Bibliothèque numérique ► Présentation et sommaire ► Préface ► Ch. 1 – Des Tanaïm ► Ch. 2 – De l’Enseignement des Tanaïm ► Ch. 3 – Biographie de Rabbi Méir ► Ch. 4 – Agada : Morales et Sentences de Rabbi Méir ► Ch. 5 – Halakha – Introduction ► Jurisprudence civile ► Jurisprudence religieuse – Introduction ► Règles messianiques ► Les lois relatives au Shabbat et aux fautes volontaires ou involontaires ► Lois relatives à la femme ► Lois relatives aux idolâtres ► Ch. 6 – Relations entre Rabbi Méir avec Elischah ben Abouyah ► Conclusion
Un Tanah, étude sur la vie et l’enseignement de Rabbi Méïr
Chapitre 3. Biographie de Rabbi Méïr
Raphaël Lévy (1883)
D’après une légende qui, comme toutes les légendes, n’offre aucun caractère d’authenticité, R. Méïr serait le descendant d’un général romain du nom de Néron. Ce général, qui aurait commandé l’armée du siège, avant l’arrivée de Vespasien en 69, se serait converti au judaïsme après avoir déserté le camp romain. D’après certains auteurs, ce Néron ne serait autre que l’empereur Néron lui-même [1].
Nous avons cru devoir rapporter cette tradition sans lui donner plus d’importance qu’elle n’en mérite ; des légendes plus ou moins fondées ont de tout temps entouré le berceau des grands hommes.
Quoi qu’il en soit de cette légende, Rabbi Méïr naquit dans les premières années du IIe siècle de l’ère actuelle.
Quelle est la patrie de Rabbi Méïr ?
Si sept villes de l’antiquité se sont disputé l’honneur d’avoir vu naître Homère, la critique pourrait peut-être arriver à découvrir, à force de conjectures, autant de patries pour notre docteur. M. Graetz le fait naître en Asie-Mineure sûrement, et probablement, dit-il, à Césarée de Cappadoce [2]. D’autres le font naître à Sephoris (en Palestine), comme ayant été concitoyen de R. José [3]. Quant à nous, n’ayant sous les yeux aucun texte explicite, nous inclinerions volontiers à indiquer comme patrie de R. Méïr, Asia, la ville qu’il visita si fréquemment, où il s’exila, où il se fixa définitivement et où il mourut [4]. D’ailleurs, en fait de conjectures, le champ est illimité, et nous dirions volontiers de cette question comme de tant d’autres : Adhuc sub judice lis est.
Le premier maître dont il suivit les leçons fut le célèbre docteur Akiba qui reconnut en lui un esprit sagace et lucide, une logique puissante et un raisonnement des plus justes. Mais le jeune docteur n’avait pas encore acquis une connaissance assez approfondie des textes pour discuter toutes les questions traitées par le maître, et que ce dernier enveloppait à dessein sous le voile de l’allégorie pour éprouver ses disciples : לחדד כה התלמידים. Il songea alors à fréquenter une autre académie et devint un auditeur de R. Jischmaël [5], un des docteurs les plus en renom de l’époque.
Plus tard, armé de toutes pièces et se fiant à sa mémoire qui était extraordinaire, il retourna à l’académie d’Akiba [6]. En présence des progrès rapides et prodigieux de son élève, Akiba conçut bientôt pour R. Méïr une amitié profonde, et lui accorda au moment de son départ définitif, et bien avant l’âge requis pour cette ordination, la Semichah ou investiture rabbinique.
Le Talmud, comme s’il avait voulu justifier cette exception, disait de R. Méïr : « Jamais personne n’a pu pénétrer jusqu’au fond de sa pensée ; son nom même n’est qu’une consécration de son génie [7] ! »
R. Jehudah ben Baba, qui fut, comme R. Akiba, un des dix martyrs de l’époque adrianique, lui donna également la Semichah [8]. Dès lors, le jeune docteur fut en possession officielle et incontestée d’un titre qu’il méritait à tous égards.
L’ami de R. Jehudah ben Baba, son collègue à l’académie, et qui, comme lui, préféra le supplice et l’auréole du martyre à l’abandon des prescriptions mosaïques, R. Hananyah ben Teradyon, accorda au jeune docteur l’aînée de ses filles en mariage.
R. Hananyah ben Teradyon était un homme remarquable sous tous les rapports. Il vivait à une époque troublée et n’en bravait pas moins avec une constance digne d’éloges les édits qui défendaient les pratiques religieuses du culte.
Ces édits étaient exécutés pourtant avec une rigueur inouïe. La dernière révolte avait montré aux Romains quelle ténacité et quelle énergie animaient encore le peuple juif ; et la dureté de leur gouvernement était en raison directe de la résistance qu’ils rencontraient. Tout prétexte pour traquer et persécuter les malheureux Juifs était de bonne guerre, et c’est pour avoir enseigné la loi contrairement à ces édits que R. Hananyah fut emprisonné, ravi à sa famille et aux pauvres dont il était le bienfaiteur.
R. Hananyah, mettant en pratique la maxime favorite des docteurs לא המדרש עיקר אלא המעשה « l’étude n’est rien sans les actes [9] », était animé envers les déshérités de la fortune d’une délicatesse et d’une charité qui étaient devenues proverbiales. En voici un exemple.
Un jour, il avait mis de côté une certaine somme d’argent pour célébrer d’une façon un peu plus luxueuse que de coutume la fête de Pourim. Comme il était chargé de la distribution publique des aumônes, il procéda à cette opération la veille de la fête, mais, par négligence, au lieu de prendre l’argent de la caisse des pauvres, il prit l’argent qu’il avait préparé pour la fête.
