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Commentaire de R. Tan’houm sur le Livre de ‘Habakkuk
Chapitre 3
Trad. Salomon Munk (1843)
תְּפִלָּ֖ה לַחֲבַקּ֣וּק הַנָּבִ֑יא עַ֖ל שִׁגְיֹנֽוֹת׃
Prière du prophète Habacuc, sur le mode des Chighionot [10] :
[10] Sens douteux ; peut-être : « Dithyrambes. »
תפלה לחבקוק הנביא וג״ Le mot תפלה, partout où il se présente, signifie invocation, prière. Cette prière est (composée) à la manière des cantiques, par rapport à la concision, et en ce que les sujets y sont seulement indiqués, sans qu’on s’exprime clairement. Il en est ainsi dans le cantique de Déborah, dans le poème écrit par Hiskiah (Is., 38, 9), et dans plusieurs psaumes, comme par exemple le psaume ישב בסתר עליון (Ps. 91), et d’autres semblables, où l’on rencontre souvent la concision, l’obscurité, la licence dans la variation des pronoms, et les métaphores. En outre, ce morceau renferme, en partie, des louanges où l’on décrit le temps passé, et, en partie, des prophéties pour l’avenir, exprimées sous forme de prières et de supplications, comme dans le cantique de la mer (Exode, ch. 15) et dans celui de האזינו (Deut. ch. 32). C’est pourquoi il est difficile d’en comprendre parfaitement le sens, et les opinions varient beaucoup sur l’interprétation des textes et sur ce qu’il faut y sous-entendre. Nous nous bornerons, sous ce rapport, à ce que nous avons lu de meilleur dans les paroles des commentateurs. Ils tombent tous d’accord, que le prophète a décrit d’abord les miracles passés que le Très-Haut a faits pour Israël. – Quant à la (seconde) partie où, au moyen d’une sainte inspiration, on annonce (l’avenir), au sujet duquel le prophète prend l’attitude d’un homme priant pour eux (les Israélites) ; il y en a qui supposent qu’il s’agit là de la domination que les ennemis exerceront sur les Israélites, de la victoire que ceux-ci remporteront ensuite, de la vengeance qu’ils tireront de leurs ennemis, de l’anéantissement des peuples qui les auront tyrannisés, et ainsi de suite. D’autres disent que le prophète prédit une famine et une disette, qui auront lieu, dans le pays des Israélites, en même temps que l’ennemi se mettra en mouvement contre eux, de sorte qu’ils seront incapables d’aller à sa rencontre, et à cause de cela le prophète prie pour eux ; ensuite il leur promet à la fin que tout cela cessera. Ceux qui professent l’une ou l’autre de ces deux opinions trouvent, dans le texte, des preuves dont ils invoquent le témoignage, en faveur de leur interprétation respective, ainsi que nous l’expliquerons dans la suite du texte. — Par les mots על שגיונות il veut dire que cette prière est dite sur un certain rythme, conforme à une mélodie particulière qui porte ce nom, comme on l’expliquera dans le livre des Psaumes, aux mots שגיון לדוד (Ps. 7, 1) ; ou bien c’est un instrument de musique, connu chez eux sous ce nom. Il y en a qui disent que le sens de על שגיונות est : pendant sa gaité et son plaisir, et on a donné le même sens à שגיון, comme on l’expliquera en cet endroit. Enfin on a dit aussi que, par שגיונות, il veut dire les erreurs, comme שגיאות (Ps., 19, 13), ou bien les préoccupations, de שגה dans le sens de s’occuper, se préoccuper, comme ולמה תשגה (Prov. 5, 20) ; le sens serait alors : qu’il prie pour eux à cause de leur erreur et parce qu’ils négligent le culte de Dieu en s’occupant de choses vaines, ce qui leur cause le châtiment. — Ce verset est l’épigraphe de la prière, dont le commencement est :
יְהֹוָ֗ה שָׁמַ֣עְתִּי שִׁמְעֲךָ֮ יָרֵ֒אתִי֒ יְהֹוָ֗ה פׇּֽעׇלְךָ֙ בְּקֶ֤רֶב שָׁנִים֙ חַיֵּ֔יהוּ בְּקֶ֥רֶב שָׁנִ֖ים תּוֹדִ֑יעַ בְּרֹ֖גֶז רַחֵ֥ם תִּזְכּֽוֹר׃
« Seigneur, j’ai entendu ton message et j’ai été pris de crainte ; l’œuvre que tu as projetée, Seigneur, fais-la surgir au cours des années, — au cours des années, fais-la connaître ! Mais au milieu de la colère, souviens-toi de la clémence.
י״י שמעתי שמעך יראתי. Il veut dire : Ce qui nous est parvenu, au sujet de ce que tu faisais autrefois pour nous, est grandiose, redoutable ; nous te prions donc d’en faire revivre les traces déjà effacées et d’agir encore de la sorte avec nous. C’est là ce qu’il exprime par les mots י״י פעלך בקרב שנים חייהו, au milieu des années, pour les années passées ; après פעלך il faut sous-entendre אשר פעלת (ce que tu as fait dans les années passées, fais-le revivre). Les mots בקרב שנים תודיע font suite au premier (hémistiche), comme s’il avait dit : ופעלך בקרב שנים תודיע ; le sens de תודיע est publie-le, manifeste-le, et fais-le connaître aux peuples de l’univers. Ensuite il demande que la miséricorde descende à l’époque du châtiment, qu’il désigne par le mot רוגז qui veut dire colère, — car le Thargoum du mot אף est רוגזא ; il dit donc : Dans la colère rappelle-toi la miséricorde, dans le même sens que זכר רחמיך יהוה (Ps. 25, vers. 6). — Selon d’autres, le pronom dans חייהו se rapporterait à Israël, c’est-à-dire : Fais revivre leur puissance et agis avec eux comme autrefois ; תודיע aurait, comme ויֹּדַע (Juges, 8, 16), le sens de punir, c’est-à-dire : hâte le châtiment de leurs ennemis, comme tu as agi envers leurs ennemis d’autrefois. Mais cette interprétation s’éloigne du contexte, et le premier sens est plus convenable.
אֱל֙וֹהַּ֙ מִתֵּימָ֣ן יָב֔וֹא וְקָד֥וֹשׁ מֵהַר־פָּארָ֖ן סֶ֑לָה כִּסָּ֤ה שָׁמַ֙יִם֙ הוֹד֔וֹ וּתְהִלָּת֖וֹ מָלְאָ֥ה הָאָֽרֶץ׃
L’Éternel s’avance du Témân ; le Saint, du mont Parân, Sélah ! Sa splendeur se répand sur les cieux, et sa gloire remplit la terre.
אלוה מתימן יבוא En rapportant ces actes glorieux, il commence par la révélation sur le Sinaï, qui en est le plus magnifique et le plus énergique. Il parle de la lumière qui resplendit du Sinaï sur les montagnes qui l’entouraient, et il désigne la montagne par (le nom de) Thémân qui est une tribu des fils d’Ésaü, ses habitants, et qui est appelée אלוף תימן (Genèse, 36, 11). Le mot יבוא est en place de בא, et ces paroles sont analogues à ce que Dieu dit (dans la Torah) : L’Éternel vint du Sinaï, et leur apparut de Séïr ; il resplendit du mont Parân, etc. (Deut., 33, 2). Ensuite il fait allusion, selon le sens exotérique, à l’effusion des lumières et aux éclairs (qui se répandirent) sur la surface de la terre, et, selon le sens ésotérique, aux lumières de la vérité qui brillèrent d’en haut sur les âmes qui régissent les corps, et il dit : Son éclat couvrit les cieux, etc. הודו veut dire son éclat, et תהלתו sa splendeur et sa brillante lumière, de בהלו (Job, 29, 3). Il y a en qui disent que תהלתו signifie sa louange ; le sens serait, que les habitants de la terre le louèrent alors et publièrent sa grandeur. Mais le premier sens est plus expressif et plus convenable.
