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Fondement de la Foi d’Abravanel

Chapitre 18. Réponse à la vingtième objection. — Justification du caractère de précepte positif donné par Maïmonide, au premier des dix commandements

Traduction R. Benjamin Mossé (1884)


Cette objection est la troisième qu’a soulevée Hasdaï, à propos des paroles du rabbin Simlaï, rapportées au Traité Maccoth, f. 23 : paroles que Maïmonide invoque pour établir que ce texte : « Je suis l’Éternel, ton Dieu » constitue un précepte positif de la Loi, ce que conteste Hasdaï, dont l’opinion est la même que celle de l’auteur des Grandes Lois, Jehoudaï le Gaon (4515).

Celui-ci ne compte point non plus le texte en question au nombre des 613 préceptes qu’il formule. Son argumentation a été reproduite précisément, afin d’en donner l’explication, par Maïmonide lui-même, dans ses Observations sur le Livre des Préceptes, où l’a puisée sans doute le rabbin Hasdaï.

À cette objection, nous répondons que, d’après Maïmonide, quand nos sages affirment que ces paroles : « Je suis l’Éternel, ton Dieu », et celles-ci : « Tu n’auras pas d’autre Dieu que moi » sont sorties de la bouche du Tout-Puissant, ils n’ont en vue que ces deux premiers textes, lesquels, seuls, d’après eux, ont été proclamés par le Tout-Puissant, comme étant les fondements et les grandes bases des croyances, tandis que les paroles suivantes : « Tu ne te feras point d’image ciselée ni de figure, etc. », n’ont été prononcées que par la bouche de Moïse, comme le reste des dix commandements.

— Quant à l’argumentation de Maïmonide et de Hasdaï, tendant à établir que ces paroles : « Tu n’auras point d’autre Dieu que moi » ne peuvent être prises séparément et embrassent tout le langage divin, lequel s’étend jusqu’à ces mots : « Pour ceux qui m’aiment et qui observent mes préceptes », par la raison que ce texte est à la seconde personne, tandis que les suivants sont à la troisième, cette argumentation est sans valeur, car, il n’est pas étonnant que Moïse rapporte ses propres paroles au nom de la Divinité dont il est le mandataire. Cela arrive, bien des fois, dans le Pentateuque. Par exemple, à la fin de la Parascha Ki Tabo, au paragraphe qui commence par ces mots : « Moïse appela les enfants d’Israël », bien que Moïse parle en son nom, en ces termes : « Vous avez vu tout ce que l’Éternel a opéré à vos yeux, etc. », il ajoute immédiatement au nom de Dieu : « Je vous ai conduits dans le désert pendant 40 ans, etc., afin que vous sachiez que je suis l’Éternel, votre Dieu » ; puis il reprend encore en son propre nom : « Et vous êtes arrivés en ce lieu ; Sihon sortit au-devant de nous pour le combat où nous fûmes vainqueurs. »

Ainsi, en mille endroits. Moïse parle au nom de Celui qui l’envoie. Donc, quand il dit à son peuple: « Car je suis l’Éternel, ton Dieu, — le Dieu jaloux » jusqu’à ces mots : « Pour ceux qui m’aiment et qui observent mes préceptes », ainsi que les autres versets, c’est lui-même qui parle, bien qu’il rapporte ces paroles, au nom de Dieu, car, il les transmet au peuple, à la même personne qu’il les a reçues lui-même.

C’est ce dont nous sommes obligés de convenir, d’après l’opinion du rabbin Hasdaï et de Maïmonide, car, si leur pensée avait été d’étendre la portée des paroles : « Je suis l’Éternel, ton Dieu » — « Tu n’auras pas d’autre Dieu que moi », jusqu’à celles-ci inclusivement : « Pour ceux qui m’aiment et qui observent mes préceptes », il en résulterait, — quoique les premiers textes ne soient point comptés au nombre des préceptes, puisque ce sont des principes de croyance — qu’ils contiendraient néanmoins trois préceptes, à savoir : 1° « Tu ne te feras point d’images» ; 2° « Tu ne te prosterneras point devant elles », et 3° « Tu ne les adoreras point » ; et que, dès lors, on pourrait objecter comment il se fait qu’on ne compte que 613 préceptes, du moment qu’il l’en aurait 614 ? Objection que le rabbin Hasdaï a fort bien pressentie et qu’il a cru éluder, en prouvant qu’il n’y a dans les textes en question que deux préceptes qui sont : 1° « Tu ne te feras point d’images », et 2° « Tu ne les adoreras point », comprenant dans ce dernier celui-ci : « Tu ne te prosterneras point devant elles », d’après lui, la prosternation étant une des formes de l’adoration.

