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Yoré Déa | יורה דעה

De la viande avec du lait | הלכות בשר בחלב

Traduction Jean de Pavly & R. Abel Neviasky (1899)


Siman 87. Des espèces de viande qu’il est défendu de mêler avec du lait et de l’explication du terme biblique de « cuire » 

(Ce paragraphe contient 11 articles) 

ARTICLE 1. — L’Écriture1 réitère trois fois le précepte négatif : « Ne fais point cuire le chevreau dans le lait de sa mère », afin de nous indiquer la triple défense appliquée à la mixtion de viande et de lait : D’abord la défense de la cuire, ensuite celle d’en manger, et, enfin, celle d’en tirer un profit quelconque. L’Écriture se sert du terme de « cuire » pour la défense de manger, pour nous apprendre que, selon la loi biblique, la mixtion de viande et de lait n’est défendue qu’autant qu’elle est à l’état des aliments en cuisson, c’est-à-dire chaude ; mais elle est défendue de toutes façons, en vertu d’une ordonnance rabbinique. (Glose : Il est permis de tirer profit de toute mixtion qui n’est pas défendue en vertu d’une loi biblique).

ART. 2. — Le2 terme biblique de « chevreau » ne doit pas être pris à la lettre ; on entend sous cette expression également le bœuf, la brebis et la chèvre ; de même il n’y a aucune différence entre le lait de la mère de l’animal et un autre lait ; l’Écriture parle simplement de ce qui arrive le plus fréquemment. 

ART. 3. — La3 défense de la mixtion ne s’applique qu’à celle de viande et de lait provenant d’un animal pur : si l’un des deux provient d’un animal impur, la cuisson ainsi que la jouissance en sont permises. La cuisson et la jouissance sont permises, si la chair provient d’un animal sauvage ou d’une volaille, alors même que chair et lait proviennent tous les deux d’animaux purs. Une telle mixtion n’est même défendue à manger qu’en vertu d’une ordonnance rabbinique. Tandis que la chair des poissons et des sauterelles n’est même défendue par ordonnance rabbinique. Glose : Il est d’usage de mettre de la chair de volaille dans du lait d’amandes, vu qu’une telle mixtion, quand même le lait serait réel, n’est défendue que par ordre rabbinique ; mais quand il s’agit de chair de bœuf, il faut laisser quelques amandes dans le lait, afin d’éviter la suspicion, ainsi que cela est dit précédemment, § 66, au sujet du sang.

ART. 4. — Il4 est défendu de cuire de la viande dans le lait d’une femme, en raison de la suspicion ; si un tel lait se mêle avec un aliment, il est considéré comme dissous, sans que l’aliment ait besoin de présenter une certaine quantité. Glose : Il en résulte apparemment qu’il est d’autant plus défendu de cuire, de propos délibéré, une mixtion dont l’un des éléments provient d’un animal impur. Mais seulement la chair du bœuf ; tandis que celle de la volaille ne présente aucun inconvénient, sa défense n’étant que rabbinique.

ART. 5. — On5 peut manger ensemble avec du lait les œufs trouvés dans la volaille, même adhérés à l’ovaire, pourvu qu’ils soient développés, c’est-à-dire que le blanc et le jaune en soient déjà formés ; mais il est défendu de les cuire avec du lait, s’ils n’ont encore que le jaune. Pourtant on peut manger du fromage ou du lait après avoir mangé de tels œufs.

ART. 6. — On6 n’encourt point la peine de flagellation pour avoir mangé la mixtion fumée ou cuite dans des eaux thermales ; il en est de même de la mixtion de viande et de petit lait, de lait provenant d’un animal mort, de lait d’un mâle ou de la mixtion de sang et de lait. Glose : Le lait provenant d’un mâle n’est nullement considéré comme du lait, de sorte qu’il ne rend pas défendu l’aliment de viande dans lequel il vient à tomber. Mais le lait provenant d’un animal mort ainsi que le petit lait rendent bien l’aliment défendu, comme le lait réel ; de propos délibéré, la cuisson même en est défendue. D’aucuns opinent qu’il ne faut pas attiser le feu allumé sous la marmite appartenant à un païen, parce que celui-ci y cuit tantôt de la viande, tantôt du lait, de manière qu’en attisant le feu sous une telle marmite, on cuit la mixtion. Les mêmes auteurs défendent également de mêler les eaux employées à laver la vaisselle servant aux aliments de viande avec les eaux employées à laver la vaisselle servant aux aliments lactés, et de les donner à boire aux bêtes, la jouissance de la mixtion étant également défendue. Enfin, les mêmes auteurs opinent qu’il ne faut faire aucun autre usage du vase contenant l’eau qui sert à frictionner la tête, attendu que cette eau contient de la cendre dans laquelle se mêlent souvent de la viande et du lait. C’est pour la même raison qu’on devrait défendre l’usage des récipients aménagés dans les fours, vu que des gouttes de viande et de lait jaillissent souvent sur ces récipients. Lorsqu’on se trouve en présence d’un fait accompli, on n’a pas à tenir compte de ces opinions aggravantes, et, en passant outre, on ne commet aucun acte répréhensible.

ART. 7. — On7 encourt une peine en faisant cuire ou en mangeant un fœtus avec du lait ; mais on n’encourt aucune peine, ni en faisant cuire, ni en mangeant l’utérus, la peau, les tendons, les os, les racines des cornes ou les parties molles des cornes des pieds avec du lait. 

ART. 8. — Un8 certain auteur opine que la caséine n’est pas assimilable au petit lait et qu’elle est défendue de par la loi biblique. On entend par petit lait le liquide qui, après la préparation du fromage, se sépare du lait caillé qui nage à la surface ; ce lait, étant très aqueux, est désigné sous le nom de petit lait.

ART. 9. — Le9 lait trouvé dans la caillette, et même sa partie liquide, n’est pas considéré comme lait ; on peut, partant, le cuire avec de la viande. Un certain auteur le défend. (Glose : Tel est, en effet, l’usage).

ART. 10. — Le10 lait trouvé dans la caillette (Glose I : De propos délibéré, il ne faut pas l’y laisser se refroidir ; mais, en cas de fait accompli, il n’y a point d’inconvénient à cela), qui a été salé ensemble avec la caillette, ou qui y a séjourné un jour, ne doit plus servir de présure. Glose II : Si on s’est servi de sa partie liquide pour faire cailler le lait, tous les fromages sont défendus, à moins qu’ils ne présentent une quantité soixante fois supérieure à celle de la caillette ; mais si on s’est servi de la partie solide, les fromages ne sont pas défendus et, partant, n’ont pas besoin de la quantité mentionnée. Lorsque la partie liquide est devenue solide, on la considère comme liquide. D’aucuns sont plus modérés sous ce rapport ; et en cas de grande perte, on peut se baser sur cette opinion. Il arrive parfois qu’on sale la caillette, qu’on la sèche jusqu’à la rendre semblable au bois, et qu’on la remplit ensuite de lait ; un tel procédé est permis, vu que la peau, dans ce cas, est tellement sèche qu’elle n’a rien de viande. 

