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Fondement de la Foi d’Abravanel

Chapitre 16. Réponse aux onze autres objections suivantes

Traduction R. Benjamin Mossé (1884)


Réponse à la septième objection. — Caractère intrinsèque des principes du Messie et de la Résurrection

La Loi étant immuable et dans ses principes et dans ses fondements, comment comprendre la modification dont seront l’objet les principes du Messie et de la Résurrection, à l’époque de leur réalisation ?

À cette objection, nous répondons : Que si nous établissons que la Venue du Messie et la Résurrection sont indépendantes du temps, soit futur, soit passé, il en résultera que nulle modification ne saurait atteindre les principes dont elles sont l’objet, même après leur réalisation.

Or, toujours nous croirons que les Prophètes ont dit vrai, quand ils ont prédit la Venue du Messie et la Résurrection des Morts.

De plus, de même que la réalisation des promesses faites par Dieu à Abraham, entre les morceaux, — promesses qui avaient pour objet l’exil d’Israël en Égypte, sa délivrance et sa possession de la Terre promise — n’a porté nulle atteinte à la parole biblique qui l’avait annoncée, mais en a été, au contraire, la confirmation, de même la réalisation de ces deux principes, dont la croyance est indépendante de toute époque, sera la confirmation de la Loi, loin d’en être une modification. D’ailleurs, le douzième principe, qui est celui de la Venue du Messie, établit qu’il n’y aura plus de rois en Israël qui ne soient de la maison de David et de la race de Salomon, et que quiconque s’opposera au règne de cette famille, niera par là même Dieu et les paroles de ses Prophètes.

Ce principe subsistera donc, sans subir la moindre modification, même après la Venue du Messie.

Quant au dernier principe, celui de la Résurrection, Maïmonide écrit que les morts, après leur résurrection, reprendront la satisfaction de leurs besoins, et se perfectionneront par l’accomplissement de la Loi. Ce principe, donc, subsistera encore sans modification, même après l’époque de la Résurrection.

Réponse à la huitième objection. — De la Résidence divine en Israël

Pourquoi Maïmonide n’a-t-il pas compté au nombre des principes, que la Résidence divine plane en Israël, grâce à la pratique de la Loi ?

Le rabbin Mosché Hacohen répond que la Résidence de la Divinité en Israël, dépendant de l’accomplissement d’un seul précepte, de celui de la Confection du Tabernacle, selon ce texte : « Je sanctifierai la Tente d’Assignation et je demeurerai au milieu des enfants d’Israël », Maïmonide n’avait point cru devoir la mettre au nombre des principes.

Cette réponse est confirmée par ce que Maïmonide lui-même a écrit dans son livre Du nombre des Préceptes, à propos des principes dont il a fait précéder les préceptes, à savoir : « Que ce qui découle d’un précepte ne saurait être compté ni comme précepte, ni comme principe de la Loi. »

Conséquemment, la Résidence divine, étant subordonnée à la Confection du Tabernacle, ne devait pas être mise au nombre des principes.

Il nous paraît, quant à nous, que la Résidence divine en Israël était subordonnée à la mission de Moïse lui-même.

En effet, la Loi dit que Moïse est le prophète incomparable, « à cause de la main puissante et de la grande terreur qu’il fit éclater aux yeux de tout Israël. » Or, nos Docteurs enseignent, au nom de la Tradition, que la grande terreur, dont il est ici question, c’est l’éclat de la Résidence divine.

Comment pourrait-il en être autrement ? Après le péché du Veau d’Or, le Saint-béni-soit-il parle d’envoyer à la tête des enfants d’Israël, un ange qui les conduise ; mais, Moïse supplie la Divinité jusqu’à ce qu’elle le rassure par ces paroles : « Voici que je contracte une alliance avec toi ; en face de tout ton peuple, je ferai des merveilles qui n’ont jamais été manifestées sur la terre chez aucune nation, et tout le peuple, au milieu duquel tu te trouves, verra combien est terrible l’œuvre de l’Éternel, cette œuvre que je fais avec toi ! »

Or, cette manifestation divine, étant due à la Supériorité prophétique de Moïse, entre dans le septième principe fondamental qui est celui de la Supériorité prophétique de Moïse, conformément aux caractères distinctifs que lui a attribués Maïmonide lui-même.

