Bibliothèque numérique ► Présentation et sommaire ► Préface ► Ch. 1 – Des Tanaïm ► Ch. 2 – De l’Enseignement des Tanaïm ► Ch. 3 – Biographie de Rabbi Méir ► Ch. 4 – Agada : Morales et Sentences de Rabbi Méir ► Ch. 5 – Halakha – Introduction ► Jurisprudence civile ► Jurisprudence religieuse – Introduction ► Règles messianiques ► Les lois relatives au Shabbat et aux fautes volontaires ou involontaires ► Lois relatives à la femme ► Lois relatives aux idolâtres ► Ch. 6 – Relations entre Rabbi Méir avec Elischah ben Abouyah ► Conclusion
Un Tanah, étude sur la vie et l’enseignement de Rabbi Méïr
Chapitre 4. Agadah : morale et sentences de Rabbi Méïr
Raphaël Lévy (1883)
Le Talmud se compose de deux parties bien distinctes : la Agadah et la Halachah, la partie allégorique et la partie doctrinale, l’histoire et la discussion, la fiction et la logique, la morale et la jurisprudence.
Dans l’une comme dans l’autre, R. Méir fut un maître et un maître rarement contredit, souvent écouté et toujours applaudi.
Si R. Jischmaël lui a enseigné la logique et la dialectique, Akiba sut lui inspirer le goût de l’allégorie et des images.
Les Schemathoth, les points de doctrine, développés par R. Méir sont toujours appuyés sur l’autorité de R. Jischmaël, jamais sur celle d’Akiba qui paraît avoir eu une prédilection marquée pour la méthode agadique et qui fit partager cette prédilection à son disciple.
Nous allons essayer, dans ce chapitre, d’exposer la méthode agadique de notre docteur, ses allégories habituelles, les rapports qui existèrent entre le maître et l’élève et le sens moral renfermé dans des récits à la forme vulgaire, mais toujours appuyés sur un texte de la Torah.
Comme la plupart de ses collègues, R. Méir insistait souvent sur la nécessité de se maintenir dans un état constant de pureté et de fuir tout contact, tout milieu suspect.
C’est ainsi que l’Am Haaretz, homme grossier et ignare, lui inspirait un profond dégoût. Akiba avait déjà dit de l’Am Haaretz : מותר לקרעו כדג ואפילו ביום הכפורים — « l’Am Haaretz ! mais il est permis de le déchirer comme un poisson, même le jour de Kippour ! »
R. Méir, de son côté, ne le ménageait pas davantage. « Celui qui donne sa fille en mariage à un Am Haaretz, c’est comme s’il la jetait en pâture à une bête fauve [1]. »
« La femme divorcée ou la veuve d’un Am Haaretz (ignorant) qui épouse un Chaber (homme instruit), la fille d’un Am Haaretz qui par mariage entre dans une famille de Chaberim, l’esclave d’un Am Haaretz qui par vente passe entre les mains d’un Chaber, doivent tous se faire initier aux règles de pureté en usage chez ces derniers. Les personnes au contraire qui ont toujours pratiqué les règles du Chaberouth (pureté) sont réputées les observer, même quand elles quittent leur milieu primitif et qu’elles entrent, par vente ou par alliance, dans une famille impure, comme celle de l’Am Haaretz, par exemple ! Telle est l’opinion de R. Méir [2]. »
La pureté et la sainteté régnaient en effet chez tous nos docteurs, et ces pratiques remontent à l’antiquité la plus reculée, s’il faut en croire le témoignage d’Ephraïm, disciple de R. Méir :
« Pourquoi Sarah se dérobe-t-elle lors de la visite des trois anges ? Pourquoi voyons-nous son mari préparer lui-même le repas des voyageurs célestes ? » — Ephraïm, disciple de R. Méir, répond : « C’est qu’Abraham mangeait tous ses aliments en état de pureté et que ce jour-là il ne voulait pas les confier à Sarah [3] : ושרה אמנו אתו היום פירסה נדה »
C’était le sabbat, que R. Méir, comme nous l’avons déjà vu [4], et comme le rapporte le Talmud, enseignait à ses disciples ses paraboles et ses Midraschim. Voici ce que nous lisons dans le Talmud [5] : « Dans ses prédications sabbatiques, R. Méir, après avoir exposé trois points de doctrine (Halachah), avait l’habitude de continuer par trois allégories (Agadah) et de terminer par trois paraboles (Maschal). »
R. Méir avait composé jusqu’à trois cents paraboles. À l’époque talmudique même, on n’en connaissait plus que trois [6] dont le Talmud se contente de nous indiquer le titre [7] :
1° Les pères ont mangé du verjus et les dents des fils en sont agacées [8].
2° Les balances justes, les poids justes [9].
3° Le juste est sauvé du péril et le méchant y tombe à sa place [10].
Tous ces proverbes, enjolivés par l’imagination fertile et l’éloquence de notre docteur, ne devaient, selon nous, que donner aux auditeurs une image plus exacte soit de la Sidrah du jour, soit du point de doctrine en discussion, et n’étaient pas l’unique objet de la prédication sabbatique.