ART. 11. — Lorsque11 le lait est caillé à l’aide de la peau d’une caillette provenant d’un animal permis, il est défendu, s’il a le goût de la viande, et permis, s’il en est autrement. Mais si la caillette provient d’un animal nebelâ ou terephâ ou d’un animal impur, un seul atome rend le lait défendu. Glose : Parce que tout aliment défendu servant de présure ne se dissout pas entre mille autres. Mais il n’est question ici que du cas où il n’y a qu’une seule présure ; si, au contraire, il y a encore une autre présure permise, alors il y a deux agents actifs et, partant, le lait est permis s’il présente une quantité soixante fois supérieure à celle de la présure défendue.

Siman 88. De la défense de servir de la viande et du fromage sur la même table 

(Ce paragraphe contient 2 articles) 

ARTICLE 1er. — Il12 est défendu de servir sur une même table de la viande, même celle provenant d’animaux sauvages ou de volailles, et du fromage, de crainte qu’on ne les mange ensemble. Mais on peut les poser ensemble sur la crédence.

ART. 2. — Cette13 défense ne s’applique qu’au cas où les deux personnes auxquelles ces deux aliments différents sont servis se connaissent, alors même qu’elles sont en mauvais termes ; mais cela est permis lorsqu’il s’agit de deux étrangers qui ne se connaissent guère. Même dans le premier cas, cela est permis, lorsqu’on sépare les aliments d’une façon ostensible, par exemple, lorsque chacun des convives se sert d’une nappe spéciale, ou bien lorsqu’on pose un pain au milieu. Glose : Mais, dans ce dernier cas, il faut que les convives ne mangent pas du pain posé au milieu de la table, sans quoi il serait pris pour le pain servant au repas. Mais si c’est un vase à boire qui sert de séparation, les convives peuvent en boire, si d’habitude ce vase n’est pas placé à cet endroit de la table. La séparation est d’autant plus valable, lorsqu’elle est faite à l’aide d’une lampe ou d’un autre objet. Les convives doivent observer de ne pas boire d’un même vase, car l’aliment y adhère ; ils ne doivent, à plus forte raison, manger du même pain. Il est également d’usage de servir à chaque convive une autre salière, en raison des miettes qui y restent parfois en y plongeant les aliments.

Siman 89. De la défense de manger du fromage après avoir mangé de la viande 

(Ce paragraphe contient 4 articles) 

ARTICLE 1er. — Après14 avoir mangé de la viande, même celle provenant d’un animal sauvage ou d’une volaille, il ne faut pas manger du fromage avant l’intervalle de six heures ; et même après cet intervalle, il faut curer les dents, s’il y a des restes de viande dans les interstices. L’intervalle doit être également observé quand on a mâché la viande pour la donner à un enfant. Glose : Après le curage des dents, il faut rincer la bouche avant de manger le fromage. D’aucuns opinent que l’intervalle de six heures n’est pas nécessaire, mais qu’on peut manger le fromage après avoir enlevé les plats, récité la bénédiction de la fin du repas, et nettoyé et lavé la bouche. Dans nos pays, il est d’usage d’attendre une heure après le repas de viande, avant de manger le fromage ; mais il faut que la bénédiction mentionnée soit récitée ; car alors seulement les deux repas sont distincts sans quoi non. Il n’est aucune différence si l’heure servant d’intervalle est observée avant ou après la bénédiction. Les restes de viande trouvés dans les interstices doivent être enlevés, même après l’intervalle. D’aucuns opinent que la bénédiction du milieu ne doit pas être récitée expressément dans le but de manger ensuite, du fromage ; on n’en tient guère compte. Certains observent rigoureusement l’intervalle de six heures ; il convient d’en faire autant.

ART. 2. — Après15 le fromage, on peut incontinent manger de la viande, pourvu qu’on examine les mains si aucun reste de fromage n’y adhère ; la nuit où cet examen est impraticable, il faut les laver, ainsi que nettoyer et laver la bouche. Le nettoyage s’opère en mâchant du pain ou tout autre aliment, excepté la farine, les dattes ou les légumes, qui adhèrent aux gencives et ne nettoient pas bien. On lave ensuite la bouche avec de l’eau ou du vin. Cela ne s’applique qu’à la viande des animaux domestiques ou sauvages ; mais on peut manger de la viande de volaille après le fromage, sans nettoyage, ni lavage préalable. Glose : D’aucuns défendent également de manger la viande après le fromage. Il est, en effet, d’usage de ne pas manger de la viande, même celle de volaille, après un fromage dur, de même qu’inversement. D’autres le permettent. On ne s’y oppose pas, pourvu qu’on nettoie et qu’on lave la bouche et les mains. Mais il convient d’être sévère à ce sujet.

ART. 3. — Après16 un aliment de viande, on peut manger un aliment lacté ; le lavage intermédiaire n’est, en ce cas, que facultatif, (Glose I : D’aucuns exigent le lavage.) Mais si l’on veut manger du fromage même après un aliment de viande, ou inversement, le lavage devient obligatoire. Glose II : La graisse de viande est assimilée à la viande même. De nos jours, il est d’usage de ne pas manger de fromage même après un aliment de viande, de même qu’après la viande même. Il ne faut pas déroger à cet usage et ouvrir la porte aux abus. Cependant si l’aliment ne contient pas de viande, mais qu’il est cuit dans une marmite servant à la viande, on peut manger du fromage ensuite, sans que l’usage s’y oppose. Tel est, en effet, l’usage de manger de la viande après les aliments lactés, seulement on lave les mains dans l’intervalle, il en est de même quand on mange un aliment de viande après un aliment lacté qu’on a touché avec les mains. Celui qui sert les plats n’a pas besoin du lavage quand il touche aux aliments, le lavage n’étant prescrit que pour les convives.

ART. 4. — Après17 le repas au fromage, il faut enlever les miettes de pain de la table, avant de servir la viande. Il est, en outre, défendu de servir le fromage sur la même nappe que la viande, (Glose I : De même inversement). Il est d’autant plus défendu de couper du fromage, même froid, avec un couteau servant à couper la viande ; et même le pain qu’on mange avec le fromage, ne doit pas être coupé avec le couteau servant à couper la viande. Glose II : Il est également défendu d’agir inversement. Mais il suffit d’enfoncer le couteau dans de la terre durcie. Mais il est d’usage parmi les Israélites d’avoir deux couteaux différents et d’en marquer l’un, afin de le reconnaître. L’usage est de marquer le couteau servant aux aliments lactés ; et on ne doit pas déroger aux usages établis en Israël.