Quelques heures après, il reconnut son erreur, mais, par un scrupule exagéré, il ne voulut jamais consentir à reprendre dans la caisse des pauvres l’argent auquel il avait droit, l’argent qu’il avait distribué et qui, en définitive, lui appartenait [10].
Cet homme de bien paya de sa vie la fermeté de ses principes, et ses ennemis essayèrent encore de le déshonorer dans la personne de ses enfants. Une loi barbare autorisait, en effet, le proconsul à décider du sort des enfants de ceux que sa rigueur venait de frapper, et le bourreau de R. Hananyah avait condamné la seconde fille du martyr, belle-sœur de R. Méir, à une peine fort en usage dans ces temps sauvages et chez ce peuple vindicatif. Envoyée à Rome, elle aurait dû affecter le produit de son déshonneur à augmenter les revenus du pro-consul romain.
R. Méir voulut préserver celle vertueuse jeune fille, dont l’honneur était le sien, de ce terrible châtiment, et, malgré les dangers dont il était lui-même entouré, cédant aux conseils énergiques de sa femme, il partit pour Rome. Il parvint à séduire les gardiens de la jeune fille, préserva d’une tache ignominieuse l’innocence de cette enfant et s’enfuit avec elle en Babylonie.
Le Talmud, qui rapporte ce trait de courage, l’a entouré de légendes qui n’enlèvent rien d’ailleurs à cet acte, une des plus hautes expressions du dévouement et du sacrifice.
L’admiration que nous inspire ce voyage, et qu’il inspirera à tous ceux qui songent aux obstacles que le docteur a dû rencontrer, aux difficultés de sa mission, à l’énergie qu’il a dû déployer, est une excuse suffisante pour nous de reproduire le texte trop peu voilé du Talmud et d’en donner une traduction libre ; car l’hébreu, bien avant le latin, a eu le rare privilège de pouvoir tout dire alors que le français ne peut que tout laisser deviner :
ברוריא דביתהו דרבי מאיר, ברתיה דרבי חנינא בן תרדיון הואי, אמרה ליה: זילא בי מלתא דיתבא אחתאי בקובה של זונות. שקל תרקבא דדינרי ואזל, אמר: אי לא איתעביד בה איסורא — (מיתעביד) [מתרחיש] ניסא, אי עבדה איסורא — לא (איתעביד) [מתרחיש] לה ניסא. אזל נקט נפשיה כחד פרשא, אמר לה: (השמיעני) [השמעי] לי. אמרה ליה: דשתנא אנא. אמר לה: מתרחנא (מרתח). אמרה ליה: נפישן טובא (ואיכא טובא הכא) דשפירן מינאי. אמר: שמע מינה לא עבדה איסורא, כל דאתי אמרה ליה הכי. אזל לגבי שומר דידה, אמר ליה: הבה ניהלי, אמר ליה: מיסתפינא ממלכותא, אמר ליה: שקול תרקבא דדינרי, פלגא פלח ופלגא להוי לך, אמר ליה: וכי שלמי מאי איעביד? אמר ליה: אימא ״אלהא דמאיר ענני״ ומתצלת, אמר ליה: ומי יימר דהכי איכא? אמר ליה: השתא חזית. הוו הנהו כלבי דהוו קא אכלי אינשי, שקל קלא שדא בהו. הוו קאתו למיכליה, אמר: ״אלהא דמאיר ענני!״, שבקוה, ויהבה ליה. לסוף אשתמע מילתא בי מלכא, אתיוה אסקוה לזקיפה. אמר: ״אלהא דמאיר ענני!״ אחתוה. אמרו ליה: מאי האי? אמר להו: הכי הוה מעשה. אתו חקקו לדמותיה דרבי מאיר אפיתחא דרומי, אמרי: כל דחזי לפרצופא הדין לייתיה. יומא חדא חזיוהי, רהוט אבתריה, רהט מקמייהו, על לבי זונות. איכא דאמרי: בשולי גוים חזא, טמש בהא ומתק בהא. איכא דאמרי: אתא אליהו אדמי להו כזונה, כרכתיה. אמרי: חס ושלום, אי רבי מאיר הוה לא הוה עביד הכי. קם ערק, אתא לבבל.
Berouryah, femme de R. Méïr, était fille de R. Hananyah ben Teradyon. Elle dit à son mari : « C’est une chose odieuse pour moi de savoir que ma sœur est vouée à la honte. »
R. Méïr se munît d’une bourse remplie de denarim [11] et partit en disant : « Si elle est restée pure, je la sauverai par un miracle ; sinon, le miracle ne se produira pas. »
Prenant les allures d’un cavalier romain, il alla trouver la jeune fille et se convainquit bientôt par ses réponses qu’elle était toujours digne de sa famille.
Se rendant auprès de son gardien, il lui dit : « Cède-moi cette jeune fille. — Je ne puis, car je dois remettre aux agents du trésor public le prix de son déshonneur. — Prends cette bourse, tu garderas la moitié pour toi, et chaque fois que l’on te demandera de l’argent, tu en donneras du restant. — Mais quand cette moitié sera épuisée, que ferai-je ? — Tu diras : “Dieu de Méïr, viens à mon secours”, et tu seras sauvé ! — Est-ce bien vrai ? »
Il y avait autour d’eux des chiens méchants qui mordaient les passants : le gardien de la jeune fille leur jeta un peu de terre, et les chiens se précipitèrent sur lui. Il s’écria alors : « Dieu de Méïr, viens à mon secours ! » et les chiens le lâchèrent.