וְנֹ֙גַהּ֙ כָּא֣וֹר תִּֽהְיֶ֔ה קַרְנַ֥יִם מִיָּד֖וֹ ל֑וֹ וְשָׁ֖ם חֶבְי֥וֹן עֻזֹּֽה׃
C’est un éclat éblouissant comme la lumière, des rayons jaillissent de ses côtés et servent de voile à sa grandeur.
תהיה est pour היה ; קרים exprime la lueur et le rayonnement, de קרן rayonner (Exode, 34, 29). ידו est ici sa puissance, et חביון עזו la tente de sa gloire et de sa force, dérivé de חבי (Isaïe, 26, 20) ; la racine est חבה (se cacher), de même que חזיון vient de חזה, et רשיון de רשה. C’est une description de la marche de la colonne de nuée et de la colonne de feu devant le camp des Israélites ; et de sa tente de gloire descendant parmi eux, c’est-à-dire, du Tabernacle. D’autres disent que par חביון עזו, il veut dire l’arche sainte et les tables qu’elle renfermait et dans lesquelles étaient déposés ses mystères qui indiquaient la grandeur de sa puissance.
לְפָנָ֖יו יֵ֣לֶךְ דָּ֑בֶר וְיֵצֵ֥א רֶ֖שֶׁף לְרַגְלָֽיו׃
Devant lui marche la peste, et la fièvre brûlante suit ses pas.
דבר signifie la peste et la mortalité, et רשף les étincelles du feu, comme רשפיה רשפי אש (Cant., 8, 6). Il y en a qui disent que רשף veut dire ici les flèches, que l’on compare aux étincelles, comme, par exemple, רשפי קשת (Ps. 76, 4). D’autres disent que רשף a le même sens que דבר, et qu’il en est de même dans מזי רעב ולחמי רשף (Deut. 32, 24). Quoi qu’il en soit, on veut parler ici des châtiments qui atteignirent les impies et les ennemis qui s’opposèrent à Israël, comme, par exemple, Amalek, qui fut le premier à s’opposer. Le pronom dans לפניו et dans רגליו se rapporte à Dieu, ou bien à חביון עזו, selon l’une des deux interprétations ; le sens de לרגליו est : dans sa marche, car on emploie métaphoriquement רגלים (pieds) pour course, comme, par exemple, נר לרגלי דברך ta parole éclaire mes pas (Ps. 119, 105).
עָמַ֣ד ׀ וַיְמֹ֣דֶד אֶ֗רֶץ רָאָה֙ וַיַּתֵּ֣ר גּוֹיִ֔ם וַיִּתְפֹּֽצְצוּ֙ הַרְרֵי־עַ֔ד שַׁח֖וּ גִּבְע֣וֹת עוֹלָ֑ם הֲלִיכ֥וֹת עוֹלָ֖ם לֽוֹ׃
Il se lève et la terre vacille, il regarde et fait sursauter les peuples ; les antiques montagnes éclatent, les collines éternelles s’affaissent — [montagnes et collines] qui sont ses routes séculaires.
עמד, qui signifie être debout, est une métaphore, par rapport à Dieu, et désigne la victoire qu’il donne à Israël. וימדד ארץ (en arabe) מסח אלארץ, c’est-à-dire : il a mesuré la terre, comme ומדותם (Nombres, 35, 5) ; mais וימדד est un verbe lourd (Poël), dont le prétérit est מודד. Il veut dire, que le Très-Haut a distribué la terre aux tribus ; car la distribution de la terre se fait habituellement par le mesurage. Le sens de ראה ויתר גוים est celui-ci : Il a vu qu’ils l’ont méritée (cette terre), par la promesse qu’il a faite à leurs ancêtres, et il en a expulsé les peuples et les en a retranchés. — Quant au mot ויתר, il est dérivé de נתר (Lévit., 11, 24) qui veut dire sauter, s’élancer ; ainsi le sens de ויתר גוים est : Il a fait sauter les peuples, fugitifs et expulsés de leurs demeures, pour que les Israélites en prissent possession. — ויתפצצו a le sens de se séparer, se rompre ; c’est le Hithpaël de יפוצץ (Jérém., 23, 29). Par la rupture des montagnes et l’abaissement des collines, il veut dire que les royaumes puissants ont été brisés devant eux, et que les peuples se sont soumis à eux. — Les mots הליכות עולם לו veulent dire : que ces montagnes et ces collines ont été brisées et abaissées, en sorte qu’elles sont devenues pour lui — c’est-à-dire devant lui — comme les chemins aplanis et battus dès les temps anciens. — D’autres disent que les mots ויתר גוים signifient : il a dissous leurs conseils et dispersé leurs réunions, de התיר délier, comme ה׳ מתיר אסורים (Ps. 146, 7). On a dit aussi que, dans הליכות עולם לו, le mot לו est pour להם, et que ce pronom se rapporte aux Israélites, c’est-à-dire : ces montagnes et ces collines sont devenues pour eux comme des sentiers antiques. — On a aussi traduit הליכות עולם par le changement des temps et la variation des âges, tout en prenant לו pour להם ; mais ce pronom se rapporterait alors aux ennemis, comparés aux montagnes et aux collines, et le sens serait : Les vicissitudes du siècle et les singularités du temps leur sont arrivées. — Selon d’autres enfin, toujours en donnant à לו la valeur de להם, le sens serait, que les voies de la ruine qui les a atteints sont des voies éternelles pour eux, c’est-à-dire, ils y marcheront tout le reste du temps, et ils n’en pourront jamais échapper. Mais le contexte, si on le considère attentivement, fait pencher pour l’analyse que nous avons donnée d’abord.
תַּ֣חַת אָ֔וֶן רָאִ֖יתִי אׇהֳלֵ֣י כוּשָׁ֑ן יִרְגְּז֕וּן יְרִיע֖וֹת אֶ֥רֶץ מִדְיָֽן׃
Je vois les huttes de Couchân ployer sous le malheur et frissonner les tentes du pays de Madian.
תחת און veut dire sous leur tyrannie et leur injustice, c’est-à-dire, leur tyrannie précédente est retombée sur eux-mêmes, et ils ont été écrasés dessous ; comme s’il avait dit : ואיתי אהלי כושן תחת אונם. Il fait ici allusion à l’expédition entreprise par les Israélites contre les Midianites, à cause de l’hostilité que ces derniers avaient exercée contre eux d’abord, et du mal qu’ils leur avaient causé. כושן est aussi un des noms des Midianites, ou bien une de leurs tribus ; on dit aussi כוש (en parlant des Midianites) et de là vient l’adjectif relatif כושית dans אשה כשית לקח (Nombres, 12, 1), comme l’ont expliqué les docteurs, qui disent que c’est Tsippora, car elle descendait de Midian. Les expressions אהלי כושן (tentes de Couschan) et יריעות ארץ מדין (pavillons de la terre de Midian) seraient donc synonymes. יריעות s’explique (en arabe) par ארחגֹזת, c’est-à-dire : Ils (les pavillons) tremblèrent et furent agités de la peur ; le futur est en place du prétérit רגזו. On trouve dans le même sens : מוסדות השמים ירגזו (II Sam. 22, 8).
הֲבִנְהָרִים֙ חָרָ֣ה יְהֹוָ֔ה אִ֤ם בַּנְּהָרִים֙ אַפֶּ֔ךָ אִם־בַּיָּ֖ם עֶבְרָתֶ֑ךָ כִּ֤י תִרְכַּב֙ עַל־סוּסֶ֔יךָ מַרְכְּבֹתֶ֖יךָ יְשׁוּעָֽה׃
Est-ce contre les fleuves que s’irrite l’Éternel, aux fleuves qu’en veut ta colère ? Est-ce à la mer que ton courroux s’adresse, quand tu t’avances avec tes coursiers, sur tes chars de victoire ?