— Inutile de dire que cette division due au rabbin Hasdaï, n’a pas lieu d’être faite ici, car, tous les rabbins qui ont compté les préceptes, ont formulé comme autant de préceptes distincts, les trois suivants : 1° « Tu ne te feras point d’images » ; 2° « Tu ne te prosterneras point devant elles » ; 3° « Tu ne les adoreras point. »

Hasdaï eût mieux fait de dire que ces deux textes : « Tu ne te prosterneras point devant elles » et « Tu ne les adoreras point » sont contenus dans celui-ci : « Tu n’auras point d’autre Dieu que moi », et qu’ils sont par rapport à lui comme des espèces par rapport au genre qui les embrasse, de sorte que ces deux textes seuls : « Tu n’auras point d’autre Dieu que moi » et « Tu ne te feras point d’image ciselée » seraient comptés comme des préceptes.

Mais la littéralité des termes ne permet point cette division ; elle établit que ces paroles: « Je suis l’Éternel, ton Dieu » constituent un précepte, et que ces deux principes : 1° « Que Dieu existe d’une existence nécessaire et infiniment parfaite », et 2° « Qu’il est unique », le peuple Hébreu les a entendus sortir de la bouche du Tout-Puissant.

La preuve en est dans les paroles suivantes de notre maître Moïse, rapportées dans le Deutéronome : « Tu as appris à connaître que l’Éternel est le Dieu, et nul autre que lui ! »

Par ces mots : « L’Éternel est le Dieu », Moïse a voulu établir le principe de l’Existence nécessaire et infiniment parfaite de Dieu ; et par ceux-ci : « Et nul autre que lui », celui de son Unité.

Or, ce sont ces deux principes que nos sages prétendent avoir été entendus du milieu du feu — le feu étant la plus haute des manifestations divines —, ce qui devait rendre parfaite la croyance en ces deux précieux principes.

Et c’est ce que le texte lui-même semble confirmer. Après avoir dit : « Tu as appris à connaître que l’Éternel est le Dieu, et qu’il l’en a point d’autre que lui », il ajoute : « Des cieux il t’a fait entendre sa voix, pour t’éprouver, et sur la terre il t’a montré son feu immense, du milieu duquel tu as entendu ses paroles. »

C’est certainement de ce passage que nos sages ont déduit que ces paroles : « Je suis l’Éternel, ton Dieu » et « Tu n’auras point d’autre Dieu que moi », le peuple les a entendus sortir de la bouche du Tout-Puissant, ces paroles, et nulle autre, selon que je l’ai déjà expliqué.

— Cette opinion est conforme à ce que nos sages enseignent non seulement au Traité Maccoth, à propos des expressions du rabbin Simlaï — expressions qui servent de preuves à l’opinion de notre grand Docteur, — mais encore en d’autres endroits.

Dans le Midrasch, par exemple, Rabbi Josué-ben-Lévi à fait observer que les enfants d’Israël n’ont entendu que les deux premiers commandements, ce qu’indique le texte du Cantique des Cantiques, où il est dit : « Il me donne des baisers de sa bouche » et non « tous les baisers de sa bouche », tandis que les autres Docteurs prétendent que les enfants d’Israël ont entendu tous les commandements sortir de la bouche du Saint-béni-soit-il.

Quant à ces paroles qui suivent les dix commandements : « Parle, toi, avec nous, et nous t’écouterons ; mais que Dieu ne parle pas avec nous, de peur que nous ne mourions ! », paroles qui semblent infirmer l’opinion de Rabbi Josué-ben-Lévi, il les explique, soit en leur opposant ce principe d’exégèse talmudique qui consiste à ne reconnaître aucun ordre de composition dans les textes de la Loi, lesquels ne peuvent être dits antérieurs ni postérieurs, les uns par rapport aux autres ; soit en affirmant qu’elles ont été prononcées par le peuple, après qu’il eut entendu les deux premiers commandements.

