Commentaire de R. Tan’houm sur le Livre de ‘Habakkouk

Chapitre 1

Trad. Salomon Munk (1843)


בשם אל עולם

Au nom du Dieu éternel.

ספר חבקוק

Livre d’Habakkouk

הַמַּשָּׂא֙ אֲשֶׁ֣ר חָזָ֔ה חֲבַקּ֖וּק הַנָּבִֽיא׃

1:1

L’oracle que le prophète Habacuc perçut dans une vision :

 

המשׂא וג״ Vous savez déjà qu’on appelle la révélation משׂא. — De ce prophète encore, on ne saurait préciser ni l’époque, ni la généalogie, car on ne nous donne là-dessus aucune explication. Dans cette prophétie on avertit que la domination des Chaldéens s’étendra, mais qu’ensuite elle cessera et que le règne de la maison de Nebouchadnéçar sera détruit.

 

עַד־אָ֧נָה יְהֹוָ֛ה שִׁוַּ֖עְתִּי וְלֹ֣א תִשְׁמָ֑ע אֶזְעַ֥ק אֵלֶ֛יךָ חָמָ֖ס וְלֹ֥א תוֹשִֽׁיעַ׃

1:2

Jusques à quand, ô Seigneur, t’implorerai-je sans que tu entendes mon appel ? Crierai-je vers toi : violence ! sans que tu prêtes secours ?

 

עד אנה וג״ Il commence par des supplications, en parlant au nom d’Israël, en implorant le Très-Haut contre l’oppression que les Chaldéens faisaient peser sur eux (les Israélites) et en le suppliant de ne pas pousser plus loin l’indulgence qu’il leur accordait tout en connaissant leur tyrannie. Tel est le sens de ces mots :

 

לָ֣מָּה תַרְאֵ֤נִי אָ֙וֶן֙ וְעָמָ֣ל תַּבִּ֔יט וְשֹׁ֥ד וְחָמָ֖ס לְנֶגְדִּ֑י וַיְהִ֧י רִ֦יב וּמָד֖וֹן יִשָּֽׂא׃

1:3

Pourquoi me laisses-tu voir l’iniquité et restes-tu témoin de l’injustice ? L’oppression et la violence triomphent sous mes yeux ; partout éclatent des disputes et sévit la discorde !

 

למה וג״ Pourquoi me fais-tu voir, etc., c’est-à-dire : pourquoi, tout en sachant cela, leur permets-tu d’y persévérer ? — Le mot יִשָּׂא est pris ici dans le sens (neutre) de s’élever, et il a la valeur de יִנָשֵׂא ou de ישׂא ראשׁ (La querelle et la dispute s’élèvent ou lèvent la tête). Il y en a qui disent que la valeur est : L’homme de querelle et de dispute lève la tête ; comment se fait-il (dit le prophète) que le méchant arrive à une position élevée, puisque tu pénètres ses actions ?

 

עַל־כֵּן֙ תָּפ֣וּג תּוֹרָ֔ה וְלֹא־יֵצֵ֥א לָנֶ֖צַח מִשְׁפָּ֑ט כִּ֤י רָשָׁע֙ מַכְתִּ֣יר אֶת־הַצַּדִּ֔יק עַל־כֵּ֛ן יֵצֵ֥א מִשְׁפָּ֖ט מְעֻקָּֽל׃

1:4

Aussi la loi est-elle paralysée et le droit ne se manifeste-t-il plus jamais. Oui, le méchant circonvient le juste, aussi ne rend-on que des sentences perverses.