Siman 90. Du pis 

(Ce paragraphe contient 4 articles)

ARTICLE 1er. — Le18 pis est défendu par ordre rabbinique, attendu que, d’après la loi biblique, la viande cuite dans du lait provenant d’un animal saigné n’est pas défendue. Aussi peut-on griller et manger le pis après l’avoir découpé et débarrassé du lait qu’il renferme. Si on l’a découpé en forme de croix et pressé contre le mur, de manière qu’il n’y reste plus aucune trace de lait, on peut le cuire ensemble avec d’autre viande. Lorsque le pis n’est pas découpé au préalable, qu’il provienne d’un animal jeune qui n’a pas encore tété ou d’un animal développé, il est défendu de le cuire. Si l’on a transgressé ce précepte et cuit le pis seul (Glose I : et d’autant plus si on l’a grillé), on peut le manger ; si on l’a cuit avec d’autre viande, il faut que celle-ci présente une quantité soixante fois supérieure à celle du pis, en y comprenant le pis, c’est-à-dire, si le tout présente une telle quantité, le pis est défendu et le reste permis ; sinon, tout est défendu. Dans tous les cas, s’il tombe dans une autre marmite, tout est défendu, à moins que ladite marmite ne présente une quantité de viande soixante fois supérieure à celle du pis, de même que précédemment, car le pis cuit constitue, lui-même, un morceau défendu ; on évalue d’après son volume au moment de la cuisson, et non de celui qu’il avait au moment d’y tomber. Glose II : D’aucuns opinent que si la première marmite dans laquelle le pis est tombé, ne contenait pas la quantité mentionnée, celui-ci n’est pas compris dans l’évaluation pour la seconde marmite. Cette opinion est la plus fondée.

ART. 2. — Il19 est d’usage de ne pas cuire le pis avec d’autre viande. Lorsqu’on veut le frire seul, ou dans des pâtés, il faut le découper préalablement en forme de croix et le presser contre le mur ; mais, pour le griller, il suffit de le découper préalablement en forme de croix. Glose : En cas où, transgressant la loi, on l’a cuit avec d’autre viande, on le déclare permis si l’on se trouve déjà en présence d’un fait accompli et s’il s’agit d’une grande perte ; autrement non. L’usage de pratiquer sur le pis plusieurs incisions cruciales est préférable à celui de le presser contre le mur. Pour le griller, on le prépare, de propos délibéré, de la façon précédente ; mais en présence d’un fait accompli, il est permis, même sans préparation aucune, s’il était grillé seul. S’il l’était, dans ces conditions, avec d’autre viande, on déclare permis le seul morceau situé au-dessus ; tout ce qui se trouve placé au-dessous est défendu. Mais on ne déclare pas tous les morceaux défendus, de crainte que la broche ne se soit retournée, attendu qu’en présence d’un fait accompli, on n’appréhende rien. De propos délibéré, on s’abstient de le cuire ou frire dans une marmite, même sans autre viande et même quand il est séché. En présence d’un fait accompli, il est permis si, avant la cuisson, il a été préparé de la manière indiquée. S’il est séché depuis trente jours, il est permis, même cuit avec d’autre viande. Il est d’usage d’employer le pis pour des pâtés cuits dans le four, mais non pas pour ceux cuits dans une poêle, car la poêle est assimilable à la marmite. Certains hommes zélés s’abstiennent de l’employer pour toutes sortes de pâtés, s’il n’est pas séché. D’aucuns défendent de cuire ensemble dans un petit four les pâtés préparés au pis avec ceux préparés autrement, et exigent qu’on place les uns près de l’ouverture du four. Bien que ce ne soit qu’un simple acte de surérogation, il convient d’en tenir cos de propos délibéré. 

ART. 3. — Il20 est permis de couper un pis chaud avec un couteau servant à découper la viande. (Glose I : À plus forte raison un pis cru, même rempli de lait). Il en est de même inversement. La vaisselle de l’un peut également servir à l’autre. Glose II : On peut employer pour l’un la broche qui a servi à l’autre. Il est, en outre, permis de les placer, même chauds, sur un seul plat ; car, une fois grillé, le pis est assimilable à d’autre viande. Mais alors seulement qu’il a été préparé de la façon mentionnée ; sinon, tous ces cas sont défendus, de propos délibéré, et permis en présence d’un fait accompli. On ne tient pas compte des excavations remplies de lait qu’on trouve dans le pis préparé conformément à la loi et grillé ; de même on ne tient pas compte du séjour du lait dans le pis durant un jour avant d’être grillé ; car, en pareil cas, le séjour dans un liquide n’est pas assimilable à la cuisson.

ART. 4. — Pour21 griller ou saler le pis ensemble avec d’autre viande, on se conforme à la loi relative au foie. Un certain auteur permet de saler le pis avec d’autre viande. Glose: Il ne faut pas le saler avec d’autre viande, mais c’est permis en présence d’un fait accompli. La caillette, une fois débarrassée du lait et lavée, est assimilable à d’autre viande, et peut, partant, être salée ensemble, n’ayant aucune analogie avec le pis.

Siman 91. Du mélange de viande et de lait 

(Ce paragraphe contient 8 articles) 

ARTICLE 1er. — Le22 contact de viande et de fromage n’offre point d’inconvénient ; en pareil cas, il faut laver les surfaces par lesquelles les aliments se touchaient. Il est permis d’envelopper ces deux aliments dans une même serviette, et on n’appréhende pas le contact. 

ART. 2. — Il23 est défendu de mettre, de propos délibéré, les aliments dans un état qui rendrait un lavage indispensable, par exemple, de mettre de la viande froide dans un plat défendu et froid également, de crainte qu’on n’omette le lavage. Mais seulement des aliments qu’on ne lave pas d’habitude, tels que des aliments cuits ; tandis qu’il est permis d’agir ainsi, même de propos délibéré, avec des aliments qu’on lave ordinairement, par exemple, de la viande crue ou quelque aliment semblable. Glose : Il n’est question ici que d’aliments un peu liquides ; mais il est permis de déposer des aliments complètement solides dans un vase défendu, s’il est froid, et on n’a besoin d’aucun lavage. V. plus loin, § 122. 

ART. 3. — Il24 faut faire attention que la viande ne touche pas le pain, car il serait défendu, le cas échéant, de manger ce pain avec du fromage. Il en est de même du fromage, dont le contact rendrait le pain défendu d’être mangé avec de la viande. 

ART. 4. — Lorsque25 de la viande et du lait, tous les deux chauds, sont mêlés ensemble, ou même lorsque l’un est froid et tombe sur l’autre qui est chaud, tous les deux sont défendus, car c’est toujours l’aliment de dessous qui l’emporte ; mais lorsque c’est l’aliment chaud qui tombe sur l’aliment froid, on ratisse la viande et le reste en est permis. (Glose : Dans tous les cas où la viande a besoin d’un ratissage, elle est permise lorsqu’on se trouve en présence d’un fait accompli, qu’elle a été cuite sans ratissage). Le lait est tout permis. Si tous les deux sont froids, il suffit de laver la viande.

