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Fondement de la Foi d’Abravanel

Chapitre 15. Réponse à la sixième objection. — De la Résurrection des Morts

Traduction R. Benjamin Mossé (1884)


Contrairement à Maïmonide qui pose la Résurrection des Morts comme un principe fondamental de la Loi, la sixième objection déclare que quiconque croirait à la Rémunération divine dans ce monde et dans l’autre et nierait la Résurrection ici-bas après la mort, ne porterait par là nulle atteinte à la Loi en général, ni à aucun de ses préceptes.

— Nous répondrons que, quand même la Loi ne saurait être atteinte par la négation de la Résurrection des Morts, il n’en est pas moins convenable que celle-ci soit comptée au nombre des principes fondamentaux de la Loi, par les raisons suivantes :

1° Elle constitue un des divers modes de la Rémunération, selon que je l’ai rapporté, au cinquième préliminaire. Or, la croyance à la Rémunération, étant au nombre des fondements de la Loi, la croyance à la Résurrection des Morts ne saurait en être exclue, puisqu’elle fait partie des divers modes de la Rémunération divine.

Et l’on ne doit pas s’étonner que Maïmonide ait compté à la fois comme principes fondamentaux et le genre et les espèces que ce genre contient — le principe de la Venue du Messie et celui de la Résurrection étant renfermés dans celui de la Rémunération — car, il n’a procédé ainsi qu’à l’égard de croyances excellentes et rationnelles, selon que je l’ai déclaré maintes fois ;

2° Cette croyance a été enracinée en nous par la Loi divine, par les paroles de tous les prophètes, ainsi que par tous ceux qui ont parlé au nom de l’Esprit saint, dont les textes sont rapportés abondamment au Traité Sanhédrin, f. 91, et dont voici les plus concluants :

Textes de la Loi. Notre maître Moïse, d’heureuse mémoire, a dit : « Voyez maintenant que c’est moi, moi qui suis, et qu’il n’y a point de dieux avec moi ! Moi je fais mourir et je fais vivre, je blesse et je guéris, et nul ne délivre de ma main (Deut., XXXII, 39.)

Ces paroles : « Je fais mourir et je fais vivre » doivent être comprises dans le sens que lui donnent nos sages au Traité précité.

« On pourrait croire, disent-ils, qu’elles signifient que Dieu fait mourir l’un et vivre l’autre, selon la loi constante du monde, si les paroles qui les suivent : « Je blesse et je guéris » ne nous fixaient sur le sens à leur donner. En effet, de même que la blessure et la guérison se rapportent au même être, de même la mort et la vie. Et c’est là une réponse à opposer à ceux qui prétendent que la Loi divine n’enseigne point la croyance à la Résurrection des Morts. »

« Et nous n’avons pas le droit de dire que le texte en question n’indique que le pouvoir de Dieu d’opérer la Résurrection, et non la promesse de l’opérer à une époque quelconque ; car, tout le chapitre, où se trouve ce texte, ne parle que de ce qui aura lieu certainement dans l’avenir, selon que le prouvent ces paroles :

« N’est-ce point soigneusement gardé près de moi, scellé dans mes trésors ? À moi la vengeance et la rémunération, à l’époque où chancelleront leurs pieds ; car, le jour de leurs malheurs approche et leurs destinées vont se réaliser promptement. C’est l’Éternel qui jugera son peuple et qui prendra pitié de ses serviteurs… » (Deutéronome, ch. XXXII, 34).

Aussi la Guémara accepte-t-elle, sans les discuter, les textes en question, en faveur de la croyance à la Résurrection, ce qu’elle ne fait point pour la plupart des autres textes, invoqués à l’appui de la même croyance.

De plus, le Bereschith-Rabba, Homélies sur la Genèse, rapporte ces paroles : « Tu es poussière et tu retourneras à la poussière », dans lesquelles Rabbi Schimon Ben Yochaï trouve un appui pour la croyance à la Résurrection. Il fait remarquer qu’il n’est pas dit: Tu iras à la poussière, mais : Tu retourneras à la poussière : expression qui veut dire, d’après ce Docteur, que l’âme reprendra son corps.

Textes des prophètes. Isaïe, ch. 27, a dit : « Tes morts vivront, mon cadavre se relèvera ; réveillez-vous et chantez, ô vous qui dormez dans la poussière ! Car, ta rosée, ô Éternel! sera une rosée de lumières et la terre rejettera ses ombres! »

Et bien que plusieurs Docteurs affirment, dans le Traité Sanhédrin, que la Résurrection, dont parle Ezéchiel, peut se rapporter aux morts ressuscités par le prophète, ou bien aux exilés de Juda couchés dans la poussière de l’abaissement, de sorte que la Résurrection ne serait qu’une métaphore, représentant le Saint-béni-soit-il qui relève l’humble de la poussière, il est démontré par l’ensemble du récit, que le prophète veut parler de la Résurrection proprement dite, selon la conclusion de la Guémara à l’endroit précité.

