רבי תנחום בן יוסף הירושלמי על ספר חבקוק
R. Tan’hum de Jérusalem sur le livre d’Habacuc
Texte hébreu · Trad. Rabbinat français — Commentaire de Tan’hum de Jérusalem · Trad. S. Munk
Chapitre 1

בְּשֵׁם אֵל עוֹלָם

Au nom du Dieu éternel.

סֵפֶר חֲבַקּוּק

Livre d’Habakkouk


הַמַּשָּׂא֙ אֲשֶׁ֣ר חָזָ֔ה חֲבַקּ֖וּק הַנָּבִֽיא׃

1:1

L’oracle que le prophète Habacuc perçut dans une vision :

Tan’hum de Jérusalem — 1:1

המשׂא וג״ Vous savez déjà qu’on appelle la révélation משׂא. — De ce prophète encore, on ne saurait préciser ni l’époque, ni la généalogie, car on ne nous donne là-dessus aucune explication. Dans cette prophétie on avertit que la domination des Chaldéens s’étendra, mais qu’ensuite elle cessera et que le règne de la maison de Nebouchadnéçar sera détruit.


עַד־אָ֧נָה יְהֹוָ֛ה שִׁוַּ֖עְתִּי וְלֹ֣א תִשְׁמָ֑ע אֶזְעַ֥ק אֵלֶ֛יךָ חָמָ֖ס וְלֹ֥א תוֹשִֽׁיעַ׃

1:2

Jusques à quand, ô Seigneur, t’implorerai-je sans que tu entendes mon appel ? Crierai-je vers toi : violence ! sans que tu prêtes secours ?

Tan’hum de Jérusalem — 1:2

עד אנה וג״ Il commence par des supplications, en parlant au nom d’Israël, en implorant le Très-Haut contre l’oppression que les Chaldéens faisaient peser sur eux (les Israélites) et en le suppliant de ne pas pousser plus loin l’indulgence qu’il leur accordait tout en connaissant leur tyrannie. Tel est le sens de ces mots :


לָ֣מָּה תַרְאֵ֤נִי אָ֙וֶן֙ וְעָמָ֣ל תַּבִּ֔יט וְשֹׁ֥ד וְחָמָ֖ס לְנֶגְדִּ֑י וַיְהִ֧י רִ֦יב וּמָד֖וֹן יִשָּֽׂא׃

1:3

Pourquoi me laisses-tu voir l’iniquité et restes-tu témoin de l’injustice ? L’oppression et la violence triomphent sous mes yeux ; partout éclatent des disputes et sévit la discorde !

Tan’hum de Jérusalem — 1:3

למה וג״ Pourquoi me fais-tu voir, etc., c’est-à-dire : pourquoi, tout en sachant cela, leur permets-tu d’y persévérer ? — Le mot יִשָּׂא est pris ici dans le sens (neutre) de s’élever, et il a la valeur de יִנָשֵׂא ou de ישׂא ראשׁ (La querelle et la dispute s’élèvent ou lèvent la tête). Il y en a qui disent que la valeur est : L’homme de querelle et de dispute lève la tête ; comment se fait-il (dit le prophète) que le méchant arrive à une position élevée, puisque tu pénètres ses actions ?


עַל־כֵּן֙ תָּפ֣וּג תּוֹרָ֔ה וְלֹא־יֵצֵ֥א לָנֶ֖צַח מִשְׁפָּ֑ט כִּ֤י רָשָׁע֙ מַכְתִּ֣יר אֶת־הַצַּדִּ֔יק עַל־כֵּ֛ן יֵצֵ֥א מִשְׁפָּ֖ט מְעֻקָּֽל׃

1:4

Aussi la loi est-elle paralysée et le droit ne se manifeste-t-il plus jamais. Oui, le méchant circonvient le juste, aussi ne rend-on que des sentences perverses.

Tan’hum de Jérusalem — 1:4

על כן תפוג וג״ Le mot תפוג signifie elle se relâche, c’est-à-dire, sa force s’affaiblit ; il a un sens analogue à פּוּגַת (Lamentations, ch. 2, v. 18). — מכתיר את הצדיק il environne le juste, c’est-à-dire, il l’assiège, et s’empare de lui ; מַכְתִּיר est employé dans le même sens que כִּתְּרוּנִי (Ps. 22, v. 13). Ce verbe est dérivé de כֶּתֶר couronne, car la couronne environne la tête. Il y en a qui expliquent מכתיר par il le domine, il s’impose sur sa tête comme une couronne ; mais le premier sens est plus convenable.