— Rabbi Ezra, Rabbi Simon, et Rabbi Josué-benLévi, reprenant le même sujet, à propos de ce texte : « La Loi que Moïse nous a ordonnée est l’héritage de la communauté de Jacob », déclarent que la Loi se compose de 613 préceptes : 611 indiqués numériquement par les lettres qui forment le mot Tôra : Loi, en hébreu, et que Moïse lui-même a prononcés, et les deux premiers commandements qui ne sont pas sortis de la bouche de Moïse, mais de celle du Saint-béni-soit-il, ce qu’indique métaphoriquement ce texte : « Il me donne des baisers de sa bouche. »

— C’est ainsi que de nombreux Docteurs d’Israël se sont occupés de cette question, et quelques-uns d’entre eux ont convenu que les dix commandements ont tous été prononcés par la bouche de Dieu, sans se laisser arrêter par la considération que les uns ont été énoncés au nom de Dieu parlant à la première personne, et les autres par Moïse parlant à la troisième.

Il en résulte que l’opinion du grand Docteur est conforme aux principes de nos sages, et que les deux premiers préceptes en question sont : 1° « Je suis l’Éternel, ton Dieu, etc. », et 2° « Tu n’auras point d’autre Dieu que moi ! », soit que nous admettions que ce second précepte embrasse ces textes : « Tu ne te feras point d’images ciselées… » — « Tu ne te prosterneras point devant elles… » — « Tu ne les adoreras point… », ce précepte, en raison de son sens général, formant un seul précepte, malgré sa complexité ; soit que nous admettions que ces paroles : « Tu n’auras point d’autre Dieu que moi » ont été seules prononcées par Dieu, tandis que celles-ci : « Tu ne te feras point d’images ciselées… Tu ne te prosterneras point devant elles… Tu ne les adoreras point, » ne l’auraient été que par Moïse : ce qui expliquerait pourquoi nos sages ne désignent jamais que ces textes : « Je suis l’Éternel, ton Dieu » — et « Tu n’auras pas d’autre Dieu que moi », et non les suivants.

— Déjà les derniers Docteurs de la Synagogue (les Gaonims) se sont appliqués à tirer des paroles de nos sages la preuve que ce texte : « Je suis l’Éternel, ton Dieu » ne constitue pas un précepte.

Telle est, entre autres, l’opinion de l’auteur des Grandes Lois. Il pense qu’il n’est pas convenable de mettre au nombre des préceptes de la Loi, ce qui est le fondement de la foi et la source de tous les préceptes, car les préceptes ne sont autre chose que des décrets prononcés par le Très-Haut, après que nous avons eu foi en lui. Aussi, pour qui ne croit pas en la Divinité, il n’y a point de préceptes, point de Loi. C’est pourquoi notre Gaon a pensé que ce texte : « Je suis l’Éternel, ton Dieu » est le principe fondamental de la foi, le seul qu’il l’ait dans la Loi, le seul qui la résume toute entière : raison pour laquelle il ne le compte pas comme précepte, tandis qu’il énumère comme tel tous les textes suivants.

— Cette opinion de Jehoudaï le Gaon est conforme à celle des sages de la Méchilta. « À quoi bon, disent-ils, ce texte : « Tu n’auras point d’autre Dieu que moi ? » si ce n’est parce qu’il est dit précédemment : « Je suis l’Éternel, ton Dieu ? »

« C’est comme un roi qui entrerait dans une province et à qui ses serviteurs diraient : « Donne-nous tes ordres ! » ; il leur répondrait assurément : « Lorsque vous aurez accepté mon gouvernement, je vous donnerai mes ordres, car, si vous n’acceptiez pas mon règne, comment observeriez-vous mes décrets ? »

« Ainsi le Saint-béni-soit-il a dit à Israël : « Je suis l’Éternel, ton Dieu », c’est moi dont tu as accepté le règne, reçois donc mes ordres, et voici le premier : « Tu n’auras point d’autre Dieu que moi. »

De ces paroles de la Méchilta, il résulte que le premier des décrets ou des préceptes, c’est ce commandement : « Tu n’auras point d’autre Dieu que moi », tandis que celui-ci : « Je suis l’Éternel, ton Dieu » constitue la croyance en la Divinité, croyance que les Hébreux possédaient déjà en Égypte.

