تفسير كتاب المبادئ

Commentaire du Sefer Yeṣira — Livre de la Création

Saadia Gaon (882-942)

Trad. Mayer Lambert (1891)

Chapitre 6 — الفصل الוׄ[164]

*[אׄ] שתים עשרה פשוטות הׄ וׄ זׄ חׄ טׄ יׄ לׄ נׄ סׄ עׄ צׄ קׄ חקקן חצבן[165] *צרפן שקלן והמירן[166] *וצר בהן מזלות חדשים ומנהגים[167] שני לעיזים ושני עליזים שני נועצים ושני עליצים והן קרקבנין ושתים ידים ושתי רגלים[168] *עשאן כעין מריבה[169] וערכן כמין מלחמה וזה לעומת זה עשה האלהים[170]

6:1

Sefer Yeṣira — trad. Lambert — 6:1

Douze simples : (ה), vav (ו), zayin (ז), ḥet (ח), ṭet (ט), yod (י), lamed (ל), nun (נ), samekh (ס), ʿayin (ע), ṣadé (צ), qof (ק). Il les a tracées, taillées, multipliées, équilibrées et permutées et il a créé avec elles les signes du zodiaque, les mois et les organes directeurs : deux agités[12′], deux tranquilles[13′], deux délibérants[14′], deux gais (qui sont les deux intestins)[15′], les deux mains, les deux pieds[16′]. Il les a mis comme en lutte et les a rangés comme en bataille. Dieu a fait l’un en face de l’autre.


בׄ שלשה אחד אחד[171] לבדו[172] שבעה חלוקין[173] שלשה *על גבי[174] שלשה ואחד חוק מכריע בינתים שנים עשר עומדין[175] במלחמה שלשה אוהבים ושלשה אויבים[176] שלשה ממיתים ושלשה מחיים[177] והולן אדוקין זה עם זה[178] *וסימן לדבר עשרים ושנים[179] חפצים וגוף אחד[180]

6:2

Sefer Yeṣira — trad. Lambert — 6:2

Trois, chacun à part ; sept divisés trois au-dessus de trois, et l’un la règle qui met l’équilibre entre eux. Douze placés en bataille : trois amis, trois ennemis, trois meurtriers et trois résurrecteurs et tous attachés l’un à l’autre[17′] ; signe de la chose : vingt-deux objets et un corps.


גׄ כאיוצד צרפן הׄוׄ וׄהׄ זׄחׄ חׄזׄ טׄיׄ יׄטׄ לׄנׄ נׄלׄ סׄאׄ אׄסׄ צׄקׄ קׄצׄ

6:3

Sefer Yeṣira — trad. Lambert — 6:3

De quelle façon les a-t-il multipliées : (ה) vav (ו), vav (ו) (ה), zayin (ז) ḥet (ח), ḥet (ח) zayin (ז), ṭet (ט) yod (י), yod (י) ṭet (ט), lamed (ל) nun (נ), nun (נ) lamed (ל), samekh (ס) ʿayin (ע), ʿayin (ע) samekh (ס), ṣadé (צ) qof (ק), qof (ק) ṣadé (צ).


דׄ המליך את הי וקשר לו כתר *וצרפן זה עם זה[181] וצר בו טלה בעולם וניסן בשנה וכבד בנפש

6:4

Sefer Yeṣira — trad. Lambert — 6:4

Il a fait régner le (ה), lui a attaché une couronne, il les a multipliés l’un avec l’autre, et il a créé avec lui le Bélier dans le monde, nisan dans l’année et le foie dans la personne.


הׄ המליך את וא וקשר לו כתר *וצרפן זה עם זה[182] וצר בו שור בעולם ואייר בשנה ומרה בנפש

6:5

Sefer Yeṣira — trad. Lambert — 6:5

Il a fait régner le vav (ו), lui a attaché une couronne, les a multipliés l’un avec l’autre, il a créé avec lui le Taureau dans le monde, iyyar dans l’année, la bile dans la personne.