ART. 5. —Tout26 aliment salé à un tel degré qu’on ne peut plus le manger, par exemple, le salage de la viande avant la cuisson, et qui a séjourné dans le sel le délai réglementaire pour la viande, est considéré, aussi longtemps qu’il n’est pas lavé, comme aliment qu’on ne peut manger par suite du sel. Glose I : D’aucuns opinent qu’après le délai réglementaire, l’aliment n’est plus considéré comme chaud. En cas de grande perte et à l’occasion d’un repas prescrit par la loi, on peut se baser sur cette opinion ; autrement non. La viande est considérée comme chaude alors même qu’elle n’est salée que d’un seul côté. Mais si elle n’est pas salée au degré mentionné, elle est considérée comme froide, même salée de tous les deux côtés. D’aucuns opinent que, n’étant pas à même de faire cette distinction, nous devons considérer la viande comme chaude alors même qu’elle n’est salée que pour être grillée. Il convient de tenir compte de cette opinion quand il ne s’agit pas d’une grande perte. Le salage pratiqué sur les aliments destinés à être emportés en voyage rend les aliments chauds, même après le lavage, de sorte qu’on est obligé de ratisser les aliments, aussi longtemps qu’ils ne sont trempés dans l’eau. Il n’y a aucune distinction à faire si l’aliment salé est placé sur l’aliment non salé, ou inversement ; attendu que c’est toujours l’aliment salé qui communique sa saveur à l’aliment non salé, mais n’en absorbe guère. Aussi, quand la viande et le fromage qui se touchent sont tous les deux salés, faut-il les ratisser tous les deux, à l’endroit du contact ; si l’un seul est salé, il suffit de laver celui-ci, et l’autre non salé doit être ratissé. Glose Il : D’aucuns opinent qu’en fait de salage, il faut toujours évaluer d’après la quantité soixante fois supérieure. V. § 105, relatif à l’usage. On ne déclare permis quand l’aliment permis est salé et que l’aliment défendu n’est point salé, qu’autant que ce dernier est solide ; mais s’il est liquide, il rend l’autre également défendu ; car ne pouvant être mangé par suite du sel, il absorbe la saveur de l’autre, de sorte que tous les deux sont défendus. Mais seulement quand l’aliment permis est un peu liquide ; tandis qu’il n’absorbe jamais la saveur de l’autre s’il est complètement solide. Si tous les deux sont solides, même salés, ou humides par une autre cause que le sel, il suffit de les laver. Glose III : La saumure de viande salée, même salée pour être grillée, est considérée comme chaude. Il s’ensuit que la saumure rend défendu le fromage ou le vase sur lequel elle tombe ; même dans le cas où la viande n’en fait pas autant, parce qu’elle n’est pas considérée comme chaude, la saumure l’est bien. Le vase touché de la saumure défendue a besoin d’être échaudé ; s’il est en terre, il faut le briser. Si la saumure n’a touché le vase qu’à un seul endroit, et si celui-ci est en bois ou une matière semblable, il suffit de ratisser cet endroit.

ART. 6. — Le27 ratissage ne suffit qu’autant qu’aucun des morceaux n’est gras, car s’il en est ainsi, tout le morceau est défendu, ainsi que le morceau voisin, car la graisse se répand dans toute l’épaisseur (Glose : V plus loin, § 105)

ART. 7. — La28 distinction entre les divers degrés de salage ne s’applique qu’à de la viande crue ; mais la viande grillée et chaude qui tombe dans des aliments salés, même à un faible degré, a besoin d’un ratissage ; et si elle a des excavations, ou si elle est épicée, elle est entièrement défendue. Glose : De même si elle est frite ou cuite. D’aucuns opinent qu’il en est de même, quand les aliments sont froids. Il convient de s’y conformer quand il ne s’agit pas d’un cas de grande perte. 

ART. 8. — La29 viande salée avec du lait, ou trempée dedans, n’est défendue qu’à être mangée ; mais la jouissance en est permise.

Siman 92. Du lait tombé dans une marmite de viande 

(Ce paragraphe contient 9 articles) 

ARTICLE 1er. — Lorsqu’un30 morceau de viande de la grandeur d’une olive vient à tomber dans un récipient contenant du lait chaud, on fait déguster le lait à un païen ; si celui-ci y constate la saveur de la viande, le lait est défendu ; sinon, il est permis, alors même qu’il n’offre pas une quantité soixante fois supérieure à celle de la viande. Mais le morceau de viande est défendu. Pourtant, il n’en est ainsi qu’autant que le morceau de viande en a été extrait avant qu’il n’ait rendu le lait absorbé, c’est-à-dire qu’il a été extrait avant la cessation de l’ébullition ; mais s’il n’en était extrait que plus tard, alors même que le païen n’y constate en le dégustant aucune saveur de viande, il est défendu, à moins qu’il ne présente une quantité soixante fois supérieure à celle de la viande. Glose : V. plus loin, § 98, où il est dit que nous n’avons pas coutume de nous en remettre à la dégustation d’un païen, et que, partant, nous exigeons, dans tous les cas, une quantité soixante fois supérieure. 

ART. 2. — Lorsque31 du lait vient à tomber dans une marmite de viande, on déguste le morceau touché par le lait : si on ne constate aucune saveur de lait, tout est permis ; le cas échéant, ce morceau est défendu. (Glose I : Nous, qui ne nous en remettons guère à la dégustation d’un païen, nous exigeons que le morceau offre une quantité soixante fois supérieure à celle du lait, sans quoi tout est défendu). On évalue tout le contenu de la marmite ; si tout le contenu de la marmite, y compris les autres morceaux, les légumes, la sauce et les épices, présente une quantité soixante fois supérieure à celle du morceau touché par le lait, ce morceau seul est défendu et le reste est permis, il n’est question ici que du cas où la marmite n’a pas été remuée dès le commencement et où elle n’a pas été couverte ; mais s’il en est ainsi, tout son contenu contribue à dissoudre le lait. Glose II : De même si elle n’a été remuée ni au commencement ni à la fin, ni n’a été couverte, on ne déclare défendu que le morceau seul, mais le reste est permis, si le contenu de la marmite présente une quantité soixante fois supérieure à celle de la goutte de lait y tombée. Il en est de même lorsque la marmite a été remuée ou couverte au commencement sans l’être à la fin, pourvu qu’elle ait été remuée ou couverte aussitôt après que l’aliment défendu y est tombé. De même lorsque le lait tombe dans la partie liquide de la marmite, ou sur un morceau qu’on ne peut pas distinguer, on remue la marmite pour en confondre tous les morceaux ; si on y constate une saveur de lait, le contenu de la marmite est défendu ; sinon, il est permis. Lorsqu’on ne trouve pas un païen pour lui faire déguster, on évalue d’après la quantité mentionnée. Glose III : D’aucuns contestent cet avis, en prétendant que l’acte de remuer la marmite n’a d’utilité qu’autant qu’il est accompli immédiatement après que l’aliment défendu y est tombé. Tel est, en effet, l’usage. 

ART. 3. — Lorsqu’un32 morceau de viande devient défendu par suite du contact avec du lait, la défense s’étend sur toutes les parties du morceau, de sorte que, si on le cuit avec d’autres morceaux, il faut que ceux-ci représentent une quantité soixante fois supérieure à celle du morceau entier. Si on le reconnait, on le jette, et les autres morceaux sont permis ; sinon, la partie liquide est permise, tandis que tous les morceaux sont défendus, si le morceau y tombé est présentable. 

