Commentaire sur le Séfer Yeṣira ou Livre de la Création par Saadia Gaon
Chapitre 5
Trad. Mayer Lambert (1891)
Note sur l’édition du chapitre 5 et des suivants[1]
Ce qu’il dit à propos de chaque lettre : (Dieu) lui a attaché une couronne, est (conforme à) un principe des anciens — d’heureuse mémoire ! — car une de leurs traditions est que les lettres ont été révélées avec des ornements et des couronnes, comme ils disent : Sept lettres exigent chacune trois ornements, à savoir : schin, ‘ayin, ṭet, nun, zayin, guimel, ṣadé[2], il en est de même pour chaque lettre. Et parfois il est des lettres chez lesquelles (ces ornements) augmentent ou restreignent les déductions qu’on en tire, comme cela est expliqué dans le Livre des couronnes[3]. (Les anciens) ont aussi cette tradition que lorsqu’on n’a pas écrit soigneusement les couronnes dans un livre de la loi, il n’est pas permis de prononcer sur lui la bénédiction, ni d’y lire en public. Et ils disent que pour cela, celui qui expédie rapidement (un livre de la loi) ne vivra pas. Les anciens faiseurs d’amulettes disaient que si elles n’ont pas été écrites avec leurs couronnes, elles ne servent à rien. De même l’auteur de ce livre dit qu’il n’y a pas moyen de faire avec la lettre le corps triangulaire, carré, replié ou formé en chaîne ou convexe qu’elle était destinée (à produire), à moins qu’elle n’ait sa couronne, c’est pourquoi il dit : Il lui a attaché sa couronne. S’il dit pour chaque (lettre) : Il les a multipliées l’une avec l’autre, c’est que s’il l’avait laissée isolée, il n’en serait résulté aucun composé ; il n’en est résulté de composé que par son mélange avec une autre (lettre). Si (tel acte) est attribué à cette lettre toute seule, c’est qu’elle est la plus forte et la plus fine, ou qu’elle est répétée deux fois ou davantage ; ainsi nous savons que dans la pluie chaude il y a du froid, et que dans (la pluie) froide il y a de la chaleur, seulement nous qualifions (la pluie) d’après la qualité dominante. De même nous constatons que le juste n’est pas exempt de péchés et que le méchant forcément agit bien un jour ; mais nous les nommons d’après la majorité de leurs actes.
(L’auteur) dit à propos de chaque lettre : veṣar bô ; il veut dire par là veyaṣar bô (et il a formé avec elle) ; mais le yod est supprimé, à l’instar d’autres aphérèses qui ont lieu dans la Bible ; par exemple : naḥnu (pour anaḥnu)[4], et dans la Mischna comme il est dit : ḥab[5] au lieu de ḥayyab. Et dans la langue des poètes on dit : rad pour yarad ; on emploie ‘aṣ pour ya‘aṣ et aussi rasch pour yarasch et beaucoup de mots semblables. En arabe, de même, on dit yâ ṣaḥ pour yâ ṣaḥib ; on dit : faïn yaku pour faïn yakun.
Par le mot : mâle et femelle, comment les a-t-il multipliés ? (l’auteur) entend que l’élément qui achève la procréation détermine le sexe masculin ou féminin, comme nous l’avons dit plus haut[6]. De même, il détermine la force ou la faiblesse dans les autres êtres.
Et (l’auteur) nous aide dans le chapitre de la multiplication, (en nous montrant) qu’il faut multiplier en procédant du plus rapproché (au plus éloigné) ; or le plus proche d’après l’ordre des mots c’est ’ascham qui se rapproche plus de ’émésch, puis maschscha’ qui est l’inverse de émèsch, puis mê’êsch qui en est le plus près, puis schèim qui est l’inverse (de mê’êsch), puis schemma’ qui en est le plus près. Et nous suivrons ce procédé à l’égard des mots de quatre lettres, de cinq lettres et d’autant (de lettres) que les mots peuvent en avoir.
Énoncé du Sixième chapitre.
[1] Pour l’énoncé de ce chapitre et des suivants, voyez notre traduction p. 6-10.
[2] Menaḥot, 29b.
[3] Publié par M. l’abbé Bargès. Paris, 1866. V. J. Derenbourg, Notes épigraphiques, p. 134-155.
[4] Nombres, xxii, 32.
[5] Baba Qama, i, 2.
[6] P. 82.
Commentaire sur le Séfer Yeṣira ou Livre de la Création par le Gaon Saadya de Fayyoum. Publié et traduit par Mayer Lambert. Paris, 1891. [Version numérisée : Google].