Commentaire sur le Séfer Yeṣira ou Livre de la Création par Saadia Gaon
Introduction de Saadia Gaon
Trad. Mayer Lambert (1891)
En son nom miséricordieux !
Voici un livre appelé Livre des Origines, et attribué à Abraham notre père, que la paix soit sur lui !
(Le commentateur) a débuté ainsi, lorsqu’il l’a expliqué[1] : Soit béni le Dieu d’Israël, l’Un, le Créateur. Il est l’Un, sans mélange de dualité ni de pluralité, il est l’Éternel qui n’a ni commencement ni fin ; et il est le Créateur qui a produit du néant les essences des êtres. Qu’il soit loué et sanctifié par la voix de ceux qui parlent !
(L’objet) le plus important qu’ait pu atteindre l’intelligence des penseurs dans leur (étude) persévérante et le plus difficile qu’ait saisi[2] l’esprit des gens qui s’en sont occupés, c’est le premier principe d’où ont été tirés ces éléments visibles. Et ce ne sont pas seulement les docteurs des enfants d’Israël et les savants d’entre les philosophes qui y ont été embarrassés[3], mais même un des prophètes[4], lorsqu’il s’est guidé d’après sa raison dans un effort personnel sans (recourir à) la prophétie, a reconnu que (cet objet) était éloigné et reculé, comme il l’a dit dans son livre : Ce qui a été est éloigné et bien profond ; qui pourra le découvrir ?[5] Et il applique à l’origine première l’expression d’éloignée et de reculée, après avoir dit : Je me suis toujours donné de la peine, et me suis fatigué dans la recherche de la sagesse qui était éloignée de moi, jusqu’à ce que je m’en suis rapproché. En effet, il a dit avant : J’ai tenté tout cela dans la sagesse. J’ai dit : je veux devenir sage, alors qu’elle était éloignée de moi. – C’est-à-dire : j’ai toujours dit : Je veux devenir sage au temps où (la sagesse) était éloignée de moi, jusqu’à ce que je l’ai connue et que je m’en suis rapproché.
(Le commentateur) a dit : Bien que les prophètes aient qualifié (la sagesse) d’éloignée et de profonde, il ne leur était pas permis d’en abandonner l’étude, puisque la philosophie est comparée à ce qu’il y a de meilleur parmi les œuvres du Créateur, et que de Lui — qu’il soit célébré — il est écrit : Il révèle les mystères (en les tirant) des ténèbres et fait sortir à la lumière (ce qui était dans) l’obscurité[6]. Ils devaient donc aussi tâcher de découvrir (en cette matière) ce que l’on peut, comme il est dit : Que (Dieu) te raconte les mystères de la sagesse, car la sagesse est multiple[7]. Mais tout en s’en occupant, ils n’ont pu atteindre la sagesse du Créateur, comme il est dit : Que tes œuvres sont grandes, ô Éternel, et que tes pensées sont profondes ![8] Puis il a dit : J’ai trouvé que ceux qui réfléchissent, lorsqu’ils ont agité la question de l’origine (du monde), se sont divisés en neuf sectes[9] dont chacune (tire) son opinion d’une conception quelconque, qu’elle a prise pour fondamentale, en traitant d’erreur tout le reste. J’ai donc cru bon d’exposer, dans l’introduction de ce livre, la substance de ces systèmes, le point capital des arguments par lesquels, à ma connaissance, chaque secte a étayé son opinion et le point que doit viser la réfutation qui me paraît pouvoir être dirigée contre les systèmes attaquables, jusqu’à ce que nous arrivions à parler du système qu’admet l’auteur de ce livre que j’ai entrepris d’expliquer. Je continuerai ensuite en examinant et en déterminant lequel d’entre (les systèmes) est le bon, afin qu’on le soutienne fermement, et j’espère que mon Créateur, le Créateur de l’Univers, me donnera l’aide et la force (nécessaires) pour que tout soit bien et convenablement (exposé).
Je dirai donc que parmi ces neuf systèmes il n’y en a pas qui n’assigne une origine aux êtres hormis un seul et c’est le premier. Nous trouvons, en effet, en ce temps, des gens qui disent que les êtres n’ont ni commencement ni fin[10], et les Écritures prouvent qu’une théorie semblable a déjà existé dans les premiers temps, comme il est dit : Observes-tu le chemin de l’éternité qu’ont foulé les gens d’iniquité, lesquels ont été arrachés prématurément et dont la base est un fleuve qui s’écoule ?[11] Le sens des deux versets est : Observes-tu la voie[12] des partisans de l’éternité qu’a suivie la famille de l’iniquité, qui a été retranchée avant le temps et dont la base coule comme un fleuve ?