 

על כן תפוג וג״ Le mot תפוג signifie elle se relâche, c’est-à-dire, sa force s’affaiblit ; il a un sens analogue à פּוּגַת (lamentations, ch. 2, v. 18). — מכתיר את הצדיק il environne le juste, c’est-à-dire, il l’assiège, et s’empare de lui ; מַכְתִּיר est employé dans le même sens que כִּתְּרוּנִי (Ps. 22, vers. 13), qui est d’une autre conjugaison lourde. Ce verbe est dérivé de כֶּתֶר couronne, car la couronne environne la tête. יצא a ici le sens de apparaitre. מעקל signifie tordu, opposé à ישר droit ; de là vient קלקלות (Juges, ch. 5, vers. 6). Il veut dire : par cette grande patience (que Dieu montre) pour l’impie, quoique celui-ci se rende maître du juste et qu’il l’opprime, il paraîtrait comme si la justice n’était pas debout, quoique, en réalité, il n’en soit pas ainsi. Il y en a qui expliquent מכתיר par il le domine, il s’impose sur sa tête comme une couronne, le faisant venir également de כֶּתֶר ; mais le premier sens est plus convenable.

 

רְא֤וּ בַגּוֹיִם֙ וְֽהַבִּ֔יטוּ וְהִֽתַּמְּה֖וּ תְּמָ֑הוּ כִּי־פֹ֙עַל֙ פֹּעֵ֣ל בִּימֵיכֶ֔ם לֹ֥א תַאֲמִ֖ינוּ כִּ֥י יְסֻפָּֽר׃

1:5

Jetez les yeux sur les peuples, regardez, soyez étonnés, stupéfaits ! Car il [1] va, en votre temps, accomplir une œuvre… vous n’y croiriez pas si on vous la racontait.

[1] Dieu.

 

ראו וג״ Ceci est l’allégation des paroles que le Très-Haut adresse à Israël ; le prophète, par son attitude, semble dire : Comment, ô Seigneur, patientes-tu malgré cela et nous dis-tu : ראו בגוים וג״ voyez ce qui arrive aux nations et vous serez étonnés ? Le mot התמהו est au Hithpaël ; le ת du Hithpaël est inséré dans la première radicale ; תמהו est l’impératif du verbe léger (Kal), et la répétition du verbe est pour donner de l’énergie. Peut-être a-t-il voulu (exprimer) par l’un des deux verbes l’étonnement et par l’autre la stupéfaction ; cette racine — je veux dire תמה — renferme les deux sens, qui s’approchent l’un de l’autre ; car celui qui s’étonne d’une chose en est stupéfait. Il en est ainsi dans ויתמהו (Genèse, 43, 33) — Dans les mots כִּי־פֹעַל פֹּעֵל, il faut suppléer אני, ou הנני, ou autre chose semblable, ainsi qu’il dit ci-après :

 

כִּֽי־הִנְנִ֤י מֵקִים֙ אֶת־הַכַּשְׂדִּ֔ים הַגּ֖וֹי הַמַּ֣ר וְהַנִּמְהָ֑ר הַהוֹלֵךְ֙ לְמֶרְחֲבֵי־אֶ֔רֶץ לָרֶ֖שֶׁת מִשְׁכָּנ֥וֹת לֹּא־לֽוֹ׃

1:6

Oui, je vais susciter les Chaldéens, ce peuple féroce et emporté, qui parcourt les vastes espaces de la terre, pour conquérir des demeures qui ne sont pas à lui.

 

כי הנני מקים וג״ voici je fais lever les Chaldéens, etc. Il appelle ce peuple מר amer, à cause du grand mal qu’il faisait. נמהר a ici le sens de être léger, agir précipitamment, sans considération ni intelligence. On le traduit aussi par rapide, du sens de מְהֵרָה. Enfin on l’explique aussi par stupide, comme נמהרי לב (Isaïe, 35, 4) ; on dit que l’homme stupide est appelé ainsi (נמהר), parce qu’il manque de bien examiner, et qu’il se hâte d’agir sans réflexion.

 

אָיֹ֥ם וְנוֹרָ֖א ה֑וּא מִמֶּ֕נּוּ מִשְׁפָּט֥וֹ וּשְׂאֵת֖וֹ יֵצֵֽא׃

1:7

Peuple terrible et redoutable ! De lui seul il tire son droit et son orgueil.

