
J’ai cousu un cilice sur ma peau desséchée et traîné mon front16 dans la poussière.
16 קרני « ma corne », ma gloire.
au point que j’ai cousu un cilice sur ma peau, que j’ai enfoncé dans la poussière ma tête.
J’ai le visage tout bouffi par les pleurs ; une nuit noire s’étend sur mes paupières.
Mon visage a jauni de pleurs et l’obscurité a voilé mes pupilles,
Et aucune injustice ne souille mes mains ! Et ma prière a toujours été pure !
bien qu’il n’y ait eu aucune iniquité dans mes mains et que ma prière ait été pure.
Ô terre, ne recouvre pas mon sang ! Qu’aucun obstacle n’arrête mes cris !
Mais, si cela était, ô ma terre, ne couvre pas mes méfaits et que mon cri de douleur n’arrive nulle part,
Dès maintenant j’ai un témoin pour moi dans les cieux, un répondant dans les régions supérieures.
maintenant surtout que j’ai mon témoin au ciel et mon garant là-haut !
Mes amis se raillent de moi : c’est vers Dieu que s’élèvent mes yeux baignés de larmes,
mes juges et mes compagnons, mon œil a été éclairé par l’espoir eu Dieu.
pour qu’il soit lui-même arbitre entre l’homme et Dieu, entre le fils de l’homme et son semblable.
Comment l’homme se mettrait-il en face de Dieu pour discuter comme il se met à discuter avec son prochain ?
Car ce peu d’années vont s’écouler, et je prendrai un chemin par où je ne repasserai point.
Voici que des années peu nombreuses viendront et que je marcherai sur un chemin où je ne reviendrai pas.
Mon âme est meurtrie, mes jours s’éteignent, la tombe m’attend.
Ma vie a été détruite, mes jours ont été écrémés, les tombes sont devenues mon désir,
Ne suis-je pas en butte à des moqueries ? Mes yeux ne sont-ils pas constamment témoins de leurs perfidies ?
car des gens moqueurs sont avec moi, et je passe ma nuit à réfuter leurs paroles.
Ah ! De grâce, accorde-moi [ta caution] ! Sois toi-même mon garant vis-à-vis de toi qui voudrait s’engager pour moi17 ?
17 Mot à mot : me frapper dans la main.
Et lorsque je dis à l’un d’eux : Porte-toi garant pour moi, il ne s’en trouve pas un seul qui me frappe dans la main.
Car tu as fermé leur cœur à la raison ; aussi ne les laisseras-tu pas triompher.
C’est comme si tu avais fermé leurs cœurs à la raison ; aussi n’élèveras-tu pas
Pour une part de butin on trahit des amis18, de sorte que les yeux de leurs enfants se consument [de misère].
18 Traduction hypothétique d’un verset très obscur.
celui qui hypocritement adresse à ses amis des paroles artificieuses, et tu affaibliras les yeux de ses enfants ;
On a fait de moi la fable des nations ; je suis l’homme à qui on crache au visage19.
19 Cf. Job, XXX,10.
car il a fait de moi la fable des nations et je suis devenu pour les différentes contrées comme le tambourin.
Mes yeux sont éteints par le chagrin, et tous mes organes sont comme une ombre.
Mes yeux mêmes se sont éteints par la douleur et mes membres sont tous devenus comme l’ombre.
Les gens de bien en sont stupéfaits, et l’innocent en est révolté contre l’impie.
Les justes s’indignent des actes que ceux-là commettent et l’innocent attaque l’hypocrite ;
Cependant le juste persiste dans sa conduite, et celui qui a les mains pures redouble d’énergie.
le juste persévère dans sa voie, et celui dont les mains sont pures redouble de vaillance.
Quant à vous, retournez-vous donc tous contre moi, venez ! Je ne trouverai pas un sage parmi vous.
Mais, parce que vous êtes allés et venus et que je n’ai pas trouvé parmi vous un sage,
Mes jours ont fui, mes projets sont ruinés, ces trésors de mon cœur.
mes jours ont passé ; mes projets se sont brisés, et même les liens de mon cœur,
De la nuit ils veulent faire le jour, ils disent la lumière plus proche que les ténèbres20.
20 Ils m’offrent de vaines consolations.
parce que (mes adversaires) transforment la nuit en jour par l’insomnie et que (chez eux) la lumière se rapproche de l’obscurité par le vertige.
Si je n’attends plus d’autre demeure que le Cheol, si j’ai étendu ma couche dans la région des ombres ;
Si j’espère une demeure, la tombe est ma maison, et dans les ténèbres j’ai étendu ma couche.
si je dis au tombeau : « Tu es mon père ! » et à la vermine : « Tu es ma mère et ma sœur »
J’ai dit au néant : Tu es mon père ; ou bien à la vermine : Tu es ma mère ou ma sœur.
où donc est mon espérance ? Mon espérance, qui peut la voir ?
Où est donc celui qui voit mon espérance ou qui entrevoit mon espérance ?
Elle a sombré jusqu’au fond du Cheol, si toutefois le repos est assuré dans la poussière.
Ou bien elle est déjà descendue dans la tombe, ou bien elle est allée se fixer (quelque part) sur la terre.
Bildad prit la parole et dit :
Bildad le Schouhite répondit en disant :
Jusqu’à quand ferez-vous assaut de discours ? Devenez raisonnables, puis nous pourrons parler.
Quand donc mettrez-vous fin aux discours, quand réfléchirez-vous, pour que nous parlions ?
Pourquoi nous considère-t-on comme des brutes ? Pourquoi sommes-nous bornés à vos yeux !
Pourquoi avons-nous été considérés comme des bêtes et avons-nous été bouchés à vos yeux ?
Ô toi, qui te déchires toi-même dans ta fureur, est-ce par amour de toi que la terre sera abandonnée et que le rocher changera de place ?
toi qui te déchires toi-même dans ta colère, faut-il qu’à cause de toi la terre soit abandonnée et que le rocher soit transporté hors de son endroit ?
Oui certes, la lampe des méchants s’éteint, la flamme de son foyer cesse de briller.
Oui, la lumière des méchants s’éteindra et les étincelles de son feu ne brilleront plus.
La lumière s’obscurcit dans sa tente, son flambeau s’éteint au-dessus de lui.
De même que la lumière s’obscurcira dans sa tente, de même sa lampe s’éteindra pour lui.
Ses pas, jadis assurés, deviennent hésitants, il est renversé par ses propres projets.
Ses pas se rétréciront parce que les forces lui manqueront, et ses desseins le pousseront à sa perte,
Car ses pieds se prennent dans le filet, il chemine sur des rets.
comme si ses pieds étaient pris dans des rets ou bien comme s’il marchait sur un filet,
Le piège le saisit au talon, le traquenard se referme violemment sur lui.
comme si le piège l’avait saisi au talon et l’avait arrêté avec son réseau,
Des entraves lui sont posées secrètement sur le sol, des embûches couvrent la route qu’il suit.
avec ses cordes enfouies dans la terre et ses liens cachés sur la route.
De toutes parts les terreurs le poursuivent et font vaciller ses jambes.
Tout autour de lui les épouvantes lui surviendront, au point quelles le feront chanceler sur ses pieds.
Sa vigueur dépérit par la faim, la ruine menace ses flancs.
Son enfant souffrira la faim. La perdition établie sur son flanc
Les lambeaux de sa peau deviennent une pâture, ses membres, une proie pour le premier-né de la mort21.
21 C’est-à-dire pour la plus atroce des maladies.
mangera les membres de son corps et les prodromes de la mort consumeront ses membres.
Il est arraché de la tente où il vivait en sécurité, et poussé entre les bras du roi des épouvantements22.
22 Désignation de la mort.
L’objet de sa confiance sera arraché de sa tente, et on le conduira vers le chef des terreurs.
Des gens qui ne lui sont de rien se fixent dans sa demeure ; une pluie de soufre se répand sur son domaine.
Celles-ci demeureront dans sa tente en place de la nourriture qui lui est due et le soufre sera répandu sur sa demeure.
Par en bas, ses racines se dessèchent, par en haut, son feuillage se flétrit.
En bas, ses racines se dessécheront ; en haut, ses produits seront coupés.
Son souvenir s’efface de la terre, et rien ne rappelle son nom dans l’étendue du monde.
Sa mémoire disparaîtra de la terre, il n’aura plus de nom sur les places publiques.
On le repousse de la lumière dans les ténèbres et on l’expulse de l’univers.
On le poussera de la lumière aux ténèbres et on le bannira du monde.
Il ne laisse ni lignée, ni postérité, ni aucun survivant dans son habitation.
Il n’aura ni lignée ni postérité dans son peuple, ni survivant dans sa demeure.
Sa destinée frappe de stupeur ceux de l’Occident et donne le frisson à ceux de l’Orient.
Les générations dernières ont été stupéfaites de son malheur et les premières en ont frémi.
Oui, voilà ce qui attend les demeures du malfaiteur, la résidence de qui ne reconnaît pas Dieu !
Certes, tel est l’état des demeures des méchants, et telle est la destinée de celui qui n’a pas connu le Tout-Puissant.
Job reprit la parole et dit :
Job répondit en disant :
Jusqu’à quand contristerez-vous mon âme et m’accablerez-vous de vos discours ?
Jusqu’à quand chagrinerez-vous mon âme, et m’affligerez-vous par vos discours ?
Voilà dix fois que vous m’injuriez ; vous ne rougissez pas de me torturer.
Voici dix fois que vous m’insultez et que vous n’avez pas honte de me calomnier.
Mais soit ! Admettons que j’aie des torts : ces torts ne pèseraient que sur moi.
Si vraiment j’avais erré, mon erreur demeurerait auprès de moi seul.
Quant à vous, si vraiment vous prétendez vous grandir à mes dépens et me reprocher la honte où je suis réduit,
De quel droit me traitez-vous avec insolence et me reprochez-vous mon indignité ?
sachez donc que c’est Dieu qui m’a fait un passe-droit, et qui m’a enveloppé de ses embûches.
Sachez donc maintenant que Dieu m’a détourné de ma voie, enveloppé dans un de ses filets,
Quoi ! Je crie à la violence et ne trouve point d’écho ; j’appelle au secours, et de justice point !
comme si je criais injustement, en sorte qu’on n’eût pas à me répondre, ou comme si je demandais du secours, sans y avoir droit.
Il m’a barré la route, impossible de passer ; sur mes sentiers, il a répandu les ténèbres.
(Dieu) m’a barré le chemin pour m’empêcher de passer, il a couvert mes sentiers de ténèbres.
Il m’a dépouillé de mon honneur ; il a enlevé la couronne de ma tête.
Il m’a dépouillé de mon honneur, et a enlevé la couronne de ma tête.
Il m’a démoli de fond en comble, et je me suis écroulé ; il a arraché comme un arbre mon espérance.
Il a démoli ce qui m’entourait, jusqu’à ce que je fusse parti, et a arraché comme le bois mon espérance.
Il a enflammé sa colère contre moi ; il m’a traité comme ses ennemis.
Sa colère s’est enflammée contre moi, et il semble m’avoir mis au rang de ses ennemis.
Ses hordes arrivent en masse, se fraient un chemin contre moi et mettent le siège autour de ma tente.
Ses escadrons réunis viennent, déblayent leurs chemins contre moi, et cernent de tous côtés ma tente.
Mes frères, il les a éloignés de moi, mes amis ne sont plus que des étrangers pour moi.
Il a éloigné de moi mes frères ; mes connaissances m’ont évité.
Mes proches m’ont délaissé, mes intimes m’ont oublié.
Mes proches se sont retirés, et mes compagnons m’ont oublié.
Les gens de ma maison, mes propres servantes me considèrent comme un intrus ; je suis devenu un inconnu à leurs yeux.
Même mes clients et mes servantes m’ont considéré comme un étranger ; j’ai été un inconnu pour eux.
J’appelle mon serviteur : il ne répond pas ; je suis obligé de le supplier de ma bouche.
J’appelle mon serviteur, et il ne me répond pas jusqu’à ce que je le supplie de ma bouche.
Mon haleine est odieuse à ma femme et mes caresses aux fils de mes entrailles23.
23 Cet hémistiche est très diversement interprété. Voir les commentaires.
Ma personne est devenue étrangère à ma femme, et les fils de mes entrailles ne m’ont plus affectionné.
Même de jeunes enfants me montrent leur dédain ; quand je veux me lever, ils manifestent contre moi.
Les jeunes gens mêmes me dédaignent et, lorsque je les quitte, ils parlent de moi.
Tous mes fidèles confidents m’ont pris en horreur, et ceux que j’aimais se sont tournés contre moi.
Tous mes intimes m’ont pris en horreur, et ceux que j’aimais se sont tournés contre moi.
Mes os sont collés à ma peau et à ma chair ; je n’ai sauvé du désastre que la peau de mes dents24.
24 Locution proverbiale signifiant que tout est perdu.
Mes os se sont attachés à ma peau, même la chair de mes dents s’est échappée de moi.
Ah ! Pitié, pitié, vous mes amis ! Vous voyez que la main de Dieu m’a frappé.
Ayez pitié de moi, soyez miséricordieux, ô mes compagnons ! car le malheur envoyé par Dieu m’a envahi.
Pourquoi me persécutez-vous à l’exemple de Dieu ? Pourquoi êtes-vous insatiables de ma chair ?
Pourquoi me poursuivez-vous comme ces gens-là et êtes-vous insatiables de ma chair ?
Plût à Dieu que mes paroles fussent mises par écrit, qu’elles fussent burinées dans le livre !
Si dès maintenant mes paroles étaient écrites ! Si seulement elles étaient tracées dans le livre !
Qu’avec un stylet de fer et de plomb, elles fussent gravées pour toujours dans le roc !
Si, avec un stylet de fer ou de plomb, elles étaient gravées dans le roc pour toujours,
Je sais bien, moi, que mon sauveur vit, et qu’à la fin il se manifestera sur la terre.
afin que je sache que mes amis subsisteront, et qu’une génération postérieure apparaîtra après eux sur la terre !
Après que ma peau, que voilà, sera complètement tombée, libéré de ma chair, je verrai Dieu !
Après que ma peau sera pourrie, mon histoire sera transmise et, par les maladies de mon corps, je montrerai la puissance de Dieu,
Oui, je le contemplerai moi-même pour mon bien, mes yeux le verront, non ceux d’un autre. Mon cœur se consume d’attente dans mon sein.
comme je me vois moi-même et comme mes yeux me contemplent, non ceux d’un autre, au point que mes regards perçants pénètrent dans mon sein.
Que si donc vous dites : « Comme nous allons nous acharner contre lui ! » le fond du débat tenant à ma personne25,
25 et 26Ces deux derniers versets offrent de grandes difficultés dans l’ensemble et dans les détails.
Mais si vous dites : Que convient-il de poursuivre pour toi ? Quel principe de discours avons-nous trouvé chez toi, pour que nous l’enregistrions ?
eh bien, ayez peur du glaive, car l’emportement dont vous faites preuve est un crime passible du glaive ! Ainsi vous apprendrez qu’il y a une justice26.
Prenez garde du glaive, car la colère qu’attirent les péchés, c’est le glaive de Dieu, afin que vous sachiez que le jugement de Dieu est juste.
Çophar de Naama prit la parole et dit :
Alors Sophar le Naamatite répondit en disant :
Eh bien ! Mes réflexions m’incitent à répliquer et aussi les impressions que je ressens.
Certes, mes réflexions m’apprennent que c’est à cause de mon silence
Quand j’entends des reproches qui sont un affront pour moi, ma raison me dicte une réponse.
que j’ai dû entendre une remontrance qui est une honte pour moi., et ma raison me fournit un avis
Connais-tu ce fait qui a existé de tout temps, depuis que l’homme est placé sur la terre :
en ces termes : Ce que tu as su de tout temps, depuis que l’homme a été placé sur la terre,
que le triomphe des méchants est éphémère et que la joie du pervers ne dure qu’un instant ?
c’est que le cri de joie des scélérats ne va pas loin, et que la gaieté de l’hypocrite ne dure qu’un clin d’œil.
Dût sa stature monter jusqu’au ciel et sa tête atteindre les nuages,
Si même sa puissance peut monter jusqu’au ciel, et sa tête atteindre les nuages,
aussi sûrement que ses excréments, il périra sans retour : ceux qui le voyaient diront : « Où est-il ? »
lorsqu’il disparaîtra, il périra pour toujours, de sorte que celui qui le regardait dira : Où est-il ?
Comme un songe, il s’envole, et l’on perd ses traces ; il s’évanouit comme une vision nocturne.
Il s’envole comme le rêve, et on ne le trouve plus, il est agité comme de visions nocturnes.
L’œil qui l’a contemplé ne le découvre plus ; sa demeure n’a plus de regard pour lui.
Et lorsqu’un œil se porte vers lui, il ne le retrouve plus, et ne l’aperçoit plus à son endroit.
Ses fils devront solliciter la pitié des pauvres, et ses propres mains restituer la fortune acquise.
De même que ses enfants opprimaient les pauvres, et que ses mains ramassaient ses rapines,
Ses membres, tout pleins encore de vigueur juvénile, se verront couchés dans la poussière.
ainsi, pendant que ses membres sont pleins de la force de sa jeunesse, elle sera couchée avec lui dans la poussière.
S’il arrive que la perversité soit douce à sa bouche, qu’il la fasse glisser sous sa langue27 ;
27 Comme une Friandise.
Et puisque, le mal étant agréable à sa bouche, il le cache sous sa langue pour le posséder exclusivement,
qu’il la ménage longtemps, ne cessant de la savourer, et la retienne encore au fond de son palais,
qu’il le ménage et ne l’abandonne pas, qu’il le retient à son palais pour ne pas. en parler,
alors son aliment se transforme dans ses entrailles et devient dans son sein l’amer venin de l’aspic.
c’est pourquoi cette nourriture se transformera dans ses entrailles, comme si le fiel des serpents tachetés était dans son corps.
Il a dévoré une fortune et il faut qu’il la rejette : Dieu l’expulsera de ses intestins.
Et comme il a avalé du bien défendu, ainsi il le vomira, Dieu même l’arrachera de son ventre,
C’est du poison d’aspic qu’il suçait : il périra par la langue de la vipère.
comme s’il suçait le venin des vipères, ou comme si la langue des aspics le tuait.
Qu’il n’espère point se délecter aux flots des ruisseaux de miel, des torrents de lait !
Et il ne verra ni courants, ni fleuves, ni ruisseaux de ce qui est agréable comme le miel et le beurre.