L’Écriture a nommé le système de ces gens-là chemin d’éternité, parce qu’ils admettent l’existence du monde sans limite ni mesure, et elle nomme ceux qui l’ont adopté gens d’iniquité, parce qu’ils y ont attaché des arguments faux, en disant : « Nous jugeons de ce qui est caché d’après ce qui est visible. Or, comme l’expérience nous montre qu’il n’y a pas d’homme qui ne (naisse) d’un autre homme, ni de plante qui ne (vienne) d’une autre plante, nous concluons que, dans le temps antérieur comme dans le temps qui commence, il en sera toujours ainsi[13]. » Mais en cela ils ont commis une erreur, parce que s’il n’y avait pas eu d’homme qui ne fût (né) d’un (autre) homme, il ne serait pas possible qu’il y eût d’hommes du tout. Puisque nous trouvons un homme, cela prouve qu’il y a eu un homme avant qu’il n’y en a pas eu, sans quoi nous n’en rencontrerions pas[14]. C’est comme si quelqu’un me disait : Qu’il soit convenu qu’aucun homme n’entrera dans la maison à moins qu’un autre n’y soit entré avant lui. Il est impossible qu’il s’y trouve quelqu’un, et s’il s’y trouve quelqu’un, il est prouvé qu’un homme y est entré avant que personne n’était entré. C’est comme celui qui jure qu’il ne dira ce jour-là aucun mot à moins d’avoir dit auparavant un autre mot, ou comme celui qui jure qu’il ne mangera pas de fruits avant d’avoir mangé un fruit auparavant. Ce sont là des preuves rationnelles de la fausseté de ce système. Et l’Écriture les a déjà données par la révélation (en attestant) que l’existence des choses prouve qu’elles ont eu un commencement, en disant : Rappelez-vous (par) les premières choses d’autrefois que je suis Dieu, qu’il n’y a pas d’autre Dieu, il n’y a personne comme moi[15]. Nous avons entendu (dire) que les partisans de ce système ont attaqué la comparaison que nous avons établie et ont dit qu’elle n’a pas de rapport avec l’objet de la comparaison, car le passé a été comparé à l’avenir ; or la comparaison juste consiste à dire : Personne n’est entré dans la maison, à moins qu’un autre n’y soit entré avant lui ; de cette façon il est juste que les choses n’aient pas eu de commencement. Mais nous leur avons répondu en les ramenant à ce qu’ils avaient évité, et nous avons dit : Toute chose passée a été future avant d’être passée ; donc tout argument qui en annule l’existence pour l’avenir, annule par cela même son existence pour le passé, et comme notre comparaison pour le cas de : « personne n’entrera dans la maison » est juste pour l’avenir, elle s’applique au passé avant qu’il soit passé et l’empêche d’être et d’être passé.
Et si quelqu’un avait l’imagination prévenue par de mot de l’Écriture : Une génération part, une génération vient, et la terre subsiste toujours[16], qui impliquerait l’existence infinie de la terre et de ce qui s’y trouve, nous lui expliquerons que la chose n’est pas comme il pense, mais que c’est le contraire. L’Écriture n’a dit, en effet, cette (parole) que pour affirmer que la terre a commencé et elle en fournit la preuve, c’est que la terre n’est jamais exempte de génération partant et de génération venant, et comme les générations sont créées, il faut que la terre aussi soit créée de même, puisqu’il est avéré qu’elle n’a pas devancé les créatures d’un seul instant, car il est impossible qu’une chose éternelle n’ait jamais été exempte de choses créées, qui n’avaient pas été et qui ont été[17]. Et la fin du verset : La terre subsiste toujours ainsi, doit s’entendre : jusqu’à la fin de sa durée et de son existence.
Le second système est la théorie de ceux qui ont admis que toutes les choses visibles ont eu une origine, mais ils ont cru que cette origine est due à un corps simple[18], que le Créateur a rendu complexe et d’où ce monde est sorti. Et ils se représentent les corps dans leur principe comme des parties indivisibles, parce qu’elles sont plus ténues que tout ce qu’il y a de ténu et plus petites que tout ce qu’il y a de plus petit. Et ils croient que lorsqu’elles ont été composées et réunies, il en est sorti les différents corps. Ils se divisent sur ce (système) en trois parties ; et ils s’appuient, en général, sur ce qu’une chose ne naît que d’une autre chose, et ils appellent ce principe simple : l’élément, la mère, la matière, Phylé.
Mais leur hypothèse est inadmissible rationnellement. D’une part, elle est contradictoire ; car si la matière était coéternelle au Créateur — qu’il soit célébré et exalté ! — elle ne se laisserait pas travailler par lui de façon qu’il la dirige à son gré : parce que leur éternité dans l’égalité implique qu’ils soient égaux en ce que chacun agisse sur l’autre ou qu’aucun n’agisse sur l’autre. D’autre part (elle est réfutée par) ses conséquences : car celui qui s’impose de ne pas croire à l’existence d’une chose qui ne soit née d’une autre, est astreint à croire qu’une chose simple ne peut naître que d’une chose simple, ni un composé que d’un composé, ni un objet chaud que d’un objet chaud, ni un corps froid que d’un corps froid, ni une chose humide que d’une chose humide, ni un corps sec que d’un corps sec. On pourrait lui faire la même comparaison pour les minéraux, les végétaux et les animaux. De sorte qu’il quittera cette deuxième opinion et arrivera à la première, qui est d’admettre l’éternité des (choses) visibles. Et dans l’Écriture Dieu a dit : Ainsi a dit l’Éternel ton libérateur, Celui qui t’a formé dans le sein (de ta mère) : C’est moi l’Éternel qui fais tout, qui incline les cieux, moi seul, et étends la terre de moi-même[19]. Et les mots : moi seul et de moi-même prouvent qu’il a tiré tous les êtres du néant.