הבנהרים חרה ה׳ Nous avons déjà parlé des deux opinions émises par les commentateurs sur l’avertissement contenu dans cette prière, et au sujet duquel le prophète intercède (pour le peuple). Ceux qui adoptent la première opinion, interprètent ce verset sur la séparation du Jourdain par Josué, et sur la séparation de la mer de Souph par notre maître Moïse. Le prophète dit donc, en exprimant son étonnement sur la séparation du Jourdain : הבנהרים חרה ה׳ — en sous-entendant אף — est-ce que la colère de l’Éternel s’est enflammée contre les fleuves ? Puis il répète la même idée pour la corroborer, et il dit : אם בנהרים אפך, en sous-entendant חרה. Ensuite il mentionne la séparation de la mer de Souph, et il dit de même : אם בים עברתך ; car עברה est aussi un des noms de la colère. Le sens est : Cela arrive par ton ordre, car c’est toi qui les fais couler (les fleuves et les mers), et ils s’enfuient devant toi. On trouve dans le même sens : Il menace la mer et la met à sec (Na’houm, 1, 4) ; de même : La mer le vit et s’enfuit (Ps. 114, 3). Enfin il rapporte ce qui a occasionné tout cela : la cause en est, dit-il, que Dieu, par sa puissance, remporte la victoire pour les Israélites, et devient par là leur secours ; il exprime cela par le verbe רכב, employant métaphoriquement le mot סוס cheval, dans le sens des mots ורכב שמים בעזרך (Deut., 33, 25) et d’autres pareils. C’est dans ce sens qu’il dit : Car tu montes sur tes chevaux, tes chars (portent) la victoire. — S’il mentionne la séparation du Jourdain avant celle de la mer de Souph, quoique cette dernière soit plus importante et plus ancienne, c’est que, après avoir conduit son discours jusqu’à la conquête de Midian, il décrit d’abord ce qui l’a suivie, et il mentionne la séparation du Jourdain ; ensuite il passe de là à ce qui est (un miracle) dans le même genre, mais plus grand, savoir la séparation de la mer de Souph. — Il y en a qui pensent que les mers et les fleuves sont ici une métaphore, pour désigner les peuples et les armées qui prirent la fuite devant Moïse et les enfants d’Israël, savoir, les armées de Sihon et de Og ; c’est pourquoi il les mentionne à côté de Midian dont la conquête, par les Israélites, tombe également dans ce temps. — Quant à ceux qui adoptent la seconde opinion, ils disent que le prophète, après avoir décrit les actes anciens du Très-Haut, commence ici à parler de la calamité au sujet de laquelle il intercède (auprès de Dieu), savoir, de la famine, de la disette, du manque de pluies et du dessèchement des eaux, et il dit avec étonnement : l’Éternel est-il en colère contre les fleuves ! voulant parler des fleuves de la terre d’Israël. Il mentionne aussi la mer, parce que c’est d’elle que montent les vapeurs dont se forment les nuages ; il nomme ceux-ci métaphoriquement chevaux et chars, qu’il attribue à Dieu, comme dans ce passage : Voici l’Éternel est monté sur un nuage léger, etc. (Isaïe, 19, 1) ; et dans cet autre : Il fait des nuages son char (Ps. 104, 3). Le sens serait, qu’il accourt avec ces nuages pour nous secourir, ce qu’il exprime par ces mots : Car tu montes sur tes chevaux ; tes chars (portent) le secours.
עֶרְיָ֤ה תֵעוֹר֙ קַשְׁתֶּ֔ךָ שְׁבֻע֥וֹת מַטּ֖וֹת אֹ֣מֶר סֶ֑לָה נְהָר֖וֹת תְּבַקַּע־אָֽרֶץ׃
Ton arc se montre à nu, tes serments sont des traits lancés par ton verbe [11], Sélah ! La terre, s’ouvrant, livre passage à des fleuves.
[11] Membre de phrase très obscur.
עריה est un nom (d’action) ou un infinitif d’un verbe dont le lamed est une lettre faible (ל״ה), comme ערו ערו (Ps. 137, 7), et הערה (Lévit., 20, 18), qui sont de la même racine et ont le même sens, c’est-à-dire découvrir. תעור, de même, a le sens de être découvert ; mais c’est le Niphal d’une racine עור ayant le ‘ayin faible (ע״ו) et employée dans le même sens (que ערה). Il est de la même forme que תכון, et il devrait avoir un daghesh (dans la première radicale), si ce n’était la lettre ע ; le sujet de ce verbe est קשת, et la traduction de la phrase est : Denudando denudabitur arcus tuus. Selon la première opinion, le prophète veut parler de la puissance divine qui se manifesta sur les Cananéens dans la victoire des Israélites ; תעור serait donc ici un futur en place du prétérit. — Par les mots שבעות מטות אמר סלה, il veut dire, que Dieu a confirmé par là les serments qu’il avait faits aux patriarches, et la promesse qu’il leur avait donnée de faire le bien à leurs enfants, qui sont le מטות, c’est-à-dire, les tribus d’Israël ; car ces promesses se sont accomplies quand ils ont pris possession des pays. — Ensuite il décrit le bien qui se répandait sur eux, la fertilité des pays qui furent abreuvés par les pluies, et il dit : נהרות תבקע־ארץ ; le pronom, qui est le sujet dans תבקע, est de la seconde personne et se rapporte à Dieu, et la terre est le régime (tu fendis la terre par les fleuves). D’après cela le mot תבקע est également un futur tenant lieu de prétérit. — Il y en a qui disent que ce verset est le commencement de la prière qu’il adresse à Dieu, pour délivrer les Israélites de leurs ennemis ; ce serait alors une phrase énonciative pour exprimer la prière (c’est-à-dire un indicatif employé comme subjonctif ou optatif). Par les mots נהרות תבקע־ארץ, il aurait demandé que Dieu manifestât sa puissance sur eux (les ennemis) ; il aurait emprunté pour cela le mot קשת qui, dans le langage hébreu, désigne une des armes par lesquelles on obtient la victoire, et ce serait une métaphore, dans le sens de ces paroles de David : Tire la lance, etc. (Ps. 35, 3). Il continue ensuite : Et confirme-nous tes promesses que tu as faites aux tribus d’Israël, par tous tes prophètes ; c’est là ce qu’il exprime par les mots שבעות מטות אמר סלה. Puis il ajoute : Et défais les royaumes et les armées qui s’élèvent contre nous, en les désignant métaphoriquement par le mot fleuves, et leur défaite par la division et le dessèchement, ce qu’il exprime par les mots נהרות תבקע־ארץ ; il faut sous-entendre, avant ארץ, le mot ויהיו ou ותשׂימם, c’est-à-dire que, par le dessèchement de leur eau, (les fleuves) se divisent et se séparent et deviennent comme la terre sèche. D’autres disent que le sens est : תבקע נהרות וארץ (divise les fleuves et la terre), que, par les fleuves, il désigne les armées et les troupes, et par la terre, le vulgaire des nations. — Selon la seconde opinion, ce serait également une prière pour (que Dieu fasse) monter les nuages avec les pluies ; par les mots עריה תעור קשתך il aurait voulu parler de l’apparition de l’arc-en-ciel, qui a lieu dans le temps des nuages et des pluies, comme l’a dit le Très-Haut : J’ai placé mon arc dans le nuage (Genèse, 9, 13) ; quand je ferai monter le nuage sur la terre, l’arc se montrera dans le nuage (Ib. vers. 14) ; et comme l’a dit le prophète : Comme la vue de l’arc, qui est dans le nuage au jour de la pluie (Ézech., 1, 28). Par les mots שבעות מטות, dit-on, il veut parler des flammes et des éclairs ; il les appelle מטות (bâtons), par métaphore, de même que, dans le verset suivant, il les appelle flèches et lances, en disant לאור חציך וג״, toujours d’après cette (seconde) interprétation. Le sens est : Ils (les éclairs) ont juré, en quelque sorte, de ne pas désobéir à ta volonté, en arrosant la terre par les pluies, ainsi confirme par là leurs serments. — Mais on pourrait avec cela (même selon la seconde opinion) expliquer les mots שבעות מטות comme nous l’avons fait dans la première interprétation. — Enfin il implore l’abondance des pluies, afin qu’elles abreuvent la terre et que les eaux y coulent comme des fleuves, ce qu’il exprime par les mots נהרות תבקע־ארץ.