Il est probable aussi que, la plupart du temps, sous le disciple apparaissait le maître de l’allégorie et que R. Méir se contentait de rééditer les sentences et les paraboles d’Akiba, dont le Talmud nous a conservé plusieurs fragments :
R. Akiba et trois de ses amis se dirigeaient vers Babylone (lisez Rome). Arrivés à une certaine distance de la ville, ils furent frappés par les bruits de fête et de réjouissance qui remplissaient l’air. Aussitôt les trois compagnons d’Akiba se mirent à pleurer, tandis que le maître souriait doucement.
« Comment, lui demandèrent-ils, peux-tu sourire à la vue d’une fête pareille ? »
— Et vous, pourquoi pleurez-vous ?
— Si nous pleurons, c’est que nous avons pour cela des motifs sérieux. Cette ville païenne est dans la joie et l’orgueil du triomphe, et là-bas, nous habitons un pays désolé, une cité qui n’a plus sa gloire, le temple du Très-Haut ! Le contraste est si frappant que nous ne comprenons pas que tu puisses retenir tes larmes.
— Si je ne pleure pas, c’est que mon cœur ne s’abandonne pas si facilement à la tristesse. Si Dieu favorise ainsi ses ennemis, quelles félicités ne doit-il pas réserver à ceux qui ont tant souffert pour la glorification de son saint nom [11] ! »
Plus tard, le voyage terminé, Akiba revenait avec ces mêmes amis à Jérusalem. Arrivés près de la montagne de Moriyah, où s’élevait autrefois le Sanctuaire, ils virent un renard surgir de dessous les ruines qui recouvraient l’emplacement du Héchal (היכל, sanctuaire). À ce spectacle, les trois amis pleurèrent de nouveau, tandis qu’Akiba les regardait d’un œil sec.
« Ici, du moins, tu pourrais pleurer aussi, lui dirent-ils ; nul autre que le grand prêtre ne pouvait pénétrer dans cette enceinte [12], et l’on y rencontre maintenant des bêtes fauves et des animaux impurs ! »
— La vue de ce renard confirme précisément mes espérances. Il est écrit : « Je veux me choisir des témoins intègres [13] : le prêtre Ouriyah, et Zacharie fils de Berachyah. » Quelles relations y a-t-il entre Ouriyah et Zacharie ? Ouriyah vivait à l’époque du temple de Salomon et Zacharie à l’époque du second temple. Pour Ouriyah il est dit : « À cause de vos fautes, Sion sera désolée [14] » ; et pour Zacharie il est dit : « Il y aura encore des vieillards dans les rues de Jérusalem [15]. » Aussi longtemps que les prophéties terribles relatives à Ouriyah n’étaient pas accomplies, l’on pouvait douter de la réalisation des prophéties consolantes relatives à Zacharie. Maintenant que les premières sont accomplies, les secondes s’accompliront également. » Ses compagnons de route lui dirent alors : « Akiba, Akiba, tu es notre consolateur [16] ! »
C’était là la manière agadique du maître, de celui qui domine l’époque la plus douloureuse du martyrologe d’Israël, et qui apparaît aux regards de la postérité avec la triple auréole de la science, de la foi et du patriotisme. À pareille école, R. Méir ne pouvait que développer la tendance naturelle de son esprit à l’allégorie. C’est lui qui rapporte la réponse faite un jour par Akiba à une question du célèbre Turnus Rufus, proconsul romain en Syrie. Ce dernier avait demandé à Akiba : « Puisque l’empereur a défendu l’étude de la Loi, comment peux-tu enfreindre ses ordres et t’exposer à une mort certaine ? » — « Il est écrit כי היא חייך וארך ימיך : l’étude de la loi, c’est ta vie et le prolongement de tes jours. » Nous avons mille difficultés à sauvegarder notre vie en étudiant la Torah, qui en est le préservatif le plus efficace, ne sommes-nous pas sûrs de mourir prématurément en nous abstenant d’étudier cette Torah et d’en propager la doctrine ? » Turnus Rufus resta confondu devant cette foi ardente et cette hauteur de vues qu’il était loin de soupçonner.
La preuve de notre assertion se trouve encore dans l’exemple suivant.
R. Méir avait l’habitude de dire à ses disciples : « Lorsqu’un sceptique vous dira : « Puisque votre Dieu aime tant les pauvres, pourquoi ne les nourrit-il pas ? » répondez-lui : « C’est pour que nous leur venions en aide, et que notre charité nous préserve du malheur. » Turnus Rufus avait fait cette même question à R. Akiba, et le pieux docteur lui répondit : « C’est pour que nous venions en aide aux pauvres et que notre charité nous préserve du malheur. »
On le voit, le disciple ici répète mot à mot la réponse de son maître Akiba, à moins, comme le Talmud le laisse supposer, que le maître ne se soit approprié la réflexion fort juste du disciple [17].
Les Agadoth de R. Méir, ses bons mots, ses réparties avaient toujours leur source dans un verset, souvent dans un seul mot, quelquefois même dans une simple transposition de voyelle de la Bible.
« La mort, voilà le suprême bonheur » והנה טוב מות. Cette interprétation, conforme d’ailleurs au mépris de la mort professé par Akiba, son maître, est obtenue par un simple changement de lettres, la prononciation restant presque la même [18].
L’Évangile n’est pas pour lui la bonne nouvelle, mais עְון גִלינן, le livre de l’erreur, traduction obtenue par le changement d’une simple voyelle [19].