Elle entre également dans le huitième qui est celui de la Divinité de la Loi, car, la Loi ne saurait être divine sans la Résidence de la Divinité auprès du peuple, auquel elle a été promulguée.

Réponse à la neuvième objection. — De la Création (Nouveauté-Contingence) du Monde

Pourquoi Maïmonide n’a-t-il pas mis au nombre des principes de la Loi, la Création du Monde ?

Nous répondons, que Maïmonide a déjà exposé cette croyance dans le quatrième principe fondamental, où il établit : « Que l’Être unique est l’Être antérieur par excellence, et que tout autre être que lui ne saurait être dit antérieur par rapport à lui. »

Or, ce principe implique deux vérités, selon que je l’ai démontré au troisième préliminaire. La première, c’est que le Saint-béni-soit-il est antérieur, c’est-à-dire, qu’il n’a ni commencement, ni fin, et qu’il est en dehors du temps. La seconde, c’est que tous les autres êtres n’ont point d’antériorité par rapport à lui, qu’ils sont tous contingents et créés, et que nous ne pouvons dire d’un seul d’entre eux, qu’il est antérieur : or, n’étant pas antérieurs, ils sont nécessairement contingents.

C’est pourquoi Maïmonide déclare « qu’ils ne sont pas antérieurs par rapport à Dieu », c’est-à-dire, que quoique nous disions d’une chose qu’elle est antérieure par rapport à une autre, créée après elle, — comme par exemple de Méchouthélach, qu’il est antérieur à Noé, et de Noé, qu’il est antérieur à Abraham, — aucun être, hormis le Créateur béni-soit-il, ne saurait être appelé, d’une manière absolue, antérieur, car, le Créateur ayant créé toutes choses, lui seul est antérieur, et nul ne l’est hormis lui.

Et cette antériorité n’est pas seulement une antériorité de cause, mais bien aussi une antériorité de temps, comme doit l’être celle du Créateur par rapport à la chose créée. — Nous n’employons ce langage que pour la démonstration de notre thèse, car le temps est compris dans les choses créées. — Aussi Maïmonide n’a-t-il pas dit, en posant ce principe fondamental, que le Saint-béni-soit-il est éternel, attribut qui indique l’Existence incessante sans commencement ni fin, mais qu’il est antérieur, afin d’enseigner par là qu’il précède son œuvre à tous les points de vue.

Ce qui confirme encore cet enseignement, c’est le soin que met Maïmonide à ne pas poser ici en principe l’Éternité de Dieu, mais seulement son Antériorité, indiquant par là qu’il est l’unique cause antérieure où se trouve la raison de la Contingence de tous les autres êtres.

De ce qui précède, il ressort évidemment que la Contingence que Maïmonide attribue au monde est une Contingence absolue, c’est-à-dire, qu’il croit que le monde a été entièrement tiré du néant, contrairement à l’opinion de Platon, qui admet une matière première. Sinon, le Saint-béni-soit-il n’aurait pas été l’unique être antérieur, car, la matière aurait joui de la même antériorité que lui. Or, Maïmonide, croyant à la Contingence du Monde, conformément à la tradition véridique, a établi, par le principe en question, que l’Être unique béni-soit-il, est le seul être antérieur, et que nul autre être n’est antérieur par rapport à lui. Il ajoute que c’est ce principe qu’explique la dénomination de « Dieu Antique ou Antérieur » (Deut. XXXIII) donnée à Dieu par le texte de l’Écriture, dénomination qui indique qu’il est le seul être antérieur.

Ce qui prouve encore que parle principe en question, Maïmonide a eu l’intention d’affirmer la Contingence du Monde, c’est ce qu’il écrit dans son Moré (partie IIe, fin du chapitre XIVe), où il rappelle le système de la Contingence du Monde et déclare que ce système est incontestablement un des fondements de la Loi de Moïse, et qu’il vient, au second rang, après le principe de l’Unité du Créateur.

Il ne confond pas le principe de la Contingence du Monde avec celui de l’Unité du Créateur, mais, il l’en détache pour en faire un second principe à part. Le premier des principes fondamentaux qui vient après celui de l’Unité de Dieu, c’est l’Immatérialité de Dieu, et le second, c’est l’Antériorité de Dieu, à l’exclusion de toute autre antériorité par rapport à lui.

