Commentaire de R. Tan’houm sur le Livre de ‘Habakkuk

Introduction de Salomon Munk

Trad. Salomon Munk (1843)


Lorsque, au mois d’août 1835, je visitai la bibliothèque Bodléienne, à Oxford, pour y examiner les différents manuscrits de l’original arabe du Moré Neboukhîm, et pour les copier en partie, j’employai quelques jours de loisir à parcourir les trésors de la littérature rabbinique arabe qui se conservent dans cette bibliothèque, et à en faire plusieurs extraits que je me proposais de publier sous le titre de Chrestomathie arabe-rabbinique. Mais le peu d’encouragement que trouvent les travaux de cette nature et de nombreux obstacles matériels ne m’ont pas permis de réaliser mon projet, et j’ai dû renoncer, pour le moment, à cette publication ainsi qu’à celle du Moré, à laquelle j’avais déjà fait maint sacrifice, et que peut-être je réaliserai un jour si les circonstances deviennent plus favorables. En attendant, afin que mes recherches ne fussent pas entièrement perdues pour les amateurs de la littérature rabbinique, je résolus de publier de temps en temps, à mesure qu’il s’en présenterait une occasion, quelques morceaux détachés ayant rapport à l’histoire et à la littérature des Juifs arabes, comme je l’ai déjà fait dans mes Notices sur R. Saadia Gaon [1] et sur Joseph ben Iehouda [2]. Parmi les articles que j’avais préparés pour la Chrestomathie, celui que je publie aujourd’hui est un des plus importants : c’est le commentaire sur Ḥabakkouk, tiré du כתאב אלביאן de R. Tan’houm.

Tan’houm ben-Joseph de Jérusalem, dont Pococke a apporté les ouvrages en Europe, mais dont jusqu’ici on n’a pu découvrir aucune trace dans les auteurs juifs, écrivait après la mort de Maïmonide, dont il parle avec une grande vénération. Un des manuscrits des ouvrages de Tan’houm porte la date de 1691 de l’ère des contrats, qui correspond à l’année 1380 de l’ère chrétienne ; il est donc certain que cet auteur florissait au XIIIe ou au XIVe siècle. Mais je ne crois pas me tromper en le plaçant vers le milieu du XIIIe siècle, car dans les parties de son commentaire que j’ai eues sous les yeux, et où l’on trouve souvent les noms de R. Iehouda Hayyoudj et d’Aboulwalîd ou R. Iona ben-Djanna’h, je n’ai jamais rencontré celui de R. David Kim’hi, et si ce nom s’y trouvait cité quelque part, Pococke, qui a lu avec soin tous les ouvrages de Tan’houm, n’aurait pas manqué de s’en apercevoir Cependant les écrits de Kim’hi étaient généralement connus, même en Orient, avant la fin du XIIIe siècle, et R. Tan’houm aurait souvent trouvé l’occasion de les citer, s’il avait écrit après Kim’hi. L’époque que j’assigne à R. Tan’houm me semble d’ailleurs assez clairement indiquée dans un passage de la préface de son dictionnaire rabbinique, et je crois pouvoir conclure de ce passage qu’il n’écrivait pas bien long-temps après Maïmonide. Après avoir parlé de la décadence des études, causée par les troubles et les malheurs qui affligeaient cette époque, et qui permettaient à peine, au milieu de tant de préoccupations, qu’on s’occupât de la lecture du texte biblique, et, à plus forte raison, d’autres études, il ajoute que Dieu, cependant, conformément à sa promesse (Deut. 31, 21), n’a pas voulu que la loi fût oubliée dans Israël :