Puisque donc nous avons montré la fausseté du principe (de ce système), nous avons par-là même détruit tout ce que ses partisans en ont fait découler. Ils se divisent, en effet, sur ce sujet en trois sectes, comme nous venons de le dire. Une secte soutient que tout cet élément éternel a été réuni et composé en entier par le Créateur, rien n’en est resté dans son état primitif, et c’est ce monde entier. Une autre dit que le Créateur ne l’a pas réuni entièrement, que ce monde en est une partie, et le reste est réservé et subsiste dans son état de simplicité et de ténuité. Enfin une autre dit que tout a été composé, mais que ce monde n’est pas tout, qu’il en est sorti, au contraire, une quantité innombrable de mondes, et notre monde en est un[20]. Mais ces trois branches (du système) sont détruites, une fois que le fond même (du système) est renversé.
Et si quelqu’un pense que la parole attribuée à un de nos docteurs, à savoir que le Créateur — qu’il soit honoré et sanctifié ! — a créé dix-huit mille mondes comme le nôtre[21], ressemble à cette troisième opinion, nous lui expliquerons que cela n’a pas de rapport, car celui qui a prononcé cette parole touchant les dix-huit mille mondes prétend que (Dieu) a créé chacun d’eux du néant[22], et il ne dit pas que l’un d’eux ait été créé de quelque chose.
Beaucoup de philosophes, d’ailleurs, ont avancé une (idée) semblable, quand ils ont dit qu’il y a autant de mondes que d’étoiles au ciel, puisque chacune, d’après eux, a une sphère contenant les quatre éléments[23], et ils prétendent que les astres ne s’éclipsent les uns les autres que par suite de leur nature opaque et terreuse. Et si tu ne vois que du feu allumé, c’est à cause de la sphère de feu qui les entoure, et si la terrosité ne se montre pas, c’est parce que le feu la domine, de même que la (substance) charbonneuse ne se distingue pas dans le charbon ardent.
Mais celui qui a dit : Dieu a créé dix-huit mille mondes croit qu’il les a créés de rien ; et il donne comme mnémotechnique[24] le verset : Tout à l’entour dix-huit mille (simplement) à titre de signe. Mais notre nation n’est pas d’accord sur cette parole, nous l’avons exposée et laissée, et nous avons passé à ce qui vient après. Quelques-uns de ceux qui admettent cette parole croient qu’elle signifie un monde après un autre, et celui où nous sommes serait le dix-huit millième.
Le troisième système est la théorie de ceux qui ont admis un commencement pour tous les êtres, mais ils ont défendu d’examiner ce qui a précédé ce commencement. C’est là la doctrine de la totalité des docteurs des enfants d’Israël, puisqu’ils disent : Celui qui réfléchit aux quatre choses suivantes eût mieux fait de ne pas venir au monde : à ce qui est en haut, à ce qui est en bas, à ce qui est devant, à ce qui est derrière[25], et Éléazar ben Iraï[26] a dit de même : Ne recherche pas ce qui est trop merveilleux pour toi ; n’examine pas ce qui t’est caché, réfléchis à ce qu’il t’est permis (d’étudier), tu n’as pas à t’occuper des mystères[27]. C’est là une proposition saine, mais dont le sens n’est pas, comme on l’a supposé, qu’ils ont défendu de réfléchir sur les choses créées (pour savoir) par laquelle (le Créateur) a commencé. Mais je dirai qu’ils ont fait cette défense pour qu’on ne s’avance pas jusqu’aux choses qui concernent le Créateur — qu’il soit loué et exalté ! — et que ceux qui examinent ne se plongent pas dans (l’étude de) sa nature, de façon à dire : Comment la raison conçoit-elle un être dont l’existence n’a pas eu de commencement ? ou : Comment peut-on se représenter une chose d’une durée infinie ? ou : Comment l’esprit admettra-t-il une essence infinie en hauteur et en profondeur ? ou : Comment entrera-t-il dans la pensée une essence qui n’a pas de distance aux quatre côtés connus ? Nous trouvons, d’ailleurs, que les docteurs ne font cette défense qu’après que l’Écriture l’a déjà faite, puisqu’il est dit : Peux-tu trouver le fond de Dieu ? Atteindras-tu la limite du Tout-Puissant ?[28] ce qui désigne le commencement et la fin. Il est dit aussi : Les hauteurs du ciel, qu’en fais-tu ? Et ce qui est plus profond que la tombe, qu’en connais-tu ?[29] ce qui désigne le haut et le bas. Enfin il est dit : Sa mesure est plus longue que la terre et plus large que la mer[30], ce qui désigne les distances et les mesures.
Toutes ces matières, il est défendu de les étudier, de demander qu’on les décrive, et de tâcher de les assimiler (à quoi que ce soit.) Si le maître a besoin de faire connaître à ses élèves l’un des attributs divins, le seul moyen qu’il ait pour cela consiste à ne parler que par des allusions transparentes[31] et par des indications donnant quelque lueur, et il préviendra les auditeurs de ne pas matérialiser ses expressions, ni de leur donner une réalité. C’est ainsi qu’ont fait les prophètes. Quand ils sont venus auprès des hommes pour leur faire connaître les attributs divins, ils n’ont pas trouvé, parmi les mots dont ils disposaient, d’expressions à employer pour les leur faire saisir. Il n’y avait donc que deux partis possibles : Ou bien, créer des noms, ou bien emprunter des noms. Or, s’ils avaient créé des noms pour chaque attribut divin, les hommes n’auraient pas compris ces noms, ils n’auraient donc pas compris les attributs et tout leur serait resté ignoré. (Les prophètes) ont donc cru devoir emprunter les termes nobles qu’Adam et ses descendants ont employés pour les idées nobles chez les créatures, et ils ont interprété par eux les idées concernant le Créateur, afin que le sens des mots fût connu, et ils y ont introduit (cette réserve) que tout ce qu’ils disaient était une interprétation et une sorte d’extrait. Mais s’il s’agit d’exprimer la réalité de Dieu et de donner de lui une idée exacte, (c’est impossible, car) rien ne lui ressemble ni ne ressemble à ses actes, comme il est dit : Il n’y a pas comme toi parmi les êtres divins, ô Éternel, et il n’y a rien comme tes actes[32]. Et ceux qui sont venus ensuite ont maintenu cette règle (des prophètes), et maîtres et élèves ont suivi leurs traces. Mais discuter, après avoir déclaré que les choses sont créées, laquelle a été créée avant l’autre, cela est permis et nullement défendu.