Maïmonide déclarant dans son Moré, que ce dernier principe est le même que celui de la Contingence du Monde, il est de la dernière évidence que sa pensée est d’affirmer par ce principe, que le Saint-béni-soit-il est antérieur à toutes choses et que tous les êtres émanent de lui.

Comment donc cela a-t-il pu échapper aux savants que nous réfutons ?

Réponse à la dixième objection. — Des Miracles

Pourquoi Maïmonide ne compte-t-il pas parmi les principes de la Foi, qu’il convient de croire aux miracles mentionnés textuellement dans la Loi ?

Parce que, répondons-nous, cette croyance est comprise dans le huitième principe fondamental, à savoir : « Que la Loi émane du Ciel. »

En effet, puisque la Loi rapporte avec intention dans ses récits tous les prodiges et toutes les merveilles, et puisque nous croyons que tous les récits contenus dans la Loi émanent de la bouche du Tout-Puissant, il en résulte nécessairement que les miracles ont droit à notre créance au même titre que les préceptes de la Loi.

Nous pouvons dire également que cette croyance est contenue dans le cinquième principe fondamental, à savoir : « Qu’il convient d’adresser notre culte à Dieu seul. »

En effet, ce principe implique que Dieu agit avec intention, avec volonté et avec une puissance infinie. C’est la puissance et la libre action de Dieu sur les choses de la nature qui commandent notre culte exclusif pour lui. Or, les miracles relèvent précisément de ces deux attributs de la Divinité.

Réponse à la onzième objection. — De la Tradition

Pourquoi Maïmonide n’a-t-il pas mis au nombre des principes de la Loi, la Tradition qui unit l’homme à ses aïeux ?

Parce que ce principe de croyance est déjà compris dans l’explication que ce Docteur lui-même donne du cinquième principe fondamental, où il écrit: « Nous croyons que toute la Loi que nous avons aujourd’hui en nos mains, est celle qui a été donnée à Moïse toute entière par la bouche du Tout-Puissant ; c’est-à-dire, que cette Loi qui est en nos mains est la même Loi qui a été donnée à Moïse ; qu’il ne s’y est fait aucun changement jusqu’à ce jour ; que cette Loi que Moïse a écrite pour nous, il l’avait reçue de la bouche du Tout-Puissant béni-soit-il, et qu’il n’y a rien introduit lui-même de son chef. »

Et à ce propos, notre Docteur ajoute : « Il convient de croire encore que l’explication traditionnelle de la Loi qui constitue le Thalmud, émane également delà bouche du Tout-Puissant ; que c’est là la Tradition qui est en nos mains et que nos pères se sont transmise successivement l’un à l’autre depuis Moïse », c’est-à-dire, l’explication de la Loi et de ses motifs secrets, reçus oralement.

Réponse à la douzième objection. — Du Libre Arbitre

Pourquoi Maïmonide n’a-t-il pas mis parmi les principes fondamentaux, le Libre Arbitre qui est, pourtant, la condition sine qua non de toute Loi ?

Nous répondons, selon que nous l’avons rapporté au neuvième préliminaire, que les principes que Maïmonide a formulés, en vue de consolider la maison de l’Éternel et sa Loi, sont tous des principes de croyance qui se rapportent au Saint-béni-soit-il et non point à la connaissance des choses humaines.

En effet, il n’a pas compté parmi les principes en question, la Nature de l’Âme humaine, non plus que son Immortalité native, parce que ces croyances rentrent dans l’ordre des choses humaines et qu’il n’est pas convenable qu’elles soient rangées parmi les principes fondamentaux de la Loi divine, qui ont pour objet les vérités que nous devons croire par rapport à l’Être suprême et par rapport à ses œuvres qui touchent notre race, et qui sont l’unique effet de sa volonté.

D’ailleurs, le Libre Arbitre a précédé la Loi, comme il précède toutes les actions humaines, en tant qu’humaines ; ce n’est donc pas un principe qui regarde uniquement la Loi.

Il en est du Libre Arbitre comme de l’intelligence. L’homme est intelligent, parce qu’il est homme, et non point parce qu’il croirait à la Divinité de la Loi.