— C’est, conformément à cette opinion, que nos sages disent constamment que ce texte : « Je suis l’Éternel, ton Dieu » est une exhortation à accepter le règne du ciel.

Et à l’appui de leur interprétation, ils puisent une preuve dans ce qui est rapporté au Traité de Horaïoth (f. VIII):

« À propos de ce texte du Pentateuque : « Lorsque, involontairement, vous n’aurez pas observé tous ces préceptes, etc. », on se demande le motif que l’on a de croire qu’il s’agit dans ce texte du crime de l’idolâtrie — crime qui, à lui seul, a autant de gravité que toutes les transgressions réunies de la Loi ; — et l’on répond au nom de Rabbi Israël, par cet autre texte : « Depuis le jour où l’Éternel a donné des ordres pour vos générations, au-delà, auparavant. » Or, quelle est la défense qui fut faite auparavant, c’est-à-dire en premier lieu, si ce n’est celle de l’idolâtrie ?

Mais à cela on objecte, dans la Guémara, les paroles de Mar, qui prétend que dix préceptes ont été donnés à Mara, aux enfants d’Israël, antérieurement à la défense de l’idolâtrie, et l’on revient à la première version donnée par le Thalmud, à propos du texte précité, version qui consiste à donner au crime de l’idolâtrie autant d’énormité qu’à toutes les transgressions réunies de la Loi.

Or, si ce texte : « Je suis l’Éternel, ton Dieu » constituait un précepte, l’on n’affirmerait pas que la défense de l’idolâtrie a été le premier précepte donné par Dieu.

— Quant à moi, je conclus de tout ce qui précède, que ce texte : « Je suis l’Éternel, ton Dieu » n’a pas été dépouillé par les sages du caractère de précepte, mais qu’ils enseignent seulement que ces paroles sont une exhortation à l’acceptation du Règne céleste, et que cette acceptation est précisément le précepte que Dieu a prescrit aux enfants d’Israël, afin qu’ils reçoivent sur eux le joug de son règne. Ils ont compris dans leur sagesse que ce premier précepte est un précepte collectif, qu’il est la colonne et la base des autres préceptes ; aussi ont-ils fait dire à Dieu, dans la légende, ces paroles : « Quand vous aurez accepté mon règne, je vous donnerai mes décrets. »

Or, l’acceptation du règne de Dieu se trouve proposée par ces paroles : « Je suis l’Éternel, ton Dieu. »

Tel est donc, d’après les sages de la légende, le précepte que Dieu a donné aux enfants d’Israël, relativement à la réception du règne céleste : c’est après la réception par le peuple de ce précepte général et fondamental qu’ils font dire à Dieu : « De même que vous avez reçu mon règne, recevez mes décrets ! »

— Remarquons que les décrets de Dieu sont les préceptes pratiques de la Loi, tandis que l’acceptation de son règne est un précepte de croyance.

— Et quand nos sages prétendent que le précepte de croyance, qui a pour objet l’acceptation du règne céleste, précède nécessairement tous les autres préceptes qui sont les préceptes pratiques de la Loi, ils ne veulent point dire que l’acceptation du règne céleste ne constitue pas un précepte, mais ils veulent établir la différence qui distingue ce précepte des décrets, celui-là étant un précepte de croyance général et fondamental, et ceux-ci des préceptes pratiques particuliers.