Le quatrième système est la théorie de celui qui a admis que les choses sont créées, seulement il leur a assigné comme origine l’élément de l’eau[33]. Et nous trouvons des gens qui ont soutenu cette (théorie) au point de vue rationnel et d’autres au point de vue des Écritures. Et le tout est faux.
Ce qui a trompé ceux qui ont soutenu cette (théorie) au point de vue de la raison, c’est qu’ils ont vu que tous les êtres vivants sont composés spécialement de l’élément humide. Ils ont donc cru que l’origine du tout en était, et qu’elle est le plus noble des éléments. Mais ils ont négligé de considérer que l’eau ne se rencontre pas isolée (dans les êtres vivants) et qu’elle n’est pas plus digne d’être la cause de la création que les trois éléments qui lui sont associés, puisque tous sont la cause de l’existence des êtres vivants.
Et ce qui a trompé (les autres) dans l’Écriture, c’est le mot de la Loi : Et la terre était informe et vide, etc.[34]. Ils se sont imaginé que par le mot : Et la terre était (l’Écriture) a voulu dire qu’à la place de la terre il y avait de l’eau avant que la terre fût créée, et ils ont cru que l’eau a existé avant la terre. Mais c’est une erreur, car le mot de la Loi : Et la terre était veut dire après qu’elle fut créée. En effet (l’Écriture) a commencé par mentionner les deux éléments extrêmes, je veux dire la périphérie et le centre[35] dans le premier verset ; il reste les deux éléments intermédiaires, je veux dire l’air et l’eau, dont on ne sait pas s’ils se rattachent à la terre, de sorte qu’en disant : Il créa le ciel et la terre, c’est comme si elle avait dit : et l’air et l’eau. Et comme ces gens se sont imaginé que l’origine de l’univers est l’eau, de même ils ont dit que la dissolution de l’univers se fera par l’eau, mais la première proposition disparaissant, la seconde disparaît aussi.
Le cinquième système est la théorie de celui qui a admis que les choses sont créées, seulement il leur a assigné comme origine l’élément de l’air[36], et beaucoup de gens ont émis cette hypothèse en se fondant sur l’analogie ou sur l’Écriture. Du côté de l’analogie, ils ont vu que les êtres vivants raisonnables et autres ne subsistent que par l’air, c’est l’air qui fait tourner la sphère la plus considérable[37], et dans toute chose creuse il y a de l’air. Ils ont cru donc qu’il est le plus noble des éléments et que c’est de lui que (les autres) ont été créés. Mais ils ont oublié que l’air ne se conçoit qu’entre deux corps extérieurs à lui, et qu’il n’est pas plus digne d’être l’origine des êtres vivants que les trois autres éléments, puisque c’est de leur réunion qu’est formé l’ensemble (de l’être vivant).
Du côté de l’Écriture ils ont vu que la Loi ne rapporte aucun des trois (autres) éléments au nom de Dieu. Je veux dire qu’elle n’a pas dit : Les cieux de Dieu ni la terre de Dieu, ni l’eau de Dieu, tandis qu’elle a dit : Et un souffle de Dieu[38]. Il serait impliqué par là qu’entre les éléments, celui de l’air est le plus noble et c’est de lui que (les autres) tireraient leur origine. Mais ils n’ont pas fait attention que ce (mot) termine l’attribution des éléments à la création divine : La terre et le ciel sont attribués à Dieu dans le premier verset, et dans le second, (l’Écriture) a établi que l’air et l’eau lui sont attribués. Ils ne se sont pas rappelé non plus le mot : Au-dessous des cieux de l’Éternel[39]. Ils ne demeurèrent pas dans la terre de l’Éternel[40]. Celui qui appelle les eaux de la mer et elles s’épanchent sur la terre : l’Éternel est son nom[41]. Tous les éléments sont donc également attribués (à Dieu).
De même qu’ils ont cru que l’origine de l’univers est l’air, de même ils ont cru qu’il se dissoudra en lui. Mais puisque leur argumentation sur le principe est renversée, le corollaire disparaît en même temps.
Le sixième système est la théorie de celui qui a admis que les choses sont créées, seulement il leur a assigné comme origine le feu[42]. Et nous trouvons que celui qui l’a cru s’est trompé au point de vue de l’analogie et de l’Écriture. Au point de vue de l’analogie, ayant remarqué que le feu est le plus élevé des éléments, que l’essence de la sphère suprême en est formée, et que tout se maintient par lui, il a cru que (le feu) est noble et le premier des éléments. Le point où il s’est trompé, c’est que si (le feu) est élevé, cela n’implique pas qu’il soit antérieur ; au contraire, s’il y a quelque chose à prouver, il est plus admissible qu’il ait été postérieur[43]. En outre, le monde ne subsiste pas par lui seul, mais par sa réunion avec les (autres éléments). De plus, comme il est d’une nature tout à fait simple, il est difficile d’admettre des composés de lui[44].