Convaincu par ce miracle, il donna la jeune fille à R. Méïr.
Le gouvernement, ayant appris cet enlèvement, s’empara du gardien et le condamna aux fourches. Il s’écria : « Dieu de Méïr, viens à mon secours ! » et il raconta alors aux juges ce qui lui était arrivé. Le tribunal ému lui accorda la liberté ; mais le signalement de R. Méïr fut envoyé à tous les gouverneurs avec ordre de se saisir de sa personne et de l’amener à Rome [12].
Un jour il fut aperçu par des cavaliers romains qui se mirent à sa poursuite. Lui, continuant paisiblement son chemin, se rendit dans un quartier mal famé. D’autres disent que, voyant des mets défendus, il fit semblant de les goûter en trempant un de ses doigts dans les aliments et portant un autre doigt à sa bouche. D’autres enfin disent que le prophète Élie vint au-devant de lui sous la figure d’une femme aux allures peu correctes et que R. Méïr fit semblant de la connaître intimement.
Quelle que soit l’action simulée du docteur, les cavaliers, qui ne l’avaient pas perdu de vue, s’écrièrent : « Certes l’homme qui a fait cela ne peut être R. Méïr ! »
Ayant ainsi réussi à tromper ceux qui le poursuivaient, il se réfugia en Babylonie [13].
Berouryah, la femme de R. Méïr, occupe avec Yaltah, la femme de R. Nachmann, et à des titres bien plus élogieux encore, une place importante dans l’encyclopédie talmudique. Compagne bien-aimée d’un illustre docteur, elle était initiée à toutes les controverses religieuses de son temps, et son esprit vif et incisif, ses réparties promptes et justes, ne devaient pas toujours mettre ses interlocuteurs à leur aise quand elle prenait part à la discussion. Un Saducéen lui dit un jour : « Il est écrit : רני עקרה לא ילדה “Sois heureuse, femme stérile, car tu n’as pas enfanté” [14]. » Comment la femme stérile peut-elle être heureuse de n’avoir pas d’enfant ? — Regarde la suite du verset, lui répondit Berouryah : רבים בני שוממה מבני בעולה « Les enfants de la femme désolée sont plus nombreux que ceux de la femme féconde. » Israël, c’est la femme stérile ; elle est heureuse de ne pas mettre au monde des enfants que leur doctrine comme la vôtre, Saducéens, priverait du salut éternel[15] ! ».
Mais ce n’est pas seulement dans les controverses philosophiques et religieuses que l’épouse de R. Méïr se faisait remarquer. Digne compagne de cet homme illustre, elle le soutenait aux heures d’angoisse et de lassitude, et ses paroles, empreintes d’une douceur pénétrante, rendaient le courage à son mari et lui donnaient des forces nouvelles. Le trait suivant nous en fournit un exemple.
R. Méïr avait des voisins turbulents qui, par le bruit de leurs disputes quotidiennes, le dérangeaient et le troublaient dans ses méditations [16]. Un jour, perdant patience, exaspéré sans doute par des discussions plus vives que d’habitude ou par un tapage plus violent, il pria Dieu de le débarrasser de voisins aussi impies. Berouryah lui fit alors observer que le Psalmiste a dit : יתמו חטאים מן הארץ « Que les péchés disparaissent de la terre [17]. » חְטָאִים, les péchés, et non חטּאִים, les pécheurs. Il faut prier Dieu de faire disparaître les péchés, et alors seulement se réalisera la fin du verset : ורשעים עוד אינם « Et il n’y aura plus de pécheurs. »
R. Méïr demanda alors à Dieu d’inspirer à ses voisins la pensée de faire pénitence, de racheter par une conduite meilleure les erreurs de leur vie. Plus tard, ces voisins changèrent de conduite, et notre docteur s’applaudit d’avoir suivi les sages conseils de sa femme.
Dans une autre circonstance, plus douloureuse pour elle et pour son mari, Berouryah fit preuve d’une énergie extraordinaire pour ne pas causer un chagrin à son mari pendant la solennité du sabbat. Voici à quelle occasion :
Un samedi, R. Méïr enseignait comme d’habitude la loi aux nombreux disciples de son académie. Ce jour-là même, ses deux fils, étant tombés dans un puits, y trouvèrent la mort. Berouryah résolut de cacher ce malheur à son mari au moins jusqu’à l’issue du sabbat, pour pouvoir ensuite déplorer ensemble la mort de leurs enfants et donner un libre cours à leurs larmes [18].
Le cœur brisé par la douleur, mais soutenue par l’amour conjugal et par la pensée du devoir à accomplir, elle étendit les deux cadavres sur un lit de repos, les recouvrit d’un drap, et attendit le retour de son mari.
Il faisait presque nuit quand R. Méïr rentra chez lui.
Il demanda où étaient ses enfants.
Tout en préparant pour la Habdalah [19] le vin, la lumière et la boîte de parfums, Berouryah lui répondit qu’ils étaient peut-être encore à l’Académie et l’engagea à réciter la Habdalah.
R. Méïr procéda à cette cérémonie qui marque l’issue de la solennité du sabbat, puis demanda de nouveau où étaient les enfants pour leur donner sa bénédiction [20].
Berouryah lui répondit d’une façon évasive et insista pour qu’il prît quelque nourriture. Ayant satisfait au désir de sa femme, il se mit à table, et, après le Birkath Hamazon (prière après le repas), il s’informa de nouveau où étaient ses enfants.
« Je l’ignore, répondit Berouryah. D’ailleurs j’ai un conseil à te demander. »
— Parle.