Il a donc fait paraître la guérison, et il l’a préparée d’avance pour les hommes qui devaient être punis et blessés par leurs péchés, comme on dit : מקדים רפואה למכה il fait précéder la guérison à la blessure ; et il a fait naître pour eux, avant cette époque de dur châtiment, un homme qui pût faire ressusciter les âmes du peuple d’Israël après leur mort, revivre ses forces après leur chute, et rallumer ses lumières après leur obscurcissement. C’est le grand homme, le Gaon, le souverain du siècle, ou plutôt le souverain des siècles, le maître parfait, notre docteur Moïse (ben-Maïmoun), etc., etc.[3] 

Quoique les auteurs juifs gardent un profond silence sur R. Tan’houm, il a dû jouir autrefois d’une grande renommée parmi les Juifs d’Orient. Dans l’épigraphe de ses commentaires sur les Prophètes, il est nommé כבוד גדולת קרושת מר׳ ורב׳ הרב ר׳ תנחום הירושלמי ז״צ״ל. On donne les mêmes titres honorifiques à son père Joseph, qui a dû être un des rabbins les plus célèbres de son temps, car on lui donne l’épithète de הרב הגדול בישראל. Mais il faudra probablement renoncer à jamais à connaître le moindre détail de la vie de notre auteur, à moins qu’un examen minutieux de ses ouvrages, ou un heureux hasard, ne nous fasse faire un jour quelque découverte inattendue. Si Pococke n’avait pas apporté en Europe une partie de ses savants ouvrages, le nom de R. Tan’houm serait aujourd’hui enseveli dans un profond oubli. Les Juifs d’Orient n’ont conservé de lui aucun souvenir ; en Égypte, où j’ai cherché à recueillir quelques débris des monuments littéraires des Juifs arabes, personne ne connaissait le nom de R. Tan’houm, et il était également ignoré par tous les Juifs de Syrie que j’ai eu l’occasion d’interroger à cet égard.

Voici maintenant les ouvrages de R. Tan’houm parvenus à notre connaissance :

כתאב אלביאן le Livre de l’explication. C’était un commentaire sur toute la Bible, précédé d’un discours préliminaire qui portait le titre de אלכליאת généralités, et qui était une introduction critique et philosophique à l’Écriture sainte. Dans ce discours, l’auteur traitait des métaphores, des expressions paraboliques, des difficultés chronologiques, des variantes du texte, des anomalies grammaticales, etc. L’auteur y renvoie souvent dans ses commentaires [4]. Malheureusement cette précieuse introduction paraît être perdue pour toujours. Pococke n’a pu se la procurer, et, à ce que j’ai appris à Oxford, les recherches que le savant professeur Pusey a fait faire récemment à ce sujet dans différentes contrées de la Syrie, ont été sans résultat. Le commentaire lui-même ne nous est parvenu qu’imparfaitement ; voici les différentes parties que possède la bibliothèque Bodléienne.

A. Commentaire sur les premiers prophètes, cod. Pocock, 314 (Catal. d’Uri, hebr. no 81). Ce manuscrit in-fol. est de l’an 1691 des contrats (1380).

B. Commentaire sur Jérémie, Ézéchiel et les douze petits prophètes, cod. Poc. 344 (Uri, 82), in-fol.

C. Commentaire sur les cinq Meghilloth et sur Daniel, cod. Poc. 320 (Uri, 83), in-fol. Un fragment du Commentaire sur Kohèleth se trouve aussi dans le Cod. Huntington, 616 (Uri, 48), in-4°. Voy. le catalogue de Nicoll et Pusey, p. 560.

Traduction arabe des Haphtarôth, cod. Hunt. 607 (Uri, 158). Ce manuscrit, comme l’a fait observer M. Pusey (l. c. pag. 561), et comme j’ai pu m’en convaincre moi-même, ne renferme qu’une simple traduction et non pas un commentaire, comme le dit Uri.