Au point de vue de l’Écriture, n’ayant pas trouvé de mention de la création du feu dans le texte de la Loi, le partisan de cette opinion s’est imaginé qu’il a reçu l’existence en premier[45]. Pour faire voir son erreur (il faut remarquer que) le feu se compose de deux feux, le (feu) sphérique et le (feu) terrestre. Le (feu) sphérique entre dans le mot : Le ciel. Quant au (feu) terrestre, il est caché dans la pierre et le bois, etc. Et comme il est expliqué que ce qui le contient est créé, lui qui y est contenu, est aussi créé.
Et de même qu’il a dit que l’origine de l’univers est le feu, de même il a dit qu’il se dissoudra en lui, d’autant plus qu’il voit le (feu) brûler toute chose, c’est comme s’il la faisait périr. Et nous nous disons qu’il ne la fait pas périr, mais qu’il en sépare les parties l’une de l’autre, et chaque partie rejoint son élément et (la partie) terreuse devient de la cendre. Et le principe de ce système étant détruit, ce qui en découle disparaît.
Le septième système est la théorie de celui qui a admis que les choses sont créées, seulement il a prétendu que la première chose créée, ce sont les nombres[46]. En effet, c’est par eux que les substances et les parties se différencient, c’est grâce à eux que se font la géométrie et les figures, puisque toute chose douée d’existence a nécessairement une forme quelconque. Or, la figure est antérieure dans l’ordre à l’objet doué de figure ; en effet, il a été dit que la forme a précédé dans l’ordre l’objet doué de forme, car celui-ci est sa matière[47]. Or — que Dieu ait pitié de toi ! — si l’auteur de cette théorie a eu en vue l’antériorité du nombre à la chose nombrée en puissance, non en acte, c’est alors une théorie juste et irrefutable, car nous soutenons que le nombre, en puissance, a devancé la chose nombrée, la forme a précédé la chose formée, la figure l’objet figuré, la géométrie le corps géométrique, et la composition est placée avant le composé, tout cela en puissance, non en acte. Mais s’il a voulu (parler de) leur passage à l’acte[48] et ce seraient des nombres purs, des compositions isolées, et des théorèmes abstraits, cela est inadmissible pour deux raisons : l’une est que (cette théorie) impliquerait qu’il y ait avec l’agent et l’agi une troisième chose : l’acte ; avec la chose formée et le formateur un autre objet nommé forme ; avec la créature et le créateur une autre substance qui serait la création et cela est absurde. La seconde raison est que parler de composition abstraite, de théorème pur, c’est se contredire, car une composition, un théorème, etc., exigent pour le moins deux termes[49] ou un nombre supérieur.
Le huitième système est la théorie de celui qui a admis que les choses sont créées, seulement il leur a assigné comme origine les nombres et les lettres ; et c’est la théorie de l’auteur de ce livre. En effet, il a admis comme origine de ce qu’a créé le Créateur — qu’il soit célébré et exalté ! — trente-deux choses, dont dix sont les nombres et vingt-deux les lettres. Toutefois, il ne prétend pas qu’ils (aient été) abstraits et isolés, il dit seulement que (Dieu) a créé l’air et il y a déposé ces trente-deux choses. D’après lui, l’air se compose de parties distinctes que le nombre traverse, et lorsqu’il s’avance d’après ces lignes directes et inféchies, il produit des figures. Et quand nous avons examiné cette théorie, nous l’avons trouvée juste sur ces points, mais il faut y ajouter ce que je vais exposer ci-après. Et de même pour les lettres, lorsque leur créateur les a déposées dans l’air, elles l’ont fendu et y ont créé des figures d’apparences diverses et des formes géométriques différentes, selon la faculté de chaque lettre isolée ou de chaque deux lettres (réunies) ou d’un composé de plusieurs lettres.
Remarque que tous nos docteurs[50] disent quelque chose de semblable à propos du passage relatif à la scène du mont Sinaï, car il est dit : Et tout le peuple voyait les sons[51]. Et (les docteurs) demandent comment est-il possible de voir les sons ? Ils expliquent alors que le Sage a fait descendre sur la montagne un feu puissant et éclatant, comme il est dit : Parce que l’Éternel était descendu sur le (Sinaï) dans le feu[52]. Puis il l’a entouré d’un nuage noir comme il est dit : Et la montagne était embrasée par le feu jusqu’au cœur du ciel : ténèbres, nuées, brouillard[53]. Et ces ténèbres sont le nuage noir ainsi qu’il est dit : Il fait des ténèbres son abri et met autour de lui (pour être) sa cabane les eaux sombres et les nuages épais[54]. Il a donc créé dans le feu la voix qui scintillait ; la voix sortait (du feu) et sa forme apparaissait dans le nuage selon l’impulsion que lui donnait le mouvement de la prononciation dans l’air ; le peuple regardait cette forme, et savait donc qu’elle était projetée par le scintillement du feu[55] dans l’air noir qui l’entourait, comme il est dit : L’Éternel vous a parlé du milieu du (feu)[56] et il est dit : Lorsque vous avez entendu la voix (sortant) du milieu des ténèbres[57].