 

ממנו משפטו ושאתו יצא de lui-même émane son autorité et son élévation ; c’est-à-dire, suivant son opinion.

 

וְקַלּ֨וּ מִנְּמֵרִ֜ים סוּסָ֗יו וְחַדּוּ֙ מִזְּאֵ֣בֵי עֶ֔רֶב וּפָ֖שׁוּ פָּרָשָׁ֑יו וּפָֽרָשָׁיו֙ מֵרָח֣וֹק יָבֹ֔אוּ יָעֻ֕פוּ כְּנֶ֖שֶׁר חָ֥שׁ לֶאֱכֽוֹל׃

1:8

Ses chevaux sont plus légers que des panthères, plus rapides que les loups du soir, et ses cavaliers se répandent de toutes parts. Ils viennent de loin, ses cavaliers, ils volent comme un aigle qui se hâte de dévorer.

 

וחדו signifie : ils sont aigus ou véhéments ; par véhémence on indique ici la rapidité et l’essor pour se mettre en mouvement, (lequel essor est) plus fort que celui que prennent les זאבי ערב pour aller déchirer (leur proie). Quant aux mots זאבי ערב, on les explique par loups du désert, comme זאב ערבות (Jérémie, 5, 6). D’autres disent loups du soir ou de la nuit ; car, pendant le jour, ils s’abstiennent de la proie, ayant peur des hommes ; ils se trouvent ainsi affamés, et leur assaut, lorsque le soir arrive, est d’autant plus violent. — וּפָשׁוּ : Nous avons déjà dit, à la fin du livre précédent (Na’houm, 3, 18), que ce verbe a été expliqué de différentes manières : on lui a d’abord donné le sens de פוץ, futur יפוץ, usité au Niphal, et on a traduit d’après cela ופשו פרשיו par et ses cavaliers se répandront. On l’a aussi expliqué, comme תפושו (Jérémie, 50, 11), dans le sens de danser, sauter ; il faudrait donc traduire : et ils danseront. Enfin on a dit qu’il est analogue à un mot du Thargoum qui rend פרו ורבו (Gen.1, 28) par פושו וסגו (Onqelos) ; le sens serait alors : ils croîtront et ils se multiplieront.

 

כֻּלֹּה֙ לְחָמָ֣ס יָב֔וֹא מְגַמַּ֥ת פְּנֵיהֶ֖ם קָדִ֑ימָה וַיֶּאֱסֹ֥ף כַּח֖וֹל שֶֽׁבִי׃

1:9

Tous viennent pour la rapine, leur passion les porte toujours en avant [2]. Ils amassent des captifs comme du sable.

[2] Ibn Ezra, Kimhi ; sens incertain.

 

מגמת פניהם La meilleure traduction qu’on ait donnée de ces mots est : la direction de leurs visages. C’est l’opinion du maître Aboulwalîd ; le mot מְגַמָּת vient, selon lui, d’une racine qui a deux lettres pareilles (גמם), il est de la forme de מְשַׁמָּה (Ézéch. 6, 14, et passim) et le daghesch indique l’insertion de la pareille. C’est un mot qui ne se rencontre qu’une fois ; Aboulwalîd y trouve de l’analogie avec la racine arabe חמם, qui s’emploie dans le sens de se diriger. On pourrait ainsi traduire (en arabe) מגמת פניהם par מחמה וגוההם, c’est-à-dire la direction qu’ils prennent. Si le prophète dit קדימה, quoiqu’ils vinssent de l’Orient et qu’ils se dirigeassent vers l’Occident — [car Jérusalem, l’Égypte et, en général, les pays qu’ils envahissaient étaient situés pour eux à l’Occident] — il y en a qui disent que ce mot a la valeur de כקדימה et qu’il signifie comme le vent d’est ; c’est une image qui représente la rapidité de leur arrivée à l’endroit vers lequel ils se dirigent. Le ה dans קדימה serait alors (paragogique) comme celui de לשאולה (Ps. 9, v. 18). Il se peut aussi qu’il ait voulu désigner la direction qu’ils prenaient en retournant dans leur pays ; le sens serait alors qu’ils font des irruptions et qu’ils pillent, ayant pour but de retourner, avec le butin, à leur pays ; c’est pourquoi il dit après : Et ils ramassent le butin comme le sable.