Étant un jour à Mimlah, il fut frappé de n’y rencontrer que des jeunes gens, et il dit aux habitants : « Vous appartenez tous à la famille du grand prêtre Élie. » R. Méir faisait allusion à la malédiction dont Dieu frappa la famille du grand prêtre Élie à cause des débordements de ses deux fils Hophni et Pinchas. Par l’organe de Samuel, Dieu avait en effet annoncé au pontife que dans sa famille désormais personne n’atteindrait l’âge d’homme [20].
Les habitants de Mimlah, terrifiés de la persistance de cette malédiction, supplièrent le docteur de leur indiquer les moyens de fléchir la colère divine et de conjurer le sort funeste auquel ils semblaient voués. « Pratiquez la charité, leur répondit R. Méir, et elle vous sauvera. Il est dit au sujet d’Abraham : ושמרו דרך ה׳ לעשות צדקה, « qu’ils observent la voie de l’Éternel qui est Charité » », et le texte sacré nous apprend « qu’Abraham avança en âge », ce qui prouve que « la vieillesse est la récompense de la charité ».
Quelquefois les explications de notre docteur prennent un caractère plus fantaisiste et rentrent dans le domaine de la fiction. Après les malédictions dont Dieu frappe la désobéissance d’Israël, il est écrit : ואולך אתכם קוממיות [21] « Je vous mènerai le front haut. » L’emploi du pluriel dans le mot קוממיות indique, suivant R. Méir, qu’à l’époque messianique chaque Israélite sera haut de 200 coudées, puisque le singulier קומה qui vaut 100 coudées est employé pour désigner la hauteur d’Adam [22].
Cette ingénieuse allégorie signifie tout simplement qu’à cette époque le prestige d’Israël sera considérablement agrandi, et que chacun de nous sera deux fois plus saint que ne l’était Adam avant sa chute.
La désobéissance d’Adam fournit à R. Méir l’occasion d’inviter ses auditeurs à fuir tout excès, et surtout les excès que produit le vin. « Le fruit, dit-il, qu’Ève donna à son mari, c’est le raisin, car le vin que l’on en retire est seul capable de nous faire oublier nos devoirs, et seul il a pu inspirer à Adam le désir de la désobéissance [23]. »
L’histoire de Joseph, si touchante et si simple, est expliquée dans un de ses épisodes par R. Méir d’une manière assez originale. Le texte dit : ויבא יוסף את דבתם רעה אל אביהם [24] « Joseph rapportait en mal à son père les propos de ses frères. » R. Méir dit que les frères de Joseph avaient mangé, אבר מן החי, un morceau de chair coupé sur la bête alors qu’elle était en vie, et c’est ce fait coupable qui fut rapporté à Jacob par Joseph. R. Méir ne pouvait en effet admettre que Joseph pût médire de ses frères ou les calomnier, et il explique le texte saint à l’avantage du fils de Jacob [25].
À propos du veau d’or, R. Méir se demande si Israël n’en supporte pas encore les conséquences, et si Dieu, en pardonnant à Moïse ce grave méfait de la nation, a pu oublier en pardonnant. Voici comment il s’exprime [26] : « Un homme fait beaucoup de mal à un autre homme. Pendant un certain temps l’offensé ne tient pas compte des injures. Mais un jour l’attaque de son ennemi augmente d’intensité. Alors la coupe est pleine et la réconciliation difficile. C’est ainsi que Dieu a supporté sans sévir les doutes et les rébellions du peuple hébreu ; mais, après les miracles de l’Égypte et la protection dont il entoura son peuple dans le désert, se voir abandonné au pied même de ce Sinaï qu’il venait d’immortaliser à jamais, c’était une injure trop grande, Dieu put pardonner, mais non oublier. »
Le Talmud demande à partir de quel moment l’enfant est digne de la vie future. Bien des instants sont précisés, mais aucune réflexion ne nous frappe autant que celle de notre docteur. « L’enfant est digne de la vie future, dit-il, quand il répond : Amen אמן. » R. Méir non seulement exprime une pensée fort juste, mais encore il joue sur la prononciation de deux mots, prononciation qui change le sens du tout au tout. Il est évident que le jour où l’enfant dit amen aux vérités proclamées par le Chazan (l’officiant), il les comprend, il y adhère. De plus, Isaïe semble l’annoncer dans ce verset qui, traduit par notre docteur, signifie : « Ouvrez les portes célestes, afin que la sainte nation qui dit amen שֶׁאוֹמֶר אָמֵן Scheomer amen puisse y entrer [27]. »
L’explication de R. Méir d’un passage du livre d’Esther est également ingénieuse et mérite de trouver place dans cette étude. Il s’agit de la visite faite par la nouvelle reine à Assuérus, contrairement à l’étiquette de la cour, visite qui aurait pu lui coûter la vie si Dieu ne l’avait pas particulièrement protégée. Dans cette entrevue, Esther demanda simplement au roi de venir le lendemain avec Aman assister à un festin qu’elle avait fait préparer [28] : יבוא המלך והמן אל המשתה.