Il faut qu’il rende le fruit de son labeur, avant de le consommer ; il en sera de même des biens qu’il s’est acquis par ses échanges : il n’en tirera aucun plaisir.
Et, comme il amassait le gain défendu, il ne l’avalera pas et, de même qu ’il s’empressait à prendre le bien d’autrui, il n’en jouira pas.
C’est qu’il a écrasé les faibles et les a abandonnés à eux-mêmes ; il a ruiné des maisons par la rapine et ne les a point rebâties.
De même qu’il a opprimé ses semblables de manière à les laisser pauvres, de même il ne construira pas la maison qu’il a ravie.
C’est qu’il n’a pas connu la paix intérieure : il ne sauvera rien de ses plus chers trésors.
Et, de même que les pauvres n’ont pas connu la tranquillité dans leurs seins à cause de lui, de même ils ne se sauveront pas, en dépit de leurs espérances.
Rien n’échappait à ses appétits ; aussi son bien-être n’aura-t-il aucune durée.
Et, parce qu’il ne leur sera pas resté un débris de nourriture, son bien à lui ne durera pas,
Alors qu’il regorge de biens, il est dans la gêne ; la main de tout misérable s’abattra sur lui.
et, lorsque sa portion sera remplie, il sera dans la détresse et subira la peine de tous les malheureux qu’il a réduits à la misère.
[Dieu] se dispose à lui bourrer le ventre en lâchant contre lui son ardente colère, en la faisant pleuvoir sur lui en guise de nourriture.
De même qu’il s’était proposé de se remplir le ventre de choses défendues, de même (Dieu) enverra contre lui la violence de sa colère, comme s’il faisait pleuvoir sur lui son attaque.
Il voudra fuir les armes de fer : il sera transpercé par un arc d’airain.
S’il s’enfuit devant l’arme de fer, l’arc d’airain à son tour le frappera,
La flèche qui l’atteint, il la retire de son corps ; elle sort étincelante du foie qu’elle a percé ; l’épouvante le saisit.
et une flèche sera retirée et sortira de son dos, une matière jaune s’échappera de sa bile, et la terreur tombera sur lui.
Tous les noirs désastres menacent les trésors qu’il a amassés ; un feu que personne n’a attisé le consume et dévore tout ce qui est resté dans sa demeure.
Et, parce qu’il pillait dans l’obscurité tout trésor pour l’enfouir dans ses magasins, c’est pourquoi il sera dévoré par le feu (de la géhenne) que personne n’attise ; et, parce qu’il maltraitait l’homme qui se réfugiait dans sa tente,
Les cieux dénoncent son crime et la terre se soulève contre lui.
c’est pourquoi ceux qui habitent les cieux révéleront son péché et les habitants de la terre se lèveront contre lui.
Les biens de sa maison s’en vont ; tout s’écroule au jour de la colère divine.
Les produits de sa demeure seront précipités comme (les biens) qui furent entraînés au jour de la colère (divine).
Telle est la part que Dieu réserve à l’homme pervers ; tel est l’héritage qui lui est destiné par la parole du Tout-Puissant.
Telle est la part que Dieu réserve à l’homme méchant ; c’est là l’héritage qui lui est assigné par le Tout-Puissant.
Job reprit la parole et dit :
Alors Job commença et dit :
Daignez écouter mes paroles : je ne vous demande pas d’autres consolations.
Écoutez, écoutez mes paroles, et que cela soit votre manière de me consoler.
Faites-moi un peu crédit pour que je puisse parler, et quand j’aurai fini, libre à vous de me railler.
Permettez-moi de vous parler et, quand j’aurai parlé, vous vous moquerez de moi, si je le mérite.
Est-ce donc contre des hommes que mes plaintes sont dirigées ? Dès lors pourquoi ma patience ne serait-elle pas à bout ?
Est-ce que ma plainte s’adresse à un autre homme qui soit avec moi ? Pourquoi ma patience ne serait-elle pas à bout ?
Tournez-vous vers moi et soyez stupéfaits, et posez la main sur la bouche.
Tournez-vous vers moi et soyez stupéfaits ; mettez la main sur votre bouche.
Moi-même, en évoquant mes souvenirs, je suis consterné, et un frisson d’horreur s’empare de mon corps.
Et avec cela, quand je me rappelle une chose, je m’en effraie, et un tremblement saisit mon corps.
Pourquoi les méchants demeurent-ils en vie ? Pourquoi vont-ils progressant et croissant en puissance ?
Pourquoi les méchants vivent-ils, deviennent-ils gros et gras et leur richesse augmente-t-elle ?
Leur postérité est fortement établie devant eux, avec eux : leurs descendants sont là sous leurs yeux.
Leur race subsiste devant eux, en même temps qu’eux, et leurs rejetons restent sous leurs yeux.
Leurs maisons sont en paix, à l’abri de toute crainte ; la verge de Dieu ne les atteint pas.
Leurs maisons sont à l’abri de la crainte, et la verge de Dieu ne leur inflige pas de maladies.
Leurs taureaux s’accouplent et ne sont pas stériles ; leurs génisses mettent bas et ne perdent pas leurs petits.
Leur taureau dans la saillie ne glisse pas, leur vache n’avorte pas en vêlant.
Ils envoient dehors leurs jeunes garçons comme un troupeau de brebis, et leurs enfants se livrent à leurs ébats.
Ils laissent aller leurs garçons comme les troupeaux, et bondir leurs enfants.
Ils entonnent des chants en s’accompagnant du tambourin et du luth, et ils s’égaient aux sons de la flûte.
Ils portent le tambourin et le luth et se réjouissent au son de la flûte.
Ils consument leurs jours dans le bonheur et, en un instant, ils descendent au Cheol.
Ils passent leurs jours dans une vie de plaisirs, en un clin d’œil ils descendent dans la tombe sans maladie.
Et pourtant ils disent à Dieu : « Laisse-nous, nous n’avons nulle envie de connaître tes voies.
Pourtant ils ont dit au Tout-Puissant : Laisse-nous ! nous ne voulons pas connaître tes voies,
Qu’est-ce que le Tout-Puissant, que nous le servions ? Quel profit aurons-nous à lui adresser des prières ? »
Qu’est-ce que Celui qui se suffit, pour que nous le servions ? Quel profit aurons-nous en nous adressant à lui ?
Assurément, ce n’est pas à leurs mains28 qu’ils sont redevables de leur bien-être. (Puisse toutefois le conseil des méchants être loin de moi !)
28 Mais bien à Dieu.
Et voici que les justes n’ont pas leur bonheur entre leurs mains et son décret contre les méchants est éloigné d’eux.
Arrive-t-il souvent que la lampe des impies s’éteigne, que le malheur fonde sur eux et que [Dieu] leur assigne dans sa colère le sort qu’ils méritent ?
Car ils disent : Quand s’éteindra la lampe des méchants ? Quand la ruine les atteindra-t-elle et recevront-ils une part de la colère divine, ainsi qu’on répartit les lots ?
Arrive-t-il souvent qu’ils soient comme la paille emportée par le vent, comme le chaume qu’enlève la tempête ?
Quand deviendront-ils semblables à la paille chassée par le vent, au chaume emporté par le tourbillon ?
Dieu dira-t-on réserve à ses enfants le châtiment de ses crimes : — mais qu’il l’inflige donc à lui-même, pour qu’il s’en ressente !
Dieu réserve-t-il aux enfants du méchant sa vengeance ? C’est lui que Dieu doit punir pour qu’il sache,
Que ses propres yeux soient témoins de sa chute et qu’il s’abreuve de la colère de Dieu !
pour que ses yeux voient sa ruine et qu’il boive la colère de Celui qui se suffit.
Car quel intérêt peut-il porter à sa maison, quand il ne sera plus, puisque le nombre de ses années est fixé d’avance ?
Mais que peut-il désirer pour sa maison après lui, alors que le nombre de ses mois lui a été dévolu ?
Est-ce à Dieu qu’on enseignera ce qui est raisonnable, à lui qui juge avec une autorité souveraine29 ?
29 רמים .Exégèse de Raschi.
L’homme enseignera-t-il la science à Dieu qui décide d’en haut ?
Celui-ci meurt au fort de sa vigueur, en pleine quiétude, en pleine paix,
Qu’un tel meure dans la force de sa santé après avoir passé toute sa vie en parfaite tranquillité,
alors que ses récipients débordent de lait, et que la moelle de ses os est abondamment pourvue.
ses baquets étant remplis de lait, et ses membres trempés de moelle ;
Celui-là meurt, l’âme rassasiée d’amertume, sans avoir goûté le bonheur.
et que tel autre meure dans l’amertume de son âme, et sans avoir goûté aucun bien ;
Et tous deux sont couchés dans la poussière et deviennent également la proie de la pourriture.
tous deux sont couchés ensemble dans la poussière, et la pourriture les couvre tous deux.
Eh quoi ! Je connais vos intentions et les arrière-pensées que vous nourrissez injustement contre moi,
H semble que je connaisse vos pensées et les opinions par lesquelles vous m’accablez,
quand vous dites : « Où est la maison de l’homme important30 ? Où, la tente habitée par les méchants ? »
30 נדיב ; d’après Ibn-Ezra.
à savoir que vous dites : Où est la maison de l’homme généreux et où sont les demeures des méchants ? Tu les as rendues égales entre elles.
Eh bien ! Interrogez ceux qui parcourent le monde et ne méconnaissez pas les preuves qu’ils apportent :
N’avez-vous pas interrogé ceux qui passent sur la route et n’avez-vous pas reconnu comme vraies leurs indications ?
c’est qu’au jour du désastre le méchant est épargné ; au jour des violentes colères, il est tiré du danger.
Certes, jusqu’au jour de la ruine le méchant est épargné, et on le pourvoit jusqu’au jour de la résurrection.
Qui lui jettera sa conduite à la face ? Et ce qu’il a fait, qui le lui paiera ?
Maintenant, qui lui exposera en face sa conduite, qui le rétribuera pour ce qu’il a fait ?
On le porte en pompe au lieu de sépulture, et on veille sur son mausolée.
Car lui, il est amené, pourvu de tout, vers les tombeaux et l’on veille sur leurs mausolées,
Légères lui sont les glèbes de la vallée ; tout le monde se traîne à sa suite ; comme il a été précédé d’une innombrable multitude.
comme si les mottes de la vallée lui étaient douces ; tout le monde est entraîné après lui et ceux qui l’ont précédé sont innombrables.
Comment donc m’offrirez-vous de vaines consolations ? De toutes vos répliques il ne demeure qu’une criarde injustice.
Comment donc m’offrez-vous des consolations vaines, quand vos réponses sont parentes de la mauvaise foi.
Eliphaz prit la parole et dit :
Alors Eliphaz le Témanite prit la parole, et dit :
Est-ce à Dieu que l’homme rend service ? C’est lui-même que sert le sage.
Est-ce que l’homme peut se tenir en face du Tout-Puissant pour qu’un (juge) intelligent se dresse devant tous deux ?
Qu’importe au Tout-Puissant que tu sois juste ? Quel profit pour lui, si tu mènes une, conduite sans reproche ?
Celui qui se suffit désire-t-il que tu sois juste, ou a-t-il intérêt à ce que tu perfectionnes ta conduite ?
Serait-ce en raison de ta piété qu’il te châtie et entre en jugement avec toi ?
Est-ce qu’il te réprimandera pour ta piété ou te citera pour elle en justice ?
Certes, il faut que ta perversité soit grande et innombrables tes méfaits.
Certes ta méchanceté était grande et tes méfaits étaient innombrables,
Car, sans motif, tu confisquais le bien de tes frères et dépouillais les gens de leurs vêtements jusqu’à les mettre à nu.
Par exemple, tu demandais sans raison un gage à ton frère et tu dépouillais de leurs vêtements les gens en sorte qu’ils restaient nus.
Tu ne donnais pas d’eau à boire à l’homme altéré, à l’affamé tu refusais du pain.
Tu ne donnais point à boire à l’homme épuisé ; à l’affamé tu refusais la nourriture.
L’homme à poigne serait-il seul maître de la terre ? Celui qui a du crédit aurait-il seul le droit de l’occuper ?
À l’homme au bras puissant tu abandonnais la terre, et tu y soutenais par injustice l’homme considérable.
Les veuves, tu les congédiais les mains vides, et les bras des orphelins étaient brisés [par toi].
Jadis tu renvoyais les veuves les mains vides, et tu rendais plus faibles les bras des orphelins.
C’est pourquoi tu es environné de pièges et assiégé de terreurs subites.
Voilà pourquoi les pièges t’entourent, et des terreurs subites t’épouvantent.
Ou bien ce sont des ténèbres qui masquent ta vue, un déluge d’eaux qui te recouvre.
Ou bien tu seras dans l’obscurité sans rien voir, ou bien l’averse d’eau te couvrira.
Dieu [, dans ta pensée,] n’est-il pas relégué dans les hauteurs célestes ? Tu es frappé de l’éloignement des étoiles qui sont à une si grande distance !
Dieu n’est-il pas dans les hauteurs du ciel ? Regarde la situation des astres, combien elle est élevée !
Et tu dis : « Qu’est-ce que Dieu peut savoir ? Exerce-t-il sa justice à travers la brume épaisse ?
Comment donc peux-tu dire : Que saura le Tout-Puissant ? Comment t’étonnes-tu qu’il juge à travers les ténèbres,
Les nuages lui forment une retraite mystérieuse, l’empêchant de voir, et il ne fait que parcourir la circonférence des cieux ! »
parce que les nuées le couvrent et qu’il ne voit pas, et que le rideau du ciel se meut au-dessous de lui ?
Prétends-tu donc suivre l’antique route que foulaient les hommes d’iniquité,
Gardes-tu les opinions des partisans de l’éternité (du monde), qu’ont suivies les hommes d’iniquité ?
qui étaient emportés avant le temps, et dont les fondements ressemblaient à un torrent qui s’écoule,
Ils furent emportés avant le temps, et leurs fondements s’écoulèrent comme le torrent.
qui disaient à Dieu : « Laisse-nous ! » Car que pouvait bien faire contre eux le Tout-Puissant ?
Ils disaient au Tout-Puissant : Laisse-nous ! et dédaignaient les bienfaits de Celui qui se suffit.
C’est pourtant lui qui avait rempli leurs maisons de bien-être ! (Puisse le conseil des méchants être loin de moi !)
C’est cependant lui qui avait rempli leurs maisons de biens et, leur accordant un répit, avait éloigné d’eux le décret lancé contre les méchants.
Les justes ont été témoins [de leur ruine] et s’en sont réjouis ; l’homme honnête s’est raillé d’eux :
Les justes les verront et se réjouiront et l’innocent se moquera d’eux,
« Eh bien, disaient-ils, nos adversaires sont anéantis, le feu a dévoré leurs biens ! »
à moins que leurs personnes n’aient disparu, et que le feu n’ait consumé leur postérité.
Ah ! De grâce, réconcilie-toi avec Dieu, et tu vivras en paix ; par là le bonheur renaîtra pour toi.
Donc, appuie-toi sur Dieu, et tu seras sauvé, par là te viendra le bonheur.
Accueille donc l’enseignement émanant de sa bouche, et dépose ses paroles en ton cœur.
Accepte les prescriptions qu’il te fait, et place ses paroles dans ton cœur.
Reviens au Tout-Puissant et tu seras restauré, éloigne l’injustice de ta tente.
Si tu reviens à Celui qui se suffit, tu seras rétabli, en éloignant l’iniquité de ta demeure.
Jette à la poussière ton métal précieux, et aux cailloux des torrents ton or d’Ophir !
Mets au niveau du sol la forteresse, et compte comme les cailloux des torrents l’or d’Ophir.
Et le Tout-Puissant sera pour toi un amas de trésors, un monceau d’argent.
Par contre, que Celui qui se suffit soit ta forteresse et ta fortune visible ;
Car alors tu trouveras tes délices dans le Tout-Puissant, et tu pourras relever ton front vers Dieu.
car alors tu te délecteras en lui et tu lèveras ta face vers lui pour l’implorer.
Tu l’invoqueras et il t’entendra, et tu t’acquitteras de tes vœux.
Tu l’imploreras et il t’exaucera, et tu t’acquitteras de tes vœux.
Tu formeras des projets et ils s’accompliront en ta faveur, la lumière brillera sur tes routes.
Tu décideras une chose, et elle te réussira ; sur tes chemins brillera la lumière.
On voudra t’abaisser, mais tu diras : « Debout ! » Car Dieu vient en aide à qui baisse humblement les yeux.
Et tu sauras que (tes amis) se sont abaissés devant toi, eux dont tu as dit : Voici de l’orgueil ! (Dieu) secourt celui qui a les yeux baissés,
Il sauvera même celui qui n’est pas sans faute ; oui, celui-ci sera sauvé par la pureté de tes mains.
et il sauve l’innocent ; toi de même, tu seras sauvé par la pureté de tes mains.
Job reprit la parole et dit :
Alors Job prit la parole et dit :
Aujourd’hui encore ma plainte est traitée de révolte ; [pourtant] ma main se fatigue à comprimer mes soupirs.
Aujourd’hui aussi ma plainte est en révolte et le coup qui me frappe s’est aggravé avec mon gémissement.
Que ne m’est-il donné de savoir où le trouver ! Je voudrais pénétrer jusqu’à son siège.
Si seulement je pouvais trouver celui que je connais et arriver à son séjour !
J’exposerais ma cause devant lui, ayant la bouche pleine d’arguments.
Alors j’exposerais devant lui ma cause et je remplirais ma bouche d’arguments,
Je connaîtrais les réponses qu’il m’opposerait et me rendrais compte de ce qu’il me dirait.
en sorte que je susse quelle sera sa réponse, et que je comprisse ce qu’il me dira.
Jetterait-il le poids de sa force dans sa discussion avec moi ? Non, mais il me prêterait quelque attention.
Est-ce par la grandeur de sa force qu’il lutte avec moi ? Ce n’est pas lui seul qui s’acharne contre moi.
C’est un homme droit qui se trouverait alors en face de lui, et pour toujours je serais quitte envers mon juge.
Là, je me poserais devant lui en homme juste, de manière à échapper pour toujours à mon adversaire.
Mais quoi ! Je me dirige vers l’Orient : il n’y est pas ! — vers l’Occident, je ne le remarque point !