— Il y a quelque temps un de nos amis vint me trouver et me confia à ton insu la garde de deux beaux diamants auxquels il attachait une haute valeur. Ces joyaux sont en effet de la plus grande beauté, leurs feux scintillent comme le soleil dans sa majesté, et, à force de les considérer chaque jour, je m’étais presque convaincue qu’ils nous appartenaient et que jamais leur propriétaire ne songerait à les réclamer. Mais notre ami est venu aujourd’hui me les réclamer pendant que tu étais au Beth Hamidrasch [21], et je te demande maintenant s’il faut les lui restituer.
— Cette question m’étonne de ta part, elle est indigne de la femme de R. Méïr !
— Eh bien ! puisque tu m’engages à les rendre, s’écria la pauvre mère qui ne pouvait plus retenir ses sanglots, viens donc avec moi contempler ces joyaux avant de les restituer à celui qui nous les a confiés !
Et, pâle, le regard noyé de larmes, elle l’entraîna dans la chambre mortuaire, enleva le linceul, et le malheureux père, apercevant les cadavres de ses fils, fondit en larmes, pendant que la courageuse épouse, à bout de forces, tombait évanouie !
« Ô mes fils chéris, pourquoi êtes-vous partis dans la fleur de l’âge ? Pourquoi me les as-tu enlevés, Seigneur ? », sanglotait le docteur dont le cœur venait de recevoir un coup si inattendu. Mais déjà Berouryah s’était relevée : « Maître, lui dit-elle, tu m’as appris tout à l’heure qu’il fallait rendre sans murmurer le dépôt qui nous avait été confié ! Ne récrimine pas contre la volonté de la Providence, car elle agit avec justice dans toutes ses actions. »
Tous les deux alors mêlèrent leurs larmes en répétant ces paroles de Job : « Le Seigneur nous les avait donnés, le Seigneur nous les a repris. Que le nom du Seigneur soit béni à jamais [22] »
ה׳ נתן ה׳ לקח יהי שם ה׳ מבורך מעתה ועד עולם:
Comme presque tous ses collègues, R. Méïr, pour subvenir aux besoins de sa famille, exerçait une profession manuelle. Il était scribe ou écrivain public (לבלר libellarius) et acquit une prodigieuse habileté dans cet art. Les documents sortis de sa plume étaient fort estimés [23], et il paraît avoir joui, grâce à son industrie, d’une honorable aisance.
Au reste, ceci n’est pas un cas particulier à R. Méïr ; tous les docteurs de l’époque michnaïque et talmudique, plus tard encore au moyen âge, les rabbins, ne considéraient pas leur science comme chose vénale. Ils étudiaient et enseignaient לשם שמים dans le but unique de propager la connaissance de la loi divine et de convier le plus grand nombre de leurs frères à la possession de la vérité. La maxime favorite d’un des leurs [24], ולא קרדום לחפר בו « La Torah n’est pas un outil avec lequel on travaille », était constamment présente à leur mémoire, et ils auraient cru commettre une véritable profanation en exigeant une rétribution pour leur enseignement.
Il est vrai qu’à propos de Hillel, le Talmud nous raconte qu’il avait dû, un jour, rester à la porte de l’académie, parce qu’il ne pouvait acquitter la modique somme qu’il fallait payer pour y entrer.
Mais, en admettant même pour vrai un fait, qui, sans aucun inconvénient, doit être rangé dans la catégorie des légendes dont le peuple aime à entourer le berceau et les origines des hommes dont il subit l’ascendant, la rétribution exigée de Hillel était simplement destinée à subvenir aux frais d’entretien et de location de l’école, et nullement à payer les maîtres qui y professaient.
Nous avons dit plus haut que R. Méïr avait acquis une grande habileté dans son métier de scribe. Le Talmud nous en fournit plusieurs preuves, notamment dans le passage suivant : R. Méïr était à Asia, où il s’était rendu pour la fixation du mois embolismique (אדר שני), et dans toute la ville il ne se trouvait aucun exemplaire de la Meguillah. Or, on ne peut écrire de Meguillah (rouleau contenant l’histoire d’Esther) si l’on n’a pas sous les yeux une autre Meguillah pour servir de modèle. Que fit R. Méïr ? Il écrivit une Meguillah de mémoire et en fit publiquement la lecture. Pour justifier ce fait anormal et en opposition avec les prescriptions de la Mischna, Rabbi Abahou dit que R. Méïr pouvait se permettre une chose que sa grande connaissance des textes lui rendait facile [25].
Un autre passage nous montre également le docteur dans l’exercice de ses fonctions de scribe. R. Siméon ben Eléazar raconte comment procédait R. Méïr pour écrire la Mesousah. Il prenait une feuille de parchemin non poli, laissait une marge en haut et en bas, et faisait des alinéas ouverts, contrairement à ceux de la Torah, qui sont fermés. R. Siméon ben Eléazar lui ayant demandé pourquoi il procédait ainsi, R. Méïr lui répondit que les divers chapitres de la Mesousah n’étant point pris dans un texte qui se suit, il fallait intervertir l’ordre établi pour la Torah [26].
Avant de terminer ce qui concerne les travaux de scribe de R. Méïr, nous croyons devoir citer encore deux passages qui y sont relatifs. Le premier nous montre que les jeunes auditeurs, en se présentant à l’académie, devaient être en état de gagner leur vie par un métier manuel.
Ainsi, lorsque R. Méïr se rendit, comme nous l’avons dit, chez R. Jischmaël, la première question que celui-ci lui adressa fut de savoir quelle était sa profession, lui faisant entendre par là qu’il n’avait à compter sur aucune rémunération matérielle pour se consacrer à l’étude. Nous voyons par là combien ces anciens rabbins avaient souci de cette dignité personnelle qu’un travail régulier peut seul assurer à l’homme [27].