— Telle est aussi l’opinion de Nachmanide. Dans son Commentaire sur le Pentateuque (chapitre du Décalogue), à propos du texte : « Je suis l’Éternel, ton Dieu » il dit : « Ces paroles constituent un précepte positif qui enseigne et ordonne aux enfants d’Israël de reconnaître et de croire que l’Éternel existe et qu’il est leur Dieu ; c’est-à-dire, qu’il existe un être (antérieur) premier, de la volonté et de la puissance duquel tout tient son existence, et que cet Être, c’est le Dieu que les enfants d’Israël doivent adorer. »

Et il ajoute : « Ce précepte est appelé par nos sages, celui de l’acceptation du règne céleste ; tel est le sens de ces paroles des sages de la Méchilta : Ce texte : « Tu n’auras point d’autre Dieu que moi » a sa raison d’être dans celui-ci : « Je suis l’Éternel, ton Dieu » ; c’est comme un roi qui entrerait dans une province, etc. ».

— Ici Nachmanide reproduit toute la légende de la Méchilta, et il en conclut que ce texte : « Je suis l’Éternel, ton Dieu » est une exhortation à l’acceptation du règne céleste, et que cette acceptation est l’objet d’un précepte.

— Quant à l’objection que l’on fait à cette interprétation et que l’on puise dans la Guémara (Traité Horaïoth, f. VIII), où, à propos de ce texte : « Depuis le jour où l’Éternel a donné des ordres pour vos générations et auparavant », l’on demande : quel est le précepte qui a été primitivement prescrit ? à quoi l’on répond : que c’est la Défense de l’idolâtrie ; réponse qui enseigne que le premier précepte donné par Dieu, c’est celui-ci : « Tu n’auras pas d’autre Dieu que moi », et qui prouve en même temps, que ce texte : « Je suis l’Éternel, ton Dieu » ne constitue pas un précepte ; nous répondons :

Que la pensée du rabbin Ismaël est que ces deux textes : « Je suis l’Éternel, ton Dieu » — « Tu n’auras point d’autre Dieu que moi » ont été exprimés à la fois par une seule parole divine, selon que l’expliquent nos sages, à propos de ce texte des psaumes : « Dieu a parlé pour une chose, j’en ai entendu deux. »

Le premier précepte que Rabbi Ismaël désignerait comme tel, ne serait donc point celui-ci : « Tu n’auras point d’autre Dieu que moi », mais bien la parole collective qui embrasse à la fois les deux textes que voici : « Je suis l’Éternel, ton Dieu » — « Tu n’auras point d’autre Dieu que moi » ; car, quoique ces deux textes constituent deux préceptes distincts, ces deux préceptes s’enchaînent, de façon à n’en former qu’un seul, selon que l’a établi Maïmonide : le même précepte est, en effet, formulé positivement par ces paroles : « Je suis l’Éternel », et négativement par celles-ci : « Tu n’auras point d’autre Dieu que moi » ; c’est pourquoi Maïmonide explique ce texte : « Tu n’auras point d’autre Dieu que moi », en ce sens : « Ne t’imagine pas qu’il y ait un autre Dieu que lui. »

— Ce qui prouve que tel est bien le sens de ce texte, c’est l’explication donnée par Raschi à cette assertion de la Guémara : « Le premier précepte, c’est la Défense de l’idolâtrie » — « Au commencement des dix commandements, ces paroles : « Je suis l’Éternel, ton Dieu » — « Tu n’auras point d’autre Dieu que moi » sont la condamnation de l’idolâtrie…

Donc, d’après l’explication de Raschi, nos sages, par cette réponse : « Le premier précepte, c’est la Défense de l’idolâtrie », n’ont pas voulu seulement faire allusion au second commandement : « Tu n’auras point d’autre Dieu que moi », mais encore au premier: « Je suis l’Éternel, ton Dieu », qui a également pour objet la Défense de l’idolâtrie

Ces premières paroles : « Je suis l’Éternel, ton Dieu » conservent donc également leur caractère de précepte, bien que l’auteur du Thalmud n’admette pas la version en question, puisqu’il lui oppose l’objection précitée au nom de Mar, et puisqu’il conclut au rejet de cette version en ces termes : « Il vaut mieux s’attacher à notre première version, qui établit non point que la Défense de l’idolâtrie a été le premier précepte donné, mais d’après Rabbi Josué-ben-Lévi, que cette Défense est un précepte qui a autant de valeur que tous les autres ensemble, et, d’après Rabbi, que c’est là le précepte qui a été prononcé par la bouche de Dieu lui-même. »

— D’autres sages encore enseignent dans leurs écrits que ces paroles : « Je suis l’Éternel, ton Dieu, etc. », sont le sommaire des préceptes et des dix commandements.