Mais voici que je vais à l’orient et il n’y est point, à l’occident et je ne l’aperçois pas ;
Exerce-t-il son action au Nord ? Je ne le vois pas ; se retire-t-il au Sud ? Je ne l’aperçois pas.
s’il occupe le nord, je ne le vois pas, et s’il se tourne vers le sud, je ne le découvre pas ;
Car il connaît la conduite que je mène : s’il me jetait au creuset, j’en sortirais pur comme l’or.
car il sait que la voie de la justice est de mon côté, et que de l’épreuve qu’il m’a fait subir, je suis sorti pur comme l’or.
Mon pied s’est attaché fidèlement à ses traces ; j’ai suivi ses voies sans dévier.
Mon pied s’est attaché au pas de son prophète ; je me suis maintenu dans sa voie sans dévier.
Des préceptes de ses lèvres je ne me suis pas écarté ; plus qu’à mes propres inspirations, j’ai obéi aux paroles de sa bouche.
Je ne me suis point écarté de l’ordre qu’il a donné ; plus que de mes propres desseins, je me suis souvenu de ses paroles.
Mais lui, il demeure immuable : qui pourrait le faire changer d’avis ? Ce qui lui plaît, il l’accomplit.
Lui, il est unique ; qui peut lui résister ? Ce que son âme a voulu, il le fait,
Assurément, il exécutera jusqu’au bout ce qu’il a décrété contre moi : il nourrit encore beaucoup de desseins semblables.
et certes, il accomplira ses décisions à mon égard ; il en a pris beaucoup de semblables.
C’est pourquoi je me sens troublé devant sa face ; en y réfléchissant, j’ai peur de lui.
C’est pourquoi je suis effrayé devant lui et, toutes les fois que je réfléchis, c’est par lui que je suis saisi de terreur.
Dieu a découragé mon cœur, le Tout-Puissant m’a rempli d’épouvante,
Et le Tout-Puissant a amolli mon cœur, et Celui qui se suffit m’a consterné,
puisque [d’une part], il ne m’a pas anéanti par les ténèbres qui m’accablent, et que [d’autre part] il n’a pas voulu me mettre à l’abri de cette sombre nuit31.
31 Nous suivons pour ce difficile verset l’exégèse de Raschi.
alors que je n’ai pas péri devant les ténèbres, et que l’obscurité n’a pas tout effacé devant moi.
Pourquoi les temps [des représailles] ne sont-ils pas réglés par le Tout-Puissant, et ses fidèles ne voient-ils pas se lever ses jours de justice ?
Je dirai : Pourquoi n’a-t-on pas aperçu les heures assignées par Celui qui se suffit, et pourquoi ceux qui le connaissent n’ont-ils pas vu les jours annoncés
Il en est qui reculent les bornes, qui ravissent des troupeaux et les conduisent au pâturage.
pour les gens qui déplacent les bornes, et font paître le troupeau qu’ils ont enlevé,
Ils emmènent l’âne des orphelins et saisissent comme gage le bœuf de la veuve.
qui poussent devant eux l’âne des orphelins, et prennent en gage le bœuf de la veuve,
Ils forcent les indigents à se détourner du chemin ; les faibles dans le pays sont tous obligés de se cacher.
qui détournent les pauvres de leur chemin, et obligent les faibles du pays à se cacher devant eux,
Voyez, tels des ânes sauvages dans le désert, [ces malheureux] se mettent en campagne pour leur besogne, recherchant quelque nourriture : la lande leur fournit du pain pour leurs enfants.
comme s’ils étaient dans le désert des bêtes sauvages, sorties pour leur œuvre ‘en cherchant une proie et à qui la steppe est aussi familière que le pain aux enfants,
Dans les champs, ils recueillent leurs provisions ; ils ramassent quelques herbes dans la vigne du méchant.
qui moissonnent dans les champs leur fourrage et s’attachent aux vergers des scélérats ?
Ils passent la nuit tout nus, faute de vêtements ; ils n’ont pas de couverture pour se garer du froid.
Leurs victimes passent la nuit sans vêtements et sans couverture pendant le froid,
Ils sont trempés par les averses des montagnes ; manquant d’abri, ils s’accrochent au rocher.
sont trempées par le torrent des montagnes et ont fréquenté le rocher faute d’abri.
On enlève l’orphelin du sein de sa mère, et on pressure le pauvre.
Ceux qui sont accoutumés au pillage violentent l’orphelin, et prennent des gages aux pauvres,
On les réduit à circuler nus, sans vêtements à transporter des gerbes tout en souffrant la faim,
qui marchent nus sans vêtements, portent leurs gerbes en restant affamés,
à extraire l’huile dans l’enclos de leurs exploiteurs, à fouler les pressoirs tout en étant altérés de soif.
passent l’heure de midi entre leurs murs, foulent leurs pressoirs tout en souffrant de la soif.
De l’enceinte des villes la population fait entendre un concert de plaintes, l’âme des victimes crie vengeance, et Dieu n’a pas de flétrissure pour ces crimes !
On entend constamment dans les villes les habitants gémir, et les victimes appeler au secours. Or, Dieu n’amène pas la sottise.
Ces bandits détestent la lumière, n’en connaissent pas les voies et n’en suivent pas les sentiers.
Et ces gens sont de ceux qui, lorsque la lumière (du jour) baisse, ne semblent ni connaître les voies de Dieu, ni se reposer dans ses sentiers pour le respecter ;
À l’approche du jour, le meurtrier se lève, assassine le pauvre et l’indigent ; la nuit, il se comporte en voleur.
mais, pendant le jour, l’assassin se lève et tue le faible et le pauvre et, pendant la nuit, il imite le voleur.
Les yeux de l’adultère guettent le crépuscule du soir : « Nul ne me verra », dit-il, et il se couvre le visage d’un voile.
L’œil d’un autre, de l’adultère, épie le crépuscule, disant : Nul œil ne m’apercevra, et il s’arrange pour rester caché aux faces.
À la faveur de l’obscurité, il entre par effraction dans les maisons ; le jour, il se tient claquemuré : il ne sait ce que c’est que la lumière.
Un autre, le voleur pénètre pendant l’obscurité dans des maisons qui étaient scellées dans la journée. Ces gens n’ont pas égard à la lumière
Pour tous ces gens, la nuit noire est un clair matin, tant ils sont familiarisés avec l’horreur des ténèbres.
et, pour eux tous, le jour est considéré comme les ténèbres ; ils connaîtront tous la punition avec les ténèbres.
Parfois ils sont une épave légère flottant sur l’eau32, leur sort est maudit sur terre ; ils cessent de prendre le chemin des vignes33.
32 Concession apparente de Job.
33 Image de la vie joyeuse.
Et combien sera-t-elle rapide ! elle semblera courir sur la surface de l’eau, lorsque leur bande sera réprouvée dans le pays, et qu’aucun chemin dans la terre habitée ne les ramènera,
Le sol altéré, la chaleur engloutissent les eaux de neige ; de même le Cheol — ceux qui ont prévariqué.
jusqu’à ce qu’ils arrivent à un désert brûlant, où l’eau de la neige leur fera défaut. Combien seront-ils malheureux dans la tombe !
Ils sont vite oubliés du sein qui les porta, la vermine se repaît’ d’eux avec délices ; plus jamais il n’est fait mention d’eux : l’iniquité est brisée comme un arbre.
Les plus proches parents oublieront (le méchant) et la pourriture semblera lui être douce, jamais on ne se souviendra plus de lui et son iniquité sera brisée comme le bois !
Ils exploitaient la femme stérile, qui n’a pas d’enfants34, et ne faisaient pas de bien à la veuve.
34 Pour la défendre.
Car il fraie avec la femme stérile qui ne peut enfanter ; il lui fait tort et ne fait pas de bien à la veuve.
Mais trop souvent il fait durer les tyrans par sa force : ils se redressent, alors qu’ils n’attendaient plus rien de la vie.
Il lutte de force avec les nobles, il se lève sans être sûr de sa vie.
Il leur donne de quoi vivre en sécurité et avec une entière confiance ; ses yeux sont ouverts sur leurs voies.
Certes, Celui qui lui donne la confiance, en sorte qu’il soit assuré, a les yeux ouverts sur toutes leurs voies.
Élevés de la sorte, en peu de temps ils disparaissent ; ils s’évanouissent, ravis par la mort, comme tout le monde, et se flétrissent comme la tête d’un épi35.
35 Ils meurent comme tout le monde, mais avec une soudaineté qui leur épargne les souffrances. — La fin de ce chapitre manque un peu de clarté, et la suite des idées laisse à désirer.
Débarrassez-nous donc de vos discours ! Bientôt ceux-là disparaîtront et seront affaiblis comme les autres méchants, et, ainsi que la tête des épis, ils seront coupés.
N’en est-il pas ainsi ? Qui osera me démentir et réduire à néant mes paroles ?
S’il n’en est pas ainsi, qui me démentira et répondra à ma parole : Ce que tu dis n’est pas ?
Bildad de Chouha prit la parole et dit :
Alors Bildad le Schouhite prit la parole, et dit :
À lui appartiennent l’empire et la redoutable puissance ; IL établit la paix dans ses demeures sublimes.
L’empire et la terreur lui appartiennent, et il fait la paix dans sa hauteur.
Ses milices peuvent-elles se compter ? Sur qui ne se lève pas sa lumière ?
Y a-t-il un nombre à ses bataillons, et sur qui sa lumière ne se fixe-t-elle pas ?
Comment donc le mortel serait-il juste devant Dieu ? Comment le fils de la femme serait-il innocent ?
Quelle lutte l’homme peut-il engager avec Dieu ? Comment serait-il pur, lui qui est né d’une femme ?
Eh quoi ! L’éclat de la lune elle-même se ternit, et les étoiles ne sont pas sans tache à ses yeux.
Voici que la lune même ne brille pas, et que les étoiles ne sont pas claires en sa présence ;
À plus forte raison en est-il ainsi du mortel qui n’est que pourriture, du fils d’Adam qui n’est qu’un vermisseau !
combien plus l’homme qui est pourriture, le fils de l’homme qui est un ver !
Job reprit la parole et dit :
Alors Job prit la parole et dit :
Comme tu sais secourir la faiblesse, soutenir les bras défaillants !
Par ma vie, tu n’as pas secouru celui qui n’a pas de force, et tu n’as pas soutenu un bras qui est sans puissance ;
Comme tu sais conseiller l’ignorance et répandre la science à profusion !
tu n’as pas conseillé celui qui manque de sagesse, et tu ne lui as pas enseigné la science ;
À l’adresse de qui as-tu débité ton discours et de qui l’inspiration a-t-elle passé par ta bouche ?
tu n’as appris à personne à parler, et aucune sagesse n’est sortie de toi.
Les ombres des trépassés se prennent à trembler au-dessous des eaux et de leurs habitants36.
36 Job, à son tour, décrit la puissance de Dieu.
Voici que les braves sont terrassés dans les îles de la mer et dans le reste du monde habité
Le Cheol est à nu devant lui et l’abîme n’a pas de voile.
par Celui pour qui la tombe est à nu et la mort sans voile ;
Il étend le Septentrion sur le vide, il suspend la terre sur le néant.
qui étend le ciel sur un abîme et qui suspend la terre sur le néant ;
Il emmagasine les eaux dans ses nuages, sans que la nuée crève sous leur poids.
qui renferme les eaux dans ses nuages, sans que les nues se déchirent sous elles ;
Il dérobe la vue de son trône, en déroulant sur lui sa nuée.
qui maintient la face du trône et y assemble sa nuée.
Il a tracé un cercle sur la surface des eaux, jusqu’au point où la lumière confine aux ténèbres.
Il a tracé son rideau sur la surface de l’eau jusqu’à la disparition de la lumière ainsi que des ténèbres.
Les colonnes du ciel frémissent et s’effarent sous sa menace.
Les colonnes du ciel s’ébranlent et s’étonnent à sa menace.
Par sa force, il dompte la mer et, par sa sagesse, il en brise l’orgueil37.
37 Voir ci-dessus, IX, 13.
Par sa puissance il a effrayé la mer, et par sa sagesse il en a affaibli l’agitation.
Par son souffle, le ciel s’éclaircit ; sa main transperce le serpent aux replis tortueux38.
38 Voir Isaïe, XXVII, 1, où ces mots désignent l’Égypte, assimilée au crocodile.
Par son ordre les cieux se sont embellis et sa main a fait trembler le Dragon circulaire.
Eh bien ! Ce n’est là qu’une partie de ses actes ; quel faible écho nous en avons recueilli ! Mais le tonnerre de ses exploits, qui pourrait le concevoir ?
Voici quelques-uns de ses attributs. Mais qu’a-t-on entendu de ce qui le concerne et qui comprend la terreur de sa puissance ?
Job, poursuivant l’exposé de son thème, dit :
Job reprit encore sa parabole et dit :
Par le Dieu vivant, qui a supprimé mon droit, par le Tout-Puissant qui m’a rempli d’amertume !
Par la vérité du Tout-Puissant, qui m’a dénié la justice, et de Celui qui se suffit, qui a rempli mon âme d’amertume,
Tant que j’aurai la force de respirer, et que le souffle de Dieu sera dans mes narines,
tant que mon âme restera en moi, et que le souffle de Dieu sera dans mes narines,
mes lèvres ne diront pas d’injustice, ma langue ne proférera pas de fausseté.
mes lèvres ne proféreront point d’injustice, et ma langue ne méditera pas de ruse.
À Dieu ne plaise que je vous donne raison ! Jusqu’à mon dernier soupir, je ne dépouillerai point mon intégrité ;
Je me garderai bien de vous innocenter, et, jusqu’à ce que j’expire, je ne cesserai pas d’être sincère dans mes paroles.
je m’accroche à ma vertu, sans lâcher prise ; ma conscience ne me fait honte d’aucun de mes jours.
J’ai tenu ferme dans ma vertu et je ne l’affaiblirai pas, de même que de ma vie mon cœur n’a jamais chancelé.
Qu’il en soit de mon ennemi comme du méchant, de mon adversaire comme du malfaiteur !
Comment donc mon ennemi agit-il en méchant ou mon adversaire en criminel ?
Car quel sera l’espoir de l’impie lorsque Dieu arrachera, ravira son âme ?
Et quel est l’espoir de l’homme souillé lorsqu’il a un désir ? Dieu consolera-t-il son âme ?
Ses cris seront-ils entendus de Dieu, lorsque les tourments viendront l’assaillir ?
Ou bien ses cris, Dieu les entendra-t-il, quand l’angoisse viendra fondre sur lui ?
Trouvera-t-il du réconfort dans le Tout-Puissant ? Osera-t-il l’invoquer en tout temps ?
Ou bien se délectera-t-il dans Celui qui se suffit ? Ou invoquera-t-il Dieu en tout temps ?
Je vais vous montrer à l’œuvre la main de Dieu, et les desseins du Tout-Puissant, je ne les cacherai point.
Moi, je vous montrerai la force du Tout-Puissant, et je ne vous cacherai pas Je plan de Celui qui se suffit.
Mais quoi ! Vous avez tous vu ce qu’il en est ! Pourquoi donc tenir de si vains discours ?
Vous avez tous vu ce spectacle ; pourquoi vous laisser égarer ?
Voici la part que Dieu assigne à l’homme impie, l’héritage que les violents reçoivent du Tout-Puissant :
Certes, telle est la part que l’homme méchant reçoit de Dieu, et l’héritage que les pervers obtiennent de Celui qui se suffit.
si ses enfants se multiplient, c’est pour le glaive ; ses descendants n’auront pas de quoi manger à leur faim.
Si ses fils se multiplient, c’est pour le glaive ; ses rejetons ne seront pas rassasiés de nourriture.
Les siens qui auront survécu, la peste les enterrera, et ses veuves ne pleureront pas.
Les survivants seront enterrés après avoir été assassinés, et ses veuves ne le pleureront pas, étant occupées par d’autres malheurs.
S’il amasse de l’argent comme la poussière, s’il entasse des vêtements comme le limon,
Amasse-t-il de l’argent comme la poussière, fait-il provision de vêtements comme l’argile,
il pourra les entasser, mais c’est le juste qui les endossera, c’est l’homme de bien qui se partagera son argent.
ce dont il a fait provision, le juste s’en revêtira, et son argent, l’homme intègre le partagera.
La maison qu’il s’est bâtie est comme celle de la teigne, comme la hutte construite par le guetteur.
Il a bâti sa maison comme l’araignée, et il l’a construite en roseaux comme l’abri d’une cabane.
En pleine opulence il succombe et n’est pas enseveli39 ; il ouvre les yeux, et il n’est déjà plus.
39 לא יֵאָסֵף ; sens douteux.
Et, s’il s’étend sur son lit étant riche, il ne sera pas enlevé avant d’avoir ouvert les yeux, et il ne l’était plus.
Les frayeurs l’atteignent comme une trombe d’eau ; de nuit, l’ouragan l’enlève.
Le châtiment l’atteindra aussi rapidement que l’eau, comme si le tourbillon l’avait emporté pendant la nuit,
Le vent d’Est l’emporte et le fait disparaître ; il l’arrache violemment de sa demeure.
ou bien, comme si le vent d’orient l’avait ravi à l’improviste, il disparaît, entraîné hors de sa place.
Dieu l’accable, sans ménagement, de ses traits : il faut qu’il s’enfuie pour échapper à ses coups.
On lance contre lui (un ennemi) qui ne lui témoigne point de pitié et devant les coups duquel il fuit,
On bat des mains à son sujet, et on accompagne de ricanements sa disparition.
qui, pour l’insulter, frappe des mains contre lui et qui, pour le menacer, le persifle de sa place.
Certes, il existe des mines pour l’argent et des gîtes pour l’or que l’on affine.
Certes un lieu d’où l’on extrait l’argent et un endroit où l’on épure l’or,
Le fer est extrait du sol, et la roche, fondue, donne du cuivre.
où le fer est pris de son terrain et où l’airain coulait de son minerai
[Le mineur] a posé des limites à l’obscurité ; jusqu’aux extrêmes profondeurs il va chercher le minerai caché dans les ténèbres et l’ombre de la mort.
a été mis comme terme pour la pénétration des ténèbres ; de même (Dieu) scrute toute chose périssable jusqu’à l’essence de l’obscurité et du brouillard.
Il perce des tranchées à l’écart des habitations ; ignoré du pied des passants, il est suspendu et ballotté loin des hommes.
Le fleuve a été percé à l’endroit où il doit couler, alors que, négligée par les pieds étrangers, la population était devenue faible et avait émigré.
La terre d’où sort le pain, ses entrailles sont bouleversées comme par le feu.
La terre, dont on tirait jadis la nourriture, a été bouleversée et complètement changée ; elle est devenue semblable au feu.
Ses pierres sont des nids de saphirs, et là s’offre au regard la poudre d’or.