Nous voyons d’ailleurs que lorsque quelqu’un parle dans un jour de froid, et que l’articulation[58] de ses sons déchire l’air, elle y produit des formes (variant) selon la marche que (les sons) y suivent en ligne droite ou en s’infléchissant. C’est de cette façon que l’auteur de ce livre a dit : Les nombres et les lettres sont les origines des choses ; il veut dire avec l’air, comme nous l’avons exposé.
Ce qui termine ce sujet, c’est le neuvième système. Le neuvième système est le meilleur système, et il comprend le septième et le huitième[59], c’est la parole par laquelle la Loi débute au commencement de la création, à savoir que le feu, l’air, l’eau, la terre avec toutes les compositions, combinaisons et formations, qui se trouvent dans ces deux derniers, ont été créés d’un seul coup par le Sage, ainsi qu’il est dit : Au commencement Dieu créa le ciel et la terre[60] ; d’après notre explication que les éléments de l’air et de l’eau sont compris avec la terre. Les prophètes l’ont expliqué (en disant) que le ciel et la terre ensemble ont été créés en un instant, ainsi que le Sage l’a dit dans son livre : Oui, ma main a fondé la terre, ma droite a développé le ciel, je les appelle et ils apparaissent ensemble[61]. Et les docteurs[62] ont donné la même explication dans la discussion de l’école de Sammay et de l’école de Hillel ; les uns disaient : Le ciel a été créé d’abord et ensuite la terre ; et les autres disaient : La terre a été créée d’abord et ensuite le ciel ; et l’assemblée a dit[63] : Tous deux ont été créés d’un coup. C’est ce que nous avons expliqué dans le commentaire de la Genèse, et nous avons tiré des comparaisons de l’animal, de la plante et des autres substances. Pour l’animal, c’est ainsi que l’embryon naît et que sa chair, ses os, ses vaisseaux, sa peau, et tout ce qui en est (formé), s’accroissent, sans qu’une chose soit antérieure à l’autre, mais tout est d’une seule production et (par) une seule nutrition. Pour la plante, c’est ainsi que se produit le fruit avec sa pulpe, son noyau, son écorce et sa queue, et tout ce qui s’y trouve, tout cela d’une seule production et d’une seule croissance, sans qu’une chose ait précédé une autre. Pour les (autres) substances, c’est ainsi que le feu brûle, et que sa substance, sa rougeur, son éclat et sa brûlure apparaissent ensemble d’un coup, sans que rien ait précédé rien d’autre. De même nous disons que le feu et l’air, l’eau et la terre, toute figure, toute forme et toute propriété mathématique ont été créés par le Créateur — qu’il soit exalté ! — ensemble en un instant dans le plus petit et le plus court temps qui soit.
Et maintenant que nous avons énuméré ces neuf systèmes, et exposé ce qui a poussé le partisan de chaque système à le soutenir[64], que nous avons ajouté ensuite ce qu’il y a à dire contre eux pour les réfuter, et qu’enfin nous avons choisi parmi eux le dernier système qui est la théorie de la (création) instantanée, nous nous mettrons à achever l’introduction de ce livre et nous dirons que les anciens ont transmis que ce livre a été composé par Abraham notre père, comme cela est expliqué à la fin : Et lorsque Abraham notre père l’eut compris, Dieu se révéla à lui. Mais ils ne disent pas qu’il ait employé les termes mêmes de ce livre tels qu’ils sont présentement : ils disent seulement qu’il a réussi à tirer ces idées de son intelligence, et il lui est venu à l’esprit que les nombres et les lettres étaient les origines des choses, comme nous l’expliquerons ; il a donc connu (ces idées) pour lui-même et les a enseignées aux monothéistes qui étaient avec lui. Elles se sont toujours transmises dans notre peuple sans être écrites, comme la Mischna a été transmise sans être écrite, et même une partie de la Bible est restée de longues années à l’état de tradition non écrite, comme les proverbes de Salomon qu’ont relatés les gens d’Ézéchias, roi de Juda[65]. Et lorsque est arrivé le temps où les docteurs de la nation se sont réunis, qu’ils se sont occupés des questions de la Mischna, les ont exprimées[66] par des mots qui leur étaient propres et les ont fixées, ils ont agi de la même façon pour ce livre ou pour ce qui se rapprochait des idées de ce livre, et il en est résulté ces divisions de paragraphes et cet ordre dans l’exposé. Quant à l’endroit où ce livre a été composé, c’est une ville de la Palestine, car nous y trouvons les noms des lettres conformes à la langue des Palestiniens, c’est-à-dire dal, tav[67], etc., et de même (la distinction) du resch daguesch et du resch rafé est conforme à leurs règles.
Et puisque nous en sommes arrivés à commencer le texte du livre, nous croyons bon de transcrire chaque paragraphe intégralement[68] et ensuite nous l’expliquerons, car ce livre n’est pas un livre répandu et en outre grand nombre de gens ne le comprennent pas ; (nous ferons ainsi) afin qu’il n’y entre pas d’altération ou d’erreur, et nous dirons pour commencer qu’il se compose de huit chapitres ou sections, chacun sur un sujet spécial. Nous allons donc expliquer le Premier chapitre.
[1] La version hébraïque de Munich paraphrase les mots إنتحى jusqu’à أما بعد par un morceau assez étendu en prose rimée. La traduction citée par Yehuda Barzilaï (p. 268) donne pour ainsi dire un résumé de cette paraphrase, qui est aussi en partie en prose rimée.