 

וְהוּא֙ בַּמְּלָכִ֣ים יִתְקַלָּ֔ס וְרֹזְנִ֖ים מִשְׂחָ֣ק ל֑וֹ ה֚וּא לְכׇל־מִבְצָ֣ר יִשְׂחָ֔ק וַיִּצְבֹּ֥ר עָפָ֖ר וַֽיִּלְכְּדָֽהּ׃

1:10

Et ce peuple se moque des rois, les princes lui sont un objet de risée ; il se joue de toutes les forteresses, amoncelle un peu de terre et les prend d’assaut.

 

והוא במלכים יתקלס il méprise les rois, il se moque d’eux, comme וקלסה לכל הארצות (un objet de mépris pour tous les pays, Ézéchiel, 22, 4). — ויצבר עפר וילכדה Le pronom (suffixe) dans וילכדה se rapporte à מבצר, comme si on sous-entendait עיר ville (qui est du féminin). Le sens est que, vu le grand nombre de ses troupes, il méprise toute ville forte ; il n’a qu’à ramasser de la terre pour en couvrir la ville et pour la conquérir.

 

אָ֣ז חָלַ֥ף ר֛וּחַ וַֽיַּעֲבֹ֖ר וְאָשֵׁ֑ם ז֥וּ כֹח֖וֹ לֵאלֹהֽוֹ׃

1:11

Ainsi il passe comme une tempête, et sur son passage il commet des méfaits, lui qui tient sa force pour son dieu !

 

אז חלף רוח וג״ Il faut sous-entendre כ, comme s’il y avait חלף כרוח (il passe comme le vent). On le compare au vent, par rapport à la rapidité du mouvement et parce qu’il arrive sans obstacle en tout endroit ; ensuite on ajoute que cette faculté le porte au péché et à l’infidélité (envers Dieu), parce qu’il en attribue la cause à l’objet de son culte ; tel est le sens de ces mots : ואשם זו כחו לאלהו, — [זו a le sens de אשר, comme dans עם זו, Isaïe, 43, 21] — comme s’il disait : Il pèche en disant que sa force (doit être attribuée) à son Dieu. On se sert du mot אלהו, au singulier, pour rabaisser (ce dieu), parce qu’on veut parler d’un faux dieu. S’il est vrai qu’on dit aussi אלהים אחרים, ce n’est pas là un pluriel de majesté, mais un véritable pluriel, quoique, dans plusieurs endroits, ce pluriel s’emploie aussi comme terme de magnificence, (en parlant) selon l’opinion de ceux qui adorent ces dieux, comme, par exemple, לכמוש אלהי מואב à Camôs, dieu de Moab (I Rois, 11, 33), et autres expressions semblables. On peut, en effet, s’exprimer des deux manières (au singulier et au pluriel).

 

הֲל֧וֹא אַתָּ֣ה מִקֶּ֗דֶם יְהֹוָ֧ה אֱלֹהַ֛י קְדֹשִׁ֖י לֹ֣א נָמ֑וּת יְהֹוָה֙ לְמִשְׁפָּ֣ט שַׂמְתּ֔וֹ וְצ֖וּר לְהוֹכִ֥יחַ יְסַדְתּֽוֹ׃

1:12

N’es-tu pas, de toute éternité, ô Seigneur, mon Dieu, mon Saint ? Non, nous ne mourrons pas ! L’Éternel, c’est pour faire justice que tu as commis ce peuple ! ô mon Rocher, c’est pour châtier que tu l’as établi !