Un endroit, dont les pierres étaient des saphirs et dont le sol fournissait l’or,
[On y arrive] par un chemin que l’oiseau de proie ne connaît pas, que l’œil du vautour ne distingue point.
un sentier que l’oiseau, en quelque sorte, n’avait pas connu et que jusqu’à l’œil de l’épervier n’avait pas aperçu,
Les fauves altiers ne l’ont pas foulé, le lion ne l’a pas franchi.
que même les petits des lions n’avaient pas foulé de leurs pieds, et vers lequel le lionceau ne s’était pas dirigé,
[Le mineur] porte la main sur le granit, et il remue les montagnes jusqu’à leur racine.
(Dieu) a étendu la main vers ce granit, et il a renversé les montagnes de leurs racines,
Il perce des galeries à travers les roches, et son œil contemple les plus rares richesses.
il a percé des canaux dans ces rochers, et toute chose précieuse, il l’a connue d’avance.
Il aveugle les voies d’eau pour empêcher les infiltrations et amène au jour ce qui était caché.
Il a retenu l’écoulement des fleuves et amené à la lumière ce qui y était caché.
Mais la Sagesse, où la trouver ? Où est le siège de la Raison ?
Une telle sagesse, où en trouve-t-on l’origine ? À quel endroit existe cette intelligence ?
Le mortel n’en connaît pas le prix, elle est introuvable au pays des vivants.
L’homme n’en connaît pas la valeur, et on ne la rencontre pas dans la demeure des vivants.
L’abîme dit : « Elle n’est pas dans mon sein ! » Et la mer dit : « Elle n’est pas chez moi ! »
Si l’on pouvait interroger l’abîme, il répondrait : Elle n’est pas chez moi ; de même, si la mer pouvait parler, elle dirait : Je ne la possède pas.
On ne peut l’acquérir pour de l’or de choix, on ne l’achète pas au poids de l’argent.
On ne l’achète pas avec l’or pur, et la richesse n’égale pas son prix ;
L’or d’Ophir ne correspond pas à sa valeur, ni l’onyx précieux, ni le saphir.
les chatons d’Ophir ne sauraient lui être comparés, ni le béryl précieux, ni le saphir ;
Ni or ni verre ne peuvent rivaliser avec elle ; aucun vase d’or fin ne paie son prix.
il n’y a pas rivalité entre elle et l’or, à plus forte raison entre elle et le verre ; on ne l’échange point contre tous les vases de vermeil ;
Ni corail ni cristal n’entrent en compte ; la possession de la sagesse vaut mieux que les perles.
on ne mentionne pas à côté d’elle les coraux et le brocart, et l’extension de la sagesse vaut mieux que les perles ;
La topaze d’Éthiopie ne l’égale point ; on ne peut la mettre en balance avec l’or pur.
la topaze d’Éthiopie n’a pas sa valeur, on ne la compare pas avec l’or pur.
Oui, la Sagesse d’où vient-elle ? Où est le siège de la Raison ?
Une telle sagesse, où en trouve-t-on l’origine ? À quel endroit existe cette intelligence ?
Elle se dérobe aux yeux de tout vivant, elle est inconnue à l’oiseau du ciel.
Elle a été cachée aux yeux de tous les vivants, elle a été dérobée aux oiseaux du ciel.
L’abîme et la mort disent : « De nos oreilles nous avons entendu parler d’elle. »
Les habitants du gouffre et de la mort semblent dire : De nos oreilles, nous en avons entendu parler,
C’est Dieu qui en sait le chemin, c’est lui qui en connaît le siège.
mais c’est Dieu qui en connaît la voie, et c’est lui qui en sait l’endroit ;
Car ses regards portent jusqu’aux confins de la terre ; tout ce qui est sous les cieux, il le voit.
car il voit jusqu’aux confins de la terre, il aperçoit tout ce qui est sous le le ciel.
Lorsqu’il donna au vent son équilibre et détermina la mesure des eaux,
Il a fait une balance pour le vent et il a fixé une mesure pour l’eau.
lorsqu’il traça sa loi à la pluie et sa voie à l’éclair sonore,
Il a prescrit une règle à la pluie, il a frayé un chemin aux grondements du nuage d’où sort la foudre.
c’est alors qu’il l’a vue et appréciée à sa valeur, c’est alors qu’il en a marqué la place et pénétré le fond,
C’est alors qu’il l’a vue et qu’il l’a révélée, qu’il l’a préparée et qu’il l’a scrutée.
et il a dit à l’homme : « Ah ! La crainte du Seigneur, voilà la Sagesse ; éviter le mal, voilà la Raison40. »
40 Comparer la description de la Sagesse dans les Proverbes, VIII, 22-31.
Puis il a dit aux hommes : La crainte de Dieu, voilà de la sagesse ; fuir le mal est aussi de l’intelligence.
Job, poursuivant l’exposé de son thème, dit :
Job reprit encore sa parabole et dit :
Ah ! Que ne suis-je tel que j’étais aux temps passés, aux jours où Dieu me protégeait ;
Qui me rendra tel que j’étais dans les mois anciens, comme aux jours où Dieu veillait sur moi,
où son flambeau brillait sur ma tête, et où sa lumière me guidait dans les ténèbres ;
où il faisait briller sa lampe sur ma tête, et où, à sa lumière, je marchais dans les ténèbres ;
tel que j’étais aux jours de mon automne, alors que l’amitié de Dieu s’étendait sur ma demeure ;
tel que j’étais aux jours de mon bonheur, lorsque la protection de Dieu planait sur ma tente ;
que le Tout-Puissant était encore avec moi et que j’étais entouré de mes jeunes gens
quand Celui qui se suffit était encore avec moi, et que mes serviteurs m’entouraient ;
quand je baignais mes pieds dans la crème, et que le rocher ruisselait pour moi de flots d’huile !
lorsque mes pas se baignaient pour ainsi dire dans le beurre, et que le rocher semblait faire couler pour moi des ruisseaux d’huile ?
Quand je me dirigeais vers la Porte, au seuil de la cité, et fixais mon siège sur la place publique,
Quand je sortais vers les quartiers voisins de la voûte et que je prenais mon siège sur la place publique,
les jeunes, en me voyant, se cachaient ; les vieillards se levaient et se tenaient debout.
à ma vue, les jeunes gens se dérobaient, les vieillards se tenaient debout ou se levaient ;
Les grands retenaient leurs paroles et posaient la main sur la bouche.
les chefs retenaient leurs paroles et posaient leur main sur leur bouche ;
La voix des seigneurs expirait sur leurs lèvres, et leur langue se collait à leur palais ;
la voix des chefs était éteinte et leur langue attachée à leur palais,
car l’oreille qui m’entendait me proclamait heureux, et l’œil qui me voyait rendait témoignage pour moi.
car leurs oreilles m’écoutaient et ils me louaient ; leurs yeux me voyaient et ils rendaient témoignage en ma faveur,
C’est que je sauvais le pauvre, criant au secours, et l’orphelin sans soutien.
parce que je sauvais tout pauvre qui me suppliait et tout orphelin sans appui ;
La bénédiction du désespéré allait à moi, et je mettais de la joie au cœur de la veuve.
que l’appel lancé par celui qui allait périr venait à moi et que je réjouissais le cœur de la veuve ;
Je me revêtais d’équité comme d’une parure, mon esprit de justice était mon manteau et mon turban.
que je m’habillais pour ainsi dire de l’équité devenue mon vêtement, et que la justice m’enveloppait comme un manteau ou un turban ;
J’étais les yeux de l’aveugle, j’étais les pieds du boiteux.
qu’à l’aveugle je remplaçais les yeux et au perclus les pieds,
J’étais un père pour les malheureux ; la cause de l’inconnu, je l’étudiais à fond.
que j’étais le père des orphelins, et que j’examinais toute cause que je ne connaissais pas.
Je brisais la mâchoire du malfaiteur, et j’arrachais la proie d’entre ses dents.
Jadis je brisais les canines de l’injuste, et j’arrachais la proie de ses dents.
Et je disais : « Je finirai avec mon nid ; comme le phénix je vivrai de longs jours.
Je supposais que je n’expirerais que lorsque ma demeure serait usée et que je prolongerais ma vie comme le sable,
Ma racine sera en contact avec l’eau, la rosée se posera, la nuit, sur mon branchage.
que ma racine serait toujours ouverte à l’eau, que la rosée séjournerait éternellement dans ma plantation,
Ma gloire se renouvellera sans cesse, et mon arc se rajeunira dans ma main. »
que mon honneur se renouvellerait avec moi et que mon arc se relayerait dans mes mains.
Ils m’écoutaient, pleins d’attente ; ils faisaient silence pour entendre mon avis.
Le peuple m’écoutait et patientait et se taisait dans l’attente de mon conseil.
Quand j’avais fini de parler, ils ne répliquaient pas, et mes discours s’épandaient sur eux.
Lorsque j’avais parlé, il ne répliquait pas et ma parole coulait abondamment sur lui.
Ils m’attendaient comme la pluie ; ils ouvraient la bouche [comme] pour l’ondée printanière.
Il espérait en moi comme en la pluie, et comme s’il avait la bouche béante dans l’attente de l’averse d’automne ;
Je leur souriais et ils n’osaient y croire ; jamais ils n’éteignaient le rayonnement de ma face.
lorsque je souriais devant eux, ils n’y croyaient pas, et n’en respectaient pas moins la lumière de ma face ;
Volontiers j’allais vers eux, m’asseyant à leur tête, et j’étais comme un roi dans son armée, comme quelqu’un : qui console des affligés.
je choisissais parmi leurs voies celle où je pouvais me mettre en avant, je trônais comme un roi à la tête de ses troupes, et ils étaient devant moi comme devant celui qui console les affligés.
Et maintenant j’excite les moqueries de gens plus jeunes que moi, dont les pères m’inspiraient trop de mépris pour les mettre avec les chiens de mon troupeau.
Et maintenant je suis la risée d’hommes plus jeunes que moi, dont je dédaignais de placer les pères avec les chiens de mon troupeau.
Aussi bien, à quoi m’eût servi le concours de leurs mains ? Pour eux il n’y a point de maturité.
Puis je disais : À quoi m’aurait servi la force de leurs mains, puisque chez eux l’extrême vieillesse est inutile ?
Épuisés par les privations et la faim, ils rôdent dans le désert, lugubre région de désolation et d’horreur,
Et ils sont dans le besoin, la faim et l’adversité comme s’ils s’étaient échappés d’un désert sombre, vide ou ruiné,
cueillant des plantes sauvages près des arbrisseaux, se nourrissant de la racine des genêts.
cueillant l’herbe salée et des feuilles d’arbres, se nourrissant de racines de genêt.
On les chasse du milieu des hommes et on les poursuit de cris comme des voleurs.
Ils sont chassés de l’intérieur des pays, on crie après eux comme après le voleur ;
Ils sont contraints d’habiter dans d’effrayants ravins, dans les excavations du sol et les crevasses des rochers.
ils demeurent alors dans les vallées les plus effrayantes, dans les trous du sol et les rochers ;
Ils grognent au milieu des buissons et s’entassent sous les broussailles
ils ressemblent aux animaux qui braient entre les arbres et parmi les ronces, avançant d’un pas incertain ;
troupe méprisable, gens sans aveu, ils se voient expulsés du pays !
ils sont des insensés, puis des gens sans nom, trop misérables pour avoir un pays.
Et à présent, ils me chansonnent ; je suis pour eux un thème à railleries.
Maintenant je suis devenu comme leur chanson et je leur suis un sujet de discours.
Ils me témoignent leur dégoût, ils s’écartent de moi et ne se privent pas de me cracher à la figure.
Ils m’ont en horreur et s’éloignent de moi, et ils n’épargnent pas les crachats à mon visage.
C’est que [Dieu] a brisé les rênes [que je tenais en mains], et il m’a humilié ; ces gens ont secoué le frein que je leur imposais.
Lorsque Dieu a dénoué mon lien et m’a châtié, et qu’il a retiré le frein de devant moi,
À ma droite se lève une jeunesse insolente, qui fait glisser mes pas et se fraie vers moi ses routes de malheur.
ils se sont levés à ma droite comme des épines, et ils y ont fait entrer mes pieds ; ils ont tracé contre moi les lignes de leurs chemins de ruine.
Ils défoncent mon chemin, coopèrent à ma ruine, sans avoir besoin d’assistance.
Ils ont mis le désordre dans mon sentier, sans que mon dommage leur profitât, leur fût utile.
Ils montent à l’assaut comme par une large brèche, ils se précipitent au milieu du fracas.
Comme une large brèche pour l’eau, ainsi ils viennent, ils se précipitent ainsi que l’ouragan des déserts.
Des terreurs me poursuivent, chassant comme le vent mon honneur ; ma prospérité a passé comme un nuage.
C’est ainsi que les châtiments se sont renversés sur moi, et c’est ainsi que toute ma noblesse a été chassée comme par un coup de vent, et que mon salut a passé comme un nuage.
Et maintenant mon âme se fond en moi, les jours de misère m’ont enserré.
Et maintenant mon âme se répand en plaintes, puisque les jours de malheur m’ont saisi.
La nuit ronge les os de mon corps, mes nerfs ne jouissent d’aucun repos.
Pendant la nuit mes os sont arrachés, et mes nerfs ne trouvent point de repos.
Par l’extrême violence [du choc] mon vêtement se déforme : elle m’étreint comme l’encolure d’une tunique.
Par un effort suprême, j’endosse mon vêtement et il me serre de même que ma tunique.
[Dieu] m’a plongé dans la fange, et j’ai l’air d’être poussière et cendre.
Dieu m’a lancé dans la boue, au point que je ressemble à la poussière et à la cendre.
Je crie vers toi, et tu ne me réponds pas ; je me tiens là, et tu me regardes fixement.
Si je te demande du secours, tu ne me réponds pas et, si je reste debout et que tu me comprennes,
Tu es devenu inexorable pour moi, tu me combats avec toute la force de ta main.
c’est comme si tu te tournais contre moi dans une colère violente, comme si tu me menaçais de la puissance de ta main,
Tu m’enlèves sur les ailes du vent, tu m’y fais chevaucher, et tu me fais fondre dans la tempête41.
41 D’après le Kethib תשוה = תשואה ; d’après le Keri תֻּשִּׁיָה le sens pourrait être : « jusque dans la substance de mon être. »
que tu me portais et me faisais monter sur le vent et me ballottais par une doctrine
Car je sais bien que tu me mènes à la mort, au rendez-vous de tous les vivants.
telle que j’ai su que tu me ramènes à la mort, au rendez-vous de tout vivant.
Mais est-ce qu’on n’étend pas la main42 quand on s’effondre ? Ne crie-t-on pas au secours lorsqu’on succombe au malheur ?
42 Vers un sauveur. — Ce verset est peu clair.
Et certes, ce rendez-vous est une terre inculte où personne n’étend la main pour aider, et c’est un lieu de calamité où personne ne peut secourir.
Moi-même n’ai-je pas pleuré sur les victimes du sort ? Mon cœur ne s’est-il point serré à la vue du malheureux ?
Je jure que je pleurais sur ceux dont le sort était dur et que mon âme était émue pour le pauvre.
J’espérais le bien, et le mal a fondu sur moi ; j’attendais la lumière, les ténèbres sont venues.
Alors que j’espérais le bien, le malheur m’est échu ; j’attendais la lumière, les ténèbres sont venues.
Mes entrailles bouillonnent sans relâche, les jours de misère m’ont assailli.
Mes entrailles bouillonnent sans se reposer, parce que les jours de malheur m’ont atteint.
Je marche tout noirci et non par le fait du soleil. Je me lève dans l’assemblée et pousse des cris.
J’ai marché dans une obscurité sans soleil, je me suis levé dans l’assemblée pour demander du secours.
Je suis devenu le frère des chacals, le compagnon des autruches.
Comme si j’étais devenu un frère de la vipère et un compagnon de l’autruche,
Ma peau, toute noircie, se détache de moi, et mes os sont brûlés par le feu de la fièvre.
ma peau s’est noircie par dessus ma chair, et mes os se sont cariés par suite du vent brûlant.
Et ainsi ma harpe s’est changée en instrument de deuil, et ma flûte émet des sanglots.
Ma guitare s’est changée en deuil, et à la place de mon luth on a entendu des sons de pleurs.
J’avais fait un pacte avec mes yeux : comment aurais-je porté mes regards sur une jeune fille ?
J’avais conclu un pacte avec mes yeux : je ne regarderai plus une jeune fille.
Quel lot eussé-je attendu de Dieu là-haut, quel sort du Tout-Puissant dans les régions suprêmes ?
Quelle part Dieu donne-t-il d’en haut, et quel sort Celui qui se suffit accorde-t-il du haut du ciel ?
Le malheur n’est-il pas réservé au malfaiteur, l’infortune aux artisans d’iniquités ?
La calamité n’est-elle pas pour l’injuste et la ruine pour ceux qui commettent l’iniquité ?
N’observe-t-il pas mes voies ? Ne compte-t-il point mes pas ?
Ne regarde-t-il pas mes voies, et ne compte-t-il pas mes pas ?
Est-ce que je me comportais avec fausseté, mes pieds couraient-ils au mal ?
Si j’ai marché avec les menteurs et hâté mes pieds vers la fraude,
Qu’il me pèse donc dans de justes balances, et Dieu reconnaîtra mon intégrité.
je demande à Dieu qu’il me pèse dans une balance juste, et il reconnaîtra mon intégrité.
Si mes pas ont dévié du bon chemin, si mon cœur s’est laissé entraîner par mes yeux, si quelque tache souille mes mains,
Si mon pied s’est détourné de la bonne voie, si mon cœur a suivi mes yeux, si quelque chose est resté attaché à mes mains,
eh bien ! Qu’un autre mange ce que je sème, que mes rejetons soient déracinés !
qu’un autre mange ce que j’ai semé, que mes rejetons soient déracinés !
Si mon cœur a été séduit par une femme, si j’ai fait le guet à la porte de mon prochain,
Si mon cœur s’est laissé séduire par une femme ou bien si à cause d’elle je me suis mis en embuscade à la porte de mon prochain,
que ma propre femme tourne la meule pour un autre43 ! Que des étrangers aient commerce avec elle !
43 D’après d’autres : « soit déshonorée par… »
que ma femme s’abandonne à un autre et qu’un autre s’accroupisse sur elle !
Car c’eût été une infamie, un crime puni par les juges,
Car, ce serait une abomination, de même que c’est là le péché des insensés.
un feu dévorant jusqu’à la perdition, ruinant jusqu’à la racine toute ma récolte.