רָא֤וּךָ יָחִ֙ילוּ֙ הָרִ֔ים זֶ֥רֶם מַ֖יִם עָבָ֑ר נָתַ֤ן תְּהוֹם֙ קוֹל֔וֹ ר֖וֹם יָדֵ֥יהוּ נָשָֽׂא׃
A ton aspect, elles tremblent, les montagnes, les eaux roulent impétueuses, l’Abîme fait retenir sa voix, élève ses vagues jusqu’au ciel.
יחילו Ce verbe signifie primitivement : être dans les douleurs de l’enfantement, de חיל כיולדה (Jérém., 6, 24 ; Ps. 48, 7) ; mais on l’emprunte pour (exprimer) la peur et l’agitation, et on l’applique aux montagnes, par métaphore, pour désigner leur ébranlement. — זרם est le courant des eaux et leur entraînement violent, c’est-à-dire, leur impétuosité ; de là vient le verbe זורמו (Ps. 77, 18). — תהום est le nom de l’Océan et l’abîme des eaux élémentaires ; קולו signifie : son bruit retentissant et son mugissement produit par les vagues qui s’entrechoquent dans lui. — רום est le ciel, ou la hauteur ; la traduction simple des mots רום ידהו נשא est : Au ciel il a levé sa main. Il veut dire par là : il a élevé ses vagues, et, par métaphore, il compare celles-ci avec les mains ; ainsi le pronom (de la troisième personne) dans נשא et dans ידיו se rapporte à תהום. Selon d’autres, on veut dire par là qu’il (l’Océan) a levé ses mains au ciel, jurant qu’il ne dépasserait pas sa limite ; ce serait conforme au sens de ces mots : Car je lève ma main au ciel (Deut., 32, 40). Ou bien, (il lève les mains) en suppliant, pour demander une retraite et un refuge, parce qu’il ne peut dépasser l’endroit qui lui a été fixé ; ce qui serait dans le sens de ce passage : J’ai placé le sable comme limite à la mer, borne éternelle qu’elle ne saurait dépasser (Jérém., 5, 22). Ceci est l’explication littérale de la phrase. Quant à l’interprétation du sens, ce serait, selon la première opinion, encore une description de la défaite des ennemis et de leur fuite devant Israël ; il les compare aux montagnes et aux abîmes, selon la manière métaphorique déjà connue. Peut-être veut-il désigner, par les montagnes, les rois, et par les eaux, leurs armées et leurs troupes. יחילו est, selon cette explication, un futur en place du prétérit ; il faut aussi, pour que le sens soit clair, admettre une transposition, savoir, ראוך הרים ויחילו. Il y en a qui disent qu’il décrit ici de nouveau le jour de la station du mont Sinaï, par le tremblement des montagnes et l’agitation des mers, faisant allusion aux miracles contraires à la nature, qui se manifestèrent en ce jour. D’autres disent que, par les mots ראוך יחילו הרים, il fait allusion, en effet, à la station du mont Sinaï, comme le dit Dieu (dans la Torah) : Et toute la montagne fut fortement ébranlée (Exode, 19, 18) ; mais les mots זרם מים עבר se rapportent aux pluies qui tombèrent alors, comme l’a dit Déborah : La terre trembla et les cieux dégouttèrent, et les nues distillèrent de l’eau (Juges, 5, 4). En outre, il y aurait dans cela une allusion allégorique sur l’inspiration, comparée à l’eau, qui descendit du monde intellectuel, et par laquelle eut lieu la conception des vérités de la création que l’on comprit dans ce lieu. Enfin les mots נתן תהום קולו se rapporteraient à la séparation de la mer de Souph et au choc de ses vagues, lors de la submersion de Pharaon et de son armée. Ce serait donc une nouvelle description de ce qu’il a déjà décrit auparavant. — Selon la seconde opinion, tout le verset est une prière et une invocation présentée sous la forme énonciative ; ראוך, עבי et les autres verbes devraient donc être au futur, puisque c’est une prière, mais c’est de la même manière qu’on trouve, dans le Cantique de la mer, נחית et נהלת (Exode, 15, 13) dans le sens de נחה et נהל. Je vous ai déjà fait connaître, sous ce rapport et sous d’autres analogues, l’usage suivi dans les prophéties. Quant au sens des mots ראוך יחילו הרים, ils se rapportent (selon cette seconde interprétation) aux tremblements de terre qui arrivent par l’accumulation des vapeurs cherchant à monter ; c’est là aussi une des causes de la formation des nuages et des pluies, et du jaillissement des sources ; c’est pourquoi il fait suivre les mots זרם מים עבר. Ensuite il parle du choc des vagues de la mer causé par le mouvement des vents ; car tout cela est la suite nécessaire des vapeurs qui s’élèvent, et par lesquelles les nuages se forment et les pluies descendent. Tel est aussi le sens de ces mots : Il appelle les eaux de la mer et il les verse sur la surface de la terre (Amos, 5, 8), et c’est dans ce sens qu’il dit ici נתן תהום קולו. Il y en a qui, suivant cette (seconde) interprétation, ont expliqué les mots רום ידהו נשא d’une autre manière, en faisant rapporter le pronom dans ידיו à רום, qui serait aussi le sujet de נשא ; le sens serait alors, que les cieux ont étendu la main sur la mer, c’est-à-dire, qu’ils ont manifesté leur action sur elle, en attirant les vapeurs, afin de faire naître les phénomènes célestes ; car les causes de tout cela descendent du ciel par ordre de son créateur.
שֶׁ֥מֶשׁ יָרֵ֖חַ עָ֣מַד זְבֻ֑לָה לְא֤וֹר חִצֶּ֙יךָ֙ יְהַלֵּ֔כוּ לְנֹ֖גַהּ בְּרַ֥ק חֲנִיתֶֽךָ׃
Le soleil, la lune s’arrêtent dans leur orbite, à la lumière de tes traits qui volent, à la clarté fulgurante de ta lance.