 

הלוא אתה Après avoir fini de réciter les paroles de Dieu, il (le prophète) continue : « Mais toi, ô Seigneur, n’es-tu pas notre Dieu, depuis le commencement de notre naissance ? Nous te prions donc de ne pas nous négliger, car nous mourrions sous la main de cet ennemi ; » c’est là ce qu’il exprime par les mots הלא…..לא נמות. Ensuite il ajoute : « N’es-tu pas le Seigneur, toi, qui l’as revêtu de l’autorité ? toi, le Tout-Puissant, qui l’as érigé, afin de punir par lui les pécheurs ? » ce qu’il exprime par les mots י״י למשפט….. יסדתו, qu’il faut compléter ainsi : הלא אתה ה׳ אשר למשפט שמתו והצור אשר להוכיח יסדתו ; car les mots הלא אתה, au commencement du verset, se rapportent aussi au second membre de la phrase. Peut-être aussi le sens des mots אלהי קדשי לא נמות est-il celui-ci : Tu es notre guide ; ainsi nous ne mourrons pas et nous ne périrons pas ; les mots הלא אתה se lieraient alors à ה׳ למשפט שמתו, et entre ces deux (membres de la phrase) il y aurait une parenthèse (אלהי קדשי לא נמות), qui serait une épithète de Dieu, pour exprimer le soin particulier qu’il prend des Israélites, afin qu’ils ne périssent pas.

 

טְה֤וֹר עֵינַ֙יִם֙ מֵרְא֣וֹת רָ֔ע וְהַבִּ֥יט אֶל־עָמָ֖ל לֹ֣א תוּכָ֑ל לָ֤מָּה תַבִּיט֙ בּֽוֹגְדִ֔ים תַּחֲרִ֕ישׁ בְּבַלַּ֥ע רָשָׁ֖ע צַדִּ֥יק מִמֶּֽנּוּ׃

1:13

Ô toi qui as les yeux trop purs pour voir le mal, et qui ne peux regarder l’iniquité, pourquoi regardes-tu ces perfides, gardes-tu le silence quand le méchant dévore plus juste que lui ?

 

טהור עינים וג״ Ceci est encore sous la dépendance des mots הלא אתה et fait suite à ce qui précède. Le sens est : Tu ne veux pas le mal et ton équité ne demande pas l’injustice ; comment alors se fait-il que tu prennes patience avec l’iniquité, malgré son iniquité envers celui qui est plus juste que lui ? C’est ce qu’il exprime par ces mots : למה….. צדיק ממנו ; (par ces derniers mots) il veut dire : quoiqu’il ne soit pas juste (dans le sens absolu), il l’est toujours en comparaison de l’impie qui le domine.

 

וַתַּעֲשֶׂ֥ה אָדָ֖ם כִּדְגֵ֣י הַיָּ֑ם כְּרֶ֖מֶשׂ לֹא־מֹשֵׁ֥ל בּֽוֹ׃

1:14

Pourquoi as-tu rendu les hommes pareils aux poissons de la mer, aux reptiles qui n’ont point de maître ?

 

 

 

כֻּלֹּה֙ בְּחַכָּ֣ה הֵֽעֲלָ֔ה יְגֹרֵ֣הוּ בְחֶרְמ֔וֹ וְיַאַסְפֵ֖הוּ בְּמִכְמַרְתּ֑וֹ עַל־כֵּ֖ן יִשְׂמַ֥ח וְיָגִֽיל׃

1:15

Il [3] les prend tous avec l’hameçon, il les tire à lui avec son filet et les jette ensemble dans sa nasse ; aussi est-il content et joyeux.

[3] L’ennemi.

 

חכה est l’hameçon, comme dans Isaïe, ch. 19, vers. 8. — יְגֹרֵהוּ il le rassemble, comme יגורו עלי עזים (Ps. 59, vers. 4) ; mais ce dernier est un verbe neutre, tandis que celui-là est transitif. — חרמו veut dire son filet, de même que מכמרתו ; (ce sont deux espèces de filets) qui diffèrent dans la forme ; ainsi les expressions יגרהו בחרמו et יאספהו במכמרתו sont synonymes. Le sujet dans les verbes העלה, יגרהו et ויאספהו est l’ennemi mentionné plus haut.