Ce serait un feu qui dévorerait jusqu’à l’anéantissement et qui déracinerait tous mes revenus.
Ai-je fait fi du droit de mon esclave et de ma servante, dans leurs contestations avec moi ?
Si je dédaigne de me présenter en justice avec mon esclave et ma servante dans leurs contestations avec moi,
Et qu’aurais-je fait si Dieu fût intervenu, qu’aurais-je répondu s’il m’eût demandé des comptes ?
que ferai-je, alors que Celui qui se suffit se lèvera pour me demander des comptes et, s’il m’interroge, que lui répondrai-je ?
Celui qui m’a formé dans les entrailles maternelles ne l’a-t-il pas formé aussi ? N’est-ce pas le même auteur qui nous a organisés dans la matrice ?
Celui qui m’a fait dans le sein de ma mère n’a-t-il pas fait l’esclave aussi ? N’est-ce pas le même qui nous a formés ?
Ai-je refusé la demande des pauvres, fait languir les yeux de la veuve ?
Je le jure ; si j’ai refusé aux pauvres ce qu’ils désiraient ou si j’ai fait languir les yeux de la veuve ;
Ai-je mangé, moi seul, mon pain, sans que l’orphelin en eût sa part ?
si j’ai mangé seul mon morceau de pain, sans que l’orphelin en eût sa part,
Au contraire, dès ma jeunesse, il a grandi avec moi comme avec un père ; dès le sein de ma mère, je fus le guide de la veuve.
car, dès ma jeunesse, les souffrances d’autrui ont fait mon éducation, et je les ai pour ainsi dire vécues dès le sein de ma mère ;
Ai-je jamais vu un déshérité privé de vêtements, un indigent n’ayant pas de quoi se couvrir,
je le jure ; si j’ai vu un malheureux sans vêtement, un pauvre sans couverture,
sans que ses reins eussent occasion de me bénir, sans qu’il fût réchauffé parla toison de mes brebis ?
sans qu’il me bénît pour avoir réchauffé ses reins, sans qu’il se réchauffât par les toisons de mes agneaux ;
Ai-je brandi la main contre l’orphelin, en me voyant des appuis à la Porte ?
et si j’ai levé la main contre l’orphelin, en trouvant de l’appui dans les cités,
Plutôt mon épaule aurait été arrachée à l’omoplate, et mon bras se fût détaché de l’humérus.
qu’alors mon épaule tombe de l’omoplate, que mon avant-bras soit arraché de l’humérus.
Car je redoute le châtiment infligé par Dieu, je ne saurais résister à sa grandeur.
Carie châtiment de Dieu m’aurait effrayé, et je n’aurais pas pu le supporter.
Ai-je mis ma confiance dans l’or, ai-je dit au métal fin : « Tu es mon espoir ? »
(Je le jure) ; si j’ai fait de l’or mon appui, si j’ai appelé les pierres précieuses l’objet de ma confiance ;
Me suis-je réjoui de posséder de grandes richesses, d’avoir mis la main sur d’immenses trésors ?
si je me suis réjoui lorsque mon argent s’est augmenté, et que ma main avait acquis une grande fortune ;
Est-ce qu’en voyant briller le soleil, la lune cheminer avec majesté,
si j’ai vu un soleil briller où une lune passer avec majesté ;
mon cœur a été secrètement séduit, et ai-je présenté ma main aux baisers de ma bouche ?
si mon cœur s’est laissé séduire en secret et si ma bouche a baisé mal main pour les honorer,
Cela aussi eût été un crime capital, car j’eusse renié le Dieu fort d’en haut.
que le châtiment réservé au péché des insensés m’atteigne, puisque j’aurai renié la suprématie de Dieu.
Ai-je triomphé de la ruine de mes ennemis, exulté de joie lorsque le malheur l’atteignait ?
Je le jure ; je ne me suis pas réjoui du dommage de mon ennemi, je n’ai pas non plus triomphé de lui lorsqu’un malheur l’a frappé ;
Jamais je n’ai induit mon palais en faute, en demandant sa mort par des imprécations.
bien plus, je n’ai pas laissé ma langue pécher et demander le blâme contre sa personne.
Est-ce que les hôtes de ma maison n’ont pas dit : « Ah ! Est-il quelqu’un qui ne soit nourri à satiété de ses aliments ? »
Certes, les gens de ma tente et mes voisins disaient : Qui nous donnera de sa chair pour que nous la dévorions sans en être rassasiés ?
Jamais l’étranger n’a passé la nuit dans la rue, j’ouvrais ma porte au voyageur.
tandis que moi je disais : Aucun étranger ne passera la nuit sur la place publique, et j’ouvrirai à l’hôte les battants de ma porte.
Ai-je dissimulé mes fautes comme les gens vulgaires, renfermé mes méfaits dans le secret de ma conscience ?
Je n’ai pas, comme les autres hommes, dissimulé mes fautes ni enfoui mes péchés dans mes cachettes.
Ai-je eu peur de la grande foule, redouté le mépris des familles au point de rester coi, sans franchir le seuil de ma porte ?
Je ne m’effrayais pas de la grande foule, je ne redoutais pas le mépris. des tribus au point de garder le silence et je ne sortais pas vers la porte par peur.
Ah ! Que n’ai-je quelqu’un qui m’écoute ! Voici ma signature : que le Tout-Puissant me réponde ! Que mon adversaire rédige son mémoire !
Mais qui me donnera quelqu’un qui m’entende ? Puisse Celui qui se suffit me répondre dans les limites que j’ai tracées, tandis que mon adversaire aura rédigé sa cédule !
Je le porterais sur mon épaule, je m’en parerais comme d’une couronne.
(Je jure) que je la porterai sur mes épaules, que je m’en ornerai comme d’une couronne ;
Je lui détaillerais le nombre de mes pas, je l’aborderais comme un prince.
que je la prendrai pour diriger le nombre de mes pas, que je l’approcherai de moi, comme l’un de mes chefs.
Est-ce que mes terres crient vengeance contre moi, et leurs sillons se répandent-ils ensemble en larmes ?
Si la terre crie contre moi, si tous les gens qui en creusent les sillons pleurent ;
Est-ce que j’en ai dévoré le produit, sans le payer de mon argent ? Ai-je arraché des plaintes aux légitimes propriétaires ?
si j’en ai mangé les produits sans en payer le prix, et si j’ai frustré le désir de ses possesseurs,
Si oui, que les ronces y poussent au lieu de froment, et au lieu d’orge l’ivraie ! Ici se terminent les paroles de Job.
qu’au lieu de froment naissent pour moi des épines, au lieu d’orge l’ivraie. Ici finissent les discours de Job.
Ces trois hommes cessèrent de répliquer à Job, parce qu’il se considérait comme juste.
Et ces trois hommes cessèrent de répondre à Job, puisqu’il était juste à ses propres yeux.
Alors Elihou, fils de Barakhel, le Bouzite, de la famille de Râm, entra en colère. Il en voulait à Job d’affirmer son innocence devant Dieu.
Alors la colère d’Elihou, fils de Barakel, le Bouzite, de la tribu de Ram, s’enflamma contre eux : contre Job sa colère s’enflamma, parce qu’il se croyait plus juste que son Maître ;
Et il en voulait aussi à ses trois amis de n’avoir plus trouvé de quoi répliquer, après avoir condamné Job.
contre ses trois amis, parce qu’ils n’avaient pas trouvé de réponse et parce qu’ils avaient déclaré Job coupable.
Or, Elihou avait attendu d’adresser la parole à Job, parce que les autres étaient plus âgés que lui.
Elihou avait attendu pour parler à Job, les autres étant plus âgés que lui.
Mais, quand Elihou vit que ces trois hommes n’avaient plus de réponse à la bouche, sas colère s’enflamma.
Mais, voyant que des paroles de ces trois hommes il n’était pas sorti de réponse, Elihou fut saisi de colère.
Et Elihou, fils de Barakhel, le Bouzite, prit la parole et dit : je suis jeune d’années et vous êtes vieux ; c’est pourquoi j’étais intimidé, et je craignais de vous faire connaître mon avis.
Alors Elihou, fils de Barakel, le Bouzite commença et dit : Je suis jeune d’années, et vous êtes dans l’extrême vieillesse ; c’est pourquoi j’ai tremblé et j’ai craint de vous exposer ma science.
Je me disais : « C’est à la vieillesse de parler, au grand âge d’enseigner la sagesse. »
Je supposais que les hommes âgés parleraient, et que ceux qui ont des années nombreuses feraient connaître la sagesse.
Mais celle-ci est chez les hommes une inspiration divine ; le souffle du Tout-Puissant les rend intelligents.
Mais elle est un esprit mis dans l’homme, c’est-à-dire que l’ordre de Dieu lui donne l’intelligence ;
Ce ne sont pas les plus âgés qui sont le plus sages, ni les vieillards qui comprennent ce qui est juste.
donc ce ne sont pas toujours ceux qui ont longtemps vécu qui se montrent sages, ce ne sont pas toujours les vieillards qui comprennent la justice.
Voilà pourquoi je dis : « Écoute-moi donc, je veux exposer, moi aussi, mon opinion. »
C’est pourquoi je dis : Écoutez-moi pour que j’expose ma manière de voir.
Voyez, j’étais dans l’attente de vos paroles, je dressais l’oreille à vos raisonnements, espérant que vous iriez au fond des choses.
Eh bien, j’ai été attentif à vos discours, j’ai prêté l’oreille à vos raisonnements, jusqu’à ce que vous eussiez terminé vos discours.
J’étais suspendu à vos lèvres, et voilà que personne de vous n’a réfuté Job, personne n’a répondu à ses paroles.
Auprès de vous je voulais m’instruire, mais nul de vous n’a su combattre Job, nul de vous n’a répondu à ses paroles,
Gardez-vous de dire : « Nous nous sommes trouvés en face de la sagesse : Dieu peut triompher de lui, non un homme ! »
à moins que vous ne disiez : Nous avons trouvé de la sagesse en lui ; le Tout-Puissant pourra le repousser, mais non les hommes.
Ce n’est pas contre moi qu’il a dirigé ses discours, et je ne le combattrai pas avec vos paroles.
Job ne m’ayant pas adressé de discours, je ne pouvais pas lui répondre tant que vous parliez,
Les voilà éperdus ! Ils ne répondent plus ; on leur a enlevé le don de la parole !
jusqu’à ce que les gens eussent été abattus et n’eussent plus répondu, que la parole leur eût été enlevée.
J’attendrais vainement, car ils ne parlent plus, ils se tiennent cois, ils n’ont plus rien à répliquer.
Comme j’ai patienté jusqu’à ce que personne ne parlât plus, jusqu’à ce qu’on s’arrêtât et qu’on ne fournît plus de nouvelle réponse,
Je veux donc, moi aussi, répondre pour ma part, exposer mon opinion, moi aussi.
je commencerai, moi aussi, pour ma part ; je vais exposer ce que je sais.
Car je suis plein de discours : l’esprit qui anime mon sein m’oppresse.
Car, étant rempli de ce que j’ai à dire, mon opinion m’oppresse dans mon sein,
Oui, mon sein est comme un vin non débouché, il éclate comme des outres neuves.
et mon sein est ainsi devenu en quelque sorte comme du vin qu’on n’a pas ouvert et qui déborde, ou comme des outres nouvelles qui se fendent.
Laissez-moi donc parler, et ce sera un soulagement pour moi : je vais ouvrir mes lèvres et répliquer.
Je veux donc parler pour me soulager, ouvrir mes lèvres et vous répondre.
Loin de moi de faire acception de personnes et de flatter qui que ce soit !
Je ne veux avoir égard à personne, ni flatter qui que ce soit pour lui faire honneur ;
Car j’ignore l’art de la flatterie : sans cela mon Créateur aurait vite fait de me supprimer.
car je n’ai jamais eu l’habitude de flatter et, pour peu que je le fasse, mon créateur me ferait comparaître devant lui.
Or, donc, écoute, Job, mon discours, prête ton attention à toutes mes paroles.
Mais entends, ô Job, mes paroles, et écoute-les toutes.
Vois, je vais ouvrir la bouche et laisser parler ma langue dans mon palais.
Voici que j’ai déjà ouvert ma bouche, et que ma langue a parlé dans mon palais.
La droiture de mon cœur respire dans mes paroles, et mes lèvres diront clairement ce que je sais.
Mes discours rendent la droiture de mon cœur, mes lèvres expriment une science pure.
L’esprit de Dieu m’a créé, le souffle de Dieu soutient ma vie.
Le souffle de la sagesse de Dieu m’a créé, de même Celui qui se suffit me fera vivre par son ordre.
Si tu le peux, tu me réfuteras ; oppose-moi tes raisons, tiens-moi tête.
Donc, si tu le peux, réfute-moi ou oppose-moi tes arguments ou dresse-toi devant moi.
Vois, je suis comme toi au regard de Dieu : je suis pétri d’argile, moi aussi.
Me voici ton égal pour là force, puisque moi aussi j’ai été pétri de l’argile.
Tu n’as donc pas à trembler devant moi, et mon autorité ne pèsera pas lourdement sur toi.
La peur de moi ne saurait donc t’effrayer, ni ma puissance peser sur toi.
Mais tu as dit à mes oreilles — j’entends encore le son de tes paroles :
Quant à ce que tu as dit en ma présence et à tes paroles dont j’ai entendu le son,
« Je suis pur, sans péché ; je suis à l’abri de tout blâme, n’ayant point commis de faute.
à savoir : Je suis pur, exempt de faute, innocent, sans iniquité ;
Mais quoi! [Dieu] trouve des griefs contre moi, il me considère comme son ennemi.
seulement Dieu invente contre moi des péchés et me considère comme son ennemi ;
Il emprisonne mes pieds dans les ceps, surveille toutes mes voies ! »
il a mis mes pieds dans les ceps, il observe tous mes pas,
« Certes, en cela tu n’as pas raison, te répliquerai-je, car Dieu est plus grand que l’homme. »
en cela, tu n’as pas eu raison, car la puissance de Dieu est plus grande que celle de l’homme.
Pourquoi entres-tu en lutte avec lui, sous prétexte qu’il ne rend compte d’aucun de ses décrets ?
Pourquoi es-tu entré en lutte avec lui en disant : Dieu ne répond pas à son serviteur, quoi qu’il dise ?
À la vérité, Dieu parle une fois, même deux fois ; on n’y fait pas attention !
Sache que le Tout-Puissant ne parle qu’une fois, et qu’il n’a pas besoin de se révéler une seconde fois.
En songe, dans des visions nocturnes, lorsqu’un profond sommeil s’empare des hommes, lorsqu’ils dorment sur leurs couches,
Dans un songe ou dans une vision nocturne, lorsqu’un profond sommeil tombe sur les hommes, et qu’ils dorment sur leurs couches,
alors il ouvre l’oreille des mortels, et met son sceau sur la correction qu’il leur inflige,
c’est alors qu’il se présente à certaines personnes et scelle ses liens avec elles,
pour détourner les gens de leurs agissements et protéger les puissants contre l’orgueil.
pour éloigner l’homme des mauvaises actions et pour étouffer l’orgueil chez tous,
Ainsi il préserve leur âme de la perdition et empêche leur vie de succomber sous le glaive.
Car, en se soumettant ainsi, l’homme sauve son âme de la perdition et épargne à sa vie de se passer dans l’abandon.
L’homme est éprouvé par la souffrance sur sa couche, alors que la plupart de ses os demeurent intacts44.
44 D’après le Keri רוב ; d’après le Kethib ריב : « violent est le combat dans ses os ».
Parfois aussi Dieu avertit l’homme sur sa couche par des souffrances et par l’enflure dans la plupart de ses os,
Tout son être a le dégoût de la nourriture, son âme [repousse] les mets les plus délicieux.
au point qu’il ne digère plus la nourriture, ni les mets appétissants,
Sa chair se consume et disparaît à la vue ; ses os, qui étaient invisibles, deviennent saillants.
et que la graisse de sa chair disparaît aux regards, que ses os sont limés et cessent d’être visibles.
Son âme est tout près de la tombe ; sa vie semble livrée aux agents de la mort.
Mais, lorsqu’il est près de périr et que sa vie est sur le point d’être livrée au trépas,
S’il est alors un ange qui intercède pour lui, un seul entre mille, qui révèle à l’homme son devoir,
s’il y a en sa faveur une seule bonne action entre mille, elle est comme un ange qui plaide pour lui et proclame la droiture de l’être humain ;
qui le prenne en pitié et dise : « Fais-lui grâce, pour qu’il ne descende pas dans la fosse, j’ai obtenu sa rançon »,
car Dieu le prend en pitié et prononce l’arrêt suivant : Empêche-le de descendre dans la tombe, dans cette action j’ai trouvé sa rançon.
alors sa chair retrouve la sève de la jeunesse, il est rendu aux jours de son adolescence.
Son corps devient plus souple que celui de l’adolescent, comme s’il revenait aux jours de sa jeunesse.
Il implore Dieu, qui l’écoute avec bienveillance et lui permet de voir sa face avec des cris d’allégresse ; il rémunère ainsi la droiture du mortel.
Quelquefois enfin l’homme implore Dieu, qui lui accorde sa grâce et regarde sa face avec faveur au milieu du tumulte du monde, et le rétribue pour sa vertu.
Celui-ci promène ses regards sur les hommes et dit : « J’avais péché, violé le droit, et cela n’était pas bien de ma part.
Cet homme : de son côté, se tourne vers les assistants et dit : J’ai péché et j’ai dérangé ce qui était droit ; et c’est ce que je n’aurais pas dû faire.
Mais Dieu a exempté mon âme45 de descendre dans la fosse, ma vie jouira encore de la lumière. »
45 D’après le Kethib : נפשי et חיתי .
En parlant ainsi, il a racheté sa personne de la tombe, et sa vie est arrivée à voir la lumière.
Voyez, tout cela, Dieu le fait deux ou trois fois en faveur de l’homme,
Voici les deux manières dont agit le Tout-Puissant, et la troisième dont il se sert également avec l’homme,
pour ramener son âme des bords de l’abîme, et l’éclairer de la lumière des vivants.
pour le ramener de la perdition et l’éclairer de la lumière de la vie.
Sois attentif, Job, écoute-moi ; fais silence et laisse-moi parler.
Sois attentif, Job ; écoute-moi, garde le silence afin que je parle.
Si tu as quelque chose à dire, réplique-moi ; parle, car je souhaite te voir justifié.