אלמרשד אלכאפי Le Guide suffisant. C’est un dictionnaire pour le Yad ’hazakah de Maïmonide et pour la Mischnah. Dans une longue préface, l’auteur expose le but et le plan de cet ouvrage. Le ’Arouch, dit-il, étant devenu fort rare, et le Mischné Thorah (ou Yad ’Hazakah) devant tenir lieu de tout autre ouvrage thalmudique, il a composé ce dictionnaire, pour servir de complément à l’ouvrage de Maïmonide et pour en faciliter la lecture. Mais, en même temps, il a cru devoir expliquer les mots de la Mischnah qui ne se trouvent pas dans le Mischné Thorah. L’auteur fait à ce sujet un éloge pompeux de Maïmonide et de ses ouvrages, auxquels, dit-il, on peut appliquer, en réalité et sans métaphore, en les comparant aux ouvrages des autres, ces vers de R. Iehouda Halévi :

וְגַם כִּי שִׁמְשְׁכֶם כִּסָּה מְאוֹרִי
וְעִם שֶׁמֶשׁ הֲיָאִיר אוֹר מְנוֹרָהּ

« Oui, certes, votre soleil a couvert ma lumière ; car la lumière d’une lampe saurait-elle briller à côté du soleil [5] ? »

L’auteur entre ensuite dans quelques détails sur le langage de la Mischnah et de l’ouvrage de Maïmonide et sur ses rapports avec l’hébreu biblique. Les observations qu’il fait à la fin de la préface pour justifier la formation de nouveaux verbes tels que תרם, התחיל, etc., sont toutes empruntées à la préface du כתאב אללמע d’Aboulwalîd.

Le Morschid ne saurait entièrement remplacer le ’Arouch ; mais il est plein de détails curieux, dont la publication serait d’une grande utilité. La bibliothèque d’Oxford possède plusieurs exemplaires de cet important ouvrage :

  • Cod. Poc. 297 (Uri, 460) in-fol. de l’année 5148 (1388).
  • — Hunt. 129 (Uri, 468) — — — 5211 (1451).
  • — Hunt. 621 (Uri, 470) — — — 5153 (1393).
  • — Poc. 215, 216, 229, (Uri, 477–79), 3 vol. in-4o, de l’année 1760 des contrats (1449).

ספר רקדוקי התורה והסוד Livre des subtilités de la Loi et du mystère, en hébreu ; cod. Hunt. 216 (Uri 275). C’est, selon le catalogue d’Uri, un abrégé du droit judaïque, tiré du Yad ’Hazakah de Maïmonide.

Les ouvrages arabes de R. Tan’houm n’ont jamais été traduits en hébreu. Depuis l’époque de Maïmonide, les Juifs d’Europe étaient assez riches eux-mêmes en ouvrages de théologie et d’exégèse, écrits en hébreu, pour pouvoir se passer des travaux des Juifs arabes. Les ouvrages de Maïmonide furent les derniers qu’on traduisit en hébreu. La barbarie qui envahissait peu à peu les Juifs d’Orient et les troubles qui agitaient l’Asie, ont fait périr probablement beaucoup d’ouvrages importants dont les noms mêmes n’ont pu être arrachés à l’oubli. C’est le hasard qui nous a conservé quelques ouvrages arabes postérieurs à Maïmonide, comme, par exemple, quelques parties du כתאב אלכפאיה d’Abraham, fils de Maïmonide, et ses commentaires sur la Genèse et l’Exode, les œuvres de R. Tan’houm, le commentaire sur le Sepher Yecira de R. Iehouda ben-Nissim et quelques écrits moins importants.

On ne connaît des commentaires de R. Tan’houm que les extraits donnés par Pococke et Schnurrer[6]. Pococke qui, avec raison, attachait un grand prix aux ouvrages de R. Tan’houm [7], s’était proposé de publier ses commentaires [8]. De notre temps, M. Pusey a eu le même projet, et il avait déjà achevé en grande partie la copie du texte, lorsque des travaux théologiques d’une autre nature l’ont fait renoncer à cette publication. Les copies de M. Pusey se trouvent maintenant entre les mains du savant orientaliste M. Cureton, l’un des conservateurs du British Museum, qui a fait imprimer récemment, comme spécimen, le commentaire sur les Lamentations de Jérémie. Nous regrettons de n’avoir pu encore nous procurer ce travail.