שמש ירח עמד זבלה Ici le ו copulatif a été omis, car le sens est : le soleil et la lune. Le mot זבול s’applique primitivement à la demeure, comme par exemple בית זבול (I Rois, 8, 13) ; de là vient le verbe יזבלני (Genèse, 30, 20 : il demeurera avec moi) ; ensuite on l’emploie métaphoriquement pour le ciel, comme on emploie, dans le même sens, le mot מעון. Le ה (dans זבולה) est ajouté pour la magnificence (c’est-à-dire, pour rendre le mot plus sonore). עמד (s’arrêta) est pour עמדו (s’arrêtèrent) ; mais on peut dire aussi que le sens est : Chacun des deux s’arrêta. Il faut nécessairement sous-entendre la préposition ב, pour que la phrase soit complète ; c’est comme s’il avait dit : שמש וירח עמדו זבולה, c’est-à-dire, (le soleil et la lune s’arrêtèrent) au ciel. — Selon la première opinion, cette phrase aurait le sens qui a été expliqué dans le livre de Josué, aux mots : Et le soleil s’arrêta et la lune resta immobile (Jos., 10, 13) ; cette interprétation nous ferait pencher à voir dans les mots ראוך יחילו הרים une allusion aux royaumes des Cananéens et à leurs armées ; car ce fut alors (dans la guerre contre les Cananéens) que Josué prononça ces mots : Soleil arrête-toi à Gabaon, et toi, lune, dans la vallée d’Ayyalon (ib., vers. 9). — Les mots לאור חציך יהלכו se rapportent aux Israélites, de même que les mots לנגה ברק חניתך, qu’il faut faire précéder du ו copulatif. Par חצים et חנית il désigne, métaphoriquement et par comparaison, la Providence qui les protégeait et qui les secourait contre les ennemis, comme le font les armes de guerre. Il y en a qui disent que, si le prophète fait précéder ces derniers mots par la phrase : Le soleil et la lune s’arrêtèrent au ciel, il veut dire par là — en parlant hyperboliquement — qu’ils ne furent pas guidés par eux (par le soleil et la lune), se trouvant suffisamment éclairés par la lumière de Dieu qui les guidait ; c’est donc comme si ces luminaires, par rapport à eux, s’étaient arrêtés dans leur mouvement, car eux, ils marchaient par la seule lumière de la Providence. Tel est le sens de ces mots : לאור חציך וג״ (Ils marchaient à la lumière de tes flèches, à la lueur de l’éclair de ta lance) ; c’est, comme vous voyez, une interprétation allégorique, conforme à cette promesse du Très-Haut : Le soleil ne te servira plus de lumière le jour, la lune ne t’éclairera plus de sa clarté, mais Dieu sera pour toi une lumière éternelle (Isaïe, 60, 19). — Selon la seconde opinion, cette phrase a également le sens optatif, exprimé par le prétérit ; voici ce que le prophète aurait voulu dire : « Cache la lumière du soleil et de la lune, par les nuages qui s’amoncellent ; afin que ceux-ci planent entre nous et ces luminaires, et que ces derniers n’apparaissant pas, semblent s’être arrêtés dans leur mouvement et ne plus se lever de l’Orient, puisqu’ils ne se montreront pas à la vue ; et remplace leur lumière par celle des flammes et des éclairs, faisant partie aussi des phénomènes célestes qui accompagnent généralement les nuages et les pluies. » — Il aurait donc dit métaphoriquement, que les deux luminaires s’arrêtent, pour dire qu’ils soient voilés, et de même il aurait désigné les flammes et les éclairs, par les mots flèches et lances ; et dans ce sens il aurait dit : לאור חציך וג״ (Puissent-ils marcher à la lumière de tes flèches, à la lueur de l’éclair de ta lance).
בְּזַ֖עַם תִּצְעַד־אָ֑רֶץ בְּאַ֖ף תָּד֥וּשׁ גּוֹיִֽם׃
Dans ta fureur tu piétines la terre, dans ton courroux tu broies les nations.
בזעם תצעד־ארץ וג״ Le verbe צעד signifie faire des pas, comme dans ויהי כי צעדו (II Sam., 6, 13) ; ארץ a la valeur de בארץ, ou על הארץ. Par rapport à Dieu, c’est une expression figurée et métaphorique, pour dire, qu’il fasse tomber le châtiment sur les royaumes de la terre, rebelles (à son culte) ; ensuite le prophète en explique lui-même le sens, en disant באף תדוש גוים, ce qui signifie littéralement : tu les fouleras, mais il veut parler de leur défaite et de leur ruine. Selon la première opinion, c’est une prière par laquelle Habakkouk prie contre les ennemis qui dominent sur Israël, tels que les rois d’Assyrie, Nébouchadnétsar, etc. ; il semble dire : Ces grands exploits que tu as faits contre les ennemis d’autrefois, fais-les de nouveau contre ceux-ci. Selon la seconde opinion, le sens est absolument le même, je veux dire, qu’il prie pour qu’ils soient sauvés, ou pour qu’ils tirent vengeance de l’ennemi qui se dirigera sur eux au moment même de la famine qui les rendra trop faibles pour qu’ils puissent marcher à sa rencontre. Le tout est une prédiction et un avertissement sous forme de prière, comme vous le savez déjà.
יָצָ֙אתָ֙ לְיֵ֣שַׁע עַמֶּ֔ךָ לְיֵ֖שַׁע אֶת־מְשִׁיחֶ֑ךָ מָחַ֤צְתָּ רֹּאשׁ֙ מִבֵּ֣ית רָשָׁ֔ע עָר֛וֹת יְס֥וֹד עַד־צַוָּ֖אר סֶֽלָה׃ {פ}
Tu marches au secours de ton peuple, au secours de ton élu ; tu abats les sommités dans la maison du méchant, de la base au faîte tu la démolis, Sélah !
יצאת לישע עמך Le verbe יצא appliqué à Dieu signifie la manifestation de sa puissance et de sa providence au moyen de l’action qu’il fait par sa volonté, comme, par exemple, י״י כגבור יצא (Isaïe, 42, 13), ויצא י״י ונלחם (Zachar., 14, 3). Ceci est également une prière exprimée par le prétérit, de même que מחצת ; car le sens est צא et מחץ. — La particule את dans לישע את־משיחך est superflue et on n’en a pas besoin, car le sens (ne demande que) לישע משיחך, conformément à לישע עמך ; seulement il faut faire précéder les mots לישע משיחך par le ו copulatif ; mais on aurait pu se passer de la particule את, à moins que לישע ne soit ici en place de l’infinitif, comme s’il avait dit להושיע את משיחך. Il paraît clair que le prophète fait allusion par là à la grandeur que Dieu manifesta en détruisant l’armée de San’hérib qui assiégeait Jérusalem, comme il est dit : Un ange de l’Éternel sortit et frappa, dans le camp des Assyriens, cent quatre-vingt-cinq mille hommes (II Rois, 19, 35). Ainsi le mot משיחך désigne ici Hizkiah, roi de Juda, et c’est de San’hérib qu’il dit : מחצת ראש מבית רשע (tu as brisé la tête de la maison de l’impie), c’est-à-dire, qu’il a fait périr les chefs de son armée ; ou bien qu’il l’a fait périr lui-même dans son pays, après sa fuite, de sorte que ces mots auraient la valeur de מחצת ראש רשע בביתו. — Les mots ערות יסוד עד־צואר סלה signifient que Dieu les a découverts depuis le bas jusqu’au cou, à perpétuité. ערות est l’infinitif de ערו ערו (Ps. 137, 7) ; יסוד, opposé à צואר (cou), signifie ici le bas, et est une dénomination des parties honteuses. C’est dans le même sens qu’on trouve והראיתי גוים מערך (Na’houm, 3, 5), de même למען הביט על־מעוריהם (ci-dessus, 2, 15) et d’autres expressions semblables ; le sens est qu’il a déchiré le vêtement de leur gloire, qu’il a fait paraître leur honte dans leurs œuvres et qu’il a fait cesser la fortune qui cachait leurs vices. — Il se peut aussi que le prophète ait voulu parler ici de la ruine de Nebouchadnéçar et de son règne, et de la sortie de Ioïachîn de sa prison, ou bien de la ruine totale de l’empire des Chaldéens, du triomphe que les Israélites obtiendraient depuis par Coresh, et du gouvernement de Zeroubabel, fils de Schealthiël, au commencement du second Temple ; ce serait de lui qu’il aurait dit לישע את־משיחך. — Il y en a qui disent que tout ceci, ainsi que le verset précédent, est un complément de la description des actes passés, et que le prophète veut parler de l’apparition du règne de David, de l’humiliation que les rois des nations subirent devant lui, des pays dont il fit la conquête, et ainsi de suite. — Enfin il y en a qui y voient une promesse pour le temps futur, au sujet du Messie que nous attendons — puisse-t-il apparaître bientôt ! — et de la vengeance (qu’on tirera) des peuples qui oppriment Israël dans l’exil. — Le texte, comme vous voyez, supporte (plusieurs interprétations) ; mais la fin du discours et le contexte indiquent celle que nous avons rapportée en premier lieu.
