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Introduction de l’édition française du Tafsir Rasag sur Isaïe

Hartwig Derenbourg (1896)


Mon illustre et vénéré père s’est éteint à Ems, le 29 juillet 1895, rassasié de jours, mais ayant conservé jusqu’au dernier moment la plénitude de son esprit et de son cœur. Ses dernières pensées furent pour Saadia. Mon père s’endormit pour ne plus se réveiller après une soirée prolongée fort tard, où son ami, le docteur Guttmann, rabbin à Breslau, lui lisait quelques chapitres d’un ouvrage qu’il venait de publier sur la philosophie juive au moyen âge.

L’édition des œuvres de Saadia devait-elle être abandonnée après la mort de celui qui en avait été le promoteur, qui avait donné à l’œuvre non seulement son nom, mais encore son temps, son activité et son intelligence ? Deux volumes avaient paru, le Pentateuque et les Proverbes. Des dix autres, trois étaient assez avancés pour qu’on pût les compléter en 1896. En ce qui concerne Isaïe, j’avais pris part à tous les travaux préparatoires, et nous avions renouvelé, mon père et moi, notre collaboration, si précieuse pour le disciple, des Opuscules d’Ibn Djanâḥ et des Études sur l’épigraphie du Yémen. Job avait été commencé dans les mêmes conditions de travail en commun par le père et le fils, qui, en outre, s’étaient assuré, pour établir le texte arabe, le concours d’un savant qui a plus d’une fois manifesté avec éclat sa compétence en ces matières, M. le professeur Wilhelm Bacher, de Buda-Pesth. Enfin, le Traité des héritages suivi des Réponses halachiques était presque terminé, lorsque M. le docteur Joël Müller, qui s’en était chargé, a été enlevé prématurément à ses amis et à ses admirateurs.

Une commission s’est réunie en novembre dernier à Paris, sous la présidence de M. Zadoc Kahn, Grand Rabbin du Consistoire central, afin d’assurer la mise à point des volumes en cours de publication, afin d’aviser aux moyens de continuer immédiatement, de terminer dans le plus bref délai la publication interrompue par de si douloureuses circonstances. M. le Grand Rabbin lui-même n’avait pas hésité à dire au jour des obsèques : « Déjà, les fondements du monument, qui fera honneur à notre époque, sont posés, et, quoique le chef ait malheureusement disparu, les soldats, j’en suis convaincu, auront à cœur de l’élever jusqu’au faîte, ne serait-ce que par piété pour la mémoire de l’ami que la mort nous a enlevé. Et ainsi le nom de Saadia et celui de Derenbourg resteront indissolublement liés dans le souvenir des générations qui nous suivront. »

J’ai accepté avec déférence, comme le plus noble et le plus lourd des héritages, le mandat que la Commission a bien voulu m’imposer de présider aux destinées de l’entreprise. Le nom, que j’ai l’honneur de porter, m’aura valu une préférence aussi flatteuse. Pour remplir ce devoir filial, j’ai réclamé et obtenu un associé, depuis longtemps initié à la méthode et aux idées du maître. Mon élève et ami, M. Mayer Lambert, qui a signé avec Joseph Derenbourg le volume de Saadia relatif aux Proverbes, était tout désigné pour m’assister et je suis heureux de pouvoir compter sur lui pour pouvoir me soulager d’une partie de la tâche que j’ai assumée. Un autre de mes élèves, M. Broydé, autrefois attaché au secrétariat de mon père, nous a été adjoint et nous sera un très utile auxiliaire. Une question se posait encore. L’armée des collaborateurs qui s’étaient enrôlés sous la bannière de Joseph Derenbourg, resterait-elle unie autour du drapeau moins brillant que ses successeurs lui offraient comme signe de ralliement ? Nous n’avons eu à déplorer aucune défection : Wilhelm Bacher, Moïse Bloch, J. M. Bondi, Siegmund Fraenkel, Jacob Guttmann, Albert Harkavy, ont pris envers nous des engagements, dont nous les remercions publiquement et qui nous encouragent à persévérer. Les difficultés matérielles ne nous rebuteront pas, du moment que nous nous sentirons assurés d’appuis moraux aussi solides que réconfortants, de concours scientifiques aussi ardents que désintéressés.

Paris, ce 23 janvier 1896.

Hartwig DEBENBOURG.

Version arabe d’Isaïe dans : Œuvres complètes de R. Saadia ben Iosef al-Fayyoûmî, publication commencée sous la direction de Joseph Derenbourg continuée sous la direction de MM. Hartwig Derenbourg et Mayer Lambert. Volume Troisième. Paris : E. Leroux, 1896. [Version numérisée : archive.org].

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