R. Méir se demande pourquoi Esther exposait sa vie pour faire cette gracieuseté à celui dont elle connaissait les cruels projets, et il répond : Esther a invité Aman chez elle pour l’avoir sous la main, pour l’empêcher pendant ce temps de mettre ses projets à exécution, et aussi pour éviter les conseils que sa femme aurait pu lui donner relativement au piège qu’elle lui avait tendu. « Aman pouvait très bien, dit R. Méir, se révolter contre le roi et la reine. Il fallait donc le maintenir dans une sécurité complète, lui inspirer une confiance illimitée, jusqu’au moment où la catastrophe éclaterait sur sa tête comme un coup de foudre. » L’explication peut paraître spécieuse, mais elle ne s’écarte guère de la méthode ordinaire des Darschanim.
Nous verrons plus loin, dans l’étude de la doctrine de R. Méir, l’opposition qu’il a toujours manifestée, ainsi que la plupart de ses collègues, au sujet de l’application du divorce [29]. Nous ne rapporterons ici que la manière originale dont il combat l’abus du divorce, tout en conservant au mariage et sa sainteté et son autorité. La forme ici est un peu vulgaire, mais le sens en est clair et devait être facilement compris par la foule à laquelle s’adressaient tous ses discours. « Il y a des hommes délicats, dit notre docteur [30], qui refusent de boire dans un verre dans lequel serait tombée une mouche. Ceux-là répudient leur femme au moindre soupçon, rien qu’en la voyant adresser la parole à un étranger. D’autres enlèvent la mouche, la jettent et boivent ensuite. À ceux-là il faut plus qu’un soupçon pour se séparer de leur femme. D’autres enfin, continue R. Méir, permettent à leurs femmes de sortir dans la rue nu-tête, en cheveux, le visage et la gorge découverts…, sans pour cela songer un seul instant à réclamer contre elles le divorce. Ceux-là agissent mal, et s’il faut blâmer la précipitation des premiers, il faut non moins blâmer la faiblesse des derniers. »
R. Méir, plus que tout autre docteur, s’est occupé des questions concernant l’agencement matériel des livres sacrés. Son métier de scribe et sa mémoire excellente lui donnaient, d’ailleurs, sur ce terrain une autorité incontestable. La composition des livres saints, leur écriture, celle des Tephilin, la lecture du Schema, le précepte des Tsitsith, telles sont les discussions que nous rapporte le Talmud, et où le nom de notre docteur se trouve toujours mêlé. En voici plusieurs exemples :
« Pendant la demi-fête, dit R. Méir, on peut nettoyer une meule et ferrer le sabot des chevaux sans encourir le reproche de s’être livré à un travail interdit le חולו של מועד [31]. »
« L’on peut aussi, ajoute notre docteur [32], écrire pendant les demi-fêtes des Tephilin, des Mesousoth, et tisser de la laine pour en faire des Tsitsith. Seulement ce travail lui-même n’est permis que lorsqu’on le fait pour son usage personnel ou gratuitement pour les autres. Mais si ce travail devait procurer un bénéfice quelconque, il devient, ipso facto, travail servile au premier chef et interdit pendant les demi-fêtes. »
תנו רבנן: כותב אדם תפילין ומזוזות לעצמו, וטווה על יריכו תכלת לציציתו, ולאחרים בטובה, דברי רבי מאיר:
Pourquoi dans les Tsitsith met-on des fils bleus ? — Le bleu, répond R. Méir [33], ressemble à l’Océan, l’Océan ressemble au ciel, et le ciel ressemble au saphir dont la couleur est celle du trône céleste :
ויראו את אלהי ישראל… כמראה אבן ספיר דמות כסא:
« Les jeunes Israélites virent le Dieu d’Israël, et son trône ressemblait à un saphir. »
Ailleurs [34], R. Méir permet, contrairement à l’opinion de ses collègues, de relier en un seul volume les trois parties composant la Bible :
מדביק אדם תורה נביאים וכתובים כאחד:
Dans le traité de Megouillah [35] R. Méir fixe les règles de la lecture publique de la Loi. « Ainsi, dit-il, on commence à lire le sabbat » après-midi à l’endroit où l’on s’est arrêté le matin. Le lundi, on reprend la suite de la lecture du samedi après-midi, le jeudi la suite du lundi, et le samedi la suite de jeudi. »
On sait que dans la pratique cette règle a été modifiée, puisque la lecture du lundi et du jeudi est la même que celle du samedi après-midi.
Immédiatement après [36], R. Méir nous apprend comment s’opère la lecture même de la Loi. On ouvre d’abord le rouleau sacré et on cherche le texte dont on doit faire lecture. On roule de nouveau la Torah et on récite la bénédiction de la Loi. Ensuite on déroule à nouveau et on fait la lecture. פותח ורואה גולל ומברך וחוזר ופותח וקורא.
Contrairement à l’opinion de R. Jehoudah, R. Méir permet de se servir d’un Sepher-Torah dont les feuilles ont été cousues avec du fil de lin. R. Jehoudah exige des nerfs d’animaux tués d’après le rite, et la règle constante est d’accord avec R. Jehoudah [37].