וׄ המליך את זין וקשר לו כתר *וצרפן זה עם זה[183] וצר בו תאומים בעולם וסיון בשנה וטחול בנפש

6:6

Sefer Yeṣira — trad. Lambert — 6:6

Il a fait régner le zayin (ז), lui a attaché une couronne, les a multipliés l’un avec l’autre, et a créé avec lui les Gémeaux dans le monde, sivan dans l’année et la rate dans la personne.


זׄ המליך את חת וקשר לו כתר וצרפן זה עם זה וצר בו סרטן בעולם ותמוז בשנה ומסס בנפש

6:7

Sefer Yeṣira — trad. Lambert — 6:7

Il a fait régner le ḥet (ח), lui a attaché une couronne, les a multipliés l’un avec l’autre et a créé le Cancer dans le monde, tammuz dans l’année et l’estomac dans la personne.


חׄ המליך את טת וקשר לו כתר וצרפן זה עם זה וצר בו אריה בעולם ואב בשנה וכולית שלימין בנפש

6:8

Sefer Yeṣira — trad. Lambert — 6:8

Il a fait régner le ṭet (ט), lui a attaché une couronne et les a multipliés l’un avec l’autre et a créé avec lui le Lion dans le monde, ab dans l’année, le rein droit dans la personne.


טׄ המליך את יוד וקשר לו כתר וצרפן זה עם זה וצר בו בתולה בעולם ואלול בשנה וכוליה שלשמאל בנפש

6:9

Sefer Yeṣira — trad. Lambert — 6:9

Il a fait régner le yod (י), il lui a attaché une couronne, il les a multipliés l’un avec l’autre et a créé avec lui la Vierge dans le monde, élul dans l’année et le rein gauche dans la personne.


יׄ המליך את למד וקשר לו כתר וצרפן זה עם זה וצר בו מאזנים בעולם ותשרי בשנה וקרקבן בנפש

6:10

Sefer Yeṣira — trad. Lambert — 6:10

Il a fait régner le lamed (ל), il lui a attaché une couronne, il les a multipliés l’un avec l’autre et a créé avec lui la Balance dans le monde, tischri dans l’année, l’intestin abstinent dans la personne.


יׄאׄ המליך את נון וקשר לו כתר וצרפן זה עם זה וצר בו עקרב בעולם ומרחשון בשנה וקיבה בנפש

6:11

Sefer Yeṣira — trad. Lambert — 6:11

Il a fait régner le nun (נ), lui a attaché une couronne, les a multipliés l’un avec l’autre, et il a créé le Scorpion dans le monde, marheschvan dans l’année, l’intestin aveugle dans la personne.


יׄבׄ המליך את סמך וקשר לו כתר וצרפן זה עם זה וצר בו קשת בעולם וכסלו בשנה יד ימין בנפש

6:12

Sefer Yeṣira — trad. Lambert — 6:12

Il a fait régner le samekh (ס), lui a attaché une couronne, les a multipliés l’un avec l’autre et a créé le Sagittaire dans le monde, kislev dans l’année, la main droite dans la personne.


יׄגׄ המליך את עין וקשר לו כתר וצרפן זה עם זה וצר בו גדי בעולם וטבת בשנה ויד שמאל בנפש

6:13

Sefer Yeṣira — trad. Lambert — 6:13

Il a fait régner le ʿayin (ע), lui a attaché une couronne, il les a multipliés l’un avec l’autre et a créé avec lui le Capricorne dans le monde, tébet dans l’année, la main gauche dans la personne.


יׄדׄ המליך את צדי וקשר לו כתר וצרפן זה עם זה וצר בו דלי בעולם ושבט בשנה ורגל ימין בנפש

6:14

Sefer Yeṣira — trad. Lambert — 6:14

Il a fait régner le ṣadé (צ), lui a attaché une couronne, il les a multipliés l’un avec l’autre et il a créé avec lui le Verseau dans le monde, schebat dans l’année, le pied droit dans la personne.