ART. 4. — La33 loi relative à l’extension de la défense ne s’applique qu’au mélange de viande et de lait, mais non pas aux autres défenses. Ainsi lorsqu’un morceau absorbe de la graisse défendue le volume d’une olive et ne présente pas la quantité exigée pour dissoudre la graisse, il suffit, quand ce morceau vient à être cuit avec d’autres, que ces derniers présentent une quantité de soixante olives, c’est-à-dire, soixante fois autant que la graisse, pour que le morceau même qui l’a absorbée devienne permis. Glose : D’aucuns opinent que la loi relative à l’extension de la défense s’applique à toutes sortes de défenses. Tel est l’usage, et il ne faut pas y déroger. Mais à la condition que la défense soit adhérente au morceau, ou que celui-ci s’élève entièrement au-dessus de la partie liquide ; mais si une de ces conditions n’est pas remplie, la loi relative à l’extension ne s’y applique pas, donc tout le contenu de la marmite contribue à dissoudre la défense. Il convient pourtant de déclarer le morceau même défendu. Mais seulement chez les autres genres de défenses ; tandis que chez un mélange de viande et de lait, la loi mentionnée s’applique, alors même qu’aucune des conditions susdites n’est remplie. D’aucuns opinent que la loi relative à l’extension ne s’applique pas aux aliments liquides. On peut se baser sur cette opinion chez les autres genres de défenses, en cas de grande perte, mais non pas chez le mélange de viande et de lait. Chez les aliments solides, la loi d’extension ne s’applique à aucun genre de défense. V. plus loin, § 99, art. 15, au sujet de la loi d’extension. À un vase qui a absorbé une défense on n’applique pas la loi d’extension ; donc, il suffit d’une quantité soixante fois supérieure à la défense absorbée par le vase. 

ART. 5. — Lorsqu’une34 goutte de lait vient à tomber sur la surface extérieure d’une marmite de viande près du feu, il suffit que le contenu de la marmite présente une quantité soixante fois supérieure à la goutte de lait, si celle-ci est tombée sur la paroi au-dessous du niveau formé par les aliments, car, dans ce cas, la goutte de lait se répand dans l’intérieur de la marmite, et est assimilable à une goutte tombée dans les aliments mêmes. Mais si elle est tombée sur la partie de la paroi au-dessus du niveau, elle se répand dans l’épaisseur de la paroi et atteint la partie liquide renfermée dans la marmite ; or, cette partie de la paroi ne présentant pas une quantité soixante fois supérieure à celle de la goutte, elle devient défendue, de sorte qu’elle rendrait défendus les aliments qui y toucheraient en vidant la marmite. Il n’y a donc, en pareil cas, aucun autre moyen que de laisser la marmite se refroidir avant d’y toucher. Glose : Mais seulement quand la marmite a déjà servi ; tandis que, quand elle est neuve, il suffit, dans tous les cas, d’une quantité soixante fois supérieure à la goutte, ainsi que cela est le cas plus loin, § 94, au sujet d’une cuillère. 

ART. 6. — Il35 est d’usage de déclarer défendu quand la goutte est tombée sur la partie de la paroi de la marmite au-dessus du niveau, mais seulement du côté opposé au feu ; tandis que le feu sèche la goutte, si elle tombe de son côté. (Glose I : Dans quel cas, la marmite est également permise). Pourtant il n’est question que d’une goutte ; mais s’il tombe du lait en plus grande quantité, même du côté du feu, on ne déclare permis qu’autant qu’il tombe au-dessous du niveau des aliments et que ceux-ci présentent une quantité soixante fois supérieure à celle du lait. Glose II : La marmite reste alors défendue, même s’il y a la quantité exigée ; il faut donc vider immédiatement la marmite du côté opposé à celui où est tombé le lait. Pour une seconde cuisson dans cette même marmite, on procède comme pour la première. 

ART. 7. — Un certain auteur36 déclare, dans un cas pressant, par exemple à la veille du Sabbath, les aliments permis s’ils présentent la quantité mentionnée, alors même que le lait est tombé au-dessus du niveau et sur le côté opposé au feu. Glose : Tel est l’usage. Lorsqu’on vient à poser une marmite chaude sur du lait ou un autre liquide défendu chaud et répandu par terre, le lait ou le liquide défendu n’est considéré que comme un second vase, s’il n’est pas près du feu ; donc, la marmite est défendue, parce qu’elle absorbe un peu ; alors que les aliments qu’elle renferme sont permis, attendu que c’est le dessous qui l’emporte. Lorsqu’un liquide s’épanche d’une marmite chaude et va atteindre une autre marmite froide, on le considère également comme un second vase, s’il y a solution de continuité ; sinon, on le considère comme un jet ; la marmite froide devient donc défendue si le liquide qui l’atteint est assez chaud pour brûler la main, tandis que les aliments y renfermés sont permis ; car le jet ne nécessite qu’un ratissage. Mais si la marmite est chaude et un premier vase, et à plus forte raison si elle est près du feu, tout est défendu, alors même que le liquide qui l’atteint est froid, car c’est le dessous qui l’emporte ; donc ce cas ressemble à un aliment froid tombé dans un aliment chaud, où tout est défendu, ainsi que cela est dit précédemment, § 91. Une goutte tombée sur le couvercle du pot est assimilable à une goutte tombée au-dessous du niveau du liquide renfermé dans le pot ; mais à la condition que le pot ait déjà commencé à bouillir, car alors la vapeur monte au couvercle et retombe dans le liquide. 

ART. 8. — Lorsqu’on37 pose une casserole de lait dans le four au-dessous d’un pot de viande, la vapeur de la casserole monte et rend le pot défendu. Glose : Si la casserole contient du lait, il faut que le pot de viande présente une quantité soixante fois supérieure à celle du lait. Mais alors seulement que la casserole est découverte, de façon que la vapeur monte directement du lait au pot, et alors seulement que les vases sont aussi rapprochés que la vapeur brule la main quand on la tient à la hauteur du vase supérieur ; mais tout est permis s’il en est autrement. C’est pourquoi il est d’usage de suspendre de la viande, pour la sécher, au-dessus des pots de lait, et on ne se préoccupe pas de la vapeur. De même lorsque la casserole est couverte, tout est permis, car le cas est semblable à deux pots qui se touchent ; or, puisque le contact n’offre pas d’inconvénient, il en est ainsi, à plus forte raison, de la vapeur. Pourtant, de propos délibéré, il faut éviter tout cela. 

ART. 9. — Lorsqu’une38 goutte d’une chandelle de suif, faite à l’instar des chandelles de cire, vient à tomber sur un vase, il suffit de ratisser le vase ; mais si une goutte de suif chaud et fondu vient à tomber sur un vase, celui-ci a besoin d’être échaudé.