R. Méir attache une grande importance au précepte de la Mesousah. « Les enfants, dit-il [38], meurent souvent en bas âge, parce que les parents négligent d’observer le commandement de la Mesousah. »
בנים מרחמים ר׳ מאיר אומר בעון מזוזה:
La façon de réciter le Schema préoccupait beaucoup R. Méir. C’est ce que démontrent les deux passages suivants : R. Jehoudah ayant dit, au nom de R. Eléazar ben Azariah, que l’obligation de réciter le Schema n’est accomplie complètement que si celui qui le récite entend les paroles qu’il prononce, parce qu’il est dit : שמע ישראל Écoute Israël, ce qui implique le devoir d’une audition effective, R. Méir objecte [39] : « N’est-il pas écrit aussi : Que les paroles que je te prescris aujourd’hui soient gravées dans ton cœur ? »
Donc l’intention suffit et il n’est nul besoin de crier le Schema pour avoir accompli le précepte.
אמר ליה ר׳ מאירחרי הוא אומר אשר אנכי מצוך היום על לבבך אמר כונת חלב הן הן הדברים:
« Lorsqu’un homme, dit R. Méir, est occupé à lire le Schema dans la Torah, au moment même où l’assemblée le récite, il accomplit le commandement s’il le récite non comme étude, mais comme prière [40]. »
Quant à interrompre la récitation du Schema, R. Méir le permet en principe. À la fin d’un paragraphe, on peut saluer un personnage qui vous est supérieur par sa position sociale et répondre à son salut. Mais dans le milieu des paragraphes, il n’est permis de saluer et de répondre à un salut que dans le cas où le personnage serait très haut placé et qu’une impolitesse à son égard mettrait celui qui l’aurait commise en danger de mort.
Dans la discussion qui ouvre la Mischna de Berachoth, on cherche à savoir à quel moment de la soirée se place la récitation du Schema. R. Méir indique pour cette récitation l’heure à laquelle on prend habituellement son repas le vendredi soir :
משעה שבני אדם נכנסין לאכול פתן בערבי שבתות ד׳׳ר׳׳מ:
Cette heure, vu la solennité du sabbat, coïncide avec la fin du crépuscule.
Nous ne quitterons pas cette belle prière du Schema, notre credo religieux, que l’enfant apprend avant toutes les autres, que l’agonisant récite sur son lit de mort, que les martyrs jetaient autrefois, comme un suprême défi, à leurs bourreaux, sans rapporter une des interprétations favorites de R. Méir sur la seconde phrase de cette prière.
Nous avons déjà vu quelle leçon de pieuse résignation sa femme Berouryah lui avait donnée à l’occasion de la mort de ses fils [41]. Cette soumission aux décrets de la Providence était-elle naturelle à R. Méir, ou bien la devait-il à l’exemple de sa vertueuse compagne ? Nous l’ignorons. Quoi qu’il en soit, son enseignement reste fidèle à cette doctrine que le mal apparent que la Providence nous envoie est encore en vue de notre bien, et que nos souffrances ne sont que la juste expiation de nos fautes. La Toséphta [42] nous rapporte une de ses maximes favorites à ce sujet.
R. Méir, dit-elle, enseignait qu’il faut louer Dieu pour le mal comme pour le bien, car il est écrit : אשר נתן לך ה׳ אלהיך, « tu béniras le Seigneur ton Dieu pour tout ce qu’il t’accorde. » Le mot אלהיך indique la qualité de juge [43]. Nous devons donc accepter toutes les sentences que Dieu prononce à notre égard. Cette observation d’ailleurs est corroborée par cette phrase du Schema, interprétée par R. Méir : il est écrit : ואהבה את ה׳ אלהיך בכל לבבך ובכל נפשך ובכל מאדך « tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tous tes moyens. » La forme redoublée du mot לבבך, mis pour לבך, indique, selon R. Méir, qu’il faut aimer Dieu avec nos passions, bonnes ou mauvaises, et le mot נפשך, de נפש, âme ou vie, indique que cet amour de Dieu doit aller jusqu’au sacrifice de la vie, jusqu’au martyre.
Cette belle maxime qui, hélas ! fut trop souvent mise en pratique par nos ancêtres alors que leur sang rougissait les fleuves d’Europe et que les bûchers se dressaient dans tous les pays qu’ils habitaient, cette belle maxime fut, sous les yeux mêmes de R. Méir, mise en pratique par son maître Akiba qui offrit sa vie au Dieu Un, en récitant le Schema Israël !
L’heure est passée où le fanatisme religieux exigeait des hécatombes humaines et notre siècle a enfin compris que la justice et la tolérance ne sont pas des mots vides de sens. Mais si, par aventure, cette ère devait se rouvrir, si dans les desseins insondables de la Providence il était décidé que les enfants de Jacob n’ont pas encore suffisamment scellé de leur sang le livre de l’Alliance, les Akiba se lèveraient encore au milieu de nous et la maxime de R. Méir trouverait encore de nombreux disciples : car Israël est la nation croyante qui produit toujours des fils croyants. אמינים בני מאמינים.
Avant de terminer la partie agadique relative à R. Méir, citons encore sa réponse ingénieuse à Cléopâtre, deux de ses proverbes et son aventure avec un hôtelier peu scrupuleux.