Le second passage est une juste louange de son talent de scribe. On dit de lui : הוה כתבן טב ומובחר Il était un copiste distingué. Aussi ses manuscrits étaient-ils recherchés, et il gagnait par semaine jusqu’à trois sicles [28], somme importante pour l’époque.
Le Midrasch nous révèle un détail touchant à ce sujet. R. Méïr employait les deux tiers de cette somme à ses besoins personnels et aux besoins de sa famille et donnait le reste aux pauvres, renchérissant ainsi sur le commandement divin, qui prescrit seulement de leur donner la dixième partie de ce que l’on gagne. Plus tard ses disciples, trouvant cette libéralité sensiblement exagérée, lui en firent des reproches en lui disant : « Que laisseras-tu à tes enfants, si tu continues à agir ainsi ? » Le pieux rabbin leur répondit : « Si mes enfants marchent dans la voie du Seigneur, je n’ai aucune inquiétude sur leur sort, car il est écrit : “Je n’ai jamais vu le juste abandonné, ni ses enfants privés du nécessaire” לא ראיתי צדיק נעזב וזרעו מבקש לחם. Si au contraire mes fils se conduisent mal, pourquoi donc priverais-je les pauvres de ce que je puis leur donner, pour laisser une fortune à ceux qui n’en seraient pas dignes, et qui en feraient un mauvais usage [29] ? »
Nous avons déjà vu par suite de quel malheur R. Méïr fut dispensé du soin de songer à l’avenir de ses fils, et avec quelle résignation le docteur supporta cette grande catastrophe.
Il savait, d’ailleurs, se plier aux circonstances, et son humilité peut être comparée à celle de Hillel. Un seul exemple suffira pour le prouver. Un samedi, à Emmaüs, près de Tibériade, R. Méïr avait prolongé sa conférence bien au-delà de l’heure habituelle. Parmi ses auditeurs se trouvait une femme qui prenait un tel plaisir à entendre les explications du docteur qu’elle s’attarda et ne quitta la salle des conférences qu’une des dernières. Arrivée chez elle, elle y rencontre un mari furieux de sa trop longue absence, et qui, au paroxysme de la colère, lui dit : « Allons ! sors d’ici, et tu n’y rentreras qu’après avoir craché à la figure de ce rabbin dont la parole t’a si bien charmée ! »
La pauvre femme quitte son logis, bien décidée à ne pas obéir à son mari ; mais ses amies, remplies de compassion, lui dirent : « Tu es obligée de te soumettre à la condition imposée par ton mari ; tu ne peux continuer à errer ainsi par les rues. Nous allons t’accompagner chez ce docteur, tu feras ce qu’on t’a commandé, et la paix rentrera avec toi dans ta demeure. »
R. Méïr avait été averti des exigences de ce mari, et, accoudé à sa fenêtre, il s’accusait d’avoir rompu, par une conférence si longue, l’accord entre deux époux, et son esprit d’humilité et de charité cherchait le moyen de réparer le mal qu’il avait fait involontairement, quand il aperçut la femme, qui se refusait, malgré les instances de ses compagnes, à frapper à sa porte. Il l’appelle, et, lui parlant avec douceur, lui dit : « Ne pourrais-tu guérir mon œil malade, en récitant la formule usitée et en le mouillant avec ta salive ? » Encouragée par ces paroles, la femme s’approche et obéit à son mari, tout en ne paraissant déférer qu’au désir du rabbin.
Lorsque la femme fut partie, les disciples de R. Méïr se montrèrent très irrités de l’affront qu’il venait de tolérer, mais le docteur leur répondit simplement :
« Celui qui rétablit la paix dans un ménage troublé, c’est comme s’il rétablissait le monde sur ses véritables bases, כל המביא שלום בין איש לאשתו כאלו קיים כל העולם כלו. D’ailleurs, pour éviter toute idée de soupçon, Dieu lui-même a permis d’effacer son saint nom dans l’eau lustrale [30] ! »
R. Méir ne demeura pas toujours dans la même ville ni dans le même pays. À une époque aussi troublée, ces changements de résidence n’ont rien d’extraordinaire, surtout quand à cette cause principale on ajoute la querelle qui motiva le départ de notre docteur pour l’Asie-Mineure.
Trois ans après la mort d’Adrien, le 15 Ab de l’an 140, Antonin permit aux Juifs de donner la sépulture aux martyrs de Bethar et aux corps de ceux qui avaient succombé pendant la révolte de Bar Kochebah [31].
Le 18 Adar suivant, fut rapporté le décret d’Adrien qui défendait l’exercice public du culte juif. Ces décrets étaient à peine rendus, que R. Méir et les six autres disciples d’Akiba se réunirent dans la plaine de Rimmon pour déterminer l’établissement d’une année embolismique.
C’est là le premier acte par lequel s’affirme l’autorité académique de R. Méir.
Nous trouvons ensuite R. Méir à Emmaüs, à Tibériade, à Beth Schéan, à Mimlah >[32], à Ardiska, à Tiboun [33], et surtout à Ouscha, siège de l’académie de R. Simon ben Gamaliel. R. Méir remplissait dans cette académie les fonctions de חכם (Chacham), c’est-à-dire de rapporteur dans les discussions. Il était chargé, en cette qualité, d’élucider les questions et de les exposer devant les docteurs assemblés, en formulant les arguments que comportait le point en litige. Son esprit d’analyse et sa méthode rationnelle se prêtaient merveilleusement à ce rôle de référendaire, dans lequel il paraît avoir rendu des services considérables.