[2] Litt. : Précé. Nous corrigeons هدت en همت. H. יזמו = توهّمت. Cf. p. 5. C. met seulement בחקור pour rendre les deux verbes.
[3] H. et C. : Et ce ne sont pas seulement les enfants d’Israël, mais aussi les sages des nations qui ont été stupéfaits.
[4] Ici prophète est pris dans un sens large, car il s’agit de Salomon. Dans l’Alamanat walitiqadat (éd. Landauer, Leyde, 1880, p. 30), à propos de ce même verset, Salomon est simplement appelé walî.
[5] Ecclésiaste, vii, 24. Cf. Amanat (l.c.).
[6] Job, xii, 22.
[7] Ibid., xi, 6.
[8] Cf. Psaumes, xcii, 6.
[9] Au temps de S. les idées des philosophes grecs s’étaient répandues parmi les Juifs et les Arabes (voyez Guttmann, Die Religionsphilosophie des Saadia, p. 19). Nous savons que les Motazilites admettaient que le monde est formé d’atomes incessamment créés par Dieu. D’autre part, la doctrine de l’éternité du monde avait été reprise sur le philosophe caraïte Ibn-Awendi. Pour lui, la création n’était que la combinaison des atomes ou des éléments (voyez Fürst, Karaerthum, I, p. 70). Ce qui est surtout curieux, c’est qu’on prétendait appuyer par la Bible toutes les théories des philosophes grecs. On sait que dans l’Amanat, au chapitre de la création, S. énumère treize systèmes : 1° La création ex nihilo. 2° Un créateur et des atomes coéternels. 3° Le monde tiré de la substance divine et des atomes. 4° Le dualisme. 5° Le monde formé des quatre éléments primitivement isolés. 6° Le monde formé des éléments et d’une matière première. 7° Le monde formé par le ciel qui est un cinquième élément. 8° L’existence du monde due au hasard. 9° L’éternité du monde. 10° Le système de certains sophistes : le monde est créé et incréé. 11° Le scepticisme : rien n’est vrai, sauf la sensation. 12° Le scepticisme : rien n’est vrai, saufla sensation. 13° Le scepticisme absolu ou la sophistique. De ces treize systèmes, le premier, le deuxième et le dixième seuls se retrouvent ici. Comme il s’agit dans le Séfer Yesira d’expliquer l’origine du monde, S. s’est occupé spécialement des origines diverses assignées aux choses. Dans l’Amanat il s’agit de prouver la création : aussi S. s’applique-t-il à réfuter tous les systèmes qui la nient. Nous ne croyons pas, comme M. Guttmann (ibid., p. 26, 49, 75), qu’il faille supposer chez S. un progrès subit entre le Séfer Yesira (écrit en 931) et l’Amanat (écrit en 933). S. a appris de fort bonne heure la philosophie grecque, ainsi que le montrent ses commentaires sur le Pentateuque et les Proverbes, et ce n’est pas en deux ans qu’il aurait acquis une connaissance approfondie du platonicienisme. S. divise les systèmes conformément au but de l’ouvrage qu’il écrit, de même qu’il explique différemment les versets de la Bible suivant qu’il écrit des commentaires ou des ouvrages de théologie. (Voir Introduction, p. viii-ix.)
[10] Cf. Amanat, p. 63. C’est le système d’Aristote.
[11] Job, xxii, 15-16.
[12] S. donne à ארח le sens figuré de مذهب, qui, au sens propre, signifie marcher et par extension suivre.
[13] Dans Amanat (l. c.), S. réfute cette théorie en montrant qu’on ne peut pas arguer de l’état actuel du monde pour affirmer que le monde a toujours été de même. L’argument que S. oppose ici à ce système est dans l’Amanat, p. 36, appliqué au temps, et il y est un peu plus détaillé.
[14] Autrement il faudrait remonter jusqu’à l’infini, car un homme en supposerait toujours un autre avant lui ; mais il ne peut pas y avoir eu jusqu’ici une série infinie d’hommes, car cette série ne serait pas encore épuisée (voyez Amanat, l. c.).
[15] Isaïe, xlii, 9.
[16] Ecclésiaste, i, 4. Cf. Amanat, p. 70.
[17] S. admet comme postulat que toute chose sur laquelle s’est toujours exercée la contingence doit être elle-même contingente.
[18] Cf. Amanat, p. 41-48. C’est le système de Leucippe, de Démocrite et d’Épicure. (Cf. Guttmann, p. 45, n. 2, et 46, n. 1.) Les Motazilites admettaient aussi les atomes, mais créés perpétuellement par Dieu.
[19] Isaïe, xliv, 24 ; cf. Amanat, p. 32. Ici comme là-bas le texte porte מאתי qui est le Qeré, bien que le Ketib מי אתי « qui est avec moi » aurait été encore plus favorable à la thèse de Saadya.
[20] Voyez Guttmann, p. 49, n. 1.
[21] Ce passage se trouve sous une forme différente dans Aboda Zara, 3 b הקב »ה רוכב על כרוב קל שלו ושט בשמונה עשר אלף עולמות « Dieu monte sur son chérubin léger et plane dans dix-huit mille mondes » ; mais on appuie ceci sur le verset Psaume lviii, 18, et non sur Ézéchiel, xlviii, 35, qui est employé pour une autre interprétation (Sukka, 45 b, Sanhédrin, 99 b). Voyez le commentaire de Yehuda ben Barzillaï, p. 174, qui, dans le passage d’Aboda Zara, remplace שלו par שברא et ajoute ce même mot après עולמות.