« La reine Cléopâtre [44] demanda un jour à R. Méir : Je sais que tous les vivants meurent et que les morts reviennent à la vie ; mais au moment de la résurrection se relèvent-ils recouverts de leurs vêtements funéraires ou non ? R. Méir lui répondit : Le grain que l’on jette nu dans la terre en surgit recouvert d’épis, pourquoi ceux que nous pleurons ne sortiraient-ils pas du tombeau tels que nous les avons confiés à la terre [45] ? »
Les deux proverbes de notre docteur sont connus :
1° Le vrai riche est celui qui sait jouir de sa fortune [46],
איזה עשיר כל שיש לו נחת רוח בעשרו ד׳׳ר׳׳מ:
2° Se lever devant un vieillard, même s’il est Am-Haaretz (ignorant), c’est prolonger ses jours [47].
Il ne nous reste plus maintenant qu’à citer son aventure avec un hôtelier. R. Méir, R. Jehoudah et R. José voyageaient ensemble. Or R. Méir avait égard aux noms des personnes qu’il fréquentait ou qu’il rencontrait. Le nom avait-il une signification heureuse, c’est que celui qui le portait avait de bonnes qualités ; était-il au contraire d’un pronostic fâcheux, son propriétaire n’inspirait plus aucune confiance à notre docteur. R. Méir tenait à son opinion, tandis que R. Jehoudah et R. José étaient absolument indifférents à cet égard.
La veille du sabbat, nos trois voyageurs, pour ne pas violer la loi sabbatique qui défend de faire à pied plus de 2,000 coudées [48], s’arrêtèrent dans un village où il y avait un hôtelier répondant au nom de Kidor.
L’homme était jugé par R. Méir. « Kidor, dit-il, Kidor Tahepouchoth Hêmah, c’est une génération, une famille pervertie [49]. » R. Jehoudah et R. José, traitant leur camarade de visionnaire, n’hésitèrent pas à confier leur bourse à leur hôte [50]. R. Méir, fidèle à ses pressentiments, se garda bien de les imiter et cacha sa bourse dans le caveau funéraire de la famille de son hôte. Il était certain que là elle serait en sûreté.
Pendant la nuit, Kidor eut un songe. Il vit son père qui lui conseillait de prendre la bourse cachée dans son tombeau. Le lendemain, jour du sabbat, Kidor raconta son songe à R. Méir. Ce dernier lui répondit : « Comment peux-tu attacher de l’importance à un songe ? » R. Méir, peu confiant, garda cependant les abords du caveau funéraire durant toute la journée du sabbat. À la tombée de la nuit il reprit sa bourse et fit bien, car, lorsque le dimanche matin, les trop confiants docteurs réclamèrent leur argent à l’hôtelier, celui-ci déclara catégoriquement n’avoir rien reçu et les deux pauvres rabbins durent s’éloigner le gousset vide, bien heureux que la prudente superstition de leur compagnon de route leur eût réservé de quoi pouvoir continuer leur voyage [51].
Mais R. Méir ne perdit pas son sang-froid. Tout en assistant à la discussion de ses deux amis avec le dépositaire infidèle, il songeait déjà au moyen de lui faire rendre gorge. Il remarqua que Kidor venait de manger des lentilles et qu’il en était resté une sur ses lèvres.
Il se mit en route avec ses compagnons pendant que Kidor se dirigeait d’un autre côté après avoir donné à sa femme l’argent dont il venait de dépouiller les voyageurs.
Après un quart d’heure de marche, R. Méir retourna seul à la maison de Kidor et raconta à la femme de l’aubergiste que ce dernier l’envoyait auprès d’elle pour qu’elle lui remit l’argent qu’il venait de lui confier, son mari ayant à solder une acquisition qui se présentait à lui dans des conditions de bon marché excessivement favorables. Comme preuve de la véracité de sa mission, il ajouta : « Vous avez mangé des lentilles aujourd’hui. »
La femme ne douta plus et remit l’argent à R. Méir, qui alla sans plus tarder rejoindre ses deux amis. Lorsque le soir Kidor revint chez lui, sa femme s’empressa de lui raconter qu’elle avait remis l’argent au messager qu’il lui avait envoyé. Décrire la fureur de Kidor est impossible. Il comprit bien vite que c’était un de ses hôtes de la veille qui lui avait repris l’argent volé et il se vengea en tuant sa femme [52].
Il ne faudrait pas conclure de cette anecdote que R. Méir fût superstitieux. Le Talmud veut seulement nous faire remarquer que ce sage docteur ne se fiait pas aux gens sur leur mine et qu’il lui fallait de sérieuses garanties d’honorabilité. Il veut aussi nous prouver que le vice est toujours puni et que le méchant ne saurait profiter des biens qu’il aurait acquis par l’injustice et la violence.
L’histoire de Ruth nous fournit encore un exemple de cette tendance de R. Méir à juger du caractère des gens d’après leur nom, tendance que l’on remarque également chez notre grand romancier Balzac.
Élimélech signifie, d’après notre docteur, אלי חבוע מלכות « La royauté sera un jour mon partage. »
Sa femme s’appelait Noémi, parce que ses actions étaient pures et agréables.
Ses deux fils s’appelaient Machlon et Kilyon, parce que tous les deux ils devaient mourir d’une mort prématurée [53].