Siman 93. De la défense de cuire le lait dans un pot ayant servi à la viande 

(Ce paragraphe contient 1 article) 

ARTICLE 1er. — Il39 ne faut pas cuire du lait dans un pot ayant servi à la cuisson de la viande ; si cela est fait dans un espace de vingt-quatre heures, le second aliment est défendu s’il a la saveur du précédent. (Glose I : On évalue la quantité exigée sur le pot entier). Mais s’il y avait un intervalle de vingt-quatre heures entre une cuisson et l’autre, la saveur communiquée est altérée ; donc, l’aliment est permis, mais le pot ne peut plus servir ni à la cuisson de la viande, ni à celle du lait. Glose II : Mais on peut y cuire d’autres aliments. Le couvercle du pot est assimilable au pot même. D’aucuns sont plus sévères et assimilent la cuisson après l’intervalle à celle effectuée avant l’intervalle. Tel est l’usage en certains pays, et, moi-même, j’ai coutume d’agir ainsi, en suivant l’usage établi. Mais ce n’est qu’un acte surérogatoire, sans fondement légal. Aussi lorsque d’autres circonstances militent en faveur du cas, ou bien lorsque les aliments doivent servir au repas du Sabbat, ou enfin lorsqu’il s’agit d’un cas de grande perte, déclare-t-on permis si le couvercle n’a servi qu’après l’intervalle, ainsi que cela est le cas chez le pot même. Lorsqu’on couvre un vase de lait avec le couvercle chaud d’un vase de viande, si tous les deux sont chauds et si tous les deux contiennent des aliments, tous les deux sont défendus ; il en est de même lorsque le couvercle est froid et le vase chaud, si le vase répand de la vapeur, car c’est celui de dessous qui l’emporte ; mais inversement, tout est permis, seulement il faut ratisser les aliments, si cela est possible ; sinon, tout est permis. Si le pot ne contient pas d’aliments, tout est permis, car ce cas est assimilable à celui de deux pots qui se touchent.

Siman 94. D’une cuillère servant aux aliments lactés plongée dans un pot de viande 

(Ce paragraphe contient 9 articles) 

Article 1er. — Lorsqu’on40 plonge une cuillère servant aux aliments lactés dans un pot de viande, ou inversement, on évalue d’après la partie de la cuillère plongée. (Glose I : Si la cuillère est du jour, c’est-à-dire, si elle a servi à un premier vase dans l’intervalle de vingt-quatre heures). Un certain auteur prétend que lorsque la cuillère est en métal, on évalue d’après la cuillère entière, car le chauffage d’une partie profite à la totalité. (Glose II : La première opinion est la plus fondée. Tel est, en effet, l’usage).

ART. 2. — Lorsqu’on41 a plongé la cuillère deux fois dans le pot sans s’en apercevoir, il faut que le contenu du pot présente deux fois la quantité exigée. (Glose : D’aucuns opinent qu’il suffit d’une seule fois. Tel est, en effet, l’usage).

ART. 3. — Lorsqu’il42 y a la quantité exigée pour dissoudre la cuillère, le pot et les aliments sont permis, mais la cuillère ne peut plus servir, ni à la viande, ni au lait, attendu qu’elle a déjà absorbé de tous les deux ; aussi rend-elle défendu un aliment aussi bien que l’autre, même en cas d’un fait accompli, si on y plonge dans l’intervalle de vingt-quatre heures. Mais s’il n’y a pas la quantité exigée, la jouissance du tout est défendue, même celle du pot ; il est pourtant permis d’y mettre des fruits ou des aliments froids, attendu qu’en pareil cas on ne profite pas directement de la chose défendue. 

ART. 4. — Si43 la cuillère n’est pas du jour même, le pot et les aliments sont permis, mais la cuillère ne peut plus servir, de propos délibéré, ni à la viande, ni au lait. Pourtant, en présence d’un fait accompli, elle ne rend pas défendus les aliments dans lesquels elle est plongée, attendu qu’elle n’est pas du jour. 

ART. 5. — Lorsqu’on44 a bouilli de l’eau dans un pot neuf à deux reprises différentes et qu’on y a plongé chaque fois une cuillère, la première fois une cuillère servant aux aliments lactés, et la seconde fois une cuillère servant aux aliments de viande, et que l’eau n’avait, ni la première fois, ni la seconde fois, la quantité exigée, il est défendu d’employer ce pot ni à la viande, ni au lait ; mais on peut y cuire autre chose, attendu qu’il est neuf, n’ayant jamais servi. Glose : Mais si on y cuit de la viande ou du lait, c’est permis, attendu que la saveur absorbée a passé par un intermédiaire. Lorsqu’on plonge une cuillère du jour dans un pot rempli de légumes ou d’eau, mais qui n’est pas du jour, ou inversement, tout est permis, s’il y a la quantité exigée. Il est d’usage de considérer les aliments comme appartenant à la nature de l’ustensile qui est du jour, et de déclarer défendu l’ustensile qui n’est pas du jour. Cela n’est qu’un acte surérogatoire, car, d’après la loi, tout est permis. 

ART. 6. — Lorsqu’on45 cuit dans un pot servant au lait des oignons ou des légumes qui ont absorbé de la viande, il ne faut que soixante fois autant que la viande contenue dans les oignons ou légumes, si on en connait la quantité. Glose : Car la loi d’extension ne s’applique pas à ce cas, attendu que tout est encore permis. Il en est de même à plus forte raison lorsqu’on cuit de la viande dans un pot ayant servi au lait et dans lequel on a bouilli de l’eau entre une cuisson et l’autre ; il ne faut donc pas soixante fois autant que l’eau bouillie, mais soixante fois autant que le lait absorbé par le pot. 

ART. 7. — Lorsqu’on46 coupe de la viande chaude avec un couteau ayant servi aux aliments lactés, tout le morceau est défendu s’il ne présente une quantité soixante fois supérieure à celle des faces formées par la coupure. Mais si le couteau n’est pas du jour, ou en cas de doute, il suffit de ratisser les faces formées par la coupure.  Glose : Mais il n’est question ici que d’une viande provenant d’un premier vase, c’est alors que tout est défendu si le couteau est du jour et s’il n’y a pas la quantité exigée ; même le couteau, en pareil cas, doit être échaudé. Mais si la viande provient d’un second vase, il faut ratisser la viande et enfoncer le couteau dans de la terre. Tel est l’usage. Même quand le couteau n’est pas du jour, il faut ratisser un peu la viande, à cause des substances grasses qui adhèrent au couteau. 

ART. 8. — Lorsque47 du fromage, même un peu liquide, tombe sur une poêle, ou lorsque du fromage chaud tombe sur un plat ayant servi à la viande ce jour même, il suffit de le ratisser. 

ART. 9. — Lorsqu’on48 a cuit du miel dans un pot ayant servi ce jour même à la viande, et qu’on l’a transvasé chaud dans un pot ayant servi ce jour même au lait, il est permis, attendu que la saveur absorbée a passé par un intermédiaire permis.

Siman 95. S’il est permis de manger avec du fromage les poissons et les œufs cuits dans un pot de viande 

(Ce paragraphe contient 7 articles) 

ARTICLE 1er. — Il49 est permis de manger avec des aliments lactés les poissons cuits ou frits dans un vase ayant servi à la viande, mais bien lavé, de façon qu’il n’y reste adhérée aucune substance grasse, attendu que la saveur absorbée passe, en pareil cas, par un intermédiaire permis. Mais lorsque le vase n’est pas bien lavé et que les poissons ne représentent pas soixante fois autant que la substance grasse adhérente à la paroi du vase, il est défendu de les manger avec des aliments lactés. 