Malheureusement, les rapports amicaux de R. Méir et du Nasi furent troublés par ce dernier, au grand détriment des études.
Il était d’usage à l’académie de se lever à l’entrée du Nasi, du vice-président et du Chacham, jusqu’à ce que ces hauts personnages eussent gagné leurs sièges. Or, pendant une absence du vice-président, R. Nathan, et du Chacham, R. Méir, le Nasi, pour consacrer sa préséance, établit une nouvelle étiquette, et fit adopter la règle suivante :
« 1° Quand le Nasi entre à l’académie, tout le monde doit se lever et ne se rasseoir que sur son ordre ;
« 2° À l’entrée du vice-président, le premier rang de l’assemblée devait seul se lever, et s’asseoir dès qu’il était parvenu à sa place ;
« 3° Enfin, à l’entrée du Chacham, se levait qui voulait [34]. »
Quand R. Nathan et R. Méir revinrent à l’académie et qu’ils s’aperçurent des dispositions prises contre eux, forts de leur science, qui pouvait se passer d’un hommage puéril, mais s’appuyant sur une tradition qu’ils ne voulaient pas voir disparaître, ils prirent la résolution de faire élire un nouveau président.
Pour atteindre leur but et pour humilier le Nasi, ils résolurent de lui adresser des questions sur des sujets qu’il n’avait pas étudiés (נימא ליה גלי עקצים דלית ליה).
Leurs intrigues ne purent aboutir ; le Nasi avait été prévenu et sut éviter le piège. Indigné d’un procédé qui pouvait un jour le surprendre et l’exposer à un aveu humiliant pour sa dignité de Nasi, il prit une mesure grave et dont nous trouvons cependant quelques exemples dans les académies de la Palestine et de la Babylonie, et plus tard dans les universités de France et d’Angleterre, il leur interdit d’une façon absolue l’entrée de la salle des séances.
À leur tour, les deux expulsés ne se tinrent pas pour battus ; leurs questions écrites circulaient parmi les membres de l’académie ; les solutions restaient introuvables. Tous les hommes de science se rangèrent de leur côté, et l’un d’eux, R. José, interprète fidèle de la pensée de la majorité, s’écria un jour en pleine séance : « Nous sommes, nous, dans l’enceinte de la science, mais la science est au dehors [35] ! תורה מבחוץ ואנו מבפנים »
R. Méir paraît avoir mené longtemps cette campagne avec un entrain remarquable [36]. Les Achérim [37] du Talmud et les Jesch Omrim nous en fournissent une preuve irréfutable.
Les Jesch Omrim finirent par disparaître, R. Nathan ayant fait la paix avec le Nasi ; mais les Achérim continuèrent victorieusement la lutte.
Longtemps après la mort de notre docteur, le petit-fils du Nasi R. Simon ben Gamaliel, fils de R. Jehoudah Hakadosch, demanda un jour à son père, le célèbre rédacteur de la Mischnah :
« Quels sont donc ces Achérim, ces autres qui ont toujours eu raison, que tout le monde a approuvés et dont le nom cependant n’est mentionné nulle part ? »
— Ces autres, mon fils, ce sont des hommes qui furent les ennemis de ton aïeul et qui cherchèrent par leurs intrigues à diminuer l’autorité du Nasi et à éclipser la gloire de la maison de Hillel. »
Malgré le concours que lui accordaient ses collègues, R. Méir ne voulut pas être une cause éternelle de troubles et de dissensions. Il quitta Ouschah et se rendit en Asie-Mineure, à Asia.
Sa lutte avec le Nasi fut-elle le seul motif qui engagea R. Méir à s’expatrier ? Nous n’oserions l’affirmer. Le Talmud lui-même nous laisse indécis et sur la date de ce départ et sur les mobiles très sérieux auxquels obéit notre docteur.
Les chroniques de ce temps, aussi friand de scandales que le nôtre, attribuent à un chagrin domestique le brusque voyage de R. Méir.
נשים דעתן קלות : La femme est inconstante, disait déjà un proverbe de l’âge talmudique, bien avant le distique du roi chevalier :
Souvent femme varie,
Bien fol est qui s’y fie.
Berouryah, à qui l’on répétait un jour ce proverbe, en présence de son mari, répondit que la femme vertueuse ne varie jamais. Une expérience tentée par R. Méir, de concert avec le disciple en qui il avait mis toute sa confiance, serait venue confirmer la vérité de l’adage talmudique ; Berouryah, désespérée de sa faute, aurait mis fin à ses jours (חנקה עצמה) et R. Méir aurait quitté définitivement un pays qui lui rappelait trop son malheur conjugal [38].
La chronique prétend que R. Méir s’est remarié à Asia et cite même le nom de son nouveau beau-père (בת זירוז) [39].
Nous admirons trop le caractère de R. Méir et les vertus de Berouryah pour donner une ombre de crédit à cette légende. Si nous avons cru devoir la rapporter, c’est que l’impartialité est pour nous une règle absolue. Nous pouvons aimer notre héros, mais nous nous faisons un devoir d’indiquer à nos lecteurs les rares défaillances de son cœur et de son esprit et de le présenter avec les faiblesses inhérentes à toute nature humaine.
R. Méir vécut longtemps à Asia [40] où il mourut après avoir atteint un âge très avancé. L’on dit même qu’à l’occasion du mariage du fils de R. Jehoudah, il aurait fait le voyage de Palestine. Si nous admettons comme vrai ce dernier voyage, R. Méir serait mort presque centenaire.