נָקַ֤בְתָּ בְמַטָּיו֙ רֹ֣אשׁ פְּרָזָ֔ו יִסְעֲר֖וּ לַהֲפִיצֵ֑נִי עֲלִ֣יצֻתָ֔ם כְּמוֹ־לֶאֱכֹ֥ל עָנִ֖י בַּמִּסְתָּֽר׃
Tu transperces avec leurs propres traits ses premiers dignitaires, qui s’élancent comme l’ouragan pour me perdre. Ils triomphent déjà, comptant dévorer le faible dans l’ombre.
נקבת וג״ Le pronom dans במטיו et dans פרזיו se rapporte à l’ennemi en question, dont il a été dit מבית רשע. — מטיו veut dire ses bâtons, et פרזיו ses gîtes (ou ses demeures). ראש a ici la valeur du pluriel, comme si on lisait ראשי פרזיו ; ce sont les chefs qui dominent sur les pays. Or, comme il les appelle ראשים (têtes), il désigne métaphoriquement leur ruine et leur destruction, en disant qu’ils ont été percés avec le bâton, et il s’exprime : נקבת במטיו (tu as percé avec ses bâtons) ; les bâtons sont ici attribués à ceux-là mêmes qu’ils servent à châtier, pour dire que leur châtiment (s’exécute) avec leurs propres instruments, savoir, avec ce qu’ils avaient préparé pour châtier les autres ; il veut dire par là qu’ils ont été châtiés comme ils le méritaient par leurs propres œuvres. C’est là l’explication qui conviendrait le mieux, si on suppose qu’il est ici question de San’hérib et de sa suite ; car leur châtiment n’eut lieu que par la parole divine et non pas par une arme visible. Si on admet une des autres interprétations (données au verset précédent), il est encore possible (d’expliquer celui-ci) de la même manière ; mais alors il se pourrait aussi que le pronom dans במטיו se rapportât à celui qui est mentionné (sous le nom de) משיח et (le pronom) dans פרזיו à l’ennemi. — Quant au mot פרזיו, on a pensé aussi qu’on pourrait le comparer à ferzan, mot qui, dans la langue persane, s’emploie pour un vézir (ou un homme de distinction) ; on traduirait alors : les têtes de ses vézirs, ou bien, en donnant (à ces deux mots) la valeur de ראשיו ופרזיו, (on traduirait) ses rois et ses vézirs. Mais cela est invraisemblable. Les mots יסערו להפיצני signifient : Ceux qui s’agitent, c’est-à-dire, qui se hâtent dans leur mouvement, pour nous séparer et nous disperser ; יסערו est dérivé de la racine סער, qui s’applique à la mer orageuse, par exemple כי הים הולך וסער (Jona, 1, 4) et d’où vient aussi רוח סערה (vent orageux, tempête, Ps. 107, 25). להפיצני est dérivé de הפיץ disperser, p. ex. ויפץ י״י אתם (Gen. 11, 8). עליצותם se lie avec ce qui précède, et il devrait être précédé d’un ו ; le mot כמו n’est pas nécessaire pour le sens, car on doit traduire : Et (c’est) leur joie de dévorer le faible à la dérobée, c’est-à-dire, de le piller et de le perdre ; עליצותם vient de עלץ (I Sam. 2, 1). Par עני il veut désigner le peuple faible, c’est-à-dire les Israélites, par rapport à l’état dans lequel ils se trouvaient alors. Le sens est : Inflige-leur le châtiment, en revanche des actions qu’ils commettent contre nous. — Par rapport à la seconde opinion, on explique les mots לכל במסתו עני עליצותם dans un autre sens, savoir : Puissent-ils être punis pour la joie qu’ils éprouvent de ce que l’indigent parmi nous prend sa nourriture à la dérobée, craignant, à cause de sa grande faim, qu’on ne la lui ravisse.
דָּרַ֥כְתָּ בַיָּ֖ם סוּסֶ֑יךָ חֹ֖מֶר מַ֥יִם רַבִּֽים׃
Tu foules la mer avec tes chevaux, les grandes vagues amoncelées.
דרכת veut dire tu as marché (tu t’es avancé), comme דרך כוכב מיעקב (Nombres, 24, 17), de là le chemin est appelé דֶרֶך. Comme c’est un verbe neutre, il aurait fallu joindre le ב instrumental à סוסיך, qui a valeur de בסוסיך. — Les mots חמר מים רבים sont l’appositif ou le conjoint de ים (mer), et se trouvent également sous la dépendance du ב dans בים ; c’est comme s’il avait dit : דרכת בים סוסיך ובחמר מים רבים. — חמר est ici le singulier de חֳמָרִם (Exode, 8, 10), qui signifie des monceaux ; il veut parler des eaux qui s’amoncelaient. — Si on prend דרכת pour un verbe transitif ayant pour régime סוסים, bien qu’il soit au Kal, on n’a pas besoin de sous-entendre le ב avec סוסיך ; car ce serait alors comme s’il avait dit : הדרכת בים סוסיך tu as fait marcher tes chevaux dans la mer. — Il se peut que דרכת signifie tu as écrasé, foulé, comme ואדרכם באפי (Isaïe, 63, 3), et que חמר מים רבים en soit le régime ; la traduction serait alors : Tu as foulé avec tes chevaux, dans la mer, les monceaux des eaux abondantes. — Il y en a qui expliquent ici חמר par argile, boue, comme כחמר ביד היוצר (Jérémie, 18, 6) ; mais la première explication me paraît plus convenable. Le prophète veut ici parler également de la défaite des troupes de l’ennemi en question, qui est comparé à la mer et aux eaux abondantes ; par סוסים il veut désigner la Providence qui accomplit ces actions, car le mot סוסים (chevaux), dans notre langage, désigne aussi des instruments de la victoire et du triomphe — Il y en a qui disent que דרכת a le sens de fouler, écraser, et que (en même temps) il est transitif, ayant pour régime les chevaux, qui sont ceux de Pharaon et de son armée ; on les attribue à Dieu (en disant tes chevaux), parce qu’il manifesta sa puissance et sa grandeur en les submergeant. Avec חמר boue, limon, il faudrait alors sous-entendre ותשׂימם ou ויהיו — tu en as fait, ou ils sont devenus (comme) le limon des vastes eaux — ou quelque autre verbe semblable — On a dit aussi que le prophète veut parler de la manifestation de la puissance (divine), dans la séparation de la mer de Souph, et que le sens est : « Tu pris alors pour tes chevaux חמר מים רבים. » Il faudrait alors construire : דרכת דרכת בים וסוסיך חמר מים רבים et traduire de cette manière : Tu as marché dans la mer, et tu y as fait des eaux amoncelées tes chevaux, c’est-à-dire, tu as pris les eaux amoncelées en place des chevaux, en détruisant l’ennemi. Mais le contexte répugne à tout cela, et il est plus convenable que ce (verset) soit la suite de ce qui précède, comme nous l’avons dit d’abord. — Par rapport à la seconde opinion on a encore indiqué un autre sens, savoir que סוסיך est une expression métaphorique pour les nuages, comme on l’a déjà dit au sujet des mots כי תרכב על סוסיך. Le sens serait que le prophète prie pour que les vapeurs montent rapidement de la mer et qu’il s’en forme des pluies ; ou bien (selon d’autres) il se plaint de ce que Dieu, pour les punir (les Israélites), pousse les vapeurs avec les pluies du côté de la mer, où il n’en résulte aucun profit pour la terre d’Israël, et c’est pour cela qu’il dit immédiatement après : שמעתי ותרגז בטני, comme on l’expliquera.