הׄיׄ המליך את קוף וקשר לו כתר וצרפן זה עם זה וצר בו דגים בעולם ואדר בשנה ורגל שמאל בנפש

6:15

Sefer Yeṣira — trad. Lambert — 6:15

Il a fait régner le qof (ק), lui a attaché une couronne et a créé avec lui les Poissons dans le monde, adar dans l’année et le pied gauche dans la personne.


יׄוׄ חיצה את העדים והעמידן אחד אחד לבדו עולם לבדו ושנה לבדה ונפש לבדה[184]

6:16

Sefer Yeṣira — trad. Lambert — 6:16

Il a divisé les témoins, les a placés chacun à part, le monde à part, l’année à part et la personne à part.

Saadia Gaon — Trad. Lambert — 6

Nous commencerons par les mots rares qu’il y a dans ce chapitre, et nous dirons : La traduction de schené le‘zîzîm est deux inconstants. L’origine du mot est une comparaison empruntée à mecam lo‘ez (peuple parlant une langue barbare)[1]. Et (l’auteur) entend par là le foie et la bile, parce qu’ils produisent l’inconstance, le foie étant la source du sang et la bile l’endroit du fiel ; or le foie est avide de nourriture et la bile de colère et tout le monde sait que l’on dit de celui qui ne s’échauffe pas : Il n’a pas de bile.

La traduction de schené ‘alîzîm est : deux (organes) stables qui cherchent le repos, comme ha‘aliza[2]. (L’auteur) entend par là la rate, parce qu’elle est l’endroit de la (bile) noire, et elle a la nature de la terre ; puis l’estomac qui s’appelle mesês dans la langue de la Mischna ; lui aussi retient seulement le manger par la force de rétention qu’il possède, et il est froid et sec. Il a bien trois autres forces : la force attractive, la force digestive et la force expulsive, mais c’est que celle-là lui est plus particulière et qu’elle ressemble davantage à la nature de la rate.

La traduction de schenê no‘aṣîm est deux délibérants, comme le mot : no‘aṣim[3] (de la Bible), et (l’auteur) entend par là les deux reins. En effet ils ont une action propre à encourager l’homme : quand celui-ci voit l’œuvre en bonne voie, alors une force descend rapidement dans le diaphragme, de sorte qu’elle arrive aux reins, et elle procure à l’homme un encouragement pour cette œuvre. Et c’est pourquoi le prophète a dit : Car toi tu as créé mes reins[4].

La traduction de schenê ‘aliṣim est : deux se réjouissant et louant, comme il est dit : Mon cœur se réjouit (‘alaṣ) dans l’Éternel[5]. L’auteur a en vue les deux intestins : l’intestin abstinent (œsophage) et l’intestin borgne[6] (l’estomac). Le premier s’appelle Qorqeban et le second Qéba. Dans le premier, le manger ne reste pas, c’est pourquoi il est appelé abstinent, et dans le second entre le résidu jusqu’à ce qu’il pourrisse, parce que s’il ne pourrissait pas et que son odeur ne devenait fétide, la nature ne le pousserait pas en bas, elle le maintiendrait au contraire. Mais lorsqu’il pourrit, il sort d’où il est entré, et c’est pourquoi il est appelé borgne, puisqu’il n’a qu’une seule ouverture, et ils ont été appelés ensemble qorqebanin, par métaphore, parce que qorqeban est le nom de l’intestin de l’oiseau, comme il a été dit pour les signes de (l’oiseau) pur : qorqebano niqlaf[7], dont la traduction est que son intestin s’épluche de lui-même. Telle est l’explication des douze organes. Le reste de l’anatomie des intestins après ce que nous avons exposé rentre dans le mot ventre, comme ce qui reste de l’anatomie de la tête après les sept portes rentre dans le mot tête, et ce qui reste des membres des corps rentre dans le mot corps.