Ce qui tendrait à confirmer notre opinion et à prouver que le départ de R. Méir eut pour cause sa lutte avec le Nasi, ce sont les dernières paroles qu’il prononça sur son lit de mort : « Vous mettrez, dit-il à ses disciples, vous mettrez mon cercueil au bord de la mer (לגוף ים) du côté de la Terre Sainte, afin que le passant s’écrie : « Ici repose l’homme que des paroles haineuses ont chassé de la Palestine. » Ce désir de notre docteur s’explique facilement. Étant mort en exil, il voulait du moins n’être séparé de cette Palestine qu’il avait tant aimée que par les vagues de la mer, allant d’une rive à l’autre et berçant son suprême sommeil avec la caresse de la brise qui venait de Judée.
Ses dernières volontés furent ponctuellement exécutées. Ses disciples et concitoyens tinrent à honneur de respecter scrupuleusement le suprême désir de l’homme qui emportait avec lui l’admiration de ses amis, le respect de ses ennemis et le secret d’une science profonde, dont il nous reste maintenant à exposer la méthode et les lignes principales.
[1] Cf. Sépher Jauchasin, 45 b, et Talmud B., Guittin, 56 a. Ce qui donnerait quelque crédit à cette légende, c’est que, d’après les auteurs chrétiens de cette époque, Néron aurait eu l’heureuse fortune d’échapper à ses meurtriers. Il se serait réfugié dans l’Achaïe ou dans l’Asie-Mineure, où il aurait fait souche de prosélytes. (V. Graetz, Geschichte der Juden, 4e volume.)
[2] Les passages cités par M. Graetz ne sont pas concluants. Le Talmud, J. Kilaïm, IX, 32, et le T. Babli Jebamoth, 121 a, prouvent seulement que R. Akiba se rendit à Césarée et que R. Méir alla également dans cette ville.
[3] Nous ne trouvons nulle part dans le Talmud que R. Méir ait été concitoyen de R. José. Sephoris était le rendez-vous général des docteurs de la Judée ; là demeurait R. Hananyah ben Teradyon, beau-père de R. Méir ; là habita pendant dix-sept ans R. Jehudah, son élève ; le Talmud nous apprend seulement (J. Berachoth, II, 5 b) que R. Méir s’y était rendu pendant la vie de R. José.
[4] C’est à Asia que R. Méir écrivit de mémoire une Meguilah lorsqu’il se rendit dans cette ville pour y fixer l’année embolismique. C’est à Asia qu’il fit plusieurs voyages, et notamment après sa discussion avec le Nasi. V. pages 23 et 30.
[5] ומלא מיצי למיקם אליביה דר׳ ישמעאל (Eroubin, 13 a, et Raschi, loc. cit.).
[6] V. Eroubin, 13 a. Le docteur Joël (Monatschrift) s’en tient au premier לשון de la Guemarah ; mais nous avons cru devoir suivre la conclusion du Talmud.
[7] אמר רבי אחא בר חנינא: גלוי וידוע לפני מי שאמר והיה העולם שאין בדורו של רבי מאיר כמותו, ומפני מה לא קבעו הלכה כמותו? שלא יכלו חביריו לעמוד על סוף דעתו.
Rav Acha bar ’Hanina dit : « Il est avéré que du temps de R. Méir personne ne pouvait l’égaler. — Pourquoi donc son opinion n’a-t-elle pas toujours été suivie ? — C’est que personne n’a pu pénétrer jusqu’au fond de sa pensée. »
En disant que personne n’a pu pénétrer au fond de sa pensée, on veut dire que ses raisons, quoique parfois spécieuses pour lui, étaient irréfutables pour les autres.
תנא: לא רבי מאיר שמו אלא רבי נהוראי שמו, ולמה נקרא שמו רבי מאיר? שהוא מאיר עיני חכמים בהלכה. ולא נהוראי שמו אלא רבי נחמיה שמו, ואמרי לה רבי אלעזר בן ערך שמו, ולמה נקרא שמו נהוראי? שמנהיר עיני חכמים בהלכה.
Son nom n’était pas Méïr, mais Nehoraï. Pourquoi l’appelle-t-on Méïr ? Parce que ses discours étaient lumineux (מאיר vient en effet de אור qui signifie lumière).
Son nom n’était pas non plus Nehoraï, mais d’après les uns Nehemyah, d’après les autres Éliézer ben Arach. Pourquoi lui donne-t-on le nom de Nehoraï ? Parce que ses discours étaient lumineux (Nehoraï vient de נהורא, lumière). Eroubin, 13 b.
D’après une autre version, le véritable nom de R. Méïr serait Meïscha (מאישא ou מאשה). Ce nom est adopté par tous les critiques. Selon M. Graetz (Histoire des Juifs, 4e volume, note 19), Meïscha = Μωϋσῆς (Moïse). Selon d’autres, Meïscha viendrait de אש, feu, celui qui enflamme, expression plus énergique que מאיר, éclairer.
[8] Talm. B.; Synhédrin, 14a.
[9] Aboth, I, 17.
[10]D’après une autre version, R. Hananyah ben Teradyon avait chez lui deux caisses, l’une destinée aux pauvres, l’autre réservée spécialement aux aumônes de la fête de Pourim. S’étant trompé de caisse, le docteur aurait pris de son argent à lui pour remplir de nouveau la caisse qu’il venait de vider par erreur : Aboda Zarah, 17b, et Raschi, l.c.
[11] Denar, pièce de monnaie, denier.