מחלון שנמחו מן העולם
כליון שכלו מן העולם:
C’est sous ces formes ingénieuses et voilées que les rabbins avaient l’habitude de présenter leurs maximes de morale, et les contemporains de R. Méir en ont usé comme lui. Ce n’est pas nous, certes, qui nous plaindrons de ces fictions qui donnent à la morale un tour plus agréable, lui enlèvent quelque chose de sa sécheresse habituelle et la rendent plus accessible au vulgaire. Et que l’on ne s’y trompe pas. La foule aime le merveilleux et elle sait très bien démêler le sens caché que renferment les fables qu’elle entend. Il n’est pas besoin de longues explications pour les lui faire comprendre. La meilleure preuve en est dans cette phrase : משל לםה הדבר דומה, une allégorie se rapportant à la chose, qui se retrouve si fréquemment dans les Midraschim et dans la partie agadique du Talmud. Les pères de l’Église, contemporains des docteurs talmudiques, ont puisé au même esprit.
Nous nous sommes étendu un peu sur le caractère agadique de l’enseignement de R. Méir, parce que c’est par là surtout qu’il nous montre l’influence qu’eut sur lui son premier maître Akiba. Aussi, Akiba témoignait-il une prédilection particulière pour ce disciple qui savait si bien refléter sa pensée tout en gardant son originalité propre et individuelle. Le récit suivant prouve tout le cas que faisait de lui le célèbre martyr de la cause de l’indépendance juive.
« Un jour, raconte R. Akiba [54], je me trouvais en mer et j’assistais à un naufrage. À la pensée qu’un savant comme R. Méir pouvait se trouver parmi les victimes, mon cœur fut rempli de tristesse et d’angoisse. Arrivé en Cappadoce (קפדוקיא), j’aperçus R. Méir assis sur le fauteuil académique et donnant son enseignement à la foule assemblée. Plein de joie et d’étonnement, je m’élançai vers lui et lui demandai : « Mon fils, qui donc t’a amené jusqu’ici ? » Il me répondit qu’après le naufrage du vaisseau il avait été roulé de vague en vague jusqu’au rivage. Je m’écriai aussitôt : Qu’elles sont justes les paroles des docteurs qui défendent à une femme de se remarier quand son mari a disparu dans l’immensité des mers (מים שאין להם סוף, des eaux illimitées) [55] et qui le lui permettent quand il a disparu dans un fleuve ou un cours d’eau quelconque (מים שיש להם סוף, des eaux limitées) ! »
Cette préférence de R. Akiba pour R. Méir ne laissa pas que de causer quelque jalousie aux autres disciples du maître. Ils ne pouvaient admettre que difficilement l’idée de voir un des plus jeunes d’entre eux jouir d’une faveur exceptionnelle, qui était ordinairement la récompense de longues années de patience et d’étude. Le Talmud nous rapporte à ce propos la réponse que fit R. Akiba à R. Schiméon ben Jochaï qui manifestait son étonnement de sa prédilection pour le jeune docteur : « Qu’il te suffise que ton Créateur et moi nous ayons conscience de ta valeur [56]. »
Le célèbre rabbin, qui est resté pour nous l’image vivante et comme l’incarnation du mysticisme juif, se contenta-t-il de cette réponse ? Le Talmud ne le dit pas. Dans tous les cas, elle nous prouve en quelle haute estime le maître tenait son jeune élève.
Dans les chapitres suivants, quand nous traiterons la partie halachique de l’enseignement de R. Méir et son action sur le domaine de la jurisprudence, on verra qu’il fut digne de l’opinion qu’avait de lui le plus grand docteur que l’époque mischnaïque ait produit, et que le maître tint les promesses que l’écolier avait fait naître.
C’est en se basant sur toutes ces données et aidé de documents, qui perdus aujourd’hui ne nous permettent plus de juger l’ensemble de l’œuvre allégorique de R. Méir, que la Beraïtha a pu dire avec raison משמת ר׳ מאיר בטלו המשלים, « la mort de R. Méir marque la fin des maîtres dans l’art de l’allégorie. » Cet art fut encore cultivé après lui ; mais aucun de ses successeurs ne peut soutenir la comparaison avec celui que le Talmud proclame : Le maître de l’Allégorie [57].
[1] Peçachim, 49b.
[2] Abodah Zarah, 39a.
[3] Baba Metzia, 87a.
[4] V. plus haut, page 20.
[5] Synhédrin, 38b.
[6] Ces fables sont appelées משלי שועלים, parce que le Schoual, le renard, en était le héros principal.
[7] R. Jochanan, qui vivait au IIIe siècle de l’ère actuelle, rapporte ce fait.
[8] אבות יאכלו בוסר ושיני בנים תקהינה (Ézéchiel, XVIII, 2).
[9] מאזני צדק אבני צדק (Lévitique, XIX, 36).
[10] צדיק מצרה נחלץ ויבא רשע תחתיו (Proverbes, XI, 8. — V. Synhédrin ; 38b et 39a, et Raschi, l.c.).
[11] Voir la même pensée, page 154.
[12] Nombres, I, 21.
[13] Isaïe, VIII, 2.
[14] Michée, III, 11.
[15] Zacharie, VIII, 4.
[16] Makoth, 24b et 25a.
[17] Pour la suite du dialogue de R. Akiba et de Turnus Rufus, ainsi que pour notre citation, voir Berachoth, 10a.
[18] בהוראתו של ר׳ מאיר היה כתוב והןה טוב מוה (Midrasch, Genèse).