שָׁמַ֣עְתִּי ׀ וַתִּרְגַּ֣ז בִּטְנִ֗י לְקוֹל֙ צָלְל֣וּ שְׂפָתַ֔י יָב֥וֹא רָקָ֛ב בַּעֲצָמַ֖י וְתַחְתַּ֣י אֶרְגָּ֑ז אֲשֶׁ֤ר אָנ֙וּחַ֙ לְי֣וֹם צָרָ֔ה לַעֲל֖וֹת לְעַ֥ם יְגוּדֶֽנּוּ׃
J’ai entendu… et mon sein en frémit ; à cette nouvelle mes lèvres s’entrechoquent. Une langueur s’empare de mes os, je m’affaisse sur moi-même. Puis-je en effet rester calme devant ce jour de malheur qui va se lever sur un peuple pour le décimer ?
שמעתי Par ותרגז בטני il veut parler de l’agitation et du tremblement des entrailles par la forte peur, comme nous l’avons dit au sujet des mots ירגזון יריעות ארץ מדין (ci-dessus, vers. 7) ; il en est de même de ותחתי ארגז. — Le ל dans לקול a le sens du מ, c’est-à-dire מקול ; c’est comme s’il avait dit : ומן הקול צללו שפתי. — צללו signifie elles bourdonnent, comme תצלינה (I Sam. 3, 41) ; le sens est que, par la forte peur qu’il éprouvait de ce bruit qu’il entendait, ses lèvres tremblaient en parlant et proféraient leurs paroles avec un son tremblant, comme si c’était un bourdonnement. — רקב est la vermoulure qui atteint les ossements après la mort ; si on l’emploie en parlant des vivants, c’est une métaphore pour peindre la forte frayeur et la tristesse, comme il est dit (dans les Proverbes, 15, 30) : Une bonne nouvelle rend moelleux les os, et, au contraire (ib. 17, 22) : un esprit abattu dessèche les os. — ותחתי veut dire à ma place, comme ישבו החרים (Deut. 2, 12 et suiv.) pour במקומם (à leur place). — יגודנו exprime l’attroupement des armées, car les troupes s’appellent גדוד, par exemple בא מהגדוד (II Sam. 3, 22) ; le même verbe se trouve dans גד גדוד יגודנו (Gen. 49, 19), la lettre quiescente (le וּ) remplace le redoublement (du ד) qui devait avoir lieu à cause de l’insertion de la lettre pareille. — Le sens de tout ce verset, conformément à la suite et à la liaison mutuelle des textes, est, selon la première opinion, celui-ci : savoir, que c’est une relation faite par le prophète de ce que diront ces ennemis qui faisaient des expéditions contre Israël, tels que les Assyriens, les Chaldéens, etc., lorsque le châtiment les atteindra ; ils diront, à cause de la frayeur qui les saisira : שמעתי ותרגז בטני וג״. Quant à ces mots : אשר אנוח ליום צרה וג״, il est possible qu’ils soient la suite de la phrase, et le sens serait : Nous étions tranquilles et à couvert jusqu’à l’époque du châtiment et du malheur et jusqu’à ce que montât le peuple qui nous fit la guerre et qui s’attroupa contre nous. Le ד de יגודנו devrait alors avoir un céré au lieu du ségol ; le ג devrait perdre le daghesch, et le ל dans לעם serait superflu pour le sens, car la valeur (de ces derniers mots) serait : ולעלות העם אשר יגוד אותנו. Mais il se peut aussi que ce soit la relation du discours des Israélites ; le sens serait alors : Nous serons tranquilles et nous resterons là à attendre le jour de leur malheur et l’époque où l’ennemi rangé en bataille marchera contre eux et leur fera la guerre. Le ל dans לעם serait également superflu et la valeur (des mots) serait ולעלות העם אשר יגוד אותם. — On a dit aussi que c’est la relation de ce que disaient les Cananéens et leurs semblables en apprenant la nouvelle de la sortie d’Égypte, ainsi que l’a dit (Moïse) : Les peuples l’entendirent et ils tremblèrent (Ex., 15, 14) ; et cela serait conforme à ce qui a été rapporté plus haut, savoir, que les mots דרכת בים סוסיך se rapportent à la séparation de la mer de Souph. Je vous ai déjà fait savoir que le contexte ne s’accorde pas bien avec cette interprétation ; si cependant quelqu’un la préfère, il n’y a pas de mal à cela. — Quant au sens (qu’aurait le verset) selon la seconde opinion, le prophète, dans ce verset et dans celui qui suit, se prononcerait enfin clairement au sujet de l’avertissement (qu’il a donné) sur la famine qui devait avoir lieu à l’époque où l’ennemi s’avancerait, et avant son arrivée, et il dirait, en continuant et en exprimant toute la gravité de la chose, que la frayeur l’a saisi à cause de cet événement, dès qu’il en a eu connaissance, parce qu’il craignait pour Israël. Tel serait le sens de ces mots : שמעתי ותרגז בטני וג״. — On dit qu’il mentionne le ventre, parce que c’est là que se fait sentir la douleur de la faim, et les lèvres, parce que c’est par là qu’entre la nourriture. Avant les mots אשר אנוח il faut sous-entendre כי אמרני. — Le sens serait : Nous avions pensé que nous serions tranquilles et en repos jusqu’à l’époque de l’adversité et de l’invasion de l’ennemi — [ainsi que nous avons expliqué la valeur (des mots) selon la première interprétation] — mais il n’en fut pas ainsi ; au contraire, il arriva à cette époque ce qu’il va décrire dans le verset suivant, en disant : Le figuier ne fleurit pas, etc.
כִּֽי־תְאֵנָ֣ה לֹֽא־תִפְרָ֗ח וְאֵ֤ין יְבוּל֙ בַּגְּפָנִ֔ים כִּחֵשׁ֙ מַֽעֲשֵׂה־זַ֔יִת וּשְׁדֵמ֖וֹת לֹא־עָ֣שָׂה אֹ֑כֶל גָּזַ֤ר מִמִּכְלָה֙ צֹ֔אן וְאֵ֥ין בָּקָ֖ר בָּרְפָתִֽים׃
Car le figuier ne fleurira pas, ni les vignes ne donneront des fruits ; l’olivier refusera son produit et les champs leur tribut nourricier ; plus de brebis au bercail, plus de bœufs dans les étables !