Si tu trouves des paroles, donne-moi la réplique, prononce-les, car je voudrais te savoir juste ;
Si non, c’est à toi à m’écouter ; tais-toi, et je t’enseignerai la sagesse.
autrement, écoute-moi, tais-toi pour que je t’enseigne la sagesse.
Elihou reprit et dit :
Elihou reprit et dit :
Écoutez, ô sages, mes discours, et vous, hommes instruits, prêtez-moi votre attention.
Sages, écoutez mes paroles ; savants, prêtez-moi l’oreille ;
Car l’oreille apprécie les discours comme le palais déguste la nourriture.
car l’oreille discerne les paroles, comme le palais goûte les mets.
Mettons-nous en quête de ce qui est juste, examinons entre nous ce qui est bon.
Choisissons-nous un tribunal qui nous fera savoir lequel de nos discours est le meilleur.
Car Job a dit : « Je suis innocent, et Dieu m’a refusé justice.
En effet, Job a dit : Je suis innocent, et le Tout-Puissant m’a dénié la justice ;
En dépit de mon bon droit, je passe pour menteur ; cruel est le coup qui m’a frappé, sans que j’aie failli ! »
et, en même temps qu’il m’a dénié la justice, je suis frustré d’une compensation et ma flèche me blesse sans que j’aie péché.
Y a-t-il un homme comme Job, buvant le blasphème comme de l’eau,
Mais quel est l’homme qui, comme Job, boit en quelque sorte la raillerie, comme on boit l’eau ;
faisant cause commune avec les artisans d’iniquité et allant de pair avec les malfaiteurs ?
qui s’est mis en route pour s’associer aux malfaiteurs et marcher avec les criminels,
Car il a dit : « L’homme ne gagne rien à être en bons termes avec Dieu ! »
puisqu’il a dit : L’homme ne gagne pas de compensation avec Dieu ?
C’est pourquoi, gens d’intelligence, écoutez-moi : loin de Dieu l’iniquité et du Tout-Puissant l’injustice !
Écoutez-moi donc, ô hommes de science ; le Tout-Puissant est un refuge contre l’iniquité, Celui qui se suffit contre l’injustice.
Car il paie chacun selon ses œuvres et lui assigne le sort mérité par sa conduite.
Il rétribue chacun selon ses œuvres, et il donne à l’homme selon la route qu’il a suivie.
Non, en vérité, Dieu ne commet pas de mal, le Tout-Puissant ne fausse pas la justice.
Il est également vrai que le Tout-Puissant ne commet point d’injustice et que Celui qui se suffit ne fausse pas le bon droit.
Qui lui a confié la direction de la terre ? Qui a mis tout l’univers entre ses mains ?
Qui l’a chargé du gouvernement de la terre et qui a été la cause pour laquelle il a fait exister l’univers tout entier ?
S’il n’avait de pensée que pour lui-même, s’il retirait à lui son esprit et son souffle,
Comment alors tournerait-il contre l’homme son attention, afin de recueillir son âme et son souffle,
toutes les créatures périraient du coup, et l’homme retournerait à la poussière.
de sorte que tous les êtres de chair mourussent, et que l’être humain retournât à la poussière ?
Or, si tu jouis de ton bon sens, écoute ceci, prête l’oreille au son de mes paroles :
Si tu as de la raison, entends ceci, prête l’oreille au son de ma parole :
Celui qui hait la justice pourrait-il régner ? Oseras-tu incriminer l’Être infiniment juste ?
Comment un ennemi de la justice pourrait-il faire prévaloir ses ordres, ou bien vaincras-tu le Juste, le Puissant ?
Est-il permis de dire au roi : « scélérat ! » et aux princes : « criminels ! »
Peut-on nommer le roi : scélérat, ou celui qui est généreux : méchant ?
Eh bien ! Lui ne prend pas parti pour les grands, et ne favorise pas le riche contre le pauvre, car ils sont tous l’œuvre de sa main.
Lui, il ne flatte pas les grands, n’affermit pas le riche en présence du pauvre ; car eux tous sont son œuvre.
En un clin d’œil, ils meurent, et au milieu de la nuit, le peuple s’agite et ils disparaissent ; on supprime les puissants, sans qu’une main [se lève].
Tel d’entre eux meurt subitement ; au milieu de la nuit, des gens s’agitent tumultueusement, puis ils passent ; ils font disparaître les nobles, sans que ce soit par leur propre force.
C’est que ses yeux sont ouverts sur les voies de l’homme, il observe chacun de ses pas.
Car Dieu connaît le chemin de tout homme, il observe tous ses pas.
Point de ténèbres, point d’ombre si profonde où puissent se cacher les malfaiteurs.
Il n’y a ni obscurité, ni ténèbres où puissent se cacher les malfaiteurs.
Car Dieu n’a pas besoin de surveiller longuement un homme, pour le faire comparaître en justice.
De même qu’il n’accorde à l’homme rien qui lui rende possible de se présenter en justice avec le Tout-Puissant,
Il brise les puissants sans [long] examen et met d’autres à leur place.
il inspire une terreur sans fin aux plus considérables et il établit d’autres à leur place.
C’est parce qu’il connaît leurs œuvres, qu’il les renverse de nuit et les écrase.
Ainsi, connaissant bien leurs actions, il bouleverse leur sort et ils sont abaissés ;
En qualité d’impies, il les frappe aux yeux de [nombreux] spectateurs,
il les frappe à l’endroit où se trouvent les méchants, au lieu où sont les diffamateurs,
les punissant de s’être détournés de lui, d’avoir méconnu toutes ses voies,
parce qu’ils ont cessé de lui obéir et qu’ils n’ont rien compris de ses voies,
d’avoir fait monter jusqu’à lui les cris du faible, et retentir à ses oreilles la protestation des miséreux.
et que le cri du pauvre lui est parvenu et qu’il a entendu le cri des malheureux.
Et s’il fait l’apaisement, qui le lui reprochera ? Quand il cache sa face, qui pourra le voir ? [Il domine] et sur les nations et sur les individus,
Lorsqu’il accorde la tranquillité à des hommes, qui les troublera ? Et lorsqu’il leur cache sa miséricorde, qui la verra ? Ceci pour un homme seul aussi bien que pour une nation,
ne voulant pas du règne des hommes pervers, de ceux qui sont un piège pour les peuples.
contrairement à la royauté hypocrite de l’homme, et aux embûches des nations.
Se peut-il qu’on dise à Dieu : « J’ai expié sans être coupable.
Dieu peut dire : J’ai supporté mes créatures et je ne les ai pas fait périr.
Ce qu’il m’est impossible de voir, apprends-le-moi toi-même ; si j’ai commis des injustices, je ne récidiverai pas ? »
Donc, pour ce que j’ignore, dirige-moi toi-même ; si j’ai commis une injustice, je ne la renouvellerai plus.
Est-ce sous ton inspiration qu’Il doit rémunérer, parce que tu exprimes ton dédain ou que tu manifestes tes préférences, toi et non moi ? Ce que tu sais, expose-le donc.
Ensuite, est-ce d’après ton avis que Dieu en finira, alors que tu dédaignes une chose et que tu prétends que c’est à toi et non pas à moi ? Dis donc ce que tu sais.
Les gens sensés me le diront, les hommes sages qui m’écoutent :
Moi, je suis assuré que les hommes sensés diront de moi :Il a dit vrai, et que les gens sages m’écouteront.
« Job ne discourt pas en connaissance de cause, ses paroles ne sont pas raisonnables.
Mais Job ne parle pas ainsi en connaissance de cause et ses discours en cela ne sont pas conformes à la raison.
Mon souhait serait que Job fût éprouvé encore longtemps, à cause de ses réponses dignes d’hommes iniques ;
Et, si Celui qui veut voulait éprouver Job jusqu’au fond, en lui imposant de répondre aux pervers,
car à son péché il ajoute une faute plus grave : il pense triompher au milieu de nous et prodigue ses propos contre Dieu46. »
46 Ce discours d’Elihou présente de sérieuses difficultés, surtout vers la fin.
Job ajouterait à ses péchés une faute — ce qui se passe entre nous ne te suffit-il pas à cet égard ? — et il multiplierait encore ses paroles contre le Tout-Puissant.
Elihou reprit et dit :
Elihou prit encore la parole et dit :
Est-ce cela que tu considères comme juste, cela que tu appelles « ta droiture au regard de Dieu, »
Est-ce là une parole que tu considères comme légitime, quand tu dis : Je suis plus juste que le Tout-Puissant ;
de dire : « Quel avantage y trouvé-je ? Quel profit de plus que si je faisais mal ? »
et quand tu dis : Quel profit ai-je de ma vertu et à quoi me sert de renoncer à mon péché ?
Je vais te répondre en quelques mots et à tes amis avec toi.
Moi, je vais te répondre et à tes amis en même temps.
Regarde le ciel et vois, contemple les nuages au-dessus de toi !
Je dis : Tourne-loi vers le ciel et regarde-le ; contemple les nuées, à quel point elles sont plus hautes que toi.
Si tu agis mal, quelle est ton action sur Dieu ? Si tes péchés sont nombreux, que lui importe ?
Si tu pèches, qu’est-ce que tu lui fais ? Si tes crimes se multiplient, quel dommage lui causes-tu ?
Si tu agis bien, que lui donnes-tu ? Ou qu’est-ce qu’il accepte de toi ?
Et de même, si tu es juste, qu’est-ce que tu lui donnes, ou bien, en tout cas, que recevra-t-il de ta main ?
C’est toi, créature humaine, qu’intéresse ta perversité ; c’est à toi, fils d’Adam, qu’importe ta piété.
Ta méchanceté ne peut nuire qu’à un homme comme toi, et ta vertu ne saurait être utile qu’à un mortel comme toi.
On se plaint il est vrai de la multitude d’exactions, on crie contre la violence des grands ;
Sache que bien souvent les opprimés crient et implorent du secours contre le bras de ceux qui sont plus nombreux qu’eux,
mais on ne dit pas : « Où est Dieu, mon créateur, qui donne lieu à des chants joyeux pendant la nuit47 ;
47 Grâce au secours qu’il accorde dans sa bonté.
et qu’ils n’ont pas dit : Où est Dieu notre créateur qui nous oblige à chanter ses louanges durant la nuit,
qui nous instruit de préférence aux animaux de la terre et nous éclaire plutôt que les oiseaux du ciel ? »
qui nous rend plus instruits que les animaux de la terre et plus sages que les oiseaux du ciel ?
Aussi bien, crie-t-on sans trouver d’écho, à cause de l’arrogance des méchants.
Ils crient ainsi là-bas à cause de la tyrannie de ceux qui sont encore plus méchants qu’eux et Dieu ne les exauce pas.
Non, Dieu n’écoute pas de vaines doléances, le Tout-Puissant n’y prête nulle attention.
La fausseté, le Tout-Puissant ne l’écoute pas pour l’approuver, et Celui qui se suffit ne la voit pas d’un regard qui l’autorise.
Combien moins encore quand tu dis que tu ne l’aperçois point, que ta cause est par devers lui et que tu es là à l’attendre !
Si tu dis que tu ne vois pas cela, cite-moi devant lui et attends sa réponse.
Et maintenant si [tu prétends] que sa colère ne sévit point, parce qu’il ne se soucie pas sérieusement des crimes [qui se commettent],
Et maintenant, si Job ne voit pas cela, c’est qu’il a énuméré ses malheurs, sans savoir que le soulagement en sera très abondant.
je conclus que Job ouvre la bouche pour des riens, qu’il accumule des paroles manquant de sens.
Donc, c’est à cause de ses malheurs que la bouche de Job prononçait des paroles vaines, et multipliait ses discours ignorants.
Elihou, poursuivant, dit :
Elihou dit encore :
Accorde-moi un peu d’attention, et je t’instruirai ; car il reste encore des arguments en faveur de Dieu.
Patiente encore un peu, pour que je t’informe qu’il est resté à Dieu quelque chose à dire contre toi.
Je tirerai ma science de loin, et j’établirai l’équité de mon Dieu.
J’élèverai ma pensée au loin et je rendrai justice à mon Créateur par ma déclaration.
Car certes, mes paroles ne sont pas mensongères : c’est quelqu’un aux connaissances sûres qui est devant toi.
En vérité, mes paroles ne sont pas vaines, et je te montrerai une science sûre.
Vois, Dieu est puissant et il ignore le dédain ; il est souverain par la force de la raison.
Sache que le Tout-Puissant est grand et ne dédaigne pas ses créatures, et qu’étendue est la force de sa science.
Il ne laisse point vivre le méchant, mais il fait triompher le bon droit des pauvres.
Il ne laisse vivre aucun méchant par tolérance pour sa conduite, il accorde la justice aux faibles.
Il ne détourne pas les yeux des justes, qu’il met de pair avec les rois sur le trône : il les installe solidement et les fait grandir.
Il ne diminue pas sa sollicitude pour les justes, ni pour les rois sur leurs trônes ; mais il les y asseoit pour l’éternité et ils sont élevés.
Que s’ils sont enchaînés dans les fers, pris dans les liens de la misère,
Et, s’ils méritent d’être chargés de chaînes et d’être liés avec les cordes du châtiment,
et qu’après leur avoir représenté leurs actes et leurs péchés, fruits de l’orgueil,
il leur fait connaître leurs actes et les péchés qu’ils ont commis par orgueil ;
il ouvre leur oreille à la réprimande et les exhorte à revenir de l’iniquité,
il leur adresse une réprimande et leur dit de renoncer à leur iniquité.
s’ils écoutent et se soumettent, ils achèveront leurs jours dans le bonheur et leurs années dans les délices.
S’ils écoutent et se soumettent, ils finiront leurs jours dans le bonheur, et leurs années dans les délices.
Mais s’ils n’écoutent point, ils finiront pas l’épée et périront faute d’intelligence.
S’ils n’écoutent pas, ils passeront par l’insomnie et succomberont sans en avoir conscience.
Pervers de cœur, ils manifestent de la colère, refusent d’implorer Dieu quand il les charge de chaînes.
Ceux qui ont le cœur souillé provoquent la colère de Dieu et n’implorent pas son secours contre les chaînes que cette souillure leur a rivées ;
Aussi leur âme périt-elle en pleine jeunesse, leur vie s’éteint comme celle des infâmes libertins.
leurs âmes meurent au temps de la jeunesse et leur vie se consume dans la frivolité.
Mais le malheureux, il le sauve par sa misère même, et par la souffrance il ouvre son oreille [aux conseils].
Comme il a coutume de délivrer le malheureux de son malheur, c’est pourquoi il vient aux affligés.
Aussi bien, il te fera passer de l’étreinte de l’adversité en un lieu spacieux, où n’existe nulle gène, et ta table sera couverte de mets succulents.
Toi aussi, il t’aura retiré de la détresse pour t’amener à l’aisance dans laquelle il n’y a pas place pour la détresse et aura laissé ta table remplie de mets succulents.
Si tu as subi pleinement le châtiment du méchant, c’est que châtiment et justice sont une force.
Et pourtant, tu avais suivi jusqu’au bout les opinions des méchants, leur jugement et leur décision qui leur servent d’appui.
Crains donc que le dépit ne t’attire de nouveaux coups ; ne te laisse pas égarer par la grandeur de la rançon48.
48 Par le cruel châtiment que tu as encouru. — Le texte des versets 17 à 22 est plein d’obscurités, impossible d’en donner une traduction satisfaisante.
La colère divine se manifeste en t’entraînant à une rétribution dont aucune rançon ne pourra te libérer.
[Dieu] peut-il priser assez tes cris suppliants pour t’épargner souffrances et durs efforts ?
Est-ce que ta générosité entrera en ligne avec Dieu au moment du malheur ? Non, ni aucun déploiement de puissance.
N’aspire point à la nuit, où les peuples sont enlevés de leur place.
Ne souhaite pas durant la nuit que Dieu fasse entrer une tribu à ta place dans ta douleur.
Garde-toi de te laisser aller au mal, car tu sembles le préférer à la souffrance.
Prends garde, ne te tourne pas vers la haine, car tu préfères ce châtiment d’autrui au tien.
Vois, Dieu est sublime dans sa force : existe-t-il un guide comme lui ?
Sache que le Tout-Puissant est inattaquable dans sa force. Qui, comme lui, enseigne le bien ?
Qui lui dicte la voie qu’il doit suivre ? Qui lui dira : « Tu commets des injustices ? »
Qui a-t-il chargé d’examiner ses actes, et qui lui a dit : Tu as commis une injustice ?
Prends à cœur d’exalter son œuvre, que les humains célèbrent par leurs chants.
Songe donc à nous exalter son œuvre, telle que les hommes l’ont décrite,
Les hommes l’admirent, le mortel la contemple de loin.
telle que tous les humains l’ont vue et que les mortels l’ont observée depuis un temps lointain.
Oui, Dieu est grand : nous ne pouvons le comprendre ; le nombre de ses années est incalculable.
Ils savent que le Tout-Puissant a bien des attributs supérieurs à ce que nous connaissons, et que ses années ne peuvent être comptées, ni scrutées,
Il attire les gouttes d’eau qui, à la suite de son brouillard, se résolvent en pluie.
Parmi ses miracles, il retire à certaines gens la goutte d’eau, dont la vapeur purifie la pluie,
Les nuages en ruissellent et s’épandent sur la foule des humains.
que les nuages élevés versent en torrents et répandent sur les hommes nombreux.
Sait-on seulement comprendre le déploiement des nuées, le fracas de son pavillon ?
Et aussi, lorsque Dieu fait paraître l’étendue des nuages, il rend leur ombre vide d’eau ;
Vois, il s’enveloppe de sa lumière et il en couvre les profondeurs de cet océan [de nuages].
et, lorsqu’il fait couler largement leur seau plein, il couvre, en quelque sorte, les profondeurs de la mer.
Car il se sert d’eux pour juger les peuples ou leur donner de la nourriture en abondance.
Car c’est par là qu’il juge les nations et qu’il leur fournit de la nourriture en. Abondance.
Il recouvre ses mains de flammes, qu’il dirige contre les rebelles49.
49 Description de la foudre. — Le sens de ces versets et du suivant est également fort incertain.
C’est à cause de leurs actions qu’il a retenu loin d’eux les seaux pleins et qu’il a commandé contre eux un agresseur qui tire subitement l’épée.
Il révèle sa présence par son tonnerre, instrument de colère contre les présomptueux.
Ceux qui manient les épées leur en donnent des nouvelles, ainsi qu’à leurs bestiaux, ainsi qu’à celles de leurs plantes qui montent.
C’est aussi ce qui jette la frayeur dans mon cœur et le fait vivement tressauter.