 

עַל־כֵּן֙ יְזַבֵּ֣חַ לְחֶרְמ֔וֹ וִֽיקַטֵּ֖ר לְמִכְמַרְתּ֑וֹ כִּ֤י בָהֵ֙מָּה֙ שָׁמֵ֣ן חֶלְק֔וֹ וּמַאֲכָל֖וֹ בְּרִאָֽה׃

1:16

Aussi offre-t-il des sacrifices à son filet et brûle-t-il de l’encens à sa nasse, car il leur doit une prise abondante et d’exquises victuailles.

 

שמן חלקו Le mot שָׁמֵן est ici un adjectif, gras, et on aurait dû mettre חלקו שמן, comme le prouvent les mots ומאכלו בריאה. Ce dernier mot (qui veut dire sain) s’emploie aussi dans le sens de gras, comme dans בריאות וטובות (Genèse, 41, 5). Le ה dans בריאה est paragogique, comme dans האהלה (Genèse, 18, 6 et passim), dans נחלה מצרים (Nombres, 34, 5) et dans d’autres mots semblables ; ce ne saurait être ici le ה du féminin, car מאכלו est du masculin. Il y en a qui disent que בריאה est le qualificatif d’un substantif (féminin) omis, et qu’il faut sous-entendre שֶׂה, ou un autre mot semblable.

 

הַ֥עַל כֵּ֖ן יָרִ֣יק חֶרְמ֑וֹ וְתָמִ֛יד לַהֲרֹ֥ג גּוֹיִ֖ם לֹ֥א יַחְמֽוֹל׃ {ס}        

1:17

Est-ce une raison pour qu’il vide [toujours son filet] et recommence sans cesse à égorger des peuples, sans pitié ?

 

העל כן יריק חרמו Il se peut que יריק ait ici le sens de tirer dehors, faire sortir, comme אריק חרבי (Exode, 15, 9) ; il veut dire par là étendre le filet, c’est-à-dire le jeter dans l’eau. Le ה dans העל est pour אשר ; le sens est : à cause de cela, c’est-à-dire parce qu’il trouve sa part grasse, etc., il tire son filet, etc. D’autres donnent au ה la valeur de הֲלֹא (n’est-ce pas que ?). Il y en a qui prennent יריק pour un verbe neutre dont le sujet est חרם et qui a le sens de יעלה ריקם ; c’est-à-dire : Est-ce que, avec un tel pouvoir, son filet pourrait remonter vide ? Le ו dans ותמיד aurait alors le sens de au contraire, comme dans ואחלצה (Ps. 7, vers. 5).

Commentaire de Rabbi Tan’houm de Jérusalem sur le livre d’Habakkouk, publié pour la première fois, en arabe, sur un manuscrit unique de la Bibliothèque Bodleïenne et accompagné d’une Traduction et de Notes, par Salomon Munk :

  • La Bible : traduction nouvelle avec l’hébreu en regard, accompagné des points-voyelles et des accents toniques (נגינהות) avec des notes philologiques, géographiques et littéraires et les principales variantes de la version des Septante et du texte samaritain ; dédiée à S. M. Louis-Philippe Ier, roi des Français, par Samuel Cahen : Tome Douzième – Les Douze petits prophètes / תרי עשר, Paris, 1843, p.1-103 [Google Books]
  • Monographie tirée à part , Paris, 1843 [archive.org]

Texte massorétique : Miqra according to the Mesorah (édition digitale du TaNaKh fondée en partie sur le Codex d’Alep). Version adaptée par Sefaria. [Licence : CC-BY-SA].

Traduction française : La Bible – traduite du texte original par les membres du Rabbinat français sous la direction de M. Zadoc Kahn Grand Rabbin. Tome Ier : Pentateuque – Premiers Prophètes. Paris (Durlacher), 1899. [Version numérisée : National Library of Israel].

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