כי־תאנה לא־תפרח וג״ Le nom de יבול désigne les fruits ; il dérive de הוביל, faire venir, amener, produire, par exemple תובלנה בשמחת (Ps. 45, vers. 16) : elles seront amenées avec joie. — (On appelle ainsi les fruits) parce qu’ils proviennent à une époque connue, de même qu’on appelle le blé תבואה (proventus) de בא venir. Quelquefois on appelle par ce nom (יבול) en général tout ce que la terre fait germer, comme p. e. את־פריו והארץ תתן יבולה : l’arbre du champ donnera son fruit, et la terre donnera son produit (Ézéch., 34, 27). — כִּחֵשׁ appliqué au produit de l’olivier, signifie il a été coupé, il a manqué ; ce sens est dérivé (au figuré) de celui de mentir, — p. e. כחש לו (I Rois, 13, 18) — comme dans cette autre locution אשר לא־יכזבו מימיו (comme une source d’eau) dont les eaux ne manquent pas (Isaïe, 58, 11). Nous avons déjà donné une explication semblable aux mots ותירוש יכחש בה (Hos., 9, 2). — Quant à שדמות, on dit que ce sont les ceps ; cependant (la phrase ושדמות לא־עשה אכל) n’est pas une répétition des mots ואין יבול בגפנים, car ce qui distingue les deux (plantes), c’est que la גפן est couchée sur la terre, et la שדמה est élevée au-dessus d’elle. Il en est de même dans le passage כי־מגפן סדם גפנם ומשדמת עמרה (Deut., 32, 32). — D’autres disent que שדמה est ici la semence, comme p. e. ושדמה לפני קמה (Isaïe, 37, 27) ce qui signifie la semence imparfaite qui n’est pas encore parvenue à la maturité, et avant de former l’épi qui est debout et mûr, et qu’on appelle קמה. Il y en a cependant qui disent que dans ce dernier passage שדמה a le même sens que שדופת קדים (Genèse, 41, 6 et 23), le פ étant changé en מ (car les deux lettres sont de la classe בומף) ; le sens serait alors la semence corrompue et vide, opposée à קמה qui est le (blé) parfait et mûr. — מִכְלָה est le nom de l’endroit où l’on enferme les troupeaux, savoir l’étable ; מכלאת צאן (Ps. 78, 70) est la même chose, quoiqu’il soit écrit avec א. Ce mot est dérivé de בית הכלא, prison. — גזר est ici un verbe neutre, car il est en place de נגזר et il a le sens de être retranché, manquer. רפתים signifie les parcs de bœufs ; ce mot est très-usité dans le langage des anciens (docteurs), qui disent au singulier רפת בקר. — Tout ce discours, selon la première opinion, renferme une image pour représenter la ruine des nations ennemies, de leur armée, leur bas peuple, leurs chefs, leurs gouverneurs, leurs rois, leurs héros ; de même, on les représente dans le cantique de האזינו par les mots חמאת בקר וג״ la crème des vaches, etc. (Deut. 32,14), comme l’a expliqué le traducteur (chaldaïque) en disant : Il leur a donné le butin de leurs rois et de leurs souverains, etc. — Selon la seconde opinion, c’est un avertissement clair et sans allégorie de l’arrivée de la stérilité, (qui sera telle) que les plantes se dessécheront, que les fruits manqueront et que les animaux périront faute de fourrage pour se nourrir, et parce que les hommes les prendront pour leur seule nourriture, ne trouvant, à cause de la grande sécheresse, ni blé, ni fruits, ni herbes. — Ce verset est la preuve la plus forte dont s’appuie cette (seconde) opinion ; nous avons montré qu’elle est admissible, mais Dieu seul connaît (la vérité).
וַאֲנִ֖י בַּיהֹוָ֣ה אֶעְל֑וֹזָה אָגִ֖ילָה בֵּאלֹהֵ֥י יִשְׁעִֽי׃
Et cependant moi, grâce à l’Éternel, je retrouverai le bonheur, je me délecterai en Dieu qui me protège.
ואני בי״י אעלוזה Après avoir parlé de la satisfaction que Dieu tirera des ennemis par les malheurs qui les frapperont, ou bien, selon la seconde interprétation, de la détresse qui arrivera à Israël dans cet état, il dit, en annonçant le salut à Israël : Mais nous, nous serons réjouis après cela par le secours de Dieu et parce que ce sera lui qui nous secourra et nous aidera. Ensuite il ajoute : C’est parce que la force et la puissance nous viendront par sa providence, car c’est lui qui est la source de notre force et de notre puissance par lesquelles nous remporterons la victoire sur les ennemis. C’est là ce qu’il exprime par ces mots :
יֱהֹוִ֤ה אֲדֹנָי֙ חֵילִ֔י וַיָּ֤שֶׂם רַגְלַי֙ כָּאַיָּל֔וֹת וְעַ֥ל בָּמוֹתַ֖י יַדְרִכֵ֑נִי לַמְנַצֵּ֖חַ בִּנְגִינוֹתָֽי׃
Dieu, mon Seigneur, est ma force ; il rend mes pieds agiles comme ceux des biches, et il me fait cheminer sur les hauteurs ! — Au chorège qui dirige l’exécution de mes chants [12].
[12] Voir les Psaumes.
אלהים י״י חילי וג״ dont le sens est : En lui est ma force et ma puissance. Les mots וישם רגלי כאילות sont une image de la rapidité de leur arrivée et de leur victoire sur les ennemis, semblable à la rapidité et à la légèreté des gazelles. Par במותי il veut dire les hauteurs de mes ennemis, comme במותימו (Deut., 33, 29). במות signifie primitivement les sommets des hautes montagnes ; ensuite on l’emploie métaphoriquement, dans ce passage et dans d’autres, pour désigner les plus grands d’entre les chefs. Peut-être aussi veut-il désigner par במותי les montagnes et les forteresses de la terre d’Israël — [comme on l’a dit au sujet de על במותיך חלל (II Sam., 1, 19)] — savoir qu’il nous les fera posséder depuis, et qu’il nous fera marcher sur elles ; mais le premier sens est plus solide, quoiqu’il faille suppléer במות אויבי. — Dans le mot למנצח le מ est superflu et on aurait dû écrire לנצח, savoir qu’il fera cela pour que nous l’exaltions et que nous le glorifions par nos louanges mélodieuses ; peut-être aussi ce mot a-t-il la valeur de להיות מנצח. Cette expression (נַצֵּחַ) signifie primitivement vaincre, dominer ; mais on l’emploie métaphoriquement pour chanter des louanges, comme nous l’expliquerons dans le livre des Psaumes. נגינות sont les mélodies musicales et les mots chantés par ces mélodies ; de là vient cette expression קחו־לי מנגן וג״ (II Rois, 3, 15). Les anciens (docteurs) appellent le chant נגון et le chanteur מנגן. — Il y en a qui disent que ואני בי״י אעלוזה et ce qui suit est le discours du prophète parlant en son propre nom, pour annoncer que lui, par la confiance qu’il a en Dieu, ne s’inquiète pas de ces circonstances qu’il vient de décrire. Mais il me semble qu’il vaut mieux entendre ces mots de tout Israël ; car on ne voit pas pourquoi le prophète dirait cela de lui-même et pourquoi il nous en parlerait. La vérité est, au contraire, que, après avoir dit, en parlant au nom de tous להפיצני : יסערו, et ensuite אשר אנוח ליום צרה וג״, il dit aussi pour leur annoncer le salut : ואני ביהוה אעלוזה אגילה באלהי ישעי יהוה אדני חילי וג״.
כמל שרח ספר חבקוק
Fin du commentaire du Livre de ‘Habakkouk
ברוך העוזר ברחמיו
Béni soit celui qui nous aide par sa miséricorde
— Commentaire de Rabbi Tan’houm de Jérusalem sur le livre d’Habakkouk, publié pour la première fois, en arabe, sur un manuscrit unique de la Bibliothèque Bodleïenne et accompagné d’une Traduction et de Notes, par Salomon Munk :
- La Bible : traduction nouvelle avec l’hébreu en regard, accompagné des points-voyelles et des accents toniques (נגינהות) avec des notes philologiques, géographiques et littéraires et les principales variantes de la version des Septante et du texte samaritain ; dédiée à S. M. Louis-Philippe Ier, roi des Français, par Samuel Cahen : Tome Douzième – Les Douze petits prophètes / תרי עשר, Paris, 1843, p.1-103 [Google Books]
- Monographie tirée à part , Paris, 1843 [archive.org]
— Texte massorétique : Miqra according to the Mesorah (édition digitale du TaNaKh fondée en partie sur le Codex d’Alep). Version adaptée par Sefaria. [Licence : CC-BY-SA].
— Traduction française : La Bible – traduite du texte original par les membres du Rabbinat français sous la direction de M. Zadoc Kahn Grand Rabbin. Tome Ier : Pentateuque – Premiers Prophètes. Paris (Durlacher), 1899. [Version numérisée : National Library of Israel].