C’est au point que leurs cœurs en tremblent, comme s’ils étaient tirés violemment hors de leurs places.
Écoutez attentivement le grondement de sa voix et le roulement qui sort de sa bouche.
Elihou leur dit : Écoutez attentivement le fracas de sa voix, et de sa parole sortira un enseignement.
Il le prolonge sous toute la voûte des cieux, et ses éclairs brillent jusqu’aux extrémités de la terre.
On le voit sous tout le ciel, et sa lumière brille sur les régions de la terre.
À leur suite, c’est un bruit qui rugit : il tonne de sa voix majestueuse, et quand cette voix se fait entendre, il ne les retient plus50.
50 Les éclairs.
Et ensuite une autre voix gronde, il les effraie par sa voix puissante, mais sans que les méchants soient impressionnés, alors que sa voix se fait entendre.
Dieu fait retentir merveilleusement la voix de son tonnerre ; il accomplit de grandes choses qui dépassent notre connaissance.
Ils sauront que le Tout-Puissant fait trembler par sa voix au milieu de merveilles ; il accomplit de grandes œuvres au-dessus de ce que nous savons.
Car il dit à la neige : « Apparais sur la terre ! » Il envoie la pluie abondante, ses puissantes averses.
Par exemple, il dit à la neige : Va dans le pays de tel et tel peuple, ainsi que les ondées de la plui8 déversée. Puis tombent les ondées de ses pluies bienfaisantes.
Alors il paralyse les bras de tous les hommes, afin que ces hommes, son œuvre à lui, apprennent à le connaître.
Il met le sceau sur la main de chacun d’entre eux ; et chacun reconnaît ses actions.
Et les fauves rentrent dans leur tanière et se terrent dans leur gîte.
Il ordonne, et les bêtes sauvages se retirent loin d’eux pour rentrer dans leurs gîtes, et demeurent dans leurs tanières ;
L’ouragan surgit de ses retraites, le froid est amené par les vents d’aquilon51.
51 מזרים, les vents qui dissipent les nuages. — Sens incertain.
les tourbillons arrivent de leurs séjours et le froid de leurs torrents.
Au souffle de Dieu se forme la glace et se contractent les nappes d’eau.
Il produit la glace par sa volonté, l’étendue des eaux étant resserrée.
Il charge aussi la nue de vapeurs humides52« >52 » title= »Note n°52« >52, dissémine ses nuages que traversent les éclairs.
52 רי, de la racine רוה, arroser.
C’est lui aussi qui allège le poids des nuages, quand les nuées dispersent le trop-plein de leurs seaux,
Et ces nuages se déplacent en tourbillonnant sous son impulsion, en vue de leur besogne, pour exécuter ses ordres sur la surface du globe terrestre.
et que, par sa grâce, elles se meuvent dans tous les sens, afin d’accomplir tous les ordres qu’il leur donne sur la surface habitée de la terre,
Il les suscite tantôt comme un fléau pour la terre, tantôt comme une source de bienfaits.
soit pour châtier, soit pour accorder à un pays ce qu’il mérite, soit pour favoriser certains hommes.
Écoute, Job, tout ceci ; lève-toi et considère les merveilles de Dieu.
Écoute cela, ô Job, arrête-toi et tu comprendras les merveilles du Tout-Puissant.
Comprends-tu les lois qu’il leur impose et comment il fait briller ses nuages lumineux ?
Sais-tu comment Dieu réserve ce bienfait à quelques-uns et leur fait apparaître le seau rempli de son nuage ?
Comprends-tu les déploiements de la nuée, les prodiges de Celui qui possède la science parfaite ?
Ou sais-tu comment les nuages sont disposés en voûte, connais-tu comme lui les merveilles de Celui qui a la science parfaite,
Toi, dont les vêtements deviennent trop chauds, dès que la terre recouvre le calme sous l’influence du midi,
ainsi que tu sais que tes vêtements sont chauds quand la terre est délivrée du vent du sud ?
pourrais-tu l’aider à étendre les cieux, solides comme un miroir de métal ?
Sais-tu comme lui comment l’enveloppe du ciel ressemble à des miroirs de métal fondu ?
Apprends-moi ce que nous pourrions lui dire : dans les ténèbres où nous sommes, nous manquons d’arguments.
Fais-nous donc savoir ce que nous pourrions lui dire, de telle sorte que nous n’entrions pas en lutte avec lui, étant dans les ténèbres ?
Devra-t-on lui rendre compte quand je parle ? Jamais homme a-t-il demandé à être anéanti ?
Ce qu’on rapporte de Dieu sera-t-il épuisé, quand j’aurai parlé ? Celui d’entre les hommes qui dit que sa louange peut prendre fin
Or donc, personne ne peut regarder le soleil qui brille radieux dans le ciel, lorsque le vent qui passe l’a nettoyé.
ressemble à celui qui ne voit pas une lumière briller dans les nuages, après que les vents ont passé et l’ont éclaircie.
Si l’or vient du septentrion, Dieu, lui, demeure couvert d’une redoutable majesté.
De même que l’on tire l’or des mines, de même on extrait la notion que c’est Dieu qui est redoutable dans sa splendeur.
Le Tout-Puissant, nous ne pouvons l’atteindre, lui qui est grand par la force ; mais le droit et la parfaite justice, il ne les écrase point !
Celui qui se suffit, nous ne pouvons décrire les effets nombreux de sa puissance ; et, de plus, il n’affaiblit pas le droit, tant sa justice est grande !
C’est pourquoi les hommes le révèrent ; [quant à lui], il n’abaisse ses regards sur aucun des prétendus sages.
C’est pourquoi les hommes le craindront, c’est pourquoi aucun des sages ne le verra.
L’Éternel répondit à Job du sein de la tempête et dit :
Ensuite Dieu répondit à Job du vent de la tempête et lui dit :
Quel est celui qui dénigre les desseins [de Dieu] par des discours dépourvus de sens ?
Qui donc comme toi obscurcit la sagesse par une parole dénuée de savoir ?
Ceins donc tes reins comme un homme : je vais t’interroger et tu m’instruiras.
Si tu peux ceindre tes reins, apprends-nous-le quand je t’interrogerai.
Où étais-tu lorsque je fondais la terre ? Dis-le, si tu en as quelque connaissance.
Où étais-tu quand j’ai fondé la terre ? Informe-nous-en, si tu le sais et si tu le comprends.
Qui a fixé ses dimensions, si tu le sais, ou qui a tendu sur elle le cordeau ?
Qui donc en a réglé la mesure comme moi, si tu le sais ? ou qui, me ressemblant, a étendu sur elle le cordeau ?
Sur quoi sont assis ses piliers, ou qui a lancé sa pierre angulaire,
Sais-tu peut-être sur quoi ses bases ont été établies, ou qui a jeté sa pierre angulaire ?
tandis que les étoiles du matin chantaient en chœur, et que tous les fils de Dieu poussaient des cris de joie ?
Es-tu capable, comme les astres du temps, de connaître les voix de tous les anges lorsqu’ils les font retentir ?
Qui a fermé la mer avec des portes, quand elle sortit jaillissante du sein maternel,
Ou qui a mis à la mer une barrière, comme des battants de porte, lorsqu’elle s’avance pour sortir de son lit,
quand je lui donnai la nuée pour vêtement et une brume épaisse pour langes
de même que je lui ai donné les nuages pour vêtements et les brumes pour langes,
quand je brisai son élan par mes barrières et lui posai des verrous et des portes,
que j’ai rompu contre elle mes conditions et que je lui ai imposé des verroux et des battants,
et que je lui dis : « Jusqu’ici tu viendras et non au-delà : ici s’arrêtera l’orgueil de tes flots ? »
en lui disant : Tu iras jusqu’ici et pas plus loin, et ici s’affaiblira la puissance de tes vagues ?
As-tu jamais de ta vie donné des ordres au matin, assigné sa place à l’aurore,
T’es-tu vu, dans ta vie, donner un ordre à la lumière et faire connaître à l’obscurité son endroit ?
pour qu’elle saisisse les bords de la terre et en rejette les méchants en une secousse ?
Ou comprends-tu le pouvoir de saisir les coins de la terre, de manière à en secouer les méchants,
[Quand elle paraît], la terre se transforme comme l’argile sous le sceau, et les choses se présentent comme un [riche] vêtement.
alors qu’elle se transforme comme l’argile du sceau, qu’ils s’y dressent comme s’ils lui étaient une parure ?
Les méchants sont privés de leur lumière à eux53, et leur bras déjà levé est brisé.
53 Les ténèbres de la nuit sont la lumière des méchants. Voir ci-dessus, XXIV, 14-17.
Et comment leur lumière est-elle refusée aux méchants, comment le bras déjà levé est-il brisé ?
As-tu pénétré jusqu’aux sources de la mer, as-tu circulé au fonds de l’abîme ?
Es-tu jamais entré jusqu’aux sources de la mer, ou es-tu parvenu à la limite de l’abîme ?
Les portes de la mort se sont-elles dévoilées devant toi ? As-tu vu l’entrée du royaume des ombres ?
Ou bien les portes de la mort se sont-elles découvertes à toi, ou as-tu vu les portes des ténèbres ?
As-tu mesuré l’immense étendue de la terre ? Dis-le, si tu sais tout cela.
As-tu examiné les étendues de la terre ? Raconte-le si tu en sais quelque chose.
Quel chemin mène à la demeure de la lumière, et où est l’habitation des ténèbres,
Dans quel chemin la lumière réside-t-elle d’une manière stable, et où est l’endroit de l’obscurité continue,
pour que tu les conduises dans leur domaine et reconnaisses les avenues de leur maison ?
si tu la saisis jusqu’à sa frontière ou si tu comprends les sentiers de ses demeures ?
Tu le sais sans doute ! Car tu étais né dès lors, et grand est le nombre de tes jours !
Sais-tu que tu es engendré, et le nombre de tes jours sera-t-il considérable ?
Es-tu entré dans les trésors de la neige, as-tu aperçu les dépôts de la grêle,
Es-tu jamais entré dans les trésors de la. neige, ou as-tu vu les trésors de la grêle,
que je tiens en réserve pour les temps de détresse, pour le jour du combat et de la guerre ?
que j’ai réservée pour un temps de malheur, pour un jour de guerre et de lutte ?
Quelle est la voie par où se disperse la lumière, par où le vent d’Est se répand sur la terre ?
Dans quel chemin la lumière se divise-t-elle, ou le lever de soleil se répand-il sur la terre ?
Qui a creusé des rigoles à l’averse, une route à l’éclair sonore,
Qui donc, en dehors de moi, a distribué des rigoles pour l’inondation et a frayé la voie aux grondements du nuage d’où sort la foudre ?
pour arroser des régions inhabitées, le désert où il n’y a pas d’hommes,
Parfois il pleut sur une terre sans hommes, dans un désert vide de mortels,
pour abreuver les terres incultes et sauvages et faire pousser l’herbe nouvelle des prairies ?
et la solitude ou la terre désolée se sature d’eau, et les herbes du fourrage y poussent.
La pluie a-t-elle un père ? Qui engendre les gouttes de la rosée ?
La pluie a-t-elle un père, ou qui a engendré les gouttes de la rosée ?
De quel sein sort la glace, et le givre du ciel, qui l’a enfanté ?
Du sein de qui la glace est-elle sortie et les rafales du ciel, qui les a engendrées ?
Les eaux se condensent comme la pierre et la surface des eaux se contracte.
Comment l’eau est-elle devenue épaisse comme la pierre et la face de l’abîme coagulée ?
Est-ce toi qui noues les bandeaux des Pléiades ou qui relâches les liens de l’Orion ?
Est-ce toi qui attaches les étoiles des Pléiades ou qui délies les chaînes de l’Orion ?
Est-ce toi qui fais paraître les planètes* en leur temps et qui diriges la Grande-Ourse avec ses petits ?
Fais-tu sortir les astres dans leurs temps et conduis-tu ensemble les filles de l’Ourse ?
Connais-tu les lois du ciel ? Est-ce toi qui règles sa force d’action sur la terre ?
Que peux-tu savoir des lois du ciel, peux-tu régler ses influences sur la terre ?
Te suffit-il d’élever ta voix vers la nuée, pour qu’elle t’envoie des masses d’eau ?
Ou élèves-tu peut-être ta voix vers les nuages, pour que les ondées te couvrent ?
Est-ce toi qui commandes aux éclairs de partir ? Te disent-ils : « Nous voici ? »
Envoies-tu les éclairs pour qu’ils partent et qu’ils te disent : À ta disposition ?
Qui a mis de la sagesse, dans la brume sombre, ou qui a donné au météore l’intelligence55 ?
55 Beaucoup d’exégètes anciens et modernes traduisent : « Qui a déposé la sagesse dans le sein [de l’homme] ? Ou qui a donné l’intelligence à l’esprit ? »
Quel autre que moi a établi la confiance dans la sagesse ou qui a donné à l’homme frivole. L’intelligence ?
Qui pourrait dénombrer les nuages avec sagacité, et qui incline les amphores du ciel,
Qui énumère ce qui est dans les nuages avec justesse ou verse du ciel, de l’humidité ?
de manière à agréger la poussière en une masse compacte et à coller ensemble les glèbes de la terre ?
Où étais-tu, quand la poussière a été coulée dans le mortier, les mottes de terre étant agglutinées ?
Est-ce toi qui poursuis la proie pour le lion, qui assouvis la voracité des lionceaux,
Est-ce toi qui chasses une proie pour le lion et qui remplis les ventres des lions,
lorsqu’ils sont tapis dans leurs tanières ou se tiennent aux aguets dans les fourrés ?
quand ils sont couchés dans leurs tanières et accroupis en embuscade dans les taillis ?
Qui prépare au corbeau sa pâture, quand ses petits crient vers Dieu et errent çà et là faute de nourriture ?
Et qui donc préparé au corbeau sa pâture, alors que ses petits semblent demander secours au Tout-Puissant et errent faute de nourriture ?
Connais-tu le temps où enfantent les chamois des roches ? Le temps où les biches mettent bas, l’as-tu observé ?
Que peux-tu savoir sur l’enfantement des chamois des rochers, ou observer sur la délivrance des biches ?
Peux-tu compter les mois de leur grossesse ? Sais-tu l’heure de leur délivrance ?
Comptes-tu pour elles les mois, afin qu’elles les accomplissent, en sorte que tu saches le moment où elles mettent bas ?
Elles s’accroupissent, émettent leur portée et se débarrassent de leurs douleurs.
Comment s’agenouillent-elles pour désarticuler leurs petits, après qu’elles ont subi les douleurs de l’enfantement ?
Leurs petits gagnent en force, grandissent en plein air, ils partent et ne reviennent plus vers elles.
Comment guérissent leurs petits, qui grandissent alors dans la plaine, partent et ne reviennent plus vers elles ?
Qui a lâché l’onagre en liberté ? Qui a dénoué les liens de l’âne sauvage,
Quel autre que moi a lancé la bête sauvage en liberté, et les liens d’un tel animal, qui les a déliés,
à qui j’ai assigné le désert pour demeure et les plaines salées pour habitation ?
de même que j’ai fait du désert sa maison, et de la terre salée sa demeure ?
Il se rit du tumulte de la cité, il n’entend pas les cris d’un maître.
Elle se rit du peuple de toute ville, et n’entend pas les cris du cornac.
Il explore56 les montagnes pour trouver son pâturage et se met en quête, de n’importe quelle verdure.
56 יְתוּר = יָתוּר (Raschi)
Elle cherche son pâturage dans les montagnes et elle y poursuit tout ce qui est vert.
Le buffle consent-il à te servir ? Passera-t-il la nuit à ton râtelier ?
Le buffle veut-il te servir, ou passe-t-il la nuit près de ton râtelier ?
L’attacheras-tu au sillon par une corde, ou ira-t-il hersant les vallées derrière toi ?
L’attaches-tu au sillon par une corde ou herse-t-il les vallées derrière toi ?
Te fieras-tu à lui, parce que grande est sa force ? Lui abandonneras-tu le soin de ton travail ?
Te fies-tu à lui, parce que sa force est grande, et lui abandonnes-tu ton profit ?
Compteras-tu sur lui pour rentrer ton grain, pour recueillir le produit de ton aire ?
Comptes-tu sur lui pour qu’il te rapporte ton grain, ou recueille le blé de ton aire ?
L’autruche57 bat joyeusement des ailes : si seulement ses ailes et ses plumes étaient tendrement fidèles58 !
57 רננים, qu’on assimile à בת יענה.
58 חסידה, par allusion à la cigogne.
Sais-tu comment l’aile des oiseaux chanteurs les élève, ou Jes plumes du milan et du faucon ?
Car elle abandonne ses œufs à la terre et les laisse chauffer sur le sable,
Il est des oiseaux qui abandonnent sur la terre leurs œufs et qui chauffent le sable par sottise,
oubliant qu’un pied peut les fouler et la bête des champs les écraser.
oubliant que les pieds les fouleront et que les bêtes du désert les écraseront.
Elle est dure pour ses petits, comme s’ils lui étaient étrangers : sa peine aura été en pure perte, et elle n’en a pas de regret.
Ils traitent durement leurs petits comme s’ils n’étaient pas à eux, et ne craignent pas que leur peine soit stérile.
C’est que Dieu lui a refusé la sagesse et ne lui a pas départi de l’intelligence.
Il semble que Dieu leur ait fait oublier la sagesse, et ne leur ait donné aucune part dans l’intelligence,
Mais quand elle se dresse pour prendre son élan, elle défie chevaux et cavaliers.
et que, du moment où ils s’élèvent dans les hauteurs, ils se rient du cheval et de son cavalier.
Est-ce toi qui donnes la vigueur au cheval, qui garnis son cou d’une crinière flottante ?
Est-ce toi qui donnes au cheval la vigueur ou qui revêts son cou de la terreur ?
Est-ce toi qui le fais bondir comme la sauterelle ? L’éclat de son ébrouement inspire l’effroi.
Le fais-tu bondir comme la sauterelle ? Dans son hennissement il y a l’éclat et la majesté.
Il creuse le sol59 et, tout joyeux de sa force, il s’élance vers la mêlée.
59 En piaffant d’impatience.
Il semble creuser les vallées ; il se réjouit de sa force et sort à la rencontre des armes.
Il se rit de la crainte, il ne tremble ni ne recule devant l’épée.
Il se rit de la crainte et ne tremble pas ; il ne recule pas devant l’épée.
Sur son dos résonnent le carquois, la lance étincelante et le javelot.
Sur lui résonnent le carquois, étincellent la hache d’armes et le javelot.