Le prophète Malachie donne à son tour, au chapitre III, de son livre, son témoignage sur le jour de la Résurrection et du Jugement, en ces termes :

« Voici le jour qui arrive, brûlant comme une fournaise ; tous les orgueilleux et tous les méchants seront comme de la paille, et le jour qui arrive les consumera, dit l’Éternel, le Dieu des mondes, il ne leur laissera ni racine, ni rameau !

Mais sur vous qui craignez mon nom, se lèvera le soleil de la Justice, portant la guérison dans ses rayonnements ; vous sortirez et vous bondirez comme de jeunes taureaux engraissés.

Et vous foulerez les méchants ; ils seront comme de la cendre sous vos pieds, le jour où j’agirai, dit l’Éternel, le Dieu des mondes.

Souvenez-vous donc de la Loi de Moïse, mon serviteur, à qui j’ai prescrit sur le Horeb, pour tout Israël, des statuts et des ordonnances.

Me voici ! je vous envoie Élie, le prophète, avant l’arrivée du jour de l’Éternel, de ce jour grand et redoutable.

Il ramènera le cœur des pères aux enfants, et le cœur des enfants aux pères, de peur que je ne vienne et que je ne frappe la terre d’anathème ? »

Ce retour des pères aux enfants et des enfants aux pères, dont parle Malachie, prouve que la Résurrection, opérée par l’entremise du prophète Élie, reconstituera la réunion du corps et de l’âme, et qu’à leur résurrection, les pères et les enfants se raconteront mutuellement les diverses péripéties de leurs âmes, durant le temps de leur séparation d’avec leurs corps.

Textes des Hagiographes. On lit au Livre de Daniel, ch. XI : « À cette époque se lèvera Michaél, ce grand chef, qui assiste les enfants de ton peuple : ce sera une époque de détresse, comme il n’y en aura jamais eu jusqu’à ce jour, depuis que nation existe ; en ce temps, sera sauve, dans ton peuple, quiconque se trouvera inscrit dans le livre. Et un grand nombre de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour la honte et l’infamie éternelles. Les hommes intelligents resplendiront de la splendeur de la voûte céleste, et ceux qui auront fait régner la justice brilleront comme les étoiles à tout jamais ! »

Or, le témoignage que ces paroles apportent en faveur de la Résurrection et que le Thalmud invoque, au Traité Sanhédrin (ibidem), est admis par nos Docteurs, sans la moindre objection.

Et Maïmonide, à son tour, dans sa Lettre sur la Résurrection, déclare :

« Que la Résurrection des Morts, c’est-à-dire, le retour des âmes dans leurs corps, après la mort, a déjà été indiquée par Daniel en des termes que l’on ne saurait expliquer autrement, ni détourner de leur sens propre, et que voici : « Un grand nombre de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, et les autres pour la honte et l’infamie éternelles. »

Cette preuve, à l’appui de la Résurrection, est confirmée encore par ces paroles de l’Ange, s’adressant à Daniel, et qui terminent son Livre :

« Et toi, marche à ta destinée, repose-toi, et tiens-toi prêt pour le sort que tu auras à la fin des jours ! »

Il est donc évident que cette croyance se trouve également enseignée par la Loi, les Prophètes et les Hagiographes.

Aussi est-elle devenue une croyance générale, un grand principe fondamental du Judaïsme, au point que la nier, c’est nier à la fois la Loi, les Prophètes et les Hagiographes.

Cette croyance, étant difficile à admettre et à comprendre par la raison et par le cœur, les sages de la Mischna ont affirmé que : « Quiconque la nie, n’aura point de part au monde futur ! »

Or, Maïmonide, en en faisant un principe de la Loi, n’a fait que suivre les traces de la Mischna, transmise par la tradition.

Voici cette Mischna : « N’auront point de part à la vie future, celui qui nie que la Loi enseigne la croyance à la Résurrection, celui qui nie que la Loi vient du Ciel, etc., l’un et l’autre étant des Epicuriens. »

Nos sages, ayant assimilé dans leur Mischna, la croyance à la Résurrection des Morts, à la croyance à la Révélation de la Loi, ainsi qu’à la croyance à l’Existence de Dieu, à sa Science et à sa Providence ; et le négateur de ces diverses croyances étant également qualifié d’Epicurien, il était convenable que la croyance à la Résurrection des Morts fût considérée comme un principe fondamental de la Loi, et mise au rang des autres principes mentionnés dans la Mischna.

— La sixième objection se trouve donc ainsi victorieusement réfutée.

Le principe de la foi ou la discussion des croyances fondamentales du Judaïsme par Don Isaac Abarbanel. Traduit par M. le Grand Rabbin Benjamin Mossé. Impr. Amédée Gros (Avignon), 1884. [Version numérisée : Google].

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