[19] Ibid. Le Jalkout, 250a et 181, nous apprend aussi que R. Méir, pour l’interprétation des textes, ne s’en tenait pas à la ponctuation usuelle, et que les Nekoudoth (נקודות) ne faisaient pas autorité pour lui.
[20] I Samuel, chap. II, 30-35.
[21] Lévitique, XXVI, 13.
[22] Synhédrin, 100a.
[23] Synhédrin, 70a.
[24] Genèse, XXXVII, 2.
[25] Midrasch, Genèse.
[26] Jalkout, Deutéronome, 258a, 790.
[27] Le texte véritable porte : « Ouvrez les portes, afin que la sainte nation, gardienne de la vérité, Schomer Emounim שומר אמונים, puisse y entrer. » D’après notre docteur, les trois lettres composant le mot Amen אמן sont les initiales des trois mots אל מלך נאמן : « Notre Dieu est un Dieu de vérité. » V. Synhédrin, 110b et 111a, et Isaïe, XVI, 2.
[28] Esther, V, 4, et Meguilah, 15b.
[29] V. pages 105 et sq.
[30] Jalkout, Deutéronome, 296b, 936.
[31] Moëd Kattan, 10a.
[32] Ibid., 19a.
[33] Choulin, 89b ; Menachoth, 43b, et Exode, XXIV, 10.
[34] Baba Bathra, 13b.
[35] Meguillah, 31b.
[36] Meguillah, 32a.
[37] ספר שתפרו בפשתן, פליגי בה רבי יהודה ורבי מאיר – חד אומר: כשר, וחד אומר: פסול. למאן דאמר פסול, דכתיב: ״למען תהיה תורת ה׳ בפיך״, ואיתקש כל התורה כולה לתפילין: מה תפילין הלכה למשה מסיני לתופרן בגידין – אף כל לתפרן בגידין. ואידך: כי איתקש – למותר בפיך, להלכותיו לא איתקש.
Un livre de la Loi cousu avec du fil de lin est défendu d’après R. Jehoudah et permis d’après R. Méir. Pourquoi défendu ? — Parce qu’il est écrit : « Cette loi doit toujours être dans ta bouche. » Le commencement de ce verset parle des Tephilin, la fin, du rouleau de la loi. Je compare donc les Tephilin à la loi, et comme il est d’usage immémorial (ה׳ ל״מ) de coudre les Tephilin avec des nerfs, je dis que tout le rouleau doit être cousu avec des nerfs. Et R. Méir ? La comparaison des Tephilin et de la Torah ne porte que sur un point. Le parchemin seul doit provenir de la peau d’une bête que l’on peut manger (למותר בפיך), pour le reste il n’y a point de règle fixe. (Makoth, 11a.)
[38] Schabbath, 32b.
[39] Berachoth, 15a et b.
[40] Berachoth, 13a.
[41] V. pages 20 et sq.
[42] Toséphta Berachoth, 6.
[43] Le mot Elohim désigne très souvent un juge dans l’Écriture sainte.
[44] Il est évident qu’il ne s’agit pas ici de la fameuse Cléopâtre, reine d’Égypte, qui fit la conquête de César ; on ne connaît pas de reine de ce nom qui ait existé du temps de R. Méir.
[45] Synhédrin, 90b.
[46] Schabbath, 25b. R. Akiba disait : « Celui-là est riche qui possède une femme vertueuse. » ר״ע אוםר כל שיש לו נאה במעשיה.
Dans le traité d’Aboth (IV, 1) nous trouvons cette autre sentence : « Quel est le vrai riche ? C’est celui qui est content de son sort. »
[47] Talmud Jerousch., Bikourim, 65b.
[48] V. pages 98 et 149.
[49] Deutéronome, XXXII, 20.
[50] Le sabbat on ne doit pas garder d’argent sur soi pour ne pas être exposé à faire des achats et pour ne pas transgresser la loi du טלטול Tiltoul, qui défend de transporter un objet dans la rue, le sabbat.
[51] La réponse textuelle de R. Méir à Kidor fut : Il ne faut jamais attacher d’importance aux songes du vendredi soir. Nous savons d’un autre passage que R. Méir n’attachait aucune importance aux songes חלומות לא מעלין ולא מורידין. S’il ne fit pas cette réponse catégorique à son hôtelier, c’était pour lui laisser une ombre d’espoir ; c’était lui dire : Si le songe se renouvelle la nuit prochaine, tu pourras y attacher de l’importance et visiter le caveau funéraire, que le docteur ingénieux se promettait de dégarnir du trésor qu’il lui avait confié.
[52] Joma, 83b.
[53] Mid. Rab., Ruth.
[54] Jebamoth, 121a. — Cf. Midrasch, Koheleth, I, 1.
[55] Le Talmud s’occupe de la question de savoir si une femme peut se remarier légalement alors que la mort de son mari n’a pu être constatée d’une façon certaine. (Jebamoth, 121a.) Par eaux illimitées on désigne la mer dont on n’aperçoit pas les bords ; par eaux limitées, un fleuve dont on aperçoit les bords.
[56] Talmud Jerousch., Synhédrin, 19.
[57] Sotah, 49a.
Source : Un Tanah : Étude sur la vie et d’enseignement d’un docteur Juif du IIe siècle. Raphaël Lévy. Paris, éditions Maisonneuve, 1883. [Version originale numérisée : Bibliothèque numérique de l’AIU]