En attendant que les commentaires qui nous restent de R. Tan’houm puissent être publiés en entier, on accueillera avec intérêt l’extrait étendu que nous en donnons aujourd’hui, et qui suffira pour faire apprécier, mieux qu’on ne l’a pu jusqu’à présent, l’importance de ces commentaires et la méthode exégétique de R. Tan’houm. Cet auteur révèle, dans ses différents écrits, des connaissances très-variées, et il se montre très-versé dans la langue arabe, dont la terminologie grammaticale lui est très-familière et dans laquelle il s’exprime quelquefois avec une certaine élégance, lorsque le sujet s’y prête, comme, par exemple, dans la préface du Morschid, où nous trouvons aussi un témoignage de ses lectures profondes, dans la citation d’un poète arabe [9]. La philosophie arabe et sa terminologie lui sont également familières. — Ses interprétations du texte biblique sont généralement simples et littérales, aussi éloignées du mysticisme cabalistique que de la méthode allégorique des Midraschistes et des philosophes, et ses commentaires peuvent occuper une place honorable à côté de ceux d’Ibn-Ezra et de Kim’hi. Ça et là on peut lui reprocher un peu de prolixité ; mais les nombreuses citations qu’il fait des commentaires alors en vogue, si elles n’offrent pas toujours une utilité réelle pour l’intelligence du texte, ne sont pas du moins sans intérêt pour l’histoire de l’exégèse biblique.

Le manuscrit unique dont nous nous sommes servi pour cette publication (Cod. Pococke, 344) n’étant pas toujours très-correct, nous avons été obligés çà et là de corriger le texte arabe, mais nous avons eu soin de mettre les leçons du manuscrit au bas du texte, afin que le lecteur pût juger par lui-même de la valeur de nos corrections.

Nous accompagnons le texte arabe d’une traduction française et de notes. Malgré les difficultés qu’offre au traducteur le langage concis et elliptique des scoliaste arabes, nous avons cherché à rendre la traduction aussi littérale que possible, en ajoutant souvent, entre parenthèses, quelques mots servant à compléter la phrase et à la rendre plus claire. Nous avons voulu par là faciliter la lecture de ce morceau, afin qu’il pût servir d’exercice aux jeunes théologiens juifs qui désireraient s’initier dans les écrits des rabbins arabes.


[1] Voy. le tome XX de la Bible de M. Cahen.

[2] Voy. le Journal Asiatique, mois de juillet 1842.

[3] [Texte hébraïque non repris ici].

[4] Voy. par exemple sa note à Josué, 15, 63, citée par Pococke dans ses Not. miscell. ad Pent. Mosis, cap. 4, pag. 61.

[5] Ce béit ou distique est tiré d’une pièce de vers adressée par R. Iehouda Halévi à R. Joseph ben Sadik. Voy. בתולת בת יהודה, par Luzzato, pag. 59. – Ce béit, ajoute R. Tan’houm, est conforme, pour le sens, aux vers par lesquels Maïmonide lui-même a terminé son grand ouvrage : [texte hébraïque non repris ici] 

« Dans le champ de l’intelligence les moissonneurs ont récolté une science qui était agréable à tout homme généreux. — Après eux les glaneurs ont glané, et mon âme s’est rapprochée d’eux, s’est unie à eux. — Combien de gerbes ont été liées par eux ! Mais ma gerbe s’est levée et elle se tient debout. »

Ces vers ne se trouvent pas dans nos éditions du Yad ’Hazakah, ni dans les manuscrits que j’ai eus sous les yeux. Cependant, un manuscrit du fonds de la Sorbonne (no 10), écrit à Rome l’an 5084 (1324), et qui renferme la seconde moitié du Yad ’Hazakah, porte sur la dernière page une note dans laquelle on cite également ces trois distiques, qui se trouvaient tracés sur une caisse de bois d’ébène, à quatorze cases, renfermant les quatorze livres de l’ouvrage de Maïmonide. Les vers y étaient précédés de ces mots : [[texte hébraïque non repris ici

Ainsi, le 8 Kislev 1492 des Séleucides fut le jour auquel Maïmonide termina son immortel ouvrage ; ce jour correspond au vendredi 28 novembre 1180.