ART. 2. — Il50 est permis de farcir une volaille, même de propos délibéré, avec un œuf cuit dans un vase servant au lait ; mais il est défendu de manger avec des aliments lactés un œuf cuit, même avec la coque, dans un pot contenant de la viande. Glose : D’aucuns sont plus sévères sous ce rapport et défendent chez les aliments grillés ou cuits même la saveur passée par un intermédiaire. L’usage est de déclarer ce cas défendu de propos délibéré, et permis lorsqu’on se trouve en présence d’un fait accompli. Mais seulement pour les manger ensemble avec du lait ou de la viande, tandis qu’il est permis, même de propos délibéré, de les mettre dans le vase servant à l’un ou à l’autre aliment. Tel est l’usage. De même lorsqu’ils n’étaient pas cuits ou grillés, mais simplement mis dans un vase de viande, on peut les manger avec du lait, et inversement. Lorsque le vase n’est pas du jour et communique une saveur altérée, il est d’usage de les manger, de propos délibéré, avec l’autre aliment. Mais à condition que les aliments ne soient pas épicés ; si, au contraire, on a cuit des aliments épicés dans un vase de viande, même s’il n’est pas du jour, ou si on a pilé des piments dans un mortier servant aux aliments de viande, il est défendu de les manger avec du lait, même en cas de fait accompli, à moins qu’ils ne présentent une quantité soixante fois supérieure à celle de la viande absorbée. On n’appelle pas l’aliment épicé quand il n’y a que peu d’épice ; il faut que l’aliment en soit composé entièrement ou en grande partie. V.§ 96. 

ART. 3. — Lorsqu’on51 lave des plats servant à la viande dans une chaudière servant au lait et remplie d’eau chaude qui brûle la main, tous les deux sont permis, la chaudière et les plats, alors même qu’ils sont du jour, attendu que la saveur absorbée a passé par un intermédiaire permis. Mais à condition que la personne qui les a lavés assure qu’il n’y avait aucune substance grasse sur les plats ; s’il y en avait, il faut que l’eau contienne soixante fois autant que la substance. Glose: D’aucuns défendent même, en cas d’absence de toute substance grasse, à moins que l’un des vases n’ait servi comme premier vase avant vingt-quatre heures, dans quel cas tous les vases sont permis. De propos délibéré, on déclare l’eau défendue. Mais si tous les deux sont du jour, tous sont défendus si on les lave ensemble dans un premier vase. Tel est l’usage auquel il ne faut pas déroger. Mais à condition qu’ils étaient lavés ensemble et dans un premier vase ; alors qu’ils sont permis s’ils étaient lavés l’un après l’autre ou dans un second vase. Le jet d’un premier vase de viande sur un vase de lait est assimilable à un premier vase, et rend défendu s’il est du jour. Mais si l’eau chaude et neutre est versée sur des vases servant aux deux aliments, tous sont permis, même s’ils présentent des restes de substances grasses ; car le jet n’est pas tout à fait semblable au premier vase pour provoquer l’absorption entre les vases. Lorsqu’on trouve un plat servant au lait parmi les plats servant à la viande, on n’appréhende guère qu’ils aient été lavés ensemble de façon prohibée. 

ART. 4. — Il52 me semble que si on a mis de la cendre dans l’eau avant d’y plonger les plats, ceux-ci sont permis, même couverts des substances grasses ; car là cendre en altère la saveur. 

ART. 5. — Il53 ne faut pas déposer un plat contenant un aliment lacté près d’un vase contenant du sel, mais il est permis de le déposer près d’un vase contenant du vinaigre. Glose : Cette défense ne s’applique qu’à des vases découverts, et même dans ce cas, c’est permis, si on se trouve en présence d’un fait accompli, et on n’appréhende guère que quelques gouttes du vase soient tombées dans le sel. 

ART. 6. — Il54 est permis de placer, dans un garde-manger, un vase de viande à côté d’un vase de lait. Glose : D’aucuns défendent cela de propos délibéré. Si ce n’est pas indispensable, il faut s’en abstenir de propos délibéré. 

ART. 7. — Il55 est permis de se servir, pour le lait, du sel placé sur un plat de viande. Glose : Béni soit celui qui s’en abstient également, car d’aucuns déclarent un pareil procédé défendu de propos délibéré.

Siman 96. D’un aliment épicé coupé avec un couteau servant à la viande 

(Ce paragraphe contient 5 articles) 

ARTICLE 1er. — Il56 est défendu de manger avec du lait des radis ou des raves coupés avec un couteau non essuyé ayant servi le jour même à la viande, à moins d’enlever préalablement des faces formées par la coupure l’épaisseur d’un doigt, ou d’avoir constaté à l’aide de la dégustation qu’ils n’ont aucune saveur de viande ; dans quel cas, il suffit de les laver. D’aucuns opinent qu’il en est de même lorsque le couteau n’est pas du jour ou qu’il est essuyé. Si on les a cuits avec du lait sans enlever les faces formées par la coupure, et sans les avoir dégustés, il faut une quantité soixante fois supérieure à celle de la partie que le couteau a touchée. Le même règlement s’applique au couteau d’un païen. Glose : S’ils étaient coupés en tranches minces, il faut soixante fois autant que le radis entier. D’aucuns opinent que le radis est entièrement défendu s’il est coupé avec un couteau défendu, et défendu d’être mangé avec du lait, s’il est coupé avec un couteau servant à la viande. Tel est l’usage de propos délibéré ; mais, en présence d’un fait accompli, il suffit d’enlever les faces formées par la coupure. Mais seulement le radis même, tandis qu’il n’y a pas d’inconvénient si l’on n’a coupé que les feuilles adhérentes au radis. En cas de doute si on a coupé ou non avec un couteau défendu, on incline à la modération. Aussi peut-on acheter des radis dont les barbes sont coupées, car on suppose qu’elles étaient coupées avec la houe ou la pioche. Quand on ne trouve pas d’autres radis que ceux coupés avec un couteau, il est d’usage d’en acheter et de se contenter d’enlever les faces formées par la coupure. 

ART. 2. — La57 loi en vigueur chez un couteau avec lequel on à coupé des radis l’est également chez un couteau avec lequel on a coupé de l’ail, des oignons, du raifort ou des légumes semblables, à saveur piquante, ou des fruits âcres, ou des poissons salés. Glose : Il est pourtant permis de manger des sauces préparées par des païens, avec des clous de girofle, par exemple, car les païens ont des ustensiles spéciaux pour détacher les fleurs du giroflier, ou ils les arrachent avec la main.

ART. 3. — Il58 est défendu de manger avec du lait les piments pilés dans un mortier ayant servi ce jour même aux aliments de viande. (Glose : D’aucuns le défendent alors même que le mortier n’a pas servi le jour même).

ART. 4. — Les jus59 de citrons vendus par les païens, de même les morceaux de poissons salés renfermés dans des tonneaux et également vendus par des païens, sont permis. Glose : Attendu qu’ils en apportent en grande quantité, de sorte que la partie devenue défendue par suite du couteau du païen est dissoute par le reste qui en absorbe la saveur. Aussi tout est permis. Il en est de même d’autres aliments, c’est par cette raison qu’en certains pays on mange des compotes préparées par des païens, bien que les fruits aient été pelés et coupés avec un couteau. Dans d’autres endroits, on se montre plus sévère à ce sujet, et il ne faut pas déroger à l’usage. Mais il est d’usage de déclarer permis les fruits qui ne sont pas âcres comme le citron, tels que les pommes ou les coings séchés ; il n’y a pas à hésiter pour ces fruits. 