רְא֤וּ בַגּוֹיִם֙ וְֽהַבִּ֔יטוּ וְהִֽתַּמְּה֖וּ תְּמָ֑הוּ כִּי־פֹ֙עַל֙ פֹּעֵ֣ל בִּימֵיכֶ֔ם לֹ֥א תַאֲמִ֖ינוּ כִּ֥י יְסֻפָּֽר׃

1:5

Jetez les yeux sur les peuples, regardez, soyez étonnés, stupéfaits ! Car il [Dieu] va, en votre temps, accomplir une œuvre… vous n’y croiriez pas si on vous la racontait.

Tan’hum de Jérusalem — 1:5

ראו וג״ Ceci est l’allégation des paroles que le Très-Haut adresse à Israël. Le mot התמהו est au Hithpaël ; le ת du Hithpaël est inséré dans la première radicale ; תמהו est l’impératif du verbe léger (Kal), et la répétition du verbe est pour donner de l’énergie. Dans les mots כִּי־פֹעַל פֹּעֵל, il faut suppléer אני, ou הנני, ou autre chose semblable, ainsi qu’il dit ci-après :


כִּֽי־הִנְנִ֤י מֵקִים֙ אֶת־הַכַּשְׂדִּ֔ים הַגּ֖וֹי הַמַּ֣ר וְהַנִּמְהָ֑ר הַהוֹלֵךְ֙ לְמֶרְחֲבֵי־אֶ֔רֶץ לָרֶ֖שֶׁת מִשְׁכָּנ֥וֹת לֹּא־לֽוֹ׃

1:6

Oui, je vais susciter les Chaldéens, ce peuple féroce et emporté, qui parcourt les vastes espaces de la terre, pour conquérir des demeures qui ne sont pas à lui.

Tan’hum de Jérusalem — 1:6

כי הנני מקים וג״ voici je fais lever les Chaldéens, etc. Il appelle ce peuple מר amer, à cause du grand mal qu’il faisait. נמהר a ici le sens de être léger, agir précipitamment, sans considération ni intelligence. On le traduit aussi par rapide, du sens de מְהֵרָה. Enfin on l’explique aussi par stupide, comme נמהרי לב (Isaïe, 35, 4).


אָיֹ֥ם וְנוֹרָ֖א ה֑וּא מִמֶּ֕נּוּ מִשְׁפָּט֥וֹ וּשְׂאֵת֖וֹ יֵצֵֽא׃

1:7

Peuple terrible et redoutable ! De lui seul il tire son droit et son orgueil.

Tan’hum de Jérusalem — 1:7

ממנו משפטו ושאתו יצא de lui-même émane son autorité et son élévation ; c’est-à-dire, suivant son opinion.


וְקַלּ֨וּ מִנְּמֵרִ֜ים סוּסָ֗יו וְחַדּוּ֙ מִזְּאֵ֣בֵי עֶ֔רֶב וּפָ֖שׁוּ פָּרָשָׁ֑יו וּפָֽרָשָׁיו֙ מֵרָח֣וֹק יָבֹ֔אוּ יָעֻ֕פוּ כְּנֶ֖שֶׁר חָ֥שׁ לֶאֱכֽוֹל׃

1:8

Ses chevaux sont plus légers que des panthères, plus rapides que les loups du soir, et ses cavaliers se répandent de toutes parts. Ils viennent de loin, ses cavaliers, ils volent comme un aigle qui se hâte de dévorer.

Tan’hum de Jérusalem — 1:8

וחדו signifie : ils sont aigus ou véhéments. Quant aux mots זאבי ערב, on les explique par loups du désert, comme זאב ערבות (Jérémie, 5, 6). D’autres disent loups du soir ou de la nuit. — וּפָשׁוּ a été expliqué de différentes manières : on lui a donné le sens de פוץ (ses cavaliers se répandront) ; on l’a aussi expliqué dans le sens de danser, sauter ; enfin on a dit qu’il est analogue au mot du Targum qui rend פרו ורבו par פושו וסגו (Onqelos).