[22] Litt. : Non de quelque chose, car, pour S., le néant serait encore quelque chose. Nous avons cru pouvoir négliger cette subtilité dans notre traduction.
[23] D’après Saadya même, le ciel est du feu ; voyez plus loin chapitre III, § 2, Amanat, p. 58-59.
[24] Ézéchiel, xlviii, 35.
[25] Hagiga, ii. 1. Nos textes portent רתוי, de même l’Arukh au mo רת(2) ; l’Arukh donne aussi la lecture ראוי qui se trouve dans Yehuda ben Barzillaï (p. 270). Cf. sur ce passage Amanat, 21, où Saadya dit que cette défense s’applique seulement à ceux qui veulent faire des spéculations personnelles et rejeter les croyances révélées (voyez aussi Guttmann, p. 77). Comme nous l’avons fait remarquer, dans le commentaire sur le Séfer Yetsira S. se place au point de vue philosophique, dans l’Amanat au point de vue théologique.
[26] La traduction porte Eliezer ben Arakh.
[27] Ces mots, empruntés à Ben Sira (III, 21-22) sont cités Hagiga, 13 a, au nom même de Ben Sira. Le Yeroushalmi Hagiga (II, 77 c) et le Berésit Rabba, section 8, donnent une version un peu différente et portent ר׳ לעזר בשם בן סירא. Comme l’a remarqué M. Kaufmann (Revue des Études juives, IV, 161 ; Yehuda ben Barzillaï, notes, p. 252), Éléazar ben Iraï est mentionné dans le Galuy de Saadya à côté de Ben Sira (Karmel, nouvelle série, I, p. 66).
[28] Job, xi, 7.
[29] Ibid., 8.
[30] Ibid., 9.
[31] Littéralement : Qui brillent, c’est-à-dire qui jettent une certaine lumière, mais qui n’ont pas la prétention de donner de la nature divine une idée adéquate à la réalité. (Cf. Maïmonide, Guide des Égarés, introduction, p. 11).
[32] Psaumes, lxxxvi, 8.
[33] C’est l’opinion de Thalès de Milet.
[34] Genèse, i, 2.
[35] La périphérie c’est le ciel qui entoure la terre et est formé de feu ; le centre c’est la terre ; entre le ciel et la terre se trouve l’atmosphère et l’eau qui couvrent le globe.
[36] C’est la doctrine d’Anaximène de Milet.
[37] Ce serait l’air qui donnerait l’impulsion à la sphère céleste.
[38] Genèse, i, 2.
[39] Lamentations, iii, 66.
[40] Osée, ix, 3.
[42] C’est le système d’Héraclite.
[43] Car il vaudrait mieux admettre que le centre est antérieur à la périphérie qui n’en est pour ainsi dire que le développement.
[44] Si le feu avait été l’origine unique des choses on ne comprendrait pas comment il a pu produire des composés, étant essentiellement simple.
[45] Comme M. Guttmann (p. 50) l’a remarqué, S. est en contradiction avec ce qu’il dit dans l’Amanat (p. 57), que personne, chez les Juifs, n’a pris le feu pour origine du monde. Il est bien possible que S. ait inventé ici l’argument tiré de l’Écriture par amour de la symétrie, pour laquelle notre auteur a un faible.
[46] C’est la doctrine de l’école pythagoricienne qui admettait que les nombres sont la raison et la matière des choses, que tout est fait par eux et avec eux.
[47] Cf. Maïmonide (ibid., III, 8, commencement).
[48] Litt. : À être agi.
[49] Saadya veut dire que non seulement on ne peut admettre une troisième chose, mais que cette troisième chose elle-même impliquerait forcément l’existence des deux autres et par conséquent ne peut pas être abstraite.
[50] Voyez Mekhilta, section Yitro, 9 (éd. Weiss, p. 79).
[51] Exode, xx, 8.
[52] Ibid., xix, 18.
[53] Deutéronome, iv, 11.
[54] Psaumes, xlviii, 12.
[55] Litt. : (La chose) lancée de ce qu’avait scintillé le feu.
[56] Deutéronome, iv, 12.
[57] Deutéronome, v, 20.
[58] Litt. : Les sections.
[59] En ce sens que les nombres et les lettres ont été créés en même temps.
[60] Genèse, i, 1.
[61] Isaïe, xlviii, 13.
[62] Hagiga, 12a.
[63] Les mots وقال الجمهور sont la traduction de וחכמים אומרים
[64] Les mots الى ان قال به ne sont ni très clairs, ni très sûrs. Les traductions paraissent avoir lu الى انقلابِه ; H. והפוכה, ce qui pourrait s’entendre de la dissolution du monde, contraire de la création ; C. עד סופו.
[65] Proverbes, xxv, 1.
[66] Litt. : Les ont couvertes.
[67] Cf. fin du chapitre VI. Il faut croire que dans l’Iraq, on disait ‘â, bâ, tâ, comme M. Nöldeke le pense pour le mandéen.
[68] H. a lu الى تمامه, il traduit עד תומו ; C. par contre כהוגן.
Commentaire sur le Séfer Yeṣira ou Livre de la Création par le Gaon Saadya de Fayyoum. Publié et traduit par Mayer Lambert. Paris, 1891. [Version numérisée : Google].