C’est ainsi que nous lisons, dans le Midrasch Yélamédènou, Paraschat Nasso, que : « L’adultère et sa complice violent les dix commandements, en ce sens que celui qui séduit la femme de son prochain nie le Saint-béni-soit-il, selon ce texte de Jérémie, ch. V : « Ils ont nié l’Éternel, et ils ont dit : il n’est point là ! »

— Dans le même Midrasch Paraschat Kédoschim, ainsi que dans le Midrasch Rabba, Paraschat Vaïkra, on enseigne, au nom de Rabbi Lévi, que les dix commandements sont contenus dans la Paraschat Kédoschim, de la manière suivante :

Au premier commandement : « Je suis l’Éternel, ton Dieu », correspondent ces paroles: » Je suis l’Éternel, votre Dieu ! » (Lévit., XIX, 2) ;

Au second : « Tu n’auras point d’autre Dieu que moi ! », correspondent celles-ci: « Vous ne vous ferez point d’idole ! » (Ibid., 4) ;

Au troisième : « Tu ne proféreras pas en vain le nom de l’Éternel, ton Dieu ! », celles-ci : « Vous ne jurerez pas faussement en mon nom ! » (Ibid., 12) ;

Au quatrième : « Souviens-toi du jour du repos pour le sanctifier », celles-ci : « Vous observerez mes jours de repos ! » (Ibid., 3) ;

Au cinquième : « Hônore ton père et ta mère ! », celles-ci : « Que chacun craigne sa mère et son père ! » (Ibid., 3) ; Au sixième : « Point d’homicide ! », celles-ci : « Tu n’assisteras pas au meurtre de ton prochain ! » (Ibid., 16) ;

Au septième : « Point d’adultère ! », celles-ci: « Tu ne profaneras pas ta fille pour la prostitution! »(Ibid., 29) ;

Au huitième : « Point de vol ! », celles-ci : « Vous ne volerez point ! » (Ibid., 11) ;

Au neuvième : « Point de faux témoignage ! », celles-ci : « Tu n’iras pas médisant au milieu de ton peuple ! » (Ibid., 16) ;

Au dixième : « Point de convoitise ! », correspondent enfin celles-ci : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ! » (Ibid., 18).

Donc, les dix commandements sont contenus dans cette Parascha, y compris le premier : « Je suis l’Éternel, ton Dieu ! »

Il en résulte que ce premier commandement est un précepte, selon que l’enseigne Maïmonide.

— Et il n’y a pas lieu de s’étonner que l’auteur des Grandes Lois (le Gaon Jehoudaï) ne lui reconnaisse pas ce caractère, car, nous voyons également que le principe de l’Unité de Dieu, compté comme un précepte par Nachmanide, par Maïmonide et par tous les autres Docteurs, ne l’est pas néanmoins par le Gaon Jéhoudaï, qui ne donne le nom de précepte qu’au devoir de faire la Lecture du Schéma, et qui considère le premier texte : « Je suis l’Éternel, ton Dieu », et le principe de l’Unité de Dieu, comme une seule et même chose, ayant également pour objet l’exhortation à l’acceptation du règne céleste, et étant, à titre égal, des fondements de la Loi, loin d’en être des préceptes.

— Le rabbin Hasdaï compte également comme précepte la Lecture du Schéma, mais non point pour prescrire la croyance à l’Unité de Dieu, car, le nom de précepte ne saurait convenir aux principes de croyance.

— Quant au procédé de Maïmonide, il est irréprochable de toute manière, car, nos sages parlent sans cesse du précepte de l’Unité de Dieu et le fondent constamment sur le premier verset du chapitre du Schéma.

— De tout ce qui précède, il ressort que les paroles de Maïmonide doivent toutes paraître justes et équitables, aux yeux des hommes intelligents et instruits.

Le principe de la foi ou la discussion des croyances fondamentales du Judaïsme par Don Isaac Abarbanel. Traduit par M. le Grand Rabbin Benjamin Mossé. Impr. Amédée Gros (Avignon), 1884. [Version numérisée : Google].

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