כֻּלֹּה֙ לְחָמָ֣ס יָב֔וֹא מְגַמַּ֥ת פְּנֵיהֶ֖ם קָדִ֑ימָה וַיֶּאֱסֹ֥ף כַּח֖וֹל שֶֽׁבִי׃

1:9

Tous viennent pour la rapine, leur passion les porte toujours en avant. Ils amassent des captifs comme du sable.

Tan’hum de Jérusalem — 1:9

מגמת פניהם La meilleure traduction qu’on ait donnée de ces mots est : la direction de leurs visages. C’est l’opinion du maître Aboulwalîd ; le mot מְגַמָּת vient, selon lui, d’une racine à deux lettres pareilles (גמם). Aboulwalîd y trouve de l’analogie avec la racine arabe חמם, qui s’emploie dans le sens de se diriger. Il se peut qu’il ait voulu désigner la direction qu’ils prenaient en retournant dans leur pays avec le butin.


וְהוּא֙ בַּמְּלָכִ֣ים יִתְקַלָּ֔ס וְרֹזְנִ֖ים מִשְׂחָ֣ק ל֑וֹ ה֚וּא לְכׇל־מִבְצָ֣ר יִשְׂחָ֔ק וַיִּצְבֹּ֥ר עָפָ֖ר וַֽיִּלְכְּדָֽהּ׃

1:10

Et ce peuple se moque des rois, les princes lui sont un objet de risée ; il se joue de toutes les forteresses, amoncelle un peu de terre et les prend d’assaut.

Tan’hum de Jérusalem — 1:10

והוא במלכים יתקלס il méprise les rois, il se moque d’eux, comme וקלסה לכל הארצות (un objet de mépris pour tous les pays, Ézéchiel, 22, 4). — ויצבר עפר וילכדה : Le pronom suffixe dans וילכדה se rapporte à מבצר, comme si on sous-entendait עיר ville (du féminin). Il n’a qu’à ramasser de la terre pour en couvrir la ville et pour la conquérir.


אָ֣ז חָלַ֥ף ר֛וּחַ וַֽיַּעֲבֹ֖ר וְאָשֵׁ֑ם ז֥וּ כֹח֖וֹ לֵאלֹהֽוֹ׃

1:11

Ainsi il passe comme une tempête, et sur son passage il commet des méfaits, lui qui tient sa force pour son dieu !

Tan’hum de Jérusalem — 1:11

אז חלף רוח וג״ Il faut sous-entendre כ, comme s’il y avait חלף כרוח (il passe comme le vent). Tel est le sens de ואשם זו כחו לאלהו — [זו a le sens de אשר, comme dans עם זו, Isaïe, 43, 21]. On se sert du mot אלהו, au singulier, pour rabaisser (ce dieu), parce qu’on veut parler d’un faux dieu.


הֲל֧וֹא אַתָּ֣ה מִקֶּ֗דֶם יְהֹוָ֧ה אֱלֹהַ֛י קְדֹשִׁ֖י לֹ֣א נָמ֑וּת יְהֹוָה֙ לְמִשְׁפָּ֣ט שַׂמְתּ֔וֹ וְצ֖וּר לְהוֹכִ֥יחַ יְסַדְתּֽוֹ׃

1:12

N’es-tu pas, de toute éternité, ô Seigneur, mon Dieu, mon Saint ? Non, nous ne mourrons pas ! L’Éternel, c’est pour faire justice que tu as commis ce peuple ! ô mon Rocher, c’est pour châtier que tu l’as établi !

Tan’hum de Jérusalem — 1:12

הלוא אתה Après avoir fini de réciter les paroles de Dieu, il (le prophète) continue : « Mais toi, ô Seigneur, n’es-tu pas notre Dieu, depuis le commencement de notre naissance ? Nous te prions donc de ne pas nous négliger, car nous mourrions sous la main de cet ennemi ; » c’est là ce qu’il exprime par les mots הלא…..לא נמות. Peut-être aussi le sens de אלהי קדשי לא נמות est-il : Tu es notre guide ; ainsi nous ne mourrons pas et nous ne périrons pas — une parenthèse qui serait une épithète de Dieu, exprimant le soin particulier qu’il prend des Israélites.