[6] Les extraits de Pococke se trouvent dans ses Notae miscellan. ad Pent. Mosis, et dans ses commentaires anglais sur quelques-uns des petits Prophètes, notamment dans celui de Joël. Schnurrer a donné d’abord un petit nombre de notes de R. Tan’houm, sur le chapitre 5 des Juges et sur le chapitre 21 d’Ézéchiel (voy. Dissertationes philol., crit., pag. 45 et suiv., pag. 449 et suiv.). Ensuite il a publié sur les 12 premiers chapitres du livre des Juges, des extraits considérables, sous le titre suivant : R. Tanchum Hierosolymitani ad libros Vet. Test. commentarii arabici specimen una cum annotationibus ad aliquot loca libri Judicum. Tubingæ, 1791. De Rossi (Diz. stor., t. II, p. 142) dit, par erreur, que Schnurrer a donné un long extrait relatif au chapitre 21 d’Ézéchiel.

[7] Voy. la préface de son commentaire sur Micha.

[8] Voy. la Vie de Pococke, en tête de ses Theological Works (Lond., 1740, 2 vol. in-folio), tome I, p. 45.

[9] En disant que le vulgaire ne connaît le Créateur que par tradition et sans saisir son être, il cite ce distique arabe [texte judéo-arabe non repris ici] :
« Si ce n’était le nom, on ne connaîtrait pas celui qui est nommé ; Ô vous, ignorants, le connaissez-vous donc ? »
Il n’est pas rare de voir les rabbins arabes citer les poètes musulmans et même le Korân. Voyez, par exemple, Iehouda-ben-Karîsch dans l’Allgemeine Bibliothek d’Eichhorn, tom. III, p. 970 et 971 ; Aboulwalîd, ci-après, dans les notes, n° 15. Le livre de morale de Rabbi Salomon-ben-Gabirol (כתאב אצלאח אלאבלאק) est plein de citations de poètes arabes ; elles ont été supprimées pour la plupart dans la version hébraïque de R. Iehouda ibn-Tibbon.

Commentaire de Rabbi Tan’houm de Jérusalem sur le livre d’Habakkouk, publié pour la première fois, en arabe, sur un manuscrit unique de la Bibliothèque Bodleïenne et accompagné d’une Traduction et de Notes, par Salomon Munk :

  • La Bible : traduction nouvelle avec l’hébreu en regard, accompagné des points-voyelles et des accents toniques (נגינהות) avec des notes philologiques, géographiques et littéraires et les principales variantes de la version des Septante et du texte samaritain ; dédiée à S. M. Louis-Philippe Ier, roi des Français, par Samuel Cahen : Tome Douzième – Les Douze petits prophètes / תרי עשר, Paris, 1843, p.1-103 [Google Books]
  • Monographie tirée à part , Paris, 1843 [archive.org]

Texte massorétique : Miqra according to the Mesorah (édition digitale du TaNaKh fondée en partie sur le Codex d’Alep). Version adaptée par Sefaria. [Licence : CC-BY-SA].

Traduction française : La Bible – traduite du texte original par les membres du Rabbinat français sous la direction de M. Zadoc Kahn Grand Rabbin. Tome Ier : Pentateuque – Premiers Prophètes. Paris (Durlacher), 1899. [Version numérisée : National Library of Israel].

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