Enfin, les paroles du grand Docteur qui suivent et que nous extrayons de son livre de la Connaissance, ch. V, traité du Repentir, témoignent en faveur de son procédé.

« Cette chose-là (le Libre Arbitre) est un grand principe, c’est une colonne de la Loi et du précepte, etc. »

Or, notre Docteur ne dit pas : « C’est un principe de la Loi » ; il dit : « C’est un grand principe. »

En vérité, c’est un grand principe qui regarde l’ordre social. i

Il dit encore : « C’est une colonne de la Loi » et non : « C’est un principe de la Loi. »

En effet, c’est une colonne sur laquelle la Loi repose, une base qui la soutient, un principe qui l’enveloppe comme il enveloppe toute autre croyance et toute œuvre humaine ; il est même la colonne indispensable des croyances idolâtriques, ainsi que de toutes les diverses croyances qui se partagent l’humanité.

Et observons qu’il dit justement : « C’est une colonne de la Loi » et non : C’est un principe de la Loi », parce que le principe d’une chose, c’est l’essence même de cette chose dont il est une partie, comme le tronc d’un arbre qui est une portion de cet arbre et qui en fait partie, tandis que la colonne d’une maison n’est pas une portion de cette maison et ne tient pas à sa constitution, mais c’est une chose extérieure qui lui a été adaptée pour la soutenir.

Ainsi du Libre Arbitre, par rapport à la Loi : il n’est pas une partie essentielle de la Loi, il n’est pas au nombre de ses principes ; c’est simplement une chose extérieure, une colonne qui lui est nécessaire.

Aussi, dans ce même chapitre, Maïmonide ajoute-t-il : « De même que le Créateur veut que le feu et l’air se dirigent en haut, l’eau et la terre en bas, que la sphère tourne en cercle, que toutes les autres créatures de l’Univers se conduisent selon sa volonté ; ainsi il a voulu que l’homme ait en main sa libre action, qu’il soit maître de tous ses actes, que nul ne le contraigne ,ni ne l’entraîne, mais que de son propre mouvement et au moyen de l’intelligence que Dieu lui a donnée, il agisse et fasse tout ce qu’il est en son pouvoir de faire. »

Quant aux paroles par lesquelles il termine ce chapitre et que voici : « C’est là (le Libre Arbitre) un principe sur lequel reposent toutes les paroles des Prophètes », elles ne signifient point que notre Docteur a eu l’intention d’appeler principe de la Loi, le Libre Arbitre ; elles se rapportent uniquement à celles qui précèdent et qui affirment : « Que les Prophètes enseignent que l’homme est jugé selon ses œuvres, bonnes ou mauvaises », paroles à la suite desquelles Maïmonide déclare : « Que le Libre Arbitre est un principe sur lequel reposent les paroles des Prophètes. »

Certes, le Libre Arbitre est un principe universel qui embrasse toutes les lois, mais il n’est pas spécialement un des principes de la Loi divine, par les raisons ci-dessus indiquées.

Réponse à la treizième objection. — De la Volonté divine

Pourquoi notre Docteur n’a-t-il pas mentionné parmi les principes de la Loi, la croyance que le Saint-béni-soit-il agit avec volonté ?

Nous répondons, conformément à ce que nous avons dit au troisième préliminaire, que cette croyance est comprise dans le cinquième principe fondamental, à savoir : « Qu’il convient de vouer notre culte à Dieu et de célébrer son élévation, parce que la puissance infinie lui appartient et qu’il agit avec liberté et volonté ».

Cette croyance étant comprise dans ce cinquième principe, il était inutile d’en faire un principe spécial.

Réponse à la quatorzième objection. — De la Vitalité de Dieu, de son Éternité, de sa Sagesse, de sa Puissance et de sa Volonté

Pourquoi notre Docteur n’a-t-il pas mis au nombre des principes fondamentaux, la Vitalité de Dieu, son Éternité, sa Sagesse, sa Puissance, sa Volonté et tous les autres attributs de la Divinité ?