טְה֤וֹר עֵינַ֙יִם֙ מֵרְא֣וֹת רָ֔ע וְהַבִּ֥יט אֶל־עָמָ֖ל לֹ֣א תוּכָ֑ל לָ֤מָּה תַבִּיט֙ בּֽוֹגְדִ֔ים תַּחֲרִ֕ישׁ בְּבַלַּ֥ע רָשָׁ֖ע צַדִּ֥יק מִמֶּֽנּוּ׃

1:13

Ô toi qui as les yeux trop purs pour voir le mal, et qui ne peux regarder l’iniquité, pourquoi regardes-tu ces perfides, gardes-tu le silence quand le méchant dévore plus juste que lui ?

Tan’hum de Jérusalem — 1:13

טהור עינים וג״ Ceci est encore sous la dépendance des mots הלא אתה. Le sens est : Tu ne veux pas le mal ; comment alors se fait-il que tu prennes patience avec l’iniquité ? Par les mots למה….. צדיק ממנו il veut dire : quoiqu’il ne soit pas juste dans le sens absolu, il l’est toujours en comparaison de l’impie qui le domine.


וַתַּעֲשֶׂ֥ה אָדָ֖ם כִּדְגֵ֣י הַיָּ֑ם כְּרֶ֖מֶשׂ לֹא־מֹשֵׁ֥ל בּֽוֹ׃

1:14

Pourquoi as-tu rendu les hommes pareils aux poissons de la mer, aux reptiles qui n’ont point de maître ?


כֻּלֹּה֙ בְּחַכָּ֣ה הֵֽעֲלָ֔ה יְגֹרֵ֣הוּ בְחֶרְמ֔וֹ וְיַאַסְפֵ֖הוּ בְּמִכְמַרְתּ֑וֹ עַל־כֵּ֖ן יִשְׂמַ֥ח וְיָגִֽיל׃

1:15

Il [l’ennemi] les prend tous avec l’hameçon, il les tire à lui avec son filet et les jette ensemble dans sa nasse ; aussi est-il content et joyeux.

Tan’hum de Jérusalem — 1:15

חכה est l’hameçon, comme dans Isaïe, ch. 19, v. 8. — יְגֹרֵהוּ il le rassemble, comme יגורו עלי עזים (Ps. 59, v. 4). — חרמו veut dire son filet, de même que מכמרתו ; ce sont deux espèces de filets qui diffèrent dans la forme.


עַל־כֵּן֙ יְזַבֵּ֣חַ לְחֶרְמ֔וֹ וִֽיקַטֵּ֖ר לְמִכְמַרְתּ֑וֹ כִּ֤י בָהֵ֙מָּה֙ שָׁמֵ֣ן חֶלְק֔וֹ וּמַאֲכָל֖וֹ בְּרִאָֽה׃

1:16

Aussi offre-t-il des sacrifices à son filet et brûle-t-il de l’encens à sa nasse, car il leur doit une prise abondante et d’exquises victuailles.

Tan’hum de Jérusalem — 1:16

שמן חלקו : Le mot שָׁמֵן est ici un adjectif, gras. Ce dernier mot (sain) s’emploie aussi dans le sens de gras, comme dans בריאות וטובות (Genèse, 41, 5). Le ה dans בריאה est paragogique ; ce ne saurait être ici le ה du féminin, car מאכלו est du masculin.


הַ֥עַל כֵּ֖ן יָרִ֣יק חֶרְמ֑וֹ וְתָמִ֛יד לַהֲרֹ֥ג גּוֹיִ֖ם לֹ֥א יַחְמֽוֹל׃

1:17

Est-ce une raison pour qu’il vide toujours son filet et recommence sans cesse à égorger des peuples, sans pitié ?

Tan’hum de Jérusalem — 1:17

העל כן יריק חרמו : Il se peut que יריק ait ici le sens de tirer dehors, faire sortir, comme אריק חרבי (Exode, 15, 9) ; il veut dire par là étendre le filet. Le ה dans העל est pour אשר ; le sens est : à cause de cela, c’est-à-dire parce qu’il trouve sa part grasse, etc., il tire son filet. D’autres donnent au ה la valeur de הֲלֹא (n’est-ce pas que ?). Il y en a qui prennent יריק pour un verbe neutre : Est-ce que, avec un tel pouvoir, son filet pourrait remonter vide ?

Sources — Commentaire : S. Munk, in S. Cahen, La Bible, t. XII, Paris, 1843 [Google Booksarchive.org] · Texte hébreu : Miqra according to the Mesorah / Sefaria [CC-BY-SA] · Traduction : Rabbinat français, dir. Z. Kahn, Paris, 1899 [NLI]

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