ART. 5. — Il60 est permis de manger avec du lait des calebasses coupées avec un couteau de viande, et il suffit de ratisser les faces formées par la coupure. Ce ratissage même devient inutile, lorsqu’il s’agit de melons, où un simple lavage suffit ; cela suffit même aux aliments froids coupés après les melons, attendu que la saveur des melons diffère de celle absorbée par le couteau qu’elle dissout. Glose : Mais il ne s’agit que des melons, mais non pas d’autres légumes, du pain ou d’aliments analogues. Et même après les melons, il n’est permis de couper des aliments froids qu’une seule fois, mais non pas à plusieurs reprises, à moins qu’on ne coupe des melons entre chaque aliment froid. 

Siman 97. De la défense de pétrir le pain avec du lait 

(Ce paragraphe contient 3 articles) 

ARTICLE 1er. — Il61 est défendu de pétrir du pain avec du lait, de crainte que l’on ne mange plus tard ce pain avec de la viande. Si c’est déjà fait, il est défendu de manger le pain, même seul. Mais si le pain est petit, destiné à un seul repas, ou si on lui donne une forme inaccoutumée, afin de marquer qu’on ne doit pas le manger avec de la viande, il est permis. De même le pain cuit dans un four induit de graisse de la queue est assimilable au pain pétri avec du lait. Glose : C’est pourquoi il est d’usage de pétrir le pain avec du lait, pendant la fête de la Pentecôte, et avec de la graisse, pour les repas du Sabbat, d’abord parce que la quantité est insignifiante, et ensuite parce qu’on donne à ces pains une forme distincte des pains ordinaires. Cela est d’autant plus permis chez les flans ou les pâtés. Il ne faut pas cuire du pain dans le four ensemble avec des flans ou des pâtés, de crainte que la graisse de ceux-ci ne coule sous le pain ; s’il en est ainsi, on considère le pain comme pétri avec de la graisse. Il est d’usage de placer le pain près de l’ouverture du four. De propos délibéré, il faut s’abstenir d’un pareil procédé, même quand on les cuit dans une poêle. 

ART. 2. — Il62 ne faut pas cuire le pain dans un four induit avec de la graisse de la queue, sans l’avoir chauffé à blanc intérieurement ; le chauffage extérieur ne suffit pas, alors même que le four est en maçonnerie. 

ART. 3. — Il63 est défendu de manger avec du lait le pain cuit ensemble avec de la viande grillée ou les poissons frits dans le four ensemble avec de la viande. Il n’est question ici que du cas ou le four est exigu ; mais il est permis de les manger avec du lait, lorsque le four a la capacité de cinq cent et dix-huit œufs et que son orifice reste ouvert ; cela est également permis, même quand le four est exigu, lorsque la viande grillée est recouverte ou que l’ouverture du moule, dans lequel on cuit les pâtés, est fermée. (Glose : V. plus loin, § 108, relativement à l’usage en pareil cas).


1Exode, XXII, 19 ; ibid., XXXIV, 26, et Deutér., XIV, 20. V. Talmud, traité ‘Houlin, 115b.

2Talmud, l. c.

3Id., ibid.

4D’après le Shout haRashba II, §249. V. §66, art. 9 et 10.

5Talmud, traité Beitzah, 7a.

6 Yeroushalmi, traité Nedarim, section VI.

7Talmud, l. c.

8Le Roch cité par le Tour a. l.

9Selon l’avis du Rif au Talmud, l. c.

10D’après le Rabbénou Yerou’ham cité par le Tour, a. l.

11Michna du traité ‘Houlin, 116a.

12Talmud, traité ‘Houlin, 103b et 104b.

13Michna, ibid, 107a.

14Talmud, traité ‘Houlin, 105a.

15Id., ibid.

16Ibid., d’après Rav Na’hman.

17Yeroushalmi, traité Pessa’him, section VI.

18Talmud, traité ‘Houlin, 109a, Michna.

19Tossafot au Talmud, l. c., 109b, s. v. אינן [= einan].

20D’après Tossafot, l. c., s. v. תותי [= toutei].

21Talmud, l. c., 111a.

22Michna du traité ‘Houlin, 107b.

23Rashba au Talmud, l. c.

24Id., ibid.

25Talmud, traité Pessa’him, 76a, d’après l’avis de Shmouel.

26Id. ibid., et traité ‘Houlin, 112a.

27Id., 97a, V. § 105.

28Id., 112a.

29Mordekhaï au traité Avoda Zara, §1266.

30D’après le Rambam, traité Maakhalot Assourot, section IX, 9.

31Id. ibid.

32Talmud, traité ‘Houlin, 108a.

33Cf. Tossafot au traité précité, 100a, s. v. בשקדם [= bechekadam].

34Talmud, traité Zeva’him, 96b.

35D’après le Semag cité par le Tour, a. l.

36Rabbi Ye’hiel cité par le Tour, a. l.

37Selon le Shout ha-Rosh, § 86.

38D’après le Teroumat haDeshen, § 176.

39Talmud, traité Zeva’him, 96b, et traité ‘Houlin, 97a et 111b.

40D’après le Semaq, § 214, cité par le Tour, a. l.

41Id., ibid.

42Talmud, traité Zeva’him, 96b.

43D’après Tossafot au traité Avoda Zara, 76a, s. v. מכאן (= mikan).

44Semaq, § 214.

45Tossafot au traité Avoda Zara, 76a s. v. בת [= bat].

46Tour, a. l.

47Ibid., d’après le Rabbénou Yerou’ham. V. Shakh, a. l., notes 32 et 33.

48Mordekhaï au traité Avoda Zara, § 1172.

49D’après le Ran, le Rambam et le Rashba.

50Selon le Shout haRashba, § 516.

51Roch cité par le Tour, a. l.

52V. Shakh, a. l., note 21, et Taz, note 15.

53Talmud, traité ‘Houlin, 112a.

54Talmud, traité Avoda Zara, 12a.

55D’après Tossafot au traité ‘Houlin, 113a, s. v. טהור [= tahor].

56Talmud, traité ‘Houlin, 111b et 112a.

57D’après Tossafot, ibid,, 112a, s. v. אגב [= agav].

58Selon le Sefer haTerouma cité par le Beth Yosef au Tour, a. l.

59Id., ibid.

60Talmud, traité ‘Houlin, 112b.

61Talmud, traité Pessa’him, 30b.

62Id., ibid.

63D’après Tossafot au traité Avoda Zara, 66b.

Rituel du judaïsme. Traduit pour la première fois sur l’original chaldéo-rabbinique et accompagné de notes et remarques de tous les commentateurs, par Jean de Pavly avec le concours de M. A. Neviasky. Quatrième traité : Des animaux purs et impurs. Orléans, 1899. [Version numérisée : archive.org].

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