Nous répondons : 1° Que dans le premier principe, à savoir : « Que Dieu existe d’une existence parfaite et nécessaire », se trouvent comprises la Vitalité, l’Éternité, la Sagesse et les autres attributs divins, sinon, Dieu n’existerait pas d’une existence absolument parfaite et nécessaire ;

2° Que dans le cinquième principe, à savoir : « Que nous devons vouer notre culte à Dieu seul ! », se trouvent comprises sa Puissance et sa Volonté, selon que nous l’avons démontré dans le troisième préliminaire ; 3° Que dans le dixième principe, à savoir : « L’Omniscience de Dieu », se trouvent comprises sa Sagesse et sa Connaissance de toutes choses, connaissance qu’il possède, par cela seul qu’il se connaît lui-même.

Donc, les paroles du grand Docteur embrassent tous les attributs divins en question.

Quant au nombre Treize, sous lequel ont été réunis les principes de la Loi, il en est rendu raison dans le cinquième préliminaire.

Réponse à la quinzième objection. — De la Destinée humaine et de la Survivance de l’Âme

Pourquoi Maïmonide n’a-t-il pas mentionné parmi les principes, celui de la Destinée humaine, et la croyance à la Survivance de l’Âme, selon que l’a fait le docteur Hasdaï ?

Nous répondons que ces croyances se trouvent comprises dans le onzième principe, à savoir : la Rémunération, à propos de laquelle notre Docteur écrit : « Que la grande récompense, c’est la vie du monde futur, et le grand châtiment, le retranchement, etc. »

Donc, le principe de la Destinée de l’homme est contenu dans celui de la Rémunération, qui est la Rémunération du monde futur ; celui de la Survivance de l’Âme, s’y trouve également contenu, cette Rémunération étant celle de l’âme.

Maïmonide les ayant affirmés implicitement, n’avait plus à en faire des principes spéciaux.

Réponse à la seizième objection. — Des Ourim et Toumim1

Pourquoi n’a-t-il pas compté au nombre des principes, la croyance en la véracité de la réponse des Ourim et Toumim, comme l’a fait le docteur Hasdaï ?

Parce que, répondons-nous, cette croyance se trouve déjà comprise dans le sixième principe fondamental, à savoir, le Prophétisme, la réponse des Ourim et Toumim étant un des modes de la manifestation de l’Esprit Saint, un des degrés secondaires ds l’inspiration prophétique, selon que l’enseigne Maïmonide lui-même, dans son Moré (IIe partie, XLVe chapitre), où il établit les divers degrés de la Prophétie et place au second degré, qui est celui de la communication de l’Esprit-Saint, la réponse des Ourim et Toumim.

Les Ourim et Toumim sont donc un des modes du Prophétisme, et sont compris, par conséquent, dans ce dixième principe.

Réponse à la dix-septième objection. — De l’utilité de la Prière, du Repentir, de Rosch-Haschana, de Kippour et des Fêtes

Pourquoi n’a-t-il pas mis au nombre des principes, l’utilité de la Prière, du Repentir, de Rosch-Haschana, de Kippour et des époques solennelles de l’année, selon que l’a fait encore le rabbin Hasdaï ?

Nous répondons : 

1° Que nous avons déjà démontré dans un de nos préliminaires, que l’on ne doit pas mettre au rang des principes un précepte particulier quelconque de la Loi, et que c’est pour cette raison qu’il n’était pas convenable de poser en principes, la Prière, le Repentir, Rosch-Haschana, Kippour et les Fêtes annuelles, puisque ce sont là autant d’objets de préceptes particuliers, les préceptes généraux seuls ayant qualité pour être placés au rang des principes ;

2° Que les préceptes en question sont tous déjà compris dans le cinquième principe fondamental, à savoir : « Que nous devons vouer notre culte à Dieu seul ! » ; le culte du cœur étant la prière, d’après nos sages ;

3° Qu’ils se trouvent également compris dans le dixième principe, à savoir : la Connaissance et la Surveillance divines ; et dans le onzième, à savoir : la Rémunération.

C’est pour ces raisons qu’ils n’ont pas été mis au rang des principes fondamentaux.


1Nom du sort sacré que consultait le Grand Prêtre et qui était placé sur le Pectoral.

Le principe de la foi ou la discussion des croyances fondamentales du Judaïsme par Don Isaac Abarbanel. Traduit par M. le Grand Rabbin Benjamin Mossé. Impr. Amédée Gros (Avignon), 1884. [Version numérisée : Google].

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