[12] Quelques auteurs prétendent que la Rome dont il est question ici ne serait pas Urbs, la ville de Rome proprement dite, mais une ville de la Palestine, alors occupée par les soldats romains. — Antioche, d’après M. Graetz. Il est vrai que le Talmud mentionne souvent une ville de Rome רומי qui est dans la Palestine בארץ ישראל ; mais aucun texte ne nous autorise à dire que R. Méïr est allé plutôt dans cette ville de la Palestine qu’à Rome, et nous maintenons notre récit en rendant hommage de nouveau au courage de notre docteur, qui, connaissant les dangers qui l’attendaient en Italie, n’hésita pas cependant à faire ce voyage.
[13] Aboda Zarah, 18a et b.
[14] Isaïe, LIV, 1.
[15] Berachoth, 10 a. Il est à remarquer que dans les éditions du Talmud non expurgées par la censure le mot Min remplace le mot Saducéen.
והוו קא מצערו ליה טובה, loc. cit.
[17] Psaumes, CIV, 35. La leçon commune admise par les Massorètes est bien : יִתַּמוּ חַטָּאִים, que les pécheurs disparaissent de la terre et qu’il n’y ait plus de méchants.
[18] Le samedi étant un jour exclusivement consacré à Dieu, nos docteurs défendaient de se livrer ce jour au deuil et à la douleur, et ils se conformaient à cette défense dans la mesure du possible. V. page 94.
[19]La Habdalah ou séparation est une cérémonie qui termine toutes nos fêtes et le saint jour du sabbat. Elle marque, en effet, la séparation entre le jour férié qui finit et le jour ouvrable qui commence. Elle consiste dans l’action d’allumer un cierge, première œuvre servile, et de réciter la bénédiction du vin et des parfums.
[20] Les parents Israélites ont l’habitude, encore aujourd’hui, de bénir leurs enfants au commencement et à la fin des fêtes, ainsi que le vendredi et le samedi soir.
[21] Académie.
[22] Job, I, 21, et Jalkout, 146.
[23] V. Eroubin, 13a, et Sotah, 20a.
[24] Aboth, IV, 7. Cette maxime s’appuie sur l’autorité de Hillel. V. Aboth, I,13.
[25] שאני ר׳ מאיר דמקים ביה ועפעפיך יישירו נגדך. Pour R. Méir, c’est bien différent, car à lui s’applique le verset : « Ses paupières lui indiquent le droit chemin. » (Prov., IV, 25 ; Meguillah, 18 b.)
[26] Menachoth, 31b et 32a.
[27] Eroubin, 13a. Le Talmud nous indique dans ce même passage que R. Méir faisait entrer dans son encre un ingrédient qui la rendait indélébile. D’après Raschbam, cet ingrédient ne serait autre que du vitriol.
[28] Sicle, monnaie. Il y eu avait de plusieurs espèces. Sicle du sanctuaire שקל הקדש ; sicle d’or, sicle d’argent, etc.
[29] Midrasch Kohéleth, II, 18.
[30] Voir les détails relatifs à la femme adultère. (Nombres, V, 18 et 19.)
[31] V. Graetz, Geschichte, 2ᵉ partie, ch. X, p. 185, et T. J. Berachoth, VII, 1. C’est à cette occasion que fut intercalée dans la bénédiction après le repas la formule הטוב והמטיב.
״הטוב והמטיב״ ביבנה תקנוה כנגד הרוגי ביתר. דאמר רב מתנא: אותו היום שניתנו הרוגי ביתר לקבורה תקנו ביבנה ״הטוב והמטיב״. ״הטוב״ — שלא הסריחו, ״והמטיב״ — שניתנו לקבורה.
La formule הטוב והמטיב (il est bon et il fait le bien) fut intercalée à Jabneh, d’après Mathnah, qui dit : « Le jour où furent ensevelis les combattants de Bethar, les docteurs de Jabneh intercalèrent הטוב והמטיב ; הטוב, parce que les corps n’étaient plus livrés à l’abandon, et המטיב, parce qu’ils furent ensevelis. »
Berachoth, 48b. — Cf. תענית, 31a, et בבא בתרא, 131b.
[32] V. page 39.
[33] V. page 98.
[34] Cette curieuse étude de mœurs est rapportée en entier dans le Talmud, T. Horyoth, 13b.
[35] Loc. cit.
[36] Cette lutte n’empêcha pas le Nasi de confier à R. Méir l’éducation de son fils qui devint si célèbre plus tard par la rédaction de la Mischna et par sa vie exemplaire, sous le nom de Rabbi Jehoudah Hakadosch.
[37] Pendant leur exclusion de la salle des séances, pour ne pas les désigner par leur nom, on appelait R. Méir Achérim (les autres), et R. Nathan יש אומרים, on dit, ou il y en a qui disent. L’on a probablement appliqué à R. Méir ce nom d’Achérim pour faire allusion aux relations qu’il avait avec acher, relations dont nous parlerons plus loin. V. chap. VI.
[38] Abodah Zarah, 18.
<[39] Sa femme était la fille de Zérouz.
[40] Asia serait la ville de Sardes (voir Neubauer, Géographie du Talmud, page 310) ; d’autres prétendent que c’est une ville située au bord de la mer, et cette opinion est basée sur les dernières volontés de notre docteur qui voulait être enseveli au bord de la mer ; tandis que Sardes est situé dans l’intérieur des terres.
Source : Un Tanah : Étude sur la vie et d’enseignement d’un docteur Juif du IIe siècle. Raphaël Lévy. Paris, éditions Maisonneuve, 1883. [Version originale numérisée : Bibliothèque numérique de l’AIU]