Par le mot : Il les a façonnés comme (pour) une sorte de lutte et les a rangés comme (pour) une sorte de guerre, (l’auteur) veut dire que parmi ces forces qui appartiennent à ces douze organes il en est de contraires, qui se font opposition l’une à l’autre, et leur marche, lorsque le tempérament commence à se modifier et qu’il passe d’une qualité à une autre, ressemble à celle de la dispute lorsqu’elle commence à s’élever entre deux hommes ; au début elle est faible, puis elle s’étend comme la brèche produite par l’eau, comme il est dit : Commencer une dispute, c’est ouvrir une brèche à l’eau[8]. Lorsque le caractère se fortifie, la lutte survient et ne cesse pas jusqu’à ce que l’avantage reste soit à la vie, soit à la mort, et c’est pourquoi le jour de la mort est appelé : agonie, c’est-à-dire la lutte des éléments. C’est le mot : Il n’y a pas de pouvoir au jour de la mort, et il n’y a pas de dispense à l’agonie[9]. Cela ressemble à la lutte du feu avec les épines, jusqu’à ce qu’il les ait brûlées, comme il est dit : Qui me rendrait semblable aux ronces et aux épines quand (le feu) les attaque ; pour un peu, je les brûlerais ensemble[10].

Quant au mot : Il les a mis l’un en face de l’autre[11], c’est une des preuves que les choses ont un Auteur qui les compose, parce que nous avons vu que toutes les choses dont la nature est hostile, comme le chaud et le froid, l’humide et le sec, sont devenues grâce à lui une seule chose et ont été retenues en un seul endroit.

Puis (l’auteur) ajoute : Et les sept ressemblent à trois individus qui discutent avec trois autres et un décide entre eux. S’il a mis le nombre trois, c’est parce que la décision n’est prise que sur trois avis et trois conseils et c’est pourquoi les procès civils sont jugés par trois[12].

Et les douze ressemblent à douze individus en guerre, trois tuent et trois ressuscitent, trois sont tués et trois sont ressuscités. Tant que ceux qui tuent et ceux qui ressuscitent sont d’égale force, les douze restent en entier, parce que nous concevons que celui qui a tué celui-ci, celui-là le ressuscite ; et si l’une des forces l’emporte, le tout périt. Il convient que j’explique comment le tout périt, alors qu’il (semble qu’il) conviendrait seulement de parler de vie et de mort pour les six qui subissent l’action, non pour les six qui agissent. Je dirai donc : Parce que les six qui agissent ne subsistent que tant qu’existe leur action, qui est leur nature et leur élément, comme le feu ne dure qu’avec la combustion, et si l’action cesse, il disparaît. De même, si ceux qui tuent l’emportent, ceux qui ressuscitent ne vivent plus, par suite de ce que leur action cesse, ni ceux qui tuent non plus, puisqu’il ne leur reste rien à tuer ; leur action a donc cessé à eux aussi. De même inversement si ceux qui ressuscitent l’emportent, ceux qui tuent disparaissent parce que leur action cesse ; ceux qui ressuscitent n’ont plus rien à faire, puisqu’il n’y a plus de meurtrier ni de tué ; ils disparaissent eux aussi[13]. Tous les douze restent donc, tant que dure leur lutte, d’après ce qui a été exposé, c’est là une proposition subtile. Et c’est pour cette raison qu’il ajoute : vekullan aduqin zè bezè ; il veut dire adhérents, attachés comme ont dit les sages : Deux (hommes) qui tiennent (adûqîn) un contrat[14], deux (hommes) qui tiennent un talet[15], pour : deux qui saisissent (oḥazîn). Si (l’auteur) nomme les lettres zayin, ‘ayin, dalet, ṣadé, c’est que, comme nous l’avons dit plus haut[16], il se sert de la langue de la Palestine.

Énoncé du Septième chapitre.

SourcesCommentaire sur le Séfer Yeṣira ou Livre de la Création par le Gaon Saadya Gaon de Fayyoum. Publié et traduit par Mayer Lambert. Paris, 1891. [Version numérisée : Google].

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