D’impatience et de colère, il dévore l’espace ; il ne se possède plus lorsque sonne le clairon.
C’est avec frémissement et agitation qu’il frappe la terre, et il ne croit pas au son de la trompette, tant il en est joyeux !
Au coup de trompette, il dit : « Ah ! » Et de loin il flaire la bataille, la voix tonnante des chefs et les cris des combattants.
Il dit à la trompette : Fraternisons. De loin il flaire la guerre, la terreur des chefs et leurs cris.
Est-ce par un effet de ton intelligence que l’épervier prend son essor et déploie ses ailes vers le Midi ?
Est-ce par ton intelligence que le faucon se couvre de plumes, ou qu’il étend ses ailes vers le sud ?
Est-ce par ton ordre que l’aigle s’élève et va nicher dans les hauteurs ?
Ou bien est-ce par ton ordre que l’aigle prend son essor, ou élève son nid dans les hauteurs ?
Il fait du rocher sa demeure et se gîte sur la dent des montagnes et les pics escarpés.
Il habile le rocher, il s’appuie sur la dent du rocher et sur sa caverne.
De là il guette la proie ses regards portent au loin.
De là, il gagne pour lui-même une nourriture ; ses yeux se portent au loin.
Ses aiglons se gorgent de sang partout où il y a des cadavres, il est présent.
Ses petits sucent le sang par nature. Partout où sont les corps gisants, là il est.
L’Éternel, répondant à Job, dit :
Puis Dieu répondit à Job en disant :
Le censeur60 du Tout-Puissant persistera-t-il à récriminer contre lui ? Le critique de Dieu répondra-t-il à tout cela ?
60 יסּור, substantif à la façon de גבּור.
La dispute avec Celui qui se suffit est-elle chose honnête ? Il convient parfois à celui qui est en face de Dieu de répondre à ses questions :
Job répondit à l’Éternel et dit :
Alors Job répondit à son Maître et dit :
Hé quoi ! Je suis trop peu de chose : que te répliquerai-je ? Je mets ma main sur ma bouche.
Certes, je suis trop humble pour te répliquer. C’est pourquoi je me suis mis la main sur la bouche.
J’ai parlé une fois… je ne prendrai plus la parole ; deux fois… je ne dirai plus rien.
Tout en ayant parlé une fois, je ne recommencerai pas une seconde.
Alors l’Éternel répondit à Job du sein de la tempête et dit :
Puis Dieu répondit à Job du vent de la tempête et lui dit :
Ceins tes reins comme un homme : je vais t’interroger et tu m’instruiras.
Si tu peux ceindre tes deux reins, renseigne-moi quand je t’interrogerai sur un point.
Prétends-tu vraiment prendre en défaut ma justice, « me condamner pour te justifier ?
Comment annulerais-tu mon jugement par tes insinuations, ou m’accuserais-tu d’injustice pour t’innocenter ?
As-tu donc un bras comme celui de Dieu ? Fais-tu retentir comme lui la voix du tonnerre ?
Si tu as une autorité comme celle du Tout-Puissant et situas une voix redoutable comme la sienne,
Alors pare-toi de majesté et de grandeur, revêts-toi de splendeur et de magnificence.
orne-toi de la puissance et de la majesté, revêts-toi de l’éclat et de la magnificence ;
Lance de toutes parts les éclats de ta colère et, d’un regard, abaisse tout orgueilleux.
manifeste les accès de ta colère, regarde tout orgueilleux et humilie-le ;
D’un regard, humilie tout orgueilleux, et écrase les méchants sur place.
regarde tout orgueilleux et dompte-le, écrase les méchants en leur place ;
Enfouis-les tous ensemble dans la poussière, confine leur face dans la nuit du tombeau.
enfouis-les tous dans la poussière, et emprisonne leurs faces dans les tombeaux ;
Alors moi-même je te louerai de ce que ta droite t’aura donné la victoire.
et alors, moi aussi je t’adresserai des actions de grâce, alors que ta droite te secourra.
Vois donc le Béhémoth61 que j’ai créé comme toi : il se nourrit d’herbe comme le bœuf.
61 Nom égyptien de l’hippopotame.
Voici l’un des animaux que j’ai créés avec toi ; il mange l’herbe comme les bœufs.
Admire la force qui est dans ses reins, la vigueur qui réside dans les muscles de son ventre.
Voici que sa force est dans ses deux reins et son pouvoir dans son nombril.
Sa queue se dresse comme un cèdre, les nerfs de ses cuisses sont entrelacés.
Il fléchit sa queue comme un cèdre, et les nerfs de ses cuisses s’entrelacent.
Ses os sont des tuyaux d’airain, ses vertèbres des barres de fer.
Ses os ont la dureté de l’airain et la solidité du fer.
Il est une des œuvres capitales de Dieu : Celui qui l’a fait l’a gratifié d’un glaive62.
62 D’après la plupart des exégètes, ces mots obscurs, diversement interprétés, désigneraient les dents incisives de la bête, qui sont d’une extrême longueur.
Il est la première créature de Dieu parmi les animaux ; c’est son auteur et aucun autre qui lui fournit son glaive.
Les montagnes produisent du fourrage pour lui, et là toutes les bêtes des champs prennent leurs ébats.
En effet, les montagnes lui apportent leur tribut, tandis qu’y jouent tous les animaux du désert.
Il se couche sous les lotus, sous le couvert des roseaux et des marais,
Il se couche sous la hutte, dans le secret des roseaux et des bourbiers.
Les lotus le protègent de leur ombre, les saules du torrent l’enveloppent.
Les huttes lui fournissent de l’ombre, et les saules du torrent l’environnent.
Voici que le fleuve se gonfle et il ne s’en émeut point ; il demeurerait plein d’assurance si le Jourdain lui montait à la gueule.
Il fait violence au fleuve et ne s’effraie pas ; il a confiance, quand le Jourdain monte vers sa gueule.
Peut-on s’en emparer quand il a les yeux ouverts63, lui percer le nez avec des harpons ?
63 בעיניו, expression obscure.
Qui donc le prendra par les yeux ou lui percera le nez à l’aide de filets ?
Tireras-tu le Léviathan64 avec un hameçon ? Lui feras-tu baisser la langue avec la ligne ?
64 Ce nom semble désigner ici le crocodile.
Es-tu capable de tirer le monstre replié avec un hameçon, ou abaisseras-tu sa langue avec une corde ?
Lui passeras-tu un jonc dans les narines, lui perceras-tu la mâchoire avec un crochet ?
Ou mettras-tu dans son nez le jonc, ou perceras-tu sa joue avec l’épine,
Te prodiguera-t-il ses prières ? Ou t’adressera-t-il de douces paroles ?
au point qu’il semble t’adresser de nombreuses supplications ou te parler avec douceur,
Fera-t-il un pacte avec toi ? L’engageras-tu comme un esclave perpétuel ?
ou qu’il semble faire un traité avec toi ou que tu le prennes comme esclave pour toujours,
Te servira-t-il de jouet comme un passereau ? L’attacheras-tu pour amuser tes jeunes filles ?
ou que tu sembles jouer avec lui comme avec l’oiseau, ou l’attacher avec des fils pour tes jeunes garçons ;
Les pêcheurs associés en feront-ils le commerce ? Le débiteront-ils entre les marchands ?
afin que les compagnons en fassent un repas et le partagent entre les marchands ?
Cribleras-tu sa peau de dards et sa tête de harpons barbelés ?
Est-ce toi qui achèveras sa peau dans les huttes, en sorte que sa tête abrite d’ombre le poisson ?
Pose seulement ta main sur lui : tu te souviendras de ce combat et ne recommenceras plus !
Toi, si tu mets ta main sur lui, tu ne pourras plus de ta bouche mentionner aucune guerre.
Vois, espérer la victoire est une illusion65 : à son seul aspect, n’est-on pas terrassé ?
65 Ce chapitre est étroitement lié au précédent.
Certes a été déçu dans son espoir quiconque s’est imaginé qu’il se rendrait en sa présence.
Personne n’est assez téméraire pour l’exciter : qui donc oserait me tenir tête, à moi ?
Puisque personne n’est assez hardi pour le débusquer, qui donc se posera devant lui ?
Qui m’a rendu un service que j’aie à payer de retour ? Tout ce qui est sous le ciel est à moi.
Celui qui a voulu me devancer, je l’ai rétribué ; car tout ce qui est sous les cieux est à moi.
Je ne passerai pas sous silence ses membres66, le détail de ses exploits, la beauté de sa structure.
66 Reprise de la description du Léviathan.
Je ne me tairai ni devant lui, ni devant son langage orgueilleux, ni devant le flot de ses arguments.
Qui a soulevé le dessous de son vêtement ? Qui a pénétré dans la double rangée de sa denture ?
Qui donc enlèvera (au monstre) ce qui recouvre sa face ou interviendra pour rouler sa bride ?
Qui a ouvert les battants de sa gueule67 ? La terreur habite autour de ses dents.
67 Ses deux mâchoires.
Qui donc a ouvert les battants de sa face, tandis que la terreur est autour de ses dents ?
Imposantes sont les lignes d’écailles qui lui servent de boucliers et pressées comme un sceau qui adhère fortement.
Elles ont une puissance comme la dureté des boucliers ; elles se ferment comme le sceau étroit.
Elles se touchent de près, l’air ne pénètre pas entre elles.
Lorsque les unes s’avancent vers les autres, l’air ne pénètre pas entre elles, tant elles sont unies !
L’une est serrée contre l’autre ; elles tiennent ensemble sans aucun interstice.
Lorsque les unes s’adaptent aux autres, elles se joignent et ne se séparent pas.
Ses éternuements font jaillir la lumière, ses yeux sont comme les paupières de l’aurore.
Son éternuement semble faire briller la lumière, et l’on dirait que ses yeux ressemblent aux lueurs de l’aurore.
De sa bouche partent des flammes, s’échappent des étincelles de feu.
Les torches semblent sortir de sa bouche et s’échapper comme les rayons du feu.
De ses naseaux sort la fumée, comme d’une marmite bouillante chauffée aux roseaux68.
68 ואגמן. D’autres traduisent : « et d’un bassin » par analogie avec אגן.
La fumée semble sortir de ses deux narines, comme d’une chaudière bouillante ou d’un flacon.
Son haleine allume les charbons, de sa gueule sort une flamme.
Son souffle paraît avoir des émanations de charbons ardents, et une flamme sort de sa bouche.
Dans son cou la force réside, devant lui bondit la terreur.
La force réside dans son cou, et la bravoure est proclamée devant lui.
Les fanons de sa chair sont adhérents, soudés sur lui sans ballotter.
Les plis charnus de son corps se sont attachés ; son corps est sur lui comme une masse et ne fléchit pas.
Son cœur est massif comme une pierre, solide comme la meule de dessous.
Son cœur est massif comme la pierre ou comme la meule inférieure.
Quand il se dresse, les plus vaillants tremblent et se dérobent sous le coup de l’épouvante.
Les puissants ont peur de son attaque et ils évitent d’être brisés par lui.
L’attaque-t-on avec l’épée, elle n’a point de prise sur lui, pas plus que lance, javelot ou cuirasse.
Tout glaive qui l’atteint, il ne le laisse pas subsister, non plus qu’aucun javelot de poids, qu’aucune massue.
Pour lui, le fer est comme de la paille, l’airain comme du bois pourri.
Il considère le fer comme la paille et l’airain comme le bois pourri.
Le fils de l’arc69 ne le met pas en fuite, les pierres de la fronde se changent pour lui en chaume.
69 Le trait lancé par l’arc.
Les fils de l’arc ne le font pas fuir et les pierres de la fronde tournent devant lui comme les fétus.
Comme du chaume aussi lui paraît la massue, il se rit du sifflement des dards.
C’est de la même façon qu’il considère aussi le dard, et il se rit du fracas des lances.
Son ventre est garni de tessons pointus, il promène comme une herse sur le limon.
Sous lui, les épées tranchantes sont comme de l’argile, et il s’appuie sur l’or comme sur du limon.
Il fait bouillonner les profondeurs comme une chaudière ; il rend la mer semblable à un bassin d’onguents.
Il fait bouillonner le gouffre comme la chaudière, et il transforme la mer en cassolette.
Le sillage qu’il laisse derrière lui est lumineux : on dirait que les vagues ont la blancheur de la vieillesse.
Derrière lui les sillages brillent et il considère l’abîme comme une masse blanche.
Il n’a pas son pareil sur la terre, lui qui est fait pour ne rien craindre.
Il n’y a pas de domination sur la terre comme la sienne, créé qu’il est pour ne pas être écrasé rapidement.
Il regarde [avec dédain] tout ce qui est élevé : il est le roi de tous les fauves altiers.
Il regarde en face nombre d’êtres élevés, et il semble être comme le roi par rapport à tous les fils des animaux féroces.
Job répondit à l’Éternel et dit :
Job répondit à son Maître en disant :
Je sais que tu peux tout et qu’aucune conception ne dépasse ta puissance.
Je sais que tu peux tout, et qu’aucune décision ne t’échappe.
« Qui ose disais-tu dénigrer mes desseins faute d’intelligence ? » — Oui, je me suis exprimé sur ce que je ne comprenais pas, sur des choses trop merveilleuses pour moi, que je ne connaissais pas.
A qui donc la sagesse a-t-elle été cachée comme à moi, qui ne sais rien ? Aussi ai-je raconté ce que je ne comprenais pas, ce qui m’était caché et que j’ignorais.
« Écoute-donc [ajoutais-tu], c’est moi qui parlerai ; je vais t’interroger et tu m’instruiras. »
Écoute donc maintenant, j’agirai pour le mieux pour que je te parle moi en t’interrogeant, et tu m’instruiras,
— Je ne te connaissais que par ouï-dire ; mais maintenant je t’ai vu de mes propres yeux.
J’entendais parler de ta puissance, et maintenant je l’ai vue de mes yeux.
C’est pourquoi je me rétracte et me repens sur la poussière et sur la cendre.
C’est pourquoi je rejette ce que je disais, et je me console de moi-même, qui suis poussière et cendre.
Après que l’Éternel eut adressé toutes ces paroles à Job, il dit à Eliphaz de Têmân : « Ma colère est enflammée contre toi et contre tes deux amis, parce que vous n’avez point parlé de moi avec rectitude comme mon serviteur Job.
Après que Dieu eut adressé à Job ces discours, Dieu dit à Éliphaz le Témanite : Ma colère s’est enflammée contre toi et contre tes compagnons, parce qu’en ma présence vous n’avez pas dit la vérité sur mon serviteur Job.
Maintenant donc allez prendre sept taureaux et sept béliers, puis venez trouver mon serviteur Job et offrez-les en holocauste à votre intention. Mon serviteur Job priera pour vous. Ce n’est que par égard pour lui que je ne vous infligerai pas d’humiliation, car vous n’avez point parlé de moi avec rectitude comme mon serviteur Job.
Et maintenant, prenez sept taureaux et sept béliers, et allez vers mon serviteur Job, afin de les offrir en sacrifices pour vous, et de demander à Job mon serviteur qu’il prie pour vous ; car, si je n’acceptais pas son intercession, je n’absoudrais pas vos propos insoutenables, parce qu’en ma présence vous n’avez pas dit la vérité sur mon serviteur Job. »
Eliphaz de Têmân, Bildad de Chouha et Çofar de Naama allèrent donc et firent comme l’Éternel leur avait dit, et l’Éternel eut égard à l’intervention de Job.
Éliphaz le Témanite, Bildad le Schouhite et Sophar le Naamatite allèrent et firent ce que Dieu leur avait ordonné, et Dieu accepta l’intercession de Job.
Et l’Éternel compensa les pertes de job, après qu’il eut prié pour ses amis, et lui rendit au double ce qu’il avait possédé.
Et Dieu rendit à Job ce qu’il avait possédé, lorsqu’il pria pour ses compagnons, et Dieu lui ajouta encore le double de toute sa fortune.
Tous ses frères, toutes ses sœurs et tous ses amis d’autrefois vinrent le trouver, mangèrent avec lui le pain dans sa maison, lui exprimèrent leurs condoléances et le consolèrent de tous les maux que l’Éternel avait fait fondre sur lui, et ils lui donnèrent chacun une kesita70 et un anneau d’or.
70 Monnaie d’argent ; Genèse, XXX, 19.
Tous ses proches, hommes et femmes, et tous ses anciens amis se rendirent auprès de lui, firent un repas avec lui dans sa maison, s’affligèrent pour lui et lui adressèrent leurs condoléances pour toutes les épreuves que Dieu lui avait envoyées, et lui donnèrent chacun en souvenir une qesîta et une boucle d’or.
Et l’Éternel bénit la fin de la vie de Job plus encore que ses débuts : il eut quatorze mille brebis, six mille chameaux, mille paires de bœufs et mille ânesses.
Et Dieu bénit Job dans la fin de sa vie plus qu’au début ; il eut quatorze mille tètes de moutons, six mille chameaux, mille paires de bœufs et mille ânesses.
Et il eut sept fils et trois filles.
Il eut sept fils et trois filles.
Il nomma la première Iemima71, la deuxième Kecia72 et la troisième Kérên Happouc73.
71 « Colombe » ou « brillante comme le jour ».
72 « Casse », plante aromatique.
73 « Boite de fard. »
Il appela la première Yemîma, la seconde Qesia et la troisième Qérén happoukh.
Et il ne se trouvait pas dans tout le pays de femmes aussi belles que les filles de Job ; et leur père leur donna un héritage parmi leurs frères.
Il ne se trouva pas de femmes aussi belles que les filles de Job dans tous les pays, et leur père leur assigna un héritage au milieu de leurs frères.
Job vécut après cela cent quarante ans, et il vit ses fils, les fils de ses fils jusqu’à la quatrième génération.
Ensuite Job vécut après cela cent quarante ans, en sorte qu’il vit ses enfants et ses petits-enfants pendant quatre générations.
Et Job mourut vieux et rassasié de jours.
Puis Job mourut vieux et avancé en âge.
Sources — Traduction arabe : R. Saadia Gaon. Édition et traduction française sous la direction de J. Derenbourg, in : Œuvres complètes de R. Saadia ben Iosef al-Fayyoûmî. Paris : E. Leroux. — Vol. V : Version arabe du livre de Job, 1899 [Google Books]. Traduction française : La Bible – traduite du texte original par les membres du Rabbinat français sous la direction de M. Zadoc Kahn Grand Rabbin. Tome II : Derniers Prophètes – Hagiographes. Paris (Durlacher), 1906 [National Library of Israel].